(Le Coupable — la Victime (oula faute) — l’Interrogateur)
A 1 —Remords d’un crime inconnu: —Manfredet les autres conceptions de Byron, le dernier des dramaturges anglais ; il fut aussi le dernier adversaire duCant, qui après avoir tué l’art en Espagne sous le nom d’inquisition, en Angleterre une première fois sous le nom de puritanisme et en Allemagne sous le nom de piétisme, se présente aujourd’hui chez nous sous les traits de… Monsieur Bérenger.
2 —Remords d’un parricide: —Les Euménidesd’Eschyle, lesOrestesd’Euripide, de Voltaire et d’Alfieri.
3 —Remords d’un assassinat: —Crime et Châtiment(Dostoïewsky, 1888),le Cœur révélateur(d’après Poe, par M. Laumann, 1889).
4 —Remords du meurtre d’un époux: —Thérèse Raquinde Zola,Pierrot assassin de sa femme(M. Paul Margueritte, 1888).
B 1 —Remords d’une faute d’amour: —Madeleine(Zola, 1889).
2 —Remords d’un adultère: —Le Comte Witold(M. Rzewuski, 1889).
A B 1, nous pouvons rattacher tout un côté des œuvres classées en A 1 de laXXVIIe.
Est-il besoin que je fasse remarquer le petit nombre, mais la terrible beauté des œuvres ci-dessus ? Est-il nécessaire d’indiquer les variétés infinies du remords, selon : 1ola faute commise (pour ce, énumérer tous les délits et crimes selon le code, — plus ceux-là qui ne tombent pas sous le coup d’une loi ; la faute, d’ailleurs, sera, à volonté, réelle, imaginaire, non voulue mais accomplie, voulue mais non accomplie, — ce qui réserve le « dénouement heureux », — voulue et accomplie, préméditée ou non, avec ou sans complicité, impulsions étrangères, raffinement, que sais-je !) ; 2ola nature plus ou moins impressionnable et nerveuse du coupable ; 3ole milieu, les circonstances, les mœurs qui préparent l’apparition du remords (forme plastique, solide et religieuse chez les Grecs ; fantasmagories énervantes de notre moyen-âge ; craintes pieuses pour l’autre vie, dans les siècles récents ; déséquilibre logique des instincts sociaux et par suite de la pensée, selon les indications de Zola, etc.).
Au Remords tient l’Idée fixe ; par sa tentation permanente, elle rappelle d’autre part la Folie ou la Passion criminelle, et n’est, très souvent, que leremords d’un désir, remords d’autant plus vivace que le désir renaît sans cesse et l’alimente, s’y mêle et, grandissant comme une sorte de cancer moral, pompe la vitalité entière d’une âme, peu à peu, jusqu’au suicide, lequel n’est, presque toujours, que le plus désespéré des duels.René,Werther, le maniaque duCœur révélateuret deBérénice(celle d’Edgar Poe, j’entends) et surtout leRosmersholmd’Ibsen, en sont des portraits significatifs.