Je crois que Bernadette parle quand elle gazouille. Que signifient ces phrases qu’elle module et qui m’impressionnent dans le silence de la nuit ? Le parler de Bernadette est comme un rosier dont les fleurs sont encore closes. Les mots sont encore fermés ; l’un après l’autre ils s’épanouiront ; déjà ils s’entr’ouvrent. Mais ce langage encore en boutons, les innocents du Ciel seuls le comprennent.
Puissions-nous, ô mon enfant ! soigner bientôt le doux rosier de tes mots enfin délivrés, et diriger ses branches dans un bel ordre qui assigne à chaque fleur sa place : le motDieucomme une rose rouge, au centre de l’arbuste, et la plus haute pour que le parfum de ses sœurs monte vers elle et que tu la voies toujours dominer. Oh ! Si saintes que soient les autres roses, même la blanche Marie, aucune ne doit être sentie avec autant d’amour que cette rose paternelle. O mon enfant ! que le motDieune fleurisse jamais sur tes lèvres, sans que tu pries pour les pauvres jardiniers qui auront aidé à son épanouissement… Après ce mot, tu délieras de leurs calices de silence les mots qui disent les élus, les hommes, les animaux, les plantes et les pierres. Et tu nommeras ainsi une à une au Seigneur toutes ses merveilles plantées dans ton cœur : puisqu’en te faisant croître dans le sien il t’a appelée Bernadette.