Chapter 9

[14]Ces deux maximes sont exprimées dans le texte par quatre caractères:sian-tchi, lâo-tchî;PRÆEAS EO, LABORES EO.

[14]Ces deux maximes sont exprimées dans le texte par quatre caractères:sian-tchi, lâo-tchî;PRÆEAS EO, LABORES EO.

[15]Un laps de temps de trente années. (TCHOU-HI.)

[15]Un laps de temps de trente années. (TCHOU-HI.)

[16]Wêï kiùn, nân; wêï tchin, pòu ì:agere principem, difficile; agere ministrum, non facile.

[16]Wêï kiùn, nân; wêï tchin, pòu ì:agere principem, difficile; agere ministrum, non facile.

1.Hien[17]demanda ce que c'était que la honte. Le Philosophe dit: Quand l'État est gouverné par les principes de la droite raison, recevoir des émoluments[18]; quand l'État n'est pas gouverné par les principes de la droite raison, recevoir également des émoluments: c'est là de la honte.

2.—Aimer à dompter son désir de combattre, et ne pas satisfaire ses ressentiments, ni ses penchants avides; cela ne peut-il pas être considéré comme la vertu de l'humanité?

Le Philosophe dit: Si cela peut être considéré comme difficile, comme la vertu de l'humanité, c'est ce que je ne sais pas.

3. Le Philosophe dit: Si un lettré aime trop l'oisiveté et le repos de sa demeure, il n'est pas digne d'être considéré comme lettré.

4. Le Philosophe dit: Si l'État est gouverné par les principes de la droite raison, parlez hautement et dignement, agissez hautement et dignement. Si l'État n'est pas gouverné par les principes de la droite raison, agissez toujours hautement et dignement, mais parlez avec mesure et précaution.

5. Le Philosophe dit: Celui qui a des vertus doit avoir la faculté de s'exprimer facilement; celui qui a la faculté de s'exprimer facilement ne doit pas nécessairement posséder ces vertus. Celui qui est doué de la vertu de l'humanité doit posséder le courage viril; celui qui est doué du courage viril ne possède pas nécessairement la vertu de l'humanité.

6.Nan-koung-kouoquestionnaKHOUNG-TSEUen ces termes:Ysavait parfaitement tirer de l'arc;Ngaosavait parfaitement conduire un navire, même dans un bassin à sec. L'un et l'autre cependant ne trouvèrent-ils pas la mort?YuetTsielabouraient la terre de leur propre personne, et cependant ils obtinrent l'empire. Le maître ne répondit point.Nan-koung-kouosortit. Le Philosophe dit: C'est un homme supérieur que cet homme-là! comme il sait admirablement rehausser la vertu!

7. Le Philosophe dit: Il y a eu des hommes supérieurs qui n'étaient pas doués de la vertu de l'humanité; mais il n'y a pas encore eu d'homme sans mérite qui fût doué de la vertu de l'humanité.

8. Le Philosophe dit: Si l'on aime bien, ne peut-on pas aussi bien châtier[19]? Si l'on a de la droiture et de la fidélité, ne peut-on pas faire des remontrances?

9. Le Philosophe dit: S'il fallait rédiger les documents d'une mission officielle,Pi-chinen traçait le plan et les esquissait;Chi-choules examinait attentivement et y plaçait les dits des anciens; l'ambassadeur chargé de remplir la mission,Tseu-yu, corrigeait le tout;Tseu-tchan, deThoung-li, y ajoutait les divers ornements du style.

10. Quelqu'un demanda quel étaitTseu-tchan?Le Philosophe dit: C'était un homme bienfaisant.

On demanda aussi quel étaitTseu-si?[Le Philosophe] dit: Celui-là? celui-là? [cette question est déplacée].

On demanda quel étaitKouan-tchoung?Il dit: C'est un homme qui avait enlevé àPe-chi[20]un fief de trois cents familles. [Cependant ce dernier] se nourrissant d'aliments grossiers, ne laissa échapper jusqu'à la fin de ses jours aucune parole de ressentiment ou d'indignation.

11. Le Philosophe dit: Il est difficile d'être pauvre, et de n'éprouver aucun ressentiment; il est facile en comparaison d'être riche, et de ne pas s'en enorgueillir.

12. Le Philosophe dit:Meng-kong-tcho(grand fonctionnaire du royaume deLou) est très-propre à être le premier intendant des famillesTchaoetWeï[21]; mais il n'est pas capable d'être grand fonctionnaire des petits États deTinget deSie.

13.Tseu-loudemanda en quoi consistait l'homme accompli. Le Philosophe répondit: S'il réunit la science deWou-tchoung[22], la modération deKong-tcho[22b], la force virile deTchouang-tseude Pian[23], l'habileté dans les arts deJen-khieou; si, outre cela, il est versé dans la connaissance des rites et de la musique, il peut être considéré comme un homme accompli.

Il ajouta: Qu'est-il besoin que l'homme accompli de nos jours soit tel qu'il vient d'être décrit? Si, en voyant un profit à obtenir, il pense à la justice; si, en voyant un danger, il dévoue sa vie; si, lorsqu'il s'agit d'anciens engagements, il n'oublie pas les paroles de ses jours d'autrefois, il pourra aussi être considéré comme un homme accompli.

14. Le Philosophe questionnaKong-ming, surnomméKia[24], surKong-tcho-wen-tseu[25], en ces termes: Faut-il le croire? on dit que votre maître ne parle pas, ne rit pas, et n'accepte rien de personne?

Kong-ming-kiarépondit avec respect: Ceux qui ont rapporté cela vont trop loin. Mon maître parle en temps opportun; il ne fatigue pas les autres de ses discours. Quand il faut être joyeux, il rit; mais il ne fatigue pas les autres de sa gaîté. Quand cela est juste, il reçoit ce qu'on lui offre; mais on n'est pas fatigué de sa facilité à recevoir. Le Philosophe dit: Il se comporte ainsi! commeut se peut-il comporter ainsi!

15. Le Philosophe dit:Tsang-wou-tchoungcherchait à obtenir du prince deLouque sa postérité eût toujours la terre deFangen sa possession. Quoiqu'il eût dit qu'il ne voulait pas l'exiger de son prince, je n'ajoute pas foi à ses paroles.

16. Le Philosophe dit:Wen-kong, prince deTçin, était un fourbe sans droiture;Wan-kong, prince deThsi, était un homme droit sans fourberie.

17.Tseu-loudit:Wan-kongtuaKong-tseu-kieou. Tchao-hoümourut avec lui;Kouan-tchoungne mourut pas: ne doit-on pas dire qu'il a manqué de la vertu de l'humanité?

Le Philosophe dit:Wan-kongréunit et pacifia tous les grands de l'État, sans recourir à la force des armes; ce résultat fut dû à l'habileté deKouan-tchoung: quel est celui dont l'humanité peut égaler la sienne!

18.Tseu-koungdit:Kouan-tchoungn'était pas dénué de la vertu de l'humanité. LorsqueWan-kongtuaKong-tseu-kieou, [Kouan-tchoung, son ministre] ne sut pas mourir; mais il aida le meurtrier dans ses entreprises.

Le Philosophe dit:Kouan-tchoungaidaWan-kongà soumettre les grands de tous les ordres, à remettre de l'unité et de l'ordre dans l'empire. Le peuple, jusqu'à nos jours, a conservé les bienfaits de son administration. SansKouan-tchoungj'aurais les cheveux rasés, et ma robe suspendue en nœuds à mon côté gauche [selon la coutume des barbares][26].

Pourquoi [Kouan-tchoung], comme un homme ou une femme vulgaire, aurait-il accompli le devoir d'une médiocre fidélité, en s'étranglant ou en se jetant dans un fossé plein d'eau, sans laisser un souvenir dans la mémoire des hommes[27]!

19. L'intendant deKong-tcho-wen-tseu, étant devenu ministre par le choix et avec l'appui de ce grand dignitaire, se rendit avec lui à la cour du prince. Le Philosophe ayant appris ce fait, dit: Il était digne par ses vertus et ses connaissances d'être considéré commeparé des ornements de l'éducation(wen).

20. Le Philosophe ayant dit queLing-kong, prince deWeï, était sans principes,Khang-tseuobserva que s'il en était ainsi, pourquoi n'avait-il pas été privé de sa dignité?

KHOUNG-TSEUdit:Tchoung-cho-yupréside à la réception des hôles et des étrangers;Chou-topréside aux cérémonies du temple des ancêtres;Wang-sun-kiapréside aux affaires militaires: cela étant ainsi, pourquoi l'aurait-on privé de sa dignité?

21. Le Philosophe dit: Celui qui parle sans modération et sans retenue met difficilement ses paroles en pratique.

22.Tchin-tching-tseu(grand de l'État deThsi) mit à mortKien-kong(prince deThsi).

KHOUNG-TSEUse purifia le corps par un bain, et se rendit à la cour (deLou), où il annonça l'événement àNgai-kong(prince deLou) en ces termes:Tchin-henga tué son prince, je viens demander qu'il soit puni.

Le prince dit: Exposez l'affaire à mes trois grands dignitaires.

KHOUNG-TSEUdit: Comme je marche immédiatement après les grands dignitaires, je n'ai pas cru devoir me dispenser de vous faire connaître l'événement. Le prince dit: C'est à mes trois grands dignitaires qu'il faut exposer le fait.

Il exposa le fait aux trois grands dignitaires, qui jugèrent que cette démarche ne convenait pas.KHOUNG-TSEUajouta: Comme je marche immédiatement après les grands dignitaires, je n'ai pas cru devoir me dispenser de vous faire connaître le fait.

23.Tseu-loudemanda comment il fallait servir le prince. Le Philosophe dit: Ne l'abusez pas, et résistez-lui dans l'occasion.

24. Le Philosophe dit: L'homme supérieur s'élève continuellement en intelligence et en pénétration; l'homme sans mérites descend continuellement dans l'ignorance et le vice.

25. Le Philosophe dit: Dans l'antiquité, ceux qui se livraient à l'étude le faisaient pour eux-mêmes; maintenant, ceux qui se livrent à l'étude le font pour les autres [pour paraître instruits aux yeux des autres][28].

26.Kieou-pe-yu(grand dignitaire de l'État deWeï) envoya un homme àKHOUNG-TSEUpour savoir de ses nouvelles.KHOUNG-TSEUfit asseoir l'envoyé près de lui, et lui fit une question en ces termes: Que fait votre maître? L'envoyé repondit avec respect: Mon maître désire diminuer le nombre de ses défauts, mais il ne peut en venir à bout. L'envoyé étant sorti, le Philosophe dit: Quel digne envoyé! quel digne envoyé!

27. Le Philosophe dit: Que lorsqu'une chose ne rentrait pas dans ses fonctions, il ne fallait pas se mêler de la diriger.

28.THSÊNG-TSEUdit: «Quand l'homme supérieur médite sur une chose, il ne sort pas de ses fonctions.» (Y-King.)

29. Le Philosophe dit: L'homme supérieur rougit de la crainte que ses paroles ne dépassent ses actions.

30. Le Philosophe dit: Les voies droites, ou vertus principales de l'homme supérieur, sont au nombre de trois, que je n'ai pas encore pu complètement atteindre: lavertu de l'humanité, qui dissipe les tristesses; lascience, qui dissipe les doutes de l'esprit; et lecourage viril, qui dissipe les craintes.

Tseu-koungdit: Notre maître parle de lui-même avec trop d'humilité.

31.Tseu-koungs'occupait à comparer entre eux les hommes des diverses contrées. Le Philosophe dit:Sse, vous êtes sans doute un sage très-éclairé; quant à moi, je n'ai pas assez de loisir pour m'occuper de ces choses.

32. Ne vous affligez pas de ce que les hommes ne vous connaissent point; mais affligez-vous plutôt de ce que vous n'avez pas encore pu mériter d'être connu.

33. Le Philosophe dit: Ne pas se révolter d'être trompé par les hommes, ne pas se prémunir contre leur manque de foi, lorsque cependant on l'a prévu d'avance, n'est-ce pas là être sage?

34.Weï-seng, surnomméMèou, s'adressant àKHOUNG-TSEU, lui dit:KHIEOU[petit nom du Philosophe], pourquoi êtes-vous toujours par voies et par chemins pour propager votre doctrine? N'aimez-vous pas un peu trop à en parler?

KHOUNG-TSEUdit: Je n'oserais me permettre d'aimer trop à persuader par la parole; mais je hais l'obstination à s'attacher à une idée fixe.

35. Le Philosophe dit: Quand on voit le beau cheval nomméKi, on ne loue pas en lui la force, mais les qualités supérieures.

36. Quelqu'un dit: Que doit-on penser de celui qui rend bienfaits pour injures[29]?

Le Philosophe dit: [Si l'on agit ainsi], avec quoi payera-t-on les bienfaits mêmes?

Il faut payer par l'équité la haine et les injures, et les bienfaits par des bienfaits.

37. Le Philosophe dit: Je ne suis connu de personne.

Tseu-koungdit: Comment se fait-il que personne ne vous connaisse? Le Philosophe dit: Je n'en veux pas au ciel, je n'en accuse pas les hommes. Humble et simple étudiant, je suis arrivé par moi-même à pénétrer les choses. Si quelqu'un me connaît, c'est le ciel!

38.Kong-pe-liaocalomniaitTseu-louprès deKi-sun. Tseu-fou, king-pe(grand de l'État deLou) en informa le Philosophe en ces termes: Son supérieur [Ki-sun] a certainement une pensée de doute d'après le rapport deKong-pe-liao. Je suis assez fort pour châtier [le calomniateur], et exposer son cadavre dans la cour du marché.

Le Philosophe dit: Si la voie de la droite raison doit être suivie, c'est le décret du ciel; si la voie de la droite raison doit être abandonnée, c'est le décret du ciel. CommentKong-pe-liaoarrêterait-il les décrets du ciel?

39. Le Philosophe dit: Les sages fuient le siècle.

Ceux qui les suivent immédiatement fuient leur patrie.

Ceux qui suivent immédiatement ces derniers fuient les plaisirs.

Ceux qui viennent après fuient les paroles trompeuses.

40. Le Philosophe dit: Ceux qui ont agi ainsi sont au nombre de sept.

41.Tseu-loupassa la nuit àChi-men. Le gardien de la porte lui dit: D'où venez-vous?Tseu-loului dit: Je viens de près deKHOUNG-TSEU. Le gardien ajouta: Il doit savoir sans doute qu'il ne peut pas faire prévaloir ses doctrines, et cependant il s'applique toujours activement à les propager.

42. Le Philosophe étant un jour occupé à jouer de son instrument de pierre nomméking, dans l'État deWeï, un homme, portant un panier sur ses épaules, vint à passer devant la porte deKHOUNG-TSEU, et s'écria: Oh! qu'il a de cœur celui qui joue ainsi duking!

Après un instant de silence, il ajouta: O les hommes vils! quelle harmonie!king! king!personne ne sait l'apprécier. Il a cessé de jouer; c'est fini.

«Si l'eau est profonde, alors ils la passent sans relever leur robe;

Si elle n'est pas profonde, alors ils la relèvent[30].»

Le Philosophe dit: Pour celui qui est persévérant et ferme, il n'est rien de difficile.

43.Tseu-tchangdit: LeChou-kingrapporte queKao-tsoungpassa dans leLyang-yn[31]trois années sans parler; quel est le sens de ce passage?

Le Philosophe dit: Pourquoi citer seulementKao-tsoung?Tous les hommes de l'antiquité agissaient ainsi. Lorsque le prince avait cessé de vivre, tous les magistrats ou fonctionnaires publics qui continuaient leurs fonctions recevaient du premier ministre leurs instructions pendant trois années.

44. Le Philosophe dit: Si celui qui occupe le premier rang dans l'État aime à se conformer aux rites, alors le peuple se laisse facilement gouverner.

45.Tseu-loudemanda ce qu'était l'homme supérieur. Le Philosophe répondit: Il s'efforce constamment d'améliorer sa personne pour s'attirer le respect.—C'est là tout ce qu'il fait?—Il améliore constamment sa personne pour procurer aux autres du repos et de la tranquillité.—C'est là tout ce qu'il fait?—Il améliore constamment sa personne pour rendre heureuses toutes les populations. Il améliore constamment sa personne pour rendre heureuses toutes les populations:YaoetChuneux-mêmes agirent ainsi.

46.Youan-jang(un ancien ami du Philosophe), plus âgé que lui, était assis sur le chemin les jambes croisées. Le Philosophe lui dit: Étant enfant, n'avoir pas eu de déférence fraternelle; dans l'âge mûr, n'avoir rien fait de louable; parvenu à la vieillesse, ne pas mourir: c'est être un vaurien. Et il lui frappa les jambes avec son bâton [pour le faire relever].

47. Un jeune homme du village deKiouë-thangétait chargé par le Philosophe de recevoir les personnes qui le visitaient. Quelqu'un lui demanda s'il avait fait de grands progrès dans l'étude.

Le Philosophe dit: J'ai vu ce jeune homme s'asseoir sur le siège[32]; je l'ai vu marchant de pair avec ses maîtres[33]; je ne cherche pas à lui faire faire des progrès dans l'étude, je désire seulement qu'il devienne un homme distingué.

[17]Petit nom deYouan-sse.

[17]Petit nom deYouan-sse.

[18]Pour des fonctions que l'on ne remplit pas, ou que l'on n'a pas besoin de remplir.«L'État étant bien gouverné, ne pas remplir activement ses fonctions; l'État étant mal gouverné, ne pas avoir le courage d'être seul vertueux, et cependant savoir consommer ses émoluments; dans l'un et l'autre cas on doit éprouver de la honte.» (TCHOU-HI)

[18]Pour des fonctions que l'on ne remplit pas, ou que l'on n'a pas besoin de remplir.

«L'État étant bien gouverné, ne pas remplir activement ses fonctions; l'État étant mal gouverné, ne pas avoir le courage d'être seul vertueux, et cependant savoir consommer ses émoluments; dans l'un et l'autre cas on doit éprouver de la honte.» (TCHOU-HI)

[19]«Qui aime bien, châtie bien,» dit aussi un proverbe français.

[19]«Qui aime bien, châtie bien,» dit aussi un proverbe français.

[20]Grand de l'État deThsi.

[20]Grand de l'État deThsi.

[21]Familles de l'État deTçin, ayant le rang deking, donné aux premiers dignitaires.

[21]Familles de l'État deTçin, ayant le rang deking, donné aux premiers dignitaires.

[22]Grand fonctionnaire deLou.

[22]Grand fonctionnaire deLou.

[23]Grand fonctionnaire de la ville dePian, dans l'État deLou.

[23]Grand fonctionnaire de la ville dePian, dans l'État deLou.

[24]De l'État deWeï.

[24]De l'État deWeï.

[25]Grand dignitaire de l'État deWeï.

[25]Grand dignitaire de l'État deWeï.

[26]Commentaire.

[26]Commentaire.

[27]Ces paroles éloquentes du philosophe chinois sont une admirable leçon pour ceux qui placent la loi du devoir dans de vaines et stériles doctrines. Oh! sans doute il vaut cent fois mieux consacrer sa vie au service de son pays, au bonheur de l'humanité tout entière, que de la jeter en holocauste à une vaine poussière! Si, comme le dit le grand philosophe que nous traduisons,Kouan-tchoungs'était suicidé, comme des esprits étroits l'auraient voulu, pour ne pas survivre à la défaite et à la mort du prince dont il était le ministre, il n'aurait pas accompli les grandes réformes populaires qu'il accomplit, et, par suite de l'état de barbarie où serait tombée la Chine,KHOUNG-TSEUn'aurait été lui-même qu'un barbare!

[27]Ces paroles éloquentes du philosophe chinois sont une admirable leçon pour ceux qui placent la loi du devoir dans de vaines et stériles doctrines. Oh! sans doute il vaut cent fois mieux consacrer sa vie au service de son pays, au bonheur de l'humanité tout entière, que de la jeter en holocauste à une vaine poussière! Si, comme le dit le grand philosophe que nous traduisons,Kouan-tchoungs'était suicidé, comme des esprits étroits l'auraient voulu, pour ne pas survivre à la défaite et à la mort du prince dont il était le ministre, il n'aurait pas accompli les grandes réformes populaires qu'il accomplit, et, par suite de l'état de barbarie où serait tombée la Chine,KHOUNG-TSEUn'aurait été lui-même qu'un barbare!

[28]Commentaire.

[28]Commentaire.

[29]Voyezl'Évangileet leKoran. L'Évangiledit qu'il faut rendre le bien pour le mal; leKoran, qu'il faut rendre le mal pour le mal. Le précepte du Philosophe chinois nous parait moins sublime que celui de Jésus, mais peut-être plus conforme aux lois équitables de la nature humaine.Tchou-hi, sur cette phrase, renvoie au livre deLao-tseu, où le caractèreté, ordinairementvertu, est expliqué parNgan-hoeï, bienfaisant, bienfaits.

[29]Voyezl'Évangileet leKoran. L'Évangiledit qu'il faut rendre le bien pour le mal; leKoran, qu'il faut rendre le mal pour le mal. Le précepte du Philosophe chinois nous parait moins sublime que celui de Jésus, mais peut-être plus conforme aux lois équitables de la nature humaine.Tchou-hi, sur cette phrase, renvoie au livre deLao-tseu, où le caractèreté, ordinairementvertu, est expliqué parNgan-hoeï, bienfaisant, bienfaits.

[30]Citation duLivre des Vers. Weï-foung, odePao-yéou-kou.

[30]Citation duLivre des Vers. Weï-foung, odePao-yéou-kou.

[31]Demeure pour passer les années de deuil.

[31]Demeure pour passer les années de deuil.

[32]Au lieu de se tenir à un angle de l'appartement, comme il convenait à un jeune homme.

[32]Au lieu de se tenir à un angle de l'appartement, comme il convenait à un jeune homme.

[33]Au lieu de marcher à leur suite.

[33]Au lieu de marcher à leur suite.

1.Ling-kong, prince deWeï, questionnaKHOUNG-TSEUsur l'art militaire.KHOUNG-TSEUlui répondit avec déférence: Si vous m'interrogiez sur les affaires des cérémonies et des sacrifices, je pourrais vous répondre en connaissance de cause. Quant aux affaires de l'art militaire, je ne les ai pas étudiées. Le lendemain matin il partit.

Étant arrivé dans l'État deTching, les vivres lui manquèrent complètement. Les disciples qui le suivaient tombaient de faiblesse, sans pouvoir se relever.

Tseu-lou, manifestant son mécontentement, dit: Les hommes supérieurs éprouvent donc aussi les besoins de la faim? Le Philosophe dit: L'homme supérieur est plus fort que le besoin; l'homme vulgaire, dans le besoin, se laisse aller à la défaillance.

2. Le Philosophe dit:Sse, ne pensez-vous pas que j'ai beaucoup appris, et que j'ai retenu tout cela dans ma mémoire?

[Le disciple] répondit avec respect: Assurément; n'en est-il pas ainsi?

Il n'en est pas ainsi; je ramène tout à un seul principe.

3. Le Philosophe dit:Yeou[petit nom deTseu-lou], ceux qui connaissent la vertu sont bien rares!

4. Le Philosophe dit: Celui qui sans agir gouvernait l'État, n'était-ce pasChun?comment faisait-il? Offrant toujours dans sa personne l'aspect vénérable de la vertu, il n'avait qu'à se tenir la face tournée vers le midi, et cela suffisait.

5.Tseu-tchangdemanda comment il fallait se conduire dans la vie.

Le Philosophe dit: Que vos paroles soient sincères et fidèles; que vos actions soient constamment honorables et dignes; quand même vous seriez dans le pays des barbares du midi et du nord, votre conduite sera exemplaire. Mais, si vos paroles ne sont pas sincères et fidèles, vos actions constamment honorables et dignes, quand même vous seriez dans une cité de deux mille familles, ou dans un hameau de vingt-cinq, que penserait-on de votre conduite?

Lorsque vous êtes en repos, ayez toujours ces maximes sous les yeux; lorsque vous voyagez sur un char, voyez-les inscrites sur le joug de votre attelage. De cette manière, votre conduite sera exemplaire.

Tseu-tchangécrivit ces maximes sur sa ceinture.

6. Le Philosophe dit: Oh! qu'il était droit et véridique l'historiographeYu(grand dignitaire du royaume deWeï)! Lorsque l'État était gouverné selon les principes de la raison, il allait droit comme une flèche; lorsque l'État n'était pas gouverné par les principes de la raison, il allait également droit comme une flèche.

Khiu-pe-yuétait un homme supérieur! Si l'État était gouverné par les principes de la droite raison, alors il remplissait des fonctions publiques; si l'État n'était pas gouverné par les principes de la droite raison, alors il résignait ses fonctions et se retirait dans la solitude.

7. Le Philosophe dit: Si vous devez vous entretenir avec un homme [sur des sujets de morale], et que vous ne lui parliez pas, vous le perdez. Si un homme n'est pas disposé à recevoir vos instructions morales, et que vous les lui donniez, vous perdez vos paroles. L'homme sage et éclairé ne perd pas les hommes [faute de les instruire]; il ne perd également pas ses instructions.

8. Le Philosophe dit: Le lettré qui a les pensées grandes et élevées, l'homme doué de la vertu de l'humanité, ne cherchent point à vivre pour nuire à l'humanité; ils aimeraient mieux livrer leur personne à la mort pour accomplir la vertu de l'humanité.

9.Tseu-koungdemanda en quoi consistait la pratique de l'humanité. Le Philosophe dit: L'artisan qui veut bien exécuter son œuvre doit commencer par bien aiguiser ses instruments. Lorsque vous habiterez dans un État quelconque, fréquentez pour les imiter les sages d'entre les grands fonctionnaires de cet État, et liez-vous d'amitié avec les hommes humains et vertueux d'entre les lettrés.

10.Yan-youandemanda comment il fallait gouverner un État.

Le Philosophe dit: Suivez la division des temps de la dynastieHia.

Montez les chars de la dynastieYn; portez les bonnets de la dynastieTcheou. Quant à la musique, adoptez les airschaô-woû[deChun].

Rejetez les modulations deTching; éloignez de vous les flatteurs. Les modulations deTchingsont licencieuses; les flatteurs sont dangereux.

11. Le Philosophe dit: L'homme qui ne médite ou ne prévoit pas les choses éloignées doit éprouver un chagrin prochain.

12. Le Philosophe dit: Hélas! je n'ai encore vu personne qui aimât la vertu comme on aime la beauté corporelle[34].

13. Le Philosophe dit:Tsang-wen-tchoungn'était-il pas un secret accapareur d'emplois publics? Il connaissait la sagesse et les talents deLieou-hia-hoeï, et il ne voulut point qu'il put siéger avec lui à la cour.

14. Le Philosophe dit: Soyez sévères envers vous-mêmes et indulgents envers les autres, alors vous éloignerez de vous les ressentiments.

15. Le Philosophe dit: Si un homme ne dit point souvent en lui-même: Comment ferai-je ceci? comment éviterai-je cela? comment, moi, pourrais-je lui dire: Ne faites pas ceci, évitez cela? C'en est fait de lui.

16. Le Philosophe dit: Quand une multitude de personnes se trouvent ensemble pendant toute une journée, leurs paroles ne sont pas toutes celles de l'équité et de la justice; elles aiment à ne s'occuper que de choses vulgaires et pleines de ruses. Qu'il leur est difficile de faire le bien!

17. Le Philosophe dit: L'homme supérieur fait de l'équité et de la justice la base de toutes ses actions; les rites forment la règle de sa conduite; la déférence et la modestie le dirigent au dehors; la sincérité et la fidélité lui servent d'accomplissements. N'est-ce pas un homme supérieur?

18. Le Philosophe dit: L'homme supérieur s'afflige de son impuissance [à faire tout le bien qu'il désire]; il ne s'afflige pas d'être ignoré et méconnu des hommes.

19. Le Philosophe dit: L'homme supérieur regrette de voir sa vie s'écouler sans laisser après lui des actions dignes d'éloges.

20. Le Philosophe dit: L'homme supérieur ne demande rien qu'à lui-même; l'homme vulgaire et sans mérite demande tout aux autres.

21. Le Philosophe dit: L'homme supérieur est ferme dans ses résolutions, sans avoir de différends avec personne; il vit en paix avec la foule, sans être de la foule.

22. Le Philosophe dit: L'homme supérieur ne donne pas de l'élévation à un homme pour ses paroles; il ne rejette pas des paroles à cause de l'homme qui les a prononcées.

23.Tseu-koungfit une question en ces termes: Y a-t-il un mot dans la langue que l'on puisse se borner à pratiquer seul jusqu'à la fin de l'existence? Le Philosophe dit: Il y a le motchou[35], dont le sens est:Ce que l'on ne désire pas qui nous soit fait, il ne faut pas le faire aux autres.

24. Le Philosophe dit: Dans mes relations avec les hommes, m'est-il arrivé de blâmer quelqu'un, ou de le louer outre mesure? S'il se trouve quelqu'un que j'aie loué outre mesure, il a pris à tâche de justifier par la suite mes éloges.

Ces personnes [dont j'aurais exagéré les défauts ou les qualités] pratiquent les lois d'équité et de droiture des trois dynasties; [quel motif aurais-je eu de les en blâmer]?

25. Le Philosophe dit: J'ai presque vu le jour où l'historien de l'empire laissait des lacunes dans ses récits [quand il n'était pas sûr des faits]; où celui qui possédait un cheval le prêtait aux autres pour le monter; maintenant ces mœurs sont perdues.

26. Le Philosophe dit: Les paroles artificieuses pervertissent la vertu même; une impatience capricieuse ruine les plus grands projets.

27. Le Philosophe dit: Que la foule déteste quelqu'un, vous devez examiner attentivement avant de juger; que la foule se passionne pour quelqu'un, vous devez examiner attentivement avant de juger.

28. Le Philosophe dit: L'homme peut agrandir la voie de la vertu; la voie de la vertu ne peut pas agrandir l'homme.

29. Le Philosophe dit: Celui qui a une conduite vicieuse, et ne se corrige pas, celui-là peut être appelé vicieux.

30. Le Philosophe dit: J'ai passé des journées entières sans nourriture, et des nuits entières sans sommeil, pour me livrer à des méditations, et cela sans utilité réelle; l'étude est bien préférable.

31. Le Philosophe dit: L'homme supérieur ne s'occupe que de la droite voie; il ne s'occupe pas du boire et du manger. Si vous cultivez la terre, la faim se trouve souvent au milieu de vous; si vous étudiez, la félicité se trouve dans le sein même de l'étude. L'homme supérieur ne s'inquiète que de ne pas atteindre la droite voie; il ne s'inquiète pas de la pauvreté.

32. Le Philosophe dit: Si l'on a assez de connaissance pour atteindre à la pratique de la raison, et que la vertu de l'humanité que l'on possède ne suffise pas pour persévérer dans cette pratique; quoiqu'on y parvienne, on finira nécessairement par l'abandonner.

Dans le cas où l'on aurait assez de connaissance pour atteindre à la pratique de la raison, et où la vertu de l'humanité que l'on possède suffirait pour persévérer dans cette pratique; si l'on n'a ni gravité ni dignité, alors le peuple n'a aucune considération pour vous.

Enfin, quand même on aurait assez de connaissance pour atteindre à la pratique de la raison, que la vertu de l'humanité que l'on possède suffirait pour persévérer dans cette pratique, et que l'on y joindrait la gravité et la dignité convenables; si l'on traite le peuple d'une manière contraire aux rites, il n'y a pas encore là de vertu.

33. Le Philosophe dit: L'homme supérieur ne peut pas être connu et apprécié convenablement dans les petites choses, parce qu'il est capable d'en entreprendre de grandes. L'homme vulgaire, au contraire, n'étant pas capable d'entreprendre de grandes choses, peut être connu et apprécié dans les petites.

34, Le Philosophe dit: La vertu de l'humanité est plus salutaire aux hommes que l'eau et le feu: j'ai vu des hommes mourir pour avoir foulé l'eau et le feu; je n'en ai jamais vu mourir pour avoir foulé le sentier de l'humanité.

35. Le Philosophe dit: Faites-vous un devoir de pratiquer la vertu de l'humanité, et ne l'abandonnez pas même sur l'injonction de vos instituteurs.

36. Le Philosophe dit: L'homme supérieur se conduit toujours conformément à la droiture et à la vérité, et il n'a pas d'obstination.

37. Le Philosophe dit: En servant un prince, ayez beaucoup de soin et d'attention pour ses affaires, et faites peu de cas de ses émoluments.

38. Le Philosophe dit: Ayez des enseignements pour tout le monde, sans distinction de classes ou de rangs.

39. Le Philosophe dit: Les principes de conduite étant différents, on ne peut s'aider mutuellement par des conseils.

40. Le Philosophe dit: Si les expressions dont on se sert sont nettes et intelligibles, cela suffit.

L'intendant de la musique, nomméMian[36], vint un jour voir (KHOUNG-TSEU). Arrivé au pied des degrés, le Philosophe lui dit: Voici les degrés. Arrivé près des siéges, le Philosophe lui dit: Voici les siéges. Et tous deux s'assirent. Le Philosophe l'informa alors qu'un tel s'était assis là, un tel autre là. L'intendant de la musique,Mian, étant parti,Tseu-tchangfit une question en ces termes: Ce que vous avez dit à l'intendant est-il conforme aux principes?

41. Le Philosophe dit: Assurément; c'est là la manière d'aider et d'assister les maîtres d'une science quelconque.

[34]Voyez la même pensée exprimée ci-devant.

[34]Voyez la même pensée exprimée ci-devant.

[35]Voyez ce mot, et l'explication que nous en avons donnée dans notre édition déjà citée duTa-hio, en chinois, en latin et en français, avec la traduction complète du commentaire deTchou-hi, p. 66. Voyez aussi la même maxime déjà plusieurs fois exprimée précédemment.

[35]Voyez ce mot, et l'explication que nous en avons donnée dans notre édition déjà citée duTa-hio, en chinois, en latin et en français, avec la traduction complète du commentaire deTchou-hi, p. 66. Voyez aussi la même maxime déjà plusieurs fois exprimée précédemment.

[36]Il était aveugle.

[36]Il était aveugle.

1.Ki-chiétait sur le point d'aller combattreTchouan-yu[37].

Jan-yeouetKi-lou, qui étaient près deKHOUNG-TSEU, lui dirent:Ki-chise prépare à avoir un démêlé avecTchouan-yu.

Le Philosophe dit:Khieou(Jan-tjeou)! n'est-ce pas votre faute?

CeTchouan-yureçut autrefois des anciens rois la souveraineté surThoung-moung[38].

En outre, il rentre par une partie de ses confins dans le territoire de l'État (deLou). Il est le vassal des esprits de la terre et des grains [c'est un État vassal du prince deLou]. Comment aurait-il à subir une invasion?

Jan-yeoudit: Notre maître le désire. Nous deux, ses ministres, nous ne le désirons pas.

KHOUNG-TSEUdit:Khieou! [l'ancien et illustre historien]Tcheou-jina dit: «Tant que vos forces vous servent, remplissez votre devoir; si vous ne pouvez pas le remplir, cessez vos fonctions. Si un homme en danger n'est pas secouru; si, lorsqu'on le voit tomber, on ne le soutient pas, alors à quoi servent ceux qui sont là pour l'assister?»

Il suit de là que vos paroles sont fautives. Si le tigre ou le buffle s'échappent de l'enclos où ils sont renfermés; si la tortue à la pierre précieuse s'échappe du coffre où elle était gardée, à qui en est la faute?

Jan-yeoudit: Maintenant, ce pays deTchouan-yuest fortifié, et se rapproche beaucoup dePi[ville appartenant en propre àKi-chi]. Si maintenant on ne s'en empare pas, il deviendra nécessairement, dans les générations à venir, une source d'inquiétudes et de troubles pour nos fils et nos petits-fils.

KHOUNG-TSEUdit:Khieou!l'homme supérieur hait ces détours d'un homme qui se défend de toute ambition cupide, lorsque ses actions le démentent.

J'ai toujours entendu dire que ceux qui possèdent un royaume, ou qui sont chefs de grandes familles, ne se plaignent pas de ce que ceux qu'ils gouvernent ou administrent sont peu nombreux, mais qu'ils se plaignent de ne pas avoir l'étendue de territoire qu'ils prétendent leur être due; qu'ils ne se plaignent pas de la pauvreté où peuvent se trouver les populations, mais qu'ils se plaignent de la discorde qui règne entre elles et eux. Car, si chacun obtient la part qui lui est due, il n'y a point de pauvres; si la concorde règne, il n'y a pas pénurie d'habitants; s'il y a paix et tranquillité, il n'y a pas cause de ruine ou de révolution.

Les choses doivent se passer ainsi. C'est pourquoi, si les populations éloignées ne sont pas soumises, alors cultivez la science et la vertu, afin de les ramener à vous par vos mérites. Une fois qu'elles sont revenues à l'obéissance, alors faites-les jouir de la paix et de la tranquillité.

Maintenant,YeouetKhieou, en aidant votre maître, vous ne ramènerez pas à l'obéissance les populations éloignées, et celles-ci ne pourront venir se soumettre d'elles-mêmes. L'État est divisé, troublé, déchiré par les dissensions intestines, et vous n'êtes pas capables de le protéger.

Et cependant vous projetez de porter les armes au sein de cet État. Je crains bien que les petits-fils deKin'éprouvent un jour que la source continuelle de leurs craintes et de leurs alarmes n'est pas dans le pays deTchouan-yu, mais dans l'intérieur de leur propre famille.

2.KHOUNG-TSEUdit: Quand l'empire est gouverné par les principes de la droite raison, alors les rites, la musique, la guerre pour soumettre les rebelles, procèdent des fils du Ciel [des empereurs]. Si l'empire est sans loi, s'il n'est pas gouverné par les principes de la droite raison, alors les rites, la musique, la guerre pour soumettre les rebelles, procèdent des princes tributaires ou des vassaux de tous les rangs. Quand [ces choses, qui sont exclusivement dans les attributions impériales,] procèdent des princes tributaires, il arrive rarement que, dans l'espace de dix générations[39], ces derniers ne perdent pas leur pouvoir usurpé [qui tombe alors dans les mains des grands fonctionnaires publics]. Quand il arrive que ces actes de l'autorité impériale procèdent des grands fonctionnaires, il est rare que, dans l'espace de cinq générations, ces derniers ne perdent pas leur pouvoir [qui tombe entre les mains des intendants des grandes familles]. Quand les intendants des grandes familles s'emparent du pouvoir royal, il est rare qu'ils ne le perdent pas dans l'espace de trois générations.

Si l'empire est gouverné selon les principes de la droite raison, alors l'administration ne réside pas dans les grands fonctionnaires.

Si l'empire est gouverné selon les principes de la droite raison, alors les hommes de la foule ne s'occupent pas à délibérer et à exprimer leur sentiment sur les actes qui dépendent de l'autorité impériale.

3.KHOUNG-TSEUdit: Les revenus publics n'ont pas été versés à la demeure du prince pendant cinq générations; la direction des affaires publiques est tombée entre les mains des grands fonctionnaires pendant quatre générations. C'est pourquoi les fils et les petits-fils des troisHouan[trois familles de princes deLou] ont été si affaiblis.

4.KHOUNG-TSEUdit: Il y a trois sortes d'amis qui sont utiles, et trois sortes qui sont nuisibles. Les amis droits et véridiques, les amis fidèles et vertueux, les amis qui ont éclairé leur intelligence, sont les amis utiles; les amis qui affectent une gravité tout extérieure et sans droiture, les amis prodigues d'éloges et de basses flatteries, les amis qui n'ont que de la loquacité sans intelligence, sont les amis nuisibles.

5.KHOUNG-TSEUdit: Il y a trois sortes de joies ou satisfactions qui sont utiles, et trois sortes qui sont nuisibles. La satisfaction de s'instruire à fond dans les rites et la musique, la satisfaction d'instruire les hommes dans les principes de la vertu, la satisfaction de posséder l'amitié d'un grand nombre de sages, sont les joies ou satisfactions utiles; la satisfaction que donne la vanité et l'orgueil, la satisfaction de l'oisiveté et de la mollesse, la satisfaction de la bonne chère et des plaisirs, sont les satisfactions nuisibles.

6.KHOUNG-TSEUdit: Ceux qui sont auprès des princes vertueux pour les aider dans leurs devoirs ont trois fautes à éviter: de parler sans y avoir été invités, ce qui est appelé précipitation; de ne pas parler lorsqu'on y est invité, ce qui est appelé taciturnité; de parler sans avoir observé la contenance et la disposition [du prince], ce qui est appelé aveuglement.

7.KHOUNG-TSEUdit: Il y a pour l'homme supérieur trois choses dont il cherche à se préserver: dans le temps de la jeunesse, lorsque le sang et les esprits vitaux ne sont pas encore fixés [que la forme corporelle n'a pas encore pris tout son développement][40], ce que l'on doit éviter, ce sont les plaisirs sensuels; quand on a atteint la maturité, et que le sang et les esprits vitaux ont acquis toute leur force et leur vigueur, ce que l'on doit éviter, ce sont les rixes et les querelles; quand on est arrivé à la vieillesse, que le sang et les esprits vitaux tombent dans un état de langueur, ce que l'on doit éviter, c'est le désir d'amasser des richesses.

8.KHOUNG-TSEUdit: Il y a trois choses que l'homme supérieur révère: il révère les décrets du ciel, il révère les grands hommes, il révère les paroles des saints.

Les hommes vulgaires ne connaissent pas les décrets du ciel, et par conséquent ils ne les révèrent pas; ils font peu de cas des grands hommes, et ils se jouent des paroles des saints.

9.KHOUNG-TSEUdit: Ceux qui, du jour même de leur naissance, possèdent la science, sont les hommes du premier ordre [supérieurs à tous les autres]; ceux qui, par l'étude, acquièrent la science, viennent après eux; ceux qui, ayant l'esprit lourd et épais, acquièrent cependant des connaissances par l'étude, viennent ensuite; enfin ceux qui, ayant l'esprit lourd et épais, n'étudient pas et n'apprennent rien, ceux-là sont du dernier rang parmi les hommes.

10.KHOUNG-TSEUdit: L'homme supérieur, ou l'homme accompli dans la vertu, a neuf sujets principaux de méditations: en regardant, il pense à s'éclairer; en écoutant, il pense à s'instruire; dans son air et son attitude, il pense à conserver du calme et de la sérénité; dans sa contenance, il pense à conserver toujours de la gravité et de la dignité; dans ses paroles, il pense à conserver toujours de la fidélité et de la sincérité; dans ses actions, il pense à s'attirer toujours du respect; dans ses doutes, il pense à interroger les autres; dans la colère, il pense à réprimer ses mouvements; en voyant des gains à obtenir, il pense à la justice.

11.KHOUNG-TSEUdit: «On considère le bien comme si on pouvait l'atteindre; on considère le vice comme si on touchait de l'eau bouillante.» J'ai vu des hommes agir ainsi, et j'ai entendu des hommes tenir ce langage.

«On se retire dans le secret de la solitude pour chercher dans sa pensée les principes de la raison; on cultive la justice pour mettre en pratique ces mêmes principes de la raison.» J'ai entendu tenir ce langage, mais je n'ai pas encore vu d'homme agir ainsi.

12.King-kong, prince deThsi, avait mille quadriges de chevaux. Après sa mort, on dit que le peuple ne trouva à louer en lui aucune vertu.PeietChou-tsimoururent de faim au bas de la montagneCheou-yang, et le peuple n'a cessé jusqu'à nos jours de faire leur éloge.

N'est-ce pas cela que je disais?

13.Tchin-kangfit une question àPe-yu(fils deKHOUNG-TSEU) en ces termes: Avez-vous entendu des choses extraordinaires?

Il lui répondit avec déférence: Je n'ai rien entendu. [Mon père] est presque toujours seul. MoiLi, en passant un jour rapidement dans la salle, je fus interpellé par lui en ces termes: Etudiez-vous leLivre des Vers?Je lui répondis avec respect: Je ne l'ai pas encore étudié.—Si vous n'étudiez pas leLivre des Vers, vous n'aurez rien à dire dans la conversation. Je me retirai, et j'étudiai leLivre des Vers.

Un autre jour qu'il était seul, je passai encore à la hâte dans la salle, et il me dit: Etudiez-vous leLivre des Rites?Je lui répondis avec respect: Je ne l'ai pas encore étudié.—Si vous n'étudiez pas leLivre des Rites, vous n'aurez rien pour vous fixer dans la vie. Je me retirai, et j'étudiai leLivre des Rites.

Après avoir entendu ces paroles,Tchin-kangs'en retourna et s'écria tout joyeux: J'ai fait une question sur une chose, et j'ai obtenu la connaissance de trois. J'ai entendu parler duLivre des Vers, duLivre des Rites;j'ai appris en outre que l'homme supérieur tenait son fils éloigné de lui.

14. L'épouse du prince d'un État est qualifiée par le prince lui-même deFou-jin, oucompagne de l'homme. Cette épouse [nomméeFou-jin] s'appelle elle-mêmepetite fille. Les habitants de l'État l'appellentépouseoucompagne du prince. Elle se qualifie, devant les princes des différents États,pauvre petite reine. Les hommes des différents États la nomment aussicompagne du prince.


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