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Astre Roi ! Soleil pacifique ! surgis donc et réconforte de ton avent les peuples laborieux ! Toi dont le cours instruit les hommes, leur enseignant l’industrie et le travail, toi qui, par ta chaleur enclose dans la houille et les métaux, fomentes l’activité des races humaines, brille sur la cité d’amour que devancent et préconisent nos désirs !
Jadis, dans ta gloire d’après-midi, Héraclès, vainqueur des monstres et des fléaux, sur les sapins embrasés de l’Œta, ô bienfaiteur des Éphémères, tu regagnas les maisons du ciel et te perdis somptueusement dans le sein de ton père :Dyaus-pytar,Zeus-pater,Dieu-le-père, c’est-à-dire l’air apaisé, l’azur limpide qui, sans la coopération d’aucune femme, engendra et mit au monde, Pallas d’abord, la Raison clairvoyante, puis Thémis, l’indestructible Loi. Ton frère Prometheus naquit de la Déesse. Enfant de la Justice, il prit les hommes en pitié, leur enseigna les arts qui subjuguent les forces naturelles et permettent d’accéder à la vertu. C’est pour un tel grief que les dieux l’ont mis en croix !
Mais la philosophie d’Hercule, mais l’exemple de Prométhée vivent toujours. Ils resplendissent à l’horizon du monde, plus hauts que le Caucase, plus admirables que l’Œta ! Soleil d’équité ! Soleil de lumière intérieure, tu revis dans le juste dont la face réjouit les constellations ! Nous marchons à ton rayonnement. Éclaire-nous ! Sous tes rayons, les bêtes de la nuit, fétides et rampantes, s’enfuiront épouvantées. Fertilise pour les nations à venir, un sol moins réfractaire et des champs plus amis. Imprègne de ta richesse le patrimoine illimité des familles humaines. Que dans les plaines reconquises, bien commun à tous les hommes, croissent des gerbes nourricières et de consolantes fleurs !
Et quand l’Inévitable aura scellé notre bouche, amorti ce foyer d’enthousiasme libertaire que l’âge n’éteint pas ; quand tes rayons, dissolvant l’ombre que nous fûmes, auront mêlé aux grandes herbes, aux plantes, aux labours, à la nuit lustrale des abîmes, ce fragile simulacre où tant de saintes ardeurs ont allumé leurs flammes, Soleil ! luis à jamais sur la ville affranchie où graviront, un jour, les tribus nouvelles, sans maîtres et sans dieux, tels, autrefois, les saints architectes de Dvaravati, l’acropole de Brahma, conduits par un oiseau d’heureux augure et de chant persuasif. Luis sur la Jérusalem aux fontaines permanentes, aux habitacles fraternels, sur la Rome future que, seuls, gouverneront, loin des riches imbéciles, des pontifes sacrilèges et des prétoriens bestiaux, l’Amour et la Concorde, la Raison et la Justice, et toi, bienheureuse Paix, rachetée enfin, comme, jadis, te montrait Aristophane, des cavernes et des ténèbres où te dérobèrent si longtemps à nos regards, la jalousie et l’animadversion des autres dieux !
Vers toi, Soleil, Soleil toujours nouveau-né, vers toi jaillira l’hymne de gratitude que, saufs des antiques douleurs et de la servitude abolie, en plein ciel, chanteront les fils que nous aurons semés, les fils de notre amour et de nos peines. Que ceux-là, postérité nouvelle, débourbée à jamais des dogmes et des lois, sachant à quel point nous les aimâmes, sentent frémir encore les ardeurs et la foi paternelles à travers nos ossements défunts et dans notre mémoire défaillante :
I, decus, i nostrum ! Melioribus utere fatis !
I, decus, i nostrum ! Melioribus utere fatis !
I, decus, i nostrum ! Melioribus utere fatis !