VIIIGAND (suite).

GAND.—CHATEAU DES COMTES, CRÉNELAGE DE L'ENCEINTE.

GAND.—CHATEAU DES COMTES, CRÉNELAGE DE L'ENCEINTE.

GAND.—CHATEAU DES COMTES, CRÉNELAGE DE L'ENCEINTE.

GAND.—PLACE SAINT-PHARAÏLDE.

GAND.—PLACE SAINT-PHARAÏLDE.

GAND.—PLACE SAINT-PHARAÏLDE.

L'Hôtel de ville.—La Breteque.—La Halle aux draps.—Le Mammeloker.—Les Francs-Bateliers.—Les Béguinages: l'ancien et le nouveau.—Sainte Begga, princesse carolingienne, et les Béguines.—Vieilles maisons.—Le Rabot.

L'Hôtel de ville de Gand, malheureusement, n'a pas la majesté ni la splendeur qu'il lui faudrait pour correspondre à l'importance historique de la ville. Hélas! son histoire particulière, c'est une suite de projets, de mises en route arrêtées par de malencontreux événements, troubles et séditions. C'est un très vaste ensemble de constructions qui vont, comme date, du quatorzième siècle au dix-huitième, façades juxtaposées, bâtiments amalgamés selon les nécessités.

Le morceau principal, le seul vraiment beau, c'est la partie appelée Maison des Echevins de la Keure, superbe morceau d'architecture gothique de la Renaissance, commencé en 1518, construction poussée jusqu'au temps du soulèvement contre Charles-Quint et définitivement arrêtée par les troubles et les guerres de la Réforme.

Ce n'est qu'un fragment superbe, l'édifice n'a pas dépassé la corniche du premier étage. La belle tourelle à balcon, la grande bretèche aux proclamations municipales,—il y en a une plus petite dans la grande façade,—que l'on voit à l'angle du marché au beurre, n'a pas la moitié de la hauteur qu'elle devait comporter, comme toute la façade, d'ailleurs. Tout le reste, le deuxième étage projeté, les pignons prévus, tout manque, et l'œil s'attriste à suivre toutes ces belles lignes, partant d'une base robuste, et encadrant les hautes fenêtres, arrêtées dans leur ascension par un toit qui n'est qu'une sorte de couvercle, brutalement posé sur les fleurs gothiques prêtes à s'épanouir superbement.

A côté de cela, la façade voisine, dite Maison scabinale des Parchons, ne fait pas très bonne figure. C'est de la Renaissance du dix-septième siècle, du classique lourd, avec les trois ordres superposés.

L'intérieur est très riche et naturellement de styles très variés; il faut citer l'ancienne chapelle, la salle de l'arsenal, et surtout la magnifique salle de Justice au rez-de-chaussée, avec son estrade de tribune, son mur décoré d'arcatures et les degrés montant à la bretèche.

GAND.—LE QUAI AUX HERBES, PIGNON DES FRANCS-BATELIERS.

GAND.—LE QUAI AUX HERBES, PIGNON DES FRANCS-BATELIERS.

GAND.—LE QUAI AUX HERBES, PIGNON DES FRANCS-BATELIERS.

Au pied du beffroi, presque devant la façade classique de l'Hôtel de ville, on a dégagé, restauré et complété—on dégage et on restaure beaucoup en ce moment à Gand—un bel édifice des quatorzième, quinzième et vingtième siècles, la vieille Halle aux draps.

C'est un vaste bâtiment à deux étages soutenus par des contreforts, entre deux beaux pignons flanqués de tourelles, l'un ancien, l'autre tout neuf. Au-dessus de la grande salle se trouve une magnifique salle inférieure, une sorte de crypte voûtée sur deux épines de gros piliers, et occupée actuellement en brasserie, authentique brasserie Moyen-Age cette fois, décor en vrai, bien fait pour donner encore meilleur goût à la bonne bière belge.

Comme le château des Comtes, tout cela, Halle aux draps et beffroi, se trouvait, il y a peu d'années, à peu près complètement enveloppé dans un massif de maisons sans caractère, parmi lesquelles il y avait la prison de la ville; on a rasé ces bâtisses en conservant seulement, à la base du beffroi, l'entrée de la prison. Ne disons pas trop de mal du dix-huitième siècle, il avait placé là une jolie chose, leMammeloker, grand bas-relief décoratif, au milieu d'un fronton concave, représentant «la jeune Romaine qui nourrit de son lait son vieux père condamné à mourir de faim dans un cachot», ce qui est un gentil et coquet frontispice pour une prison.

En descendant par les divers marchés, marché au beurre ou au blé, on se trouve jeté sur un autre point célèbre de la cité de Gand, sur le quai aux Herbes où les grandes Maisons de Corporations, les pignons gothiques, Renaissance et même romans, se reflètent dans l'eau de la Lys, quand il n'y a pas trop de bateaux amarrés aux quais. C'est un point fort animé sur terre ou sur l'eau, et très remuant, très bien encadré de tous les côtés.

La magnifique façade du plus important de ces pignons, celui de la maison des Francs-Bateliers, vient d'être restaurée, on a retouché ou refait les moulures et sculptures de ses quatre ou cinq étages de fenêtres, ses nombreux écussons, le bas-relief au-dessus de la porte représentant une nef du quinzième siècle, les sculptures du pignon figurant des matelots, ainsi que celles des pinacles.

GAND—PORTIQUE DU MARCHÉ AUX POISSONS.

GAND—PORTIQUE DU MARCHÉ AUX POISSONS.

GAND—PORTIQUE DU MARCHÉ AUX POISSONS.

Cette maison fut construite par la corporation des Francs-Bateliers—les Navieurs—en 1530. Sa voisine est moins ancienne, c'est une façade beaucoup plus simple avec pignon à gradins et quelques ornements sous les fenêtres. C'était la maison des Mesureurs de blé.

Le pignon qui suit après un pignon minuscule abrité sous son aile, se carre solidement, plus rude, plus trapu, vieille façade romane d'un grand caractère assombrie par les siècles. C'est la Maison de l'Etape, siège de perception du droit d'étape que Gand prétendait avoir sur les grains et autres marchandises, droit contesté qui fut le sujet de dissensions avec les autres villes de Flandre.

Le tableau se complète, après ces pignons historiques, par un fond de maisons d'une jolie coupe, qui paraissent encore plus pittoresques, le soir, lorsque s'allument leurs rangées de fenêtres serrées, trouant toute la largeur de la façade, et dont toutes les lumières se reflètent, dansant en zigzags de flammes dans les eaux noires de la rivière.

Aujourd'hui, tout ce quartier central est bouleversé par la construction de l'Hôtel des Postes: on a démoli un certain nombre de maisons depuis le quai jusqu'à Saint-Nicolas, et pendant que l'on était en train, on a jeté bas les petites maisons qui encadraient si bien cette église. Elles l'encadraient sans la cacher, ce n'était pas comme à la Halle aux draps; on peut les regretter, elles faisaient valoir la vieille église et sa grosse tour.

Peut-être, pourrait-on dire que cet Hôtel des Postes tient à se montrer un peu trop moyen-âgeux. Au cœur du vieux Gand, dans ce milieu historique, il lance en l'air trop de tourelles qui ne le sont pas du tout. Ainsi, à Courtrai, devant le beffroi, s'élève orgueilleusement un Hôtel des Postes, plus Moyen-Age que le Moyen-Age lui-même, plus hérissé de tourelles que le vieux beffroi d'en face.

Il y a peut-être là exagération d'un bon principe, le principe du Traditionalisme en architecture, autrement dit, de la vraie Renaissance. C'est très bon et très heureux, l'adoption du style national, c'est-à-dire la reprise du style national flamand pur, non pas simplement pastiché, mais continué et adapté à notre époque et à ses nécessités. C'est surtout une question de goût et de mesure. Les gares de Furnes et de Bruges sont gothiques, pourtant elles n'ont rien de choquant, au contraire, car c'est un gothique logiquement adapté; tandis qu'on en connaît d'autres—il est vrai qu'elles sont d'une époque antérieure et mauvaise—qui sont Moyen-Age à peu près comme l'étaient les troubadours de pendule.

On peut trouver de meilleurs exemples récents. A Tournai, il y a un entrepôt de style flamand tout à fait intéressant et soigné. Qu'est-ce généralement qu'un entrepôt? Quelque chose comme un hangar à marchandises, une bâtisse ordinairement très laide, tandis qu'il y a là une recherche d'art et un fort bel édifice.

GAND.—MAISON DE LA FAUCILLE.

GAND.—MAISON DE LA FAUCILLE.

GAND.—MAISON DE LA FAUCILLE.

Saint-Bavon, la cathédrale, n'est Saint-Bavon que depuis que Charles-Quint supprima l'abbaye de Saint-Bavon, pour construire la citadelle destinée à mater la ville souvent rebelle. Avant qu'elle héritât du vocable et du chapitre de l'abbaye, elle était l'église Saint-Jean. C'est un très beau monument du treizième siècle pour le chœur, et du seizième pour la tour et le reste. La tour, cantonnée de quatre fines tourelles, est très haute, même sans flèches. Du côté de l'abside, sous les gables des premières chapelles, au pied d'un haut transept aux immenses verrières se blottit une petite chapelle extérieure. Les tourelles du transept, la grosse tour, la Halle aux laines dans le fond, et le beffroi, cela fait sur le ciel un alignement de silhouettes bien découpées.

Quant à l'intérieur, il semble un peu froid, grâce aux marbres blancs et noirs qui ferment le chœur, mais on y voit d'intéressants monuments, de grands tombeaux d'évêques, une superbe chaire, de nombreux tableaux dans les chapelles, parmi lesquels un Van Dyck célèbre: l'adoration de l'Agneau mystique, un Rubens sur la vie de saint Bavon, où l'on voit saint Bavon en gentilhomme Louis XIII se retirant du monde à l'abbaye de Saint-Amand. Saint Bavon était un noble Gantois du septième siècle qui, dans la première partie de sa vie, s'abandonna vilainement à toutes les débauches, déshonora sa famille et fit mourir sa femme de chagrin. Terrassé soudain par le remords, il chercha à obtenir le pardon du ciel par une vie d'austérités dans le cloître voisin, où il mourut en odeur de sainteté.

La chaire est à elle toute seule un immense monument, comme toutes les chaires des dix-septième et dix-huitième siècles que l'on voit en Belgique, d'une composition extraordinairement touffue, d'aspect peu religieux, qui sont plutôt des décorations de théâtre, malgré tout le talent déployé par des sculpteurs très savants, et malgré toute l'imagination mise en œuvre pour trouver des sujets allégoriques, bibliques, presque mythologiques même, puisqu'on y voit quelquefois le père Temps et des Vertus et qui semblent des Déesses, avec une profusion d'accessoires extraordinaires animés ou inanimés, des chars, des chevaux, des barques, etc...

Ici, l'ordonnance est fastueuse et très décorative: un double escalier très contourné et tarabiscoté, gardé par de grandes figures d'anges, encadre le groupe principal, la Vérité ou la Religion montrant les Livres Saints à un vieillard barbu qui représente à la fois le Temps et le Monde. Au sommet de la chaire, parmi des branchages désordonnés et des draperies soulevées par une nichée de chérubins voltigeant, des petits anges plantent la Croix.

L'œuvre, en bois et en marbre, terminée en 1745, est du sculpteur gantois, Laurent Delvaux.

L'église Saint-Jacques, sur une place en arrière du Marché du Vendredi, est un grand édifice très pittoresque dans ses parties élevées, très découpé, où, sur une nef et des chapelles gothiques, se dressent deux belles tours romanes sur la façade, et une tour centrale également romane, terminée par un étage gothique portant une haute flèche effilée. A l'intérieur, se voient quelques beaux monuments et un très curieux tabernacle de marbre en forme de clocher dix-septième siècle, à quatre ou cinq étages en retrait les uns sur les autres.

Saint-Nicolas, c'est la vieille église noircie, aux murailles patinées à souhait, qui se dresse sur le vieux Marché aux grains, au point le plus mouvementé de la ville. Elle a subi de nombreusesvicissitudesau cours des siècles. Pendant les guerres de religion, lorsque Gand fut au pouvoir des armées des Provinces Unies, on y avait logé la cavalerie, les chevaux et le fourrage. Plus tard, en très triste état, presque ruinée, elle avait frisé la démolition. Par bonheur, les échevins la sauvèrent de la pioche.

GAND.—ÉGLISE SAINT-NICOLAS.

GAND.—ÉGLISE SAINT-NICOLAS.

GAND.—ÉGLISE SAINT-NICOLAS.

Il y a bien peu d'années, elle était encore entourée de petites maisons accrochées sur les bas-côtés ou le long du portail, enserrant le pignon étroit, très noir, de mine sévère, flanqué de deux tourelles à demi romanes, plaquées du haut en bas d'arcatures en plein cintre ou en ogive. Cela faisait valoir, au-dessus des vieilles murailles noires, criblées de blessures, écorchées en bien des endroits, la grosse tour centrale, sombre et rébarbative. Tout l'ensemble: l'église et les petites maisons, avec le mouvement du marché sur la place, plus étroite alors, constituait un joli tableau, vu du fond d'une petite rue disparue sous le nouvel Hôtel des Postes. Peut-être, une fois la restauration terminée, cela fera-t-il mieux, mais ce sera, en fin de compte, moins pittoresque probablement.

GAND.—LE MAMMELOKKER. (Bas-relief de l'ancienne porte de la prison communale.)

GAND.—LE MAMMELOKKER. (Bas-relief de l'ancienne porte de la prison communale.)

GAND.—LE MAMMELOKKER. (Bas-relief de l'ancienne porte de la prison communale.)

Rien de bien remarquable à l'intérieur des écussons armoriés accrochés aux piliers, quelques tableaux, un, entre autres, rappelant un citoyen de Gand, Olivier van Minjau, qui fut un notable chef de famille, père de dix filles et de vingt et un fils, à la tête desquels,—seulement les fils,—armés en guerre, il s'était montré, en 1526, à une solennelle entrée de Charles-Quint, qui s'empressa de lui accorder une pension probablement très nécessaire.

Et ces trente et un enfants, moins de trois mois après, mouraient dans une épidémie de suette importée d'Angleterre, et s'en venaient, avec leurs parents, se coucher au cimetière entourant Saint-Nicolas.

Il y a encore Saint-Michel, Saint-Pierre, Saint-Martin, Saint-Etienne, Saint-Sauveur, Sainte-Anne, cette dernière moderne. Saint-Michel a une très vilaine et très triste façade, sous une tour restée inachevée depuis des siècles, mais le côté de l'abside qui trempe dans l'eau de la Lys est d'un effet assez pittoresque, vu du pont réunissant le Quai aux Herbes au Quai au Blé. En arrière de cette abside, une longue façade grise et morne trempe aussi dans la rivière, vieille muraille de couvent abandonné alignant deux files de fenêtres ogivales, les unes bouchées, d'autres plus ou moins transformées. C'était un couvent de Dominicains qui eut des malheurs au temps des guerres de Religion; son église a disparu, mais le cloître défiguré subsiste, simple cour aujourd'hui, pour des bâtiments convertis en magasins et logements.

L'église Saint-Pierre a été construite sur l'emplacement d'un oratoire de Saint-Amand, c'est l'église classique du dix-septième siècle, un portail à fronton surmonté d'un dôme. Cela s'arrange bien de loin, au-dessus de l'eau, parmi le vert des arbres et le rouge des toits. A l'intérieur, des sculptures et de belles grilles de chœur de style Louis XV.

Saint-Martin, très loin du centre, au boulevard d'Akkergen, est assez curieux avec ses trois nefs d'un gothique très simple et sa chapelle annexe du Saint-Sépulcre; les autres églises ont peu d'intérêt.

Gand possède plusieurs béguinages, il y a le petit et le grand, ce dernier tout à fait moderne; une curieuse petite ville toute neuve a remplacé l'ancien grand béguinage, ou béguinage Sainte-Elisabeth, rue de Bruges, du côté de la porte du Rabot. C'était aussi une petite ville à part dont il reste quelques ruelles avec quelques curieuses rangées de petites maisons, et l'église, aujourd'hui paroisse Sainte-Elisabeth, édifice du dix-septième siècle. Il y avait là six cents béguines; le nouveau grand béguinage en compte au moins autant.

L'institution des béguines date de loin, on la fait remonter aux temps mérovingiens et la fondatrice de l'ordre serait en même temps quelque chose comme la fondatrice de la monarchie carlovingienne. Cette fondatrice marraine de l'ordre, c'est sainte Begga, qui vivait au septième siècle.

Quand on va de Louvain à Liége, on passe à Landen, vieux petit pays dont les contours ont de l'allure, village modeste, mais berceau illustre de la famille carlovingienne. Vers le milieu du septième siècle, vivait dans un burg sur ces collines, Pépin de Landen, dont la fille ou la sœur, la princesse Begga, devint duchesse de Brabant et mère de Pépin d'Héristal,—par conséquent, grand'mère de Karl Martel, qui à la tête de toute la chevalerie franque, refoula les hordes de l'Islam, parvenues à Poitiers,—par conséquent aïeule de Charlemagne, Empereur d'Occident à la barbe florie.

GAND.ENTRÉE DU NOUVEAU BÉGUINAGE.

GAND.ENTRÉE DU NOUVEAU BÉGUINAGE.

GAND.ENTRÉE DU NOUVEAU BÉGUINAGE.

L'institution de Sainte-Begga a traversé les siècles, il est peu de villes en Belgique qui n'aient leur petit enclos de béguines. Les béguines ne sont pas des religieuses, elles n'ont pas prononcé de vœux éternels, ce sont des femmes qui, sans abandonner complètement le monde, se réunissent dans des enclos consacrés, en vertu de fondations anciennes, pour vivre, travailler et prier en commun. C'est un refuge pour des femmes que la solitude dans le monde effraie, qui n'y trouveraient que le vide et la désolation dans la vieillesse, pour des veuves qui veulent passer le restant de leur vie dans une retraite pieuse. Elles peuvent n'avoir qu'un très petit pécule et compléter la somme nécessaire à leur entretien par un travail de couture ou de dentelle. Ainsi, en associant leurs ressources à plusieurs, la vie leur devient facile.

La discipline du béguinage n'a rien de celle des cloîtres fermés, les béguines peuvent sortir, aller et venir, rentrer dans le monde, s'il leur plaît; les petites maisons, suivant leur importance, sont occupées par une béguine ou par un groupe. Elles vivent et travaillent ensemble, égrènent des rosaires, et quand la cloche de la petite église tinte, de chaque petite porte sortent des formes noires, des femmes enveloppées de longues mantes, en cornettes blanches ou en capuchons, chaque ruelle fournissant son contingent à la longue file en marche lente vers l'église, dans la paix et le silence qui planent sur l'enclos. Ces petits groupes, ces mantes sombres isolées, c'est comme un long chapelet vivant, à grains noirs se déroulant à travers les ruelles.

Aux offices du soir, la cloche les exhorte,Et chacune s'y rend, mains jointes, les yeux clos,Avec des glissements du cygne dans l'eau morte.

Aux offices du soir, la cloche les exhorte,Et chacune s'y rend, mains jointes, les yeux clos,Avec des glissements du cygne dans l'eau morte.

a dit Rodenbach, le poète des béguinages, du silence et de toutes les mélancolies, à qui justement Gand vient d'élever un monument près de l'église de l'ancien grand béguinage.

Les deux béguinages de Gand ont été fondés en 1234 par la comtesse Jeanne de Constantinople et sa sœur Marguerite. Le petit béguinage Notre-Dame est toujours à la même place, rue Longue-des-Violettes, joli nom pour ce nid d'humbles et pauvres existences, mais les violettes sont aujourd'hui bien enfermées dans les grandes bâtisses et les rues en rumeur, à deux pas du mouvement le plus intense de la vie moderne, près de la grande gare.

Comme tous les enclos de béguines, celui-ci a son église, édifice du dix-septième siècle, joli à l'intérieur, en dépit de la froideur peu engageante de sa façade.

GAND.—INTÉRIEUR DU NOUVEAU BÉGUINAGE.

GAND.—INTÉRIEUR DU NOUVEAU BÉGUINAGE.

GAND.—INTÉRIEUR DU NOUVEAU BÉGUINAGE.

Le nouveau grand béguinage du Mont Saint-Amand, qui ne date que d'une trentaine d'années, est un peu en dehors de la ville, au-delà de l'abbaye de Saint-Bavon et des bassins. Il faut passer un certain nombre de canaux, la Lys, le bas Escaut, des voies ferrées, avec les gares d'Eecloo et du pays de Waes, entendre des sirènes de navires et des sifflets de locomotives, traverser les premières rues noires de charbon d'un faubourg industriel pour aboutir tout à coup au paisible petit village des béguines.

Que c'est à la fois près et loin de toutes ces usines et de tout ce mouvement de la grande ville! Il suffit de franchir le portail gothique pour tomber dans un autre monde, en dehors du temps et de la vie, qui, de l'autre côté de la muraille, gronde et se précipite tumultueusement.

Entièrement clos de hautes murailles de briques, le béguinage se compose d'un certain nombre de rues et de ruelles, autour d'une église dont on aperçoit le haut pignon dès la voûte ogivale de l'entrée. Ce Nouveau Béguinage, c'est en somme une petite ville construite tout d'une pièce, très intéressante dans son ensemble et charmante par l'aspect général, par tous les détails pittoresques que le tracé des rues et la plantation très étudiée des maisons fournit à chaque pas.

Tout est en briques, les murs des jardins, les maisons, avec des toits de grosses tuiles claires; ces maisons diverses d'importance, sont très variées de formes, avec des pignons en escaliers, des arrangements de fenêtres ou de toits, des lucarnes, de jolies portes de jardin.

On compte, dans l'enceinte, une quinzaine de couvents, plus de quatre-vingts maisons et une église au centre, église à nef très haute, grand portail flanqué d'une tourelle et campanile surmonté d'une longue flèche ardoisée. Plus de six cents béguines vivent dans ce village, dans ces petites maisons qui doivent être très claires, derrière les vitres des fenêtres nombreuses, groupées par rangées ou espacées deux par deux.

Dans le dédale des rivières, des canaux et des rues, d'une ville à la topographie aussi compliquée que celle de Gand, combien de choses intéressantes et d'aspect curieux rencontrées au hasard des promenades. Parmi toutes ces constructions nouvelles des grandes rues, ou les bâtisses industrielles qui s'alignent le long des berges, il y a bien des coins imprévus, des restes importants du vieux Gand, ou de pittoresques perspectives s'ouvrant tout à coup sur l'eau.—Lys, Liève, Escaut, bras, dérivations ou canaux—, avec souvent par-dessus les toits, quelques monuments se détachant sur le ciel.

Les vieilles maisons sont nombreuses dans les quartiers du centre, vers le Marché du Vendredi ou le Palais de Justice. Un des plus importants de ces vieux logis se rencontre derrière l'Hôtel de ville, dans la rue du Refuge, c'est l'hôtel connu sous le nom de la Faucille, ancien logis seigneurial occupé aujourd'hui par le Conservatoire de musique. La cour se laisse voir maintenant, complètement ouverte, grands bâtiments de briques sur arcades, avec une haute tour à laquelle s'appuie une petite chapelle également portée sur arcades, très beau morceau du quinzième siècle.

Dans la rue du Haut-Port, à côté, ce sont encore de hauts pignons à redans de la même époque, puis, rue du Serpent, rue des Gainiers, de vieilles façades brunies, quai de la Grue, rue du Vieux-Bourg, des maisons du dix-septième siècle à pignons décorés et curieux bas-reliefs sous chaque fenêtre.

Sur la Lys, la Vieille Boucherie est un grand bâtiment sombre, annexe de la Poste, où la Halle aux viandes fut établie en 1417; son pignon a encore quelque beauté pittoresque.

La Vieille Boucherie avait sa chapelle dont on a retrouvé des peintures murales. Dans la très importante corporation des bouchers, jadis, ne pouvaient entrer que les membres de quatre familles privilégiées monopolisant le commerce de la boucherie. Très bien vus au Palais, au temps de Charles-Quint, les bouchers fournissaient aux entrées princières une garde d'honneur, et leur bannière avait un bon rang dans toutes les cérémonies.

Le Musée d'archéologie est établi dans l'ancienne église des Carmes chaussés: il est très riche en tableaux provenant des couvents, en étendards, bannières, écussons, souvenirs divers des anciennes corporations.

GAND.—ÉGLISE DU NOUVEAU BÉGUINAGE.

GAND.—ÉGLISE DU NOUVEAU BÉGUINAGE.

GAND.—ÉGLISE DU NOUVEAU BÉGUINAGE.

De l'autre côté du Marché aux grains, dans la rue des Champs, ce sont encore de belles façades, mais plus jeunes, des architectures pompeuses, de nobles hôtels du dix-huitième siècle, parmi lesquels se remarque surtout le portique de l'hôtel Steenhuyse, habité par le roi Louis XVIII en 1815, pendant les Cent Jours, alors que les réfugiés de la Cour de France remplissaient Gand, en attendant la fin des derniers soubresauts de l'aigle, dans le carnage de Waterloo.

GAND.—LE RABOT.

GAND.—LE RABOT.

GAND.—LE RABOT.

A côté de l'Hôtel Steenhuyse, le Palais de Justice classique s'élève imposant et massif, sur une pointe entre la Lys et le canal des Chaudronniers. Plus loin vers les quartiers neufs, quelques vieilles choses encore, ce sont les restes de l'ancienne abbaye de la Biloque dans l'enceinte des hospices civils, un superbe pignon du treizième siècle, une salle curieuse, un grand pignon du quatorzième siècle, aussi intéressant comme décoration, et des bâtiments divers.

De la cour du Prince, l'ancien Prinsen Hof, où naquit Charles-Quint, il ne reste guère que de vagues traces derrière le château des Comtes, mais la rue qui en marque le contour conduit à un important débris de la vieille cité, le fort du Rabot, aujourd'hui entouré de choses bien modernes, des bâtiments de gare ou d'autres aussi peu intéressants. Le Rabot, qui n'a plus aujourd'hui toute sa hauteur, le sol ayant été relevé, se compose de deux grosses tours reliées par un bâtiment à pignon; l'ouvrage fut élevé en 1489, pour défendre un saillant de rempart et l'écluse de la Liève.

BRUGES.—LE LAC D'AMOUR.

BRUGES.—LE LAC D'AMOUR.

BRUGES.—LE LAC D'AMOUR.

Le bourg et ses monuments.—En haut du beffroi.—Le carillon.—Le Saint-Sang.—Les cygnes expiatoires.—Les grandes églises.—L'hôtel de Gruuthuse.—L'hôpital Saint-Jean.—Le lac d'Amour et le béguinage.

Le Musée archéologique de Bruges conserve le cuivre d'un admirable plan dessiné par Gheeraerts, en 1562, où toutes les rues et places, les canaux, les églises, les édifices et toutes les maisons, une à une, se trouvent figurés à vol d'oiseau, avec un détail et un fini remarquables. Ce portrait de sa jeunesse, ou plutôt de son bel âge, Bruges peut le regarder encore avec orgueil; malgré les trois siècles et plus qui ont passé sur elle, le portrait est toujours ressemblant. Bruges n'a pas de rides, Bruges est restée Bruges la belle, aujourd'hui, comme alors. C'est toujours Bruges la princesse, en robe rouge à ramages gothiques.

Ne l'appelons jamais Bruges-la-Morte, Bruges est bien vivante, elle n'est même nullement mélancolique, quoi qu'on dise. De la mélancolie, il y en a peut-être dans certains quartiers, mais rien de maladif ni de dolent. Et quelle ville n'a pas ses coins un peu abandonnés, dont l'aspect semble un bâillement ou une lamentation? Bruges n'a pas de ces coins-là, car la mélancolie y est de la poésie.

Elle a moins de population qu'autrefois, cela est exact, l'ardeur et les fièvres du négoce qui la tenaient jadis l'ont un peu abandonnée sans doute, mais qu'importe si elle demeure toujours superbe autant que Venise, avec seulement moins de bleu dans le ciel, et si elle reste vraiment la Perle des Flandres.

Bruges combat pour la beauté, puisque tous ses efforts tendent à sauvegarder son caractère de ville d'art, de reliquaire de vieilles et précieuses architectures, puisqu'elle entretient soigneusement ses grands monuments, puisqu'elle restaure ceux que le temps veut détruire, et qu'elle rétablit même les façades de celles de ses maisons qui, aux époques d'aberration, avaient subi, sous prétexte de modernisation, des grattages et des transformations.

Elle combat pour la beauté, puisque dans ses constructions nouvelles elle reprend les traditions de son passé, et réussit à concilier les convenances modernes avec les sentiments et le goût des ancêtres.

LE BEFFROI DE BRUGES.

LE BEFFROI DE BRUGES.

LE BEFFROI DE BRUGES.

Cela se voit dès la gare. Mon Dieu oui, la gare n'étonnerait nullement l'artiste du plan de 1562, qui la dessinerait immédiatement. Une gare, c'est, dans la vie actuelle, aussi important qu'un Hôtel de ville. Pourquoi ne pas fignoler une gare autant qu'un beffroi ou une porte de ville? Bruges a fignolé la sienne et elle a donné un bon exemple. Il y a dans cette gare, une salle des Pas Perdus qui semble une salle échevinale, et un beffroi domine le tout de très haut, pour donner l'heure au loin. Bonne entrée de ville, cela remplace les portes monumentales, militaires ou autres.

BRUGES.—CHAPELLE DU SAINT-SANG.

BRUGES.—CHAPELLE DU SAINT-SANG.

BRUGES.—CHAPELLE DU SAINT-SANG.

Au point de vue de la beauté sur laquelle le poète nous convie à écarquiller nos yeux:

«Ecarquille les yeux à la beauté des choses...»

«Ecarquille les yeux à la beauté des choses...»

le présent, presque partout, n'a rien à gagner aux comparaisons avec jadis. Ici, dans ces rues de Brugesla belle, le présent n'est que le passé qui continue. Qu'il continue donc longtemps, et saisissons toutes les occasions qu'il offre d'écarquiller nos yeux.

D'abord, pénétrons au cœur de la cité, pour saluer le grand Beffroi, si fièrement campé sur le bâtiment des Halles, depuis le treizième siècle.

Le berceau de Bruges, c'est le vieux bourg, c'est-à-dire le Burg, avec le Palais du Franc et l'Hôtel de ville; la Grande Place et ses entours, ensemble défendu alors par des murailles et des canaux. Cela, c'était la ville des premiers temps, assez vite forcée de s'agrandir, en raison de la prospérité de son commerce, d'élargir à plusieurs reprises sa ceinture de murailles, pour loger tous ces gens de négoce qui venaient à elle, et abriter leurs navires, des centaines de nefs de toute taille, dans ses canaux ou dans son avant-port de Damme, créé au douzième siècle, sur le bras de mer du Zwin.

BRUGES.—HOTEL DE VILLE ET CHAPELLE DU SAINT-SANG, VUS DU BEFFROI.

BRUGES.—HOTEL DE VILLE ET CHAPELLE DU SAINT-SANG, VUS DU BEFFROI.

BRUGES.—HOTEL DE VILLE ET CHAPELLE DU SAINT-SANG, VUS DU BEFFROI.

Bruges se développe, grandit et prospère jusqu'au quatorzième siècle, qui marque l'apogée de sa fortune. Alors, sur le Burg, il y avait le Palais du Comte, la maison des échevins ou l'Hôtel de ville, la chapelle du Saint-Sang. A côté, sur la Grande Place séparée par un canal, le grand bâtiment des Halles. Autour, dans la ville, des églises admirables, des monastères, des comptoirs de marchands de toutes les nations, c'est-à-dire des halles particulières à chacune de ces nations, quinze ou vingt grands édifices solides, faciles à défendre, pour loger commis et marchandises affluant de toutes les contrées d'Europe et d'Orient, une quantité de somptueux hôtels de noblesse ou de riche bourgeoisie, cent cinquante mille habitants, quatre-vingts corporations florissantes, pour le trafic ou la fabrication des draps, laines, cuirs, etc.

La premièreBourseétait fondée pour tous ces négociants, elle tirait son nom de la maison Van-der-Beursen, qui portait trois bourses dans ses armoiries.

Pour marquer sa grandeur et sa puissance, au milieu du treizième siècle, Bruges élève sur sa Grande Place le bâtiment des Halles que nous voyons aujourd'hui, et le Beffroi, symbole de la liberté communale et de l'union des bourgeois et artisans des métiers.

BRUGES.—LES PIGNONS DU FRANC ET ENTRÉE DU MARCHÉ AU POISSON.

BRUGES.—LES PIGNONS DU FRANC ET ENTRÉE DU MARCHÉ AU POISSON.

BRUGES.—LES PIGNONS DU FRANC ET ENTRÉE DU MARCHÉ AU POISSON.

Elle est immense, cette Grande Place, et bien à la mesure du formidable beffroi. Les Halles tiennent tout le fond, un carré massif flanqué de tourelles aux angles; du centre de ce massif, l'énorme tour jaillit et monte par étages successifs, deux étages carrés, chacun à plate-forme crénelée, flanquée de tourelles, puis, après le deuxième, un étage octogonal très en retrait, construit seulement en 1482, l'étage des cloches, relié par un arc-boutant à chaque tourelle d'angle. Le sommet est à 80 mètres du sol; il y eut autrefois, sur cette dernière plate-forme, une flèche terminale trois fois incendiée, la dernière fois, en 1742, et qui n'a plus été refaite.

Le symbole est clair et apparaît encore mieux qu'à Ypres; l'énorme beffroi dominant de toute sa taille les Halles à ses pieds, c'est bien la force, la puissance communale, abritant et protégeant le libre trafic des citoyens.

A l'intérieur, les Halles sont occupées à droite par la boucherie, marché aux viandes pittoresquement installé, et à gauche, par le Musée archéologique.

C'est une jolie ascension que celle des quatre cents marches de la tour, mais la vue qu'on a de la plate-forme vaut bien un peu de fatigue. Au dernier étage, dans la partie octogonale, se trouve le célèbre carillon de quarante-neuf cloches et le gros bourdon. Il faut monter par une sorte d'échelle qui passe en travers des grandes ogives complètement ouvertes et par lesquelles on aperçoit le pavé de la place et les toits des maisons, tout en bas. C'est fort joli déjà, on s'attarde naturellement à tous les détails, et pendant ce temps-là l'horloge vient à sonner la demie ou le quart, la grosse cloche se met en branle, le carillon commence sa chanson, l'escalier tremble, la Tour vibre tout entière. Alors l'ascensionniste sent la tête lui tourner et se croit presque en train de descendre en musique avec la Tour, et les quarante-neuf cloches, et le gros bourdon, sur le pavé d'en bas.

Mais le carillon s'est tu, les dernières notes s'envolent allègres et légères pour aller réjouir les passants au loin, et le beffroi se calme. Sur la plate-forme, c'est l'éblouissement. On plane sur les deux places, le Burg et la Grande Place, au-dessus des grands édifices entourant le vieux Beffroi, l'Hôtel de ville, le Palais du Franc, l'Hôtel provincial, la chapelle du Saint-Sang, toute une poussée de cimes ardoisées, de lignes de toits enchevêtrés de toutes les façons, de pointes, de pinacles, de clochetons de toutes formes, de tourelles qui semblent des minarets, de flèches gothiques, lançant le plus haut possible, leurs boules et leurs girouettes.

Et les premiers canaux, le Dyver, le canal du Rosaire, les quais se prolongeant en lignes de verdures ou en files de pignons, la topographie de la ville se révélant, avec ses hauts points de repère, les églises, avec les tours gigantesques de la cathédrale et de Notre-Dame, encadrant les fines découpures de l'hôtel Gruuthuse ou les masses sombres de l'hôpital Saint-Jean. Et tout autour, d'autres tours, d'autres édifices, des rues et des canaux à perte de vue, sur toute l'étendue de l'immense périmètre de l'ancienne enceinte, marqué par quelques portes restées debout dans un moutonnement de verdure.

BRUGES.—RUE DE L'ANE-AVEUGLE, ENTRE LE GREFFE ET L'HOTEL DE VILLE.

BRUGES.—RUE DE L'ANE-AVEUGLE, ENTRE LE GREFFE ET L'HOTEL DE VILLE.

BRUGES.—RUE DE L'ANE-AVEUGLE, ENTRE LE GREFFE ET L'HOTEL DE VILLE.

Une belle ligne de pignons fait face aux Halles au fond de la Grande Place. La ville a dressé devant elles le monument du boucher Breidel et du tisserand Pierre de Coninck, qui soulevèrent la population de Bruges en 1302 contre le parti des Lys, et, dans une terrible bataille de rues, massacrèrent tout ce qu'il y avait en ville de chevaliers et de soldats français, massacre qui fut le prélude de la grande journée des Eperons d'or, sous les murs de Courtrai.

Une petite rue réunit la Grande Place et le Burg. Après les lignes sévères des Halles et du beffroi, voici dans les façades de l'Hôtel de ville, du Greffe du Franc et du portique du Saint-Sang, toutes les fleurs de l'architecture ogivale dans leur complet épanouissement, et même des fioritures de la Renaissance, des boutures étrangères qui vont prendre dans le sol de Flandre et produire des fantaisies nouvelles.

L'Hôtel de ville est de la fin du quatorzième siècle. Façade élégante et fine en lignes ascendantes, de hautes fenêtres, de fines tourelles découpées, des séries de statues superposées, remplaçant les statues originales polychromes, malheureusement détruites par les armées de la Révolution.

A l'intérieur, se voit une belle salle échevinale récemment restaurée, où de grandes compositions résument les belles périodes de l'histoire de la cité, les grands événements et les vieilles institutions.

En prolongement de l'Hôtel de ville, à droite, s'élève la chapelle du Saint-Sang, avec un porche charmant en retour d'équerre, jolie décoration gothique du seizième siècle. A gauche, ce sont les pignons du Greffe, façade extrêmement décorée d'une gaie fantaisie. Le Saint-Sang, lieu de pèlerinage célèbre, église double à deux étages, se compose d'une chapelle basse dédiée à Saint Basile par le comte Thierry d'Alsace, au douzième siècle, chapelle romane sur gros piliers massifs, et d'une chapelle supérieure, reconstruite au quinzième siècle, dans laquelle est conservée, en une châsse précieuse, la relique rapportée de la croisade par le Comte Thierry.

BRUGES.—ÉGLISE NOTRE-DAME, ANCIEN PORTAIL DU PARADIS, AUJOURD'HUI BAPTISTÈRE.

BRUGES.—ÉGLISE NOTRE-DAME, ANCIEN PORTAIL DU PARADIS, AUJOURD'HUI BAPTISTÈRE.

BRUGES.—ÉGLISE NOTRE-DAME, ANCIEN PORTAIL DU PARADIS, AUJOURD'HUI BAPTISTÈRE.

Entre le Greffe et l'Hôtel de ville, se glisse, sous une voûte, recouverte d'un charmant petit pignon, la ruelle de l'Ane-Aveugle, si jolie, si connue, presque autant que le canal du Pont des Soupirs, à Venise; elle débouche sur un point non moins connu, motif pittoresque devant lequel il y a toujours des chevalets de peintres dressés, des albums ouverts et des boîtes d'aquarelles en fonctions, le canal passant derrière le Palais du Franc, avec les pignons de l'arrière-façade se mirant dans l'eau calme, où le lent sillage des cygnes coupe et recoupe les reflets tremblotants des architectures de tous les tons de rouge, sombres ou clairs.

Ces cygnes si poétiques, qui glissent majestueusement sur tous les canaux de Bruges, c'est, faut-il le dire, un remords qui surnage à travers les siècles, un «Souviens-toi» imposé à la ville à perpétuité, après le meurtre, par les bourgeois, révoltés contre Maximilien, de l'Ecoutête Pierre Lanchals, dont la tombe est à Notre-Dame. Le cygne expiatoire a été choisi parce queLanchalssignifie en flamandlong col.

C'est sur ce côté que se trouvent les restes intéressants, bâtiments crénelés, pignons et tourelles, du Palais des Comtes de Flandre, plusieurs fois détruit, et reconstruit au quinzième siècle.

Aux trois villes principales, Gand, Ypres et Bruges, qui constituaient les trois membres des Etats pour traiter des affaires de la Flandre, il avait été adjoint un quatrième membre, le Franc de Bruges, c'est-à-dire le bourgeois du dehors, chargé des intérêts des autres villes et des châtellenies. Le Palais des Comtes de Flandre devint le Palais du Franc, ou de la juridiction des magistrats du dehors. C'était un superbe édifice qui complétait bien l'ensemble de la Place, avec une tour faisant pendant à une autre disparue aussi, à l'angle du Saint-Sang, comme on le voit sur le plan de 1562, façade remplacée pendant le dix-huitième siècle, qui fut avec la moitié du dix-neuvième, une malheureuse époque pour l'art brugeois.

Dans ce Palais du Franc, aujourd'hui Palais de Justice, il y a la fameuse cheminée de l'ancienne salle Echevinale, vaste composition décorative des plus touffues, se reliant aux panneaux latéraux, où se voit au-dessus de l'histoire de la chaste Suzanne dans les quatre compartiments d'une frise en albâtre, une somptueuse décoration d'écussons, de trophées et de médaillons autour d'une statue de l'Empereur Charles-Quint, qu'accompagnent quatre autres belles statues des aïeux de l'Empereur, lignes paternelle et maternelle, Maximilien d'Autriche et Marie de Bourgogne, Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille.

En face du Palais du Franc, se trouve le Marché au poisson, avec le pignon d'une charmante petite maison et le tournant du canal du Rosaire. Toujours des vues bien connues, le quai du Rosaire et les vieilles maisons trempant directement dans l'eau qui semble dormir, des architectures rouges, grises, des verdures encadrant quelque joli détail, et tout à l'arrière-plan, la chapelle du Saint-Sang et ses annexes, dominées par le Beffroi.

Il n'y a qu'à se laisser aller le long de l'eau ou par les petites rues: le groupe des grandes églises est tout près. Notre-Dame, c'est la haute flèche aiguë qui porte une couronne à mi-hauteur. Sous la tour colossale soutenue de gros contreforts, s'abrite un portail du quinzième siècle, toute petite construction en hors-d'œuvre, pourvue d'un toit par-dessus sa balustrade. Cela s'appelait le portail du Paradis, c'est aujourd'hui le baptistère. A côté, en dehors des grilles, on a élevé récemment un petit monument gothique dédié à la Vierge, tout à fait charmant de lignes.

BRUGES.—CHEVET DE L'ÉGLISE NOTRE-DAME.

BRUGES.—CHEVET DE L'ÉGLISE NOTRE-DAME.

BRUGES.—CHEVET DE L'ÉGLISE NOTRE-DAME.

Un bien vilain jubé du dix-huitième siècle attriste l'intérieur; heureusement, il y a tant de choses remarquables dans les bas-côtés, tableaux ou monuments, que l'on peut arriver à l'oublier. Ce sont notamment le célèbre mausolée de Charles le Téméraire, élevé par Philippe II, en 1589, et celui de sa fille, la pauvre duchesse Marie de Bourgogne, morte à Bruges à l'âge de vingt-cinq ans, d'une chute de cheval pendant une chasse au héron. Le corps de Charles le Téméraire, tombé à la bataille de Nancy, après être resté à Saint-Georges de Nancy, jusqu'en 1550, fut alors amené par Charles-Quint, dans l'ancienne cathédrale de Saint-Donat de Bruges, qui se trouvait sur le Burg, en face de l'Hôtel de ville, et fut démolie à la Révolution.

Comme joli motif d'architecture, le bas-côté gauche possède l'oratoire de la famille de Gruuthuse, une claire-voie en bas et au-dessus la tribune elle-même, en belle menuiserie gothique, portée en encorbellement.


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