MUEZZIN.

Ce matin, penché, seul à ma fenêtre,L'ombre autour de moi pleine de rumeursTriste, j'attendais le jour à paraître,L'œil vers l'orient aux rouges lueurs.La nuit s'enfuyait, honteuse et surprise,Le ciel éteignait les pâles regards;Et, des noirs buissons qu'agitait la brise,Pensif, j'écoutais les souffles épars.Mais quand je sentis, ployé sous l'extase,De lumière et d'or mon front inondé,Tandis que, partout, comme l'eau d'un vase,Le jour ruisselait du ciel débordé;Quand les peupliers et quand la prairie,Avec le ruisseau, chantèrent en chœur,Quand je vis briller lesfils-de-Marie,Je sentis la paix monter à mon cœur.Mille oiseaux jasaient, je me sentais vivre,D'un chaste bonheur mon cœur se berçait;Et c'était pour moi, qui d'un rien m'enivre,Comme un frais bonjour que Dieu m'adressait.

Ce matin, penché, seul à ma fenêtre,

L'ombre autour de moi pleine de rumeurs

Triste, j'attendais le jour à paraître,

L'œil vers l'orient aux rouges lueurs.

La nuit s'enfuyait, honteuse et surprise,

Le ciel éteignait les pâles regards;

Et, des noirs buissons qu'agitait la brise,

Pensif, j'écoutais les souffles épars.

Mais quand je sentis, ployé sous l'extase,

De lumière et d'or mon front inondé,

Tandis que, partout, comme l'eau d'un vase,

Le jour ruisselait du ciel débordé;

Quand les peupliers et quand la prairie,

Avec le ruisseau, chantèrent en chœur,

Quand je vis briller lesfils-de-Marie,

Je sentis la paix monter à mon cœur.

Mille oiseaux jasaient, je me sentais vivre,

D'un chaste bonheur mon cœur se berçait;

Et c'était pour moi, qui d'un rien m'enivre,

Comme un frais bonjour que Dieu m'adressait.

Et voyant ainsi le ciel me sourire,Pour que votre esprit ne fût pas jaloux,A mon tour aussi j'ai voulu vous direQue le ciel s'était levé bleu sur vous.Car peut-être alors, belle paresseuse,Les volets fermés à l'éclat des cieux,Vous pensiez—souvent l'aurore est berceuse—A tout ce qui fait le front soucieux.Vous pensiez aux jours de courte duréeQui laissent en nous si longs souvenirs,A l'espoir qui passe en robe dorée,Haillons rattachés avec des saphirs!Vous pensiez sans doute à tout ce qu'emporteL'ombre qui décroît, voile replié,Au rayon qui vient quand la fleur est morte,Au malheur qui fuit sans être oublié.Vous pensiez, tendant l'oreille aux mensongesQu'à votre chevet souffle le sommeil,Qu'il valait bien mieux poursuivre des songesQue de tant hâter l'heure du réveil;Que peut-être, hélas! le jour qui va luireSera triste et noir, et plein de courroux,Et voilà pourquoi j'ai voulu vous direQue le ciel s'était levé bleu sur vous.

Et voyant ainsi le ciel me sourire,

Pour que votre esprit ne fût pas jaloux,

A mon tour aussi j'ai voulu vous dire

Que le ciel s'était levé bleu sur vous.

Car peut-être alors, belle paresseuse,

Les volets fermés à l'éclat des cieux,

Vous pensiez—souvent l'aurore est berceuse—

A tout ce qui fait le front soucieux.

Vous pensiez aux jours de courte durée

Qui laissent en nous si longs souvenirs,

A l'espoir qui passe en robe dorée,

Haillons rattachés avec des saphirs!

Vous pensiez sans doute à tout ce qu'emporte

L'ombre qui décroît, voile replié,

Au rayon qui vient quand la fleur est morte,

Au malheur qui fuit sans être oublié.

Vous pensiez, tendant l'oreille aux mensonges

Qu'à votre chevet souffle le sommeil,

Qu'il valait bien mieux poursuivre des songes

Que de tant hâter l'heure du réveil;

Que peut-être, hélas! le jour qui va luire

Sera triste et noir, et plein de courroux,

Et voilà pourquoi j'ai voulu vous dire

Que le ciel s'était levé bleu sur vous.


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