Chapter 4

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Au 21 décembre, solstice d’hiver (et, par conséquent, jour le plus bref de l’année), la Terre achève autour du Soleil sa pérégrination de douze mois. Le voyage annuel recommence. Les longues nuits s’abrègent peu à peu. Sous les frimas qui « verrouillent la terre », dans les tourmentes de nivôse et les embruns de février, court déjà le frisson irrésistible du printemps. Cette jubilation de la noire Demêter que l’amant sidéral épouse chaque année, ce triomphe de l’Isis éternelle, rajeunie et féconde sous l’étreinte d’un dieu, tous les âges l’ont connue, toutes les religions l’ont célébrée, toutes les théogonies l’ont enregistrée dans leurs annales.

D’une vierge le Soleil naît. Cette fable que théologiens et poètes enguirlandèrent à l’envi, ce conte élaboré, transmis, refait de cent manières, cette légende que pendant une douzaine de siècles, rumina sans fin la rêverie obscène des Pères, des Docteurs, des Évêques et des Moines, remonte aux plus hautes origines de l’Humanité. Dans leurasegard, elle émerveillait déjà ces peuplades indo-européennes, ces hordes blanches, Celtes, Kymris, Germains, Scandes ou Gaulois, qui, de l’Hymalaya descendirent comme un fleuve et submergèrent l’Occident.

Aux êtres divins imaginés par leurs tribus, aux sauveurs en déplacement, les Aryas se plurent à donner cette génération insexuelle que démentent les plus sommaires notions d’embryologie. Et les nègres, les jaunes, pensent comme les Aryas. Sur ce point, idolâtres et fétichistes s’accordent à l’unanimité ! La parthénogénèse du Soleil agrée à l’Égyptien dévot non moins qu’au pasteur idolâtre de l’Indoustan. On la trouve chez les Bengalis comme chez les Esquimaux ! La Vierge Mère de Saïs porte en ses bras Horus, unbambinopareil à l’Enfant-Dieu des Saintes-Familles. Afin que nul n’en ignore : « Le dieu que j’ai enfanté — dit une inscription, au socle de la statue — c’est le Soleil… »

« Quand Devaki mit au monde Krishna, (précurseur plusieurs fois séculaire du Christ hébreu) la mer frémissait, les montages tremblaient, les étoiles resplendissaient. La Nuit se trouvait dans (ou plutôt,sous) la constellation de la Délivrance. Et l’on a donné le nom de « Victoire » à l’heure où se montra le divin Jeune Homme, qui de son regard illumine la terre. »

« Quand Devaki mit au monde Krishna, (précurseur plusieurs fois séculaire du Christ hébreu) la mer frémissait, les montages tremblaient, les étoiles resplendissaient. La Nuit se trouvait dans (ou plutôt,sous) la constellation de la Délivrance. Et l’on a donné le nom de « Victoire » à l’heure où se montra le divin Jeune Homme, qui de son regard illumine la terre. »

Ainsi, les dieux incarnés ne font qu’une même personne avec le Soleil ! Leur avènement concorde avec son entrée dans le signe du Capricorne, domicile de Saturne, quand le premier mois, celui de Janus-Saturne (Januarius) commence, déterminant ainsi le premier jour de l’an nouveau.

La plupart des civilisations choisirent cette date pour inaugurer l’année. Les Romains, seuls, qui furent des militaires, par cela même en révolte contre toute idée scientifique, la faisaient débuter à l’équinoxe du printemps, jusqu’au règne de Numa, lequel restaura l’ordre ancien et fit commencer le grand jour annuel au solstice d’hiver. En effet, le caractère sacerdotal de Numa implique un certain nombre de connaissances initiatiques.

L’Égypte ouvrait l’année au solstice de juin (24 de ce mois :Yaô,Yaôkannan: la grâce deYaô: Saint Jean le Baptiste). Cependant, elle célébrait encore à Philæ, avec des libations, la fête des Lumières (27 décembre).

« O Phrâ — s’écriait-elle — vas-tu nous quitter ? Mais il revient sur l’horizon. »

« O Phrâ — s’écriait-elle — vas-tu nous quitter ? Mais il revient sur l’horizon. »

Et c’était Horus (Oour: Lumière, leJaôdes Gnostiques), Horus qui la consolait, apparaissant le doigt dans la bouche, avec le geste de l’enfant à la mamelle, emblème des renaissances et du mouvement circulaire, accompli tous les ans, par la suite des heures et des jours.

Même aujourd’hui, nous constatons la présence, lumineuse encore, de tout le Zodiaque, des Astres et du Calendrier dans le personnel évangélique. Le mystère de l’Incarnation s’accomplit au déclin de l’automne, dans la décade qui finit l’année (neuvième mois du calendrier étrusque). Alors, sous le méridien, se trouve le Capricorne. Le premier signe qui monte à l’horizon, c’est la Vierge. Elle a sous ses pieds le Dragon des Hespérides.

Elle porte en ses bras un nouveau-né, comme Isis ou Dewaki.

Devant elle, se dressent le Lion (Saint Marc) et au-dessus, le Bœuf (Saint Mathieu).

A ses pieds, Janus. Tout d’abord, il se confond avec Saturne « obscurci dans son anneau lointain ». Ensuite par une cristallisation fréquente chez les mythographes, il devientl’Homme-aux-sept-clefsd’abord, finalement, Képhas, la Pierre,Petrus apostolus, que le coq de l’aurore éveille, Saint Pierre, prince des Apôtres et guichetier du Paradis.

A l’opposite, dans la sphère inférieure, se faisant vis-à-vis, l’oiseau Roch, le rapace, aigle ou gypaëte, stylisé par l’art hiératique (Saint Jean) d’une part ; de l’autre, l’Homme ailé (Saint Luc) participant duKeroubsémite et duGeniuslatin.

A l’horizon, la couronne (Stéphanos, Saint Étienne, protomartyr), Orion et ses trois étoiles (Rois Mages) que Sirius, « roi des longues nuits, soleil du sombre hiver » conduit au Nouveau-né, portant avec la myrrhe et l’or, l’encens du Sabéïsme, l’adoration des Guèbres, le culte, les hommages de l’Orient où vont briller ses feux.

De même, que plus tard, grâce au manque de culture chez les moines collecteurs de légendes, Bacchus déchiré dans le pressoir, devient Saint Denis, portant lui-même sa tête coupée et par dérivation, l’armée encombrante des martyrs céphalophores, tandis que certaines épithètes propres au dieu de la vendange :Rustique,Eleuthère, se transforment en Bienheureux dans le ciel du Nazaréen ; de même, les phénomènes cosmiques, grâce à « la bêtise judéo-chrétienne » (Schopenhaüer) s’incarnent et les voici protagonistes des contes un peu niais, des paraboles rustiques attribuées à Jésus par le troupeau qui l’a fait dieu.

Le Noël médiéval gardait un souvenir atténué de son origine solaire. Le Bœuf et l’Ane y participaient. L’un, comme issu du Taureau (lehomdes Perses), puis du Bélier (agnus dei), par la précession des équinoxes ; l’autre, comme infatigable auxiliaire du vigneron, du laboureur et du meunier. C’était un reste du totémisme, de la zoolatrie primitifs, dont les ornements des cathédrales : perroquets à têtes de singes, griffons, hircocerfs, béliers ithyphalliques, mulets baudouinant des religieuses, témoignent encore à nos regards.

Le lendemain de la Noël, mené dans le sanctuaire, l’Ane entendait la messe, tandis que les préchantres, en latin barbare, exaltaient ses vertus spécifiques : la patience et la sobriété.

Enfin, dans les saints Innocents, tués, disent les Évangiles, par Hérode-le-Grand (lequel mourut quatre années avant la naissance probable de Ieschou) on reconnaît ces pâles fleurs d’hiver que détruisent les tempêtes et le gel incléments, si bien que Fortunat, pour chanter leur gloire, ne trouve d’autre image que celle d’un tourbillon, emportant vers la nuit les roses du matin.

Humanisés, abâtardis, enduits de sottise par le Christianisme et de fadeur par les Jésuites, les nobles rêves antiques, les fortes légendes naturalistes devinrent, aux époques sans instruction de la Monarchie française, motifs de décor et prétextes à ballets. Diane, Apollon, Minerve fournirent à Boileau des rimes pédantesques et des rondeaux à Benserade. Les scénarios de Molière nous font connaître que M. Le Grand devant Louis XIV en habit de gala, « dansait Neptune ou Apollon ».


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