The Project Gutenberg eBook ofLes vaines tendresses

The Project Gutenberg eBook ofLes vaines tendressesThis ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.Title: Les vaines tendressesAuthor: Sully PrudhommeRelease date: March 4, 2006 [eBook #17916]Language: FrenchCredits: Produced by Renald Levesque and the Online DistributedProofreading Team at http://dp.rastko.net. This file wasproduced from images generously made available by theBibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES VAINES TENDRESSES ***

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Title: Les vaines tendressesAuthor: Sully PrudhommeRelease date: March 4, 2006 [eBook #17916]Language: FrenchCredits: Produced by Renald Levesque and the Online DistributedProofreading Team at http://dp.rastko.net. This file wasproduced from images generously made available by theBibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)

Title: Les vaines tendresses

Author: Sully Prudhomme

Author: Sully Prudhomme

Release date: March 4, 2006 [eBook #17916]

Language: French

Credits: Produced by Renald Levesque and the Online DistributedProofreading Team at http://dp.rastko.net. This file wasproduced from images generously made available by theBibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)

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PARISALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR31, Passage Choiseul, 31M DCCC LXXV

Ces vers, je les dédie aux amis inconnus,A vous, les étrangers en qui je sens des proches,Rivaux de ceux que j'aime et qui m'aiment le plus,Frères envers qui seuls mon coeur est sans reprochesEt dont les coeurs au mien sont librement venus.Comme on voit les ramiers sevrés de leurs volièresRapporter sans faillir, par les cieux infinis,Un cher message aux mains qui leur sont familières,Nos poëmes parfois nous reviennent bénis,Chauds d'un accueil lointain d'âmes hospitalières.Et quel triomphe alors! quelle félicitéOrgueilleuse, mais tendre et pure nous inonde,Quand répond à nos voix leur écho suscitéPar delà le vulgaire en l'invisible mondeOù les fiers et les doux se sont fait leur cité!Et nous la méritons, cette ivresse suprême,Car si l'humanité tolère encor nos chants,C'est que notre élégie est son propre poëme,Et que seuls nous savons, sur des rhythmes touchants,En lui parlant de nous lui parler d'elle-même.Parfois un vers, complice intime, vient rouvrirQuelque plaie où le feu désire qu'on l'attise;Parfois un mot, le nom de ce qui fait souffrir,Tombe comme une larme à la place préciseOù le coeur méconnu l'attendait pour guérir;Peut-être un de mes vers est-il venu vous rendreDans un éclair brûlant vos chagrins tout entiers,Ou, par le seul vrai mot qui se faisait attendre,Vous ai-je dit le nom de ce que vous sentiez,Sans vous nommer les yeux où j'avais dû l'apprendre.Vous qui n'aurez cherché dans mon propre tourmentQue la sainte beauté de la douleur humaine,Qui, pour la profondeur de mes soupirs m'aimant,Sans avoir à descendre où j'ai conçu ma peine,Les aurez entendus dans le ciel seulement;Vous qui m'aurez donné le pardon sans le blâme,N'ayant connu mes torts que par mon repentir,Mes terrestres amours que par leur pure flamme,Pour qui je me fais juste et noble sans mentir,Dans un rêve où la vie est plus conforme à l'âme!Chers passants, ne prenez de moi-même qu'un peu,Le peu qui vous a plu parce qu'il vous ressemble;Mais de nous rencontrer ne formons point le voeu:Le vrai de l'amitié, c'est de sentir ensemble,Le reste en est fragile, épargnons-nous l'adieu.

Ces vers, je les dédie aux amis inconnus,A vous, les étrangers en qui je sens des proches,Rivaux de ceux que j'aime et qui m'aiment le plus,Frères envers qui seuls mon coeur est sans reprochesEt dont les coeurs au mien sont librement venus.

Ces vers, je les dédie aux amis inconnus,

A vous, les étrangers en qui je sens des proches,

Rivaux de ceux que j'aime et qui m'aiment le plus,

Frères envers qui seuls mon coeur est sans reproches

Et dont les coeurs au mien sont librement venus.

Comme on voit les ramiers sevrés de leurs volièresRapporter sans faillir, par les cieux infinis,Un cher message aux mains qui leur sont familières,Nos poëmes parfois nous reviennent bénis,Chauds d'un accueil lointain d'âmes hospitalières.

Comme on voit les ramiers sevrés de leurs volières

Rapporter sans faillir, par les cieux infinis,

Un cher message aux mains qui leur sont familières,

Nos poëmes parfois nous reviennent bénis,

Chauds d'un accueil lointain d'âmes hospitalières.

Et quel triomphe alors! quelle félicitéOrgueilleuse, mais tendre et pure nous inonde,Quand répond à nos voix leur écho suscitéPar delà le vulgaire en l'invisible mondeOù les fiers et les doux se sont fait leur cité!

Et quel triomphe alors! quelle félicité

Orgueilleuse, mais tendre et pure nous inonde,

Quand répond à nos voix leur écho suscité

Par delà le vulgaire en l'invisible monde

Où les fiers et les doux se sont fait leur cité!

Et nous la méritons, cette ivresse suprême,Car si l'humanité tolère encor nos chants,C'est que notre élégie est son propre poëme,Et que seuls nous savons, sur des rhythmes touchants,En lui parlant de nous lui parler d'elle-même.

Et nous la méritons, cette ivresse suprême,

Car si l'humanité tolère encor nos chants,

C'est que notre élégie est son propre poëme,

Et que seuls nous savons, sur des rhythmes touchants,

En lui parlant de nous lui parler d'elle-même.

Parfois un vers, complice intime, vient rouvrirQuelque plaie où le feu désire qu'on l'attise;Parfois un mot, le nom de ce qui fait souffrir,Tombe comme une larme à la place préciseOù le coeur méconnu l'attendait pour guérir;

Parfois un vers, complice intime, vient rouvrir

Quelque plaie où le feu désire qu'on l'attise;

Parfois un mot, le nom de ce qui fait souffrir,

Tombe comme une larme à la place précise

Où le coeur méconnu l'attendait pour guérir;

Peut-être un de mes vers est-il venu vous rendreDans un éclair brûlant vos chagrins tout entiers,Ou, par le seul vrai mot qui se faisait attendre,Vous ai-je dit le nom de ce que vous sentiez,Sans vous nommer les yeux où j'avais dû l'apprendre.

Peut-être un de mes vers est-il venu vous rendre

Dans un éclair brûlant vos chagrins tout entiers,

Ou, par le seul vrai mot qui se faisait attendre,

Vous ai-je dit le nom de ce que vous sentiez,

Sans vous nommer les yeux où j'avais dû l'apprendre.

Vous qui n'aurez cherché dans mon propre tourmentQue la sainte beauté de la douleur humaine,Qui, pour la profondeur de mes soupirs m'aimant,Sans avoir à descendre où j'ai conçu ma peine,Les aurez entendus dans le ciel seulement;

Vous qui n'aurez cherché dans mon propre tourment

Que la sainte beauté de la douleur humaine,

Qui, pour la profondeur de mes soupirs m'aimant,

Sans avoir à descendre où j'ai conçu ma peine,

Les aurez entendus dans le ciel seulement;

Vous qui m'aurez donné le pardon sans le blâme,N'ayant connu mes torts que par mon repentir,Mes terrestres amours que par leur pure flamme,Pour qui je me fais juste et noble sans mentir,Dans un rêve où la vie est plus conforme à l'âme!

Vous qui m'aurez donné le pardon sans le blâme,

N'ayant connu mes torts que par mon repentir,

Mes terrestres amours que par leur pure flamme,

Pour qui je me fais juste et noble sans mentir,

Dans un rêve où la vie est plus conforme à l'âme!

Chers passants, ne prenez de moi-même qu'un peu,Le peu qui vous a plu parce qu'il vous ressemble;Mais de nous rencontrer ne formons point le voeu:Le vrai de l'amitié, c'est de sentir ensemble,Le reste en est fragile, épargnons-nous l'adieu.

Chers passants, ne prenez de moi-même qu'un peu,

Le peu qui vous a plu parce qu'il vous ressemble;

Mais de nous rencontrer ne formons point le voeu:

Le vrai de l'amitié, c'est de sentir ensemble,

Le reste en est fragile, épargnons-nous l'adieu.

Ah! si vous saviez comme on pleureDe vivre seul et sans foyers,Quelquefois devant ma demeureVous passeriez.Si vous saviez ce que fait naîtreDans l'âme triste un pur regard,Vous regarderiez ma fenêtreComme au hasard.Si vous saviez quel baume apporteAu coeur la présence d'un coeur,Vous vous assoiriez sous ma porteComme une soeur.Si vous saviez que je vous aime,Surtout si vous saviez comment,Vous entreriez peut-être mêmeTout simplement.

Ah! si vous saviez comme on pleureDe vivre seul et sans foyers,Quelquefois devant ma demeureVous passeriez.

Ah! si vous saviez comme on pleure

De vivre seul et sans foyers,

Quelquefois devant ma demeure

Vous passeriez.

Si vous saviez ce que fait naîtreDans l'âme triste un pur regard,Vous regarderiez ma fenêtreComme au hasard.

Si vous saviez ce que fait naître

Dans l'âme triste un pur regard,

Vous regarderiez ma fenêtre

Comme au hasard.

Si vous saviez quel baume apporteAu coeur la présence d'un coeur,Vous vous assoiriez sous ma porteComme une soeur.

Si vous saviez quel baume apporte

Au coeur la présence d'un coeur,

Vous vous assoiriez sous ma porte

Comme une soeur.

Si vous saviez que je vous aime,Surtout si vous saviez comment,Vous entreriez peut-être mêmeTout simplement.

Si vous saviez que je vous aime,

Surtout si vous saviez comment,

Vous entreriez peut-être même

Tout simplement.

Jeune fille, crois-moi, s'il en est temps encore,Choisis un fiancé joyeux, à l'oeil vivant,Au pas ferme, à la voix sonore,Qui n'aille pas rêvant.Sois généreuse, épargne aux coeurs de se méprendre.Au tien même, imprudente, épargne des regrets,N'en captive pas un trop tendre,Tu t'en repentirais.La nature t'a faite indocile et rieuse,Crains une âme où la tienne apprendrait le souci,La tendresse est trop sérieuse,Trop exigeante aussi.Un compagnon rêveur attristerait ta vie,Tu sentirais toujours son ombre à ton côtéMaudire la rumeur d'envieOù marche ta beauté.Si, mauvais oiseleur, de ses caresses frêlesIl abaissait sur toi le délicat réseau,Comme d'un seul petit coup d'ailesS'affranchirait l'oiseau!Et tu ne peux savoir tout le bonheur que broieD'un caprice enfantin le vol brusque et distraitQuand il arrache au coeur la proieQue la lèvre effleurait;Quand l'extase, pareille à ces bulles ténuesQu'un souffle patient et peureux allégea,S'évanouit si près des nuesQui s'y miraient déjà.Sois généreuse, épargne à des songeurs crédulesTa grâce, et de tes yeux les appels décevants:Ils chercheraient des crépusculesDans ces soleils levants;Il leur faut une amie à s'attendrir facile,Souple à leurs vains soupirs comme aux vents le roseau,Dont le coeur leur soit un asileEt les bras un berceau,Douce, infiniment douce, indulgente aux chimères,Inépuisable en soins calmants ou réchauffants,Soins muets comme en ont les mères,Car ce sont des enfants.Il leur faut pour témoin, dans les heures d'étude,Une âme qu'autour d'eux ils sentent se poser,Il leur faut une solitudeOù voltige un baiser.Jeune fille, crois-m'en, cherche qui te ressemble,Ils sont graves ceux-là, ne choisis aucun d'eux,Vous seriez malheureux ensembleBien qu'innocents tous deux.

Jeune fille, crois-moi, s'il en est temps encore,Choisis un fiancé joyeux, à l'oeil vivant,Au pas ferme, à la voix sonore,Qui n'aille pas rêvant.

Jeune fille, crois-moi, s'il en est temps encore,

Choisis un fiancé joyeux, à l'oeil vivant,

Au pas ferme, à la voix sonore,

Qui n'aille pas rêvant.

Sois généreuse, épargne aux coeurs de se méprendre.Au tien même, imprudente, épargne des regrets,N'en captive pas un trop tendre,Tu t'en repentirais.

Sois généreuse, épargne aux coeurs de se méprendre.

Au tien même, imprudente, épargne des regrets,

N'en captive pas un trop tendre,

Tu t'en repentirais.

La nature t'a faite indocile et rieuse,Crains une âme où la tienne apprendrait le souci,La tendresse est trop sérieuse,Trop exigeante aussi.

La nature t'a faite indocile et rieuse,

Crains une âme où la tienne apprendrait le souci,

La tendresse est trop sérieuse,

Trop exigeante aussi.

Un compagnon rêveur attristerait ta vie,Tu sentirais toujours son ombre à ton côtéMaudire la rumeur d'envieOù marche ta beauté.

Un compagnon rêveur attristerait ta vie,

Tu sentirais toujours son ombre à ton côté

Maudire la rumeur d'envie

Où marche ta beauté.

Si, mauvais oiseleur, de ses caresses frêlesIl abaissait sur toi le délicat réseau,Comme d'un seul petit coup d'ailesS'affranchirait l'oiseau!

Si, mauvais oiseleur, de ses caresses frêles

Il abaissait sur toi le délicat réseau,

Comme d'un seul petit coup d'ailes

S'affranchirait l'oiseau!

Et tu ne peux savoir tout le bonheur que broieD'un caprice enfantin le vol brusque et distraitQuand il arrache au coeur la proieQue la lèvre effleurait;

Et tu ne peux savoir tout le bonheur que broie

D'un caprice enfantin le vol brusque et distrait

Quand il arrache au coeur la proie

Que la lèvre effleurait;

Quand l'extase, pareille à ces bulles ténuesQu'un souffle patient et peureux allégea,S'évanouit si près des nuesQui s'y miraient déjà.

Quand l'extase, pareille à ces bulles ténues

Qu'un souffle patient et peureux allégea,

S'évanouit si près des nues

Qui s'y miraient déjà.

Sois généreuse, épargne à des songeurs crédulesTa grâce, et de tes yeux les appels décevants:Ils chercheraient des crépusculesDans ces soleils levants;

Sois généreuse, épargne à des songeurs crédules

Ta grâce, et de tes yeux les appels décevants:

Ils chercheraient des crépuscules

Dans ces soleils levants;

Il leur faut une amie à s'attendrir facile,Souple à leurs vains soupirs comme aux vents le roseau,Dont le coeur leur soit un asileEt les bras un berceau,

Il leur faut une amie à s'attendrir facile,

Souple à leurs vains soupirs comme aux vents le roseau,

Dont le coeur leur soit un asile

Et les bras un berceau,

Douce, infiniment douce, indulgente aux chimères,Inépuisable en soins calmants ou réchauffants,Soins muets comme en ont les mères,Car ce sont des enfants.

Douce, infiniment douce, indulgente aux chimères,

Inépuisable en soins calmants ou réchauffants,

Soins muets comme en ont les mères,

Car ce sont des enfants.

Il leur faut pour témoin, dans les heures d'étude,Une âme qu'autour d'eux ils sentent se poser,Il leur faut une solitudeOù voltige un baiser.

Il leur faut pour témoin, dans les heures d'étude,

Une âme qu'autour d'eux ils sentent se poser,

Il leur faut une solitude

Où voltige un baiser.

Jeune fille, crois-m'en, cherche qui te ressemble,Ils sont graves ceux-là, ne choisis aucun d'eux,Vous seriez malheureux ensembleBien qu'innocents tous deux.

Jeune fille, crois-m'en, cherche qui te ressemble,

Ils sont graves ceux-là, ne choisis aucun d'eux,

Vous seriez malheureux ensemble

Bien qu'innocents tous deux.

S'asseoir tous deux au bord d'un flot qui passe,Le voir passer;Tous deux, s'il glisse un nuage en l'espace,Le voir glisser;À l'horizon, s'il fume un toit de chaume,Le voir fumer;Aux alentours si quelque fleur embaume,S'en embaumer;Si quelque fruit, où les abeilles goûtent,Tente, y goûter;Si quelque oiseau, dans les bois qui l'écoutent,Chante, écouter...Entendre au pied du saule où l'eau murmureL'eau murmurer;Ne pas sentir, tant que ce rêve dure,Le temps durer;Mais n'apportant de passion profondeQu'à s'adorer,Sans nul souci des querelles du monde,Les ignorer;Et seuls, heureux devant tout ce qui lasse,Sans se lasser,Sentir l'amour, devant tout ce qui passe,Ne point passer!

S'asseoir tous deux au bord d'un flot qui passe,Le voir passer;Tous deux, s'il glisse un nuage en l'espace,Le voir glisser;À l'horizon, s'il fume un toit de chaume,Le voir fumer;Aux alentours si quelque fleur embaume,S'en embaumer;Si quelque fruit, où les abeilles goûtent,Tente, y goûter;Si quelque oiseau, dans les bois qui l'écoutent,Chante, écouter...Entendre au pied du saule où l'eau murmureL'eau murmurer;Ne pas sentir, tant que ce rêve dure,Le temps durer;Mais n'apportant de passion profondeQu'à s'adorer,Sans nul souci des querelles du monde,Les ignorer;Et seuls, heureux devant tout ce qui lasse,Sans se lasser,Sentir l'amour, devant tout ce qui passe,Ne point passer!

S'asseoir tous deux au bord d'un flot qui passe,

Le voir passer;

Tous deux, s'il glisse un nuage en l'espace,

Le voir glisser;

À l'horizon, s'il fume un toit de chaume,

Le voir fumer;

Aux alentours si quelque fleur embaume,

S'en embaumer;

Si quelque fruit, où les abeilles goûtent,

Tente, y goûter;

Si quelque oiseau, dans les bois qui l'écoutent,

Chante, écouter...

Entendre au pied du saule où l'eau murmure

L'eau murmurer;

Ne pas sentir, tant que ce rêve dure,

Le temps durer;

Mais n'apportant de passion profonde

Qu'à s'adorer,

Sans nul souci des querelles du monde,

Les ignorer;

Et seuls, heureux devant tout ce qui lasse,

Sans se lasser,

Sentir l'amour, devant tout ce qui passe,

Ne point passer!

Je partais pour un long voyage.En wagon, tapi dans mon coin,J'écoutais fuir l'aigu sillageDu sifflet dans la nuit au loin;Je goûtais la vague indolence,L'état obscur et somnolent,Où fait tomber sans qu'on y penseLe train qui bourdonne en roulant;Et je ne m'apercevais guère,Indifférent de bonne foi,Qu'une jeune fille et sa mèreFaisaient route à côté de moi.Elles se parlaient à voix basse:C'était comme un bruit de frisson,Le bruit qu'on entend quand on passePrès d'un nid le long d'un buisson;Et bientôt elles se blottirent,Leurs fronts l'un vers l'autre penchés,Comme deux gouttes d'eau s'attirentDès que les bords se sont touchés;Puis, joue à joue, avec tendresseElles se firent toutes deuxUn oreiller de leur caresse,Sous la lampe aux rayons laiteux.L'enfant sur le bras de ma stalleAvait laissé poser sa main,Qui reflétait comme une opaleLa moiteur d'un jour incertain;Une main de seize ans à peine:La manchette l'ombrait un peu;L'azur d'une petite veineLa nuançait comme un fil bleu;Elle pendait molle et dormante,Et je ne sais si mon regardPressentit qu'elle était charmanteOu la rencontra par hasard,Mais je m'étais tourné vers elle,Sollicité sans le savoir:On dirait que la grâce appelleAvant même qu'on l'ait pu voir.«Heureux, me dis-je, le touristeQue cette main-là guiderait!»Et ce songe me rendait triste:Un voeu n'éclôt que d'un regret.Cependant glissaient les campagnesSous les fougueux rouleaux de fer,Et le profil noir des montagnesOndulait ainsi qu'une mer.Force étrange de la rencontre!Le coeur le moins prime-sautierD'un lambeau d'azur qui se montreImprovise un ciel tout entier:Une enfant dort, une étrangère,Dont la main paraît à demi,Et ce peu d'elle me suggèreUn voeu de bonheur infini!Je la rêve, inconnue encore,Sur ce peu de réalité,Belle de tout ce que j'ignoreEt du possible illimité...Je rêve qu'une main si blanche,D'un si confiant abandon,Ne peut être que sûre et francheEt se donnerait tout de bon.Bienheureux l'homme qu'au passageCette main fine enchaînerait!Calme à jamais, à jamais sage...—Vitry! cinq minutes d'arrêt!A ces mots criés sur la voieLe couple d'anges s'éveilla,Battit des ailes avec joie,Et disparut. Je restai là:Cette enfant qu'un autre eût suivie,Je me la laissais enlever.Un voyage! telle est la viePour ceux qui n'osent que rêver.

Je partais pour un long voyage.En wagon, tapi dans mon coin,J'écoutais fuir l'aigu sillageDu sifflet dans la nuit au loin;

Je partais pour un long voyage.

En wagon, tapi dans mon coin,

J'écoutais fuir l'aigu sillage

Du sifflet dans la nuit au loin;

Je goûtais la vague indolence,L'état obscur et somnolent,Où fait tomber sans qu'on y penseLe train qui bourdonne en roulant;

Je goûtais la vague indolence,

L'état obscur et somnolent,

Où fait tomber sans qu'on y pense

Le train qui bourdonne en roulant;

Et je ne m'apercevais guère,Indifférent de bonne foi,Qu'une jeune fille et sa mèreFaisaient route à côté de moi.

Et je ne m'apercevais guère,

Indifférent de bonne foi,

Qu'une jeune fille et sa mère

Faisaient route à côté de moi.

Elles se parlaient à voix basse:C'était comme un bruit de frisson,Le bruit qu'on entend quand on passePrès d'un nid le long d'un buisson;

Elles se parlaient à voix basse:

C'était comme un bruit de frisson,

Le bruit qu'on entend quand on passe

Près d'un nid le long d'un buisson;

Et bientôt elles se blottirent,Leurs fronts l'un vers l'autre penchés,Comme deux gouttes d'eau s'attirentDès que les bords se sont touchés;

Et bientôt elles se blottirent,

Leurs fronts l'un vers l'autre penchés,

Comme deux gouttes d'eau s'attirent

Dès que les bords se sont touchés;

Puis, joue à joue, avec tendresseElles se firent toutes deuxUn oreiller de leur caresse,Sous la lampe aux rayons laiteux.

Puis, joue à joue, avec tendresse

Elles se firent toutes deux

Un oreiller de leur caresse,

Sous la lampe aux rayons laiteux.

L'enfant sur le bras de ma stalleAvait laissé poser sa main,Qui reflétait comme une opaleLa moiteur d'un jour incertain;

L'enfant sur le bras de ma stalle

Avait laissé poser sa main,

Qui reflétait comme une opale

La moiteur d'un jour incertain;

Une main de seize ans à peine:La manchette l'ombrait un peu;L'azur d'une petite veineLa nuançait comme un fil bleu;

Une main de seize ans à peine:

La manchette l'ombrait un peu;

L'azur d'une petite veine

La nuançait comme un fil bleu;

Elle pendait molle et dormante,Et je ne sais si mon regardPressentit qu'elle était charmanteOu la rencontra par hasard,

Elle pendait molle et dormante,

Et je ne sais si mon regard

Pressentit qu'elle était charmante

Ou la rencontra par hasard,

Mais je m'étais tourné vers elle,Sollicité sans le savoir:On dirait que la grâce appelleAvant même qu'on l'ait pu voir.

Mais je m'étais tourné vers elle,

Sollicité sans le savoir:

On dirait que la grâce appelle

Avant même qu'on l'ait pu voir.

«Heureux, me dis-je, le touristeQue cette main-là guiderait!»Et ce songe me rendait triste:Un voeu n'éclôt que d'un regret.

«Heureux, me dis-je, le touriste

Que cette main-là guiderait!»

Et ce songe me rendait triste:

Un voeu n'éclôt que d'un regret.

Cependant glissaient les campagnesSous les fougueux rouleaux de fer,Et le profil noir des montagnesOndulait ainsi qu'une mer.

Cependant glissaient les campagnes

Sous les fougueux rouleaux de fer,

Et le profil noir des montagnes

Ondulait ainsi qu'une mer.

Force étrange de la rencontre!Le coeur le moins prime-sautierD'un lambeau d'azur qui se montreImprovise un ciel tout entier:

Force étrange de la rencontre!

Le coeur le moins prime-sautier

D'un lambeau d'azur qui se montre

Improvise un ciel tout entier:

Une enfant dort, une étrangère,Dont la main paraît à demi,Et ce peu d'elle me suggèreUn voeu de bonheur infini!

Une enfant dort, une étrangère,

Dont la main paraît à demi,

Et ce peu d'elle me suggère

Un voeu de bonheur infini!

Je la rêve, inconnue encore,Sur ce peu de réalité,Belle de tout ce que j'ignoreEt du possible illimité...

Je la rêve, inconnue encore,

Sur ce peu de réalité,

Belle de tout ce que j'ignore

Et du possible illimité...

Je rêve qu'une main si blanche,D'un si confiant abandon,Ne peut être que sûre et francheEt se donnerait tout de bon.

Je rêve qu'une main si blanche,

D'un si confiant abandon,

Ne peut être que sûre et franche

Et se donnerait tout de bon.

Bienheureux l'homme qu'au passageCette main fine enchaînerait!Calme à jamais, à jamais sage...—Vitry! cinq minutes d'arrêt!

Bienheureux l'homme qu'au passage

Cette main fine enchaînerait!

Calme à jamais, à jamais sage...

—Vitry! cinq minutes d'arrêt!

A ces mots criés sur la voieLe couple d'anges s'éveilla,Battit des ailes avec joie,Et disparut. Je restai là:

A ces mots criés sur la voie

Le couple d'anges s'éveilla,

Battit des ailes avec joie,

Et disparut. Je restai là:

Cette enfant qu'un autre eût suivie,Je me la laissais enlever.Un voyage! telle est la viePour ceux qui n'osent que rêver.

Cette enfant qu'un autre eût suivie,

Je me la laissais enlever.

Un voyage! telle est la vie

Pour ceux qui n'osent que rêver.

En ces temps où le coeur éclôt pour s'avilir,Où des races le sang fatigué dégénère,Tu nous épargneras, Suzanne, enfant prospère,De voir en toi la fleur du genre humain pâlir.Deux artistes puissants sont jaloux d'embellirEn toi l'âme immortelle et l'argile éphémère:Le dieu de la nature et celui de ta mère;L'un travaille à t'orner, et l'autre à t'ennoblir.L'enfant de Bethléem façonne à sa caresseTa grâce, où cependant des enfants de la GrèceSourit encore aux yeux le modèle invaincu.Et par cette alliance ingénument profonde,Dans une même femme auront un jour vécuL'un et l'autre Idéal qui divisent le monde.

En ces temps où le coeur éclôt pour s'avilir,Où des races le sang fatigué dégénère,Tu nous épargneras, Suzanne, enfant prospère,De voir en toi la fleur du genre humain pâlir.

En ces temps où le coeur éclôt pour s'avilir,

Où des races le sang fatigué dégénère,

Tu nous épargneras, Suzanne, enfant prospère,

De voir en toi la fleur du genre humain pâlir.

Deux artistes puissants sont jaloux d'embellirEn toi l'âme immortelle et l'argile éphémère:Le dieu de la nature et celui de ta mère;L'un travaille à t'orner, et l'autre à t'ennoblir.

Deux artistes puissants sont jaloux d'embellir

En toi l'âme immortelle et l'argile éphémère:

Le dieu de la nature et celui de ta mère;

L'un travaille à t'orner, et l'autre à t'ennoblir.

L'enfant de Bethléem façonne à sa caresseTa grâce, où cependant des enfants de la GrèceSourit encore aux yeux le modèle invaincu.

L'enfant de Bethléem façonne à sa caresse

Ta grâce, où cependant des enfants de la Grèce

Sourit encore aux yeux le modèle invaincu.

Et par cette alliance ingénument profonde,Dans une même femme auront un jour vécuL'un et l'autre Idéal qui divisent le monde.

Et par cette alliance ingénument profonde,

Dans une même femme auront un jour vécu

L'un et l'autre Idéal qui divisent le monde.

Madame, vous étiez petite,J'avais douze ans;Vous oubliez vos courtisansBien vite!Je ne voyais que vous au jeuParmi les autres;Mes doigts frôlaient parfois les vôtresUn peu...Comme à la première visiteFaite au rosier,Le papillon sans appuyerPalpite,Et de feuille en feuille, hésitant,S'approche, et n'oseMonter droit au miel que la roseLui tend,Tremblant de ses premières fièvresMon coeur n'osaitVoler droit des doigts qu'il baisaitAux lèvres.Je sentais en moi tour à tourPlaisir et peine,Un mélange d'aise et de gêne:L'amour.L'amour à douze ans! Oui, madame,Et vous aussi,N'aviez-vous pas quelque souciDe femme?Vous faisiez beaucoup d'embarras,Très-occupéeDe votre robe, une poupéeAu bras.Si j'adorais, trop tôt poëte,Vos petits pieds,Trop tôt belle, vous me courbiezLa tête.Nous menâmes si bien, un soir,Le badinage,Que nous nous mîmes en ménage,Pour voir.Vous parliez des bijoux de noces,Moi du serment,Car nous étions différemmentPrécoces.On fit la dînette, on dansa;Vous prétendîtesQu'il n'est noces proprement ditesSans ça.Vous goûtiez la plaisanterieTant que bientôtJ'osai vous appeler tout haut:Chérie,Et je vous ai (car je rêvais)Baisé la joue;Depuis ce soir-là je ne joueJamais.

Madame, vous étiez petite,J'avais douze ans;Vous oubliez vos courtisansBien vite!

Madame, vous étiez petite,

J'avais douze ans;

Vous oubliez vos courtisans

Bien vite!

Je ne voyais que vous au jeuParmi les autres;Mes doigts frôlaient parfois les vôtresUn peu...

Je ne voyais que vous au jeu

Parmi les autres;

Mes doigts frôlaient parfois les vôtres

Un peu...

Comme à la première visiteFaite au rosier,Le papillon sans appuyerPalpite,

Comme à la première visite

Faite au rosier,

Le papillon sans appuyer

Palpite,

Et de feuille en feuille, hésitant,S'approche, et n'oseMonter droit au miel que la roseLui tend,

Et de feuille en feuille, hésitant,

S'approche, et n'ose

Monter droit au miel que la rose

Lui tend,

Tremblant de ses premières fièvresMon coeur n'osaitVoler droit des doigts qu'il baisaitAux lèvres.

Tremblant de ses premières fièvres

Mon coeur n'osait

Voler droit des doigts qu'il baisait

Aux lèvres.

Je sentais en moi tour à tourPlaisir et peine,Un mélange d'aise et de gêne:L'amour.

Je sentais en moi tour à tour

Plaisir et peine,

Un mélange d'aise et de gêne:

L'amour.

L'amour à douze ans! Oui, madame,Et vous aussi,N'aviez-vous pas quelque souciDe femme?

L'amour à douze ans! Oui, madame,

Et vous aussi,

N'aviez-vous pas quelque souci

De femme?

Vous faisiez beaucoup d'embarras,Très-occupéeDe votre robe, une poupéeAu bras.

Vous faisiez beaucoup d'embarras,

Très-occupée

De votre robe, une poupée

Au bras.

Si j'adorais, trop tôt poëte,Vos petits pieds,Trop tôt belle, vous me courbiezLa tête.

Si j'adorais, trop tôt poëte,

Vos petits pieds,

Trop tôt belle, vous me courbiez

La tête.

Nous menâmes si bien, un soir,Le badinage,Que nous nous mîmes en ménage,Pour voir.

Nous menâmes si bien, un soir,

Le badinage,

Que nous nous mîmes en ménage,

Pour voir.

Vous parliez des bijoux de noces,Moi du serment,Car nous étions différemmentPrécoces.

Vous parliez des bijoux de noces,

Moi du serment,

Car nous étions différemment

Précoces.

On fit la dînette, on dansa;Vous prétendîtesQu'il n'est noces proprement ditesSans ça.

On fit la dînette, on dansa;

Vous prétendîtes

Qu'il n'est noces proprement dites

Sans ça.

Vous goûtiez la plaisanterieTant que bientôtJ'osai vous appeler tout haut:Chérie,

Vous goûtiez la plaisanterie

Tant que bientôt

J'osai vous appeler tout haut:

Chérie,

Et je vous ai (car je rêvais)Baisé la joue;Depuis ce soir-là je ne joueJamais.

Et je vous ai (car je rêvais)

Baisé la joue;

Depuis ce soir-là je ne joue

Jamais.

Tu les feras pleurer, enfant belle et chérie,Tous ces bambins, hommes futurs,Qui plus tard suspendront leur jeune rêverieAux cils câlins de tes yeux purs.Ils aiment de ta voix la roulade sonore,Mais plus tard ils sentiront mieuxCe qu'ils peuvent à peine y discerner encore,Le timbre au charme impérieux;Ils touchent, sans jamais en sentir de brûlure,Tes boucles pleines de rayons,Dont l'or fait ressembler ta fauve chevelureÀ celle des petits lions.Ils ne devinent pas, aux jeux où tu te mêles,Qu'en leur jetant au cou tes bras,Rieuse, indifférente, et douce, tu décèlesTout le mal que tu leur feras.Tu t'exerces déjà, quand tu crois que tu jouesEn leur abandonnant ton front;Tes lèvres ont déjà, plus faites que tes joues,La grâce dont ils souffriront.

Tu les feras pleurer, enfant belle et chérie,Tous ces bambins, hommes futurs,Qui plus tard suspendront leur jeune rêverieAux cils câlins de tes yeux purs.

Tu les feras pleurer, enfant belle et chérie,

Tous ces bambins, hommes futurs,

Qui plus tard suspendront leur jeune rêverie

Aux cils câlins de tes yeux purs.

Ils aiment de ta voix la roulade sonore,Mais plus tard ils sentiront mieuxCe qu'ils peuvent à peine y discerner encore,Le timbre au charme impérieux;

Ils aiment de ta voix la roulade sonore,

Mais plus tard ils sentiront mieux

Ce qu'ils peuvent à peine y discerner encore,

Le timbre au charme impérieux;

Ils touchent, sans jamais en sentir de brûlure,Tes boucles pleines de rayons,Dont l'or fait ressembler ta fauve chevelureÀ celle des petits lions.

Ils touchent, sans jamais en sentir de brûlure,

Tes boucles pleines de rayons,

Dont l'or fait ressembler ta fauve chevelure

À celle des petits lions.

Ils ne devinent pas, aux jeux où tu te mêles,Qu'en leur jetant au cou tes bras,Rieuse, indifférente, et douce, tu décèlesTout le mal que tu leur feras.

Ils ne devinent pas, aux jeux où tu te mêles,

Qu'en leur jetant au cou tes bras,

Rieuse, indifférente, et douce, tu décèles

Tout le mal que tu leur feras.

Tu t'exerces déjà, quand tu crois que tu jouesEn leur abandonnant ton front;Tes lèvres ont déjà, plus faites que tes joues,La grâce dont ils souffriront.

Tu t'exerces déjà, quand tu crois que tu joues

En leur abandonnant ton front;

Tes lèvres ont déjà, plus faites que tes joues,

La grâce dont ils souffriront.

A MAURICE CHÉVRIER

Fait d'héroïsme et de clémence,Présent toujours au moindre appel,Qui de nous peut dire où commence,Où finit l'amour maternel!Il n'attend pas qu'on le mérite,Il plane en deuil sur les ingrats;Lorsque le père déshériteLa mère laisse ouverts ses bras;Son crédule dévoûment resteQuand les plus vrais nous ont menti,Si téméraire et si modesteQu'il s'ignore et n'est pas senti.Pour nous suivre il monte ou s'abîme,À nos revers toujours égal,Ou si profond ou si sublimeQue sans maître il est sans rival:Est-il de retraite plus douceQu'un sein de mère, et quel abriRecueille avec moins de secousseUn coeur fragile endolori?Quel est l'ami qui sans colèreSe voit pour d'autres négligé?Qu'on méconnaît sans lui déplaire,Si bon qu'il n'en soit qu'affligé?Quel ami dans un précipiceNous joint sans espoir de retour,Et ne sent quelque sacrificeOù la mère ne sent qu'amour?Lequel n'espère un avantageDes échanges de l'amitié?Que de fois la mère partageEt ne garde pas sa moitié!Ô mère, unique DanaïdeDont le zèle soit sans déclin,Et qui, sans maudire le vide,Y penche un grand coeur toujours plein!

Fait d'héroïsme et de clémence,Présent toujours au moindre appel,Qui de nous peut dire où commence,Où finit l'amour maternel!

Fait d'héroïsme et de clémence,

Présent toujours au moindre appel,

Qui de nous peut dire où commence,

Où finit l'amour maternel!

Il n'attend pas qu'on le mérite,Il plane en deuil sur les ingrats;Lorsque le père déshériteLa mère laisse ouverts ses bras;

Il n'attend pas qu'on le mérite,

Il plane en deuil sur les ingrats;

Lorsque le père déshérite

La mère laisse ouverts ses bras;

Son crédule dévoûment resteQuand les plus vrais nous ont menti,Si téméraire et si modesteQu'il s'ignore et n'est pas senti.

Son crédule dévoûment reste

Quand les plus vrais nous ont menti,

Si téméraire et si modeste

Qu'il s'ignore et n'est pas senti.

Pour nous suivre il monte ou s'abîme,À nos revers toujours égal,Ou si profond ou si sublimeQue sans maître il est sans rival:

Pour nous suivre il monte ou s'abîme,

À nos revers toujours égal,

Ou si profond ou si sublime

Que sans maître il est sans rival:

Est-il de retraite plus douceQu'un sein de mère, et quel abriRecueille avec moins de secousseUn coeur fragile endolori?

Est-il de retraite plus douce

Qu'un sein de mère, et quel abri

Recueille avec moins de secousse

Un coeur fragile endolori?

Quel est l'ami qui sans colèreSe voit pour d'autres négligé?Qu'on méconnaît sans lui déplaire,Si bon qu'il n'en soit qu'affligé?

Quel est l'ami qui sans colère

Se voit pour d'autres négligé?

Qu'on méconnaît sans lui déplaire,

Si bon qu'il n'en soit qu'affligé?

Quel ami dans un précipiceNous joint sans espoir de retour,Et ne sent quelque sacrificeOù la mère ne sent qu'amour?

Quel ami dans un précipice

Nous joint sans espoir de retour,

Et ne sent quelque sacrifice

Où la mère ne sent qu'amour?

Lequel n'espère un avantageDes échanges de l'amitié?Que de fois la mère partageEt ne garde pas sa moitié!

Lequel n'espère un avantage

Des échanges de l'amitié?

Que de fois la mère partage

Et ne garde pas sa moitié!

Ô mère, unique DanaïdeDont le zèle soit sans déclin,Et qui, sans maudire le vide,Y penche un grand coeur toujours plein!

Ô mère, unique Danaïde

Dont le zèle soit sans déclin,

Et qui, sans maudire le vide,

Y penche un grand coeur toujours plein!

Elle est fragile à caresser,L'Épousée au front diaphane,Lis pur qu'un rien ternit et fane,Lis tendre qu'un rien peut froisser,Que nul homme ne peut presser,Sans remords, sur son coeur profane.La main digne de l'approcherN'est pas la main rude qui briseL'innocence qu'elle a surpriseEt se fait jeu d'effaroucher,Mais la main qui semble toucherAu blanc voile comme une brise;La lèvre qui la doit baiserN'est pas la lèvre véhémente,Effroi d'une novice amanteQui veut le respect pour oser,Mais celle qui se vient poserComme une ombre d'abeille errante.Et les bras faits pour l'embrasser,Ne sont pas les bras dont l'étreinteLaisse une impérieuse empreinteAu corps qu'ils aiment à lasser,Mais ceux qui savent l'enlacerComme une onde où l'on dort sans crainte.L'hymen doit la disciplinerSans lire sur son front un blâme,Et les prémices qu'il réclameLes faire à son coeur deviner:Elle est fleur, il doit l'incliner,La chérir sans lui troubler l'âme.

Elle est fragile à caresser,L'Épousée au front diaphane,Lis pur qu'un rien ternit et fane,Lis tendre qu'un rien peut froisser,Que nul homme ne peut presser,Sans remords, sur son coeur profane.

Elle est fragile à caresser,

L'Épousée au front diaphane,

Lis pur qu'un rien ternit et fane,

Lis tendre qu'un rien peut froisser,

Que nul homme ne peut presser,

Sans remords, sur son coeur profane.

La main digne de l'approcherN'est pas la main rude qui briseL'innocence qu'elle a surpriseEt se fait jeu d'effaroucher,Mais la main qui semble toucherAu blanc voile comme une brise;

La main digne de l'approcher

N'est pas la main rude qui brise

L'innocence qu'elle a surprise

Et se fait jeu d'effaroucher,

Mais la main qui semble toucher

Au blanc voile comme une brise;

La lèvre qui la doit baiserN'est pas la lèvre véhémente,Effroi d'une novice amanteQui veut le respect pour oser,Mais celle qui se vient poserComme une ombre d'abeille errante.

La lèvre qui la doit baiser

N'est pas la lèvre véhémente,

Effroi d'une novice amante

Qui veut le respect pour oser,

Mais celle qui se vient poser

Comme une ombre d'abeille errante.

Et les bras faits pour l'embrasser,Ne sont pas les bras dont l'étreinteLaisse une impérieuse empreinteAu corps qu'ils aiment à lasser,Mais ceux qui savent l'enlacerComme une onde où l'on dort sans crainte.

Et les bras faits pour l'embrasser,

Ne sont pas les bras dont l'étreinte

Laisse une impérieuse empreinte

Au corps qu'ils aiment à lasser,

Mais ceux qui savent l'enlacer

Comme une onde où l'on dort sans crainte.

L'hymen doit la disciplinerSans lire sur son front un blâme,Et les prémices qu'il réclameLes faire à son coeur deviner:Elle est fleur, il doit l'incliner,La chérir sans lui troubler l'âme.

L'hymen doit la discipliner

Sans lire sur son front un blâme,

Et les prémices qu'il réclame

Les faire à son coeur deviner:

Elle est fleur, il doit l'incliner,

La chérir sans lui troubler l'âme.

À mon insu j'ai dit: «ma chère»Pour «madame», et, parti du coeur,Ce nom m'a fait d'une étrangèreUne soeur.Quand la femme est tendre, pour elleLe seul vrai gage de l'amour,C'est la constance naturelle,Non la cour;Ce n'est pas le mot qu'on hasarde,Et qu'on sauve s'il s'est trompé,C'est le mot simple, par mégardeÉchappé...Ce n'est pas le mot qui soupire,Mendiant drapé d'un linceul,C'est ce qu'on dit comme on respire,Pour soi seul.Ce n'est pas non plus de se taire,Taire est encor mentir un peu;C'est la parole involontaire,Non l'aveu.À mon insu j'ai dit: «ma chère»Pour «madame», et, parti du coeur,Ce nom m'a fait d'une étrangèreUne soeur.

À mon insu j'ai dit: «ma chère»Pour «madame», et, parti du coeur,Ce nom m'a fait d'une étrangèreUne soeur.

À mon insu j'ai dit: «ma chère»

Pour «madame», et, parti du coeur,

Ce nom m'a fait d'une étrangère

Une soeur.

Quand la femme est tendre, pour elleLe seul vrai gage de l'amour,C'est la constance naturelle,Non la cour;

Quand la femme est tendre, pour elle

Le seul vrai gage de l'amour,

C'est la constance naturelle,

Non la cour;

Ce n'est pas le mot qu'on hasarde,Et qu'on sauve s'il s'est trompé,C'est le mot simple, par mégardeÉchappé...

Ce n'est pas le mot qu'on hasarde,

Et qu'on sauve s'il s'est trompé,

C'est le mot simple, par mégarde

Échappé...

Ce n'est pas le mot qui soupire,Mendiant drapé d'un linceul,C'est ce qu'on dit comme on respire,Pour soi seul.

Ce n'est pas le mot qui soupire,

Mendiant drapé d'un linceul,

C'est ce qu'on dit comme on respire,

Pour soi seul.

Ce n'est pas non plus de se taire,Taire est encor mentir un peu;C'est la parole involontaire,Non l'aveu.

Ce n'est pas non plus de se taire,

Taire est encor mentir un peu;

C'est la parole involontaire,

Non l'aveu.

À mon insu j'ai dit: «ma chère»Pour «madame», et, parti du coeur,Ce nom m'a fait d'une étrangèreUne soeur.

À mon insu j'ai dit: «ma chère»

Pour «madame», et, parti du coeur,

Ce nom m'a fait d'une étrangère

Une soeur.

C'était une amitié simple et pourtant secrète:J'avais sur sa parure un fraternel pouvoir,Et quand au seuil d'un bal nous nous trouvions le soir,J'aimais à l'arrêter devant moi toute prête.Elle abattait sa jupe en renversant la tête,Et consultait mes yeux comme un dernier miroir,Puis elle me glissait un furtif: «Au revoir!»Et belle, en souveraine, elle entrait dans la fête.Je l'y suivais bientôt. Sur un signe connu,Parmi les mendiants que sa malice affame,Je m'avançais vers elle, et modeste, ingénu:«Vous m'avez accordé cette valse, madame?»J'avais l'air de prier n'importe quelle femme,Elle me disait: «Oui» comme au premier venu.

C'était une amitié simple et pourtant secrète:J'avais sur sa parure un fraternel pouvoir,Et quand au seuil d'un bal nous nous trouvions le soir,J'aimais à l'arrêter devant moi toute prête.

C'était une amitié simple et pourtant secrète:

J'avais sur sa parure un fraternel pouvoir,

Et quand au seuil d'un bal nous nous trouvions le soir,

J'aimais à l'arrêter devant moi toute prête.

Elle abattait sa jupe en renversant la tête,Et consultait mes yeux comme un dernier miroir,Puis elle me glissait un furtif: «Au revoir!»Et belle, en souveraine, elle entrait dans la fête.

Elle abattait sa jupe en renversant la tête,

Et consultait mes yeux comme un dernier miroir,

Puis elle me glissait un furtif: «Au revoir!»

Et belle, en souveraine, elle entrait dans la fête.

Je l'y suivais bientôt. Sur un signe connu,Parmi les mendiants que sa malice affame,Je m'avançais vers elle, et modeste, ingénu:

Je l'y suivais bientôt. Sur un signe connu,

Parmi les mendiants que sa malice affame,

Je m'avançais vers elle, et modeste, ingénu:

«Vous m'avez accordé cette valse, madame?»J'avais l'air de prier n'importe quelle femme,Elle me disait: «Oui» comme au premier venu.

«Vous m'avez accordé cette valse, madame?»

J'avais l'air de prier n'importe quelle femme,

Elle me disait: «Oui» comme au premier venu.

Le présent se fait vide et triste,Ô mon amie, autour de nous;Combien peu du passé subsiste!Et ceux qui restent changent tous:Nous ne voyons plus sans envieLes yeux de vingt ans resplendir,Et combien sont déjà sans vieDes yeux qui nous ont vus grandir!Que de jeunesse emporte l'heure,Qui n'en rapporte jamais rien!Pourtant quelque chose demeure:Je t'aime avec mon coeur ancien,Mon vrai coeur, celui qui s'attacheEt souffre depuis qu'il est né,Mon coeur d'enfant, le coeur sans tacheQue ma mère m'avait donné;Ce coeur où plus rien ne pénètre,D'où plus rien désormais ne sort;Je t'aime avec ce que mon êtreA de plus fort contre la mort;Et, s'il peut braver la mort même,Si le meilleur de l'homme est telQue rien n'en périsse, je t'aimeAvec ce que j'ai d'immortel.

Le présent se fait vide et triste,Ô mon amie, autour de nous;Combien peu du passé subsiste!Et ceux qui restent changent tous:

Le présent se fait vide et triste,

Ô mon amie, autour de nous;

Combien peu du passé subsiste!

Et ceux qui restent changent tous:

Nous ne voyons plus sans envieLes yeux de vingt ans resplendir,Et combien sont déjà sans vieDes yeux qui nous ont vus grandir!

Nous ne voyons plus sans envie

Les yeux de vingt ans resplendir,

Et combien sont déjà sans vie

Des yeux qui nous ont vus grandir!

Que de jeunesse emporte l'heure,Qui n'en rapporte jamais rien!Pourtant quelque chose demeure:Je t'aime avec mon coeur ancien,

Que de jeunesse emporte l'heure,

Qui n'en rapporte jamais rien!

Pourtant quelque chose demeure:

Je t'aime avec mon coeur ancien,

Mon vrai coeur, celui qui s'attacheEt souffre depuis qu'il est né,Mon coeur d'enfant, le coeur sans tacheQue ma mère m'avait donné;

Mon vrai coeur, celui qui s'attache

Et souffre depuis qu'il est né,

Mon coeur d'enfant, le coeur sans tache

Que ma mère m'avait donné;

Ce coeur où plus rien ne pénètre,D'où plus rien désormais ne sort;Je t'aime avec ce que mon êtreA de plus fort contre la mort;

Ce coeur où plus rien ne pénètre,

D'où plus rien désormais ne sort;

Je t'aime avec ce que mon être

A de plus fort contre la mort;

Et, s'il peut braver la mort même,Si le meilleur de l'homme est telQue rien n'en périsse, je t'aimeAvec ce que j'ai d'immortel.

Et, s'il peut braver la mort même,

Si le meilleur de l'homme est tel

Que rien n'en périsse, je t'aime

Avec ce que j'ai d'immortel.

Dans ce nid furtif où nous sommes,Ô ma chère âme, seuls tous deux,Qu'il est bon d'oublier les hommes,Si près d'eux.Pour ralentir l'heure fuyante,Pour la goûter, il ne faut pasUne félicité bruyante,Parlons bas;Craignons de la hâter d'un geste,D'un mot, d'un souffle seulement,D'en perdre, tant elle est céleste,Un moment.Afin de la sentir bien nôtre,Afin de la bien ménager,Serrons-nous tout près l'un de l'autreSans bouger;Sans même lever la paupière:Imitons le chaste reposDe ces vieux châtelains de pierreAux yeux clos,Dont les corps sur les mausolées,Immobiles et tout vêtus,Loin de leurs âmes envoléesSe sont tus;Dans une alliance plus hauteQue les terrestres unions,Gravement comme eux, côte à côte,Sommeillons.Car nous n'en sommes plus aux fièvresD'un jeune amour qui peut finir;Nos coeurs n'ont plus besoin des lèvresPour s'unir,Ni des paroles solennellesPour changer leur culte en devoir,Ni du mirage des prunellesPour se voir.Ne me fais plus jurer que j'aime,Ne me fais plus dire comment;Goûtons la félicité mêmeSans serment.Savourons, dans ce que nous disentSilencieusement nos pleurs,Les tendresses qui divinisentLes douleurs!Chère, en cette ineffable trêveLe désir enchanté s'endort;On rêve à l'amour comme on rêveÀ la mort.On croit sentir la fin du monde;L'univers semble chavirerD'une chute douce et profonde,Et sombrer...L'âme de ses fardeaux s'allégePar la fuite immense de tout;La mémoire comme une neigeSe dissout.Toute la vie ardente et triste,Semble anéantie alentour,Plus rien pour nous, plus rien n'existeQue l'amour.Aimons en paix: il fait nuit noire,La lueur blême du flambeauExpire... Nous pouvons nous croireAu tombeau.Laissons-nous dans les mers funèbres,Comme après le dernier soupir,Abîmer, et par leurs ténèbresAssoupir...Nous sommes sous la terre ensembleDepuis très-longtemps, n'est-ce pas?Écoute en haut le sol qui trembleSous les pas.Regarde au loin comme un vol sombreDe corbeaux, vers le nord chassé,Disparaître les nuits sans nombreDu passé,Et comme une immense nuéeDe cigognes (mais sans retours!)Fuir la blancheur diminuéeDes vieux jours...Hors de la sphère ensoleilléeDont nous subîmes les rigueurs,Quelle étrange et douce veilléeFont nos coeurs?Je ne sais plus quelle aventureNous a jadis éteint les yeux,Depuis quand notre extase dure,En quels cieux.Les choses de la vie ancienneOnt fui ma mémoire à jamais,Mais du plus loin qu'il me souvienneJe t'aimais...Par quel bienfaiteur fut dresséeCette couche? et par quel hymenFut pour toujours ta main laisséeDans ma main?Mais qu'importe! Ô mon amoureuse,Dormons dans nos légers linceuls,Pour l'éternité bienheureuseEnfin seuls!

Dans ce nid furtif où nous sommes,Ô ma chère âme, seuls tous deux,Qu'il est bon d'oublier les hommes,Si près d'eux.

Dans ce nid furtif où nous sommes,

Ô ma chère âme, seuls tous deux,

Qu'il est bon d'oublier les hommes,

Si près d'eux.

Pour ralentir l'heure fuyante,Pour la goûter, il ne faut pasUne félicité bruyante,Parlons bas;

Pour ralentir l'heure fuyante,

Pour la goûter, il ne faut pas

Une félicité bruyante,

Parlons bas;

Craignons de la hâter d'un geste,D'un mot, d'un souffle seulement,D'en perdre, tant elle est céleste,Un moment.

Craignons de la hâter d'un geste,

D'un mot, d'un souffle seulement,

D'en perdre, tant elle est céleste,

Un moment.

Afin de la sentir bien nôtre,Afin de la bien ménager,Serrons-nous tout près l'un de l'autreSans bouger;

Afin de la sentir bien nôtre,

Afin de la bien ménager,

Serrons-nous tout près l'un de l'autre

Sans bouger;

Sans même lever la paupière:Imitons le chaste reposDe ces vieux châtelains de pierreAux yeux clos,

Sans même lever la paupière:

Imitons le chaste repos

De ces vieux châtelains de pierre

Aux yeux clos,

Dont les corps sur les mausolées,Immobiles et tout vêtus,Loin de leurs âmes envoléesSe sont tus;

Dont les corps sur les mausolées,

Immobiles et tout vêtus,

Loin de leurs âmes envolées

Se sont tus;

Dans une alliance plus hauteQue les terrestres unions,Gravement comme eux, côte à côte,Sommeillons.

Dans une alliance plus haute

Que les terrestres unions,

Gravement comme eux, côte à côte,

Sommeillons.

Car nous n'en sommes plus aux fièvresD'un jeune amour qui peut finir;Nos coeurs n'ont plus besoin des lèvresPour s'unir,

Car nous n'en sommes plus aux fièvres

D'un jeune amour qui peut finir;

Nos coeurs n'ont plus besoin des lèvres

Pour s'unir,

Ni des paroles solennellesPour changer leur culte en devoir,Ni du mirage des prunellesPour se voir.

Ni des paroles solennelles

Pour changer leur culte en devoir,

Ni du mirage des prunelles

Pour se voir.

Ne me fais plus jurer que j'aime,Ne me fais plus dire comment;Goûtons la félicité mêmeSans serment.

Ne me fais plus jurer que j'aime,

Ne me fais plus dire comment;

Goûtons la félicité même

Sans serment.

Savourons, dans ce que nous disentSilencieusement nos pleurs,Les tendresses qui divinisentLes douleurs!

Savourons, dans ce que nous disent

Silencieusement nos pleurs,

Les tendresses qui divinisent

Les douleurs!

Chère, en cette ineffable trêveLe désir enchanté s'endort;On rêve à l'amour comme on rêveÀ la mort.

Chère, en cette ineffable trêve

Le désir enchanté s'endort;

On rêve à l'amour comme on rêve

À la mort.

On croit sentir la fin du monde;L'univers semble chavirerD'une chute douce et profonde,Et sombrer...

On croit sentir la fin du monde;

L'univers semble chavirer

D'une chute douce et profonde,

Et sombrer...

L'âme de ses fardeaux s'allégePar la fuite immense de tout;La mémoire comme une neigeSe dissout.

L'âme de ses fardeaux s'allége

Par la fuite immense de tout;

La mémoire comme une neige

Se dissout.

Toute la vie ardente et triste,Semble anéantie alentour,Plus rien pour nous, plus rien n'existeQue l'amour.

Toute la vie ardente et triste,

Semble anéantie alentour,

Plus rien pour nous, plus rien n'existe

Que l'amour.

Aimons en paix: il fait nuit noire,La lueur blême du flambeauExpire... Nous pouvons nous croireAu tombeau.

Aimons en paix: il fait nuit noire,

La lueur blême du flambeau

Expire... Nous pouvons nous croire

Au tombeau.

Laissons-nous dans les mers funèbres,Comme après le dernier soupir,Abîmer, et par leurs ténèbresAssoupir...

Laissons-nous dans les mers funèbres,

Comme après le dernier soupir,

Abîmer, et par leurs ténèbres

Assoupir...

Nous sommes sous la terre ensembleDepuis très-longtemps, n'est-ce pas?Écoute en haut le sol qui trembleSous les pas.

Nous sommes sous la terre ensemble

Depuis très-longtemps, n'est-ce pas?

Écoute en haut le sol qui tremble

Sous les pas.

Regarde au loin comme un vol sombreDe corbeaux, vers le nord chassé,Disparaître les nuits sans nombreDu passé,

Regarde au loin comme un vol sombre

De corbeaux, vers le nord chassé,

Disparaître les nuits sans nombre

Du passé,

Et comme une immense nuéeDe cigognes (mais sans retours!)Fuir la blancheur diminuéeDes vieux jours...

Et comme une immense nuée

De cigognes (mais sans retours!)

Fuir la blancheur diminuée

Des vieux jours...

Hors de la sphère ensoleilléeDont nous subîmes les rigueurs,Quelle étrange et douce veilléeFont nos coeurs?

Hors de la sphère ensoleillée

Dont nous subîmes les rigueurs,

Quelle étrange et douce veillée

Font nos coeurs?

Je ne sais plus quelle aventureNous a jadis éteint les yeux,Depuis quand notre extase dure,En quels cieux.

Je ne sais plus quelle aventure

Nous a jadis éteint les yeux,

Depuis quand notre extase dure,

En quels cieux.

Les choses de la vie ancienneOnt fui ma mémoire à jamais,Mais du plus loin qu'il me souvienneJe t'aimais...

Les choses de la vie ancienne

Ont fui ma mémoire à jamais,

Mais du plus loin qu'il me souvienne

Je t'aimais...

Par quel bienfaiteur fut dresséeCette couche? et par quel hymenFut pour toujours ta main laisséeDans ma main?

Par quel bienfaiteur fut dressée

Cette couche? et par quel hymen

Fut pour toujours ta main laissée

Dans ma main?

Mais qu'importe! Ô mon amoureuse,Dormons dans nos légers linceuls,Pour l'éternité bienheureuseEnfin seuls!

Mais qu'importe! Ô mon amoureuse,

Dormons dans nos légers linceuls,

Pour l'éternité bienheureuse

Enfin seuls!

Les lèvres qui veulent s'unir,À force d'art et de constance,Malgré le temps et la distance,Y peuvent toujours parvenir.On se fraye toujours des routes;Flots, monts, déserts n'arrêtent point,De proche en proche on se rejoint,Et les heures arrivent toutes.Mais ce qui fait durer l'exilMieux que l'eau, le roc ou le sable,C'est un obstacle infranchissableQui n'a pas l'épaisseur d'un fil.C'est l'honneur; aucun stratagème,Nul âpre effort n'en est vainqueur,Car tout ce qu'il oppose au coeurIl le puise dans le coeur même.Vous savez s'il est rigoureux,Pauvres couples à l'âme hauteQu'une noble horreur de la fauteEmpêche seule d'être heureux.Penchés sur le bord de l'abîme,Vous respectez au fond de vous,Comme de cruels garde-fousLes arrêts de ce juge intime;Purs amants sur terre égarés,Quel martyre étrange est le vôtre!Plus vos coeurs sont près l'un de l'autre,Plus ils se sentent séparés.Oh! que de fois fermente et grondeSous un air de froid nonchaloirVotre souriant désespoirDans la mascarade du monde!Que de cris toujours contenus!Que de sanglots sans délivrance!Sous l'apparente indifférenceQue d'héroïsmes méconnus!Aux ivresses, même impunies,Vous préférez un deuil plus beau,Et vos lèvres, même au tombeau,Attendent le droit d'être unies.

Les lèvres qui veulent s'unir,À force d'art et de constance,Malgré le temps et la distance,Y peuvent toujours parvenir.

Les lèvres qui veulent s'unir,

À force d'art et de constance,

Malgré le temps et la distance,

Y peuvent toujours parvenir.

On se fraye toujours des routes;Flots, monts, déserts n'arrêtent point,De proche en proche on se rejoint,Et les heures arrivent toutes.

On se fraye toujours des routes;

Flots, monts, déserts n'arrêtent point,

De proche en proche on se rejoint,

Et les heures arrivent toutes.

Mais ce qui fait durer l'exilMieux que l'eau, le roc ou le sable,C'est un obstacle infranchissableQui n'a pas l'épaisseur d'un fil.

Mais ce qui fait durer l'exil

Mieux que l'eau, le roc ou le sable,

C'est un obstacle infranchissable

Qui n'a pas l'épaisseur d'un fil.

C'est l'honneur; aucun stratagème,Nul âpre effort n'en est vainqueur,Car tout ce qu'il oppose au coeurIl le puise dans le coeur même.

C'est l'honneur; aucun stratagème,

Nul âpre effort n'en est vainqueur,

Car tout ce qu'il oppose au coeur

Il le puise dans le coeur même.

Vous savez s'il est rigoureux,Pauvres couples à l'âme hauteQu'une noble horreur de la fauteEmpêche seule d'être heureux.

Vous savez s'il est rigoureux,

Pauvres couples à l'âme haute

Qu'une noble horreur de la faute

Empêche seule d'être heureux.

Penchés sur le bord de l'abîme,Vous respectez au fond de vous,Comme de cruels garde-fousLes arrêts de ce juge intime;

Penchés sur le bord de l'abîme,

Vous respectez au fond de vous,

Comme de cruels garde-fous

Les arrêts de ce juge intime;

Purs amants sur terre égarés,Quel martyre étrange est le vôtre!Plus vos coeurs sont près l'un de l'autre,Plus ils se sentent séparés.

Purs amants sur terre égarés,

Quel martyre étrange est le vôtre!

Plus vos coeurs sont près l'un de l'autre,

Plus ils se sentent séparés.

Oh! que de fois fermente et grondeSous un air de froid nonchaloirVotre souriant désespoirDans la mascarade du monde!

Oh! que de fois fermente et gronde

Sous un air de froid nonchaloir

Votre souriant désespoir

Dans la mascarade du monde!

Que de cris toujours contenus!Que de sanglots sans délivrance!Sous l'apparente indifférenceQue d'héroïsmes méconnus!

Que de cris toujours contenus!

Que de sanglots sans délivrance!

Sous l'apparente indifférence

Que d'héroïsmes méconnus!

Aux ivresses, même impunies,Vous préférez un deuil plus beau,Et vos lèvres, même au tombeau,Attendent le droit d'être unies.

Aux ivresses, même impunies,

Vous préférez un deuil plus beau,

Et vos lèvres, même au tombeau,

Attendent le droit d'être unies.

Dans les verres épais du cabaret brutal,Le vin bleu coule à flots et sans trêve à la ronde;Dans les calices fins plus rarement abondeUn vin dont la clarté soit digne du cristal.Enfin la coupe d'or du haut d'un piédestalAttend, vide toujours, bien que large et profonde,Un cru dont la noblesse à la sienne réponde:On tremble d'en souiller l'ouvrage et le métal.Plus le vase est grossier de forme et de matière,Mieux il trouve à combler sa contenance entière,Aux plus beaux seulement il n'est point de liqueur.C'est ainsi: plus on vaut, plus fièrement on aime,Et qui rêve pour soi la pureté suprêmeD'aucun terrestre amour ne daigne emplir son coeur.

Dans les verres épais du cabaret brutal,Le vin bleu coule à flots et sans trêve à la ronde;Dans les calices fins plus rarement abondeUn vin dont la clarté soit digne du cristal.

Dans les verres épais du cabaret brutal,

Le vin bleu coule à flots et sans trêve à la ronde;

Dans les calices fins plus rarement abonde

Un vin dont la clarté soit digne du cristal.

Enfin la coupe d'or du haut d'un piédestalAttend, vide toujours, bien que large et profonde,Un cru dont la noblesse à la sienne réponde:On tremble d'en souiller l'ouvrage et le métal.

Enfin la coupe d'or du haut d'un piédestal

Attend, vide toujours, bien que large et profonde,

Un cru dont la noblesse à la sienne réponde:

On tremble d'en souiller l'ouvrage et le métal.

Plus le vase est grossier de forme et de matière,Mieux il trouve à combler sa contenance entière,Aux plus beaux seulement il n'est point de liqueur.

Plus le vase est grossier de forme et de matière,

Mieux il trouve à combler sa contenance entière,

Aux plus beaux seulement il n'est point de liqueur.

C'est ainsi: plus on vaut, plus fièrement on aime,Et qui rêve pour soi la pureté suprêmeD'aucun terrestre amour ne daigne emplir son coeur.

C'est ainsi: plus on vaut, plus fièrement on aime,

Et qui rêve pour soi la pureté suprême

D'aucun terrestre amour ne daigne emplir son coeur.

A FRANÇOIS COPPÉE

O senteur suave et modesteQu'épanchait le front maternel,Et dont le souvenir nous resteComme un lointain parfum d'autel,Pure émanation divineQui mêlais en moi ta douceurA la petite senteur fineDes longues tresses d'une soeur,Chère odeur, tu t'en es alléeOù sont les parfums de jadis,Où remonte l'âme exhaléeDes violettes et des lis.* * * * *O fraîche senteur de la vieQu'au temps des premières amoursUn baiser candide a ravieAu plus délicat des velours,Loin des lèvres décoloréesTu t'es enfuie aussi là-bas,Jusqu'où planent, évaporées,Les jeunesses des vieux lilas,Et le coeur, cloué dans l'abîme,Ne peut suivre, à ta trace uni,Le voyage épars et sublimeQue tu poursuis dans l'infini.* * * * *Mais ô toi, l'homicide aromeDont en pleurant nous nous grisons,Où notre coeur cherchait un baumeEt n'aspira que des poisons,Ah! toi seule, odeur trop aiméeDes cheveux trop noirs et trop lourds,Tu nous laisses, courte fumée,Des vestiges brûlant toujours.Dans les replis où tu te glissesTu déposes un marc fatal,Comme l'âcre odeur des épicesS'incruste aux coins d'un vieux cristal.* * * * *Et tel, dans une eau fraîche et claire,Le flacon, vainement plongé,Garde l'âcreté séculaireDe l'essence qui l'a rongé,Tel, dans la tendresse embaumanteQue verse au coeur, pour l'assainir,Une fidèle et chaste amante,Sévit encor ton souvenir.Ô parfum modeste et suave,Épanché du front maternel,Qui laves ce que rien ne lave,Où donc es-tu, parfum d'autel!

O senteur suave et modesteQu'épanchait le front maternel,Et dont le souvenir nous resteComme un lointain parfum d'autel,

O senteur suave et modeste

Qu'épanchait le front maternel,

Et dont le souvenir nous reste

Comme un lointain parfum d'autel,

Pure émanation divineQui mêlais en moi ta douceurA la petite senteur fineDes longues tresses d'une soeur,

Pure émanation divine

Qui mêlais en moi ta douceur

A la petite senteur fine

Des longues tresses d'une soeur,

Chère odeur, tu t'en es alléeOù sont les parfums de jadis,Où remonte l'âme exhaléeDes violettes et des lis.

Chère odeur, tu t'en es allée

Où sont les parfums de jadis,

Où remonte l'âme exhalée

Des violettes et des lis.

* * * * *

* * * * *

O fraîche senteur de la vieQu'au temps des premières amoursUn baiser candide a ravieAu plus délicat des velours,

O fraîche senteur de la vie

Qu'au temps des premières amours

Un baiser candide a ravie

Au plus délicat des velours,

Loin des lèvres décoloréesTu t'es enfuie aussi là-bas,Jusqu'où planent, évaporées,Les jeunesses des vieux lilas,

Loin des lèvres décolorées

Tu t'es enfuie aussi là-bas,

Jusqu'où planent, évaporées,

Les jeunesses des vieux lilas,

Et le coeur, cloué dans l'abîme,Ne peut suivre, à ta trace uni,Le voyage épars et sublimeQue tu poursuis dans l'infini.

Et le coeur, cloué dans l'abîme,

Ne peut suivre, à ta trace uni,

Le voyage épars et sublime

Que tu poursuis dans l'infini.

* * * * *

* * * * *

Mais ô toi, l'homicide aromeDont en pleurant nous nous grisons,Où notre coeur cherchait un baumeEt n'aspira que des poisons,

Mais ô toi, l'homicide arome

Dont en pleurant nous nous grisons,

Où notre coeur cherchait un baume

Et n'aspira que des poisons,

Ah! toi seule, odeur trop aiméeDes cheveux trop noirs et trop lourds,Tu nous laisses, courte fumée,Des vestiges brûlant toujours.

Ah! toi seule, odeur trop aimée

Des cheveux trop noirs et trop lourds,

Tu nous laisses, courte fumée,

Des vestiges brûlant toujours.

Dans les replis où tu te glissesTu déposes un marc fatal,Comme l'âcre odeur des épicesS'incruste aux coins d'un vieux cristal.

Dans les replis où tu te glisses

Tu déposes un marc fatal,

Comme l'âcre odeur des épices

S'incruste aux coins d'un vieux cristal.

* * * * *

* * * * *

Et tel, dans une eau fraîche et claire,Le flacon, vainement plongé,Garde l'âcreté séculaireDe l'essence qui l'a rongé,

Et tel, dans une eau fraîche et claire,

Le flacon, vainement plongé,

Garde l'âcreté séculaire

De l'essence qui l'a rongé,

Tel, dans la tendresse embaumanteQue verse au coeur, pour l'assainir,Une fidèle et chaste amante,Sévit encor ton souvenir.

Tel, dans la tendresse embaumante

Que verse au coeur, pour l'assainir,

Une fidèle et chaste amante,

Sévit encor ton souvenir.

Ô parfum modeste et suave,Épanché du front maternel,Qui laves ce que rien ne lave,Où donc es-tu, parfum d'autel!

Ô parfum modeste et suave,

Épanché du front maternel,

Qui laves ce que rien ne lave,

Où donc es-tu, parfum d'autel!

Par les nuits sublimes d'été,Sous leur dôme d'or et d'opale,Je demande à l'immensitéOù sourit la forme idéale.Plein d'une angoisse de banni,À travers la flore innombrableDes campagnes de l'Infini,Je poursuis ce lis adorable...S'il brille au firmament profond,Ce n'est pas pour moi qu'il y brille:J'ai beau chercher, tout se confondDans l'océan clair qui fourmille.Ma vue implore de trop basSa splendeur en chemin perdue,Et j'abaisse enfin mes yeux las,Découragés par l'étendue.Appauvri de l'espoir ôté,Je m'en reviens plus solitaire,Et cependant cette beauté,Que je crois si loin de la terre,Un laboureur insoucieux,Chaque soir à son foyer même,Pour l'admirer, l'a sous les yeuxDans la paysanne qu'il aime.Heureux qui, sans vaine langueurVoyant les étoiles renaître,Ferme sur elles sa fenêtre:La plus belle luit dans son coeur.

Par les nuits sublimes d'été,Sous leur dôme d'or et d'opale,Je demande à l'immensitéOù sourit la forme idéale.

Par les nuits sublimes d'été,

Sous leur dôme d'or et d'opale,

Je demande à l'immensité

Où sourit la forme idéale.

Plein d'une angoisse de banni,À travers la flore innombrableDes campagnes de l'Infini,Je poursuis ce lis adorable...

Plein d'une angoisse de banni,

À travers la flore innombrable

Des campagnes de l'Infini,

Je poursuis ce lis adorable...

S'il brille au firmament profond,Ce n'est pas pour moi qu'il y brille:J'ai beau chercher, tout se confondDans l'océan clair qui fourmille.

S'il brille au firmament profond,

Ce n'est pas pour moi qu'il y brille:

J'ai beau chercher, tout se confond

Dans l'océan clair qui fourmille.

Ma vue implore de trop basSa splendeur en chemin perdue,Et j'abaisse enfin mes yeux las,Découragés par l'étendue.

Ma vue implore de trop bas

Sa splendeur en chemin perdue,

Et j'abaisse enfin mes yeux las,

Découragés par l'étendue.

Appauvri de l'espoir ôté,Je m'en reviens plus solitaire,Et cependant cette beauté,Que je crois si loin de la terre,

Appauvri de l'espoir ôté,

Je m'en reviens plus solitaire,

Et cependant cette beauté,

Que je crois si loin de la terre,

Un laboureur insoucieux,Chaque soir à son foyer même,Pour l'admirer, l'a sous les yeuxDans la paysanne qu'il aime.

Un laboureur insoucieux,

Chaque soir à son foyer même,

Pour l'admirer, l'a sous les yeux

Dans la paysanne qu'il aime.

Heureux qui, sans vaine langueurVoyant les étoiles renaître,Ferme sur elles sa fenêtre:La plus belle luit dans son coeur.

Heureux qui, sans vaine langueur

Voyant les étoiles renaître,

Ferme sur elles sa fenêtre:

La plus belle luit dans son coeur.


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