[1]«Lecœur, ouprincipe pensant(sin), ditTchou-hi, c'est la partie spirituelle et intelligente de l'homme, ce qui constitue la raison dans la foule des êtres, et influe sur toutes les actions. Lanature rationnelle(Sing), c'est alors la raison qui caractérise lecœur(ou principe pensant); et leciel(Thien), c'est la source d'où laraisonprocède.»
[1]«Lecœur, ouprincipe pensant(sin), ditTchou-hi, c'est la partie spirituelle et intelligente de l'homme, ce qui constitue la raison dans la foule des êtres, et influe sur toutes les actions. Lanature rationnelle(Sing), c'est alors la raison qui caractérise lecœur(ou principe pensant); et leciel(Thien), c'est la source d'où laraisonprocède.»
[2]«Comme l'humanité, l'équité, etc.» (Glose.)
[2]«Comme l'humanité, l'équité, etc.» (Glose.)
[3]«Comme les richesses, les honneurs, le gain, l'avancement.» (Glose.)
[3]«Comme les richesses, les honneurs, le gain, l'avancement.» (Glose.)
[4]«C'est-à-dire dans notre nature.» (Glose.)
[4]«C'est-à-dire dans notre nature.» (Glose.)
[5]«Ils oubliaient la dignité et le rang des rois dont ils faisaient peu de cas.» (Glose.)
[5]«Ils oubliaient la dignité et le rang des rois dont ils faisaient peu de cas.» (Glose.)
[6]«Par les hommes de l'antiquité, il indique les lettrés du temps des trois (premières) dynasties.» (Glose.)
[6]«Par les hommes de l'antiquité, il indique les lettrés du temps des trois (premières) dynasties.» (Glose.)
[7]Dans ce paragraphe et les suivants,MENG-TSEUsignale la différence qu'il avait trouvée entre le régime des princes chefs de vassaux, et le régime des rois souverains.
[7]Dans ce paragraphe et les suivants,MENG-TSEUsignale la différence qu'il avait trouvée entre le régime des princes chefs de vassaux, et le régime des rois souverains.
[8]«Qui n'ont d'autre origine que le ciel, qui ne procèdent d'aucune source, si ce n'est du ciel.» (Commentaire.)
[8]«Qui n'ont d'autre origine que le ciel, qui ne procèdent d'aucune source, si ce n'est du ciel.» (Commentaire.)
[9]Commentaire.
[9]Commentaire.
[10]«Ce que la raison ne prescrit pas.» (Glose.)
[10]«Ce que la raison ne prescrit pas.» (Glose.)
[11]Nothi pulli sunt optimi.(COLUMELLE.)
[11]Nothi pulli sunt optimi.(COLUMELLE.)
[12]«Ce sont les hommes d'élite sans emplois publics qui donnent à la raison céleste, qui est en nous, tous les développements qu'elle comporte: on les nommele peuple du ciel.» (TCHOU-HI.)
[12]«Ce sont les hommes d'élite sans emplois publics qui donnent à la raison céleste, qui est en nous, tous les développements qu'elle comporte: on les nommele peuple du ciel.» (TCHOU-HI.)
[14]Commentaire.
[14]Commentaire.
[15]Voyez liv. II, chap. I,§13.
[15]Voyez liv. II, chap. I,§13.
[16]Comme chef des grands vassaux des provinces occidentales de l'empire.
[16]Comme chef des grands vassaux des provinces occidentales de l'empire.
[17]Glose.
[17]Glose.
[18]Glose.
[18]Glose.
[19]Glose.
[19]Glose.
[20]«Le matin et le soir.» (Glose.)
[20]«Le matin et le soir.» (Glose.)
[21]La plus élevée de l'empire.
[21]La plus élevée de l'empire.
[22]Les troisKoung: ce sont lesThaï-sse, Thaï-fouetThai-po. (Glose.)
[22]Les troisKoung: ce sont lesThaï-sse, Thaï-fouetThai-po. (Glose.)
[23]Glose.
[23]Glose.
[24]Glose.
[24]Glose.
[25]OdeFa-chen, sectionKouë-foung.
[25]OdeFa-chen, sectionKouë-foung.
[26]«Que personne, sans les avoir mérités, ne reçoive des traitements du prince.» (Glose.)On pourrait traduire cette pensée ancienne par cette formule moderne,que personne ne consomme sans avoir produit, qui lui est équivalente.
[26]«Que personne, sans les avoir mérités, ne reçoive des traitements du prince.» (Glose.)
On pourrait traduire cette pensée ancienne par cette formule moderne,que personne ne consomme sans avoir produit, qui lui est équivalente.
[27]Tchoung-tseus'attachait exclusivement à la vertu de l'équité, et il négligeait les autres; il quitta sa mère et son frère ainé, refusa d'accepter un emploi et un traitement du roi deThsi, et encourut ainsi plusieurs reproches.
[27]Tchoung-tseus'attachait exclusivement à la vertu de l'équité, et il négligeait les autres; il quitta sa mère et son frère ainé, refusa d'accepter un emploi et un traitement du roi deThsi, et encourut ainsi plusieurs reproches.
[28]Glose.
[28]Glose.
[29]Comme Énée s'enfuit de Troie en portant son père Ànchise sur ses épaules.
[29]Comme Énée s'enfuit de Troie en portant son père Ànchise sur ses épaules.
[30]C'est-à-dire que rien ne ressemble tant à un prince régnant qu'un autre prince régnant, parce que l'un et l'autre ont les mêmes habitudes, le même entourage, et le même genre de vie.
[30]C'est-à-dire que rien ne ressemble tant à un prince régnant qu'un autre prince régnant, parce que l'un et l'autre ont les mêmes habitudes, le même entourage, et le même genre de vie.
[31]«Telles que les oreilles, les yeux, les mains, les pieds et autres de cette espèce.» (Glose.)
[31]«Telles que les oreilles, les yeux, les mains, les pieds et autres de cette espèce.» (Glose.)
[32]«Tels que la vue, l'ouïe, etc.» (Glose.)
[32]«Tels que la vue, l'ouïe, etc.» (Glose.)
[33]Thian-sing,COELI NATURA.
[33]Thian-sing,COELI NATURA.
[34]Glose.
[34]Glose.
[35]Glose.
[35]Glose.
[36]Frère cadet du roi deTheng.
[36]Frère cadet du roi deTheng.
[37]«Il était vain de sa dignité (de frère de prince), et il était également vain de sa prétendue sagesse.» (Glose.)
[37]«Il était vain de sa dignité (de frère de prince), et il était également vain de sa prétendue sagesse.» (Glose.)
[38]«Il indique les oiseaux, les bêtes, les plantes, les arbres.» (Glose.)
[38]«Il indique les oiseaux, les bêtes, les plantes, les arbres.» (Glose.)
1.MENG-TSEUdit: O queHoeï-wangdeLiang[1]est inhumain! L'homme [ou le prince] humain arrive par ceux qu'il aime à aimer ceux qu'il n'aimait pas. Le prince inhumain au contraire arrive par ceux qu'il n'aime pas à ne pas aimer ceux qu'il aimait.
Koung-sun-tcheoudit: Qu'entendez-vous par là?
MENG-TSEUdit:Hoeï-wangdeLiangayant voulu livrer une bataille pour cause d'agrandissement de territoire, fut battu complètement, et laissa les cadavres de ses soldats pourrir sur le champ du combat sans leur faire donner la sépulture. Il aurait bien voulu recommencer de nouveau, mais il craignit de ne pouvoir vaincre lui-même. C'est pourquoi il poussa son fils, qu'il aimait, à sa perte fatale[2]en l'excitant à le venger. C'est ce que j'appellearriver par ceux que l'on n'aime pas à ne pas aimer ceux que l'on aimait.
2.MENG-TSEUdit: Dans le livre intituléle Printemps et l'Automne[3], on ne trouve aucune guerre juste et équitable. Il en est cependant qui ont une apparence de droit et de justice; mais on ne doit pas moins les considérer comme injustes.
Les actes de redressement[4]sont des actes par lesquels un supérieur déclare la guerre à ses inférieurs pour redresser leurs torts. Les royaumes qui sont égaux entre eux ne se redressent point ainsi mutuellement.
3.MENG-TSEUdit: Si l'on ajoute une foi entière, absolue, aux livres [historiques], alors on n'est pas dans une condition aussi avantageuse que si l'on manquait de ces livres.
Moi, dans le chapitre duChou-kingintituléWou-tching[5], je ne prends que deux ou trois articles, et rien de plus.
L'homme humain n'a point d'ennemi dans l'empire[6].
Comment donc, lorsqu'un homme souverainement humain [commeWou-wang] en attaque un souverainement inhumain [commeCheou-sin], y aurait-il un si grand carnage que les boucliers de bois flotteraient dans le sang[7]?
4.MENG-TSEUdit: S'il y a un homme qui dise: «Je sais parfaitement ordonner et diriger une armée; je sais parfaitement livrer une bataille:» cet homme est un grand coupable.
Si le prince qui gouverne un royaume aime l'humanité, il n'aura aucun ennemi dans l'empire.
LorsqueTching-thangrappelait à leurs devoirs les habitants des régions méridionales, les barbares des régions septentrionales se plaignaient [d'être négligés par lui]; lorsqu'il rappelait à leurs devoirs les habitants des régions orientales, les barbares des régions occidentales se plaignaient en disant:Pourquoi nous réserve-t-il pour les derniers?
LorsqueWou-wangattaqua la dynastie deYin, il n'avait que trois cents chars de guerre et trois mille vaillants soldats.
Wou-wang[en s'adressant aux populations] leur dit: «Ne craignez rien, je vous apporte la paix et la tranquillité; je ne suis pas l'ennemi des cent familles [du peuple chinois].» Et aussitôt les populations prosternèrent leurs fronts vers la terre, comme des troupeaux de bœufs labourent le sol de leurs cornes.
Le terme (tching) par lequel on désigne l'action deredresserourappeler à leur devoirpar les armes ceux qui s'en sont écartés, signifierendre droits, corriger(tching). Quand chacun désire seredresserouse corriger soi-même, pourquoi recourir à la force des armes afin d'arriver au même résultat?
5.MENG-TSEUdit: Le charpentier et le charron peuvent donner à un homme leur règle et leur équerre, mais ils ne peuvent pas le rendre immédiatement habile, dans leur art.
6.MENG-TSEUdit:Chunse nourrissait de fruits secs et d'herbes des champs, comme si toute sa vie il eût dû conserver ce régime. Lorsqu'il fut fait empereur[8], les riches habits brodés qu'il portait, la guitare dont il jouait habituellement, les deux jeunes filles qu'il avait comme épouses à ses côtés, ne l'affectaient pas plus que s'il les avait possédées dès son enfance.
7.MENG-TSEUdit: Je sais enfin maintenant que de tuer les proches parents d'un homme est un des crimes les plus graves [par ses conséquences].
En effet, si un homme tue le père d'un autre homme, celui-ci tuera aussi le père du premier. Si un homme tue le frère aîné d'un autre homme, celui-ci tuera aussi le frère aîné du premier. Les choses étant ainsi, ce crime diffère bien peu de celui de tuer ses parents de sa propre main.
8.MENG-TSEUdit: Les anciens qui construisirent des portes aux passages des confins du royaume avaient pour but d'empêcher des actes de cruauté et de dévastation; ceux de nos jours qui font construire ces portes de passages ont pour but d'exercer des actes de cruauté et d'oppression[9].
9.MENG-TSEUdit: Si vous ne suivez pas vous-même la voie droite[10], elle ne sera pas suivie par votre femme et vos enfants. Si vous donnez des ordres qui ne soient pas conformes à la voie droite[11], ils ne doivent pas être exécutés par votre femme et vos enfants.
10.MENG-TSEUdit: Ceux qui sont approvisionnés de toutes sortes de biens ne peuvent mourir de faim dans les années calamiteuses; ceux qui sont approvisionnés de toutes sortes de vertus ne seront pas troublés par une génération corrompue.
11.MENG-TSEUdit: Les hommes qui aiment la bonne renommée peuvent céder pour elle un royaume de mille quadriges. Si un homme n'a pas ce caractère, son visage témoignera de sa joie ou de ses regrets pour une écuelle de riz et de bouillon.
12.MENG-TSEUdit: Si on ne confie pas [les affaires et l'administration du royaume] à des hommes humains et sages, alors le royaume sera comme s'il reposait sur le vide.
Si on n'observe pas les règles et les préceptes de l'urbanité et de l'équité, alors les supérieurs et les inférieurs sont dans le trouble et la confusion.
Si on n'apporte pas un grand soin aux affaires les plus importantes[12], alors les revenus ne pourront suffire à la consommation.
13.MENG-TSEUdit: Il a pu arriver qu'un homme inhumain obtînt un royaume; mais il n'est encore jamais arrivé qu'un homme inhumain conquît l'empire.
14.MENG-TSEUdit: Le peuple est ce qu'il y a de plus noble dans le monde[13]; les esprits de la terre et les fruits de la terre ne viennent qu'après; le prince est de la moindre importance[14].
C'est pourquoi, si quelqu'un se concilie l'amour et l'affection du peuple des collines [ou des campagnes][15], il deviendra fils du Ciel [ou empereur]; s'il arrive à être fils du Ciel, ou empereur, il aura pour lui les différents princes régnants; s'il a pour lui les différents princes régnants, il aura pour lui les grands fonctionnaires publics.
Si les différents princes régnants [par la tyrannie qu'ils exercent sur le peuple] mettent en péril les autels des esprits de la terre et des fruits de la terre, alors le fils du Ciel les dépouille de leur dignité et les remplace par de sages princes.
Les victimes opimes étant prêtes, les fruits de la terre étant disposés dans les vases préparés, et le tout étant pur, les sacrifices sont offerts selon les saisons. Si cependant la terre est desséchée par la chaleur de l'air, ou si elle est inondée par l'eau des pluies, alors le fils du Ciel détruit les autels des esprits pour en élever d'autres en d'autres lieux.
15.MENG-TSEUdit: Les saints hommes sont les instituteurs de cent générations.Pe-ietLieou-hia-hoeïsont de ce nombre. C'est pourquoi ceux qui ont entendu parler des grandes vertus dePe-isont devenus modérés dans leurs désirs, de grossiers et avides qu'ils étaient, et les hommes sans courage ont senti s'affermir leur intelligence; ceux qui ont entendu parler des grandes vertus deLieou-hia-hoeïsont devenus les hommes les plus doux et les plus humains, de cruels qu'ils étaient; et les hommes d'un esprit étroit sont devenus généreux et magnanimes. Il faudrait remonter cent générations pour arriver à l'époque de ces grands, hommes, et, après cent générations de plus écoulées, il n'est personne qui, en entendant le récit de leurs vertus, ne sente son âme émue et disposée à les imiter. S'il n'existait jamais de saints hommes, en serait-il de même? Et combien doivent être plus excités au bien ceux qui les ont approchés de près et ont pu recueillir leurs paroles!
16.MENG-TSEUdit: Cette humanité dont j'ai si souvent parlé, c'est l'homme [c'est la raison qui constitue son être][16]; si l'on réunit ces deux termes ensemble [l'humanité et l'homme][17], c'est la voie[18].
17.MENG-TSEUdit:KHOUNG-TSEU, en s'éloignant du royaume deLou, disait: «Je m'éloigne lentement.» C'est lavoiepour s'éloigner du royaume de son père et de sa mère. En s'éloignant deThsi, il prit dans sa main du riz macéré dans l'eau, et il se mit en route. C'est lavoiepour s'éloigner d'un royaume étranger.
18.MENG-TSEUdit: L'homme supérieur [KHOUNG-TSEU] souffrit les privations du besoin[19]dans les royaumes deTchinet deThsaï, parce qu'il ne trouva aucune sympathie ni chez les princes ni chez leurs ministres.
19.Me-kidit: MoiKi, je fais excessivement peu de cas des murmures et de l'improbation des hommes.
MENG-TSEUdit: Ils ne blessent aucunement. Les hommes distingués par leurs vertus, leurs talents et leurs lumières, sont encore bien plus exposés aux clameurs de la multitude. LeLivre des Vers[20]dit:
«J'éprouve dans mon cœur une profonde tristesse;Je suis en haine près de cette foule dépravée.»
«J'éprouve dans mon cœur une profonde tristesse;
Je suis en haine près de cette foule dépravée.»
Voilà ce que futKHOUNG-TSEU.
«Il ne put fuir la jalousie et la haine des hommes,Qui cependant n'ôtèrent rien à sa renommée[21].»
«Il ne put fuir la jalousie et la haine des hommes,
Qui cependant n'ôtèrent rien à sa renommée[21].»
Voilà ce que futWen-wang!
20.MENG-TSEUdit: Les sages [de l'antiquité] éclairaient les autres hommes de leurs lumières; ceux de nos jours les éclairent de leurs ténèbres!
21.MENG-TSEU, s'adressant àKao-tseu, lui dit: Si les sentiers des montagnes sont fréquentés par les hommes, si on y passe souvent et sans interruption, ils deviennent viables; mais si, dans un court intervalle de temps, ils ne sont pas fréquentés, alors les herbes et les plantes y croissent et les obstruent; aujourd'hui ces herbes et ces plantes obstruent votre cœur.
22.Kao-tseudit: La musique deYusurpasse la musique deWen-wang.
MENG-TSEUdit: Pourquoi dites-vous cela?
Kao-tseudit: Parce que les anneaux des clochettes [des instruments de musique deYn] sont usés.
MENG-TSEUdit: Cela suffit-il [pour porter un tel jugement]? Les ornières des portes des villes ont-elles été creusées par le passage d'un seul quadrige?
23. Pendant que le royaume deThsiéprouvait une famine,Tchin-tsindit: Tous les habitants du royaume espèrent que vous, maître, vous ferez ouvrir une seconde fois les greniers publics de la ville deThang.Peut-être ne pouvez-vous pas faire de nouveau [cette demande au prince]?
MENG-TSEUdit: Si je faisais de nouveau cette demande, je serais un autreFoung-fou. CeFoung-fouétait un homme deTçintrès-habile dans l'art de prendre des tigres avec les mains. Ayant fini par devenir un sage lettré, il se rendit un jour dans les champs situés hors de la ville au moment où une multitude d'hommes était à la poursuite d'un tigre. Le tigre s'était retranché dans le défilé d'une montagne, où personne n'osait aller le poursuivre. Aussitôt que la foule aperçut de loinFoung-fou, elle courut au devant de lui, etFoung-fou, étendant les bras, s'élança de son char. Toute la foule fut ravie de joie. Mais les sages lettrés qui se trouvèrent présents se moquèrent de lui[22].
MENG-TSEUdit: La bouche est destinée à goûter les saveurs; les yeux sont destinés à contempler les couleurs et les formes des objets; les oreilles sont destinées à entendre les sons; les narines sont destinées à respirer les odeurs; les quatre membres [les pieds et les mains] sont destinés à se reposer de leurs fatigues. C'est ce qui constitue la nature de l'homme en même temps que sa destination. L'homme supérieur n'appelle pas cela sanature.
L'humanité[23]est relative aux pères et aux enfants; l'équité[24]est relative au prince et aux sujets; l'urbanité[25]est relative aux hôtes et aux maîtres de maison; la prudence[26]est relative aux sages; le saint homme appartient à la voie du ciel [qui comprend toutes les vertus précédentes]. C'est l'accomplissement de ces vertus, de ces différentes destinations, qui constitue le mandat du ciel en même temps que notre nature. L'homme supérieur ne l'appelle pasmandatdu ciel.
25.Hao-seng, dont le petit nom étaitPou-haï, fit une question en ces termes: Quel homme est-ce queLo-tching-tseu?
MENG-TSEUdit: C'est un homme simple et bon, c'est un homme sincère et fidèle.
—Qu'entendez-vous par être simple et bon? qu'entendez-vous par être sincère et fidèle?
—Celui qui est digne d'envie, je l'appelle bon. Celui qui possède réellement en lui la bonté, je l'appelle sincère.
Celui qui ne cesse d'accumuler en lui les qualités et les vertus précédentes est appelé excellent.
Celui qui a des trésors de vertus joint encore de l'éclat et de la splendeur est appelé grand.
Celui qui est grand, et qui efface complétement les signes extérieurs ou les vestiges de sa grandeur, est appelé saint.
Celui qui est saint, et qui en même temps ne peut être connu par les organes des sens, est appelé esprit.
Lo-tching-tseuest arrivé au milieu des deux premiers degrés [de cette échelle de sainteté][27]; il est encore au-dessous des quatre degrés plus élevés.
26.MENG-TSEUdit: Ceux qui se séparent du [sectaire]Mése réfugient nécessairement près du [sectaire]Yang[28]; ceux qui se séparent deYangse réfugient nécessairement près desJou[29]ou lettrés. Ceux qui se réfugient ainsi près des lettrés doivent être accueillis favorablement; et voilà tout.
Ceux d'entre les lettrés qui disputent aujourd'hui avecYangetMése conduisent comme si, se mettant à la poursuite d'un petit pourceau échappé, ils l'étranglaient après qu'il serait rentré à son étable.
27.MENG-TSEUdit: Il y a un tribut consistant en toile de chanvre et en soie dévidée; il y a un tribut de riz, et un autre tribut qui se paye en corvées. L'homme supérieur [ou le prince qui aime son peuple] n'exige que le dernier de ces tributs, et diffère les deux premiers. S'il exige ensemble les deux premiers, alors le peuple est consumé de besoins; s'il exige les trois genres de tributs en même temps, alors le père et le fils sont obligés de se séparer [pour vivre].
28.MENG-TSEUdit: Il y a trois choses précieuses pour les princes régnants de différents ordres: le territoire[30], les populations[31], et une bonne administration[32]. Ceux qui regardent les perles et les pierreries comme des choses précieuses seront certainement atteints de grandes calamités.
29.Y-tching, dont le petit nom étaitKouo, occupait une magistrature dans le royaume deThsi.
MENG-TSEUdit:Y-tching-kouomourra.
Y-tching-kouoayant été tué, les disciples du Philosophe lui dirent: Maître, comment saviez-vous que cet homme serait tué?
MENG-TSEUdit: C'était un homme de peu de vertu; il n'avait jamais entendu enseigner les doctrines de l'homme supérieur; alors il était bien à présumer que [par ses actes contraires à la raison] il s'exposerait à une mort certaine.
30.MENG-TSEU[33], se rendant àTheng, s'arrêta dans le palais supérieur. Un soulier, que l'on était en train de confectionner, avait été posé sur le devant de la croisée. Le gardien de l'hôtellerie le chercha, et ne le trouva plus.
Quelqu'un interrogeantMENG-TSEU, lui dit: Est-ce donc ainsi que vos disciples cachent ce qui ne leur appartient pas?
MENG-TSEUrépondit: Pensez-vous que nous sommes venus ici pour soustraire un soulier?
Point du tout. Maître, d'après l'ordre d'enseignement que vous avez institué, vous ne recherchez point les fautes passées, et ceux qui viennent à vous [pour s'instruire] vous ne les repoussez pas. S'ils sont venus à vous avec un cœur sincère, vous les recevez aussitôt au nombre de vos disciples, sans autre information.
31.MENG-TSEUdit: Tous les hommes ont le sentiment de la commisération. Étendre ce sentiment à tous leurs sujets de peine et de souffrance, c'est de l'humanité. Tous les hommes ont le sentiment de ce qui ne doit pas être fait. Étendre ce sentiment à tout ce qu'ils font, c'est de l'équité.
Que tous les hommes puissent réaliser par des actes ce sentiment qui nous porte à désirer de ne pas nuire aux autres hommes, et ils ne pourront suffire à tout ce que l'humanité réclame d'eux. Que tous les hommes puissent réaliser dans leurs actions ce sentiment que nous avons de ne pas percer les murs des voisins [pour les voler], et ils ne pourront suffire à tout ce que l'équité réclame d'eux.
Que tous les hommes puissent constamment et sincèrement ne jamais accepter les appellations singulières de la seconde personne,tu, toi[34]et, partout où ils iront, ils parleront selon l'équité.
Si le lettré, lorsque son temps de parler n'est pas encore venu, parle, il surprend la pensée des autres par ses paroles; si, son temps de parler étant venu, il ne parle pas, il surprend la pensée des autres par son silence. Ces deux sortes d'action sont de la même espèce que celle de percer le mur de son voisin.
32.MENG-TSEUdit: Les paroles dont la simplicité est à la portée de tout le monde et dont le sens est profond, sont les meilleures. L'observation constante des vertus principales, qui sont comme le résumé de toutes les autres, et la pratique des actes nombreux qui en découlent, est la meilleure règle de conduite.
Les paroles de l'homme supérieur ne descendent pas plus bas que sa ceinture [s'appliquent toujours aux objets qui sont devant ses yeux], et ses principes sont également à la portée de tous.
Telle est la conduite constante de l'homme supérieur: il ne cesse d'améliorer sa personne, et l'empire jouit des bienfaits de la paix.
Le grand défaut des hommes est d'abandonner leurs propres champs pour ôter l'ivraie de ceux des autres. Ce qu'ils demandent des autres [de ceux qui les gouvernent][35]est important, difficile, et ce qu'ils entreprennent eux-mêmes est léger, facile.
33.MENG-TSEUdit:YaoetChunreçurent du ciel une nature accomplie;ThangetWourendirent la leur accomplie par leurs propres efforts.
Si tous les mouvements de l'attitude et de la démarche sont conformes aux rites, on a atteint le comble de la vertu parfaite. Quand on gémit sur les morts, ce n'est pas à cause des vivants que l'on éprouve de la douleur. On ne doit pas se départir d'une vertu inébranlable, inflexible, pour obtenir des émoluments du prince. Les paroles et les discours du sage doivent toujours être conformes à la vérité, sans avoir pour but de rendre ses actions droites et justes.
L'homme supérieur en pratiquant la loi [qui est l'expression de la raison céleste][36]attend [avec indifférence] l'accomplissement du destin; et voilà tout.
34.MENG-TSEUdit: S'il vous arrive de vous entretenir avec nos hommes d'État[37], méprisez-les intérieurement.
Gardez-vous d'estimer leur somptueuse magnificence.
Ils possèdent des palais hauts de quelques toises, et dont les saillies des poutres ont quelques pieds de longueur; si j'obtenais leur dignité, et que j'eusse des vœux à réaliser, je ne me construirais pas un palais. Les mets qu'ils se font servir à leurs festins occupent un espace de plus de dix pieds; quelques centaines de femmes les assistent dans leurs débauches; moi, si j'obtenais leur dignité, et que j'eusse des vœux à remplir, je ne me livrerais pas comme eux à la bonne chère et à la débauche. Ils se livrent à tous les plaisirs et aux voluptés de la vie, et se plongent dans l'ivresse; ils vont à la chasse entraînés par des coursiers rapides; des milliers de chars les suivent[38]; moi, si j'obtenais leur dignité, et que j'eusse des vœux à réaliser, ce ne seraient pas ceux-là. Tout ce qu'ils ont en eux sont des choses que je ne voudrais pas posséder; tout ce que j'ai en moi appartient à la saine doctrine des anciens: pourquoi donc les craindrais-je?
35.MENG-TSEUdit: Pour entretenir dans notre cœur le sentiment de l'humanité et de l'équité, rien n'est meilleur que de diminuer les désirs. Il est bien peu d'hommes qui, ayant peu de désirs, ne conservent pas toutes les vertus de leur cœur; et il en est aussi bien peu qui, ayant beaucoup de désirs, conservent ces vertus.
36.Thseng-tsiaimait beaucoup à manger le fruit du jujubier, maisThsêng-tseune pouvait pas supporter d'en manger.
Koung-sun-tcheoufit cette question: Quel est le meilleur d'un plat de hachis ou de jujubes?
MENG-TSEUdit: C'est un plat de hachis.
Koung-sun-tcheoudit: S'il en est ainsi, alors pourquoiThsêng-tseu, en mangeant du hachis, ne mangeait-il pas aussi des jujubes?
—Le hachis est un plat commun [dont tout le monde mange]; les jujubes sont un plat particulier [dont peu de personnes mangent]. Nous ne proférons pas le petit nom de nos parents, nous prononçons leur nom de famille, parce que le nom de famille est commun et que le petit nom est particulier.
37.Wen-tchangfit une question en ces termes: LorsqueKHOUNG-TSEUse trouvait dans le royaume deTchin[pressé par le besoin], il disait: «Pourquoi ne retourné-je pas dans mon pays? Les disciples que j'ai laissés dans mon village sont très-intelligents, ils ont de hautes conceptions, et ils les exécutent sommairement; ils n'oublient pas le commencement et la fin de leurs grandes entreprises.» PourquoiKHOUNG-TSEU, se trouvant dans le royaume deTchin, pensait-il à ses disciples, doués d'une grande intelligence et de hautes pensées, du royaume deLou?
MENG-TSEUdit: CommeKHOUNG-TSEUne trouvait pas dans le royaume deTchindes hommes tenant le milieu de la droite voie, pour s'entretenir avec eux, il dut reporter sa pensée vers des hommes de la même classe qui avaient l'âme élevée et qui se proposaient la pratique du bien. Ceux qui ont l'âme élevée forment de grandes conceptions; ceux qui se proposent la pratique du bien s'abstiennent de commettre le mal.KHOUNG-TSEUne désirait-il pas des hommes qui tinssent le milieu de la droite voie? Comme il ne pouvait pas en trouver, c'est pour cela qu'il pensait à ceux qui le suivent immédiatement.
Oserais-je vous demander [continuaWen-tchang] quels sont les hommes que l'on peut appelerhommes à grandes conceptions?
MENG-TSEUdit: Ce sont des hommes commeKhin-tchang, Tsheng-sietMou-phi; ce sont ceux-là queKHOUNG-TSEUappelaithommes à grandes conceptions.
—Pourquoi les appelait-il hommes à grandes conceptions?
Ceux qui ne rêvent que de grandes choses, qui ne parlent que de grandes choses, ont toujours à la bouche ces grands mots:Les hommes de l'antiquité! les hommes de l'antiquité!Mais si vous comparez leurs paroles avec leurs actions, vous trouverez que les actions ne répondent pas aux paroles.
CommeKHOUNG-TSEUne pouvait trouver des hommes à conceptions élevées, il désirait du moins rencontrer des hommes intelligents qui évitassent de commettre des actes dont ils auraient eu à rougir, et de pouvoir s'entretenir avec eux. Ces hommes sont ceux qui s'attachent fermement à la pratique du bien et à la fuite du mal; ce sont aussi ceux qui suivent immédiatement les hommes qui tiennent le milieu de la droite voie.
KHOUNG-TSEUdisait: Je ne m'indigne pas contre ceux qui, passant devant ma porte, n'entrent pas dans ma maison; ces gens-là sont seulement les plus honnêtes de tout le village[39]! Les plus honnêtes de tout le village sont la peste de la vertu.
Quels sont donc les hommes [poursuivitWen-tchang] que vous appelez les plus honnêtes de tout le village?
MENG-TSEUrépondit: Ce sont ceux qui disent [auxhommes à grandes conceptions]: «Pourquoi êtes-vous donc toujours guindés sur les grands projets et les grands mots de vertus? nous ne voyons point vos actions dans vos paroles, ni vos paroles dans vos actions. A chaque instant, vous vous écriez:Les hommes de l'antiquité! les hommes de l'antiquité! (et aux hommes qui s'attachent fermement à la pratique du bien): Pourquoi dans vos actions et dans toute votre conduite êtes-vous d'un si difficile accès et si austères?»
Pour moi, je veux [continueMENG-TSEU] que celui qui est né dans un siècle soit de ce siècle. Si les contemporains le regardent comme un honnête homme, cela doit lui suffire. Ceux qui font tous leurs efforts pour ne pas parler et agir autrement que tout le monde sont des adulateurs de leur siècle; ce sont les plus honnêtes gens de leur village!
Wen-tchangdit: Ceux que tout leur village appelleles plus honnêtes genssont toujours d'honnêtes gens partout où ils vont;KHOUNG-TSEUles considérait comme la peste de la vertu; pourquoi cela?
MENG-TSEUdit: Si vous voulez les trouver en défaut, vous ne saurez pas où les prendre; si vous voulez les attaquer par un endroit, vous n'en viendrez pas à bout. Ils participent aux mœurs dégénérées et à la corruption de leur siècle. Ce qui habite dans leur cœur ressemble à la droiture et à la sincérité; ce qu'ils pratiquent ressemble à des actes de tempérance et d'intégrité. Comme toute la population de leur village les vante sans cesse, ils se croient des hommes parfaits, et ils ne peuvent entrer dans la voie deYaoet deChun. C'est pourquoiKHOUNG-TSEUles regardait comme la peste de la vertu.
KHOUNG-TSEUdisait: «Je déteste ce qui n'a que l'apparence sans la réalité; je déteste l'ivraie, dans la crainte qu'elle ne perde les récoltes; je déteste les hommes habiles, dans la crainte qu'ils ne confondent l'équité; je déteste une bouche diserte, dans la crainte qu'elle ne confonde la vérité; je déteste les sons de la musiquetching, dans la crainte qu'ils ne corrompent la musique; je déteste la couleur violette, dans la crainte qu'elle ne confonde la couleur pourpre; je déteste les plus honnêtes gens des villages, dans la crainte qu'ils ne confondent la vertu.»
L'homme supérieur retourne à la règle de conduite immuable, et voilà tout. Une fois que cette règle de conduite immuable aura été établie comme elle doit l'être, alors la foule du peuple sera excitée à la pratique de la vertu; une fois que la foule du peuple aura été excitée à la pratique de la vertu, alors il n'y aura plus de perversité et de fausse sagesse.
38.MENG-TSEUdit: DepuisYaoetChunjusqu'àThang(ouTching-thang), il s'est écoulé cinq cents ans et plus.YuetKao-yaoapprirent la règle de conduite immuable en la voyant pratiquer [parYaoetChun];Thangl'apprit par la tradition.
DepuisTangjusqu'àWen-wangil s'est écoulé cinq cents ans et plus.Y-yinetLaï-tchouapprirent cette doctrine immuable en la voyant pratiquer parTching-thang; Wen-wangl'apprit par la tradition.
DepuisWen-wangjusqu'àKHOUNG-TSEUil s'est écoulé cinq cents ans et plus.Thaï-koung-wangetSan-y-sengapprirent cette doctrine immuable en la voyant pratiquer parWen-wang;KHOUNG-TSEUl'apprit par la tradition.
DepuisKHOUNG-TSEUjusqu'à nos jours il s'est écoulé cent ans et plus. La distance qui nous sépare de l'époque du saint homme n'est pas bien grande; la proximité de la contrée que nous habitons avec celle qu'habitait le saint homme est plus grande[40]; ainsi donc, parce qu'il n'existe plus personne [qui ait appris la doctrine immuable en la voyant pratiquer par le saint homme], il n'y aurait personne qui l'aurait apprise et recueillie par la tradition!