LES36 Situations Dramatiques

Gozzi soutenait qu’il ne peut y avoir que 36 situations tragiques. Schiller s’est donné beaucoup de peine pour en trouver davantage ; mais il n’en trouva pas même autant que Gozzi.(Gœthe,Entretiens avec Eckermann.)

Gozzi soutenait qu’il ne peut y avoir que 36 situations tragiques. Schiller s’est donné beaucoup de peine pour en trouver davantage ; mais il n’en trouva pas même autant que Gozzi.

(Gœthe,Entretiens avec Eckermann.)

36 situations seulement !

Cet énoncé qu’aucun renseignement n’accompagne, ni de la part de Gozzi, ni de celle de Gœthe ou de Schiller, et qui pose le problème sans le résoudre, avait de quoi tourmenter.

Car celui qui affirmait — me répétais-je toujours — par ce nombre restreint une loi si fortement synthétique, avait justement l’imagination la plus fantasque : ce Gozzi, c’était l’auteur deTurandotet duRoi Cerf, deux œuvres, or, presque sans analogues, l’une sur la situation de l’Énigmeet l’autre sur les phases de la métempsycose ; c’était le créateur d’un système dramatique, du fiabesque, et, par lui, l’esprit arabe chez nous transfusé, ont pu naître Hoffmann, Jean-Paul Richter et Poe.

Encore l’exubérance du Vénitien m’aurait-elle, peut-être, fait douter, puisqu’une fois lancé ce chiffre de 36, il s’était tu…

Mais l’ardent et sévère kantien, Schiller, le prince des esthéticiens modernes et le maître du drame vraiment historique, ne s’était-il pas, à son tour, devant ce précepte, « donné beaucoup de peine » (et de la peine d’un Schiller !), y ajoutant ainsi pour nous l’autorité de sa critique puissante et de sa riche mémoire ? M’objectais-je alors, pour hésiter, le seul point commun aux deux poètes, un goût vif de l’abstrait, — Gœthe, antipode exact du systématisme, esprit d’observateur, et qui, sa vie durant, évolua, m’apparaissait, méditant encore l’obsédant sujet, — bien des années après la mort de Schiller, bien des années après leurs fécondes causeries, et à l’époque où s’achevaitFaust, cette suprême combinaison des éléments les plus contrastés[1].

[1]C’est Gœthe qui le déclare : Je dois, dit-il, l’intrigue à Calderon, la vision à Marlowe, la scène du lit àCymbeline, la chanson ou sérénade àHamlet, le prologue au livre deJob. On peut y ajouter : le premier prologue imité des Hindous, la scène du trépied renouvelant les nécromancies épiques, la visite à la guenon, digne de Théocrite, de nombreux ressouvenirs picturaux (scène première issue de Rembrandt ; mimes de lapromenade, de lataverne, dupuits, d’origine flamande), la fin inspirée de Dante, etc., etc.

[1]C’est Gœthe qui le déclare : Je dois, dit-il, l’intrigue à Calderon, la vision à Marlowe, la scène du lit àCymbeline, la chanson ou sérénade àHamlet, le prologue au livre deJob. On peut y ajouter : le premier prologue imité des Hindous, la scène du trépied renouvelant les nécromancies épiques, la visite à la guenon, digne de Théocrite, de nombreux ressouvenirs picturaux (scène première issue de Rembrandt ; mimes de lapromenade, de lataverne, dupuits, d’origine flamande), la fin inspirée de Dante, etc., etc.

Je n’en savais, toutefois, pas plus long…

Seul, en France, Gérard de Nerval avait embrassé, un court instant, de ce point de vue si haut, l’ensemble des productions scéniques, dans un article deL’Artistesur laJane Greyde Soumet. Avec quel dandysme, malheureusement ! Ayant, à ses débuts, voulu savoir le chiffre des actions possibles au théâtre, il en trouva 24, raconte-t-il. Pas plus que ses devanciers, il ne nous dit lesquelles. En revanche, les bases qu’il fournit ne peuvent satisfaire. Recourant, en effet, à la classification caduque des péchés capitaux, il se voit, d’abord, forcé d’en éliminer deux, gourmandise et paresse, et, à peu près, un troisième, la luxure… « ce serait don Juan peut-être… » On ne saisit pas mieux ce que l’avarice a fourni comme énergie tragique, et je discerne mal pour la contexture entière du drame, une divergence marquée de directions entre l’orgueil (l’esprit de tyrannie, sans doute) et la colère, à moins de n’admettre que leurs manifestations les plus opposées, et de risquer, à ce coup, de confondre celles de la colère avec celles de l’envie. Aussi bien eût fait Labrunie de conserver l’ex-huitième péché, la tristesse, qui lui aurait été utile, vis-à-vis deManfredpar exemple. Plus loin, le meurtre, désigné comme un facteur pour obtenir, en l’unissant tour à tour à chacun des autres, plusieurs des données, ne peut être accepté comme tel, puisqu’il est le commun accident, possible dans toutes, et le plus fréquent qui s’y produise. Enfin, le seul titre nommé par Nerval,Rivalité de reine et de sujette, ne convient, on le constatera, qu’à unesous-classe de l’une non pas des 24, mais des 36 situations dramatiques[2].

[2]J’ai remplacé le mot « tragique » de l’épigraphe par celui de « dramatique ». Les familiers de Gœthe savent que pour lui (qui fut un des « classiques » allemands) les deux termes sont synonymes dans ce passage. Du reste, nous allons le constater, nos drames ne possèdent pas de situations différentes de celles des tragédies, ni des « pièces », mais ils en enchevêtrent en général plusieurs, que déjà la tragédie diteimplexedéroulait successivement.

[2]J’ai remplacé le mot « tragique » de l’épigraphe par celui de « dramatique ». Les familiers de Gœthe savent que pour lui (qui fut un des « classiques » allemands) les deux termes sont synonymes dans ce passage. Du reste, nous allons le constater, nos drames ne possèdent pas de situations différentes de celles des tragédies, ni des « pièces », mais ils en enchevêtrent en général plusieurs, que déjà la tragédie diteimplexedéroulait successivement.

Outre Nerval pourtant, personne plus n’a touché, à la manière si vraiment technique qu’on devine chez Gozzi, aux secrets de l’invention, et j’aperçois seulement, dans un ordre d’idées, quoique analogue, bien éloigné : la célèbre théorie de M. Sarcey sur la scène à faire, théorie en général très mal comprise d’une époque que le didactisme, c’est-à-dire la réflexion artistique, épouvante ; — des notes intimes de M. Dumas qui furent publiées contre son gré, si mes souvenirs d’enfant sont fidèles, il y a quelques années par leTempset qui donnaient ce double schéma de Corneille et de Racine, pour le premier une héroïne disputée par deux héros, pour le second un héros disputé par deux héroïnes ; — et, en dernier lieu, des travaux, çà et là, de M. Valin sur la composition…

Et c’est tout, absolument tout.

… Enfin, — pour abréger, — je retrouvai les 36 situations, telles que dut les posséder Gozzi, et telles qu’on les retrouvera plus loin ; car ce fut bien, ainsi qu’il l’avait indiqué, 36 catégories que je dus créer afin d’y répartir convenablement les innombrables œuvres melpoméniennes. Ce nombre n’a rien cependant, je me hâte de le dire, de cabaliste ni de mystique ; on pourrait à la rigueur en choisir un légèrement plus ou moins élevé ; mais je considère celui-là comme le plus vraisemblable. Je m’abstiendrai d’exposer aucune des soixante et quelques théories que, pour ma distraction personnelle, j’ai esquissées dans le dessein d’aboutir par voie inverse, déductive, au précepte gozzien : ces exercices d’imagination sont parfois agréables, mais ils finissent le plus souvent par ruiner ce qu’ils prétendaient établir ; toute théorie s’écroulant à son tour, — tandis qu’une observation, un canon esthétique demeurent.

Or, à ce fait de déclarer qu’il n’y a pas plus de 36 situations dramatiques, va s’attacher un singulier corollaire, à savoir qu’il n’y a, de par la vie, que 36 émotions. Ainsi, 36 émotions au maximum, voilà la saveur de l’existence ; voilà ce qui va et vient sans relâche, ce qui remplit l’histoire comme des flots la mer et ce qui en est la substance, puisque c’est celle de l’humanité, dans les ténèbres des bois africains comme « Sous les Tilleuls » ou aux lueurs électriques du Boulevard, et l’était dès l’âge des corps à corps avec le lion des montagnes, et la sera, indubitablement, aux plus infinies distances du futur ; puisque, de ces 36 émotions, — pas une de plus, — nous colorons, non ! nous comprenons ce qui nous est étranger, jusqu’à la vie végétale et au mécanisme cosmique, — et que d’elles sont et seront à jamais construites nos théogonies et nos métaphysiques, tant de chers « au-delà ! »… 36 situations, 36 émotions, pas une de plus.

Il est donc compréhensible que ce soit devant la scène, où se mélangent infatigablement ces 36 émotions, qu’un peuple arrive à naître à la définitive conscience de lui-même ; aussi les Grecs commençaient-ils leurs villes par les bases d’un théâtre. Il est également naturel que, seules, les très grandes et complètes civilisations aient présenté une conception dramatique particulière et que, réciproquement, une de ces conceptions nouvelles doit être révélée à chaque évolution de la société[3]; d’où l’obscure et fidèle attente de notre siècle devant les cénotaphes d’un art qui, depuis longtemps et pour des raisons, paraît-il, commerciales, ne s’y trouve, à proprement dire, plus.

[3]M. Strindberg, dans leMagazinde janvier 1892, n’est pas, cependant, de cet avis, parce qu’il a constaté que les plus grands centres commerciaux et de culture philosophique, tels que Londres et les cités allemandes, ne possèdent pas de théâtre vraiment original. Mais à mon tour, persuadé qu’aucune de ces villes n’a en réalité l’activité intellectuelle du Londres shakespearien ou du Weimar de Gœthe, je dénie aux spéculations, tant commerciales que philosophiques, l’honneur d’être les signes absolus de la civilisation. Les républiques italiennes de la Renaissance eurent d’heureux rivaux de commerce dans les Ottomans ; le Paris duXIIesiècle en eut dans la hanse rhénane, Rome antique dans Carthage, Athènes dans Corinthe. Florence fut peu philosophique ; elle eût été plutôt théologique et fut surtout politicienne : elle eut son théâtre. De même pour le Paris ogival ; de même pour Rome ; de même pour Athènes. Car elle est bien absurde la tradition tenace qui fait d’Athènes la patrie de la philosophie : Ioniens et Éléates, cette « gauche » et cette « droite » éternelles de l’antagonisme des métaphysiciens, étaient des Asiatiques ; dans l’île orientale de Samos naquit Pythagore, et Cypriote était Zénon, — ces deux plus solides moralistes pratiques ; Aristote, né sur les confins de la Macédoine, s’explique uniquement comme le « lemme » historique d’Alexandre devant Hellas ; la Grande Grèce, c’est-à-dire l’Italie méridionale et molle, était fertile en philosophes. Mais, si dans Athènes nous avons une fois compté Platon, qui fut esclave et s’imbut d’orientalisme, Socrate qui n’a même pas le visage d’un Grec ni même d’un Méditerranéen, puis Antisthène et Épicure, qui rééditèrent simplement, l’un avec charlatanisme, l’autre avec érudition, les doctrines ioniennes, il ne nous reste plus un philosophe à mettre à la charge de la ville tragique, religieuse et démocratique qui, d’instinct, haïssait les philosophes et, comme on dit, les « persécuta ».

[3]M. Strindberg, dans leMagazinde janvier 1892, n’est pas, cependant, de cet avis, parce qu’il a constaté que les plus grands centres commerciaux et de culture philosophique, tels que Londres et les cités allemandes, ne possèdent pas de théâtre vraiment original. Mais à mon tour, persuadé qu’aucune de ces villes n’a en réalité l’activité intellectuelle du Londres shakespearien ou du Weimar de Gœthe, je dénie aux spéculations, tant commerciales que philosophiques, l’honneur d’être les signes absolus de la civilisation. Les républiques italiennes de la Renaissance eurent d’heureux rivaux de commerce dans les Ottomans ; le Paris duXIIesiècle en eut dans la hanse rhénane, Rome antique dans Carthage, Athènes dans Corinthe. Florence fut peu philosophique ; elle eût été plutôt théologique et fut surtout politicienne : elle eut son théâtre. De même pour le Paris ogival ; de même pour Rome ; de même pour Athènes. Car elle est bien absurde la tradition tenace qui fait d’Athènes la patrie de la philosophie : Ioniens et Éléates, cette « gauche » et cette « droite » éternelles de l’antagonisme des métaphysiciens, étaient des Asiatiques ; dans l’île orientale de Samos naquit Pythagore, et Cypriote était Zénon, — ces deux plus solides moralistes pratiques ; Aristote, né sur les confins de la Macédoine, s’explique uniquement comme le « lemme » historique d’Alexandre devant Hellas ; la Grande Grèce, c’est-à-dire l’Italie méridionale et molle, était fertile en philosophes. Mais, si dans Athènes nous avons une fois compté Platon, qui fut esclave et s’imbut d’orientalisme, Socrate qui n’a même pas le visage d’un Grec ni même d’un Méditerranéen, puis Antisthène et Épicure, qui rééditèrent simplement, l’un avec charlatanisme, l’autre avec érudition, les doctrines ioniennes, il ne nous reste plus un philosophe à mettre à la charge de la ville tragique, religieuse et démocratique qui, d’instinct, haïssait les philosophes et, comme on dit, les « persécuta ».

Il résulte enfin de là qu’après avoir concentré ces « points de vue » du théâtre comme dans un panorama, nous allons y voir circuler, en quelque sorte, l’essentiel cortège de notre race : dans leurs costumes caractéristiques et bigarrés, Bacheliers chinois pinçant de leurs mandores, Rois hindous sur leurs chars, Héros nus d’Hellas, Chevaliers légendaires, Aventuriers de cape et d’épée, Damis aux longues perruques blondes, Nymphes étincelantes de pierreries, Agnès aux paupières frangées, chastes Vierges athénaïennes, grandes Impudiques de l’adultère et de l’inceste, hiératiques Confidents et Confidentes, Compères s’esclaffant, Apothicaires, Gourous de la cause religieuse grotesques interprètes, Satyres sautillant sur leurs jambes de bouc, laids Esclaves, Diables rouges à cornes vertes, bégayants Tartaglias, Graciosos farcis d’anecdotes, Clowns shakespeariens, Bouffons hugolesques, Théoriciens à « queues-de-pie » se réchauffant au bord de la rampe, précédés de gongs les Magistrats, Ascètes bouddhiques immobiles, Péris, Sacrificateurs en robes blanches, Martyrs dont l’auréole brille, Alcades, Ulysses trop habiles, Jeunes hommes purs, Fous sanglants, épouvantables Rakchasas, Messagers dispersant aux vents du ciel les calamités, Chœurs pleins de nostalgie, Prologues symboliques, oui, la voilà rassemblée, notre humanité, et s’agitant à son plus ardent période de fièvre, — mais toujours présentant quelqu’une des faces du prisme que posséda Gozzi.

Ces 36 faces, que j’ai entrepris de reconstituer, doivent être, par conséquent, fort évidentes et n’avoir rien d’utopique. De quoi nous ne serons persuadés qu’après les avoir vues se répéter, avec une aussi invariable netteté, dans toutes les époques et dans tous les genres. Le lecteur ne trouvera, il est vrai, dans mon exposé très sommaire, qu’un millier[4]d’exemples cités, desquels environ 800 empruntés à la scène ; mais j’ai compris dans ce nombre les œuvres les plus dissemblables et les plus célèbres, celles dont les autres ne sont guère que de plus ou moins habiles ou voulues mosaïques. C’est ainsi qu’il y verra les principaux drames de la Chine, des Indes, de Judée ; puis, — cela va de soi, — le théâtre grec. Seulement, au lieu de nous en tenir aux 32 tragédies classiques, nous mettrons à profit ces travaux de l’hellénisme, malheureusement enfouis dans leur latin pour l’indolence du public d’aujourd’hui, et qui permettent de reconstituer, dans leurs grandes lignes, des centaines de chefs-d’œuvre, quelques-uns plus étonnants que ceux que nous admirons, et tous offrant, dans l’ombre où on les relégua, l’intégrale fraîcheur du beau non dévoilé. Ensuite, laissant de côté, pour l’instant, une indication détaillée des mystères persans et médiévistes, lesquels d’ailleurs dépendent à peu près sans exception de deux ou trois situations, et qui attendent une étude très particulière, nous parcourrons les auteurs espagnols, nos classiques français, les Italiens et le renouvellement romantique depuis le Cycle shakespearien, par l’Allemagne, jusque chez nous et dans le reste de la littérature moderne. Et nous aurons éprouvé d’une façon, il me semble, définitive cette théorie des 36 situations, quand nous l’aurons, après cela, mise en contact avec la production théâtrale d’une période récente de dix années (soit : 1881-90). — Deux cents exemples environ seront ensuite pris dans les genres littéraires voisins du dramatique : roman, épopée, histoire, et dans la réalité.

[4]Ce qui fait cinq à six mille personnages à faire évoluer sous ses yeux, travail de tactique déjà terrible dans un espace aussi restreint.

[4]Ce qui fait cinq à six mille personnages à faire évoluer sous ses yeux, travail de tactique déjà terrible dans un espace aussi restreint.

Car cette exploration peut et doit être poursuivie, pour donner des résultats, sur nature : je veux dire par là en politique, aux tribunaux, dans la vie quotidienne. Je ne puis aujourd’hui qu’indiquer au chercheur, s’il veut descendre jusqu’aux moindres nuances, les patientes nomenclatures qui en sont dressées par les ouvrages de casuistique brahmaniques et chrétiens ; veut-il au contraire s’élever, en méditant les résultats presque immuables, aux principes mêmes, il les retrouvera, un peu épars, mais lucidement dégagés, dans le code, ce livre de chevet pour l’écrivain scénique… Au milieu de ces investigations, la présente étude lui paraîtra bientôt une sorte d’introduction à un intarissable, un merveilleux cours où conflueraient momentanément, dans leur primordiale unité, histoire, poésie gnomique, écrits moralistes (et a-moralistes), humorisme, psychologie, droit, épopée, roman, conte, fable, mythe, prophétie, proverbe… et qui s’appellerait quelque chose comme le Cours de l’Existence…

Il nous est du moins loisible d’observer dès ici, du haut de notre théorie, mainte question, pour nous capitale :

Quelles sont les situations dramatiques négligées par notre époque, si fidèle en revanche à ressasser les mêmes, peu nombreuses ? Quelles sont au contraire les plus usitées ? Quelles les plus négligées et quelles les plus usitées de chaque époque, genre, école, écrivain ? Les raisons de ces préférences ?… Interrogations identiques devant les classes et sous-classes des situations.

D’un tel examen (il n’y faut que patience), d’abord va ressortir la liste des combinaisons (situations et classes ou sous-classes d’icelles) actuellement en friche, et qui restent encore à exploiter par conséquent pour l’art contemporain ; et, deuxièmement, comment cette adaptation peut se faire : à savoir par l’application des mêmes moyens qui ont servi naguère pour rajeunir les premières données. Chemin faisant, il nous arrivera encore de relever, à l’intérieur de telle ou telle de ces 36 catégories, un casunique, — sans parenté immédiate, produit de quelque inspiration vigoureuse, et dont aucune des 35 sœurs ne contient l’analogue. Mais, en déterminant alors avec soin le degré exact qui convient à ce cas parmi les sous-classes de la Situation à laquelle il appartient[5], nous pourrons constituer ensuite, dans chacune des 35 autres, une sous-classe symétrique à celle-là : ainsi seront créées 35 intrigues générales absolument vierges. Celles-ci donneront, pour peu qu’on se plaise à les traiter d’après le goût des innombrables écoles passées et présentes, — 35 séries de « pastiches originaux » ; et, en outre, 35 scénarios nouveaux, d’une figure, certes, autrement imprévue que la plupart de nos drames, inspirés soit de livres, soit d’une réalité qui, vue à la clarté d’anciennes lectures, révélait à la vue leurs seuls reflets, tant que, parmi son obscur labyrinthe, nous n’avions pas, pour nous guider, le précieux fil avec Gozzi disparu.

[5]J’indique à la fin de ce travail comment on doit s’y prendre pour subdiviser n’importe laquelle des 36 situations.

[5]J’indique à la fin de ce travail comment on doit s’y prendre pour subdiviser n’importe laquelle des 36 situations.

Puisque nous l’avons, déroulons-le.


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