Pollio, et incipient magni procedere menses.
Pollio, et incipient magni procedere menses.
Quand, après avoir subi les épreuves longues et rudes qu’infligeait aux novices le Pontife de Mithra ; quand, purifié par des travaux et des austérités probatoires, par la vigile d’une redoutable nuit, digne enfin d’accéder aux choses liturgiques, d’entrer dans la familiarité du dieu, l’adepte revêtait — symbole de sa participation aux mystères — la robe sans couture et l’étoile de lin blanc, une vie auguste, magnifique et nouvelle commençait pour lui.
Debout sur les degrés du temple où s’effeuillaient les roses de l’aurore, dans la fraîche clarté du matin, il célébrait son ordination. Il disait l’introïtde sa première messe. Il offrait au jour levant les fruits de son adolescence et, les paumes ouvertes, saluait d’un cri joyeux, la lumière nouvelle.
Ce cri de l’Initié, que le polythéisme antique, dans les sombres jours de la décadence romaine, opposa au triomphe du Christianisme, cette prière suprême du dernier culte où quelque chose encore survécut de la beauté païenne, cet appel de joie et d’espérance, tous les peuples, toutes les familles humaines, les ont proférés, depuis le troglodyte des cavernes bénissant, avec le retour de l’aube, la fin des nocturnes épouvantes jusqu’au pâtre des plateaux de Pamir épandant sur le bûcher la libation rituelle que, dans ses volutes d’or et sa fumée ondoyante, Agni, la flamme joyeuse et purificatrice, porte au Soleil levant.
Ce cri, nous le poussons encore ! Ces rites que les peuplades indo-européennes célébraient au chant des hymnes védiques, ces rites dont ils magnifiaient l’alternance des saisons et des jours, ces rites, enfin, survivant à la chute des empires et des dieux, nous les accomplissons comme autrefois, l’Inde, la Perse, l’Hellade ou le Latium.
Nous faisons malgré nous le geste héréditaire,
Nous faisons malgré nous le geste héréditaire,
Nous faisons malgré nous le geste héréditaire,
quand nous offrons au seul dieu visible, au Soleil Créateur, au Soleil que Platon déclarait « fils unique de Dieu », l’hymne de reconnaissance chanté par nos pères en l’honneur de Suryâ, d’Ormuz, d’Osiris, de Phœbus ou d’Apollon, dieux jeunes et tutélaires, dieux du printemps, de la victoire et du laurier.
Si le Jour de l’an, Saint-Nicolas, si Noël, dernier terme de l’année civile ou, pour mieux dire, anniversaire de l’Astre nouveau-né ; si, plus tard, les fêtes du Carnaval et de Pâques suspendent pour quelques heures, les haines et les rivalités du monde occidental ; si la table de famille, quand arrivent ces dates indulgentes, groupe autour des mets nationaux les peuples de la France, de l’Angleterre et de l’Allemagne ; si le gui, que les prêtres de Wotan, les Vellédas en robe blanche, cueillaient avec la serpe d’or, présage le bonheur aux promis du vingtième siècle, c’est que par un miracle de force et de beauté, le culte du Soleil persiste en dépit des traditions ineptes, des sacrements, de la théologie et des sinistres balivernes en faveur chez les chrétiens. Il rayonne encore, tandis que lentement, s’efface le crépuscule de tous les autres dieux.
Fête aussi durable que la Terre, que les planètes, gravitant comme elle, dans l’orbite du Soleil, fête de l’Astre qui suscite la vie, engendre la lumière, éveille la force, la raison, l’amour et la beauté !
C’est le jour natal de l’Univers.