XBRUGES (suite).

BRUGES.—ENTRÉE DE L'HOPITAL SAINT-JEAN.

BRUGES.—ENTRÉE DE L'HOPITAL SAINT-JEAN.

BRUGES.—ENTRÉE DE L'HOPITAL SAINT-JEAN.

C'est que l'oratoire des sires de Gruuthuse communiquait avec leur hôtel situé sous les murailles de l'église, à côté de la tour. Magnifique logis gothique élevé au quinzième siècle, l'hôtel de Gruuthuse vient d'être restauré et dégagé, quelques salles sont occupées actuellement par le Musée des dentelles. Coffret précieux des fines merveilles créées par les dentellières de Bruges, l'hôtel est lui-même une dentelle de tourelles, de lucarnes et de balustrades qui se dessine superbement au pied de l'église, surtout par derrière, sous le chevet, quand on tourne vers le petit canal, au fond d'une ruelle solitaire.

Par la rue du Saint-Esprit, on va de Notre-Dame à la cathédrale Saint-Sauveur, monument sévère qui dresse, en face de la flèche gothique de Notre-Dame, un énorme clocher roman dont la base est du dixième siècle, rude et sans ouvertures jusqu'aux deux tiers de sa hauteur et se terminant ensuite par des étages en partie modernes, avec tourelles carrées aux angles, tourelles encore en retrait accompagnant une courte flèche. La nef de Saint-Sauveur, d'une grandeur imposante, renferme de nombreux monuments et objets d'art. Malheureusement, il y a encore ici, pour fermer le chœur un jubé de froid style classique.

BRUGES.—HOTEL DE GRUUTHUSE.

BRUGES.—HOTEL DE GRUUTHUSE.

BRUGES.—HOTEL DE GRUUTHUSE.

Les vieilles murailles les plus sombres de toute la ville, les briques les plus patinées, ce sont bien celles de l'hôpital Saint-Jean, des grands pignons austères devant Notre-Dame, comme des bâtiments divers, d'aspect si vieux et si dolent qui trempent dans l'eau du canal de la Reie et l'assombrissent au pont Notre-Dame. L'entrée au pied du vieux et fruste clocher de la chapelle est d'un grand caractère. Quelques cours, du silence et du recueillement, de vieilles murailles, des coins de verdure, un rayon de soleil qui passe, et, derrière ces vénérables pierres, des chefs-d'œuvre d'une fraîcheur et d'une jeunesse éternelles, les fameuses peintures de Memling, précieux trésor gardé en une salle spéciale.

BRUGES.—INTÉRIEUR DU BÉGUINAGE.

BRUGES.—INTÉRIEUR DU BÉGUINAGE.

BRUGES.—INTÉRIEUR DU BÉGUINAGE.

La légende veut que Hans Memling soit né à Bruges, elle en fait un soldat de Charles le Téméraire, échappé au désastre de Nancy et revenu mourant en son pays. Soigné à l'hôpital Saint-Jean, il aurait, par reconnaissance, exécuté pour l'hôpital ces merveilleuses peintures. Né à Bruges ou ailleurs, il paraît cependant prouvé qu'il s'y maria et qu'il y mourut. Outre la châsse de Sainte-Ursule, il y a le retable de Sainte-Catherine, un triptyque et différents panneaux d'une conservation miraculeuse.

Petites rues tranquilles, petites maisons bien calmes, au-dessus desquelles on entend comme un bruissement de feuillages. C'est le quartier du Béguinage et du Lac d'Amour, l'un des sites les plus poétiques de Bruges.

BRUGES.—HOPITAL SAINT-JEAN.

BRUGES.—HOPITAL SAINT-JEAN.

BRUGES.—HOPITAL SAINT-JEAN.

Ce qui donne au Béguinage de Bruges tout son caractère, c'est surtout sa situation à part, son enceinte complètement entourée d'eau, plutôt que des séductions architecturales. L'église est sans beauté, les maisons très simples, mais l'entrée en est charmante, avec la porte au bout du pont, sur un large canal ombragé de grands arbres, et comme fond, derrière des verdures tombant dans l'eau, des pignons et des toits rouges, la flèche de Notre-Dame et la tour de Saint-Sauveur montant dans le ciel vaporeux.

A l'intérieur, c'est un vaste carré herbeux, planté de grands arbres, à travers lesquels brillent les petites maisons blanchies, au-dessus de la bordure noire traditionnelle.

BRUGES.—PORTE DES BAUDETS, OU D'OSTENDE.

BRUGES.—PORTE DES BAUDETS, OU D'OSTENDE.

BRUGES.—PORTE DES BAUDETS, OU D'OSTENDE.

Ces vieux arbres conduisent au Lac d'Amour, si paisible et si frais, large bassin ombragé, très solitaire, quoique pourtant bien près du cœur de la ville. C'est un tableau délicieux dans son heureuse solitude, ce poétique Lac d'Amour où l'eau n'a pas une ride quand aucun cygne ne s'y aventure, et c'était, paraît-il, le bassin du Commerce au temps de la Bruges commerçante, l'arrivée des canaux de l'intérieur. Des remparts qui le défendaient, il reste toujours debout, comme dominante du tableau et rappel historique, une vieille tour enveloppée de verdure.

Bruges, par des travaux considérables à Zeebrugge, espère redevenir ville maritime et commerçante. Zeebrugge est à une bonne douzaine de kilomètres, il a fallu construire une énorme jetée de deux mille mètres s'avançant en courbe dans la mer, creuser un canal avec bassins, écluses, etc... Heureusement tout le trafic maritime est maintenu au loin et le Lac d'Amour n'a rien à craindre.

BRUGES.—PORTE SAINTE-CROIX.

BRUGES.—PORTE SAINTE-CROIX.

BRUGES.—PORTE SAINTE-CROIX.

La tour du lac n'est pas le seul reste des remparts; sur tout le périmètre, immense en réalité, si les murs de pierre ont été remplacés par des ombrages ou par de simples lignes d'arbres bordant le grand canal circulaire formant fossé, il y a encore quelques portes, la porte de Gand, la porte Sainte-Croix, la porte d'Ostende et la porte Maréchale. Elles se ressemblent toutes, c'est la porte classique, entre deux grosses tours rondes mais toujours dans la verdure, dans un encadrement de grands arbres.

La porte Sainte-Croix avait cette particularité, il y a quelques années, d'être accompagnée de deux grands moulins de bois, tournant sur la butte de l'ancien rempart. C'était tout à fait pittoresque, cela faisait tableau avec la porte sur le canal et, sous les moulins, l'antique local de la Guilde de Saint-Sébastien, confrérie des Archers, fondée au quatorzième siècle, l'une des deux Guildes armées ou Serments, l'autre étant la Guilde des Arbalétriers de Saint-Georges. Le bâtiment de briques, un beau pignon décoré, dominé par une très haute tour, date de 1573.

BRUGES.—LES MOULINS DE LA PORTE SAINTE-CROIX.

BRUGES.—LES MOULINS DE LA PORTE SAINTE-CROIX.

BRUGES.—LES MOULINS DE LA PORTE SAINTE-CROIX.

L'un de ces moulins est parti récemment, il n'en reste plus qu'un hélas, dont il faut souhaiter la conservation, puisque c'est le dernier survivant de tous ceux qui, alignés par dix ou douze sur certains points, tournaient depuis cinq siècles en haut du rempart, tout autour de la ville.

BRUGES.—PLACE VAN EYCK.

BRUGES.—PLACE VAN EYCK.

BRUGES.—PLACE VAN EYCK.

BRUGES.—ENTRÉE DU BÉGUINAGE.

BRUGES.—ENTRÉE DU BÉGUINAGE.

BRUGES.—ENTRÉE DU BÉGUINAGE.

Rues et canaux.—Le style flamand.—La Loge des Bourgeois et les Chambres de Rhétorique.—Les Loges des Nations.—La Toison d'or.

Nulle ville autre que Bruges ne présente, dans ses édifices bourgeois, le style flamand de la période gothique ou de la Renaissance aussi déterminé et caractérisé. Il y a dans Bruges une telle collection de pignons de tout âge, que les séries d'exemples abondent pour chaque époque, depuis les pignons les plus simples, les plus modestes, jusqu'aux façades les plus découpées et ouvragées, depuis l'humble petit pignon de maisonnette populaire, comme on en voit dans les quartiers pauvres, où les dentellières réunies par groupes, travaillent dans la rue, sur le pas de quelque vieille porte en ogive, jusqu'aux orgueilleux pignons des maisons de Corporations ou des logis de riches bourgeois, où la brique est travaillée et dessine du haut en bas de la façade, des cordons d'arabesques.

Le principe, c'est l'encadrement des portes et des fenestrages par des moulures, des rangées de briques en pointe ou taillées, mettant au sommet de chaque ouverture un arc trilobé, mais le tracé se complique et s'enjolive de fantaisies, et tout le pignon se décore de moulures, de grandes arcatures à crochets, de trilobés et de roses quadrilobées.

Au hasard de la promenade à travers la ville, en zigzaguant de rue en ruelle, en passant les canaux sur de vieux ponts plus ou moins en dos d'âne, notons les points où ces vieilles architectures se découpent le plus pittoresquement, et les coins de tableaux apparaissant par des ouvertures entre les murailles rouge sombre, avec des trous de lumière sur quelque morceau de jardin fleuri bien imprévu, ou sur quelque petit canal entrevu, se perdant mystérieusement dans un tohu-bohu de constructions.

On vient de restaurer, au centre de la ville, l'ancienneLoge aux Bourgeois, jadis lieu de réunion, local d'une société de l'Ours au quinzième siècle, ce que rappelle un ours placé depuis 1417 dans une niche,— «le plus vieux Bourgeois de Bruges», comme on le nomme—local devenu ensuite le siège de la Chambre de rhétorique du Saint-Esprit, et depuis 1719, de l'Académie des Beaux-Arts.

BRUGES.—LA LOGE AUX BOURGEOIS RESTAURÉE.

BRUGES.—LA LOGE AUX BOURGEOIS RESTAURÉE.

BRUGES.—LA LOGE AUX BOURGEOIS RESTAURÉE.

On sait ce qu'étaient ces Chambres de rhétorique des pays flamands, curieuse institution qui tint pendant plusieurs siècles une place des plus importantes dans la vie des cités, grandes ou petites. Leur origine est très ancienne et l'on pourrait les rattacher aux confréries du Gai Savoir des vieux trouvères, comme à celles des ménestrels et des acteurs des mystères et moralités.

Dans toutes les villes, même les plus modestes, ce qui indique bien l'extraordinaire prospérité des Flandres, malgré les guerres et les calamités publiques, étaient organisées, à côté de toutes les confréries diverses, combien nombreuses, une ou plusieurs Chambres de rhétorique, c'est-à-dire sociétés bourgeoises de récréation, académies littéraires s'occupant de fêtes, de musique, de poésie, sous le haut patronage des princes,—surtout au temps de la Maison de Bourgogne,—sociétés très bien vues, jouissant de nombreux privilèges et même subventionnées par les villes.

BRUGES.—PIGNON RUE FLAMANDE.

BRUGES.—PIGNON RUE FLAMANDE.

BRUGES.—PIGNON RUE FLAMANDE.

Les Chambres de rhétorique possédaient des locaux pour leurs réunions, elles avaient des dignitaires, des bannières, des insignes; elles organisaient des représentations dramatiques, des cortèges dans les grandes occasions, aux entrées des Rois ou des Princes et prenaient part en corps à toutes les processions et fêtes religieuses. Parfois s'ouvraient de grands concours entre les villes, et c'étaient des occasions de fêtes interminables, de réunions, de banquets, au cours desquels pour les beuveries joyeuses, circulaient les hanaps d'honneur, sous les écussons des personnages importants et les bannières victorieuses de la Chambre.

La vieille Loge aux Bourgeois, abîmée par les siècles, n'était plus qu'un bâtiment informe, lourd d'aspect, surmonté d'une tourelle découronnée, et maintenant, après restauration, ou reconstitution si l'on veut, c'est un fort joli fond de perspective pour le Canal du Miroir sur la Place Van Eyck, très belle place, admirablement encadrée par une rangée de magnifiques pignons, qui commence à l'ancienne Loge des Portefaix et au porche du Tonlieu, charmante petite construction du quinzième siècle, très décorée, restaurée de nos jours, comme toutes les façades de la rangée.

BRUGES.—ORATOIRE SOUS LES MURS DE SAINT-SAUVEUR.

BRUGES.—ORATOIRE SOUS LES MURS DE SAINT-SAUVEUR.

BRUGES.—ORATOIRE SOUS LES MURS DE SAINT-SAUVEUR.

La statue de Van Eyck s'élève face à la Loge aux Bourgeois; à côté, la rue qui tourne entre de vieilles maisons, conduit à une autre place plus solitaire, et à une autre statue de peintre, celle de Hans Memling, se détachant sur les pignons rouges d'un vieux couvent.

Nombreuses sont les belles façades, dans les rues centrales, rue Flamande surtout, qui en aligne des séries. Le plus original peut-être de tous ces pignons, est celui de la maison no53, en ogival de la dernière période, très joliment contourné et découpé en trois motifs.

Pas bien loin,—façade historique celle-là—se voit ce qui reste de l'ancienneLoge des Génois, curieuse par ses grands fenestrages. Cette place, c'était l'ancienne Bourse des Négociants: les vieilles images nous la montrent entourée de hautes constructions pittoresques richement décorées, comme le fragment subsistant de la Loge des Génois, laquelle possédait un étage de plus, couronné d'une ligne de créneaux, au lieu du fronton ajusté au dix-huitième siècle.

BRUGES.—BRETÈCHE SUR LE CANAL, AU PONT FLAMAND.

BRUGES.—BRETÈCHE SUR LE CANAL, AU PONT FLAMAND.

BRUGES.—BRETÈCHE SUR LE CANAL, AU PONT FLAMAND.

Aux grands siècles, alors qu'elle était la reine du commerce des Flandres, alors que, par cent ou cent cinquante quelquefois à la journée, les vaisseaux arrivaient par le Zwin à ses ports,—galéasses de Venise ou du Levant, vaisseaux de la Hanse d'Allemagne ou de Londres, navires d'Espagne, de Guyenne ou de Bretagne,—toutes les nations commerçantes possédaient des maisons consulaires, des comptoirs innombrables. Quelques-unes de ces maisons, des sortes de Halles, d'une importance considérable, étaient de magnifiques édifices de la plus riche architecture, avec des galeries pour les marchandises, des annexes, des boutiques, ce qui constituait, lors des grandes foires, régulières, de véritables expositions fréquentées par des négociants de toutes les nations.

L'ensablement de Zwin, au quinzième siècle, commença la décadence commerciale de Bruges, que les guerres de la Réforme achevèrent. Les anciennes Loges des Nations inutilisées disparurent, c'est à peine s'il en reste encore çà et là quelques indications comme la Loge des Génois, ou les débris de la Loge des Orientaux, ou la tourelle des négociants de Smyrne, qu'on aperçoit au fond de la place Van Eyck.

BRUGES.—PIGNON PROVENANT DE L'ANCIENNE LOGE AUX GÉNOIS

BRUGES.—PIGNON PROVENANT DE L'ANCIENNE LOGE AUX GÉNOIS

BRUGES.—PIGNON PROVENANT DE L'ANCIENNE LOGE AUX GÉNOIS

Çà et là, se présente quelque joli motif à dessin, par exemple la petite bretèche de briques très ornée accrochée à une maison donnant sur le canal, au Pont Flamand, construite par un riche orfèvre en 1514, une jolie rangée de hauts pignons, rue Queue-de-Vache.

Il faut aussi noter deux ponts assez curieux: le Pont des Lions, gardé par deux vieux lions de pierre,—de l'autre côté de la Grande Place,—et le Pont Saint-Jean-Népomucène, avec la statue du Saint, devant de vieux bâtiments dominés par le beffroi...

Sur la Grande Place, à gauche, où jadis était la Halle aux draps, s'élève maintenant, remplaçant des maisons sans caractère du dernier siècle, l'Hôtel du Conseil provincial, belle construction moderne en style gothique, dans laquelle vient d'avoir lieu une Exposition de laToison d'or, c'est-à-dire de tous les souvenirs, objets d'art, tableaux se rapportant au célèbre ordre de chevalerie, institué à Bruges en 1430, par le duc de Bourgogne Philippe le Bon, de galante mémoire, lors des fêtes de son mariage avec Isabelle de Portugal, fêtes magnifiques où le duc déploya tout le luxe traditionnel de la Cour de Bourgogne, en des tournois extraordinaires, de fastueux banquets, et des chapitres du nouvel ordre, tenus solennellement dans la cathédrale Saint-Donat...

C'étaient là de splendides journées, mais tout comme la rude cité de Gand, Bruges la Belle avait aussi ses mauvais jours, ses sursauts de colères terribles. Philippe le Bon, quelques années plus tard, entré imprudemment avec une trop faible troupe pour apaiser une sédition faillit être massacré à Bruges. Assailli par les Métiers en fureur, il eut grand'peine à s'échapper, en combattant et en laissant des morts sur chaque pavé jusqu'aux remparts.

Sur le côté droit de la Grande Place, deux maisons intéressantes encadrent l'entrée de la rue Saint-Amand: l'une, semblable à une tour, a toute sa décoration en lignes perpendiculaires partantdufond jusqu'à la plate-forme. L'autre, par malheur a eu sa façade dénaturée. C'est leCranenburg, la Cigogne, maison historique, car c'est là qu'en 1488, lors de la révolte des Flandres, l'archiduc Maximilien d'Autriche, l'époux de l'infortunée Marie de Bourgogne, fut emprisonné pendant trois mois.

Bruges était en pleine révolte. Accourus sous les bannières des cinquante-deux corporations, les métiers soulevés remplissaient la Grande Place et les chefs avaient osé porter la main sur leur prince. Maximilien, arrêté aux Halles, fut enfermé sous bonne garde au Cranenburg, pendant que l'on massacrait ses partisans, que l'on brûlait leurs maisons, et que, sur un échafaud dressé devant ses fenêtres, le bourreau torturait les magistrats qui s'étaient opposés à la sédition.

BRUGES. ÉGLISE DE JÉRUSALEM.

BRUGES. ÉGLISE DE JÉRUSALEM.

BRUGES. ÉGLISE DE JÉRUSALEM.

C'est ainsi que périt, avec beaucoup d'autres, le pauvre Ecoutête Lanchals, celui dont le mausolée est à Notre-Dame. Il était bien caché depuis plusieurs semaines, lorsque les révoltés annoncèrent que le bourgeois qui lui donnerait asile plus longtemps serait pendu avec sa femme et ses enfants, devant sa maison. Lanchals quitta son refuge, fut pris bien vite et exécuté. Et Maximilien, pour obtenir la liberté, dut en passer par toutes les exigences des communes et jurer tout ce qu'elles voulurent, sauf à se retourner contre les révoltés.

Les églises secondaires sont nombreuses, la plupart extérieurement assez simples, mais fort riches à l'intérieur; l'Eglise de Jérusalem, très particulière intérieurement, élève par-dessus toits et pignons, dans le quartier de la Porte-Sainte-Croix, un clocher d'une forme curieuse, avec ses tourelles, ses étages octogonaux et la grosse boule qui surmonte le tout.

D'ailleurs, de quelque côté que l'on erre dans Bruges, le long de ces canaux qui tournent et s'entre-croisent dans les quartiers éloignés du centre vivant, sur les quais tranquilles, ombragés de grands arbres ou dentelés de hauts pignons, il y a toujours dans le paysage, pour lui donner tout son caractère, outre les flèches de ces églises ou de ces chapelles, les graves et nobles silhouettes de Notre-Dame et de la cathédrale Saint-Sauveur avec le vieux beffroi.

ANVERS.—VUE SUR L'ESCAUT.

ANVERS.—VUE SUR L'ESCAUT.

ANVERS.—VUE SUR L'ESCAUT.

Façade sur l'Escaut.—Le Steen et ses souvenirs.—La Cathédrale et l'Hôtel de ville.—La fortune d'Anvers.—La Grande Boucherie.—La Furie espagnole et autres furies.—Legrand Siège—Une Bourse gothique.—La Maison Plantin.

Anvers, c'est la grande ville maritime moderne, l'énorme développement de bassins et de quais remplis de hautes mâtures et de cheminées à perte de vue, d'un enchevêtrement de bâtiments de toutes formes et de toutes tailles, depuis les mastodontes ventrus à quatre cheminées rouges, qui s'en viennent des pays d'Extrême-Orient ou des Amériques, jusqu'aux longues, basses et lentes péniches des canaux des Flandres ou de Hollande. Et puis d'étranges constructions, des quais flottants qui tanguent et roulent comme des navires, des grues nombreuses faisant virer des bras fantastiques, un mouvement formidable de gens et de chevaux, de chariots jetant sur les ports des montagnes de ballots et de caisses.

Voilà pour le présent, mais il y a autre chose: Anvers est une grande et magnifique ville où le passé ne peut s'oublier, car il a laissé partout, derrière la façade de grands édifices modernes alignés le long de l'Escaut, sa marque et sessouvenirs, et tous ces monuments d'art si nombreux, de toute nature et de toute importance.

Anvers a une admirable façade sur l'Escaut, presque bras de mer ici plutôt que fleuve, large de 500 mètres. C'est un panorama mouvementé et pittoresque, quand on le regarde en bateau ou de la rive du pays de Waes.

Derrière l'embarcadère flottant, une ligne de hautes constructions modernes, par-dessus lesquelles monte et s'effile la flèche géante de la Cathédrale; sur la gauche, trempant dans les eaux mouvantes, sur lesquels filent de grands vapeurs, apparaît la masse blanche du Steen, berceau du vieil Anvers. Et d'autres monuments s'indiquent par-dessus les toits, le campanile de l'Hôtel de ville, l'église Saint-Paul, d'autres flèches au loin, puis encore un massif de hautes maçonneries, la Vieille Boucherie, un édifice énorme aux pignons rouges flanqués de tourelles. Au delà, sur la gauche, ce sont les grands bassins, les grands services maritimes, la forêt des mâtures, les docks s'estompant dans une buée faite de toutes les fumées qui montent dans le ciel.

ANVERS.—LE STEEN.

ANVERS.—LE STEEN.

ANVERS.—LE STEEN.

Le Steen, la Cathédrale, l'Hôtel de ville, ce sont les trois principaux monuments caractéristiques, c'est-à-dire le passé féodal, le grand élan religieux, puis l'essor commercial de la cité au seizième siècle attesté par l'ampleur du palais bourgeois, énorme auprès du petit burg du Moyen-Age.

ANVERS.—INTÉRIEUR DU STEEN.

ANVERS.—INTÉRIEUR DU STEEN.

ANVERS.—INTÉRIEUR DU STEEN.

Dès le septième siècle, il y avait un burg sur l'Escaut, au Steen.—La légende le fait bien plus vieux, et raconte que ce burg était le repaire d'un géant farouche, nommé Druon d'Antigon, qui percevait un tribut sur toutes les marchandises passant par le fleuve et coupait la main droite aux marchands récalcitrants. Sylvius Brabo, chevalier romain, comme on disait dans les romans du Moyen-Age, vint défier le géant dans son repaire, le tua, comme de juste, et lui coupa les deux mains qu'il jeta dans le fleuve.

Hand Werpen, lancement de la main, de là le nom d'Anvers «Antwerpen». Et la légende ajoute que le vaillant chevalier Brabo, illustré par son exploit, s'en alla de plus fonder le duché de Brabant.

Le Steen d'aujourd'hui, restauré tout récemment, est l'édifice réédifié au seizième siècle sur l'emplacement d'un château du treizième siècle défendant la petite cité du Moyen-Age, enfermée dans une enceinte fort étroite, mais qui sentait déjà le commencement de ses prospérités et faisait craquer ses murailles assez rapidement.

Le quatorzième siècle vit la fortune commençante d'Anvers, le quinzième son rapide développement, et le seizième le triomphe de la ville sur les cités rivales qui tenaient depuis des siècles le sceptre du commerce. Lorsque Bruges descend, quand l'ensablement du Zwin et des ports de Damme et de l'Ecluse fait abandonner l'ancienne route des navires et déserter les Halles et les comptoirs brugeois, c'est Anvers qui hérite des établissements commerciaux, des comptoirs de la Hanse et des Nations, ainsi que de toutes les flottes et des convois de marchandises venant de tous pays par la mer, par les canaux ou par les routes de terre.

C'est une prospérité inouïe. Anvers prend la première place comme ville de négoce et cette richesse de la ville, cette opulence de ses marchands, font sortir de terre églises et palais, maisons de corporations, grands logis bourgeois, monuments publics. Anvers a bientôt plus de deux cent mille habitants; elle déborde de son enceinte qu'il faut élargir et élargir encore. Des centaines de navires se balancent au mouillage devant ses murs, ils arrivent par flottilles, quelquefois cinq cents navires par jour, pendant que deux mille chariots de marchandises par semaine se présentent à ses portes.

CATHÉDRALE D'ANVERS.

CATHÉDRALE D'ANVERS.

CATHÉDRALE D'ANVERS.

Prospérité inouïe. C'est une ville de commerce et de banque et non une ville fabricante comme l'étaient les grandes communes: Gand, Bruges et Ypres. Il y avait à Anvers un millier de maisons étrangères et l'on disait qu'il s'y traitait plus d'affaires en un mois qu'à Venise en deux ans.

Et cette riche cité est souvent en fêtes: joyeuses entrées de Princes, de Rois et d'Empereurs, Maximilien, Charles-Quint, tournois, carrousels, fêtes des Chambres de rhétorique,—bourgeois et marchands rivalisant de luxe avec les princes et les seigneurs.

Le ciel s'assombrissait pourtant. Déjà les querelles religieuses menaçaient de tourner en guerres civiles et la riche cité commerçante, après de triomphales périodes, allait voir des séries d'années cruelles.

Le Steen, réédifié en 1520, a été complètement restauré depuis quinze ans et transformé en Musée. C'est un petit château seizième siècle avec quelques tours portées sur des bases plus anciennes, des pignons en escalier, un grand bâtiment à fines tourelles regardant les bassins. La vieille porte ogivale donne sur une jolie cour pittoresque où se trouve l'entrée du Musée sous la saillie de l'ancienne chapelle. Avant la restauration, c'était un autre genre de pittoresque; le Steen vendu à la Révolution avait été fort maltraité et avili, on y avait établi une scierie et des ateliers; des bicoques de toutes sortes s'étaient incrustées dans ses vieilles murailles et accrochées extérieurement aux tours.

Le Musée est intéressant pour ses souvenirs locaux. Les instruments de torture qui s'y trouvent conservés n'ont pas beaucoup changé de place, car le Steen fut prison pendant des siècles, prison terrible pendant les troubles et les guerres de la Réforme, et ses cachots, ses salles de la question virent passer d'innombrables prisonniers.

ANVERS.—PUITS DE QUENTIN METZYS.

ANVERS.—PUITS DE QUENTIN METZYS.

ANVERS.—PUITS DE QUENTIN METZYS.

Ce n'était plus le temps des joyeuses entrées ni des fêtes. Au commencement du soulèvement des Gueux, quand tout le pays en insurrection se trouvait pour ainsi dire entre les mains des révoltés protestantsdetoute secte, que la régente Marguerite de Parme était enfermée à Bruxelles, sans pouvoir aucun, les Réformés iconoclastes avaient attaqué la procession de l'Assomption, et, pendant trois jours, s'étaient livrés à tous les excès: destruction des monuments religieux, dévastation et pillage de la cathédrale et de toutes les églises, massacre des opposants, trois journées de véritable mise à sac, simple répétition d'ailleurs de ce qui se passait aux mêmes moments à Gand, Ypres, Furnes, Malines, Valenciennes, Amsterdam, Leyde, et, partout, villes et campagnes, où les églises et les abbayes furent dévastées de fond en comble.

Ce que la splendide cathédrale d'Anvers perdit de monuments en ces explosions de folie sauvage, on le devine. Envoyé par Philippe II pour réduire les Flandres, le terrible duc d'Albe allait entrer en scène. Il arrivait à petites journées par l'Italie, la Savoie, la Franche-Comté. Son armée, composée de dix mille fantassins et de trois mille cavaliers, tous vieux soldats, suivis de mille courtisanes, se grossissait en route d'autres régiments éprouvés et d'escadrons de reîtres; la terreur de son approche remplissait les Flandres et faisait fuir à la hâte les gens compromis dans la révolte...

Ainsi Anvers, parvenu si rapidement à l'apogée de sa fortune, allait, tout aussi rapidement, par une suite de malheurs, redescendre la pente escaladée.

La guerre sévit partout, le négoce tombe à plat, tous les commerçants étrangers ont fermé leurs comptoirs. Anvers épouvanté végète sous les canons de la citadelle espagnole.

En 1576, après une suite de revers des Espagnols, quand la situation devient dangereuse pour eux, Anvers subit l'effroyable accès de rage des vieilles bandes d'Espagne, les trois journées terribles de ce qu'on a appelé laFurie espagnole.

Le 4 novembre, les troupes de la citadelle, demeurées sans solde depuis vingt-deux mois, se mutinent, réunies à un corps accouru d'Alost, sortent tout à coup de la citadelle, alors assiégée par les troupes des Etats, tombent sur la ville, enlèvent les retranchements et mettent tout à feu et à sang. L'Hôtel de ville flambe et, avec lui, huit cents maisons; trois jours durant, les Espagnols égorgent, pillent et brûlent, jettent sept mille cadavres sur le pavé de la ville.

ANVERS.—MAISONS DE CORPORATIONS, PLACE DE L'HOTEL-DE-VILLE.

ANVERS.—MAISONS DE CORPORATIONS, PLACE DE L'HOTEL-DE-VILLE.

ANVERS.—MAISONS DE CORPORATIONS, PLACE DE L'HOTEL-DE-VILLE.

Six ans après, c'est une secousse nouvelle. La ville était au pouvoir des Etats; le duc d'Alençon, frère d'Henri III, qui venait d'être élu duc de Brabant, reçu dans la ville avec magnificence, essaya de s'en assurer la possession. Sous prétexte de passer son armée en revue, il la réunit sous les murs de la ville. Tout à coup, un tumulte préparé s'élève à l'intérieur, l'escorte du duc qui partait pour la revue tombe sur la garde de la porte de Kindorp, la massacre et toutes les troupes massées au dehors s'élancent au cri de: Ville gagnée! Mais, revenus de la première surprise, les gens d'Anvers résistent, tendent leurs chaînes, se réunissent et chargent les assaillants; ceux-ci arquebusés de partout, écrasés sous les meubles qui leur pleuvaient sur la tête, massacrés à leur tour, sont acculés aux portes fermées, et bientôt obligés de sauter par-dessus les remparts pour s'échapper, laissant douze cents soldats et quatre cents gentilshommes sur le terrain.

Puis, c'est l'armée victorieuse du duc de Farnèse qui vient bloquer la ville, place d'armes des Etats, c'est le grand siège de 1584 et 1585, siège mémorable pendant lequel les Espagnols et les Anversois, pour la défense de leurs forts et de leurs circonvallations, inondèrent le terrain sur d'immenses étendues en amont et en aval, couvrant sous les eaux 300 kilomètres carrés!

ANVERS.—ENTRÉE DE LA BOURSE.

ANVERS.—ENTRÉE DE LA BOURSE.

ANVERS.—ENTRÉE DE LA BOURSE.

Outre de formidables ouvrages et les grands forts Sainte-Marie et Saint-Philippe, les Espagnols avaient barré l'Escaut par d'énormes estacades et une chaîne de trente-deux gros navires, le tout défendu par quatre-vingt-dix-sept canons. Les Anversois aux abois s'efforcèrent de détruire ces estacades par tous les moyens, canonnades, machines infernales, jusqu'au jour où treize brûlots chargés de mines réussirent à faire sauter le barrage, en tuant huit cents Espagnols par leur explosion.

Néanmoins, le passage demeura fermé par de nouveaux retranchements, de nouvelles digues, et Anvers, épuisé, affamé, dut se résoudre à capituler, à des conditions d'ailleurs honorables.

Mais à la fin des guerres, dans le traité de Munster qui reconnut l'indépendance des Provinces-Unies de Hollande, une clause ordonnait la fermeture de l'Escaut, et mieux que l'estacade de Farnèse, cet article, bouclant le port d'Anvers, acheva la ruine de la ville au profit d'Amsterdam et Rotterdam. Anvers tomba si bien, qu'à la fin du dix-septième siècle, des milliers de maisons étaient vides d'habitants.

Après deux siècles, tout à coup, la grande tourmente de la Révolution souffle. Les vieux traités sont déchirés, l'Escaut est libre et Anvers commence à renaître. Un grand monument, sur la Place Marnix de Sainte-Aldegonde, commémorant l'affranchissement de l'Escaut, montre à son sommet le fleuve Scaldis délivré de ses chaînes et foulant aux pieds le traité de Munster.

Anvers reprenait le cours de ses prospérités. Quelques secousses encore pendant les grandes guerres et un siège en 1814, rappelèrent les mauvais jours; cela s'acheva après la Révolution belge de 1830 par le siège de la vieille forteresse des Espagnols restée aux mains des Hollandais. Le général Chassé, commandant de la citadelle, bombarda la ville, mais, investie par une armée française, la citadelle capitula en décembre 1832.

L'Hôtel de ville avait été achevé en 1565; incendié lors de la Furie espagnole, il fut restauré ou plutôt réédifié tout de suite après. Anvers n'est pas une de ces grandes communes de la période gothique; c'est une ville de la Renaissance, et son temps de gloire, c'est le seizième siècle. L'Hôtel de ville ne monte pas, il n'a pas de beffroi lancé à l'escalade des nuages et qui s'élève en élan passionné, tout en âme, en imagination fière et joyeuse; c'est un large et ample monument d'une architecture qui ne cherche rien du tout, mais entend jouir commodément des agréments de la vie, de la richesse et du luxe. L'architecture de la Renaissance classique, ce serait, on peut bien le dire sans blasphème artistique, une architecture d'opulent parvenu qui fait bâtir en y mettant le prix, en prenant dans les cartons quelque chose de cossu et de tout fait.

C'est néanmoins un bel édifice, bien proportionné, solidement assis; ses nobles colonnades, le superbe pavillon central en avant-corps pyramidant élégamment, la longue galerie ouverte qui règne en haut, forment un ensemble majestueux, mais il n'y a pas de détails particuliers à chercher et à savourer, de fioritures à caresser particulièrement des yeux ou du crayon comme on en trouve dans tel modeste petit bâtiment de petite cité.

Une fontaine du sculpteur Jef Lambeaux dresse, sur un massif rocheux posé à même sur le pavé de la place, le bon chevalier Brabo en costume du commencement du monde, lançant à toute volée les mains du méchant géant Antigon, étendu mort sur la pente du rocher.

ANVERS.—STATUE DE SYLVIUS BRABO.

ANVERS.—STATUE DE SYLVIUS BRABO.

ANVERS.—STATUE DE SYLVIUS BRABO.

A l'intérieur on voit de nobles salles et d'intéressantes décorations, surtout les belles compositions du grand peintre Leys, l'artiste aux étonnantes reconstitutions, qui faisait si bien revivre les gens, les esprits, les sites, les architectures du Moyen-Age, dans l'atmosphère même du temps, à ce qu'il semble: la joyeuse Entrée de Charles-Quint, le bourgmestre Lancelot d'Ursel haranguant les milices communales sur la Grand'Place, en 1541, au moment de marcher à la bataille, la Régente Marguerite de Parme à Anvers, etc...

La Grand'Place est en train de prendre une physionomie dans le genre de celle de la Grand'Place bruxelloise, avec la restauration ou reconstitution des vieilles façades des maisons de corporations qui la bordent, lesquelles, hélas, avaient été bien abîmées, abandonnées et transformées depuis longtemps. On refait les pignons, on redonne du style aux façades trop dénaturées. Il y a les maisons des Serments ou Corporations, celle des charpentiers, celle des drapiers du seizième siècle, reconstruite après la Furie espagnole, la maison des Tonneliers, la maison de l'Arbalète ou de Charles-Quint, de 1515, la plus haute, six étages et une façade complètement en fenêtres, avec des pilastres décorés, des armoiries; on vient de rétablir au sommet du pignon la statue équestre de saint Georges, patron de la Guilde des Arbalétriers. A côté, s'érige une autre grande façade gothique.

Les rues autour du Palais-Municipal, rue des Serments, rue des Rôtisseurs, à côté de ces pignons nouveaux, sont toutes d'aspect ancien; les hautes façades ont un grand caractère, pignons immenses, noircis par les siècles, longues lignes de fenêtres à meneaux. Combien d'étages jusqu'à la pointe du pignon? On ne sait. Et tout le quartier est ainsi.

ANVERS.—LA VIEILLE BOUCHERIE.

ANVERS.—LA VIEILLE BOUCHERIE.

ANVERS.—LA VIEILLE BOUCHERIE.

Les bouchers ont toujours et partout formé une corporation puissante. Cela se voit aux édifices qu'ils ont laissés. A Anvers, la maison de la Vieille Boucherie est colossale, c'est un autre Steen à peu de distance du premier, une énorme construction de briques de deux couleurs, un carré de 45 mètres, à pignons majestueux flanqués de hautes tourelles. L'édifice datant de 1501, est éclairé par de belles fenêtres ogivales. Les bouchers faisaient bien les choses, il y avait même dans l'édifice une chapelle très ornée.

Aujourd'hui, on restaure l'édifice, ou du moins on le dégage, pour commencer, des vieilles maisons qui l'enserraient.

Un trou sombre formant passage voûté, sur le côté, le long d'un calvaire sous un auvent, arrange un coin bien pittoresque parmi ces vieilles maisons, au pied des sombres murs de briques aux assises alternativement rouges et blanches, écorchés par les griffes du temps. Sur un autre coin, c'est une Vierge érigée au mur d'une tourelle, avec une lanterne à ses pieds. C'est d'ailleurs une note très anversoise: partout, dans la vieille ville, on aperçoit au coin des rues saints ou madones, témoignages de la piété du passé.

L'église Saint-Paul, tout près, possède sur son flanc droit un monumental Calvaire qui n'est pas une merveille de goût, arrangé en montagne de rochers, portant sur toutes les pointes des statues d'apôtres, de saints et d'anges, avec des grottes encadrant divers épisodes de la Passion.

Le centre moderne de la vie anversoise, c'est la Place Verte, sous la cathédrale, un carré d'arbres, avec la statue de Rubens au milieu.—Ce centre de la vie était, jusque vers 1800, le cimetière de la cathédrale.—Il y a bien du mouvement, mais, en dépit de tout le bruit, des flots d'étrangers qui passent et repassent, c'est toujours en haut que les yeux sont attirés, vers l'immense cathédrale qui domine tout le fond du tableau.

ANVERS.—PASSAGE SOUS LA VIEILLE BOUCHERIE.

ANVERS.—PASSAGE SOUS LA VIEILLE BOUCHERIE.

ANVERS.—PASSAGE SOUS LA VIEILLE BOUCHERIE.

Elle élève sa masse puissante, la longue nef avec la coupole en oignon du petit clocheton central, et, par-dessus tout cela, le jaillissement de la grande tour, filant ogive sur ogive, toujours plus haut, jusqu'aux étages de la flèche. Mais c'est par-dessus les pignons en escalier du vieux Marché au blé que paraît plus audacieuse, plus fantastiquement aérienne, cette flèche qui s'élance, échelons par échelons, avec des tourelles posées sur des tourelles, des pinacles hissés sur des pinacles, et reliés par des arceaux pour l'arc-bouter, la soutenir jusqu'à la dernière pointe, à 123 mètres du sol.

Ramenons nos yeux à terre. Au pied de la Tour, sur le Marché aux grains, le Puits de Quentin Metzys pose ses fioritures en ferronnerie sur une margelle toute neuve. C'est le chef-d'œuvre du vieux forgeron peintre Anversois qui, sur la pointe d'un berceau de vignes, feuillages et lis enroulés et entremêlés, en fer miraculeusement forgé, plaça la statuette de Sylvius Brabo en chevalier du quinzième siècle brandissant les mains du géant.

Ce puits, jadis, était devant l'ancien Hôtel de ville, il fut transféré ici quand on construisit le grand édifice au temps de la Renaissance.

ANVERS.—ÉGLISE SAINT-JACQUES.

ANVERS.—ÉGLISE SAINT-JACQUES.

ANVERS.—ÉGLISE SAINT-JACQUES.

L'intérieur de la cathédrale immense, aux nefs d'une surprenante majesté, est un musée d'œuvres d'art parmi lesquelles beaucoup de modernes, car l'église, outre les dévastations des iconoclastes vers 1566, a souffert terriblement à la Révolution. La chaire, du dix-septième siècle, énorme, est un morceau curieux, avec ses statues, sa tente supportée par des arbres, tous ses chérubins soulevant les draperies, le grand ange tombant du ciel en sonnant de la trompette et de grands oiseaux, toute une basse-cour.

Il y a les célèbres Rubens:la Mise en Croix,la Descente de Croixet l'Assomption.

La maison des parents de Rubens est tout près d'ici sur la longue place de Meir. Le grand peintre a fait construire en 1610, à côté, sur la petite rue, une belle maison du style pompeux qu'il affectionnait, maison transformée, malheureusement, et dont il ne reste que des fragments.

Devant Pierre-Paul Rubens, cavalier de noble tournure, ambassadeur, homme politique, admirable peintre, le Rubens des chairs roses et dodues, des grasses Flamandes à fraises, des gentilshommes de belle prestance, évidemment on ne se sent pas ému comme devant le mystérieux et profond Rembrandt, mais on est séduit par cette belle Flandre épanouie, pleine de santé, et bien reposée des terribles émotions du seizième siècle.


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