[1]Par le motseng, vie, ditTchou-hi, «il désigne ce par quoi l'homme et les autres êtres vivants connaissent, comprennent, sentent et se meuvent.»
[1]Par le motseng, vie, ditTchou-hi, «il désigne ce par quoi l'homme et les autres êtres vivants connaissent, comprennent, sentent et se meuvent.»
[2]Weï-chi; littéralement,faire le mort.
[2]Weï-chi; littéralement,faire le mort.
[3]Glose.
[3]Glose.
[4]OdeTching-min, sectionTa-ya.
[4]OdeTching-min, sectionTa-ya.
[5]C'était un magistrat du royaume deThsi, sous le princeWen-kong. Il devint célèbre, comme Brillat-Savarin, par son art du préparer les mets.
[5]C'était un magistrat du royaume deThsi, sous le princeWen-kong. Il devint célèbre, comme Brillat-Savarin, par son art du préparer les mets.
[6]Très-beau jeune homme, dont la beauté est célébrée dans leLivre des Vers.
[6]Très-beau jeune homme, dont la beauté est célébrée dans leLivre des Vers.
[7]Montagne des bœufsdans le royaume deThsi.
[7]Montagne des bœufsdans le royaume deThsi.
[8]En chinoisHio-wen, littéralement,étudier, interroger: ces deux mots signifient ensemble, dit la Glose, la doctrine de la science et des œuvres appliquée au devoir.
[8]En chinoisHio-wen, littéralement,étudier, interroger: ces deux mots signifient ensemble, dit la Glose, la doctrine de la science et des œuvres appliquée au devoir.
[9]«C'est le quatrième.» (Commentaire.)
[9]«C'est le quatrième.» (Commentaire.)
[10]«Par membresnoblesetgrands, dit la Glose, il désigne lecœurou l'intelligenceet lavolonté; par membresvilsetpetits, il indique laboucheet leventre.»
[10]«Par membresnoblesetgrands, dit la Glose, il désigne lecœurou l'intelligenceet lavolonté; par membresvilsetpetits, il indique laboucheet leventre.»
[11]Deux arbres très-beaux dont le bois est très-estimé.
[11]Deux arbres très-beaux dont le bois est très-estimé.
[12]«Le cœur (sin), par la pensée ou la méditation, forme la science.» (Glose.)
[12]«Le cœur (sin), par la pensée ou la méditation, forme la science.» (Glose.)
[13]«Le cœur ou l'intelligence et la pensée.» (Glose.)
[13]«Le cœur ou l'intelligence et la pensée.» (Glose.)
[14]«Les organes des sens, ceux de l'ouïe, de la vue.»
[14]«Les organes des sens, ceux de l'ouïe, de la vue.»
[15]Glose.
[15]Glose.
[16]«La dignité céleste, ditTchou-hi, est celle que donnent la vertu et l'équité, qui font que l'on est noble et distingué par soi-même.»
[16]«La dignité céleste, ditTchou-hi, est celle que donnent la vertu et l'équité, qui font que l'on est noble et distingué par soi-même.»
[17]Koueï. Ce mot renferme l'idée d'une noblesse conférée par les emplois que l'on occupe, ou par les dignités dont elle n'est jamais séparée.
[17]Koueï. Ce mot renferme l'idée d'une noblesse conférée par les emplois que l'on occupe, ou par les dignités dont elle n'est jamais séparée.
[18]«La noblesse possédée en soi-même, ce sont les dignités du ciel.» (TCHOU-HI.)
[18]«La noblesse possédée en soi-même, ce sont les dignités du ciel.» (TCHOU-HI.)
[19]OdeKi-tsouï, sectionTa-ya.
[19]OdeKi-tsouï, sectionTa-ya.
[20]C'était unKoung-sse, littéralement,maître ès-arts.
[20]C'était unKoung-sse, littéralement,maître ès-arts.
1. Un homme du royaume deJininterrogeaOuo-liu-tseu[1]en ces termes: Est-il d'une plus grande importance d'observer les rites que de prendre ses aliments?
Il répondit: Les rites sont d'une plus grande importance.
—Est-il d'une plus grande importance d'observer les rites que les plaisirs du mariage?
—Les rites sont d'une plus grande importance.
—[Dans certaines circonstances] si vous ne mangez que selon les rites, alors vous périssez de faim; et si vous ne vous conformez pas aux rites pour prendre de la nourriture, alors vous pouvez satisfaire votre appétit. Est-il donc nécessaire de suivre les rites?
Je suppose le cas où si un jeune homme allait lui-même au-devant de sa fiancée[2], il ne l'obtiendrait pas pour épouse; et si, au contraire, il n'allait pas lui-même au-devant d'elle, il l'obtiendrait pour épouse. Serait-il obligé d'aller lui-même au-devant de sa fiancée?
Ouo-liu-tseune put pas répondre. Le lendemain, il se rendit dans le royaume deThsou, afin de faire part de ces questions àMENG-TSEU.
MENG-TSEUdit: Quelle difficulté avez-vous donc trouvée à répondre à ces questions?
En n'ayant pas égard à sa base, mais seulement à son sommet, vous pouvez rendre plus élevé un morceau de bois d'un pouce carré que le faîte de votre maison.
«L'or est plus pesant que la plume.» Pourra-t-on dire cependant qu'un bouton d'or pèse plus qu'une voiture de plumes?
Si en prenant ce qu'il y a de plus important dans le boire et le manger, et ce qu'il y a de moins important dans les rites, on les compare ensemble, trouvera-t-on que le boire et le manger ne sont seulement que d'une plus grande importance? Si, en prenant ce qu'il y a de plus important dans les plaisirs du mariage, et ce qu'il y a de moins important dans les rites, on les compare ensemble, trouvera-t-on que les plaisirs du mariage ne sont seulement que d'une plus grande importance?
Allez, et répondez à celui qui vous a interrogé par ces paroles: Si, en rompant un bras à votre frère aîné, vous lui prenez des aliments, alors vous aurez de quoi vous nourrir; mais si, en ne le lui rompant pas, vous ne pouvez obtenir de lui des aliments, le lui romprez-vous?
Si en pénétrant à travers le mur dans la partie orientale[3]d'une maison voisine, vous en enlevez la jeune fille, alors vous obtiendrez une épouse; si vous ne l'enlevez pas, vous n'obtiendrez pas d'épouse; alors l'enlèverez-vous?
2.Kiao[frère cadet du roi] deThsaofit une question en ces termes: Tous les hommes, dit-on, peuvent être desYaoet desChun; cela est-il vrai?
MENG-TSEUdit: Il en est ainsi.
Kiaodit: MoiKiao, j'ai entendu dire queWen-wangavait dix pieds de haut, etThangneuf[4]; maintenant, moiKiao, j'ai une taille de neuf pieds quatre pouces, je mange du millet, et rien de plus [je n'ai pas d'autres talents que cela]. Comment dois-je faire pour pouvoir être [unYaoou unChun]?
MENG-TSEUdit: Pensez-vous que cela consiste dans la taille? Il faut faire ce qu'ils ont fait, et rien de plus.
Je suppose un homme en ce lieu. Si ses forces ne peuvent pas lutter contre celles du petit d'un canard, alors c'est un homme sans forces. Mais s'il dit: Je puis soulever un poids de centKiun[ou trois cents livres chinoises], c'est un homme fort. S'il en est ainsi, alors il soulève le poids que soulevait le fameuxOu-hoë; c'est aussi par conséquent un autreOu-hoë, et rien de plus. Pourquoi cet homme s'affligerait-il de ne pas surpasser (YaoetChun) en forces corporelles? c'est seulement de ne pas accomplir leurs hauts faits et pratiquer leurs vertus qu'il devrait s'affliger.
Celui qui, marchant lentement, suit ceux qui sont plus avancés en âge, est appelé plein de déférence; celui qui, marchant rapidement, devance ceux qui sont plus avancés en âge, est appelé sans déférence. Une démarche lente [pour témoigner sa déférence] dépasse-t-elle le pouvoir de l'homme? Ce n'est pas ce qu'il ne peut pas, mais ce qu'il ne fait pas. La principale règle de conduite deYaoet deChunétait la piété filiale, la déférence envers les personnes plus âgées, et rien de plus.
Si vous revêtez les habillements deYao, si vous tenez les discours deYao, si vous pratiquez les actions deYao, vous serezYao, et rien de plus.
Mais si vous revêtez les habillements deKie, si vous tenez les discours deKie, si vous pratiquez les actions deKie, vous serezKie, et rien de plus.
Kiaodit: Si j'obtenais l'autorisation de visiter le prince deThseou, et que je pusse y prolonger mon séjour, je désirerais y vivre et recevoir de l'instruction à votre école.
MENG-TSEUdit: La voie droite[5]est comme un grand chemin ou une grande route. Est-il difficile de la connaître? Une cause de douleur pour l'homme est seulement de ne pas la chercher. Si vous retournez chez vous, et que vous la cherchiez sincèrement, vous aurez de reste un précepteur pour vous instruire.
3.Koung-sun-tcheoufit une question en ces termes:Kao-tseudisait: «L'odeSiao-pan[6]est une pièce de vers d'un homme bien médiocre.»
MENG-TSEUdit: PourquoiKao-tseus'exprime-t-il ainsi?
—Parce que celui qui parle dans cette ode éprouve un sentiment d'indignation contre son père.
MENG-TSEUrépliqua: Comme ce vieuxKao-tseua mal compris et interprété ces vers!
Je suppose un homme en ce lieu. Si un autre homme du royaume deYoueï, l'arc tendu, s'apprêtait à lui lancer sa flèche, alors moi je m'empresserais, avec des paroles gracieuses, de l'en détourner. Il n'y aurait pas d'autre motif à ma manière d'agir, sinon que je lui suis étranger. Si, au contraire, mon frère aîné, l'arc tendu, s'apprêtait à lui lancer sa flèche, alors je m'empresserais, avec des larmes et des sanglots, de l'en détourner. Il n'y aurait pas d'autre motif à cela, sinon que je suis lié à lui par des liens de parenté.
L'indignation témoignée dans l'odeSiao-panest une affection de parent pour un parent. Aimer ses parents comme on doit les aimer est de l'humanité. Que ce vieuxKao-tseua mal compris et expliqué ces vers!
Koung-sun-tcheoudit: Pourquoi, dans l'odeKai-foung, le même sentiment d'indignation n'est-il pas exprimé?
MENG-TSEUdit: Dans l'odeKaï-foung, la faute des parents est très-légère; dans l'odeSiao-pan, la faute des parents est très-grave. Quand les fautes des parents sont graves, si l'on n'en éprouve pas d'indignation, c'est un signe qu'on leur devient de plus en plus étranger. Quand les fautes des parents sont légères, si l'on en éprouve de l'indignation, c'est un signe que l'on ne supporte pas une légère faute. Devenir étranger à ses parents est un manque de piété filiale; ne pas supporter une faute légère est aussi un manque de piété filiale.
KHOUNG-TSEUdisait en parlant deChun: Que sa piété filiale était grande! A l'âge de cinquante ans, il chérissait encore vivement ses parents.
4.Soung-kheng[7]voulant se rendre dans le royaume deThsou,MENG-TSEUalla au-devant de lui dans la régionChe-khieou.
MENG-TSEUlui dit: Maître, où allez-vous?
Soung-khengrépondit: J'ai entendu dire que les royaumes deThsinet deThsouallaient se battre. Je veux voir le roi deThsou, et lui parler pour le détourner de la guerre. Si le roi deThsoun'est point satisfait de mes observations, j'irai voir le roi deThsin, et je l'exhorterai à ne pas faire la guerre. De ces deux rois, j'espère qu'il y en aura un auquel mes exhortations seront agréables.
MENG-TSEUdit: MoiKHO, j'ai une grâce à vous demander; je ne désire pas connaître dans tous ses détails le discours que vous ferez, mais seulement le sommaire. Que lui direz-vous?
Soung-khengdit: Je lui dirai que la guerre qu'il veut faire n'est pas profitable.
MENG-TSEUdit: Votre intention, maître, est une grande intention; mais le motif n'en est pas admissible.
Maître, si vous parlez gain et profit aux rois deThsinet deThsou, et que les rois deThsinet deThsou, prenant plaisir à ces profits, retiennent la multitude de leurs trois armées, les soldats de ces trois armées se réjouiront d'être retenus loin des champs de bataille, et se complairont dans le gain et le profit.
Si celui qui est serviteur ou ministre sert son prince pour l'amour du gain; si celui qui est fils sert son père pour l'amour du gain; si celui qui est frère cadet sert son frère aîné pour l'amour du gain: alors le prince et ses ministres, le père et le fils, le frère aîné et le frère cadet, dépouillés enfin de tout sentiment d'humanité et d'équité, n'auront des égards l'un pour l'autre que pour le seul amour du gain. Agir ainsi, et ne pas tomber dans les plus grandes calamités, c'est ce qui ne s'est jamais vu.
Maître, si vous parlez d'humanité et d'équité aux rois deThsinet deThsou, et que les rois deThsinet deThsou, prenant plaisir à l'humanité et à l'équité, retiennent la multitude de leurs armées, les soldats de ces trois armées se réjouiront d'être retenus loin des champs de bataille, et se complairont dans l'humanité et l'équité.
Si celui qui est serviteur ou ministre sert son prince pour l'amour de l'humanité et de l'équité; si celui qui est fils sert son père pour l'amour de l'humanité et de l'équité; si celui qui est fils cadet sert son frère aîné pour l'amour de l'humanité et de l'équité: alors le prince et ses ministres, le père et le fils, le frère aîné et le frère cadet, ayant repoussé d'eux l'appât du gain, n'auront des égards l'un pour l'autre que pour le seul amour de l'humanité et de l'équité. Agir ainsi, et ne pas régner en souverain sur tout l'empire, c'est ce qui ne s'est jamais vu.
Qu'est-il besoin de parler gain et profit?
5. Pendant queMENG-TSEUhabitait dans le royaume deThseou, Ki-jin[frère cadet du roi deJin], qui était resté à la place de son frère pour garder le royaume deJin, lui fit offrir des pièces d'étoffes de soie [sans le visiter lui-même].MENG-TSEUles accepta sans faire de remercîments.
Un jour qu'il se trouvait dans la ville dePhing-lo[du royaume deThsi],Tchou-tseu, qui était ministre, lui fit offrir des pièces d'étoffes de soie. Il les accepta sans faire de remercîments.
Un autre jour, étant passé du royaume deThseoudans celui deJin, il alla rendre visite àKi-tseu[pour le remercier de ses présents]. Étant passé de la ville dePhing-lodans la capitale du royaume deThsi, il n'alla pas rendre visite àTchou-tseu.
Ouo-liu-tseu, se réjouissant en lui-même, dit: MoiLian, j'ai rencontré l'occasion que je cherchais.
Il fit une question en ces termes: Maître, étant passé dans le royaume deJin, vous avez visitéKi-tseu; étant passé dans le royaume deThsi, vous n'avez pas visitéTchou-tseu; est-ce parce qu'il était ministre?
MENG-TSEUdit: Aucunement. LeChou-king[8]dit: «Lorsqu'on fait des présents à un supérieur, on doit employer la plus grande urbanité, la plus grande politesse possible. Si cette politesse n'est pas équivalente aux choses offertes, on dit que l'on n'a pas fait de présents à son supérieur. Seulement on ne les a pas présentés avec les intentions prescrites.»
C'est parce qu'il n'a pas rempli tous les devoirs prescrits dans l'offre des présents à des supérieurs.
Ouo-liu-tseufut satisfait. Il répondit à quelqu'un qui demandait de nouvelles explications:Ki-tseune pouvait pas se rendre dans le royaume deThseou[9]; Tchou-tseu pouvait se rendre dans la ville dePhing-lo.
6.Chun-yu-kouendit: Placer en premier lieu la renommée de son nom et le mérite de ses actions, c'est agir en vue des hommes: placer en second lieu la renommée de son nom et le mérite de ses actions, c'est agir en vue de soi-même [de la vertu seule][10]. Vous, maître, vous avez fait partie des trois ministères supérieurs, et lorsque vous avez vu que votre nom et le mérite de vos actions ne produisaient aucun bien ni près du prince ni dans le peuple[11], vous avez résigné vos fonctions. L'homme humain se conduit-il véritablement de cette manière?
MENG-TSEUdit: Celui qui, étant dans une condition inférieure, n'a pas voulu, comme sage, servir un prince dégénéré, c'estPe-i. Celui qui cinq fois se rendit auprès deThang, celui qui cinq fois se rendit auprès deKie, c'estY-yin. Celui qui ne haïssait pas un prince dépravé, qui ne refusait pas un petit emploi, c'estLieou-hia-hoeï.Ces trois hommes, quoique avec une règle de conduite différente, n'eurent qu'un seul but. Ce seul but, quel était-il? c'est celui qu'on appelle l'humanité[12]. L'homme supérieur ou le sage est humain; et voilà tout. Qu'a-t-il besoin de ressembler aux autres sages?
Chun-yu-kouendit: Du temps deMo, KoungdeLou, pendant queKoung-i-tseuavait en main toute l'administration de l'empire, queTseu-lieouetTseu-sseétaient ministres, le royaume deLouperdit beaucoup plus de son territoire qu'auparavant. Si ces faits sont véritables, les sages ne sont donc d'aucune utilité à un royaume?
MENG-TSEUdit: Le roi deYu, n'ayant pas employé [le sage]Pe-li-hi, perdit son royaume.Mou, KoungdeThsin, l'ayant employé, devint chef des princes vassaux. S'il n'avait pas employé des sages dans ses conseils, alors il aurait perdu son royaume. Comment la présence des sages dans les conseils des princes pourrait-elle occasionner une diminution de territoire?
Chun-yu-kouendit: Lorsque autrefoisWang-paohabitait près du fleuveKi, les habitants de la partie occidentale du fleuve Jaune devinrent habiles dans l'art de chanter sur des notes basses. LorsqueMian-kiuhabitait dans leKao-tang, les habitants de la partie droite du royaume deThsidevinrent habiles dans l'art de chanter sur des notes élevées. Les épouses deHoa-tcheouet deKi-liang[13], qui étaient habiles à déplorer la mort de leurs maris sur un ton lugubre, changèrent les mœurs des hommes du royaume. Si quelqu'un possède en lui-même un sentiment profond, il se produira nécessairement à l'extérieur. Je n'ai jamais vu, moiKouen, un homme pratiquer les sentiments de vertu qu'il possède intérieurement, sans que ses mérites soient reconnus. C'est pourquoi, lorsqu'ils ne sont pas reconnus, c'est qu'il n'y a pas de sage[14]. S'il en existait, moiKouen,je les connaîtrais certainement.
MENG-TSEUdit: LorsqueKHOUNG-TSEUétait ministre de la justice dans le royaume deLou, le prince ne tenait aucun compte de ses conseils. Un sacrifice eut bientôt lieu [dans le temple dédié aux ancêtres]. Le reste des viandes offertes ne lui ayant pas été envoyé [comme l'usage le voulait], il résigna ses fonctions, et partit sans avoir même pris le temps d'ôter son bonnet de cérémonies. Ceux qui ne connaissaient pas le motif de sa démission pensèrent qu'il l'avait donnée à cause de ce qu'on ne lui avait pas envoyé les restes du sacrifice; ceux qui crurent le connaître pensèrent que c'était à cause de l'impolitesse du prince. Quant àKHOUNG-TSEU, il voulait se retirer sous le prétexte d'une faute imperceptible de la part du prince; il ne voulait pas que l'on crût qu'il s'était retiré sans cause. Quand le sage fait quelque chose, les hommes de la foule, les hommes vulgaires n'en comprennent certainement pas les motifs[15].
7.MENG-TSEUdit: Les cinq chefs des grands vassaux[16]furent des hommes coupables envers les trois grands souverains[17]. Les différents princes régnants de nos jours sont des hommes coupables envers les cinq chefs des grands vassaux. Les premiers administrateurs de nos jours sont des hommes coupables envers les différents princes régnants.
Les visites[18]que le fils du Ciel faisait aux différents princes régnants s'appelaientvisites d'enquêtes[sun-cheou]; l'hommage que les différents princes régnants venaient rendre au fils du Ciel s'appelaitvisite de comptes-rendus[chou-tchi].
Au printemps, l'empereur visitait les laboureurs, et il assistait ceux qui n'avaient pas le suffisant. En automne, il visitait ceux qui récoltaient les fruits de la terre, et il aidait ceux qui n'avaient pas de quoi se suffire.
Si, lorsqu'il entrait dans les confins du territoire des princes régnants qu'il visitait, il trouvait la terre dépouillée de broussailles; si les champs, si les campagnes étaient bien cultivés; si les vieillards étaient entretenus sur les revenus publics, et les sages honorés, si les hommes les plus distingués par leurs talents occupaient les emplois publics; alors il donnait des récompenses aux princes, et ces récompenses consistaient en un accroissement de territoire.
Mais si au contraire, en entrant sur le territoire des princes régnants qu'il visitait, il trouvait la terre inculte et couverte de broussailles; si ces princes négligeaient les vieillards, dédaignaient les sages; si des exacteurs et des hommes sans probité occupaient les emplois publics; alors il châtiait ces princes.
Si ces princes manquaient une seule fois de rendre leur visite d'hommage et de comptes-rendusà l'empereur, alors celui-ci les faisait descendre d'un degré de leur dignité. S'ils manquaient deux fois de rendre leur visite d'hommage à l'empereur, alors celui-ci diminuait leur territoire. S'ils manquaient trois fois de faire leur visite d'hommage à l'empereur, alors six corps de troupes de l'empereur allaient les changer.
C'est pourquoi le fils du Ciel punit ou châtie les différents princes régnants sans les combattre par les armes; les différents princes régnants combattent par les armes, sans avoir par eux-mêmes l'autorité de punir ou de châtier un rebelle. Les cinq princes chefs de grands vassaux se liguèrent avec un certain nombre de princes régnants pour combattre les autres princes régnants. C'est pourquoi je disais que les cinq chefs des grands vassaux furent coupables envers les trois souverains.
De ces chefs de grands vassaux c'estHouan-koungqui fut le plus puissant. Ayant convoqué àKoueï-khieoules différents princes régnants [pour former une alliance entre eux], il attacha la victime au lieu du sacrifice, plaça sur elle le livre [qui contenait les différents statuts du pacte fédéral], sans toutefois passer sur les lèvres des fédérés du sang de la victime.
La première obligation était ainsi conçue: «Faites mourir les enfants qui manqueront de piété filiale; n'ôtez pas l'hérédité au fils légitime pour la donner à un autre; ne faites pas une épouse de votre concubine.»
La seconde obligation était ainsi conçue: «Honorez les sages [en les élevant aux emplois et aux dignités]; donnez des traitements aux hommes de talent et de génie; produisez au grand jour les hommes vertueux.»
La troisième obligation était ainsi conçue: «Respectez les vieillards; chérissez les petits enfants; n'oubliez pas de donner l'hospitalité aux hôtes et aux voyageurs.»
La quatrième obligation était ainsi conçue: «Que les lettrés n'aient pas de charges ou magistratures héréditaire; que les devoirs de différentes fonctions publiques ne soient pas remplis par la même personne[19]. En choisissant un lettré pour lui confier un emploi public, vous devez préférer celui qui a le plus de mérites; ne faites pas mourir de votre autorité privée les premiers administrateurs des villes.»
La cinquième obligation était ainsi conçue: «N'élevez pas des monticules de terre dans les coins de vos champs; n'empêchez pas la vente des fruits de la terre; ne conférez pas une principauté à quelqu'un sans l'autorisation de l'empereur.»
Houan-koungdit: «Vous tous qui avec moi venez de vous lier par un traité, ce traité étant sanctionné par vous, emportez chacun chez vous des sentiments de concorde et de bonne harmonie.»
Les différents princes d'aujourd'hui transgressent tous ces cinq obligations. C'est pourquoi j'ai dit que les différents princes de nos jours étaient coupables envers les cinq chefs des grands vassaux.
Augmenter les vices des princes [par ses adulations ou ses flatteries] est une faute légère; aller au-devant des vices des princes [en les encourageant par ses conseils ou ses exemples] est une faute grave. De nos jours, les premiers administrateurs vont tous au-devant des vices de leur prince; c'est pourquoi j'ai dit que les premiers administrateurs de nos jours étaient coupables envers les différents princes régnants.
8. Le prince deLouvoulait faireChin-tseuson général d'armée.MENG-TSEUdit: Se servir du peuple sans qu'on l'ait instruit auparavant [des rites et de la justice], c'est ce qu'on appelle pousser le peuple à sa perte. Ceux qui poussaient le peuple à sa perte n'étaient pas tolérés par la génération deYaoet deChun.
En supposant que dans un seul combat vous vainquiez les troupes deThsi, et que vous occupiezNan-yang[ville de ce royaume]; dans ce cas même, vous ne devriez pas encore agir comme vous en avez le projet.
Chin-tseu, changeant de couleur à ces paroles qui ne lui faisaient pas plaisir, dit: «Voilà ce que j'ignore.»
MENG-TSEUdit: Je vous avertis très-clairement que cela ne convient pas. Le territoire du fils du Ciel consiste en millelid'étendue sur chaque côté. S'il n'avait pas milleli, il ne suffirait pas à recevoir tous les différents princes.
Le territoire desTchou-heou, ou différents princes, consiste en centlidétendue de chaque côté. S'il n'avait pas centli, il ne suffirait pas à observer les usages prescrits dans le livre des statuts du temple dédié aux ancêtres.
Tcheou-koungaccepta une principauté dans le royaume deLou, qui consistait en centlid'étendue sur chaque côté. Ce territoire était bien loin de ne pas lui suffire, quoiqu'il ne consistât qu'en centlid'étendue sur chaque côté.
Thaï-koungreçut une principauté dans le royaume deThsi, qui ne consistait aussi qu'en centlid'étendue sur chaque côté. Ce territoire était bien loin de ne pas lui suffire, quoiqu'il ne consistât qu'en centlid'étendue sur chaque côté.
Maintenant le royaume deLoua cinq fois centlid'étendue sur chaque côté. Pensez-vous que si un nouveau souverain apparaissait au milieu de nous, il diminuerait l'étendue du royaume deLouou qu'il l'augmenterait?
Quand même on pourrait prendre [la ville deNan-yang] sans coup férir, et l'adjoindre au royaume deLou, un homme humain ne le ferait pas; à plus forte raison ne le ferait-il pas s'il fallait la prendre en tuant des hommes.
L'homme supérieur qui sert son prince [comme il doit le servir] doit exhorter son prince à se conformer à la droite raison, à appliquer sa pensée à la pratique de l'humanité, et rien de plus.
9.MENG-TSEUdit: Ceux qui aujourd'hui servent les princes [leurs ministres] disent: «Nous pouvons, pour notre prince, épuiser la fécondité de la terre, et remplir les greniers publics.» Ce sont ceux-là que l'on appelle aujourd'hui de bons ministres, et qu'autrefois on appelait des spoliateurs du peuple.
Si les ministres cherchent à enrichir le prince qui n'aspire pas à suivre la droite raison, ni à appliquer sa pensée à la pratique de l'humanité, c'est chercher à enrichir le tyranKie.
Ceux qui disent: «Nous pouvons pour notre prince faire des traités avec des royaumes; si nous engageons une guerre, nous avons l'assurance de vaincre:» ce sont ceux-là que l'on nomme aujourd'hui de bons ministres, et qu'autrefois on appelait des spoliateurs des peuples.
Si les ministres cherchent à livrer des batailles pour le prince qui n'aspire pas à suivre la droite raison, ni à appliquer sa pensée à la pratique de l'humanité, c'est adjoindre des forces au tyranKie.
Si ce prince suit la règle de conduite des ministres d'aujourd'hui, et qu'il ne change pas les usages actuels, quand même vous lui donneriez l'empire, il ne pourrait pas seulement le conserver un matin.
10.Pe-koueïdit: Moi je désirerais, sur vingt, ne prélever qu'un. Qu'en pensez-vous?
MENG-TSEUdit: Votre règle pour la levée de l'impôt est la règle des barbares des régions septentrionales.
Dans un royaume de dix mille maisons, si un seul homme exerce l'art de la poterie, pourra-t-il suffire à tous les besoins?
Pe-koueïdit: Il ne le pourra pas. Les vases qu'il fabriquera ne pourront suffire à l'usage de toutes les maisons.
MENG-TSEUdit: Chez les barbares du nord, les cinq sortes de céréales ne croissent point; il n'y a que le millet qui y croisse. Ces barbares n'ont ni villes fortifiées, ni palais, ni maisons, ni temples consacrés aux ancêtres, ni cérémonies des sacrifices; ils n'ont ni pièces d'étoffe de soie pour les princes des différents ordres, ni festins à donner; ils n'ont pas une foule de magistrats ou d'employés de toutes sortes à rétribuer: c'est pourquoi, en fait d'impôts ou de taxes, ils ne prennent que le vingtième du produit, et cela suffit.
Maintenant, si le prince qui habite le royaume du milieu rejetait tout ce qui constitue les différentes relations entre les hommes[20], et qu'il n'eût point d'hommes distingués par leur sagesse ou leurs lumières pour l'aider à administrer le royaume[21], comment pourrait-il l'administrer lui seul?
S'il ne se trouve qu'un petit nombre de fabricants de poterie, le royaume ne pourra pas ainsi subsister; à plus forte raison, s'il manquait d'hommes distingués par leur sagesse et leurs lumières [pour occuper les emplois publics].
Si nous voulions rendre l'impôt plus léger qu'il ne l'est d'après le principe deYaoet deChun[qui exigeaient ledixièmedu produit], il y aurait de grands barbares septentrionaux et de petits barbares septentrionaux, tels que nous.
Si nous voulions rendre l'impôt plus lourd qu'il ne l'est d'après le principe deYaoet deChun, il y aurait un grand tyran du peuple nomméKie, et de petits tyrans du peuple, nouveauxKie, tels que nous.
11.Pe-koueïdit: MoiTan, je surpasseYudans l'art de maîtriser et de gouverner les eaux.
MENG-TSEUdit: Vous êtes dans l'erreur. L'habileté deYudans l'art de maîtriser et de diriger les eaux consistait à les faire suivre leur cours naturel et rentrer dans leur lit.
C'est pour cette raison queYufit des quatre mers le réceptacle des grandes eaux; maintenant, mon fils, ce sont les royaumes voisins que vous avez faits le réceptacle des eaux[22].
Les eaux qui coulent en sens contraire ou hors de leur lit sont appeléeseaux débordées; les eaux débordées sont lesgrandes eaux, ou les eaux de la grande inondation du temps de l'empereurYao. C'est une de ces calamités que l'homme humain abhorre. Mon fils, vous êtes dans l'erreur.
12.MENG-TSEUdit: Si l'homme supérieur n'a pas une confiance ferme dans sa raison, comment, après avoir embrassé la vertu, pourrait-il la conserver inébranlable?
13. Comme le prince deLoudésirait queLo-tching-tseu(disciple deMENG-TSEU) prît en main toute l'administration du royaume,MENG-TSEUdit: Moi, depuis que j'ai appris cette nouvelle, je n'en dors pas de joie.
Koung-sun-tcheoudit:Lo-tching-tseua-t-il de l'énergie?
MENG-TSEUdit: Aucunement.
—A-t-il de la prudence et un esprit apte à combiner de grands desseins?
—Aucunement.
—A-t-il beaucoup étudié, et ses connaissances sont-elles étendues?
—Aucunement.
—S'il en est ainsi, pourquoi ne dormez-vous pas de joie?
—Parce que c'est un homme qui aime le bien.
—Aimer le bien suffit-il?
—Aimer le bien, c'est plus qu'il ne faut pour gouverner l'empire; à plus forte raison pour gouverner le royaume deLou!
Si celui qui est préposé à l'administration d'un État aime le bien, alors les hommes de bien qui habitent entre les quatre mers regarderont comme une tâche légère de parcourir millelipour venir lui conseiller le bien.
Mais s'il n'aime pas le bien, alors les hommes se prendront à dire: «C'est un homme suffisant qui répète [à chaque avis qu'on lui donne]: Je sais déjà cela depuis longtemps.» Ce ton et cet air suffisant repoussent les bons conseillers au delà de milleli. Si les lettrés [ou les hommes de bien en général][23]se retirent au delà de milleli, alors les calomniateurs, les adulateurs, les flatteurs[24][les courtisans de toutes sortes] arrivent en foule. Si, se trouvant continuellement avec des flatteurs, des adulateurs et des calomniateurs, il veut bien gouverner, comment le pourra-t-il?
14.Tchin-tseudit: Comment les hommes supérieurs de l'antiquité acceptaient-ils et géraient-ils un ministère?
MENG-TSEUdit: Trois conditions étaient exigées pour accepter un ministère, et trois pour s'en démettre.
D'abord: Si le prince en recevant ces hommes supérieurs leur avait témoigné des sentiments de respect, s'il avait montré de l'urbanité; si, après avoir entendu leurs maximes, il se disposait à les mettre aussitôt en pratique, alors ils se rendaient près de lui. Si, par la suite, sans manquer d'urbanité, le prince ne mettait pas leurs maximes en pratique, alors ils se retiraient.
Secondement: Quoique le prince n'eût pas encore mis leurs maximes en pratique, si en les recevant il leur avait témoigné du respect et montré de l'urbanité, alors ils se rendaient près de lui. Si ensuite l'urbanité venait à manquer, ils se retiraient.
Troisièmement: Si le matin le prince laissait ses ministres sans manger, s'il les laissait également le soir sans manger; que, exténués de besoins, ils ne pussent sortir de ses États, et que le prince, en apprenant leur position, dise: «Je ne puis mettre en pratique leurs doctrines, qui sont pour eux la chose la plus importante; je ne puis également suivre leurs avis; mais cependant, faire en sorte qu'ils meurent sur mon territoire, c'est ce dont je ne puis m'empêcher de rougir;» si, dis-je, dans ces circonstances il vient à leur secours [en leur donnant des aliments], ils peuvent en accepter pour s'empêcher de mourir, mais rien de plus.
15.MENG-TSEUdit:Chunse produisit avec éclat dans l'empire, du milieu des champs;Fou-youéfut élevé au rang de ministre, de maçon[25]qu'il était;Kiao-he[26]fut élevé [au rang de conseiller deWen-wang], du milieu des poissons et du sel qu'il vendait;Kouan-i-oufut élevé au rang de ministre, de celui de geôlier des prisons;Sun-cho-ngaofut élevé à une haute dignité, du rivage de la mer [où il vivait ignoré];Pe-li-hifut élevé au rang de conseiller d'État, du sein d'une échoppe.
C'est ainsi que, lorsque le ciel veut conférer une grande magistrature [ou une grande mission] à ces hommes d'élite, il commence toujours par éprouver leur âme et leur intelligence dans l'amertume de jours difficiles; il fatigue leurs nerfs et leurs os par des travaux pénibles; il torture dans les tourments de la faim leur chair et leur peau; il réduit leur personne à toutes les privations de la misère et du besoin; il ordonne que les résultats de leurs actions soient contraires à ceux qu'ils se proposaient d'obtenir. C'est ainsi qu'il stimule leur âme, qu'il endurcit leur nature, qu'il accroît et augmente leurs forces d'une énergie sans laquelle ils eussent été incapables d'accomplir leur haute destinée.
Les hommes commencent toujours par faire des fautes avant de pouvoir se corriger. Ils éprouvent d'abord des angoisses de cœur, ils sont arrêtés dans leurs projets, et ensuite ils se produisent. Ce n'est que lorsqu'ils ont lu sur la figure des autres, et entendu ce qu'ils disent, qu'ils sont éclairés sur leur propre compte.
Si, dans l'intérieur d'un État, il n'y a pas de familles gardiennes des lois[27]et des hommes supérieurs par leur sagesse et leur intelligence[28]pour aider le prince [dans l'administration de l'État]; si au dehors il ne se trouve pas de royaumes qui suscitent des guerres, ou d'autres calamités extérieures, l'État périt d'inanition.
Ainsi, il faut savoir de là que l'on vit de peines et d'épreuves, et que l'on périt par le repos et les plaisirs.
16.MENG-TSEUdit: Il y a un grand nombre de manières de donner des enseignements. Il est des hommes que je crois indignes de recevoir mes enseignements, et que je refuse d'enseigner; et par cela même je leur donne une instruction, sans autre effort de ma part.
[1]Disciple deMENG-TSEU.
[1]Disciple deMENG-TSEU.
[2]C'est une des six observances ou cérémonies du mariage d'aller soi-même au-devant de sa fiancée pour l'introduire dans sa demeure.
[2]C'est une des six observances ou cérémonies du mariage d'aller soi-même au-devant de sa fiancée pour l'introduire dans sa demeure.