LA VISITE AUX MORTS

On ne l’avait menée encore en ville que pour son baptême, on la promène d’ordinaire dans le jardin si vieux qu’il a toujours l’air d’être au clair de lune et d’offrir ses tonnelles aux ombres des vieux poètes. (Les corolles des weigélias, d’un rose si rose, se fanèrent au Printemps, elles ont peut-être émigré en Chine, elles seront de retour avec les hirondelles.)

Mais hier Bernadette a visité les Morts, elle a suivi, aux bras de la femme de chambre, la rue Saint-Pierre dont les tuiles croulantes sont rouillées comme les clefs du Ciel. La porteuse s’est assise sur une tombe, elle tenait l’enfant sur ses genoux, l’enfant vêtue d’une longue robe solennelle, l’enfant semblable à un grand oiseau de neige endormi dont traînerait la belle queue.

A quoi rêvais-tu, Bernadette ? Que racontait ton songe aux songes des petits qui ne s’éveillent plus pour tendre la bouche aux nourrices ? Tu sommeillais au milieu du sommeil. Et le silence était pareil au bruit calme de la mer.


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