2001 (janvier): Laboratoire ATILF (Analyse et traitement informatique de la langue française).
2001 (janvier): Wikipedia, grande encyclopédie coopérative fondée par Jimmy Wales et Larry Sanger.
2003: RLIN devient le RLG Union Catalog, puis le RedLightGreen.
2004 (printemps): RedLightGreen, premier catalogue collectif mondial en accès libre.
2006 (août): Le catalogue collectif mondial WorldCat en accès libre en version bêta.
2006 (novembre): Disparition de RedLightGreen, et fusion du RLG avec l’OCLC.
2007 (mars): Citizendium, grande encyclopédie collaborative en ligne fondée par Larry Sanger.
2007 (mai): Encyclopedia of Life, grande encyclopédie collaborative des sciences de la vie fondée par un consortium.
[9.1. Formats de lecture / PDF - Adobe Reader / OeB (Open eBook) / LIT - Microsoft Reader / PRC - Mobipocket Reader / PDB - Palm Reader / BRF (braille format) / DAISY - livre audio // 9.2. Une tâche titanesque / Une voie tracée par la presse / Divers canaux de diffusion / Une progression régulière // 9.3. Chronologie]
Si le livre numérique commercial naît en mai 1998, il ne se développe véritablement qu’à compter du deuxième semestre 2000, en tant que mode de diffusion complémentaire de l’imprimé. De plus en plus de titres sont disponibles en deux versions, imprimée et numérique, puis, au fil des ans, uniquement en version numérique. Tout comme la version imprimée, la version numérique se décline en plusieurs formats, y compris au format braille et audio. En 2007, on compte des dizaines de milliers de livres numériques lisibles sur ordinateur, PDA, téléphone, smartphone et tablette électronique.
9.1. Formats de lecture
Un format de lecture correspond à un logiciel donné. Un logiciel de lecture permet de lire à l’écran un livre numérique tout en bénéficiant des fonctionnalités suivantes: navigation hypertexte au sein du livre ou vers le web, changement de la taille et de la police des caractères, surlignage de certains passages, recherche de mots dans l’ensemble du texte, ajout de signets ou de notes personnelles, choix de l’affichage en mode paysage ou portrait, agrandissement des figures et graphiques, sommaire affiché en permanence, et enfin formatage automatique du livre et de sa pagination en fonction de la taille de l’écran (ce qu’on appelle le reflowing). Lancés en 2001 pour contrôler l’accès aux livres numériques sous droits, des systèmes de DRM (digital rights management) permettent la gestion des droits numériques en fonction des consignes données par l’éditeur.
= PDF / Adobe Reader
Lancé en juin 1993 par la société Adobe et diffusé gratuitement, le premier logiciel de lecture du marché est l’Acrobat Reader, qui permet de lire des documents au format PDF (portable document format). Ce format permet de figer les documents numériques dans une présentation donnée, pour conserver les polices, les couleurs et les images du document source, quelle que soit la plateforme utilisée pour le créer et pour le lire. Vendu en parallèle, le logiciel Adobe Acrobat permet de convertir n’importe quel document au format PDF.
Au fil des ans, le format PDF devient la norme internationale de diffusion des documents électroniques, pour impression ou pour transfert d'une plateforme à l'autre. Des millions de documents PDF sont présents sur le web pour lecture ou téléchargement, ou bien transitent par courriel sous forme de fichier attaché. L’Acrobat Reader pour ordinateur est progressivement disponible dans plusieurs langues et pour diverses plateformes (Windows, Mac, Linux, Unix). En 2001, Adobe lance également un Acrobat Reader pour assistant personnel (PDA), utilisable sur le Palm Pilot (en mai 2001) puis sur le Pocket PC (en décembre 2001).
Face à la concurrence représentée par le Microsoft Reader (lancé en avril 2000), Adobe annonce en août 2000 l’acquisition de la société Glassbook, spécialisée dans les logiciels de distribution de livres numériques à destination des éditeurs, des libraires, des distributeurs et des bibliothèques. Adobe passe aussi un partenariat avec Amazon.com et Barnes & Noble.com afin de proposer des titres lisibles sur l’Acrobat Reader et le Glassbook Reader.
En janvier 2001, Adobe met sur le marché deux nouveaux logiciels. Le premier, gratuit, est l’Acrobat eBook Reader. Il permet de lire les fichiers PDF de livres numériques sous droits, avec gestion des droits par l’Adobe Content Server. Il permet aussi d’ajouter des notes et des signets, de choisir l’orientation de lecture des livres (paysage ou portrait), ou encore de visualiser leur couverture dans une bibliothèque personnelle. Il utilise la technique d’affichage CoolType et comporte un dictionnaire intégré. Le deuxième logiciel, payant, est l’Adobe Content Server, destiné aux éditeurs et distributeurs. Il s’agit d’un logiciel serveur de contenu assurant le conditionnement, la protection, la distribution et la vente sécurisée de livres numériques au format PDF. Ce système de gestion des droits numériques (DRM) permet de contrôler l’accès aux livres numériques sous droits, et donc de gérer les droits d’un livre selon les consignes données par le gestionnaire des droits, par exemple en autorisant ou non l’impression ou le prêt. En avril 2001, Adobe conclut un partenariat avec la grande librairie en ligne Amazon, qui met en vente 2.000 livres numériques lisibles sur l’Acrobat eBook Reader : titres de grands éditeurs, guides de voyages, livres pour enfants, etc.
En dix ans, entre 1993 et 2003, l’Acrobat Reader aurait été téléchargé 500 millions de fois. Ce logiciel gratuit est désormais disponible dans de nombreuses langues et pour de nombreuses plateformes (Windows, Mac, Linux, Unix, Palm OS, Pocket PC, Symbian OS, etc.). En mai 2003, l’Acrobat Reader (5e version) fusionne avec l’Acrobat eBook Reader (2e version) pour devenir l’Adobe Reader (débutant à la version 6), qui permet de lire aussi bien les fichiers PDF standard que les fichiers PDF sécurisés.
Fin 2003, Adobe ouvre sa librairie en ligne, dénommée Digital Media Store, avec les titres au format PDF de grands éditeurs (HarperCollins Publishers, Random House, Simon & Schuster, etc.) et des versions électroniques de journaux et magazines (The New York Times, Popular Science, etc.). Adobe lance aussi Adobe eBooks Central, un service permettant de lire, publier, vendre et prêter des livres numériques, et l’Adobe eBook Library, qui se veut un prototype de bibliothèque de livres numériques. Très complet, le site Planet PDF permet de suivre l’actualité du PDF. En novembre 2004, l’Adobe Content Server est remplacé par l’Adobe LiveCycle Policy Server. Les versions récentes d’Adobe Acrobat permettent de créer des PDF compatibles avec le standard Open eBook (OeB).
= OeB (Open eBook)
Les années 1998 et 1999 sont marquées par la prolifération des formats, dans le cadre d’un marché naissant promis à une expansion rapide. Aux formats classiques - format texte, Word, HTML (hypertext markup language), XML (extensible markup language) et PDF (portable document format) - s’ajoutent des formats propriétaires créés par plusieurs sociétés pour une lecture sur leurs propres logiciels: Glassbook Reader, Rocket eBook Reader, Peanut Reader, Franklin Reader, logiciel de lecture Cytale, Gemstar eBook Reader, Palm Reader, etc., ces logiciels correspondant le plus souvent à un appareil donné: Rocket eBook, eBookMan (Franklin), Cybook (Cytale), Gemstar eBook, Palm Pilot, etc.
Inquiets pour l’avenir du livre numérique qui, à peine né, propose presque autant de formats que de titres, certains insistent sur l’intérêt, sinon la nécessité, d’un format unique. A l’instigation du NIST (National Institute of Standards and Technology, Etats-Unis) naît en juin 1998 l’Open eBook Initiative, qui constitue un groupe de travail de 25 personnes (Open eBook Authoring Group). Ce groupe élabore l’OeB (open ebook), un format basé sur le langage XML pour normaliser le contenu, la structure et la présentation des livres numériques. Le format OeB est défini par l’OeBPS (open ebook publication structure), dont la version 1.0 est disponible en septembre 1999. L’OeB est un format ouvert et gratuit appartenant au domaine public. Le format original est toutefois utilisé uniquement par les professionnels de la publication, puisqu’il doit être associé à un système de gestion des droits numériques (DRM).
Fondé en janvier 2000 à la suite de l’Open eBook Initiative, l’Open eBook Forum (OeBF) est un consortium industriel international regroupant constructeurs, concepteurs de logiciels, éditeurs, libraires et spécialistes du numérique (85 participants en 2002) pour développer le format OeB et définir les versions successives de l’OeBPS. En avril 2005, l’OeBF change de nom pour devenir l’IDPF (International Digital Publishing Forum). La version en cours de l’OeBPS date de décembre 2006.
= LIT / Microsoft Reader
Lancé en avril 2000, le Microsoft Reader est un logiciel permettant la lecture de livres numériques au format LIT (abrégé du terme anglais «literature»), lui-même basé sur le format OeB. Dans un premier temps, le Microsoft Reader équipe uniquement le Pocket PC, l’assistant personnel lancé à la même date par Microsoft. Quatre mois plus tard, en août 2000, il est utilisable sur toute plateforme Windows, et donc aussi bien sur ordinateur que sur assistant personnel. Ses caractéristiques sont un affichage utilisant la technologie Cleartype, le choix de la taille des caractères, la mémorisation des mots-clés pour des recherches ultérieures, et l’accès d’un clic au Merriam-Webster Dictionary.
Ce logiciel étant téléchargeable gratuitement, Microsoft facture les éditeurs et distributeurs pour l’utilisation de sa technologie de gestion des droits numériques (DRM), et touche une commission sur la vente de chaque titre. La gestion des droits numériques s’effectue au moyen du Microsoft DAS Server (DAS: digital asset server). Microsoft passe aussi des partenariats avec les grandes librairies en ligne - Barnes & Noble.com en janvier 2000 puis Amazon.com en août 2000 – pour la vente de livres numériques lisibles sur le Microsoft Reader. Barnes & Noble.com ouvre son secteur numérique en août 2000, suivi par Amazon.com en novembre 2000. En novembre 2002, le Microsoft Reader est disponible pour tablette PC, dès la commercialisation de cette nouvelle machine par 14 fabricants.
= PRC / Mobipocket Reader
Face à Adobe et Microsoft, un nouvel acteur s’impose rapidement sur le marché, sur un créneau bien spécifique, la lecture sur assistant personnel (PDA). Créée à Paris en mars 2000 par Thierry Brethes et Nathalie Ting, la société Mobipocket est financée en partie par Viventures, branche de la multinationale Vivendi. Mobipocket conçoit le logiciel de lecture Mobipocket Reader, qui permet la lecture de fichiers au format PRC (Palm resource). Gratuit et disponible en plusieurs langues (français, anglais, allemand, espagnol, italien), il est «universel», c’est-à-dire utilisable sur tout assistant personnel. En octobre 2001, le Mobipocket Reader reçoit l’eBook Technology Award de la Foire internationale du livre de Francfort. A la même date, Franklin passe un partenariat avec Mobipocket pour l’installation du Mobipocket Reader sur l’eBookMan, l’assistant personnel multimédia de Franklin, au lieu du partenariat prévu à l’origine entre Franklin et Microsoft pour l’installation du Microsoft Reader.
Si le Mobipocket Reader est gratuit, d’autres logiciels Mobipocket sont payants. Le Mobipocket Web Companion est un logiciel d’extraction automatique de contenu auprès des sites de presse partenaires. Le Mobipocket Publisher permet aux particuliers (qui ont le choix entre une version privée gratuite et une version standard payante) et aux éditeurs (version professionnelle payante) de créer des livres numériques sécurisés utilisant la technologie Mobipocket DRM, afin de contrôler l’accès aux livres numériques sous droits. Dans un souci d’ouverture aux autres formats, le Mobipocket Publisher permet de créer des livres numériques non seulement au format PRC, lu par le Mobipocket Reader, mais aussi au format LIT, lu par le Microsoft Reader.
En avril 2002, la société lance une version du Mobipocket Reader pour ordinateur personnel. Au printemps 2003, le Mobipocket Reader équipe tous les assistants personnels du marché, à savoir les gammes Palm Pilot, Pocket PC, eBookMan et Psion, et les smartphones de Nokia et Sony Ericsson. A la même date, le nombre de livres lisibles sur le Mobipocket Reader se chiffre à 6.000 titres dans plusieurs langues (français, anglais, allemand, espagnol), distribués soit sur le site de Mobipocket soit dans les librairies partenaires.
= PDB / Palm Reader
En mars 1996, la société Palm lance le Palm Pilot, un assistant personnel (PDA) dont le succès est immédiat. Son système d’exploitation est le Palm OS, développé par PalmSource, une division de Palm. Sept ans après, malgré la concurrence de la gamme Pocket PC de Microsoft - lancée en avril 2000 - et des modèles de Hewlett-Packard, Sony, Handspring, Toshiba et Casio, le Palm Pilot reste l’assistant personnel le plus utilisé au monde, avec 23 millions de machines vendues entre 1996 et 2002. Quant au Palm OS, il équipe 55% des assistants personnels vendus en 2002, l'autre grande plateforme étant le système d’exploitation Pocket PC de Microsoft, avec un pourcentage de 25,7%.
En mars 2001, Palm aborde le marché du livre numérique en faisant l’acquisition de Peanutpress.com, éditeur et distributeur de livres numériques pour assistant personnel, qui appartenait jusque-là à la société netLibrary. Le Peanut Reader devient le Palm Reader, et le format correspondant devient le format PDB (Palm database). D’abord utilisable uniquement sur les gammes Palm et Pocket PC, le Palm Reader est utilisable sur ordinateur en juillet 2002. Le Palm Pilot est équipé des logiciels de lecture Palm Reader et Mobipocket Reader.
Lors du rachat de Peanutpress.com par Palm en mars 2001, les 2.000 titres numériques de Peanutpress.com - des best-sellers et des titres de grands éditeurs - sont transférés dans la librairie numérique Palm Digital Media. A la même date, le roman Dreamcatcher de Stephen King, dont on connaît l’intérêt pour le numérique, sort simultanément en version imprimée chez Simon & Schuster et en version numérique chez Palm Digital Media. Sont disponibles aussi chez Palm les versions numériques des best-sellers de Michael Connelly, Michael Crichton, Anne Rice et Scott Turow, ainsi que le Wall Street Journal et plusieurs magazines. En mars 2002, Everything’s Eventual, le nouveau recueil de nouvelles de Stephen King, est lancé simultanément par Scribner, une subdivision de Simon & Schuster, et par Palm Digital Media, qui en propose un extrait en téléchargement libre. En juillet 2002, les collections de Palm Digital Media se chiffrent à 5.500 titres dans plusieurs langues. En 2003, le catalogue approche les 10.000 titres. Palm Digital Media devient ensuite le Palm eBook Store.
= BRF (braille format)
Alphabet tactile inventé en 1829 par le français Louis Braille, le braille est le seul système d’écriture accessible aux aveugles. Il s’agit d’un système de six points composé de deux colonnes de trois points. La combinaison de ces six points permet de former toutes les lettres de l’alphabet, les signes de ponctuation et les symboles. Le braille est d’abord embossé sur papier au moyen d’une tablette et d’un poinçon. A partir de la fin des années 1970, il est produit à l’aide d’un afficheur braille piézo-électrique. A cet afficheur succède la machine Perkins avec son clavier de six touches. Puis apparaît le matériel informatique, par exemple le bloc-notes braille, qui sert à la fois de machine à écrire le braille et, quand il est connecté à un ordinateur, d’écran tactile permettant de lire l’écran de l’ordinateur. Le braille informatique peut s’afficher sur huit points, ce qui permet d’augmenter par quatre le nombre de combinaisons possibles.
Le document numérique permettant de dissocier contenu et présentation, on peut désormais influer sur cette dernière en changeant la taille et la police des caractères, en inversant les contrastes, en supprimant la couleur ou en la modifiant, afin de faciliter la lecture des personnes malvoyantes. Les personnes aveugles peuvent convertir le contenu au format BRF ou alors au format DAISY pour lecture sur synthèse vocale.
= DAISY / livre audio
Quelle est l’origine du format DAISY, acronyme de «digital audio information system» puis de «digital accessible information system»?
Depuis trente ans sinon plus, les personnes ayant un problème visuel peuvent écouter des livres sur bandes magnétiques ou sur cassettes, enregistrés au fil des ans par des centaines de bénévoles. Elles peuvent aussi se procurer en librairie des livres audio sur cassettes et - plus récemment - sur CD-Rom. Certains éditeurs proposent en effet une petite série de titres parfois enregistrés par les auteurs eux-mêmes.
Fait récent, les technologies numériques permettent désormais de convertir automatiquement un document numérique en «voix» pour lecture sur synthèse vocale.
Si les techniques de synthèse vocale s’améliorent, de l’avis de certains, rien ne remplace une vraie voix, c’est-à-dire une voix humaine, moins parfaite peut-être, mais vivante, avec des nuances, des intonations, des inflexions, etc. Or de nombreux organismes disposent d’enregistrements réalisés en analogique (à savoir sur bandes magnétiques et sur cassettes) par des bénévoles. La numérisation de tous ces enregistrements permettrait de les utiliser non seulement dans la communauté desservie mais partout ailleurs. D’une part chaque organisme pourrait accroître ses collections de manière exponentielle, d’autre part de nouvelles bibliothèques audio pourraient être créées à moindre coût, notamment dans les pays en développement.
Plusieurs organismes spécialisés décident d’unir leurs forces pour oeuvrer en commun. Ils fondent en mai 1996 le DAISY Consortium, un consortium international chargé d’assurer la transition entre le livre audio analogique et le livre audionumérique. Sa tâche est immense: définir une norme internationale, déterminer les conditions de production, d’échange et d’utilisation du livre audionumérique, organiser la numérisation du matériel audio à l’échelle mondiale. Les activités du consortium sont peu à peu mises en place: définition des normes de spécification de fichiers à partir de celles du World Wide Web Consortium (W3C), conception de logiciels de conversion des bandes son analogiques en bandes son numériques, gestion d’ensemble de la production, échange de livres audionumériques entre bibliothèques, définition d’une loi internationale du droit d’auteur pour les personnes atteintes de déficience visuelle, protection des documents soumis au droit d’auteur, et enfin promotion de la norme DAISY à l’échelle mondiale.
La norme DAISY se base sur le format DTB (digital talking book), qui permet l’indexation du livre audio et l’ajout de signets pour une navigation facile au niveau du paragraphe, de la page ou du chapitre. Près de 41.000 livres audio répondent à cette norme en mars 2003, 104.100 livres audio en mars 2004 et 129.650 livres audio en août 2005. D’autres formats possibles sont les standards de compression audio utilisés pour la musique, comme le MP3 ou le WMA (Windows media audio). En 2007, les collections enregistrées de livres du domaine public sont nombreuses, et le plus souvent en accès libre, par exemple AudioLivres (en français), LiteralSystems (en anglais), AudioBooksForFree (en anglais) et LibriVox (multilingue).
9.2. Une tâche titanesque
= Une voie tracée par la presse
Le développement de la presse en ligne (dans les années 1990) est intéressant parce qu’il préfigure celui du livre en ligne (dans les années 2000). Raison pour laquelle on l’expose brièvement ici.
Au début des années 1990, les premières éditions électroniques de journaux sont disponibles par le biais de services commerciaux tels que America Online ou CompuServe. Suite à l'apparition du premier navigateur fin 1993 et à la croissance rapide du web qui s'ensuit, les organes de presse créent leurs propres sites. Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font web commun sur un site dénommé Times Online, avec possibilité de créer une édition personnalisée. Aux Etats-Unis, la version en ligne du Wall Street Journal est payante, avec 100.000 abonnés en 1998. Celle du New York Times est disponible sur abonnement gratuit. Le Washington Post propose l’actualité quotidienne en ligne et de nombreux articles archivés, le tout avec images, sons et vidéos. Pathfinder (rebaptisé ensuite Time) est le site web du groupe Time-Warner, éditeur de Time Magazine, Sports Illustrated, Fortune, People, Southern Living, Money, Sunset, etc. On peut y lire les articles maison et les rechercher par date ou par sujet. Lancé en 1992 en Californie, Wired, premier magazine imprimé entièrement consacré à la culture cyber, est bien évidemment présent sur le web.
Mis en ligne en février 1995, le site web du mensuel Le Monde diplomatique est le premier site d’un périodique imprimé français. Monté dans le cadre d’un projet expérimental avec l’Institut national de l’audiovisuel (INA), ce site est inauguré lors du forum des images Imagina. Il donne accès à l’ensemble des articles depuis janvier 1994, par date, par sujet et par pays. L’intégralité du mensuel en cours est consultable gratuitement pendant deux semaines suivant sa parution. Un forum de discussion permet au journal de discuter avec ses lecteurs. En juin 1998, Philippe Rivière, responsable du site, précise que, trois ans après sa mise en ligne, celui-ci a «bien grandi, autour des mêmes services de base: archives et annonce de sommaire». Grâce à l’internet, «le travail journalistique s’enrichit de sources faciles d’accès, aisément disponibles. Le travail éditorial est facilité par l’échange de courriers électroniques; par contre, une charge de travail supplémentaire due aux messages reçus commence à peser fortement.»
Fin 1995, le quotidien Libération met en ligne son site web, peu après le lancement du Cahier Multimédia, un cahier imprimé hebdomadaire inclus dans l’édition du jeudi. Le site propose la Une du quotidien, la rubrique Multimédia, qui propose les articles du Cahier Multimédia et les archives des cahiers précédents, le Cahier Livres complété par Chapitre Un (les premiers chapitres des nouveautés), et bien d’autres rubriques. La rubrique Multimédia est ensuite rebaptisée Numériques.
Le site du quotidien Le Monde est lancé en 1996. On y trouve des dossiers en ligne, la Une en version graphique à partir de 13 h, l’intégralité du journal avant 17 h, l’actualité en liaison avec l’AFP (Agence France-Presse), et des rubriques sur la bourse, les livres, le multimédia et les sports. En 1998, le journal complet en ligne coûte 5 FF (0,76 euros) alors que l’édition papier coûte 7,50 FF (1,15 euros). S’ils concernent le multimédia, les articles du supplément imprimé hebdomadaire Télévision-Radio-Multimédia sont disponibles gratuitement en ligne dans la rubrique Multimédia, rebaptisée ensuite Nouvelles technologies.
L’Humanité est le premier quotidien français à proposer la version intégrale du journal en accès libre. Classés par rubriques, les articles sont disponibles entre 10 h et 11 h du matin, à l’exception de L’Humanité du samedi, disponible en ligne le lundi suivant. Tous les articles sont archivés sur le site. En juillet 1998, Jacques Coubard, responsable du site web, explique: «Le site de L’Humanité a été lancé en septembre 1996 à l’occasion de la Fête annuelle du journal. Nous y avons ajouté depuis un forum, un site consacré à la récente Coupe du monde de football (avec d’autres partenaires), et des données sur la Fête et sur le meeting d’athlétisme, parrainé par L’Humanité. Nous espérons pouvoir développer ce site à l’occasion du lancement d’une nouvelle formule du quotidien qui devrait intervenir à la fin de l’année ou au début de l’an prochain. Nous espérons également mettre sur le web L’Humanité Hebdo, dans les mêmes délais. Jusqu’à présent on ne peut pas dire que l’arrivée d’internet ait bouleversé la vie des journalistes, faute de moyens et de formation (ce qui va ensemble). Les rubriques sont peu à peu équipées avec des postes dédiés, mais une minorité de journalistes exploitent ce gisement de données. Certains s’en servent pour transmettre leurs articles, leurs reportages. Il y a sans doute encore une "peur" culturelle à plonger dans l’univers du net. Normal, en face de l’inconnu. L’avenir devrait donc permettre par une formation (peu compliquée) de combler ce handicap. On peut rêver à un enrichissement par une sorte d’édition électronique, mais nous sommes sévèrement bridés par le manque de moyens financiers.»
La presse régionale est présente sur le web, par exemple Dernières nouvelles d’Alsace et Ouest-France. Lancé en septembre 1995, le site des Dernières nouvelles d’Alsace propose l’intégrale de l’édition du jour, tout comme des informations pratiques: cours de la bourse, calcul des impôts, etc. Il offre aussi une édition abrégée en allemand. Michel Landaret, responsable du site, précise en juin 1998 que celui-ci «compte actuellement 5.500 lecteurs par jour».
Le quotidien Ouest-France est mis en ligne en juillet 1996. D’abord appelé France-Ouest, le site est ensuite renommé Ouest-France, du nom du journal. En juin 1998, Bernard Boudic, son responsable éditorial, relate: «A l’origine, l’objectif était de présenter et relater les grands événements de l’Ouest en invitant les internautes à une promenade dans un grand nombre de pages consacrées à nos régions (tourisme, industrie, recherche, culture). Très vite, nous nous sommes aperçus que cela ne suffisait pas. Nous nous sommes tournés vers la mise en ligne de dossiers d’actualité, puis d’actualités tout court. Aujourd’hui nous avons quatre niveaux d’infos : quotidien, hebdo (tendant de plus en plus vers un rythme plus rapide), événements et dossiers. Et nous offrons des services (petites annonces, guide des spectacles, presse-école, boutique, etc.). Nous travaillons sur un projet de journal électronique total: mise en ligne automatique chaque nuit de nos quarante éditions (450 pages différentes, 1.500 photos) dans un format respectant typographie et hiérarchie de l’information et autorisant la constitution par chacun de son journal personnalisé (critères géographiques croisés avec des critères thématiques).»
Quelles sont les retombées de l’internet pour les journalistes? «Elles sont encore minces. Nous commençons seulement à offrir un accès internet à chacun (rédaction d’Ouest-France: 370 journalistes répartis dans soixante rédactions, sur douze départements… pas simple). Certains utilisent internet pour la messagerie électronique (courrier interne ou externe, réception de textes de correspondants à l’étranger, envoi de fichiers divers) et comme source d’informations. Mais cette pratique demande encore à s’étendre et à se généraliser. Bien sûr, nous réfléchissons aussi à tout ce qui touche à l’écriture multimédia et à sa rétro-action sur l’écriture imprimée, aux changements d’habitudes de nos lecteurs, etc. (…) Internet est à la fois une menace et une chance. Menace sur l’imprimé, très certainement (captation de la pub et des petites annonces, changement de réflexes des lecteurs, perte du goût de l’imprimé, concurrence d’un média gratuit, que chacun peut utiliser pour diffuser sa propre info, etc.). Mais c’est aussi l’occasion de relever tous ces défis, de rajeunir la presse imprimée.»
Tous sujets que l'on retrouve quelques années plus tard pour les débuts du livre numérique: rapport accru de l'auteur avec ses lecteurs, mise en place de forums de discussion, nécessité d'une formation technique, utilisation de sources très diverses émanant de l'encyclopédie que devient le web, version payante versus version gratuite, version numérique versus version imprimée, etc.
= Divers canaux de diffusion
Contrairement au livre imprimé, vendu dans les librairies, le livre numérique est d’abord vendu par les éditeurs avant d’être vendu par les libraires, pour la raison bien simple qu’il faut laisser le temps à ces derniers de créer une structure qui n’existe pas. Par la suite, l’éditeur peut soit vendre directement sur son propre site ses titres numériques, soit passer un partenariat avec une librairie numérique, soit adopter simultanément les deux formules.
Publiés en mai 1998 par les éditions 00h00, les tout premiers livres numériques commerciaux sont des classiques de la littérature française - Le Tour du monde en 80 jours de Jules Verne, Colomba de Prosper Mérimée, Poil de carotte de Jules Renard, etc. - ainsi que deux inédits : Sur le bout de la langue de Rouja Lazarova et La Coupe est pleine de Pierre Marmiesse. 00h00 passe aussi des accords avec des éditeurs «traditionnels» pour publier en version numérique certains de leurs titres imprimés.
En mars 2000, Michel Valensi, directeur des éditions de l’Eclat, lance le concept du lyber, un terme «construit à partir du mot latin liber qui signifie à la fois: libre, livre, enfant, vin». Dans lePetit traité plié en dix sur le lyber, paru dans Libres enfants du savoir (éditions de l’Eclat, avril 2000), il définit le lyber comme un livre numérique disponible gratuitement sur l’internet dans son intégralité, selon le principe du shareware (partagiciel). Avec invitation d’acheter un exemplaire pour soi ou ses amis, possibilité de signaler l’adresse du libraire le plus proche où trouver le livre, et possibilité de laisser des commentaires sur le texte en ligne. «Le lyber est une tentative de cohabitation dynamique de ces supports. Le principe est simple: diffusion simultanée d’un même contenu sur les deux supports. Livre papier et document-en-ligne.»
A la même date, en mars 2000, Stephen King décide de distribuer sa nouvelle Riding The Bullet uniquement par voie électronique, avec vente dans des librairies en ligne. Suite à cette expérience qui s’avère un succès à la fois médiatique et financier, l’auteur décide de se passer des services de Simon & Schuster, son éditeur habituel. En juillet 2000, il crée un site web spécifique pour débuter la publication en épisodes d’un roman épistolaire, The Plant. Cette deuxième expérience s’avère beaucoup moins concluante que la première, le nombre de téléchargements et de paiements ne cessant de baisser au fil des chapitres. En décembre 2000, après la parution gratuite du sixième chapitre, l’auteur décide de mettre The Plant en hibernation pendant une période indéterminée. Le suivi médiatique de cette expérience pendant les six mois qu’elle aura duré contribue largement à faire connaître le livre numérique, aussi bien chez les professionnels du livre que dans le grand public. D’autres auteurs de best-sellers prennent ensuite le relais, comme Frederick Forsyth au Royaume-Uni et Arturo Pérez-Reverte en Espagne, mais cette fois en partenariat avec leurs éditeurs respectifs.
Durant l’été 2000, Simon & Schuster, l’éditeur habituel de Stephen King, profite de la vague médiatique entourant l’auto-publication d’un de ses auteurs-phare pour se lancer dans l’aventure en créant SimonSays.com. Il décide aussi de publier en version numérique seulement, sans correspondant imprimé, certains titres de Star Trek, la série de science-fiction la plus vendue au monde, qui compte six titres vendus par minute et quarante nouveaux titres publiés par an, en incluant les histoires et récits basés sur les séries télévisées et les films. Le premier titre numérique, The Belly of the Beast de Dean Wesley Smith, est disponible en août 2000 pour 5 dollars US.
D’autres éditeurs emboîtent le pas à Simon & Schuster et débutent la vente de certains titres en version numérique, par exemple le géant Random House et, quelques mois plus tard, St. Martin’s Press, puis HarperCollins par le biais de son service électronique PerfectBound.
En octobre 2000, les Presses universitaires de France (PUF) annoncent la parution de quatre titres simultanément en version numérique et en version imprimée. Ces quatre titres ont trait à l’internet: La presse sur internet de Charles de Laubier, La science et son information à l’heure d’internet de Gilbert Varet, Internet et nos fondamentaux par un collectif d’auteurs, et enfin HyperNietzsche publié sous la direction de Paolo d’Iorio. Chose peu courante chez les éditeurs français, le texte intégral d’HyperNietzsche est en accès libre sur le site des PUF pendant deux ans.
En novembre 2000, pour convertir les auteurs qu’il publie à ce nouveau format, Random House annonce que ceux-ci recevront 50% des bénéfices nets réalisés sur la vente de leurs livres numériques, au lieu des 15% habituels. Si ce fort pourcentage était déjà proposé par certains éditeurs électroniques comme le londonien Online Originals, c’est la première fois qu’une maison d’édition traditionnelle de réputation internationale fait un tel effort financier.
En janvier 2001, Barnes & Noble, autre géant du livre, se lance dans l’aventure en créant Barnes & Noble Digital. Barnes & Noble est non seulement une chaîne de librairies traditionnelles doublée d’une librairie en ligne, en partenariat avec Bertelsmann pour cette dernière, mais aussi un éditeur de livres classiques et illustrés. Pour attirer les auteurs, l’éditeur leur propose de leur verser 35% du prix des livres numériques vendus sur son site et les sites affiliés. Un pourcentage moindre que celui offert par Random House, mais nettement supérieur à celui versé par les autres éditeurs en ligne qui, après avoir proposé un pourcentage de 15% à l’origine, proposent un pourcentage d’environ 25% début 2001. L’opération de Barnes & Noble Digital vise bien sûr à convaincre les auteurs de best-sellers de l’intérêt d’une version numérique à côté de la version imprimée.
= Une progression régulière
Comme on le voit, si la vente de livres numériques débute dès mai 1998 avec la commercialisation de quelques titres par les éditions 00h00, elle ne commence vraiment à se généraliser qu’à l’automne 2000. Les titres disponibles sont vendus soit directement par les éditeurs, soit par le biais des libraires, avec impression à la demande grâce aux nouvelles technologies d’impression numérique développées notamment par les sociétés Xerox, Océ et IBM.
Téléchargeables gratuitement, les principaux logiciels de lecture sont les logiciels d’Adobe (Acrobat Reader en juin 1993, Adobe eBook Reader en janvier 2001, Adobe Reader en mai 2003), le Mobipocket Reader (lancé en mars 2000), le Microsoft Reader (lancé en avril 2000) et le Palm Reader (lancé en mars 2001). A l’exception du format PDF (portable document format) apparu dès 1993, les formats utilisés sont basés sur l’OeB (open ebook), devenu en 1999 le format standard des livres numériques.
On voit apparaître les premières librairies numériques, à savoir des librairies vendant exclusivement des livres numériques, le plus souvent par téléchargement, et dans plusieurs formats.
Outre le fait qu’il faille une machine pour le lire - mais, après tout, c’est ce qui le caractérise, en attendant le papier électronique de demain - l’obstacle majeur à la diffusion du livre numérique est le faible nombre de titres disponibles. «Le volume de titres disponibles en format de lecture à l’écran est ridicule par rapport aux quelque 600.000 titres existant en français», indique en février 2001 Denis Zwirn, président de la librairie numérique Numilog. Mais, dès cette date, nombre d’éditeurs numérisent - ou font numériser - leurs fonds, à la perspective d’un marché naissant qui devrait connaître une forte expansion dans les prochaines années. Editeurs en ligne et libraires numériques négocient patiemment les droits auprès des éditeurs traditionnels, et ce non sans mal puisque, à tort ou à raison, la profession reste très inquiète des risques de piratage.
Selon Zina Tucsnak, ingénieur d’études en informatique au Laboratoire ATILF (Analyse et traitement informatique de la langue française), interviewée en novembre 2000, «l’ebook offre une combinaison d’opportunités: la digitalisation et l’internet. Les éditeurs apportent leurs titres à tous les lecteurs du monde. C’est une nouvelle ère de la publication.» Mais, à l'époque, le livre numérique est encore dans l’enfance. Comme l’explique en janvier 2001 Bakayoko Bourahima, documentaliste à l’ENSEA (Ecole nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée) d’Abidjan, «il faut voir par la suite comment il se développera et quelles en seront surtout les incidences sur la production, la diffusion et la consommation du livre. A coup sûr cela va entraîner de profonds bouleversements dans l’industrie du livre, dans les métiers liés au livre, dans l’écriture, dans la lecture, etc.»
Une des incidences sur la diffusion du livre est la vente de celui-ci «en pièces détachées», à savoir un chapitre seul, ou une partie de livre, ou un article à l’unité, ou encore une carte ou un tableau statistique. Ce type de vente débute en 2002, à titre expérimental, par exemple chez Numilog ou encore dans la librairie en ligne de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).
Le prix du livre numérique est inférieur d’environ 30% à celui du livre imprimé. Sa commande et sa livraison sont quasi immédiates via l’internet. Quant à sa «taille» et son «poids», ils sont nuls, bien qu’en pareil cas il faille bien sûr prendre en compte la taille et le poids de la machine nécessaire pour le lire. En 2003, un assistant personnel (PDA) de type Pocket PC ou Palm Pilot pesant environ 200 grammes permet d’emporter avec soi une quinzaine de romans de 200 pages. Un ordinateur ultra-portable disposant d’un disque dur de 6 Go (gigaoctets), pesant moins de 1,5 kilo et équipé des logiciels de bureautique standard permet de stocker environ 5.000 livres.
Quelle est la taille d’un fichier de livre numérique, et son temps de téléchargement? En 2003, quelques exemples sont donnés à titre indicatif dans la FAQ de Numilog. Une nouvelle de 50 pages représente un fichier de 150 kilo-octets. Le temps nécessaire à son téléchargement est de 37 secondes avec un modem 56 K (kilobits par seconde) et de 3 à 6 secondes avec une connexion à haut débit (câble ou DSL – digital subscriber line). Un roman de 300 pages représente un fichier de 1 mégaoctet. Son temps de téléchargement est de 4 minutes avec un modem 56 K et de 20 à 40 secondes avec une connexion à haut débit. Un guide pratique de 200 pages incluant des tableaux représente un fichier de 1,5 mégaoctet. Son temps de téléchargement est de 6 minutes avec un modem 56 K et de 30 à 60 secondes avec une connexion à haut débit. Un livre illustré avec des photos représente un fichier de 10 mégaoctets. Son temps de téléchargement est de 41 minutes avec un modem 56 K et de 3 à 6 minutes avec une connexion à haut débit.
Chez les adeptes du livre numérique, l’enthousiasme des années 2000 et 2001 fait place à plus de mesure dans les années qui suivent. On ne parle plus du tout numérique pour le proche avenir, mais plutôt de la publication simultanée d’un même titre en deux versions, imprimée et numérique. Pour mettre en place ce nouveau mode de distribution, la tâche est rude. Il faut constituer les collections, améliorer les logiciels de lecture, rendre le prix des appareils de lecture abordable et, plus difficile encore, habituer le grand public à lire un livre à l’écran.
Alors que, en octobre 2000, l’eBook est l’une des vedettes de la Foire internationale du livre de Francfort, il se fait beaucoup plus modeste les années suivantes. La même remarque vaut pour le Salon du livre de Paris qui, après avoir proposé un Village eBook en mars 2000, puis le premier sommet européen de l’édition numérique – dénommé eBook Europe 2001 – l’année suivante, n’organise pas de grande manifestation spécifique en 2002 et 2003. Il faut attendre le Salon de 2006 pour observer à nouveau un réel engouement, avec une vaste «plateforme numérique» rassemblant des imprimeurs numériques, des sociétés de numérisation d’ouvrages et des fabricants de livres numériques.
Cependant, malgré le pessimisme relatif ayant succédé aux déclarations enthousiastes, le livre numérique poursuit patiemment son chemin. Si sa progression est lente, elle est constante. En 2001, le grand éditeur Random House vend deux fois plus de livres numériques qu’en 2000. Tous éditeurs confondus, les ventes de 2001 se chiffrent par milliers pour le New World College Dictionary de Webster, les ouvrages de fiction de Stephen King et de Lisa Scottolini, les livres d’économie et les manuels pratiques. Palm Digital Media, grande librairie numérique pour assistant personnel (PDA), vend 180.000 livres en 2001, une augmentation de 40% par rapport à l’année précédente. Début 2002, PerfectBound, le service électronique de l’éditeur HarperCollins, propose 10% du catalogue imprimé sous forme numérique. A la même date, Random House décide de publier systématiquement une version imprimée et une version numérique pour ses nouveaux titres.
Conséquence d’un marché en pleine expansion, après avoir été conçus pour une machine spécifique - soit un ordinateur soit un assistant personnel - les principaux logiciels de lecture deviennent polyvalents. Si l’Acrobat Reader est d'abord uniquement disponible sur ordinateur les premières années, Adobe lance un Acrobat Reader pour assistant personnel en 2001, d'abord pour le Palm Pilot (mai 2001), puis pour Pocket PC (décembre 2001). Si, à l’origine, le Mobipocket Reader est destiné à la lecture sur assistant personnel, Mobipocket lance une version pour ordinateur en avril 2002. La même remarque vaut pour le Palm Reader. D'abord destiné au Palm Pilot et au Pocket PC, il s'étend à l'ordinateur en juillet 2002.
Chose peu courante chez les concepteurs de logiciels, Mobipocket propose d’emblée un logiciel de lecture «universel», utilisable sur tout assistant personnel puis sur ordinateur, et manifeste très tôt un réel souci d’ouverture aux autres formats. Le Mobipocket Publisher permet de créer des livres numériques non seulement au format PRC (lisible sur le Mobipocket Reader) mais aussi au format LIT (lisible sur le Microsoft Reader).
Après avoir fait cavalier seul en promouvant leur propre logiciel de lecture, les constructeurs y mettent aussi du leur. L’assistant personnel Palm Pilot permet de lire des livres numériques aussi bien sur le Palm Reader que sur le Mobipocket Reader. Son principal concurrent, le Pocket PC de Microsoft, permet de lire des livres sur le Microsoft Reader, le Mobipocket Reader et le Palm Reader.
Vétéran des logiciels de lecture avec dix ans d’existence en 2003, l’Acrobat Reader (devenu l’Adobe Reader en mai 2003) s’adapte régulièrement aux besoins du marché. Pour ne prendre qu’un exemple, les utilisateurs d’autres logiciels disent apprécier le reflowing, une technique leur permettant de reformater automatiquement un livre et sa pagination en fonction de la taille de l’écran. Le reflowing est autorisé par les formats basés sur l’OeB (open ebook). Alors que ceci était impossible avec les versions précédentes de l’Acrobat Reader, le format PDF n’étant pas basé sur l’OeB, les versions 5 et suivantes d’Adobe Acrobat permettent de créer des documents PDF autorisant le reflowing, même si la numérotation des pages du document initial reste figée. Quatre ans après, en 2007, il est possible de créer des PDF compatibles avec l'OeB.
Le nombre de titres s’accroît rapidement au fil des ans. En septembre 2003, le catalogue de Numilog comprend 3 500 titres (livres et numéros de revues) en français et en anglais, grâce à un partenariat avec une quarantaine d’éditeurs. En décembre 2006, ce catalogue comprend 35.000 titres grâce à un partenariat avec 200 éditeurs, dont 60 éditeurs francophones. La progression est tout aussi rapide pour Mobipocket. En 2003, le catalogue comprend 6.000 titres en plusieurs langues. En avril 2007, le catalogue comprend 39.000 titres en vente et 10.000 titres gratuits, et il est désormais diffusé par Amazon, qui a racheté la société en avril 2005.
9.3. Chronologie
* Cette chronologie ne prétend pas à l’exhaustivité.
1993 (juin): Acrobat Reader, premier logiciel de lecture, lancé par Adobe.
1996 (mars): Palm Pilot, premier assistant personnel du marché.
1996 (mai): Fondation du DAISY Consortium pour définir un standard de livre audionumérique.
1998 (mai): Premiers livres commerciaux lancés par les éditions 00h00.
1999 (septembre): Open eBook (OeB), standard de livre numérique.
2000 (janvier): Fondation de l’Open eBook Forum (OeBF).
2000 (janvier): Partenariat entre Microsoft et Barnes & Noble.com pour la vente de livres numériques.
2000 (mars): Mobipocket Reader, logiciel de lecture de Mobipocket.
2000 (mars): Concept du lyber par Michel Valensi.
2000 (mars): Riding the Bullet, nouvelle de Stephen King, distribuée sur l’internet.
2000 (avril): Pocket PC, assistant personnel de Microsoft.
2000 (avril): Microsoft Reader, logiciel de lecture utilisable sur Pocket PC.
2000 (juillet): Autopublication sur le web de The Plant, roman de Stephen King.
2000 (août): Partenariat entre Microsoft et Amazon pour la vente de livres numériques.
2000 (août): Microsoft Reader disponible pour toute plateforme Windows.
2000 (août): eBooks Store de Barnes & Noble.com.
2000 (été): SimonSays.com, branche numérique de Simon & Schuster.
2000 (octobre): Premiers titres numériques des PUF (Presses universitaires de France).
2000 (novembre): Conditions attractives pour la publication en numérique des auteurs de Random House.
2000 (décembre): eBooks Store d’Amazon.
2000 (décembre): Arrêt de l’autopublication sur le web de The Plant, roman de Stephen King.
2001: Premiers systèmes de DRM pour la gestion des droits numériques.
2001 (janvier): Adobe eBook Reader, logiciel de lecture pour livres sous droits.
2001 (janvier): Adobe Content Server, logiciel de gestion des droits numériques.
2001 (janvier): Barnes & Noble Digital, branche numérique de Barnes & Noble.
2001 (mars): Rachat de Peanutpress et de son logiciel de lecture par Palm.
2001 (mars): Palm Reader, logiciel de lecture de Palm.
2001 (avril): Partenariat entre Adobe et Amazon pour la vente de livres numériques.
2001 (mai): Acrobat Reader disponible pour Palm Pilot.
2001 (décembre): Acrobat Reader disponible pour Pocket PC.
2002 (avril): Mobipocket Reader disponible pour ordinateur personnel.
2002 (juillet): Palm Reader disponible pour ordinateur personnel.
2002 (novembre): Microsoft Reader disponible pour tablette PC.
2003 (mai): L’Adobe Reader remplace l’Acrobat Reader et l’Adobe eBook Reader.
2004 (novembre): L’Adobe LiveCycle Policy Server remplace l’Adobe Content Server.
2005 (avril): L’IDPF (International Digital Publishing Forum) succède à l’OeBF (Open eBook Forum).
2005 (avril): Rachat de Mobipocket par Amazon.
[10.1. Tablettes de lecture / Premiers modèles / Gemstar eBook / Cybook (Cytale - Bookeen) / Autres tablettes récentes // 10.2. Assistants personnels (PDA) / Psion / eBookMan (Franklin) / Palm Pilot et Pocket PC // 10.3. Nouveaux appareils / Souhaits en l'an 2000 / @folio, baladeur de textes / Smartphones et successeurs // 10.4. Le papier électronique / Souhaits en l’an 2000 / E Ink / Autres initiatives // 10.5. Chronologie]
Les livres numériques sont d’abord lisibles sur l’écran de l'ordinateur. En 1999, pour plus de mobilité, on voit apparaître des appareils dédiés, sous forme de tablettes électroniques. A partir de l'an 2000, les assistants personnels (PDA) intègrent peu à peu des logiciels de lecture. Suit la lecture sur webpad et tablette PC, puis sur téléphone portable et smartphone. Annoncé pour la fin des années 2000, le papier électronique devrait permettre de concilier les avantages du numérique et le confort d’un matériau souple proche du papier.
10.1. Tablettes de lecture
Une tablette électronique de lecture se présente comme une machine portable de la taille d’un gros livre, avec un écran à cristaux liquides (appelé aussi écran LCD: liquid crystal display) rétro-éclairé ou non, noir et blanc ou en couleur. Elle fonctionne sur batterie et, selon les modèles, dispose d’un modem intégré, d’un port USB et de connexions Bluetooth et WiFi, pour connexion à l’internet et téléchargement des livres à partir de sites d’éditeurs ou de librairies numériques.
= Premiers modèles
Apparues en 1999, les premières tablettes de lecture sont conçues et développées dans la Silicon Valley, en Californie. Le modèle le plus connu, le Rocket eBook, est créé par la société NuvoMedia, en partenariat avec la chaîne de librairies Barnes & Noble et le géant des médias Bertelsmann. Un deuxième modèle, le Softbook Reader, est développé par la société Softbook Press, en partenariat avec les deux grandes maisons d’édition Random House et Simon & Schuster. Plusieurs autres modèles ont une durée de vie assez courte, par exemple l’Everybook, appareil à double écran créé par la société du même nom, ou encore le Millennium eBook, créé par Librius.com. A cette époque, qui n’est pas si lointaine, toutes ces tablettes électroniques pèsent entre 700 grammes et 2 kilos et peuvent stocker une dizaine de livres.
= Gemstar eBook
Lancés en octobre 2000 à New York, les deux premiers modèles de Gemstar eBook sont les successeurs du Rocket eBook (conçu par la société NuvoMedia) et du Softbook Reader (conçu par la société Softbook Press), suite au rachat de NuvoMedia et de Softbook Press par Gemstar-TV Guide International en janvier 2000. Commercialisés en novembre 2000 aux Etats-Unis, ces deux modèles - le REB 1100 (écran noir et blanc, successeur du Rocket eBook) et le REB 1200 (écran couleur, successeur du Softbook Reader) - sont construits et vendus sous le label RCA, appartenant à Thomson Multimedia. Le système d’exploitation, le navigateur et le logiciel de lecture sont spécifiques au produit, tout comme le format de lecture, basé sur le format OeB (open ebook).
Le REB 1100 (18 x 13,5 centimètres) a une taille comparable à celle d’un (très) gros livre broché. Son poids est de 510 grammes. Son autonomie est de 15 heures. Il dispose d’un modem 36,6 K (kilobits par seconde). Sa mémoire compact flash de 8 mégaoctets permet de stocker 20 romans, soit 8.000 pages de texte. La mémoire peut être étendue à 72 mégaoctets pour permettre un stockage de 150 livres, soit 60.000 pages de texte. L’écran tactile noir et blanc rétro-éclairé a une résolution de 320 x 480 pixels. Le REB 1100 est vendu par la chaîne de magasins SkyMall au prix de 300 dollars US.
Un peu plus volumineux, le REB 1200 (23 x 19 centimètres) a la taille d’un grand livre cartonné. Son poids est de 750 grammes. Son autonomie est de 6 à 12 heures. Il dispose d’un modem 56 K et d’une connexion Ethernet. Sa mémoire compact flash de 8 mégaoctets permet de stocker 5.000 pages. La mémoire peut être étendue à 128 mégaoctets pour permettre un stockage de 80.000 pages. L’écran tactile couleur rétro-éclairé a une résolution de 480 x 640 pixels. Le REB 1200 est vendu par SkyMall au prix de 699 dollars.
La commercialisation du modèle européen, le GEB 2200, débute en octobre 2001 en commençant par l’Allemagne. Le GEB 2200 a les mêmes caractéristiques que le REB 1200. Son poids est un peu supérieur (970 grammes) parce qu’il inclut une couverture en cuir protégeant l’écran. Son prix est de 649 euros. Ce prix inclut deux abonnements - un abonnement de six semaines à la version électronique de Der Spiegel et un abonnement de quatre semaines à la version électronique du Financial Times Deutschland - ainsi que deux best-sellers et quinze oeuvres classiques.
Aux Etats-Unis, les ventes sont très inférieures aux pronostics. En avril 2002, un article du New York Times annonce l’arrêt de la fabrication de ces appareils par RCA. A l’automne 2002, leurs successeurs, le GEB 1150 et le GEB 2150, sont produits sous le label Gemstar et vendus par SkyMall à un prix beaucoup plus compétitif, avec ou sans abonnement annuel ou bisannuel à la librairie numérique de Gemstar eBook. Le GEB 1150 coûte 199 dollars sans abonnement, et 99 dollars avec abonnement annuel (facturé 20 dollars par mois). Le GEB 2150 coûte 349 dollars sans abonnement, et 199 dollars avec abonnement bisannuel (20 dollars par mois). Les deux modèles GEB 1150 et GEB 2150 sont livrés non seulement avec un dictionnaire intégré, le Webster’s Pocket American Dictionary (publié par Random House), mais aussi avec la version anglaise du Tour du monde en 80 jours de Jules Verne (publiée par eBooks Classics), best-seller universel qui poursuit ainsi sa carrière en version numérique. En Allemagne, on parle d’un remplacement éventuel du GEB 2200 par le GEB 1150 courant 2003. Mais Gemstar décide de mettre fin à ses activités eBook. La société cesse la vente de ses tablettes de lecture en juin 2003 et celle de ses livres numériques le mois suivant.
= Cybook (Cytale / Bookeen)
Première tablette de lecture européenne, le Cybook (21 x 16 centimètres) est conçu et développé par la société française Cytale, et commercialisé en janvier 2001. Son poids est de 1 kilo. Sa mémoire - 32 Mo (mégaoctets) de mémoire SDRAM (synchronous dynamic random access memory) et 16 Mo de mémoire flash - permet de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages. Son autonomie est de 5 heures. Il est équipé d’un modem 56 K, d’un haut-parleur, d’une sortie stéréo avec prise casque et de plusieurs ports pour périphériques. L’écran tactile couleur rétro-éclairé a une résolution de 600 x 800 pixels. L’affichage est possible en mode portrait ou paysage. Le Cybook utilise le système d’exploitation Windows CE de Microsoft, le navigateur Internet Explorer et un logiciel de lecture spécifique basé sur le format OeB. Il intègre un dictionnaire Hachette de 35.000 mots. En mars 2002, il coûte 883 euros sans abonnement, et 456 euros avec abonnement annuel (facturé 20 euros par mois). Les livres sont téléchargés à partir du site web de Cytale, suite à des partenariats avec plusieurs éditeurs et sociétés de presse.
«J’ai croisé il y a deux ans le chemin balbutiant d’un projet extraordinaire, le livre électronique, écrit en décembre 2000 Olivier Pujol, PDG de Cytale. Depuis ce jour, je suis devenu le promoteur impénitent de ce nouveau mode d’accès à l’écrit, à la lecture, et au bonheur de lire. La lecture numérique se développe enfin, grâce à cet objet merveilleux: bibliothèque, librairie nomade, livre "adaptable", et aussi moyen d’accès à tous les sites littéraires (ou non), et à toutes les nouvelles formes de la littérature, car c’est également une fenêtre sur le web.»
Cytale développe aussi le Cybook Pro, une version du Cybook à destination des entreprises, des universités et des collectivités pour la gestion de leurs documents numérisés: dossiers clients, normes techniques, procédures, catalogues, cartes, etc.
Par ailleurs, en collaboration avec l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale), Cytale adapte son logiciel pour permettre la lecture de livres numériques sur plage braille ou sur synthèse vocale. Dans cette optique, la société développe le Cybook Vision, une tablette adaptée aux besoins des personnes malvoyantes et distribuée par un réseau d’opticiens. «Toutes les opérations de navigation, en mode autonome, ont été élaborées sur les conseils d’orthoptistes et à partir des suggestions de malvoyants, lit-on sur le site web. Réduites à l’essentiel, elles autorisent la création de stratégies de lecture personnalisées. L’appareil, qui fonctionne comme un enregistreur, est doté d’une capacité de mémoire qui autorise une contenance d’environ trente livres. Chaque ouvrage est lisible dans deux polices et six tailles de caractères. La catégorie la plus grande correspond à un corps de texte 28 ou à la taille P. 20 selon les normes des orthoptistes. La résolution d’écran "Super VGA" (super video graphics adapter) de 100 DPI (dots per inch) offre une excellente netteté des caractères. Le rétro-éclairage de cet écran autorise la lecture dans une ambiance peu lumineuse. Le contraste et la luminosité peuvent être réglés séparément et sont activés par un bouton. Une icône autorise le changement de couleur de fond, qui passe du blanc au jaune pour répondre à certains problèmes de photosensibilité. Les textes peuvent être lus en corps noir sur blanc ou blanc sur noir, jaune sur noir ou noir sur jaune.»
Pour les trois modèles, les ventes sont très inférieures aux pronostics. Ces ventes insuffisantes forcent la société à se déclarer en cessation de paiement, l’administrateur ne parvenant pas à trouver un repreneur après le redressement judiciaire prononcé en avril 2002. Cytale est mis en liquidation judiciaire en juillet 2002 et cesse ses activités à la même date.
La commercialisation du Cybook est reprise quelques mois plus tard par la société Bookeen, créée en 2003 à l’initiative de Michael Dahan et de Laurent Picard, deux ex-ingénieurs de chez Cytale. «A côté des logiciels "maison" - le Boo Reader et le Boo Reader Vision - le Mobipocket Reader, le µBook et le PDF Viewer équipent désormais par défaut la tablette», explique Alain Patez, responsable des éditions numériques à la Médiathèque Landowski de Boulogne-Billancourt, et qui met ces tablettes à la disposition de son public. «Le Cybook s’enrichit d’une nouvelle suite logicielle et d’un nouveau mode de connexion et de synchronisation, grâce au support de l’infrarouge et de l’USB. Cette nouvelle version est mise en vente en juin 2004. Grâce à son partenariat avec Mobipocket, Bookeen ouvre en novembre 2004 sa propre librairie en ligne (Ubibooks). Les livres sont également proposés sur carte amovible, la "BibliCarte", au format OeB. Commercialisée principalement aux Etats-Unis, la tablette est en rupture de stock en octobre 2006. En juillet 2007, Bookeen dévoile la nouvelle version e-ink / e-paper de sa tablette baptisée "Cybook Gen3". Cette machine opère désormais sous plateforme Linux et dispose d’une suite logicielle comparable à la version antérieure. Elle se distingue particulièrement par son poids - 174 grammes - et par une autonomie de lecture d’un mois sans rechargement. L’écran, monochrome, affiche quatre nuances de gris. La commercialisation du Cybook Gen3 est annoncée pour septembre 2007. Cette tablette exploitera la technologie d'encre électronique E Ink.»
= Autres tablettes récentes
En avril 2004, Sony lance au Japon le Librié 1000-EP, produit en partenariat avec les sociétés Philips et E Ink. Cette nouvelle tablette est la première à utiliser la technologie d’affichage développée par la société E Ink et communément appelée encre électronique. L’appareil pèse 300 grammes (avec piles et protection d’écran), pour une taille de 12,6 x 19 x 1,3 centimètres. Sa mémoire est de 10 mégaoctets - avec possibilité d’extension - et sa capacité de stockage de 500 livres. Son écran de 6 pouces a une définition de 170 DPI et une résolution de 800 x 600 pixels. Un port USB permet le téléchargement des livres à partir de l’ordinateur. L’appareil comprend aussi un clavier, une fonction enregistrement et une synthèse vocale. Il fonctionne avec quatre piles alcalines, qui permettraient la consultation de 10.000 pages. Son prix est de 375 dollars US.
D’autres modèles sont lancés par divers constructeurs, par exemple Toshiba, qui lance le Ebook, Panasonic, qui lance le Sigma Book, ou eREAD, qui lance le STAReBook (appelé aussi e-Reader par le quotidien Les Echos).
Les trois modèles les plus présents en 2007 semblent être l’iLiad (iRex Technologies), le Sony Reader (Sony) et le Hanlin eReader (Jinke), qui utilisent tous les trois la technologie E Ink. Lancé par la société néerlandaise iRex Technologies, l’iLiad est conçu spécifiquement pour la consultation de journaux électroniques et pour la lecture de livres sur le Mobipocket Reader. Produit par la société chinoise Jinke, le Hanlin eReader se décline en plusieurs versions et supporte de nombreux formats, dont les formats PDF, DOC, HTML, MP3, JPG, TXT et ZIP. Lancé en octobre 2006 aux Etats-Unis, le Sony Reader, plus petit que l’iLiad, est vendu au prix de 350 dollars US.
En mai 2007, Telecom Italia lance le Librofonino, décrit comme un « livre cellulaire ». Connectable en permanence aux réseaux téléphoniques sans fil (3GSM et autres) quel que soit le pays, le Librofonino tient aisément dans une poche, avec un écran ouvrant plus large que l’appareil lui-même. Suite à l’acquisition de Mobipocket en avril 2005, Amazon lance fin 2007 sa propre tablette de lecture, le Kindle. Reste à voir si ces modèles auront une durée de vie supérieure à celle de leurs prédécesseurs. En 2008, on attend un écran souple ultrafin appelé papier électronique.
Parallèlement, quelques quotidiens tentent une expérience de lecture nomade. En avril 2006, le quotidien belge De Tidj est proposé en version électronique nomade sur l’iLiad. En avril 2007, le quotidien français Les Echos lance une version électronique nomade - actualisée plusieurs fois par jour - sur deux tablettes de lecture, avec un prix différent selon la tablette achetée: 649 euros (abonnement annuel + achat de l'e-Reader d'e-READ) ou 769 euros (abonnement annuel + achat de l'iLiad). Pour ceux qui auraient déjà leur tablette, l'abonnement annuel sans tablette est de 365 euros.
10.2. Assistants personnels (PDA)
Lorsque le livre numérique commence à se généraliser en 2000, les fabricants d’assistants personnels (PDA) décident d’intégrer un logiciel de lecture dans leur machine, en plus des fonctionnalités habituelles : agenda, dictaphone, lecteur de MP3, etc. En parallèle, à partir de la production imprimée existante, ils négocient les droits de diffusion numérique de centaines de titres. Si certains professionnels du livre s’inquiètent de la petitesse de l’écran, les adeptes de la lecture sur PDA assurent que la taille de l’écran n’est pas un problème.
= Psion
Marie-Joseph Pierre est enseignante-chercheuse à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE, section Sciences religieuses, Paris-Sorbonne). Elle utilise un Psion depuis plusieurs années pour lire et étudier dans le train lors de ses fréquents déplacements entre Argentan, sa ville de résidence, et Paris. Elle achète son premier Psion en 1997, un Série 3, remplacé ensuite par un Série 5, remplacé lui-même par un Psion 5mx en juin 2001. En février 2002, elle raconte: «J’ai chargé tout un tas de trucs littéraires – dont mes propres travaux et dont la Bible entière – sur mon Psion 5mx (16 + 16 mégaoctets), que je consulte surtout dans le train ou pour mes cours, quand je ne peux pas emporter toute une bibliothèque. J’ai mis les éléments de programme qui permettent de lire page par page comme sur un véritable ebook. Ce qui est pratique, c’est de pouvoir charger une énorme masse documentaire sur un support minuscule. Mais ce n’est pas le même usage qu’un livre, surtout un livre de poche qu’on peut feuilleter, tordre, sentir…, et qui s’ouvre automatiquement à la page qu’on a aimée. C’est beaucoup moins agréable à utiliser, d’autant que sur PDA, la page est petite: on n’a pas de vue d’ensemble. Mais une qualité appréciable: on peut travailler sur le texte enregistré, en rechercher le vocabulaire, réutiliser des citations, faire tout ce que permet le traitement informatique du document, et cela m’a pas mal servi pour mon travail, ou pour mes activités associatives. Je fais par exemple partie d’une petite société poétique locale, et nous faisons prochainement un récital poétique. J’ai voulu rechercher des textes de Victor Hugo, que j’ai maintenant pu lire et même charger à partir du site de la Bibliothèque nationale de France: c’est vraiment extra.»
Le Psion Organiser est le vétéran des agendas électroniques. Le premier modèle est lancé dès 1984 par la société britannique Psion. Au fil des ans, la gamme des appareils s’étend et la société se développe à l’international. En 2000, les divers modèles (Série 7, Série 5mx, Revo, Revo Plus) sont concurrencés par le Palm Pilot et le Pocket PC. Suite à une baisse des ventes, la société décide de diversifier ses activités. Suite au rachat de Teklogix, Psion Teklogix est fondé en septembre 2000 afin de développer des systèmes informatiques mobiles sans fil à destination des entreprises. Psion Software est fondé en 2001 pour développer les logiciels de la nouvelle génération d’appareils mobiles utilisant la plateforme Symbian OS, par exemple ceux du smartphone Nokia 9210, modèle précurseur commercialisé la même année.
= eBookMan (Franklin)
Basée dans le New Jersey (Etats-Unis), la société Franklin commercialise dès 1986 le premier dictionnaire consultable sur une machine de poche. Quinze ans plus tard, Franklin distribue 200 ouvrages de référence sur des machines de poche: dictionnaires unilingues et bilingues, encyclopédies, bibles, manuels d’enseignement, ouvrages médicaux et livres de loisirs.
En octobre 2000, Franklin lance l’eBookMan, un assistant personnel multimédia qui, entre autres fonctionnalités (agenda, dictaphone, etc.), permet la lecture de livres numériques sur le logiciel de lecture Franklin Reader. A la même date, l’eBookMan reçoit l’eBook Technology Award de la Foire internationale du livre de Francfort. Trois modèles (EBM-900, EBM-901 et EBM-911) sont disponibles début 2001. Leurs prix respectifs sont de 130, 180 et 230 dollars US. Le prix est fonction de la taille de la mémoire vive (8 ou 16 mégaoctets) et de la qualité de l’écran à cristaux liquides (écran LCD), rétro-éclairé ou non selon les modèles. Nettement plus grand que celui de ses concurrents, l’écran n’existe toutefois qu’en noir et blanc, contrairement à la gamme Pocket PC ou à certains modèles Palm avec écran couleur. L’eBookMan permet l’écoute de livres audio et de fichiers musicaux au format MP3.
En octobre 2001, Franklin décide de ne pas intégrer le Microsoft Reader à l’eBookMan, mais de lui préférer le Mobipocket Reader, logiciel de lecture jugé plus performant, et primé à la même date par l’eBook Technology Award à Francfort. Parallèlement, le Franklin Reader est progressivement disponible pour les gammes Psion, Palm, Pocket PC et Nokia. Franklin développe aussi une librairie numérique sur son site en passant des partenariats avec plusieurs éditeurs, notamment avec Audible.com pour avoir accès à sa collection de 4.500 livres audionumériques.
= Palm Pilot et Pocket PC
Suite au Psion et à l'eBookMan, les usagers se tournent peu à peu vers deux nouvelles gammes d'assistants personnels (ou PDA: personal digital assistant), les Palm Pilot et les Pocket PC, qui deviennent les favoris du marché.
La société Palm lance le premier Palm Pilot en mars 1996 et vend 23 millions de machines entre 1996 et 2002. Son système d’exploitation est le Palm OS et son logiciel de lecture le Palm Reader. En mars 2001, les modèles Palm permettent aussi la lecture de livres numériques sur le Mobipocket Reader.
Commercialisé par Microsoft en avril 2000 pour concurrencer le Palm Pilot, le Pocket PC utilise un système d’exploitation spécifique, Windows CE, qui intègre le nouveau logiciel de lecture Microsoft Reader. En octobre 2001, Windows CE est remplacé par Pocket PC 2002, qui permet entre autres de lire des livres numériques sous droits. Ces livres sont protégés par un système de gestion des droits numériques dénommé Microsoft DAS Server (DAS: digital asset server). En 2002, le Pocket PC permet la lecture sur trois logiciels: le Microsoft Reader bien sûr, le Mobipocket Reader et le Palm Reader.
D’après Seybold Reports.com, en avril 2001, on compte 100.000 tablettes de lecture pour 17 millions d’assistants personnels (PDA). Deux ans plus tard, en juin 2003, plus aucune tablette n’est commercialisée. De nouveaux modèles apparaissent ensuite, mais on se demande s'ils peuvent vraiment réussir à s’imposer face à l’assistant personnel, qui offre aussi d’autres fonctionnalités. On se demande aussi s'il existe une clientèle spécifique pour les deux machines, la lecture sur assistant personnel étant destinée au grand public, et la lecture sur tablette électronique étant réservée aux gros consommateurs de documents que sont les lycéens, les étudiants, les professeurs, les chercheurs ou les juristes. Le débat reste toujours d'actualité dans les années qui suivent.
10.3. Nouveaux appareils
= Souhaits en l'an 2000
En l’an 2000, à l’exception de quelques spécialistes, les professionnels du livre restent assez sceptiques sur le confort de lecture procuré par une machine. Si le concept les séduit, les premiers modèles ne suscitent guère d’enthousiasme, sinon une curiosité amusée et le souhait de meilleurs appareils de lecture. «Je pense qu’on est loin des formats et des techniques définitifs, déclare en novembre 2000 Nicolas Pewny, fondateur des éditions du Choucas. Beaucoup de recherches sont en cours, et un format et un support idéal verront certainement le jour sous peu.»
Anne-Bénédicte Joly, écrivain auto-éditeur, écrit à la même date: «Le livre électronique est avant tout un moyen pratique d’atteindre différemment une certaine catégorie de lecteurs composée pour partie de curieux aventuriers des techniques modernes et pour partie de victimes du mode résolument technologique. (…) Je suis assez dubitative sur le "plaisir" que l’on peut retirer d’une lecture sur un écran d’un roman de Proust. Découvrir la vie des personnages à coups de souris à molette ou de descente d’ascenseur ne me tente guère. Ce support, s’il possède à l’évidence comme avantage la disponibilité de toute oeuvre à tout moment, possède néanmoins des inconvénients encore trop importants. Ceci étant, sans nous cantonner à une position durablement ancrée dans un mode passéiste, laissons à ce support le temps nécessaire pour acquérir ses lettres de noblesse.»