O Bernadette dont on compte tous les doigts avec amour ! dont on entend les petits ongles gratter parfois le dessus du berceau ! voici que l’on t’a habillée pour te mettre dans la petite voiture et ton bonnet rappelle la coiffe d’un Pharaon et ta robe de mousseline est comme un liseron blanc que déborderaient deux étamines : tes jambes agitées par la brise de l’impatience.
Tu es couchée dans la voiture que nous poussons tour à tour ta mère et moi, et tu souffres un peu de ta dent, tu tires la langue d’un air boudeur. Nous quittons la grand’route, nous stoppons dans un sentier auprès d’un talus qui borde un ruisseau ; jamais on ne t’a conduite aussi loin dans la campagne. Je t’élève dans mes bras au-dessus de la haie, mais tu ne peux encore saisir ce qui dépasse l’horizon d’une chambre et tu ne fixes ni les montagnes ni les champs. Cependant notre voisin, le petit ruisseau, jase. Tes yeux s’abaissent vers lui et le contemplent. Dieu l’a placé là pour qu’il amuse, ô toi qui ne verrais pas l’océan ! mais qui regardes vers la Source dont tu es si près encore.