Chapter 23

[7]Sur Chateauneuf, son ambition et sa capacité, voyez Mmede Longueville pendant la Fronde, chap. II.[8]Mémoires, édition d'Amsterdam, 1731, p. 210.[9]Calomnie ridicule, dont le seul et unique prétexte est la dernière liaison de Mmede Chevreuse avec le marquis deLaigues, au milieu de la Fronde. Voyez notre dernier chapitre.[10]Cette grande accusation n'a pas la portée qu'on lui pourrait donner: elle signifie seulement que Mmede Chevreuse «étoit distraite dans ses discours,» comme nous l'apprend Mmede Motteville, t. Ier, p. 198.[11]Mmede Longueville pendant la Fronde, chap. I et III.[12]Vie de Mmede Longueville, par Villefore, édition de 1739, IIepartie, p. 33.—Mmede Motteville, tome Ier,ibid.: «J'ai ouï dire à ceux qui l'ont connue particulièrement qu'il n'y a jamais eu personne qui ait si bien connu les intérêts de tous les princes et qui en parlât si bien, et même je l'ai entendu louer de sa capacité.»[13]Ce portrait n'est pas un original; c'est une copie, mais ancienne.[14]Portrait in-folio fort rare et qui ne se trouve guère qu'au cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale.[15]In-4o, dans la collection de Daret, et reproduit par Harding en Angleterre. C'est le portrait qui est en tête de ce volume. Ajoutons bien vite que les petits vilains portraits de Moncornet n'ont aucun rapport avec Mmede Chevreuse à aucun âge.[16]L'admirable original de Ferdinand est chez M. le duc de Luynes. Balechou l'a gravé pourl'Europe illustre.[17]Voyezle Parfait Capitaine, autrement l'abrégé des guerres des commentaires de César, édition elzévirienne de 1639.[18]Voyez sur Mmede Guymené, outre lesMémoiresde Retz, Mmede Sablé, chapitres III et IV.[19]Voyez laJeunesse de Mmede Longueville, chap. III.[20]Amsterdam, 1731, 2 vol. in-12.[21]Paris, 1615, en la boutique de Nivelle, chez Sébastien Cramoisy, rue Saint-Jacques, avec privilége du roi, in-12, de 64 pages.[22]Le duc le représentait alors à sa cour comme l'homme de France qui pouvait le mieux servir les intérêts de sa Majesté Catholique. VoyezLettres du cardinal de Richelieu, publiées par M. Avenel, t. Ier, p. 19.[23]Cette opinion qui peut sembler paradoxale, n'est pas ici légèrement avancée; elle se fonde sur une étude sérieuse et détaillée des principaux actes du ministère de Luynes. Voyez leJournal des Savantsde l'année 1861,le duc et connétable de Luynes.[24]Appendice,notes du chapitre Ier.[25]Catherine-Henriette, légitimée de France, qui épousa on 1619 le duc d'Elbeuf.[26]Plus tard, en 1619, il la fit obtenir à son frère Cadenet, et c'est sur la terre de Chaulnes, que lui apporta Claire-Charlotte d'Ailli, que Cadenet assit son titre de duc et maréchal de Chaulnes.[27]Mmede Motteville, tome Ier, page 11: «La duchesse de Luynes était très-bien avec son mari.»[28]Guido Bentivoglio, nonce du pape en France. VoyezAppendice, notes du chap. Ier.[29]Appendice,notes du chap. Ier.[30]Voyez l'Appendice,notes du chap. Ier.[31]Gallia Christiana, tome VIII, page 1715;Vie de Bossuet, par M. de Beausset, tome II, livreVII.—Il ne faut pas confondre cette abbesse de Jouarre avec sa nièce, MmeAlbert de Luynes, fille du second duc de Luynes, qui a été aussi, avec une de ses sœurs, religieuse à Jouarre, et à laquelle Bossuet a écrit tant de lettres touchantes.[32]Mémoires, tome Ier, page 221.[33]Voyez laJeunesse de Mmede Longueville, chap. II, p. 129-130.[34]M. le duc de Luynes a fait de l'antique château des Guise un séjour à la fois splendide et charmant qui peut rivaliser avec les plus célèbres résidences de l'aristocratie anglaise. Où trouver ailleurs cette grandeur et cette simplicité, cet exquis sentiment de la nature et de l'art, ces belles eaux, ces magnifiques promenades, et aussi cette vaste bibliothèque, ces admirables portraits de famille, ces peintures ou du moins ces grandes esquisses de M. Ingres, et cette statue de Louis XIII, en argent massif, monument d'une généreuse reconnaissance? Et lorsqu'on vient à penser que celui qui a rassemblé toutes ces belles choses a consacré sa fortune au bien public en tout genre, qu'il nous a donné l'acier de Damas, les ruines de Sélinonte, l'histoire de la maison d'Anjou à Naples, la Minerve du Parthénon; que depuis trente ans, secondé par une compagne digne de lui, il répand les asiles, les écoles, les hospices, encourage et soutient les savants et les artistes, lui-même un des premiers archéologues de l'Europe, ami d'une liberté sage, et favorable à toutes les bonnes causes populaires, on se dit: Il y a donc encore un grand seigneur en France![35]Il avait, en 1620, marié sa nièce, Mllede Pontcourlai, à M. de Combalet, neveu de Luynes, qui la laissa veuve de très-bonne heure.[36]Mémoires, collection Petitot, t. II, p. 403: «Il faut pourvoir au cœur, c'est-à-dire au dedans.»Ibid., p. 407: «Il ne faut pas aussi entrer en rupture avec les Espagnols et venir avec eux à une guerre déclarée.»[37]Mémoires, t. Ier, p. 12. Mmede Motteville dit même, p. 11, qu'auparavant et encore en 1622, la reine étant grosse, se blessa en courant après sa surintendante qui était encore la duchesse et connétable de Luynes. Bassompierre,Mémoires, collection Petitot, 2esérie t. XX, p. 376: «La reine devint grosse, et c'étoit de six semaines, quand un soir... s'en retournant coucher et passant près la grande salle du Louvre, Mmela connétable de Luynes et Mllede Verneuil la tenant sous les bras et la faisant courir, elle broncha et tomba, dont elle se blessa et perdit son fruit... On fit savoir au roi comme et en quelle façon elle s'étoit blessée, et il s'anima tellement contre les deux dames, qu'il manda à la reine qu'il ne vouloit plus que Mllede Verneuil et Mmela connétable fussent auprès d'elle, et leur écrivit à chacune une lettre pour leur faire savoir qu'elles eussent à se retirer du Louvre.» Le mariage de la connétable avec le duc de Chevreuse, qui avait beaucoup de crédit auprès du roi, arrangea tout, et sauva pour quelque temps la surintendante,Mémoiresde Fontenai-Mareuil, collection Petitot, 1resérie, t. L, p. 350.[38]Mmede Motteville, t. Ier, p. 13, et Mmede Sablé, chap. Ier, p. 13 et 14.[39]Mémoires,ibid., p. 338.[40]La Rochefoucauld,ibid., p. 340. La Porte qui était alors porte-manteau de la reine Anne, et qui vit Holland à la cour, dit,Mémoires, collection Petitot, 2esérie, t. LIX, p. 295: «Un des plus beaux hommes du monde, mais d'une beauté efféminée.» On nous assure qu'il y a en Angleterre, chez le comte de Breadalbane, un portrait du beau Holland.[41]La Rochefoucauld,ibid.[42]Mercure françois, 1625, p. 365 et 366: «Le duc arriva en poste à Paris le 24ejour de mai, et fut logé à l'hôtel du duc de Chevreuse, l'hôtel le plus richement meublé qui soit à présent en France, et où le peuple de Paris fut plusieurs jours par admiration voir le riche équipage qu'avoit fait faire ce prince, lequel par ordre de Sa Majesté très-chrétienne, devoit, avec la duchesse sa femme, accompagner la reine en Angleterre.»[43]La Rochefoucauld,ibid.[44]Mmede Motteville,ibid., p. 15 et 16: «Le duc de Buckingham fut le seul qui eut l'audace d'attaquer son cœur. Il étoit bien fait, beau de visage; il avoit l'âme grande, il étoit magnifique, libéral, et favori d'un grand roi. Il avoit tous les trésors à dépenser et toutes les pierreries de la couronne d'Angleterre pour se parer. Il ne faut pas s'étonner si avec tant d'aimables qualités il eut de si hautes pensées, de si nobles mais si dangereux et blâmables désirs, et s'il eut le bonheur de persuader à tous ceux qui en ont été les témoins, que ses respects ne furent point importuns.»[45]Mercure françois,ibid.[46]La Rochefoucauld,ibid.[47]Ibid.—Voici le récit parfaitement conforme de La Porte, alors au service de la reine,Mémoires,ibid., p. 296: «La reine logea dans une maison où il y avoit un fort grand jardin le long de la rivière de Somme; la cour s'y promenoit tous les soirs, et il arriva une chose qui a bien donné occasion aux médisans d'exercer leur malignité. Un soir que le temps étoit fort serein, la reine qui aimoit à se promener tard, étant en ce jardin, le duc de Buckingham la menoit, milord Rich menoit Mmede Chevreuse. Après s'être bien promenée, la reine se reposa quelque temps et toutes les dames aussi; puis elle se leva, et dans le tournant d'une allée où les dames ne la suivirent pas sitôt, le duc de Buckingham se voyant seul avec elle, à la faveur de l'obscurité qui commençoit à chasser la lumière, s'émancipa fort insolemment, jusqu'à vouloir caresser la reine, qui en même temps fit un cri auquel tout le monde accourut. Putange, écuyer de la reine, qui la suivoit de vue, arriva le premier, et arrêta le duc qui se trouva fort embarrassé, et les suites eussent été dangereuses pour lui si Putange ne l'eût laissé aller; tout le monde arrivant là-dessus, le duc s'évada, et il fut résolu d'assoupir la chose autant que l'on pourroit.» Le récit de Mmede Motteville ne diffère pas véritablement de ceux-là: «On a fort parlé d'une promenade qu'elle fit dans le jardin de la maison où elle logeoit. J'ai vu des personnes qui s'y trouvèrent qui m'ont instruite de la vérité. Le duc de Buckingham qui y fut, la voulant entretenir, Putange, écuyer de la reine, la quitta pour quelques moments, croyant que le respect l'obligeoit de ne pas écouter ce que ce seigneur anglais lui vouloit dire. Le hasard alors les ayant menés dans un détour d'allée où une palissade les pouvoit cacher au public, la reine dans cet instant, surprise de se voir seule, et apparemment importunée par quelques sentiments très-passionnés du duc, elle s'écria en appelant son écuyer, le blâma de l'avoir quittée... Si en cette occasion elle montra que son cœur pouvoit être susceptible de quelque impression de tendresse qui la convia d'écouter les discours fabuleux d'un homme qui l'aimoit, il faut avouer aussi que l'amour de la pureté et ses sentiments honnêtes l'emportèrent sur tout le reste.»—Telle est cette scène du jardin d'Amiens, que Tallemant a chargée à sa façon de détails grossiers. Mais nous ne croyons pas le moins du monde à une autre scène qui aurait eu lieu à Paris, dans le petit jardin du Louvre, et après laquelle la reine aurait envoyé Mmede Chevreuse demander à Buckingham s'il était sûr qu'elle ne fût pas en danger d'être grosse, ainsi que le dit Retz dans le manuscrit original de ses mémoires, que reproduit fidèlement l'édition de M. Aimé Champollion, Paris, 1859, t. III, p. 238. C'est vraisemblablement la scène d'Amiens que Mmede Chevreuse aura racontée à Retz, qui au bout de vingt ans se sera agrandie et embellie dans l'imagination libertine du cardinal, et qu'il aura transportée du jardin d'Amiens dans celui du Louvre.[48]Mmede Motteville,ibid., p. 18.[49]La Rochefoucauld,ibid.[50]La Rochefoucauld,ibid.—Mmede Motteville,ibid., p. 19: «Il vint se mettre à genoux devant son lit, baisant son drap avec des transports si extraordinaires qu'il étoit aisé de voir que sa passion étoit violente et de celles qui ne laissent aucun usage de la raison à ceux qui en sont touchés. La reine m'a fait l'honneur de me dire qu'elle en fut embarrassée, et cet embarras, mêlé de quelque dépit, fut cause qu'elle demeura longtemps sans lui parler. La comtesse de Lannoi, alors sa dame d'honneur, sage, vertueuse et âgée, qui étoit au chevet du lit, ne voulant point souffrir que le duc fût en cet état, lui dit avec beaucoup de sévérité que ce n'étoit point la coutume en France, et voulut le faire lever. Mais lui sans s'étonner, combattit contre la vieille dame, disant qu'il n'étoit pas Français; puis, s'adressant à la reine, lui dit tout haut les choses les plus tendres, mais elle ne lui répondit que par des plaintes de sa hardiesse, sans être peut-être très en colère.»[51]Mmede Motteville,ibid.: «La reine savoit par des lettres de la duchesse qui accompagnoit la reine d'Angleterre, qu'il étoit arrivé; elle en parla devant Nogent en riant, et ne s'étonna point quand elle le vit.»—Reconnaissons que La Porte parle ici autrement que Mmede Motteville et surtout que La Rochefoucauld, et qu'il a vu ce qu'il raconte; mais peut-être n'a-t-il vu que l'apparence, et le dessous des cartes lui a-t-il échappé.Ibid., p. 297: «Comme la reine avoit beaucoup d'amitié pour Mmede Chevreuse, elle avoit bien de l'impatience d'avoir de ses nouvelles. La reine, tant pour cela que pour mander à Mmede Chevreuse ce qui se passoit à Amiens et ce que l'on disoit de l'aventure du jardin, m'envoya en poste à Boulogne, où j'allai et revins continuellement tant que la reine d'Angleterre y séjourna. Je portois des lettres à Mmede Chevreuse et j'en rapportois des réponses qui paraissoient être de grande conséquence, parce la reine avoit commandé à M. le duc de Chaulnes de faire tenir les portes de la ville ouvertes à toutes les heures de la nuit, afin que rien ne me retardât. Malgré la tempête il arriva une chaloupe d'Angleterre qui passa un courrier lequel portoit des nouvelles si considérables qu'elles obligèrent MM. de Buckingham et de Holland de les apporter eux-mêmes à la reine mère. Il se rencontra que je partois de Boulogne en même temps qu'eux, et les ayant toujours accompagnés jusqu'à Amiens, je les quittai à l'entrée de la ville. Ils allèrent au logis de la reine mère qui étoit à l'évêché, et j'allai porter mes réponses à la reine, avec un éventail de plumes que la duchesse de Buckingham, qui étoit arrivée à Boulogne, lui envoyoit. Je lui dis que ces Messieurs étoient arrivés, et que j'étois venu avec eux. Elle fut surprise, et dit à M. de Nogent Bautru qui étoit dans sa chambre:Encore revenus, Nogent; je pensois que nous en étions délivrés. Sa Majesté étoit au lit, car elle s'étoit fait saigner ce jour-là. Après qu'elle eut lu ses lettres et que je lui eus rendu compte de tout mon voyage, je m'en allai et ne retournai chez elle que le soir assez tard. J'y trouvai ces Messieurs, qui y demeurèrent beaucoup plus tard que la bienséance ne le permettoit à des personnes de cette condition, lorsque les reines sont au lit, et cela obligea Mmede la Boissière, première dame d'honneur de la reine, de se tenir auprès de Sa Majesté tant qu'ils y furent, ce qui leur déplaisoit fort. Toutes les femmes et tous les officiers de la couronne ne se retirèrent qu'après que ces Messieurs furent sortis.»[52]Bois-d'Annemets, qui accompagnait alors Monsieur, frère du roi, dit qu'au milieu de toutes les dames anglaises venues à la rencontre de la nouvelle reine, la comtesse d'Amblie, la marquise d'Hamilton, etc., «Mmede Chevreuse, qui avoit été ordonnée avec M. son mari pour passer avec la reine en Angleterre, leur fit confesser que toutes leurs beautés n'étoient rien au prix de la sienne.»Mémoires d'un favori du duc d'Orléans, Leyde, 1668, p. 41.[53]La Rochefoucauld,ibid., p. 342.[54]Mmede Motteville,ibid., p. 23.[55]Nous tirons ces détails d'une lettre inédite de Holland. VoyezAppendice,notes du chap. II.[56]Voyez plus haut, chap. Ier, p.34.[57]Mémoires, t. III, p. 64 et p. 105.[58]Mémoires de Bassompierre, collection Petitot, t. III, p. 3 et 4.[59]Nous n'admettons ni ne rejetons la célèbre histoire des ferrets de diamants, parce que cette histoire n'a pour elle qu'une seule autorité; mais cette autorité est celle de La Rochefoucauld.Ibid., p. 343: «Le duc de Buckingham étoit galant et magnifique; il prenoit beaucoup de soin de se parer aux assemblées. La comtesse de Carlisle (ancienne maîtresse du duc, gagnée par Richelieu), qui avoit tant d'intérêt de l'observer, s'aperçut qu'il affectoit de porter des ferrets de diamants qu'elle ne lui connaissoit pas; elle ne douta point que la reine de France ne les lui eût donnés, mais pour en être encore plus assurée, elle prit le temps à un bal d'entretenir en particulier le duc et de lui couper les ferrets, dans le dessein de les envoyer au cardinal. Le duc de Buckingham s'aperçut le soir de ce qu'il avoit perdu, et jugeant d'abord que la comtesse de Carlisle avoit pris ses ferrets, il appréhenda les effets de sa jalousie, et qu'elle ne fût capable de les remettre entre les mains du cardinal pour perdre la reine. Dans cette extrémité, il dépêcha à l'instant même un ordre de fermer les ports d'Angleterre, et défendit que personne n'en sortît, sous quelque prétexte que ce pût être, avant un temps qu'il marqua. Cependant il fit refaire en diligence des ferrets semblables à ceux qu'on lui avoit pris, et les envoya à la reine en lui rendant compte de ce qui étoit arrivé. Cette précaution de fermer les ports retint la comtesse de Carlisle; la reine évita de cette sorte la vengeance de cette femme irritée, et le cardinal perdit un moyen assuré de convaincre la reine et d'éclaircir le roi de tous ses doutes, puisque les ferrets venoient de lui et qu'il les avoit donnés à la reine.» Cette anecdote nous semble par trop romanesque et invraisemblable; c'est un bruit de salon qu'aura recueilli La Rochefoucauld, tandis que les autres aventures que nous avons admises s'appuient sur plusieurs témoignages, et particulièrement sur celui de Mmede Motteville.[60]Mmede Motteville,ibid., p. 23 et 24.[61]Ibid., p. 22.[62]Mercure françois, 1626, p. 227 et 261-265.[63]Voyez l'Appendice,notes du chap. II.[64]Lettres inédites de Richelieu à M. de Blainville, ambassadeur en Angleterre, des 10 et 11 novembre 1625: «Les Anglais semblent n'avoir de chaleur que quand il faut embrasser un parti préjudiciable à la France... La France pourroit bien s'accommoder avec l'Espagne plutôt que de souffrir toujours les hauteurs de Buckingham... Lui faire connoître que s'il veut venir en France, il faut qu'il fasse exécuter les articles du mariage, qu'autrement il n'y sera pas le bien venu. Tel est le naturel des Anglais, que si on parle bas avec eux, ils parlent haut, et que si on parle haut, ils parlent bas.» Archives des affaires étrangères,France, t. XXXVII, année 1625.[65]Richelieu,Mémoires, t. III, p. 50: «Dès le commencement de l'année (1626), c'étoit un bruit commun qui couroit par la cour et dans tout l'État qu'il s'y formoit une grande cabale, et que l'on méprisa d'abord; mais quand on vit qu'il s'augmentoit de jour à autre, que l'on considéra qu'en telles matières tels bruits sont d'ordinaire avant-coureurs des vérités, et que celui-ci étoit accompagné de divers avis tant du dehors que du dedans du royaume, on jugea qu'on ne pouvoit le négliger sans péril.»[66]Mmede Motteville,ibid., p. 27: «La reine même m'a fait l'honneur de me dire qu'elle avoit fait alors tout ce qu'elle put pour empêcher le mariage de Monsieur... parce qu'elle croyoit que ce mariage, que la reine mère vouloit, étoit tout à fait contre ses intérêts, étant certain que cette princesse (sa belle-sœur) venant à avoir des enfants, elle qui n'en avoit point ne seroit plus considérée.»[67]Mmede Motteville,ibid., p. 27: «Elle employa à ce dessein le maréchal d'Ornano qui étoit son serviteur.» Il est vrai qu'elle ajoute que la reine lui fit parler par une tierce personne, et n'eut jamais d'intelligence avec les gens de Monsieur. Cela se peut, mais il est indubitable qu'Anne fit mieux que de parler à des gens de Monsieur contre le mariage projeté, et qu'elle en parla à Monsieur lui-même. Voyez la déposition de Monsieur, plus bas, p.70.[68]C'est à quoi Richelieu se réduit avec raison,ibid., p. 107. Voy. ce que dit Monsieur lui-même, plus bas, p.70.[69]Mémoires,ibid., p. 330.[70]Interrogatoire de Chalais, p. 31 du recueil de La Borde:Pièces du procès de Henri de Tallerand, comte de Chalais, décapité en 1626. Londres, 1781.[71]De La Rochefoucauld,ibid.: «Sa personne et son esprit étoient agréables.» Fontenai-Mareuil,ibid., p. 23: «M. de Chalais étoit jeune, bien fait, fort adroit à toute sorte d'exercices, mais surtout d'agréable compagnie, ce qui le rendoit bien venu parmi les femmes, qui le perdirent enfin.»[72]La Rochefoucauld,ibid.[73]C'était déjà une habitude et un principe pour le duc d'Orléans. «La reine mère disant à Monsieur qu'il avoit manqué à l'écrit si solemnel duquel le roi avoit voulu qu'elle fût dépositaire, il a répondu qu'il l'avoit signé, mais qu'il ne l'avoit pas promis de bouche... Le roi et la reine le firent souvenir que plusieurs fois depuis il avoit juré solemnellement de ne penser jamais à chose quelconque qui tendit à le séparer d'avec le roi; il a dit qu'il réservoit toujours quelque chose en jurant.» Pièce inédite tirée des archives des affaires étrangères. Voyez l'Appendice,notes du chapitre II.[74]Mémoires d'un Favori, p. 78.[75]Ibid., etc., p. 81.[76]Ibid., p. 79.[77]Il est donc tout naturel que ce double jeu l'ait rendu suspect à bien des gens,Mémoires d'un Favori, p. 82: «Je vais vous dire une chose que vous ne trouverez pas mal plaisante, qui est que d'abord le pauvre Chalais vouloit trouver son compte de tous les côtés. Il voyoit M. le cardinal qui lui proposoit des honneurs et des charges en cas qu'il voulût servir le roi auprès de Monsieur, même qu'il pouvoit avoir la charge de maistre de camp de la cavalerie légère, et mettre la sienne à couvert. Le pauvre homme lui promettoit merveilles, puis nous venoit dire le contraire.» Fontenai-Mareuil dit aussi,ibid., p. 23, qu'au milieu de l'affaire et malgré tous ses engagements, Chalais se rapprocha de Richelieu, mais que «Mmede Chevreuse lui en fit tant de reproches et le pressa si fort que, rien n'étant quasi impossible à une femme aussi belle et avec autant d'esprit que celle-là, il n'y put résister, et il aima mieux manquer au cardinal de Richelieu et à lui-même qu'à elle, de sorte qu'ayant aussitôt fait changer Monsieur, il le rendit plus révolté que jamais.» Nulle part nous ne voyons que Chalais ait été blâmé de Mmede Chevreuse pour ses communications avec le cardinal dont elle connaissait le secret.[78]Mémoires d'un Favori, etc., p. 82 et 86.[79]Mmede Motteville,ibid., t. Ier, p. 26.[80]Mercure françois, 1626, p. 336.[81]On sera bien aise de savoir que le misérable qui déshonorait ainsi le nom de Gramont, étant sorti de France, fut tué en duel en 1629 à Bruxelles.[82]Pièce inédite déjà citée: «Monsieur a dit que la reine régnante l'a prié par différentes fois de ne pas achever le mariage sans que le maréchal fût mis en liberté.»—La même pièce: «Monsieur ayant sçu que Chalais avoit dit que le fondement de l'opposition que les dames faisoient au mariage étoit afin que si le roi venoit à mourir la reine pût épouser Monsieur, il dit au cardinal de Richelieu: Il est vrai qu'il y a plus de deux ans que je sçais que Mmede Chevreuse a tenu ce langage.»Appendice,notes du chapitre II.[83]Voyez l'Appendice,notes du chapitre II.[84]Cette pièce décisive n'est pas dans le recueil de Laborde; nous l'avons rencontrée aux archives des affaires étrangères,France, t. XXXVIII. Voyez l'Appendice.[85]Sur le commandeur de Jars, voyez dans le chapitre suivant la fin de l'affaire de Châteauneuf, et surtout notre écrit sur Mmede Hautefort, où l'on voit la noble jeune fille et le brave commandeur s'élever ensemble au suprême degré de la générosité et du dévouement.[86]Premier interrogatoire de Chalais, du 10 juillet, recueil de Laborde, p. 39.[87]Second interrogatoire du 28 juillet,ibid., p. 83.[88]Troisième lettre à Richelieu,ibid., p. 222.[89]Cinquième lettre, recueil de Laborde, p. 227.[90]Troisième lettre,ibid., p. 223.[91]Recueil de Laborde, p. 228.[92]Voici trois de ces lettres, que nous tirons du recueil de Laborde, p. 210, etc.Première lettre: «Si mes plaintes ont touché les âmes les plus insensibles quand mon soleil manquoit de luire dans les allées dédiées à l'amour, où seront ceux qui ne prendront part à mes sanglots dans une prison où ses rayons ne peuvent jamais entrer, et mon sort (est) d'autant plus rigoureux qu'il me défend de lui faire savoir mon cruel martyre? Dans cette perplexité, je me loue de mon maître qui fait seulement souffrir le corps, et murmure contre les merveilles de ce soleil, dont l'absence tue l'âme et cause une telle métamorphose que je ne suis plus moi-même que dans la persistance de l'adorer, et mes yeux qui ne servoient qu'à cela sont justement punis de leur trop grande présomption par plus de larmes versées que n'en causa jamais l'amour.»—Deuxième lettre: «Puisque ma vie dépend de vous, je ne crains pas de l'hasarder pour vous faire savoir que je vous aime; recevez-en donc ce petit témoignage, et ne condamnez pas ma témérité. Si ces beaux yeux que j'adore regardent cette lettre, j'augure bien de ma fortune; et s'il advient le contraire, je ne souhaite plus ma liberté puisque j'y trouve mon supplice.»—Troisième lettre: «Ce n'est pas de cette heure que j'ai reconnu de la divinité en vos beautés, mais bien commencé-je à apprendre qu'il faut vous servir comme déesse, puisqu'il ne m'est pas permis de vous faire savoir mon amour, sans courre fortune de la vie; prenez-en donc du soin puisqu'elle vous est toute dédiée, et si vous la jugez digne d'être conservée, dites au compagnon de mes malheurs qu'il vous souviendra quelquefois que je suis le plus malheureux des hommes. Il ne faut que lui dire oui.»[93]Recueil de Laborde, p. 68, etc.[94]Recueil de Laborde, p. 241 et 242, onzième lettre à Richelieu: «Depuis que vous me fîtes l'honneur de me dire qu'elle avoit médit de moi, je n'ai plus eu d'autre intérêt que de me conserver, etc.»[95]Recueil de Laborde, p. 96.[96]Ibid., p. 139-140.[97]Ibid., p. 97.[98]Ibid., p. 127.[99]Ibid., p. 137-138.[100]Recueil de Laborde, p. 93.[101]Ibid., p. 243.[102]Ibid.[103]Ibid., p. 228.[104]On ne conçoit pas pourquoi laRelation de ce qui s'est passé au procès de Chalais, tirée du cabinet de Dupuy, et qui est dans le recueil d'Auberi,Mémoires pour l'histoire du cardinal duc de Richelieu, t. Ier, p. 570, ne fait pas mention de cette rétractation de Chalais; mais elle est dans le recueil de Laborde, p. 168 et 179, séance du 19 août: «Et nous a dit de son propre mouvement que le contenu en toutes les lettres qu'il a écrites concernant les dames, étoit faux et ne savoit du tout rien de Mmede Chevreuse,... et particulièrement a dit qu'elle ne l'a jamais détourné du service qu'il devoit au roi.»[105]Mmede Motteville,ibid., p. 29: «Il pria son confesseur d'aller trouver le roi pour lui en dire la vérité, et d'aller de sa part demander pardon à la reine... Outre ces grandes paroles, sorties d'un homme qui alloit mourir, la mère de Chalais vint trouver la reine pour lui en faire satisfaction. Cette visite m'a été dite par des personnes qui étoient présentes quand elle fit cette déclaration.»[106]Relation, etc., dans le recueil d'Auberi. Elle dit à un archer des gardes du corps: «Dites à mon fils que je suis contente de l'assurance qu'il me donne de mourir en Dieu, et que si je pensois que ma vue ne l'attendrit pas trop, je l'irois trouver et ne l'abandonnerois point que sa tête ne fût séparée de son corps, mais que ne pouvant l'assister comme cela, je m'en vais prier Dieu pour lui.» La Porte, mettant en action ces nobles paroles, prétend que «Mmede Chalais monta sur l'échafaud avec son fils, et l'assista courageusement jusqu'à sa mort.»Mémoires,ibid., p. 302.[107]Monsieur changea le titre de duc d'Anjou pour celui de duc d'Orléans, et il eut le duché d'Orléans, le duché de Chartres, le comté de Blois, avec cent mille livres de revenu, plus cent mille livres de pension, et une somme de cinq cent soixante mille livres,Mercure françois, 1626, p. 385, etc.[108]Voyez La Porte et Mmede Motteville.[109]Relation, etc., dans le recueil d'Auberi, p. 573 et 574.[110]Le P. Griffet assure, t. Ier, p. 513 de sonHistoire du règne de Louis XIII, qu'elle fut interrogée sans être confrontée, et il renvoie à Brienne, lequel dit seulement que le roi donna ordre à Mmede Chevreuse de se retirer à Dampierre avec défense d'en sortir,Mémoires, collect. Petitot, 2esérie, t. XXXV, p. 434.[111]LaRelation: «Elle partit de Nantes, le lundi 17 aoust.»[112]Archives des Affaires étrangères,France, t. XXXIX, fol. 316. «Sire, ce porteur m'ayant trouvé à quatre lieues de Dampierre, je n'ai pu plus tôt satisfaire à la volonté de Votre Majesté. J'y serai (à Dampierre), demain au matin, pour en même temps donner ordre à l'éloignement de ma femme avec l'obéissance que je dois à ses commandements, étant, Sire,Votre très-humble, très-obéissant et très-fidèle sujet et serviteur.De Gallardon, ce 29 août.Chevreuse.»[113]Mémoires, t. III, p. 110.[114]Sur Charles IV, sa liaison avec Mmede Chevreuse, la ligue qu'ils formèrent ensemble contre Richelieu et l'extraordinaire influence qu'elle conserva toujours sur lui, nous renvoyons avec confiance au t. Ierde l'excellent ouvrage de M. le comte d'Haussonville,Histoire de la réunion de la Lorraine à la France.[115]Voyez lesMémoiresde Richelieu, t. III., p. 311 et suiv.[116]La Porte,Mémoires, p. 304: «La nouvelle de l'arrestation de mylord Montaigu mit la reine en une peine extrême, craignant d'être nommée dans les papiers de mylord, et que cela venant à être découvert, le roi, avec qui elle n'étoit pas en trop bonne intelligence, ne la maltraitât et ne la renvoyât en Espagne, comme il auroit fait assurément; ce qui lui donna une telle inquiétude qu'elle en perdit le dormir et le manger. Dans cet embarras elle se souvint que j'étois dans la compagnie des gendarmes qui devoit être du nombre des troupes commandées pour la conduite de mylord. C'est pourquoi elle s'informa à Lavau où j'étois; il me trouva et me conduisit après minuit dans la chambre de la reine d'où tout le monde étoit retiré. Elle me dit la peine où elle étoit, et que, n'ayant personne à qui elle se pût fier, elle m'avoit fait chercher, croyant que je la servirois avec affection et fidélité; que de ce que je lui rapporterois dépendoit son salut ou sa perte; elle me dit toute l'affaire, et qu'il falloit que, dans la conduite que nous ferions de mylord Montaigu, je fisse en sorte de lui parler et de savoir de lui si, dans les papiers qu'on lui avoit pris, elle n'y étoit point nommée, et que si d'adventure il étoit interrogé lorsqu'il seroit à la Bastille, et pressé de nommer tous ceux qu'il savoit avoir eu connoissance de cette ligue, il se gardât bien de la nommer... Je dis à mylord Montaigu la peine où étoit la reine; à cela il me répondit qu'elle n'étoit nommée ni directement ni indirectement dans les papiers qu'on lui avoit pris, et m'assura que s'il étoit interrogé il ne diroit jamais rien qui lui pût nuire, quand même on le devroit faire mourir.» Quand La Porte rapporta cette réponse à la reine, celle-ci, dit La Porte, tressaillit de joie.[117]Mémoires,ibid., t. IV, p. 11: «Le tout suscité par Mmede Chevreuse, qui agissoit en cela du consentement de la reine.»Ibid., p. 80: «Une demoiselle qu'elle chassa donna avis que sa liaison avec la reine régnante étoit plus étroite que jamais, et qu'elle lui disoit qu'elle n'avoit rien à craindre, ayant l'empereur, l'Espagne, l'Angleterre, la Lorraine et beaucoup d'autres pour elle.» La Rochefoucauld,ibid., p. 344: «On sait assez que le duc de Buckingham vint avec une puissante flotte pour secourir La Rochelle, qu'il attaqua l'île de Ré sans la prendre, et qu'il se retira avec un succès malheureux; mais tout le monde ne sait pas que le cardinal accusa la reine d'avoir concerté cette entreprise avec le duc de Buckingham pour faire la paix des huguenots, et lui donner un prétexte de revenir à la cour et de revoir la reine.»[118]Mémoiresde Richelieu, t. IV, p. 74.[119]Tallemant,Historiette du cardinal de Richelieu, t. Ier, p. 350.[120]Mémoires inédits, publiés par M. Barrière en 1828, t. Ier, p. 274.[121]Mémoires de Brienne, collect. Petitot, 2esérie, t. XXXVI, p. 60.[122]Ibid., p. 343 et 345.[123]Édition d'Amsterdam, 1731, t. Ier, p. 10.[124]Mémoires,ibid., p. 34.[125]Ibid., p. 62.[126]Il est certain qu'en 1632 Mmede Chevreuse était bien avec le cardinal. On en peut juger par les deux billets suivants que nous tirons des archives des affaires étrangères,France, 1632, t. LXII et LXIII: «Monsieur, je ne m'estimois pas si heureuse d'être en votre souvenir dans les occupations où vous êtes. Je me trouve agréablement trompée en cette opinion. Cela me fait espérer que je le serai peut-être encore à mon avantage touchant les sentiments où vous êtes pour moi. Je le souhaite aussi passionnément que véritablement. Je suis résolue de vous témoigner par toutes les actions de ma vie que je suis comme je le dois, Monsieur, votre très-humble et très-obéissante servante,M. de Rohan.P. S.Je vous envoierois d'autres lettres en échange de celles que vous m'avez envoyées, si je ne craignois pas que la quantité vous importunât.»—«1eraoût 1632. Monsieur, si j'avois aussi bien pu refuser de donner cette lettre à ce gentilhomme, comme je sais m'empêcher de vous importuner à toutes heures de mes supplications, vous n'auriez pas eu la peine de la lire. Il faut que vous le souffriez encore, s'il vous plaît, Monsieur, pour que je satisfasse à la créance qu'a le maître de ce porteur qu'il obtiendra la demande qu'il vous fait, pourvu que vous la teniez de moi. Ma créance n'étant pas tout à fait de même, j'estime que je fais mieux de vous laisser voir cette demande dans la lettre qu'il vous écrit, crainte de vous ennuyer d'un trop long discours; et par cette même raison je ne vous dirai pas davantage, sinon que je serai jusqu'à la mort, Monsieur, votre très-humble et très-obligeante servante,M. de Rohan.» La Porte dit aussi qu'alors Mmede Chevreuse passait pour être en faveur auprès du cardinal,ibid., p. 317.[127]Archives des affaires étrangères,France, t. LVII, année 1631. Bouthillier à Richelieu: «J'ai donné le mémoire à Mmede Chevreuse; elle m'a dit force choses qui seroient inutiles et trop longues à vous dire. J'essayai de lui faire comprendre qu'elle ne pouvoit écrire un mot à M. de Lorraine.»[128]Ibid., Mémoire pour interroger René Seguin, prisonnier à la Bastille, pris au retour d'un voyage en Flandre. «...Il avoit charge de parler à Mmede Chevreuse pour la gagner et la porter à desservir le roi, ce qu'elle a découvert à Sa Majesté, et ce qu'il n'est pas à propos que Seguin sache.»[129]Par exemple au traité de Vic en 1632. Voyez M. d'Haussonville, t. Ier, p. 295.[130]Richelieu,Mémoires, t. VII, p. 326: «On avoit fait le sieur de Châteauneuf garde des sceaux à l'éloignement du sieur de Marillac, croyant qu'il n'auroit d'autre mouvement que celui que le commandement du roi lui donneroit ou l'intérêt de son service, d'autant que jusque-là il avoit fait paroître n'avoir autre intention, et depuis quelques années étoit toujours demeuré attaché auprès du cardinal, servant avec beaucoup de témoignages d'affection et de fidélité; mais dès qu'il se vit émancipé par l'autorité de sa charge et en état d'agir seul, lors les intentions qu'il avoit tenues cachées auparavant par respect et par crainte commencèrent à paroître. Il se porta dans les cabales de la cour, particulièrement celle des dames factieuses dont la principale étoit la duchesse de Chevreuse, l'esprit et la conduite de laquelle avoient été souvent désagréables au roi, comme non-seulement n'ayant jamais manqué à être de toutes les mauvaises parties qui avoient été faites contre son service, mais même en ayant quasi toujours été un très-dangereux chef de parti.»[131]Il était né en 1580. Un admirable portrait au crayon de D. Demonstier, gravé par Ragot, le représente en garde des sceaux, d'une mine ferme et relevée.[132]Nous avons rencontré ce curieux fragment aux archives des affaires étrangères,France, t. CI, la dernière pièce du volume, sous ce titre:Mémoire de M. le Cardinal de Richelieu contre M. de Châteauneuf. 12 pages de la main bien connue de Charpentier, l'un des secrétaires du cardinal. Voyez l'Appendice,notes du chap. III.[133]Tom. II, p. 392.[134]Nous en donnons au moins l'exact inventaire dans l'Appendice,notes du chap. III.[135]La jalousie de Richelieu contre Châteauneuf paraît aussi dans cet endroit desMémoiresde La Porte,ibid., p. 322: «Le cardinal m'interrogea fort sur ce que faisoit la reine, si M. de Châteauneuf alloit souvent chez elle, s'il y étoit tard, et s'il n'alloit pas ordinairement chez Mmede Chevreuse.» Ailleurs encore La Porte raconte que le cardinal le questionnait beaucoup «sur la conduite de Mmede Chevreuse et de M. de Châteauneuf.»[136]Disons une fois pour toutes que, dans l'original, Mmede Chevreuse est désignée par le no28, Châteauneuf par le no38, le cardinal par le no22, Louis XIII par le no23, la reine Anne par le no24, M. de Chevreuse par le no57, etc.[137]Quel est l'adorateur importun caché sous ce chiffre? N'est-ce pas le comte de Brion? Voyez plus bas, p.101,102,107,109.[138]Le duc de Lorraine ou le comte de Holland.[139]Voyez plus haut, p.99.[140]Dans le texte,procédurequi était alors le mot usité.[141]Dans le texte,déshonorableque l'analogie donne naturellement en opposition àhonorable.[142]M. d'Haussonville, si bien informé, ne donne aucun rôle à Mmede Chevreuse ni dans le traité de Liverdun en 1632 ni dans celui de 1633. Le passage suivant de La Porte prolonge pourtant jusqu'en 1633 l'influence diplomatique de Mmede Chevreuse, puisqu'il la place après l'arrestation de Châteauneuf qui est du 25 février de cette année. Avouons toutefois que les détails contenus dans ce passage se rapportent au traité de Vic conclu le 6 janvier 1632; nous ne le donnons pas moins ici parce qu'il montre quels étaient, soit en 1633, soit en 1632, les sentiments de Mmede Chevreuse et aussi ceux de la reine, et à quel point celle-ci s'affligeait des succès de Richelieu, alors même que ces succès profitaient à la France.Ibid., p. 327: «M. de Châteauneuf fut envoyé à Angoulême, qu'on lui donna pour prison, et où il demeura toujours depuis jusqu'à la fin du ministère. Pour Mmede Chevreuse, elle demeura à la cour à cause du besoin qu'en avoit le cardinal pour ses affaires en Lorraine; car le duc de Lorraine, excité par Monsieur, ayant voulu faire quelques mouvements, la peur qu'on eut qu'ils n'attirassent l'Empereur dans leur parti fit qu'on suscita les Suédois qui étoient en Allemagne et qu'on les fit entrer en Lorraine. Le duc leva aussitôt une belle armée pour s'opposer à cette invasion; mais le roi, pour le désarmer sans coup férir, lui envoya l'abbé Du Dorat, qui étoit à M. de Chevreuse; et Mmede Chevreuse même, quoique cette négociation ne lui plût pas, cependant, pour montrer son zèle à M. le cardinal, agit dans cette affaire contre ses propres sentiments, ne croyant pas le duc de Lorraine si facile; mais elle fut trompée, car l'abbé Du Dorat ayant trouvé cette altesse à Strasbourg avec son armée, fit si bien qu'il l'engagea à la licencier, et l'abbé en eut pour récompense la trésorerie de la Sainte-Chapelle. Cependant le roi, qui ne s'attendoit pas à cela, partit pour Metz, et étant à Château-Thierry il m'envoya avec des lettres de Mmede Chevreuse trouver à Nancy M. le duc de Vaudemont... A mon retour je trouvai le roi à Châlons, et de là je suivis la cour à Metz, où l'on apprit que le duc de Lorraine avoit licencié ses troupes. Cette nouvelle fâcha fort la reine et Mmede Chevreuse, qui pourtant n'en témoignèrent rien; mais la reine ne put s'empêcher de lui reprocher sa folie d'une plaisante manière: elle me commanda de faire untababareou bonnet à l'anglaise, de velours vert, chamarré de passements d'or, doublé de panne jaune, avec un bouquet de fleurs vertes et jaunes, et de le porter de sa part au duc de Lorraine. C'étoit un grand secret, car si le roi et le cardinal l'eussent sçu, quelques railleries qu'elles en eussent pu faire, ils eussent bien vu leur intention. J'allai donc en poste à Nancy trouver cette altesse, à qui ayant demandé à parler, on me fit entrer dans sa chambre, et m'ayant reconnu il imagina bien que j'avois quelque chose de particulier à lui dire; il me prit par la main et me mena dans son cabinet, où je lui donnai la lettre que la reine lui écrivoit. Pendant qu'il la lut, j'accommodai le bonnet avec les plumes, et je lui dis ensuite que la reine m'avoit commandé de lui donner cela de sa part; il le mit sur sa tête, se regarda dans un miroir, et se mit à rire... Il fit réponse, et je retournai à Metz, où je trouvai la reine en grande impatience de savoir comment son présent avoit été reçu.»[143]La Rochefoucauld,ibid., p. 355. Cet archevêque devait avoir alors plus de quatre-vingts ans, car on lit dans laGazettede l'an 1641, no619, p. 315: «Le sieur d'Eschaux, archevêque de Tours, ci-devant évêque de Bayonne, et premier aumônier du roi, âgé de quatre-vingt-six ans, est mort le 21 mai en son palais archiépiscopal de Tours.»[144]Nous avons trouvé ces lettres de Craft dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale, ancien fond françois no9241, in-fol.; au dos:Choses diverses; à la garde: «Lettres curieuses interceptées du cardinal infant et des ministres d'Espagne, adressées à la roine, à Mmede Chevreuse, Mmedu Fargis et autres personnes considérables en ce temps-là, pendant le ministère du cardinal de Richelieu, venues après sa mort de son cabinet; et quelques dépêches durant le courant de l'année 1639, venant du même lieu, tant du roi que dudit cardinal, adressées à M. l'archevêque de Bourdeaux, etc.» Il y a six lettres de Craft à Mmede Chevreuse. En voici un extrait.—Première lettre: De Calais, 5 février 1635. Le mauvais temps l'arrêtant à Calais, il lui écrit avant de s'embarquer. Il ne voit rien au monde digne d'une pensée que Mmede Chevreuse. «Il va en son païs avec cette opinion et ne la changera jamais. Il aimeroit mieux mourir pour elle que vivre et jouir de toutes les choses qu'il peut avoir en ce monde, sans la bonne opinion de Mmede Chevreuse. Il a pris la résolution de ne jamais rien faire qui méritât le contraire de cette bonne opinion; car son âme et son cœur est tout à elle, et son pauvre serviteur la prie de les garder jusqu'à ce que ses actions l'en rendent indigne.»—Deuxième lettrenon datée: «Le seul contentement qu'il ait en son absence est de regarder son portrait, ce qu'il fait souvent, et ne verra rien autre chose avec plaisir jusqu'à ce qu'il la revoye. C'est la seule chose au monde pourquoi il a plaisir de vivre, qui lui fera mépriser toute autre considération, et le dispose à se rendre digne d'elle, qu'il adorera toute sa vie de tout son cœur et de toute son âme.»—Troisième lettre.Il est enfin arrivé à Calais. Il ne veut pas l'importuner en lui racontant la peine qu'il a eue pour y venir; seulement il veut la supplier de continuer sa bonne opinion de lui. Le temps fera voir que la passion qu'il a pour elle est plus grande qu'il ne le peut exprimer. «Il ne désire autre usage d'elle qu'elle le croira mériter par ses actions (sic).»—Quatrième lettre.«Il est à cette heure sur le bord de la mer, avec un temps contraire qui lui fait craindre d'y demeurer longtemps sans partir. Si c'étoit au retour, le temps l'ennuieroit bien, mais, comme il est, toutes choses et lieux lui sont semblables... Il la prie de lui mander ce que N. (serait-ce Montaigu?) lui aura dit de lui et s'il a quelque soupçon de leur amitié, laquelle de son côté ne diminuera jamais. Il appréhende plus que jamais son païs, «ne pouvant espérer de voir aucune chose qui lui puisse porter de contentements. La seule chose qui lui reste pour le consoler est l'espérance qu'elle continuera ce qu'elle lui a promis; possédant cela, il méprisera toute autre chose au monde, etc.»—Cinquième lettre.Il est arrivé hier à Londres... «Il n'a jamais été si bien traité par N. (serait-ce la reine d'Angleterre?) ni mieux reçu.Ellelui a demandé forces nouvelles de Mmede Chevreuse et de $ (serait-ce la reine Anne?) et si l'amitié continuoit si grande entre eux. Elle croit qu'il est amoureux ou de $ ou de Mmede Chevreuse, mais ne peut dire laquelle. Mmede Chevreuse doit lui avoir moins d'obligation que jamais de la passion qu'il a pour elle, car tout le monde ici est si bas et si méprisable, qu'il n'a contentement ni bien que quand la nuit vient pour être seul et penser à Mmede Chevreuse. Il a manqué être noïé en passant la mer; il a été trois jours et trois nuits entre Douvres et Calais en la plus grande tempête qui ait jamais été... Tout le monde ici est si plein de bassesse qu'il n'ose avoir familiarité avec personne, mais se console en lui-même en aimant Mmede Chevreuse, et en méprisant toutes choses ici, jusques aux plus considérées et adorées en ce païs... Il croit que l'honneur et la vraie générosité du monde est réduite en elle et en son amitié. Ses actions lui témoigneront que toute sa vie sera employée à la mériter. Si elle veut lui en donner permission, il est prêt à retourner pour la voir, et il la conjure par toute son amitié de le lui permettre; en attendant il la supplie de lui mander de ses nouvelles pour le soulager. Il y a longtemps qu'il n'en a eu, ce qui lui donne peur; mais quand il considère ses promesses, il bannit de son esprit toutes ses craintes, et toutes autres, et n'aime et n'aimera jamais qu'elle.»—Sixième lettre.«Il lui donne des nouvelles de Londres. La comtesse de Carlisle a dit d'elle tant de mal qu'il a été obligé de lui dire «qu'elle étoit devenue si laide elle-même, que l'envie qu'elle portoit aux autres la fesoit parler comme cela.»—Les choses qu'il voit ici sont si peu considérables, qu'il la prie de croire «que tant plus il voit le monde, tant plus il ne voit qu'elle d'adorable, ce qui est cause qu'il ne pourra jamais vivre sans une grande passion pour elle. Il ne se peut consoler qu'en pensant qu'il n'y a rien au monde de digne qu'elle. Il ne désire être traité par elle que selon ses actions, etc.»[145]Nous la tirons du même manuscrit qui contient les lettres de Craft.[146]Il y a là, ce semble, une indirecte allusion aux services que peut rendre Montaigu à la reine, dans leurs communs intérêts.[147]Sur La Rochefoucauld, ses premières impressions politiques, et sa conduite à cette époque de sa vie, voyezLA JEUNESSE DE MMEde LONGUEVILLE, chap. IV, p. 294, etc.[148]Mémoires,ibid., p. 355.[149]Gallia Christiana, t. VIII, p. 584. La mère de Saint-Étienne fut abbesse de 1626 jusqu'au 13 août 1637, où elle fut forcée de donner sa démission, et remplacée par Marie de Burges, la mère de Saint-Benoît. Elle était née en Franche-Comté, et toute sa famille était au service de l'Espagne; son frère était même gouverneur de Besançon.[150]Mémoires,ibid., p. 352 et suiv.[151]Mémoires, t. Ier, p. 80.[152]Mémoires,ibid., p. 331.[153]Le secrétaire de l'ambassade d'Angleterre en Flandre, nommé Gerbier.[154]Mémoires,ibid., p. 346.[155]Mémoires, t. X, p. 195, etc.[156]Manuscrit de la Bibliothèque impériale, ancien fonds françois, no9241. Voyez plus haut, p.116, dans la note145.[157]Le manuscrit précité renferme une trentaine de lettres de Mmedu Fargis à la reine, une douzaine de la reine à Mmedu Fargis, cinq ou six lettres en espagnol de la reine à M. de Mirabel, autant à son frère le cardinal, avec les réponses de ceux-ci. Voyez l'Appendice,notes du chapitre III.

[7]Sur Chateauneuf, son ambition et sa capacité, voyez Mmede Longueville pendant la Fronde, chap. II.[8]Mémoires, édition d'Amsterdam, 1731, p. 210.[9]Calomnie ridicule, dont le seul et unique prétexte est la dernière liaison de Mmede Chevreuse avec le marquis deLaigues, au milieu de la Fronde. Voyez notre dernier chapitre.[10]Cette grande accusation n'a pas la portée qu'on lui pourrait donner: elle signifie seulement que Mmede Chevreuse «étoit distraite dans ses discours,» comme nous l'apprend Mmede Motteville, t. Ier, p. 198.[11]Mmede Longueville pendant la Fronde, chap. I et III.[12]Vie de Mmede Longueville, par Villefore, édition de 1739, IIepartie, p. 33.—Mmede Motteville, tome Ier,ibid.: «J'ai ouï dire à ceux qui l'ont connue particulièrement qu'il n'y a jamais eu personne qui ait si bien connu les intérêts de tous les princes et qui en parlât si bien, et même je l'ai entendu louer de sa capacité.»[13]Ce portrait n'est pas un original; c'est une copie, mais ancienne.[14]Portrait in-folio fort rare et qui ne se trouve guère qu'au cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale.[15]In-4o, dans la collection de Daret, et reproduit par Harding en Angleterre. C'est le portrait qui est en tête de ce volume. Ajoutons bien vite que les petits vilains portraits de Moncornet n'ont aucun rapport avec Mmede Chevreuse à aucun âge.[16]L'admirable original de Ferdinand est chez M. le duc de Luynes. Balechou l'a gravé pourl'Europe illustre.[17]Voyezle Parfait Capitaine, autrement l'abrégé des guerres des commentaires de César, édition elzévirienne de 1639.[18]Voyez sur Mmede Guymené, outre lesMémoiresde Retz, Mmede Sablé, chapitres III et IV.[19]Voyez laJeunesse de Mmede Longueville, chap. III.[20]Amsterdam, 1731, 2 vol. in-12.[21]Paris, 1615, en la boutique de Nivelle, chez Sébastien Cramoisy, rue Saint-Jacques, avec privilége du roi, in-12, de 64 pages.[22]Le duc le représentait alors à sa cour comme l'homme de France qui pouvait le mieux servir les intérêts de sa Majesté Catholique. VoyezLettres du cardinal de Richelieu, publiées par M. Avenel, t. Ier, p. 19.[23]Cette opinion qui peut sembler paradoxale, n'est pas ici légèrement avancée; elle se fonde sur une étude sérieuse et détaillée des principaux actes du ministère de Luynes. Voyez leJournal des Savantsde l'année 1861,le duc et connétable de Luynes.[24]Appendice,notes du chapitre Ier.[25]Catherine-Henriette, légitimée de France, qui épousa on 1619 le duc d'Elbeuf.[26]Plus tard, en 1619, il la fit obtenir à son frère Cadenet, et c'est sur la terre de Chaulnes, que lui apporta Claire-Charlotte d'Ailli, que Cadenet assit son titre de duc et maréchal de Chaulnes.[27]Mmede Motteville, tome Ier, page 11: «La duchesse de Luynes était très-bien avec son mari.»[28]Guido Bentivoglio, nonce du pape en France. VoyezAppendice, notes du chap. Ier.[29]Appendice,notes du chap. Ier.[30]Voyez l'Appendice,notes du chap. Ier.[31]Gallia Christiana, tome VIII, page 1715;Vie de Bossuet, par M. de Beausset, tome II, livreVII.—Il ne faut pas confondre cette abbesse de Jouarre avec sa nièce, MmeAlbert de Luynes, fille du second duc de Luynes, qui a été aussi, avec une de ses sœurs, religieuse à Jouarre, et à laquelle Bossuet a écrit tant de lettres touchantes.[32]Mémoires, tome Ier, page 221.[33]Voyez laJeunesse de Mmede Longueville, chap. II, p. 129-130.[34]M. le duc de Luynes a fait de l'antique château des Guise un séjour à la fois splendide et charmant qui peut rivaliser avec les plus célèbres résidences de l'aristocratie anglaise. Où trouver ailleurs cette grandeur et cette simplicité, cet exquis sentiment de la nature et de l'art, ces belles eaux, ces magnifiques promenades, et aussi cette vaste bibliothèque, ces admirables portraits de famille, ces peintures ou du moins ces grandes esquisses de M. Ingres, et cette statue de Louis XIII, en argent massif, monument d'une généreuse reconnaissance? Et lorsqu'on vient à penser que celui qui a rassemblé toutes ces belles choses a consacré sa fortune au bien public en tout genre, qu'il nous a donné l'acier de Damas, les ruines de Sélinonte, l'histoire de la maison d'Anjou à Naples, la Minerve du Parthénon; que depuis trente ans, secondé par une compagne digne de lui, il répand les asiles, les écoles, les hospices, encourage et soutient les savants et les artistes, lui-même un des premiers archéologues de l'Europe, ami d'une liberté sage, et favorable à toutes les bonnes causes populaires, on se dit: Il y a donc encore un grand seigneur en France![35]Il avait, en 1620, marié sa nièce, Mllede Pontcourlai, à M. de Combalet, neveu de Luynes, qui la laissa veuve de très-bonne heure.[36]Mémoires, collection Petitot, t. II, p. 403: «Il faut pourvoir au cœur, c'est-à-dire au dedans.»Ibid., p. 407: «Il ne faut pas aussi entrer en rupture avec les Espagnols et venir avec eux à une guerre déclarée.»[37]Mémoires, t. Ier, p. 12. Mmede Motteville dit même, p. 11, qu'auparavant et encore en 1622, la reine étant grosse, se blessa en courant après sa surintendante qui était encore la duchesse et connétable de Luynes. Bassompierre,Mémoires, collection Petitot, 2esérie t. XX, p. 376: «La reine devint grosse, et c'étoit de six semaines, quand un soir... s'en retournant coucher et passant près la grande salle du Louvre, Mmela connétable de Luynes et Mllede Verneuil la tenant sous les bras et la faisant courir, elle broncha et tomba, dont elle se blessa et perdit son fruit... On fit savoir au roi comme et en quelle façon elle s'étoit blessée, et il s'anima tellement contre les deux dames, qu'il manda à la reine qu'il ne vouloit plus que Mllede Verneuil et Mmela connétable fussent auprès d'elle, et leur écrivit à chacune une lettre pour leur faire savoir qu'elles eussent à se retirer du Louvre.» Le mariage de la connétable avec le duc de Chevreuse, qui avait beaucoup de crédit auprès du roi, arrangea tout, et sauva pour quelque temps la surintendante,Mémoiresde Fontenai-Mareuil, collection Petitot, 1resérie, t. L, p. 350.[38]Mmede Motteville, t. Ier, p. 13, et Mmede Sablé, chap. Ier, p. 13 et 14.[39]Mémoires,ibid., p. 338.[40]La Rochefoucauld,ibid., p. 340. La Porte qui était alors porte-manteau de la reine Anne, et qui vit Holland à la cour, dit,Mémoires, collection Petitot, 2esérie, t. LIX, p. 295: «Un des plus beaux hommes du monde, mais d'une beauté efféminée.» On nous assure qu'il y a en Angleterre, chez le comte de Breadalbane, un portrait du beau Holland.[41]La Rochefoucauld,ibid.[42]Mercure françois, 1625, p. 365 et 366: «Le duc arriva en poste à Paris le 24ejour de mai, et fut logé à l'hôtel du duc de Chevreuse, l'hôtel le plus richement meublé qui soit à présent en France, et où le peuple de Paris fut plusieurs jours par admiration voir le riche équipage qu'avoit fait faire ce prince, lequel par ordre de Sa Majesté très-chrétienne, devoit, avec la duchesse sa femme, accompagner la reine en Angleterre.»[43]La Rochefoucauld,ibid.[44]Mmede Motteville,ibid., p. 15 et 16: «Le duc de Buckingham fut le seul qui eut l'audace d'attaquer son cœur. Il étoit bien fait, beau de visage; il avoit l'âme grande, il étoit magnifique, libéral, et favori d'un grand roi. Il avoit tous les trésors à dépenser et toutes les pierreries de la couronne d'Angleterre pour se parer. Il ne faut pas s'étonner si avec tant d'aimables qualités il eut de si hautes pensées, de si nobles mais si dangereux et blâmables désirs, et s'il eut le bonheur de persuader à tous ceux qui en ont été les témoins, que ses respects ne furent point importuns.»[45]Mercure françois,ibid.[46]La Rochefoucauld,ibid.[47]Ibid.—Voici le récit parfaitement conforme de La Porte, alors au service de la reine,Mémoires,ibid., p. 296: «La reine logea dans une maison où il y avoit un fort grand jardin le long de la rivière de Somme; la cour s'y promenoit tous les soirs, et il arriva une chose qui a bien donné occasion aux médisans d'exercer leur malignité. Un soir que le temps étoit fort serein, la reine qui aimoit à se promener tard, étant en ce jardin, le duc de Buckingham la menoit, milord Rich menoit Mmede Chevreuse. Après s'être bien promenée, la reine se reposa quelque temps et toutes les dames aussi; puis elle se leva, et dans le tournant d'une allée où les dames ne la suivirent pas sitôt, le duc de Buckingham se voyant seul avec elle, à la faveur de l'obscurité qui commençoit à chasser la lumière, s'émancipa fort insolemment, jusqu'à vouloir caresser la reine, qui en même temps fit un cri auquel tout le monde accourut. Putange, écuyer de la reine, qui la suivoit de vue, arriva le premier, et arrêta le duc qui se trouva fort embarrassé, et les suites eussent été dangereuses pour lui si Putange ne l'eût laissé aller; tout le monde arrivant là-dessus, le duc s'évada, et il fut résolu d'assoupir la chose autant que l'on pourroit.» Le récit de Mmede Motteville ne diffère pas véritablement de ceux-là: «On a fort parlé d'une promenade qu'elle fit dans le jardin de la maison où elle logeoit. J'ai vu des personnes qui s'y trouvèrent qui m'ont instruite de la vérité. Le duc de Buckingham qui y fut, la voulant entretenir, Putange, écuyer de la reine, la quitta pour quelques moments, croyant que le respect l'obligeoit de ne pas écouter ce que ce seigneur anglais lui vouloit dire. Le hasard alors les ayant menés dans un détour d'allée où une palissade les pouvoit cacher au public, la reine dans cet instant, surprise de se voir seule, et apparemment importunée par quelques sentiments très-passionnés du duc, elle s'écria en appelant son écuyer, le blâma de l'avoir quittée... Si en cette occasion elle montra que son cœur pouvoit être susceptible de quelque impression de tendresse qui la convia d'écouter les discours fabuleux d'un homme qui l'aimoit, il faut avouer aussi que l'amour de la pureté et ses sentiments honnêtes l'emportèrent sur tout le reste.»—Telle est cette scène du jardin d'Amiens, que Tallemant a chargée à sa façon de détails grossiers. Mais nous ne croyons pas le moins du monde à une autre scène qui aurait eu lieu à Paris, dans le petit jardin du Louvre, et après laquelle la reine aurait envoyé Mmede Chevreuse demander à Buckingham s'il était sûr qu'elle ne fût pas en danger d'être grosse, ainsi que le dit Retz dans le manuscrit original de ses mémoires, que reproduit fidèlement l'édition de M. Aimé Champollion, Paris, 1859, t. III, p. 238. C'est vraisemblablement la scène d'Amiens que Mmede Chevreuse aura racontée à Retz, qui au bout de vingt ans se sera agrandie et embellie dans l'imagination libertine du cardinal, et qu'il aura transportée du jardin d'Amiens dans celui du Louvre.[48]Mmede Motteville,ibid., p. 18.[49]La Rochefoucauld,ibid.[50]La Rochefoucauld,ibid.—Mmede Motteville,ibid., p. 19: «Il vint se mettre à genoux devant son lit, baisant son drap avec des transports si extraordinaires qu'il étoit aisé de voir que sa passion étoit violente et de celles qui ne laissent aucun usage de la raison à ceux qui en sont touchés. La reine m'a fait l'honneur de me dire qu'elle en fut embarrassée, et cet embarras, mêlé de quelque dépit, fut cause qu'elle demeura longtemps sans lui parler. La comtesse de Lannoi, alors sa dame d'honneur, sage, vertueuse et âgée, qui étoit au chevet du lit, ne voulant point souffrir que le duc fût en cet état, lui dit avec beaucoup de sévérité que ce n'étoit point la coutume en France, et voulut le faire lever. Mais lui sans s'étonner, combattit contre la vieille dame, disant qu'il n'étoit pas Français; puis, s'adressant à la reine, lui dit tout haut les choses les plus tendres, mais elle ne lui répondit que par des plaintes de sa hardiesse, sans être peut-être très en colère.»[51]Mmede Motteville,ibid.: «La reine savoit par des lettres de la duchesse qui accompagnoit la reine d'Angleterre, qu'il étoit arrivé; elle en parla devant Nogent en riant, et ne s'étonna point quand elle le vit.»—Reconnaissons que La Porte parle ici autrement que Mmede Motteville et surtout que La Rochefoucauld, et qu'il a vu ce qu'il raconte; mais peut-être n'a-t-il vu que l'apparence, et le dessous des cartes lui a-t-il échappé.Ibid., p. 297: «Comme la reine avoit beaucoup d'amitié pour Mmede Chevreuse, elle avoit bien de l'impatience d'avoir de ses nouvelles. La reine, tant pour cela que pour mander à Mmede Chevreuse ce qui se passoit à Amiens et ce que l'on disoit de l'aventure du jardin, m'envoya en poste à Boulogne, où j'allai et revins continuellement tant que la reine d'Angleterre y séjourna. Je portois des lettres à Mmede Chevreuse et j'en rapportois des réponses qui paraissoient être de grande conséquence, parce la reine avoit commandé à M. le duc de Chaulnes de faire tenir les portes de la ville ouvertes à toutes les heures de la nuit, afin que rien ne me retardât. Malgré la tempête il arriva une chaloupe d'Angleterre qui passa un courrier lequel portoit des nouvelles si considérables qu'elles obligèrent MM. de Buckingham et de Holland de les apporter eux-mêmes à la reine mère. Il se rencontra que je partois de Boulogne en même temps qu'eux, et les ayant toujours accompagnés jusqu'à Amiens, je les quittai à l'entrée de la ville. Ils allèrent au logis de la reine mère qui étoit à l'évêché, et j'allai porter mes réponses à la reine, avec un éventail de plumes que la duchesse de Buckingham, qui étoit arrivée à Boulogne, lui envoyoit. Je lui dis que ces Messieurs étoient arrivés, et que j'étois venu avec eux. Elle fut surprise, et dit à M. de Nogent Bautru qui étoit dans sa chambre:Encore revenus, Nogent; je pensois que nous en étions délivrés. Sa Majesté étoit au lit, car elle s'étoit fait saigner ce jour-là. Après qu'elle eut lu ses lettres et que je lui eus rendu compte de tout mon voyage, je m'en allai et ne retournai chez elle que le soir assez tard. J'y trouvai ces Messieurs, qui y demeurèrent beaucoup plus tard que la bienséance ne le permettoit à des personnes de cette condition, lorsque les reines sont au lit, et cela obligea Mmede la Boissière, première dame d'honneur de la reine, de se tenir auprès de Sa Majesté tant qu'ils y furent, ce qui leur déplaisoit fort. Toutes les femmes et tous les officiers de la couronne ne se retirèrent qu'après que ces Messieurs furent sortis.»[52]Bois-d'Annemets, qui accompagnait alors Monsieur, frère du roi, dit qu'au milieu de toutes les dames anglaises venues à la rencontre de la nouvelle reine, la comtesse d'Amblie, la marquise d'Hamilton, etc., «Mmede Chevreuse, qui avoit été ordonnée avec M. son mari pour passer avec la reine en Angleterre, leur fit confesser que toutes leurs beautés n'étoient rien au prix de la sienne.»Mémoires d'un favori du duc d'Orléans, Leyde, 1668, p. 41.[53]La Rochefoucauld,ibid., p. 342.[54]Mmede Motteville,ibid., p. 23.[55]Nous tirons ces détails d'une lettre inédite de Holland. VoyezAppendice,notes du chap. II.[56]Voyez plus haut, chap. Ier, p.34.[57]Mémoires, t. III, p. 64 et p. 105.[58]Mémoires de Bassompierre, collection Petitot, t. III, p. 3 et 4.[59]Nous n'admettons ni ne rejetons la célèbre histoire des ferrets de diamants, parce que cette histoire n'a pour elle qu'une seule autorité; mais cette autorité est celle de La Rochefoucauld.Ibid., p. 343: «Le duc de Buckingham étoit galant et magnifique; il prenoit beaucoup de soin de se parer aux assemblées. La comtesse de Carlisle (ancienne maîtresse du duc, gagnée par Richelieu), qui avoit tant d'intérêt de l'observer, s'aperçut qu'il affectoit de porter des ferrets de diamants qu'elle ne lui connaissoit pas; elle ne douta point que la reine de France ne les lui eût donnés, mais pour en être encore plus assurée, elle prit le temps à un bal d'entretenir en particulier le duc et de lui couper les ferrets, dans le dessein de les envoyer au cardinal. Le duc de Buckingham s'aperçut le soir de ce qu'il avoit perdu, et jugeant d'abord que la comtesse de Carlisle avoit pris ses ferrets, il appréhenda les effets de sa jalousie, et qu'elle ne fût capable de les remettre entre les mains du cardinal pour perdre la reine. Dans cette extrémité, il dépêcha à l'instant même un ordre de fermer les ports d'Angleterre, et défendit que personne n'en sortît, sous quelque prétexte que ce pût être, avant un temps qu'il marqua. Cependant il fit refaire en diligence des ferrets semblables à ceux qu'on lui avoit pris, et les envoya à la reine en lui rendant compte de ce qui étoit arrivé. Cette précaution de fermer les ports retint la comtesse de Carlisle; la reine évita de cette sorte la vengeance de cette femme irritée, et le cardinal perdit un moyen assuré de convaincre la reine et d'éclaircir le roi de tous ses doutes, puisque les ferrets venoient de lui et qu'il les avoit donnés à la reine.» Cette anecdote nous semble par trop romanesque et invraisemblable; c'est un bruit de salon qu'aura recueilli La Rochefoucauld, tandis que les autres aventures que nous avons admises s'appuient sur plusieurs témoignages, et particulièrement sur celui de Mmede Motteville.[60]Mmede Motteville,ibid., p. 23 et 24.[61]Ibid., p. 22.[62]Mercure françois, 1626, p. 227 et 261-265.[63]Voyez l'Appendice,notes du chap. II.[64]Lettres inédites de Richelieu à M. de Blainville, ambassadeur en Angleterre, des 10 et 11 novembre 1625: «Les Anglais semblent n'avoir de chaleur que quand il faut embrasser un parti préjudiciable à la France... La France pourroit bien s'accommoder avec l'Espagne plutôt que de souffrir toujours les hauteurs de Buckingham... Lui faire connoître que s'il veut venir en France, il faut qu'il fasse exécuter les articles du mariage, qu'autrement il n'y sera pas le bien venu. Tel est le naturel des Anglais, que si on parle bas avec eux, ils parlent haut, et que si on parle haut, ils parlent bas.» Archives des affaires étrangères,France, t. XXXVII, année 1625.[65]Richelieu,Mémoires, t. III, p. 50: «Dès le commencement de l'année (1626), c'étoit un bruit commun qui couroit par la cour et dans tout l'État qu'il s'y formoit une grande cabale, et que l'on méprisa d'abord; mais quand on vit qu'il s'augmentoit de jour à autre, que l'on considéra qu'en telles matières tels bruits sont d'ordinaire avant-coureurs des vérités, et que celui-ci étoit accompagné de divers avis tant du dehors que du dedans du royaume, on jugea qu'on ne pouvoit le négliger sans péril.»[66]Mmede Motteville,ibid., p. 27: «La reine même m'a fait l'honneur de me dire qu'elle avoit fait alors tout ce qu'elle put pour empêcher le mariage de Monsieur... parce qu'elle croyoit que ce mariage, que la reine mère vouloit, étoit tout à fait contre ses intérêts, étant certain que cette princesse (sa belle-sœur) venant à avoir des enfants, elle qui n'en avoit point ne seroit plus considérée.»[67]Mmede Motteville,ibid., p. 27: «Elle employa à ce dessein le maréchal d'Ornano qui étoit son serviteur.» Il est vrai qu'elle ajoute que la reine lui fit parler par une tierce personne, et n'eut jamais d'intelligence avec les gens de Monsieur. Cela se peut, mais il est indubitable qu'Anne fit mieux que de parler à des gens de Monsieur contre le mariage projeté, et qu'elle en parla à Monsieur lui-même. Voyez la déposition de Monsieur, plus bas, p.70.[68]C'est à quoi Richelieu se réduit avec raison,ibid., p. 107. Voy. ce que dit Monsieur lui-même, plus bas, p.70.[69]Mémoires,ibid., p. 330.[70]Interrogatoire de Chalais, p. 31 du recueil de La Borde:Pièces du procès de Henri de Tallerand, comte de Chalais, décapité en 1626. Londres, 1781.[71]De La Rochefoucauld,ibid.: «Sa personne et son esprit étoient agréables.» Fontenai-Mareuil,ibid., p. 23: «M. de Chalais étoit jeune, bien fait, fort adroit à toute sorte d'exercices, mais surtout d'agréable compagnie, ce qui le rendoit bien venu parmi les femmes, qui le perdirent enfin.»[72]La Rochefoucauld,ibid.[73]C'était déjà une habitude et un principe pour le duc d'Orléans. «La reine mère disant à Monsieur qu'il avoit manqué à l'écrit si solemnel duquel le roi avoit voulu qu'elle fût dépositaire, il a répondu qu'il l'avoit signé, mais qu'il ne l'avoit pas promis de bouche... Le roi et la reine le firent souvenir que plusieurs fois depuis il avoit juré solemnellement de ne penser jamais à chose quelconque qui tendit à le séparer d'avec le roi; il a dit qu'il réservoit toujours quelque chose en jurant.» Pièce inédite tirée des archives des affaires étrangères. Voyez l'Appendice,notes du chapitre II.[74]Mémoires d'un Favori, p. 78.[75]Ibid., etc., p. 81.[76]Ibid., p. 79.[77]Il est donc tout naturel que ce double jeu l'ait rendu suspect à bien des gens,Mémoires d'un Favori, p. 82: «Je vais vous dire une chose que vous ne trouverez pas mal plaisante, qui est que d'abord le pauvre Chalais vouloit trouver son compte de tous les côtés. Il voyoit M. le cardinal qui lui proposoit des honneurs et des charges en cas qu'il voulût servir le roi auprès de Monsieur, même qu'il pouvoit avoir la charge de maistre de camp de la cavalerie légère, et mettre la sienne à couvert. Le pauvre homme lui promettoit merveilles, puis nous venoit dire le contraire.» Fontenai-Mareuil dit aussi,ibid., p. 23, qu'au milieu de l'affaire et malgré tous ses engagements, Chalais se rapprocha de Richelieu, mais que «Mmede Chevreuse lui en fit tant de reproches et le pressa si fort que, rien n'étant quasi impossible à une femme aussi belle et avec autant d'esprit que celle-là, il n'y put résister, et il aima mieux manquer au cardinal de Richelieu et à lui-même qu'à elle, de sorte qu'ayant aussitôt fait changer Monsieur, il le rendit plus révolté que jamais.» Nulle part nous ne voyons que Chalais ait été blâmé de Mmede Chevreuse pour ses communications avec le cardinal dont elle connaissait le secret.[78]Mémoires d'un Favori, etc., p. 82 et 86.[79]Mmede Motteville,ibid., t. Ier, p. 26.[80]Mercure françois, 1626, p. 336.[81]On sera bien aise de savoir que le misérable qui déshonorait ainsi le nom de Gramont, étant sorti de France, fut tué en duel en 1629 à Bruxelles.[82]Pièce inédite déjà citée: «Monsieur a dit que la reine régnante l'a prié par différentes fois de ne pas achever le mariage sans que le maréchal fût mis en liberté.»—La même pièce: «Monsieur ayant sçu que Chalais avoit dit que le fondement de l'opposition que les dames faisoient au mariage étoit afin que si le roi venoit à mourir la reine pût épouser Monsieur, il dit au cardinal de Richelieu: Il est vrai qu'il y a plus de deux ans que je sçais que Mmede Chevreuse a tenu ce langage.»Appendice,notes du chapitre II.[83]Voyez l'Appendice,notes du chapitre II.[84]Cette pièce décisive n'est pas dans le recueil de Laborde; nous l'avons rencontrée aux archives des affaires étrangères,France, t. XXXVIII. Voyez l'Appendice.[85]Sur le commandeur de Jars, voyez dans le chapitre suivant la fin de l'affaire de Châteauneuf, et surtout notre écrit sur Mmede Hautefort, où l'on voit la noble jeune fille et le brave commandeur s'élever ensemble au suprême degré de la générosité et du dévouement.[86]Premier interrogatoire de Chalais, du 10 juillet, recueil de Laborde, p. 39.[87]Second interrogatoire du 28 juillet,ibid., p. 83.[88]Troisième lettre à Richelieu,ibid., p. 222.[89]Cinquième lettre, recueil de Laborde, p. 227.[90]Troisième lettre,ibid., p. 223.[91]Recueil de Laborde, p. 228.[92]Voici trois de ces lettres, que nous tirons du recueil de Laborde, p. 210, etc.Première lettre: «Si mes plaintes ont touché les âmes les plus insensibles quand mon soleil manquoit de luire dans les allées dédiées à l'amour, où seront ceux qui ne prendront part à mes sanglots dans une prison où ses rayons ne peuvent jamais entrer, et mon sort (est) d'autant plus rigoureux qu'il me défend de lui faire savoir mon cruel martyre? Dans cette perplexité, je me loue de mon maître qui fait seulement souffrir le corps, et murmure contre les merveilles de ce soleil, dont l'absence tue l'âme et cause une telle métamorphose que je ne suis plus moi-même que dans la persistance de l'adorer, et mes yeux qui ne servoient qu'à cela sont justement punis de leur trop grande présomption par plus de larmes versées que n'en causa jamais l'amour.»—Deuxième lettre: «Puisque ma vie dépend de vous, je ne crains pas de l'hasarder pour vous faire savoir que je vous aime; recevez-en donc ce petit témoignage, et ne condamnez pas ma témérité. Si ces beaux yeux que j'adore regardent cette lettre, j'augure bien de ma fortune; et s'il advient le contraire, je ne souhaite plus ma liberté puisque j'y trouve mon supplice.»—Troisième lettre: «Ce n'est pas de cette heure que j'ai reconnu de la divinité en vos beautés, mais bien commencé-je à apprendre qu'il faut vous servir comme déesse, puisqu'il ne m'est pas permis de vous faire savoir mon amour, sans courre fortune de la vie; prenez-en donc du soin puisqu'elle vous est toute dédiée, et si vous la jugez digne d'être conservée, dites au compagnon de mes malheurs qu'il vous souviendra quelquefois que je suis le plus malheureux des hommes. Il ne faut que lui dire oui.»[93]Recueil de Laborde, p. 68, etc.[94]Recueil de Laborde, p. 241 et 242, onzième lettre à Richelieu: «Depuis que vous me fîtes l'honneur de me dire qu'elle avoit médit de moi, je n'ai plus eu d'autre intérêt que de me conserver, etc.»[95]Recueil de Laborde, p. 96.[96]Ibid., p. 139-140.[97]Ibid., p. 97.[98]Ibid., p. 127.[99]Ibid., p. 137-138.[100]Recueil de Laborde, p. 93.[101]Ibid., p. 243.[102]Ibid.[103]Ibid., p. 228.[104]On ne conçoit pas pourquoi laRelation de ce qui s'est passé au procès de Chalais, tirée du cabinet de Dupuy, et qui est dans le recueil d'Auberi,Mémoires pour l'histoire du cardinal duc de Richelieu, t. Ier, p. 570, ne fait pas mention de cette rétractation de Chalais; mais elle est dans le recueil de Laborde, p. 168 et 179, séance du 19 août: «Et nous a dit de son propre mouvement que le contenu en toutes les lettres qu'il a écrites concernant les dames, étoit faux et ne savoit du tout rien de Mmede Chevreuse,... et particulièrement a dit qu'elle ne l'a jamais détourné du service qu'il devoit au roi.»[105]Mmede Motteville,ibid., p. 29: «Il pria son confesseur d'aller trouver le roi pour lui en dire la vérité, et d'aller de sa part demander pardon à la reine... Outre ces grandes paroles, sorties d'un homme qui alloit mourir, la mère de Chalais vint trouver la reine pour lui en faire satisfaction. Cette visite m'a été dite par des personnes qui étoient présentes quand elle fit cette déclaration.»[106]Relation, etc., dans le recueil d'Auberi. Elle dit à un archer des gardes du corps: «Dites à mon fils que je suis contente de l'assurance qu'il me donne de mourir en Dieu, et que si je pensois que ma vue ne l'attendrit pas trop, je l'irois trouver et ne l'abandonnerois point que sa tête ne fût séparée de son corps, mais que ne pouvant l'assister comme cela, je m'en vais prier Dieu pour lui.» La Porte, mettant en action ces nobles paroles, prétend que «Mmede Chalais monta sur l'échafaud avec son fils, et l'assista courageusement jusqu'à sa mort.»Mémoires,ibid., p. 302.[107]Monsieur changea le titre de duc d'Anjou pour celui de duc d'Orléans, et il eut le duché d'Orléans, le duché de Chartres, le comté de Blois, avec cent mille livres de revenu, plus cent mille livres de pension, et une somme de cinq cent soixante mille livres,Mercure françois, 1626, p. 385, etc.[108]Voyez La Porte et Mmede Motteville.[109]Relation, etc., dans le recueil d'Auberi, p. 573 et 574.[110]Le P. Griffet assure, t. Ier, p. 513 de sonHistoire du règne de Louis XIII, qu'elle fut interrogée sans être confrontée, et il renvoie à Brienne, lequel dit seulement que le roi donna ordre à Mmede Chevreuse de se retirer à Dampierre avec défense d'en sortir,Mémoires, collect. Petitot, 2esérie, t. XXXV, p. 434.[111]LaRelation: «Elle partit de Nantes, le lundi 17 aoust.»[112]Archives des Affaires étrangères,France, t. XXXIX, fol. 316. «Sire, ce porteur m'ayant trouvé à quatre lieues de Dampierre, je n'ai pu plus tôt satisfaire à la volonté de Votre Majesté. J'y serai (à Dampierre), demain au matin, pour en même temps donner ordre à l'éloignement de ma femme avec l'obéissance que je dois à ses commandements, étant, Sire,Votre très-humble, très-obéissant et très-fidèle sujet et serviteur.De Gallardon, ce 29 août.Chevreuse.»[113]Mémoires, t. III, p. 110.[114]Sur Charles IV, sa liaison avec Mmede Chevreuse, la ligue qu'ils formèrent ensemble contre Richelieu et l'extraordinaire influence qu'elle conserva toujours sur lui, nous renvoyons avec confiance au t. Ierde l'excellent ouvrage de M. le comte d'Haussonville,Histoire de la réunion de la Lorraine à la France.[115]Voyez lesMémoiresde Richelieu, t. III., p. 311 et suiv.[116]La Porte,Mémoires, p. 304: «La nouvelle de l'arrestation de mylord Montaigu mit la reine en une peine extrême, craignant d'être nommée dans les papiers de mylord, et que cela venant à être découvert, le roi, avec qui elle n'étoit pas en trop bonne intelligence, ne la maltraitât et ne la renvoyât en Espagne, comme il auroit fait assurément; ce qui lui donna une telle inquiétude qu'elle en perdit le dormir et le manger. Dans cet embarras elle se souvint que j'étois dans la compagnie des gendarmes qui devoit être du nombre des troupes commandées pour la conduite de mylord. C'est pourquoi elle s'informa à Lavau où j'étois; il me trouva et me conduisit après minuit dans la chambre de la reine d'où tout le monde étoit retiré. Elle me dit la peine où elle étoit, et que, n'ayant personne à qui elle se pût fier, elle m'avoit fait chercher, croyant que je la servirois avec affection et fidélité; que de ce que je lui rapporterois dépendoit son salut ou sa perte; elle me dit toute l'affaire, et qu'il falloit que, dans la conduite que nous ferions de mylord Montaigu, je fisse en sorte de lui parler et de savoir de lui si, dans les papiers qu'on lui avoit pris, elle n'y étoit point nommée, et que si d'adventure il étoit interrogé lorsqu'il seroit à la Bastille, et pressé de nommer tous ceux qu'il savoit avoir eu connoissance de cette ligue, il se gardât bien de la nommer... Je dis à mylord Montaigu la peine où étoit la reine; à cela il me répondit qu'elle n'étoit nommée ni directement ni indirectement dans les papiers qu'on lui avoit pris, et m'assura que s'il étoit interrogé il ne diroit jamais rien qui lui pût nuire, quand même on le devroit faire mourir.» Quand La Porte rapporta cette réponse à la reine, celle-ci, dit La Porte, tressaillit de joie.[117]Mémoires,ibid., t. IV, p. 11: «Le tout suscité par Mmede Chevreuse, qui agissoit en cela du consentement de la reine.»Ibid., p. 80: «Une demoiselle qu'elle chassa donna avis que sa liaison avec la reine régnante étoit plus étroite que jamais, et qu'elle lui disoit qu'elle n'avoit rien à craindre, ayant l'empereur, l'Espagne, l'Angleterre, la Lorraine et beaucoup d'autres pour elle.» La Rochefoucauld,ibid., p. 344: «On sait assez que le duc de Buckingham vint avec une puissante flotte pour secourir La Rochelle, qu'il attaqua l'île de Ré sans la prendre, et qu'il se retira avec un succès malheureux; mais tout le monde ne sait pas que le cardinal accusa la reine d'avoir concerté cette entreprise avec le duc de Buckingham pour faire la paix des huguenots, et lui donner un prétexte de revenir à la cour et de revoir la reine.»[118]Mémoiresde Richelieu, t. IV, p. 74.[119]Tallemant,Historiette du cardinal de Richelieu, t. Ier, p. 350.[120]Mémoires inédits, publiés par M. Barrière en 1828, t. Ier, p. 274.[121]Mémoires de Brienne, collect. Petitot, 2esérie, t. XXXVI, p. 60.[122]Ibid., p. 343 et 345.[123]Édition d'Amsterdam, 1731, t. Ier, p. 10.[124]Mémoires,ibid., p. 34.[125]Ibid., p. 62.[126]Il est certain qu'en 1632 Mmede Chevreuse était bien avec le cardinal. On en peut juger par les deux billets suivants que nous tirons des archives des affaires étrangères,France, 1632, t. LXII et LXIII: «Monsieur, je ne m'estimois pas si heureuse d'être en votre souvenir dans les occupations où vous êtes. Je me trouve agréablement trompée en cette opinion. Cela me fait espérer que je le serai peut-être encore à mon avantage touchant les sentiments où vous êtes pour moi. Je le souhaite aussi passionnément que véritablement. Je suis résolue de vous témoigner par toutes les actions de ma vie que je suis comme je le dois, Monsieur, votre très-humble et très-obéissante servante,M. de Rohan.P. S.Je vous envoierois d'autres lettres en échange de celles que vous m'avez envoyées, si je ne craignois pas que la quantité vous importunât.»—«1eraoût 1632. Monsieur, si j'avois aussi bien pu refuser de donner cette lettre à ce gentilhomme, comme je sais m'empêcher de vous importuner à toutes heures de mes supplications, vous n'auriez pas eu la peine de la lire. Il faut que vous le souffriez encore, s'il vous plaît, Monsieur, pour que je satisfasse à la créance qu'a le maître de ce porteur qu'il obtiendra la demande qu'il vous fait, pourvu que vous la teniez de moi. Ma créance n'étant pas tout à fait de même, j'estime que je fais mieux de vous laisser voir cette demande dans la lettre qu'il vous écrit, crainte de vous ennuyer d'un trop long discours; et par cette même raison je ne vous dirai pas davantage, sinon que je serai jusqu'à la mort, Monsieur, votre très-humble et très-obligeante servante,M. de Rohan.» La Porte dit aussi qu'alors Mmede Chevreuse passait pour être en faveur auprès du cardinal,ibid., p. 317.[127]Archives des affaires étrangères,France, t. LVII, année 1631. Bouthillier à Richelieu: «J'ai donné le mémoire à Mmede Chevreuse; elle m'a dit force choses qui seroient inutiles et trop longues à vous dire. J'essayai de lui faire comprendre qu'elle ne pouvoit écrire un mot à M. de Lorraine.»[128]Ibid., Mémoire pour interroger René Seguin, prisonnier à la Bastille, pris au retour d'un voyage en Flandre. «...Il avoit charge de parler à Mmede Chevreuse pour la gagner et la porter à desservir le roi, ce qu'elle a découvert à Sa Majesté, et ce qu'il n'est pas à propos que Seguin sache.»[129]Par exemple au traité de Vic en 1632. Voyez M. d'Haussonville, t. Ier, p. 295.[130]Richelieu,Mémoires, t. VII, p. 326: «On avoit fait le sieur de Châteauneuf garde des sceaux à l'éloignement du sieur de Marillac, croyant qu'il n'auroit d'autre mouvement que celui que le commandement du roi lui donneroit ou l'intérêt de son service, d'autant que jusque-là il avoit fait paroître n'avoir autre intention, et depuis quelques années étoit toujours demeuré attaché auprès du cardinal, servant avec beaucoup de témoignages d'affection et de fidélité; mais dès qu'il se vit émancipé par l'autorité de sa charge et en état d'agir seul, lors les intentions qu'il avoit tenues cachées auparavant par respect et par crainte commencèrent à paroître. Il se porta dans les cabales de la cour, particulièrement celle des dames factieuses dont la principale étoit la duchesse de Chevreuse, l'esprit et la conduite de laquelle avoient été souvent désagréables au roi, comme non-seulement n'ayant jamais manqué à être de toutes les mauvaises parties qui avoient été faites contre son service, mais même en ayant quasi toujours été un très-dangereux chef de parti.»[131]Il était né en 1580. Un admirable portrait au crayon de D. Demonstier, gravé par Ragot, le représente en garde des sceaux, d'une mine ferme et relevée.[132]Nous avons rencontré ce curieux fragment aux archives des affaires étrangères,France, t. CI, la dernière pièce du volume, sous ce titre:Mémoire de M. le Cardinal de Richelieu contre M. de Châteauneuf. 12 pages de la main bien connue de Charpentier, l'un des secrétaires du cardinal. Voyez l'Appendice,notes du chap. III.[133]Tom. II, p. 392.[134]Nous en donnons au moins l'exact inventaire dans l'Appendice,notes du chap. III.[135]La jalousie de Richelieu contre Châteauneuf paraît aussi dans cet endroit desMémoiresde La Porte,ibid., p. 322: «Le cardinal m'interrogea fort sur ce que faisoit la reine, si M. de Châteauneuf alloit souvent chez elle, s'il y étoit tard, et s'il n'alloit pas ordinairement chez Mmede Chevreuse.» Ailleurs encore La Porte raconte que le cardinal le questionnait beaucoup «sur la conduite de Mmede Chevreuse et de M. de Châteauneuf.»[136]Disons une fois pour toutes que, dans l'original, Mmede Chevreuse est désignée par le no28, Châteauneuf par le no38, le cardinal par le no22, Louis XIII par le no23, la reine Anne par le no24, M. de Chevreuse par le no57, etc.[137]Quel est l'adorateur importun caché sous ce chiffre? N'est-ce pas le comte de Brion? Voyez plus bas, p.101,102,107,109.[138]Le duc de Lorraine ou le comte de Holland.[139]Voyez plus haut, p.99.[140]Dans le texte,procédurequi était alors le mot usité.[141]Dans le texte,déshonorableque l'analogie donne naturellement en opposition àhonorable.[142]M. d'Haussonville, si bien informé, ne donne aucun rôle à Mmede Chevreuse ni dans le traité de Liverdun en 1632 ni dans celui de 1633. Le passage suivant de La Porte prolonge pourtant jusqu'en 1633 l'influence diplomatique de Mmede Chevreuse, puisqu'il la place après l'arrestation de Châteauneuf qui est du 25 février de cette année. Avouons toutefois que les détails contenus dans ce passage se rapportent au traité de Vic conclu le 6 janvier 1632; nous ne le donnons pas moins ici parce qu'il montre quels étaient, soit en 1633, soit en 1632, les sentiments de Mmede Chevreuse et aussi ceux de la reine, et à quel point celle-ci s'affligeait des succès de Richelieu, alors même que ces succès profitaient à la France.Ibid., p. 327: «M. de Châteauneuf fut envoyé à Angoulême, qu'on lui donna pour prison, et où il demeura toujours depuis jusqu'à la fin du ministère. Pour Mmede Chevreuse, elle demeura à la cour à cause du besoin qu'en avoit le cardinal pour ses affaires en Lorraine; car le duc de Lorraine, excité par Monsieur, ayant voulu faire quelques mouvements, la peur qu'on eut qu'ils n'attirassent l'Empereur dans leur parti fit qu'on suscita les Suédois qui étoient en Allemagne et qu'on les fit entrer en Lorraine. Le duc leva aussitôt une belle armée pour s'opposer à cette invasion; mais le roi, pour le désarmer sans coup férir, lui envoya l'abbé Du Dorat, qui étoit à M. de Chevreuse; et Mmede Chevreuse même, quoique cette négociation ne lui plût pas, cependant, pour montrer son zèle à M. le cardinal, agit dans cette affaire contre ses propres sentiments, ne croyant pas le duc de Lorraine si facile; mais elle fut trompée, car l'abbé Du Dorat ayant trouvé cette altesse à Strasbourg avec son armée, fit si bien qu'il l'engagea à la licencier, et l'abbé en eut pour récompense la trésorerie de la Sainte-Chapelle. Cependant le roi, qui ne s'attendoit pas à cela, partit pour Metz, et étant à Château-Thierry il m'envoya avec des lettres de Mmede Chevreuse trouver à Nancy M. le duc de Vaudemont... A mon retour je trouvai le roi à Châlons, et de là je suivis la cour à Metz, où l'on apprit que le duc de Lorraine avoit licencié ses troupes. Cette nouvelle fâcha fort la reine et Mmede Chevreuse, qui pourtant n'en témoignèrent rien; mais la reine ne put s'empêcher de lui reprocher sa folie d'une plaisante manière: elle me commanda de faire untababareou bonnet à l'anglaise, de velours vert, chamarré de passements d'or, doublé de panne jaune, avec un bouquet de fleurs vertes et jaunes, et de le porter de sa part au duc de Lorraine. C'étoit un grand secret, car si le roi et le cardinal l'eussent sçu, quelques railleries qu'elles en eussent pu faire, ils eussent bien vu leur intention. J'allai donc en poste à Nancy trouver cette altesse, à qui ayant demandé à parler, on me fit entrer dans sa chambre, et m'ayant reconnu il imagina bien que j'avois quelque chose de particulier à lui dire; il me prit par la main et me mena dans son cabinet, où je lui donnai la lettre que la reine lui écrivoit. Pendant qu'il la lut, j'accommodai le bonnet avec les plumes, et je lui dis ensuite que la reine m'avoit commandé de lui donner cela de sa part; il le mit sur sa tête, se regarda dans un miroir, et se mit à rire... Il fit réponse, et je retournai à Metz, où je trouvai la reine en grande impatience de savoir comment son présent avoit été reçu.»[143]La Rochefoucauld,ibid., p. 355. Cet archevêque devait avoir alors plus de quatre-vingts ans, car on lit dans laGazettede l'an 1641, no619, p. 315: «Le sieur d'Eschaux, archevêque de Tours, ci-devant évêque de Bayonne, et premier aumônier du roi, âgé de quatre-vingt-six ans, est mort le 21 mai en son palais archiépiscopal de Tours.»[144]Nous avons trouvé ces lettres de Craft dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale, ancien fond françois no9241, in-fol.; au dos:Choses diverses; à la garde: «Lettres curieuses interceptées du cardinal infant et des ministres d'Espagne, adressées à la roine, à Mmede Chevreuse, Mmedu Fargis et autres personnes considérables en ce temps-là, pendant le ministère du cardinal de Richelieu, venues après sa mort de son cabinet; et quelques dépêches durant le courant de l'année 1639, venant du même lieu, tant du roi que dudit cardinal, adressées à M. l'archevêque de Bourdeaux, etc.» Il y a six lettres de Craft à Mmede Chevreuse. En voici un extrait.—Première lettre: De Calais, 5 février 1635. Le mauvais temps l'arrêtant à Calais, il lui écrit avant de s'embarquer. Il ne voit rien au monde digne d'une pensée que Mmede Chevreuse. «Il va en son païs avec cette opinion et ne la changera jamais. Il aimeroit mieux mourir pour elle que vivre et jouir de toutes les choses qu'il peut avoir en ce monde, sans la bonne opinion de Mmede Chevreuse. Il a pris la résolution de ne jamais rien faire qui méritât le contraire de cette bonne opinion; car son âme et son cœur est tout à elle, et son pauvre serviteur la prie de les garder jusqu'à ce que ses actions l'en rendent indigne.»—Deuxième lettrenon datée: «Le seul contentement qu'il ait en son absence est de regarder son portrait, ce qu'il fait souvent, et ne verra rien autre chose avec plaisir jusqu'à ce qu'il la revoye. C'est la seule chose au monde pourquoi il a plaisir de vivre, qui lui fera mépriser toute autre considération, et le dispose à se rendre digne d'elle, qu'il adorera toute sa vie de tout son cœur et de toute son âme.»—Troisième lettre.Il est enfin arrivé à Calais. Il ne veut pas l'importuner en lui racontant la peine qu'il a eue pour y venir; seulement il veut la supplier de continuer sa bonne opinion de lui. Le temps fera voir que la passion qu'il a pour elle est plus grande qu'il ne le peut exprimer. «Il ne désire autre usage d'elle qu'elle le croira mériter par ses actions (sic).»—Quatrième lettre.«Il est à cette heure sur le bord de la mer, avec un temps contraire qui lui fait craindre d'y demeurer longtemps sans partir. Si c'étoit au retour, le temps l'ennuieroit bien, mais, comme il est, toutes choses et lieux lui sont semblables... Il la prie de lui mander ce que N. (serait-ce Montaigu?) lui aura dit de lui et s'il a quelque soupçon de leur amitié, laquelle de son côté ne diminuera jamais. Il appréhende plus que jamais son païs, «ne pouvant espérer de voir aucune chose qui lui puisse porter de contentements. La seule chose qui lui reste pour le consoler est l'espérance qu'elle continuera ce qu'elle lui a promis; possédant cela, il méprisera toute autre chose au monde, etc.»—Cinquième lettre.Il est arrivé hier à Londres... «Il n'a jamais été si bien traité par N. (serait-ce la reine d'Angleterre?) ni mieux reçu.Ellelui a demandé forces nouvelles de Mmede Chevreuse et de $ (serait-ce la reine Anne?) et si l'amitié continuoit si grande entre eux. Elle croit qu'il est amoureux ou de $ ou de Mmede Chevreuse, mais ne peut dire laquelle. Mmede Chevreuse doit lui avoir moins d'obligation que jamais de la passion qu'il a pour elle, car tout le monde ici est si bas et si méprisable, qu'il n'a contentement ni bien que quand la nuit vient pour être seul et penser à Mmede Chevreuse. Il a manqué être noïé en passant la mer; il a été trois jours et trois nuits entre Douvres et Calais en la plus grande tempête qui ait jamais été... Tout le monde ici est si plein de bassesse qu'il n'ose avoir familiarité avec personne, mais se console en lui-même en aimant Mmede Chevreuse, et en méprisant toutes choses ici, jusques aux plus considérées et adorées en ce païs... Il croit que l'honneur et la vraie générosité du monde est réduite en elle et en son amitié. Ses actions lui témoigneront que toute sa vie sera employée à la mériter. Si elle veut lui en donner permission, il est prêt à retourner pour la voir, et il la conjure par toute son amitié de le lui permettre; en attendant il la supplie de lui mander de ses nouvelles pour le soulager. Il y a longtemps qu'il n'en a eu, ce qui lui donne peur; mais quand il considère ses promesses, il bannit de son esprit toutes ses craintes, et toutes autres, et n'aime et n'aimera jamais qu'elle.»—Sixième lettre.«Il lui donne des nouvelles de Londres. La comtesse de Carlisle a dit d'elle tant de mal qu'il a été obligé de lui dire «qu'elle étoit devenue si laide elle-même, que l'envie qu'elle portoit aux autres la fesoit parler comme cela.»—Les choses qu'il voit ici sont si peu considérables, qu'il la prie de croire «que tant plus il voit le monde, tant plus il ne voit qu'elle d'adorable, ce qui est cause qu'il ne pourra jamais vivre sans une grande passion pour elle. Il ne se peut consoler qu'en pensant qu'il n'y a rien au monde de digne qu'elle. Il ne désire être traité par elle que selon ses actions, etc.»[145]Nous la tirons du même manuscrit qui contient les lettres de Craft.[146]Il y a là, ce semble, une indirecte allusion aux services que peut rendre Montaigu à la reine, dans leurs communs intérêts.[147]Sur La Rochefoucauld, ses premières impressions politiques, et sa conduite à cette époque de sa vie, voyezLA JEUNESSE DE MMEde LONGUEVILLE, chap. IV, p. 294, etc.[148]Mémoires,ibid., p. 355.[149]Gallia Christiana, t. VIII, p. 584. La mère de Saint-Étienne fut abbesse de 1626 jusqu'au 13 août 1637, où elle fut forcée de donner sa démission, et remplacée par Marie de Burges, la mère de Saint-Benoît. Elle était née en Franche-Comté, et toute sa famille était au service de l'Espagne; son frère était même gouverneur de Besançon.[150]Mémoires,ibid., p. 352 et suiv.[151]Mémoires, t. Ier, p. 80.[152]Mémoires,ibid., p. 331.[153]Le secrétaire de l'ambassade d'Angleterre en Flandre, nommé Gerbier.[154]Mémoires,ibid., p. 346.[155]Mémoires, t. X, p. 195, etc.[156]Manuscrit de la Bibliothèque impériale, ancien fonds françois, no9241. Voyez plus haut, p.116, dans la note145.[157]Le manuscrit précité renferme une trentaine de lettres de Mmedu Fargis à la reine, une douzaine de la reine à Mmedu Fargis, cinq ou six lettres en espagnol de la reine à M. de Mirabel, autant à son frère le cardinal, avec les réponses de ceux-ci. Voyez l'Appendice,notes du chapitre III.

[7]Sur Chateauneuf, son ambition et sa capacité, voyez Mmede Longueville pendant la Fronde, chap. II.[8]Mémoires, édition d'Amsterdam, 1731, p. 210.[9]Calomnie ridicule, dont le seul et unique prétexte est la dernière liaison de Mmede Chevreuse avec le marquis deLaigues, au milieu de la Fronde. Voyez notre dernier chapitre.[10]Cette grande accusation n'a pas la portée qu'on lui pourrait donner: elle signifie seulement que Mmede Chevreuse «étoit distraite dans ses discours,» comme nous l'apprend Mmede Motteville, t. Ier, p. 198.[11]Mmede Longueville pendant la Fronde, chap. I et III.[12]Vie de Mmede Longueville, par Villefore, édition de 1739, IIepartie, p. 33.—Mmede Motteville, tome Ier,ibid.: «J'ai ouï dire à ceux qui l'ont connue particulièrement qu'il n'y a jamais eu personne qui ait si bien connu les intérêts de tous les princes et qui en parlât si bien, et même je l'ai entendu louer de sa capacité.»[13]Ce portrait n'est pas un original; c'est une copie, mais ancienne.[14]Portrait in-folio fort rare et qui ne se trouve guère qu'au cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale.[15]In-4o, dans la collection de Daret, et reproduit par Harding en Angleterre. C'est le portrait qui est en tête de ce volume. Ajoutons bien vite que les petits vilains portraits de Moncornet n'ont aucun rapport avec Mmede Chevreuse à aucun âge.[16]L'admirable original de Ferdinand est chez M. le duc de Luynes. Balechou l'a gravé pourl'Europe illustre.[17]Voyezle Parfait Capitaine, autrement l'abrégé des guerres des commentaires de César, édition elzévirienne de 1639.[18]Voyez sur Mmede Guymené, outre lesMémoiresde Retz, Mmede Sablé, chapitres III et IV.[19]Voyez laJeunesse de Mmede Longueville, chap. III.[20]Amsterdam, 1731, 2 vol. in-12.[21]Paris, 1615, en la boutique de Nivelle, chez Sébastien Cramoisy, rue Saint-Jacques, avec privilége du roi, in-12, de 64 pages.[22]Le duc le représentait alors à sa cour comme l'homme de France qui pouvait le mieux servir les intérêts de sa Majesté Catholique. VoyezLettres du cardinal de Richelieu, publiées par M. Avenel, t. Ier, p. 19.[23]Cette opinion qui peut sembler paradoxale, n'est pas ici légèrement avancée; elle se fonde sur une étude sérieuse et détaillée des principaux actes du ministère de Luynes. Voyez leJournal des Savantsde l'année 1861,le duc et connétable de Luynes.[24]Appendice,notes du chapitre Ier.[25]Catherine-Henriette, légitimée de France, qui épousa on 1619 le duc d'Elbeuf.[26]Plus tard, en 1619, il la fit obtenir à son frère Cadenet, et c'est sur la terre de Chaulnes, que lui apporta Claire-Charlotte d'Ailli, que Cadenet assit son titre de duc et maréchal de Chaulnes.[27]Mmede Motteville, tome Ier, page 11: «La duchesse de Luynes était très-bien avec son mari.»[28]Guido Bentivoglio, nonce du pape en France. VoyezAppendice, notes du chap. Ier.[29]Appendice,notes du chap. Ier.[30]Voyez l'Appendice,notes du chap. Ier.[31]Gallia Christiana, tome VIII, page 1715;Vie de Bossuet, par M. de Beausset, tome II, livreVII.—Il ne faut pas confondre cette abbesse de Jouarre avec sa nièce, MmeAlbert de Luynes, fille du second duc de Luynes, qui a été aussi, avec une de ses sœurs, religieuse à Jouarre, et à laquelle Bossuet a écrit tant de lettres touchantes.[32]Mémoires, tome Ier, page 221.[33]Voyez laJeunesse de Mmede Longueville, chap. II, p. 129-130.[34]M. le duc de Luynes a fait de l'antique château des Guise un séjour à la fois splendide et charmant qui peut rivaliser avec les plus célèbres résidences de l'aristocratie anglaise. Où trouver ailleurs cette grandeur et cette simplicité, cet exquis sentiment de la nature et de l'art, ces belles eaux, ces magnifiques promenades, et aussi cette vaste bibliothèque, ces admirables portraits de famille, ces peintures ou du moins ces grandes esquisses de M. Ingres, et cette statue de Louis XIII, en argent massif, monument d'une généreuse reconnaissance? Et lorsqu'on vient à penser que celui qui a rassemblé toutes ces belles choses a consacré sa fortune au bien public en tout genre, qu'il nous a donné l'acier de Damas, les ruines de Sélinonte, l'histoire de la maison d'Anjou à Naples, la Minerve du Parthénon; que depuis trente ans, secondé par une compagne digne de lui, il répand les asiles, les écoles, les hospices, encourage et soutient les savants et les artistes, lui-même un des premiers archéologues de l'Europe, ami d'une liberté sage, et favorable à toutes les bonnes causes populaires, on se dit: Il y a donc encore un grand seigneur en France![35]Il avait, en 1620, marié sa nièce, Mllede Pontcourlai, à M. de Combalet, neveu de Luynes, qui la laissa veuve de très-bonne heure.[36]Mémoires, collection Petitot, t. II, p. 403: «Il faut pourvoir au cœur, c'est-à-dire au dedans.»Ibid., p. 407: «Il ne faut pas aussi entrer en rupture avec les Espagnols et venir avec eux à une guerre déclarée.»[37]Mémoires, t. Ier, p. 12. Mmede Motteville dit même, p. 11, qu'auparavant et encore en 1622, la reine étant grosse, se blessa en courant après sa surintendante qui était encore la duchesse et connétable de Luynes. Bassompierre,Mémoires, collection Petitot, 2esérie t. XX, p. 376: «La reine devint grosse, et c'étoit de six semaines, quand un soir... s'en retournant coucher et passant près la grande salle du Louvre, Mmela connétable de Luynes et Mllede Verneuil la tenant sous les bras et la faisant courir, elle broncha et tomba, dont elle se blessa et perdit son fruit... On fit savoir au roi comme et en quelle façon elle s'étoit blessée, et il s'anima tellement contre les deux dames, qu'il manda à la reine qu'il ne vouloit plus que Mllede Verneuil et Mmela connétable fussent auprès d'elle, et leur écrivit à chacune une lettre pour leur faire savoir qu'elles eussent à se retirer du Louvre.» Le mariage de la connétable avec le duc de Chevreuse, qui avait beaucoup de crédit auprès du roi, arrangea tout, et sauva pour quelque temps la surintendante,Mémoiresde Fontenai-Mareuil, collection Petitot, 1resérie, t. L, p. 350.[38]Mmede Motteville, t. Ier, p. 13, et Mmede Sablé, chap. Ier, p. 13 et 14.[39]Mémoires,ibid., p. 338.[40]La Rochefoucauld,ibid., p. 340. La Porte qui était alors porte-manteau de la reine Anne, et qui vit Holland à la cour, dit,Mémoires, collection Petitot, 2esérie, t. LIX, p. 295: «Un des plus beaux hommes du monde, mais d'une beauté efféminée.» On nous assure qu'il y a en Angleterre, chez le comte de Breadalbane, un portrait du beau Holland.[41]La Rochefoucauld,ibid.[42]Mercure françois, 1625, p. 365 et 366: «Le duc arriva en poste à Paris le 24ejour de mai, et fut logé à l'hôtel du duc de Chevreuse, l'hôtel le plus richement meublé qui soit à présent en France, et où le peuple de Paris fut plusieurs jours par admiration voir le riche équipage qu'avoit fait faire ce prince, lequel par ordre de Sa Majesté très-chrétienne, devoit, avec la duchesse sa femme, accompagner la reine en Angleterre.»[43]La Rochefoucauld,ibid.[44]Mmede Motteville,ibid., p. 15 et 16: «Le duc de Buckingham fut le seul qui eut l'audace d'attaquer son cœur. Il étoit bien fait, beau de visage; il avoit l'âme grande, il étoit magnifique, libéral, et favori d'un grand roi. Il avoit tous les trésors à dépenser et toutes les pierreries de la couronne d'Angleterre pour se parer. Il ne faut pas s'étonner si avec tant d'aimables qualités il eut de si hautes pensées, de si nobles mais si dangereux et blâmables désirs, et s'il eut le bonheur de persuader à tous ceux qui en ont été les témoins, que ses respects ne furent point importuns.»[45]Mercure françois,ibid.[46]La Rochefoucauld,ibid.[47]Ibid.—Voici le récit parfaitement conforme de La Porte, alors au service de la reine,Mémoires,ibid., p. 296: «La reine logea dans une maison où il y avoit un fort grand jardin le long de la rivière de Somme; la cour s'y promenoit tous les soirs, et il arriva une chose qui a bien donné occasion aux médisans d'exercer leur malignité. Un soir que le temps étoit fort serein, la reine qui aimoit à se promener tard, étant en ce jardin, le duc de Buckingham la menoit, milord Rich menoit Mmede Chevreuse. Après s'être bien promenée, la reine se reposa quelque temps et toutes les dames aussi; puis elle se leva, et dans le tournant d'une allée où les dames ne la suivirent pas sitôt, le duc de Buckingham se voyant seul avec elle, à la faveur de l'obscurité qui commençoit à chasser la lumière, s'émancipa fort insolemment, jusqu'à vouloir caresser la reine, qui en même temps fit un cri auquel tout le monde accourut. Putange, écuyer de la reine, qui la suivoit de vue, arriva le premier, et arrêta le duc qui se trouva fort embarrassé, et les suites eussent été dangereuses pour lui si Putange ne l'eût laissé aller; tout le monde arrivant là-dessus, le duc s'évada, et il fut résolu d'assoupir la chose autant que l'on pourroit.» Le récit de Mmede Motteville ne diffère pas véritablement de ceux-là: «On a fort parlé d'une promenade qu'elle fit dans le jardin de la maison où elle logeoit. J'ai vu des personnes qui s'y trouvèrent qui m'ont instruite de la vérité. Le duc de Buckingham qui y fut, la voulant entretenir, Putange, écuyer de la reine, la quitta pour quelques moments, croyant que le respect l'obligeoit de ne pas écouter ce que ce seigneur anglais lui vouloit dire. Le hasard alors les ayant menés dans un détour d'allée où une palissade les pouvoit cacher au public, la reine dans cet instant, surprise de se voir seule, et apparemment importunée par quelques sentiments très-passionnés du duc, elle s'écria en appelant son écuyer, le blâma de l'avoir quittée... Si en cette occasion elle montra que son cœur pouvoit être susceptible de quelque impression de tendresse qui la convia d'écouter les discours fabuleux d'un homme qui l'aimoit, il faut avouer aussi que l'amour de la pureté et ses sentiments honnêtes l'emportèrent sur tout le reste.»—Telle est cette scène du jardin d'Amiens, que Tallemant a chargée à sa façon de détails grossiers. Mais nous ne croyons pas le moins du monde à une autre scène qui aurait eu lieu à Paris, dans le petit jardin du Louvre, et après laquelle la reine aurait envoyé Mmede Chevreuse demander à Buckingham s'il était sûr qu'elle ne fût pas en danger d'être grosse, ainsi que le dit Retz dans le manuscrit original de ses mémoires, que reproduit fidèlement l'édition de M. Aimé Champollion, Paris, 1859, t. III, p. 238. C'est vraisemblablement la scène d'Amiens que Mmede Chevreuse aura racontée à Retz, qui au bout de vingt ans se sera agrandie et embellie dans l'imagination libertine du cardinal, et qu'il aura transportée du jardin d'Amiens dans celui du Louvre.[48]Mmede Motteville,ibid., p. 18.[49]La Rochefoucauld,ibid.[50]La Rochefoucauld,ibid.—Mmede Motteville,ibid., p. 19: «Il vint se mettre à genoux devant son lit, baisant son drap avec des transports si extraordinaires qu'il étoit aisé de voir que sa passion étoit violente et de celles qui ne laissent aucun usage de la raison à ceux qui en sont touchés. La reine m'a fait l'honneur de me dire qu'elle en fut embarrassée, et cet embarras, mêlé de quelque dépit, fut cause qu'elle demeura longtemps sans lui parler. La comtesse de Lannoi, alors sa dame d'honneur, sage, vertueuse et âgée, qui étoit au chevet du lit, ne voulant point souffrir que le duc fût en cet état, lui dit avec beaucoup de sévérité que ce n'étoit point la coutume en France, et voulut le faire lever. Mais lui sans s'étonner, combattit contre la vieille dame, disant qu'il n'étoit pas Français; puis, s'adressant à la reine, lui dit tout haut les choses les plus tendres, mais elle ne lui répondit que par des plaintes de sa hardiesse, sans être peut-être très en colère.»[51]Mmede Motteville,ibid.: «La reine savoit par des lettres de la duchesse qui accompagnoit la reine d'Angleterre, qu'il étoit arrivé; elle en parla devant Nogent en riant, et ne s'étonna point quand elle le vit.»—Reconnaissons que La Porte parle ici autrement que Mmede Motteville et surtout que La Rochefoucauld, et qu'il a vu ce qu'il raconte; mais peut-être n'a-t-il vu que l'apparence, et le dessous des cartes lui a-t-il échappé.Ibid., p. 297: «Comme la reine avoit beaucoup d'amitié pour Mmede Chevreuse, elle avoit bien de l'impatience d'avoir de ses nouvelles. La reine, tant pour cela que pour mander à Mmede Chevreuse ce qui se passoit à Amiens et ce que l'on disoit de l'aventure du jardin, m'envoya en poste à Boulogne, où j'allai et revins continuellement tant que la reine d'Angleterre y séjourna. Je portois des lettres à Mmede Chevreuse et j'en rapportois des réponses qui paraissoient être de grande conséquence, parce la reine avoit commandé à M. le duc de Chaulnes de faire tenir les portes de la ville ouvertes à toutes les heures de la nuit, afin que rien ne me retardât. Malgré la tempête il arriva une chaloupe d'Angleterre qui passa un courrier lequel portoit des nouvelles si considérables qu'elles obligèrent MM. de Buckingham et de Holland de les apporter eux-mêmes à la reine mère. Il se rencontra que je partois de Boulogne en même temps qu'eux, et les ayant toujours accompagnés jusqu'à Amiens, je les quittai à l'entrée de la ville. Ils allèrent au logis de la reine mère qui étoit à l'évêché, et j'allai porter mes réponses à la reine, avec un éventail de plumes que la duchesse de Buckingham, qui étoit arrivée à Boulogne, lui envoyoit. Je lui dis que ces Messieurs étoient arrivés, et que j'étois venu avec eux. Elle fut surprise, et dit à M. de Nogent Bautru qui étoit dans sa chambre:Encore revenus, Nogent; je pensois que nous en étions délivrés. Sa Majesté étoit au lit, car elle s'étoit fait saigner ce jour-là. Après qu'elle eut lu ses lettres et que je lui eus rendu compte de tout mon voyage, je m'en allai et ne retournai chez elle que le soir assez tard. J'y trouvai ces Messieurs, qui y demeurèrent beaucoup plus tard que la bienséance ne le permettoit à des personnes de cette condition, lorsque les reines sont au lit, et cela obligea Mmede la Boissière, première dame d'honneur de la reine, de se tenir auprès de Sa Majesté tant qu'ils y furent, ce qui leur déplaisoit fort. Toutes les femmes et tous les officiers de la couronne ne se retirèrent qu'après que ces Messieurs furent sortis.»[52]Bois-d'Annemets, qui accompagnait alors Monsieur, frère du roi, dit qu'au milieu de toutes les dames anglaises venues à la rencontre de la nouvelle reine, la comtesse d'Amblie, la marquise d'Hamilton, etc., «Mmede Chevreuse, qui avoit été ordonnée avec M. son mari pour passer avec la reine en Angleterre, leur fit confesser que toutes leurs beautés n'étoient rien au prix de la sienne.»Mémoires d'un favori du duc d'Orléans, Leyde, 1668, p. 41.[53]La Rochefoucauld,ibid., p. 342.[54]Mmede Motteville,ibid., p. 23.[55]Nous tirons ces détails d'une lettre inédite de Holland. VoyezAppendice,notes du chap. II.[56]Voyez plus haut, chap. Ier, p.34.[57]Mémoires, t. III, p. 64 et p. 105.[58]Mémoires de Bassompierre, collection Petitot, t. III, p. 3 et 4.[59]Nous n'admettons ni ne rejetons la célèbre histoire des ferrets de diamants, parce que cette histoire n'a pour elle qu'une seule autorité; mais cette autorité est celle de La Rochefoucauld.Ibid., p. 343: «Le duc de Buckingham étoit galant et magnifique; il prenoit beaucoup de soin de se parer aux assemblées. La comtesse de Carlisle (ancienne maîtresse du duc, gagnée par Richelieu), qui avoit tant d'intérêt de l'observer, s'aperçut qu'il affectoit de porter des ferrets de diamants qu'elle ne lui connaissoit pas; elle ne douta point que la reine de France ne les lui eût donnés, mais pour en être encore plus assurée, elle prit le temps à un bal d'entretenir en particulier le duc et de lui couper les ferrets, dans le dessein de les envoyer au cardinal. Le duc de Buckingham s'aperçut le soir de ce qu'il avoit perdu, et jugeant d'abord que la comtesse de Carlisle avoit pris ses ferrets, il appréhenda les effets de sa jalousie, et qu'elle ne fût capable de les remettre entre les mains du cardinal pour perdre la reine. Dans cette extrémité, il dépêcha à l'instant même un ordre de fermer les ports d'Angleterre, et défendit que personne n'en sortît, sous quelque prétexte que ce pût être, avant un temps qu'il marqua. Cependant il fit refaire en diligence des ferrets semblables à ceux qu'on lui avoit pris, et les envoya à la reine en lui rendant compte de ce qui étoit arrivé. Cette précaution de fermer les ports retint la comtesse de Carlisle; la reine évita de cette sorte la vengeance de cette femme irritée, et le cardinal perdit un moyen assuré de convaincre la reine et d'éclaircir le roi de tous ses doutes, puisque les ferrets venoient de lui et qu'il les avoit donnés à la reine.» Cette anecdote nous semble par trop romanesque et invraisemblable; c'est un bruit de salon qu'aura recueilli La Rochefoucauld, tandis que les autres aventures que nous avons admises s'appuient sur plusieurs témoignages, et particulièrement sur celui de Mmede Motteville.[60]Mmede Motteville,ibid., p. 23 et 24.[61]Ibid., p. 22.[62]Mercure françois, 1626, p. 227 et 261-265.[63]Voyez l'Appendice,notes du chap. II.[64]Lettres inédites de Richelieu à M. de Blainville, ambassadeur en Angleterre, des 10 et 11 novembre 1625: «Les Anglais semblent n'avoir de chaleur que quand il faut embrasser un parti préjudiciable à la France... La France pourroit bien s'accommoder avec l'Espagne plutôt que de souffrir toujours les hauteurs de Buckingham... Lui faire connoître que s'il veut venir en France, il faut qu'il fasse exécuter les articles du mariage, qu'autrement il n'y sera pas le bien venu. Tel est le naturel des Anglais, que si on parle bas avec eux, ils parlent haut, et que si on parle haut, ils parlent bas.» Archives des affaires étrangères,France, t. XXXVII, année 1625.[65]Richelieu,Mémoires, t. III, p. 50: «Dès le commencement de l'année (1626), c'étoit un bruit commun qui couroit par la cour et dans tout l'État qu'il s'y formoit une grande cabale, et que l'on méprisa d'abord; mais quand on vit qu'il s'augmentoit de jour à autre, que l'on considéra qu'en telles matières tels bruits sont d'ordinaire avant-coureurs des vérités, et que celui-ci étoit accompagné de divers avis tant du dehors que du dedans du royaume, on jugea qu'on ne pouvoit le négliger sans péril.»[66]Mmede Motteville,ibid., p. 27: «La reine même m'a fait l'honneur de me dire qu'elle avoit fait alors tout ce qu'elle put pour empêcher le mariage de Monsieur... parce qu'elle croyoit que ce mariage, que la reine mère vouloit, étoit tout à fait contre ses intérêts, étant certain que cette princesse (sa belle-sœur) venant à avoir des enfants, elle qui n'en avoit point ne seroit plus considérée.»[67]Mmede Motteville,ibid., p. 27: «Elle employa à ce dessein le maréchal d'Ornano qui étoit son serviteur.» Il est vrai qu'elle ajoute que la reine lui fit parler par une tierce personne, et n'eut jamais d'intelligence avec les gens de Monsieur. Cela se peut, mais il est indubitable qu'Anne fit mieux que de parler à des gens de Monsieur contre le mariage projeté, et qu'elle en parla à Monsieur lui-même. Voyez la déposition de Monsieur, plus bas, p.70.[68]C'est à quoi Richelieu se réduit avec raison,ibid., p. 107. Voy. ce que dit Monsieur lui-même, plus bas, p.70.[69]Mémoires,ibid., p. 330.[70]Interrogatoire de Chalais, p. 31 du recueil de La Borde:Pièces du procès de Henri de Tallerand, comte de Chalais, décapité en 1626. Londres, 1781.[71]De La Rochefoucauld,ibid.: «Sa personne et son esprit étoient agréables.» Fontenai-Mareuil,ibid., p. 23: «M. de Chalais étoit jeune, bien fait, fort adroit à toute sorte d'exercices, mais surtout d'agréable compagnie, ce qui le rendoit bien venu parmi les femmes, qui le perdirent enfin.»[72]La Rochefoucauld,ibid.[73]C'était déjà une habitude et un principe pour le duc d'Orléans. «La reine mère disant à Monsieur qu'il avoit manqué à l'écrit si solemnel duquel le roi avoit voulu qu'elle fût dépositaire, il a répondu qu'il l'avoit signé, mais qu'il ne l'avoit pas promis de bouche... Le roi et la reine le firent souvenir que plusieurs fois depuis il avoit juré solemnellement de ne penser jamais à chose quelconque qui tendit à le séparer d'avec le roi; il a dit qu'il réservoit toujours quelque chose en jurant.» Pièce inédite tirée des archives des affaires étrangères. Voyez l'Appendice,notes du chapitre II.[74]Mémoires d'un Favori, p. 78.[75]Ibid., etc., p. 81.[76]Ibid., p. 79.[77]Il est donc tout naturel que ce double jeu l'ait rendu suspect à bien des gens,Mémoires d'un Favori, p. 82: «Je vais vous dire une chose que vous ne trouverez pas mal plaisante, qui est que d'abord le pauvre Chalais vouloit trouver son compte de tous les côtés. Il voyoit M. le cardinal qui lui proposoit des honneurs et des charges en cas qu'il voulût servir le roi auprès de Monsieur, même qu'il pouvoit avoir la charge de maistre de camp de la cavalerie légère, et mettre la sienne à couvert. Le pauvre homme lui promettoit merveilles, puis nous venoit dire le contraire.» Fontenai-Mareuil dit aussi,ibid., p. 23, qu'au milieu de l'affaire et malgré tous ses engagements, Chalais se rapprocha de Richelieu, mais que «Mmede Chevreuse lui en fit tant de reproches et le pressa si fort que, rien n'étant quasi impossible à une femme aussi belle et avec autant d'esprit que celle-là, il n'y put résister, et il aima mieux manquer au cardinal de Richelieu et à lui-même qu'à elle, de sorte qu'ayant aussitôt fait changer Monsieur, il le rendit plus révolté que jamais.» Nulle part nous ne voyons que Chalais ait été blâmé de Mmede Chevreuse pour ses communications avec le cardinal dont elle connaissait le secret.[78]Mémoires d'un Favori, etc., p. 82 et 86.[79]Mmede Motteville,ibid., t. Ier, p. 26.[80]Mercure françois, 1626, p. 336.[81]On sera bien aise de savoir que le misérable qui déshonorait ainsi le nom de Gramont, étant sorti de France, fut tué en duel en 1629 à Bruxelles.[82]Pièce inédite déjà citée: «Monsieur a dit que la reine régnante l'a prié par différentes fois de ne pas achever le mariage sans que le maréchal fût mis en liberté.»—La même pièce: «Monsieur ayant sçu que Chalais avoit dit que le fondement de l'opposition que les dames faisoient au mariage étoit afin que si le roi venoit à mourir la reine pût épouser Monsieur, il dit au cardinal de Richelieu: Il est vrai qu'il y a plus de deux ans que je sçais que Mmede Chevreuse a tenu ce langage.»Appendice,notes du chapitre II.[83]Voyez l'Appendice,notes du chapitre II.[84]Cette pièce décisive n'est pas dans le recueil de Laborde; nous l'avons rencontrée aux archives des affaires étrangères,France, t. XXXVIII. Voyez l'Appendice.[85]Sur le commandeur de Jars, voyez dans le chapitre suivant la fin de l'affaire de Châteauneuf, et surtout notre écrit sur Mmede Hautefort, où l'on voit la noble jeune fille et le brave commandeur s'élever ensemble au suprême degré de la générosité et du dévouement.[86]Premier interrogatoire de Chalais, du 10 juillet, recueil de Laborde, p. 39.[87]Second interrogatoire du 28 juillet,ibid., p. 83.[88]Troisième lettre à Richelieu,ibid., p. 222.[89]Cinquième lettre, recueil de Laborde, p. 227.[90]Troisième lettre,ibid., p. 223.[91]Recueil de Laborde, p. 228.[92]Voici trois de ces lettres, que nous tirons du recueil de Laborde, p. 210, etc.Première lettre: «Si mes plaintes ont touché les âmes les plus insensibles quand mon soleil manquoit de luire dans les allées dédiées à l'amour, où seront ceux qui ne prendront part à mes sanglots dans une prison où ses rayons ne peuvent jamais entrer, et mon sort (est) d'autant plus rigoureux qu'il me défend de lui faire savoir mon cruel martyre? Dans cette perplexité, je me loue de mon maître qui fait seulement souffrir le corps, et murmure contre les merveilles de ce soleil, dont l'absence tue l'âme et cause une telle métamorphose que je ne suis plus moi-même que dans la persistance de l'adorer, et mes yeux qui ne servoient qu'à cela sont justement punis de leur trop grande présomption par plus de larmes versées que n'en causa jamais l'amour.»—Deuxième lettre: «Puisque ma vie dépend de vous, je ne crains pas de l'hasarder pour vous faire savoir que je vous aime; recevez-en donc ce petit témoignage, et ne condamnez pas ma témérité. Si ces beaux yeux que j'adore regardent cette lettre, j'augure bien de ma fortune; et s'il advient le contraire, je ne souhaite plus ma liberté puisque j'y trouve mon supplice.»—Troisième lettre: «Ce n'est pas de cette heure que j'ai reconnu de la divinité en vos beautés, mais bien commencé-je à apprendre qu'il faut vous servir comme déesse, puisqu'il ne m'est pas permis de vous faire savoir mon amour, sans courre fortune de la vie; prenez-en donc du soin puisqu'elle vous est toute dédiée, et si vous la jugez digne d'être conservée, dites au compagnon de mes malheurs qu'il vous souviendra quelquefois que je suis le plus malheureux des hommes. Il ne faut que lui dire oui.»[93]Recueil de Laborde, p. 68, etc.[94]Recueil de Laborde, p. 241 et 242, onzième lettre à Richelieu: «Depuis que vous me fîtes l'honneur de me dire qu'elle avoit médit de moi, je n'ai plus eu d'autre intérêt que de me conserver, etc.»[95]Recueil de Laborde, p. 96.[96]Ibid., p. 139-140.[97]Ibid., p. 97.[98]Ibid., p. 127.[99]Ibid., p. 137-138.[100]Recueil de Laborde, p. 93.[101]Ibid., p. 243.[102]Ibid.[103]Ibid., p. 228.[104]On ne conçoit pas pourquoi laRelation de ce qui s'est passé au procès de Chalais, tirée du cabinet de Dupuy, et qui est dans le recueil d'Auberi,Mémoires pour l'histoire du cardinal duc de Richelieu, t. Ier, p. 570, ne fait pas mention de cette rétractation de Chalais; mais elle est dans le recueil de Laborde, p. 168 et 179, séance du 19 août: «Et nous a dit de son propre mouvement que le contenu en toutes les lettres qu'il a écrites concernant les dames, étoit faux et ne savoit du tout rien de Mmede Chevreuse,... et particulièrement a dit qu'elle ne l'a jamais détourné du service qu'il devoit au roi.»[105]Mmede Motteville,ibid., p. 29: «Il pria son confesseur d'aller trouver le roi pour lui en dire la vérité, et d'aller de sa part demander pardon à la reine... Outre ces grandes paroles, sorties d'un homme qui alloit mourir, la mère de Chalais vint trouver la reine pour lui en faire satisfaction. Cette visite m'a été dite par des personnes qui étoient présentes quand elle fit cette déclaration.»[106]Relation, etc., dans le recueil d'Auberi. Elle dit à un archer des gardes du corps: «Dites à mon fils que je suis contente de l'assurance qu'il me donne de mourir en Dieu, et que si je pensois que ma vue ne l'attendrit pas trop, je l'irois trouver et ne l'abandonnerois point que sa tête ne fût séparée de son corps, mais que ne pouvant l'assister comme cela, je m'en vais prier Dieu pour lui.» La Porte, mettant en action ces nobles paroles, prétend que «Mmede Chalais monta sur l'échafaud avec son fils, et l'assista courageusement jusqu'à sa mort.»Mémoires,ibid., p. 302.[107]Monsieur changea le titre de duc d'Anjou pour celui de duc d'Orléans, et il eut le duché d'Orléans, le duché de Chartres, le comté de Blois, avec cent mille livres de revenu, plus cent mille livres de pension, et une somme de cinq cent soixante mille livres,Mercure françois, 1626, p. 385, etc.[108]Voyez La Porte et Mmede Motteville.[109]Relation, etc., dans le recueil d'Auberi, p. 573 et 574.[110]Le P. Griffet assure, t. Ier, p. 513 de sonHistoire du règne de Louis XIII, qu'elle fut interrogée sans être confrontée, et il renvoie à Brienne, lequel dit seulement que le roi donna ordre à Mmede Chevreuse de se retirer à Dampierre avec défense d'en sortir,Mémoires, collect. Petitot, 2esérie, t. XXXV, p. 434.[111]LaRelation: «Elle partit de Nantes, le lundi 17 aoust.»[112]Archives des Affaires étrangères,France, t. XXXIX, fol. 316. «Sire, ce porteur m'ayant trouvé à quatre lieues de Dampierre, je n'ai pu plus tôt satisfaire à la volonté de Votre Majesté. J'y serai (à Dampierre), demain au matin, pour en même temps donner ordre à l'éloignement de ma femme avec l'obéissance que je dois à ses commandements, étant, Sire,Votre très-humble, très-obéissant et très-fidèle sujet et serviteur.De Gallardon, ce 29 août.Chevreuse.»[113]Mémoires, t. III, p. 110.[114]Sur Charles IV, sa liaison avec Mmede Chevreuse, la ligue qu'ils formèrent ensemble contre Richelieu et l'extraordinaire influence qu'elle conserva toujours sur lui, nous renvoyons avec confiance au t. Ierde l'excellent ouvrage de M. le comte d'Haussonville,Histoire de la réunion de la Lorraine à la France.[115]Voyez lesMémoiresde Richelieu, t. III., p. 311 et suiv.[116]La Porte,Mémoires, p. 304: «La nouvelle de l'arrestation de mylord Montaigu mit la reine en une peine extrême, craignant d'être nommée dans les papiers de mylord, et que cela venant à être découvert, le roi, avec qui elle n'étoit pas en trop bonne intelligence, ne la maltraitât et ne la renvoyât en Espagne, comme il auroit fait assurément; ce qui lui donna une telle inquiétude qu'elle en perdit le dormir et le manger. Dans cet embarras elle se souvint que j'étois dans la compagnie des gendarmes qui devoit être du nombre des troupes commandées pour la conduite de mylord. C'est pourquoi elle s'informa à Lavau où j'étois; il me trouva et me conduisit après minuit dans la chambre de la reine d'où tout le monde étoit retiré. Elle me dit la peine où elle étoit, et que, n'ayant personne à qui elle se pût fier, elle m'avoit fait chercher, croyant que je la servirois avec affection et fidélité; que de ce que je lui rapporterois dépendoit son salut ou sa perte; elle me dit toute l'affaire, et qu'il falloit que, dans la conduite que nous ferions de mylord Montaigu, je fisse en sorte de lui parler et de savoir de lui si, dans les papiers qu'on lui avoit pris, elle n'y étoit point nommée, et que si d'adventure il étoit interrogé lorsqu'il seroit à la Bastille, et pressé de nommer tous ceux qu'il savoit avoir eu connoissance de cette ligue, il se gardât bien de la nommer... Je dis à mylord Montaigu la peine où étoit la reine; à cela il me répondit qu'elle n'étoit nommée ni directement ni indirectement dans les papiers qu'on lui avoit pris, et m'assura que s'il étoit interrogé il ne diroit jamais rien qui lui pût nuire, quand même on le devroit faire mourir.» Quand La Porte rapporta cette réponse à la reine, celle-ci, dit La Porte, tressaillit de joie.[117]Mémoires,ibid., t. IV, p. 11: «Le tout suscité par Mmede Chevreuse, qui agissoit en cela du consentement de la reine.»Ibid., p. 80: «Une demoiselle qu'elle chassa donna avis que sa liaison avec la reine régnante étoit plus étroite que jamais, et qu'elle lui disoit qu'elle n'avoit rien à craindre, ayant l'empereur, l'Espagne, l'Angleterre, la Lorraine et beaucoup d'autres pour elle.» La Rochefoucauld,ibid., p. 344: «On sait assez que le duc de Buckingham vint avec une puissante flotte pour secourir La Rochelle, qu'il attaqua l'île de Ré sans la prendre, et qu'il se retira avec un succès malheureux; mais tout le monde ne sait pas que le cardinal accusa la reine d'avoir concerté cette entreprise avec le duc de Buckingham pour faire la paix des huguenots, et lui donner un prétexte de revenir à la cour et de revoir la reine.»[118]Mémoiresde Richelieu, t. IV, p. 74.[119]Tallemant,Historiette du cardinal de Richelieu, t. Ier, p. 350.[120]Mémoires inédits, publiés par M. Barrière en 1828, t. Ier, p. 274.[121]Mémoires de Brienne, collect. Petitot, 2esérie, t. XXXVI, p. 60.[122]Ibid., p. 343 et 345.[123]Édition d'Amsterdam, 1731, t. Ier, p. 10.[124]Mémoires,ibid., p. 34.[125]Ibid., p. 62.[126]Il est certain qu'en 1632 Mmede Chevreuse était bien avec le cardinal. On en peut juger par les deux billets suivants que nous tirons des archives des affaires étrangères,France, 1632, t. LXII et LXIII: «Monsieur, je ne m'estimois pas si heureuse d'être en votre souvenir dans les occupations où vous êtes. Je me trouve agréablement trompée en cette opinion. Cela me fait espérer que je le serai peut-être encore à mon avantage touchant les sentiments où vous êtes pour moi. Je le souhaite aussi passionnément que véritablement. Je suis résolue de vous témoigner par toutes les actions de ma vie que je suis comme je le dois, Monsieur, votre très-humble et très-obéissante servante,M. de Rohan.P. S.Je vous envoierois d'autres lettres en échange de celles que vous m'avez envoyées, si je ne craignois pas que la quantité vous importunât.»—«1eraoût 1632. Monsieur, si j'avois aussi bien pu refuser de donner cette lettre à ce gentilhomme, comme je sais m'empêcher de vous importuner à toutes heures de mes supplications, vous n'auriez pas eu la peine de la lire. Il faut que vous le souffriez encore, s'il vous plaît, Monsieur, pour que je satisfasse à la créance qu'a le maître de ce porteur qu'il obtiendra la demande qu'il vous fait, pourvu que vous la teniez de moi. Ma créance n'étant pas tout à fait de même, j'estime que je fais mieux de vous laisser voir cette demande dans la lettre qu'il vous écrit, crainte de vous ennuyer d'un trop long discours; et par cette même raison je ne vous dirai pas davantage, sinon que je serai jusqu'à la mort, Monsieur, votre très-humble et très-obligeante servante,M. de Rohan.» La Porte dit aussi qu'alors Mmede Chevreuse passait pour être en faveur auprès du cardinal,ibid., p. 317.[127]Archives des affaires étrangères,France, t. LVII, année 1631. Bouthillier à Richelieu: «J'ai donné le mémoire à Mmede Chevreuse; elle m'a dit force choses qui seroient inutiles et trop longues à vous dire. J'essayai de lui faire comprendre qu'elle ne pouvoit écrire un mot à M. de Lorraine.»[128]Ibid., Mémoire pour interroger René Seguin, prisonnier à la Bastille, pris au retour d'un voyage en Flandre. «...Il avoit charge de parler à Mmede Chevreuse pour la gagner et la porter à desservir le roi, ce qu'elle a découvert à Sa Majesté, et ce qu'il n'est pas à propos que Seguin sache.»[129]Par exemple au traité de Vic en 1632. Voyez M. d'Haussonville, t. Ier, p. 295.[130]Richelieu,Mémoires, t. VII, p. 326: «On avoit fait le sieur de Châteauneuf garde des sceaux à l'éloignement du sieur de Marillac, croyant qu'il n'auroit d'autre mouvement que celui que le commandement du roi lui donneroit ou l'intérêt de son service, d'autant que jusque-là il avoit fait paroître n'avoir autre intention, et depuis quelques années étoit toujours demeuré attaché auprès du cardinal, servant avec beaucoup de témoignages d'affection et de fidélité; mais dès qu'il se vit émancipé par l'autorité de sa charge et en état d'agir seul, lors les intentions qu'il avoit tenues cachées auparavant par respect et par crainte commencèrent à paroître. Il se porta dans les cabales de la cour, particulièrement celle des dames factieuses dont la principale étoit la duchesse de Chevreuse, l'esprit et la conduite de laquelle avoient été souvent désagréables au roi, comme non-seulement n'ayant jamais manqué à être de toutes les mauvaises parties qui avoient été faites contre son service, mais même en ayant quasi toujours été un très-dangereux chef de parti.»[131]Il était né en 1580. Un admirable portrait au crayon de D. Demonstier, gravé par Ragot, le représente en garde des sceaux, d'une mine ferme et relevée.[132]Nous avons rencontré ce curieux fragment aux archives des affaires étrangères,France, t. CI, la dernière pièce du volume, sous ce titre:Mémoire de M. le Cardinal de Richelieu contre M. de Châteauneuf. 12 pages de la main bien connue de Charpentier, l'un des secrétaires du cardinal. Voyez l'Appendice,notes du chap. III.[133]Tom. II, p. 392.[134]Nous en donnons au moins l'exact inventaire dans l'Appendice,notes du chap. III.[135]La jalousie de Richelieu contre Châteauneuf paraît aussi dans cet endroit desMémoiresde La Porte,ibid., p. 322: «Le cardinal m'interrogea fort sur ce que faisoit la reine, si M. de Châteauneuf alloit souvent chez elle, s'il y étoit tard, et s'il n'alloit pas ordinairement chez Mmede Chevreuse.» Ailleurs encore La Porte raconte que le cardinal le questionnait beaucoup «sur la conduite de Mmede Chevreuse et de M. de Châteauneuf.»[136]Disons une fois pour toutes que, dans l'original, Mmede Chevreuse est désignée par le no28, Châteauneuf par le no38, le cardinal par le no22, Louis XIII par le no23, la reine Anne par le no24, M. de Chevreuse par le no57, etc.[137]Quel est l'adorateur importun caché sous ce chiffre? N'est-ce pas le comte de Brion? Voyez plus bas, p.101,102,107,109.[138]Le duc de Lorraine ou le comte de Holland.[139]Voyez plus haut, p.99.[140]Dans le texte,procédurequi était alors le mot usité.[141]Dans le texte,déshonorableque l'analogie donne naturellement en opposition àhonorable.[142]M. d'Haussonville, si bien informé, ne donne aucun rôle à Mmede Chevreuse ni dans le traité de Liverdun en 1632 ni dans celui de 1633. Le passage suivant de La Porte prolonge pourtant jusqu'en 1633 l'influence diplomatique de Mmede Chevreuse, puisqu'il la place après l'arrestation de Châteauneuf qui est du 25 février de cette année. Avouons toutefois que les détails contenus dans ce passage se rapportent au traité de Vic conclu le 6 janvier 1632; nous ne le donnons pas moins ici parce qu'il montre quels étaient, soit en 1633, soit en 1632, les sentiments de Mmede Chevreuse et aussi ceux de la reine, et à quel point celle-ci s'affligeait des succès de Richelieu, alors même que ces succès profitaient à la France.Ibid., p. 327: «M. de Châteauneuf fut envoyé à Angoulême, qu'on lui donna pour prison, et où il demeura toujours depuis jusqu'à la fin du ministère. Pour Mmede Chevreuse, elle demeura à la cour à cause du besoin qu'en avoit le cardinal pour ses affaires en Lorraine; car le duc de Lorraine, excité par Monsieur, ayant voulu faire quelques mouvements, la peur qu'on eut qu'ils n'attirassent l'Empereur dans leur parti fit qu'on suscita les Suédois qui étoient en Allemagne et qu'on les fit entrer en Lorraine. Le duc leva aussitôt une belle armée pour s'opposer à cette invasion; mais le roi, pour le désarmer sans coup férir, lui envoya l'abbé Du Dorat, qui étoit à M. de Chevreuse; et Mmede Chevreuse même, quoique cette négociation ne lui plût pas, cependant, pour montrer son zèle à M. le cardinal, agit dans cette affaire contre ses propres sentiments, ne croyant pas le duc de Lorraine si facile; mais elle fut trompée, car l'abbé Du Dorat ayant trouvé cette altesse à Strasbourg avec son armée, fit si bien qu'il l'engagea à la licencier, et l'abbé en eut pour récompense la trésorerie de la Sainte-Chapelle. Cependant le roi, qui ne s'attendoit pas à cela, partit pour Metz, et étant à Château-Thierry il m'envoya avec des lettres de Mmede Chevreuse trouver à Nancy M. le duc de Vaudemont... A mon retour je trouvai le roi à Châlons, et de là je suivis la cour à Metz, où l'on apprit que le duc de Lorraine avoit licencié ses troupes. Cette nouvelle fâcha fort la reine et Mmede Chevreuse, qui pourtant n'en témoignèrent rien; mais la reine ne put s'empêcher de lui reprocher sa folie d'une plaisante manière: elle me commanda de faire untababareou bonnet à l'anglaise, de velours vert, chamarré de passements d'or, doublé de panne jaune, avec un bouquet de fleurs vertes et jaunes, et de le porter de sa part au duc de Lorraine. C'étoit un grand secret, car si le roi et le cardinal l'eussent sçu, quelques railleries qu'elles en eussent pu faire, ils eussent bien vu leur intention. J'allai donc en poste à Nancy trouver cette altesse, à qui ayant demandé à parler, on me fit entrer dans sa chambre, et m'ayant reconnu il imagina bien que j'avois quelque chose de particulier à lui dire; il me prit par la main et me mena dans son cabinet, où je lui donnai la lettre que la reine lui écrivoit. Pendant qu'il la lut, j'accommodai le bonnet avec les plumes, et je lui dis ensuite que la reine m'avoit commandé de lui donner cela de sa part; il le mit sur sa tête, se regarda dans un miroir, et se mit à rire... Il fit réponse, et je retournai à Metz, où je trouvai la reine en grande impatience de savoir comment son présent avoit été reçu.»[143]La Rochefoucauld,ibid., p. 355. Cet archevêque devait avoir alors plus de quatre-vingts ans, car on lit dans laGazettede l'an 1641, no619, p. 315: «Le sieur d'Eschaux, archevêque de Tours, ci-devant évêque de Bayonne, et premier aumônier du roi, âgé de quatre-vingt-six ans, est mort le 21 mai en son palais archiépiscopal de Tours.»[144]Nous avons trouvé ces lettres de Craft dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale, ancien fond françois no9241, in-fol.; au dos:Choses diverses; à la garde: «Lettres curieuses interceptées du cardinal infant et des ministres d'Espagne, adressées à la roine, à Mmede Chevreuse, Mmedu Fargis et autres personnes considérables en ce temps-là, pendant le ministère du cardinal de Richelieu, venues après sa mort de son cabinet; et quelques dépêches durant le courant de l'année 1639, venant du même lieu, tant du roi que dudit cardinal, adressées à M. l'archevêque de Bourdeaux, etc.» Il y a six lettres de Craft à Mmede Chevreuse. En voici un extrait.—Première lettre: De Calais, 5 février 1635. Le mauvais temps l'arrêtant à Calais, il lui écrit avant de s'embarquer. Il ne voit rien au monde digne d'une pensée que Mmede Chevreuse. «Il va en son païs avec cette opinion et ne la changera jamais. Il aimeroit mieux mourir pour elle que vivre et jouir de toutes les choses qu'il peut avoir en ce monde, sans la bonne opinion de Mmede Chevreuse. Il a pris la résolution de ne jamais rien faire qui méritât le contraire de cette bonne opinion; car son âme et son cœur est tout à elle, et son pauvre serviteur la prie de les garder jusqu'à ce que ses actions l'en rendent indigne.»—Deuxième lettrenon datée: «Le seul contentement qu'il ait en son absence est de regarder son portrait, ce qu'il fait souvent, et ne verra rien autre chose avec plaisir jusqu'à ce qu'il la revoye. C'est la seule chose au monde pourquoi il a plaisir de vivre, qui lui fera mépriser toute autre considération, et le dispose à se rendre digne d'elle, qu'il adorera toute sa vie de tout son cœur et de toute son âme.»—Troisième lettre.Il est enfin arrivé à Calais. Il ne veut pas l'importuner en lui racontant la peine qu'il a eue pour y venir; seulement il veut la supplier de continuer sa bonne opinion de lui. Le temps fera voir que la passion qu'il a pour elle est plus grande qu'il ne le peut exprimer. «Il ne désire autre usage d'elle qu'elle le croira mériter par ses actions (sic).»—Quatrième lettre.«Il est à cette heure sur le bord de la mer, avec un temps contraire qui lui fait craindre d'y demeurer longtemps sans partir. Si c'étoit au retour, le temps l'ennuieroit bien, mais, comme il est, toutes choses et lieux lui sont semblables... Il la prie de lui mander ce que N. (serait-ce Montaigu?) lui aura dit de lui et s'il a quelque soupçon de leur amitié, laquelle de son côté ne diminuera jamais. Il appréhende plus que jamais son païs, «ne pouvant espérer de voir aucune chose qui lui puisse porter de contentements. La seule chose qui lui reste pour le consoler est l'espérance qu'elle continuera ce qu'elle lui a promis; possédant cela, il méprisera toute autre chose au monde, etc.»—Cinquième lettre.Il est arrivé hier à Londres... «Il n'a jamais été si bien traité par N. (serait-ce la reine d'Angleterre?) ni mieux reçu.Ellelui a demandé forces nouvelles de Mmede Chevreuse et de $ (serait-ce la reine Anne?) et si l'amitié continuoit si grande entre eux. Elle croit qu'il est amoureux ou de $ ou de Mmede Chevreuse, mais ne peut dire laquelle. Mmede Chevreuse doit lui avoir moins d'obligation que jamais de la passion qu'il a pour elle, car tout le monde ici est si bas et si méprisable, qu'il n'a contentement ni bien que quand la nuit vient pour être seul et penser à Mmede Chevreuse. Il a manqué être noïé en passant la mer; il a été trois jours et trois nuits entre Douvres et Calais en la plus grande tempête qui ait jamais été... Tout le monde ici est si plein de bassesse qu'il n'ose avoir familiarité avec personne, mais se console en lui-même en aimant Mmede Chevreuse, et en méprisant toutes choses ici, jusques aux plus considérées et adorées en ce païs... Il croit que l'honneur et la vraie générosité du monde est réduite en elle et en son amitié. Ses actions lui témoigneront que toute sa vie sera employée à la mériter. Si elle veut lui en donner permission, il est prêt à retourner pour la voir, et il la conjure par toute son amitié de le lui permettre; en attendant il la supplie de lui mander de ses nouvelles pour le soulager. Il y a longtemps qu'il n'en a eu, ce qui lui donne peur; mais quand il considère ses promesses, il bannit de son esprit toutes ses craintes, et toutes autres, et n'aime et n'aimera jamais qu'elle.»—Sixième lettre.«Il lui donne des nouvelles de Londres. La comtesse de Carlisle a dit d'elle tant de mal qu'il a été obligé de lui dire «qu'elle étoit devenue si laide elle-même, que l'envie qu'elle portoit aux autres la fesoit parler comme cela.»—Les choses qu'il voit ici sont si peu considérables, qu'il la prie de croire «que tant plus il voit le monde, tant plus il ne voit qu'elle d'adorable, ce qui est cause qu'il ne pourra jamais vivre sans une grande passion pour elle. Il ne se peut consoler qu'en pensant qu'il n'y a rien au monde de digne qu'elle. Il ne désire être traité par elle que selon ses actions, etc.»[145]Nous la tirons du même manuscrit qui contient les lettres de Craft.[146]Il y a là, ce semble, une indirecte allusion aux services que peut rendre Montaigu à la reine, dans leurs communs intérêts.[147]Sur La Rochefoucauld, ses premières impressions politiques, et sa conduite à cette époque de sa vie, voyezLA JEUNESSE DE MMEde LONGUEVILLE, chap. IV, p. 294, etc.[148]Mémoires,ibid., p. 355.[149]Gallia Christiana, t. VIII, p. 584. La mère de Saint-Étienne fut abbesse de 1626 jusqu'au 13 août 1637, où elle fut forcée de donner sa démission, et remplacée par Marie de Burges, la mère de Saint-Benoît. Elle était née en Franche-Comté, et toute sa famille était au service de l'Espagne; son frère était même gouverneur de Besançon.[150]Mémoires,ibid., p. 352 et suiv.[151]Mémoires, t. Ier, p. 80.[152]Mémoires,ibid., p. 331.[153]Le secrétaire de l'ambassade d'Angleterre en Flandre, nommé Gerbier.[154]Mémoires,ibid., p. 346.[155]Mémoires, t. X, p. 195, etc.[156]Manuscrit de la Bibliothèque impériale, ancien fonds françois, no9241. Voyez plus haut, p.116, dans la note145.[157]Le manuscrit précité renferme une trentaine de lettres de Mmedu Fargis à la reine, une douzaine de la reine à Mmedu Fargis, cinq ou six lettres en espagnol de la reine à M. de Mirabel, autant à son frère le cardinal, avec les réponses de ceux-ci. Voyez l'Appendice,notes du chapitre III.

[7]Sur Chateauneuf, son ambition et sa capacité, voyez Mmede Longueville pendant la Fronde, chap. II.

[8]Mémoires, édition d'Amsterdam, 1731, p. 210.

[9]Calomnie ridicule, dont le seul et unique prétexte est la dernière liaison de Mmede Chevreuse avec le marquis deLaigues, au milieu de la Fronde. Voyez notre dernier chapitre.

[10]Cette grande accusation n'a pas la portée qu'on lui pourrait donner: elle signifie seulement que Mmede Chevreuse «étoit distraite dans ses discours,» comme nous l'apprend Mmede Motteville, t. Ier, p. 198.

[11]Mmede Longueville pendant la Fronde, chap. I et III.

[12]Vie de Mmede Longueville, par Villefore, édition de 1739, IIepartie, p. 33.—Mmede Motteville, tome Ier,ibid.: «J'ai ouï dire à ceux qui l'ont connue particulièrement qu'il n'y a jamais eu personne qui ait si bien connu les intérêts de tous les princes et qui en parlât si bien, et même je l'ai entendu louer de sa capacité.»

[13]Ce portrait n'est pas un original; c'est une copie, mais ancienne.

[14]Portrait in-folio fort rare et qui ne se trouve guère qu'au cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale.

[15]In-4o, dans la collection de Daret, et reproduit par Harding en Angleterre. C'est le portrait qui est en tête de ce volume. Ajoutons bien vite que les petits vilains portraits de Moncornet n'ont aucun rapport avec Mmede Chevreuse à aucun âge.

[16]L'admirable original de Ferdinand est chez M. le duc de Luynes. Balechou l'a gravé pourl'Europe illustre.

[17]Voyezle Parfait Capitaine, autrement l'abrégé des guerres des commentaires de César, édition elzévirienne de 1639.

[18]Voyez sur Mmede Guymené, outre lesMémoiresde Retz, Mmede Sablé, chapitres III et IV.

[19]Voyez laJeunesse de Mmede Longueville, chap. III.

[20]Amsterdam, 1731, 2 vol. in-12.

[21]Paris, 1615, en la boutique de Nivelle, chez Sébastien Cramoisy, rue Saint-Jacques, avec privilége du roi, in-12, de 64 pages.

[22]Le duc le représentait alors à sa cour comme l'homme de France qui pouvait le mieux servir les intérêts de sa Majesté Catholique. VoyezLettres du cardinal de Richelieu, publiées par M. Avenel, t. Ier, p. 19.

[23]Cette opinion qui peut sembler paradoxale, n'est pas ici légèrement avancée; elle se fonde sur une étude sérieuse et détaillée des principaux actes du ministère de Luynes. Voyez leJournal des Savantsde l'année 1861,le duc et connétable de Luynes.

[24]Appendice,notes du chapitre Ier.

[25]Catherine-Henriette, légitimée de France, qui épousa on 1619 le duc d'Elbeuf.

[26]Plus tard, en 1619, il la fit obtenir à son frère Cadenet, et c'est sur la terre de Chaulnes, que lui apporta Claire-Charlotte d'Ailli, que Cadenet assit son titre de duc et maréchal de Chaulnes.

[27]Mmede Motteville, tome Ier, page 11: «La duchesse de Luynes était très-bien avec son mari.»

[28]Guido Bentivoglio, nonce du pape en France. VoyezAppendice, notes du chap. Ier.

[29]Appendice,notes du chap. Ier.

[30]Voyez l'Appendice,notes du chap. Ier.

[31]Gallia Christiana, tome VIII, page 1715;Vie de Bossuet, par M. de Beausset, tome II, livreVII.—Il ne faut pas confondre cette abbesse de Jouarre avec sa nièce, MmeAlbert de Luynes, fille du second duc de Luynes, qui a été aussi, avec une de ses sœurs, religieuse à Jouarre, et à laquelle Bossuet a écrit tant de lettres touchantes.

[32]Mémoires, tome Ier, page 221.

[33]Voyez laJeunesse de Mmede Longueville, chap. II, p. 129-130.

[34]M. le duc de Luynes a fait de l'antique château des Guise un séjour à la fois splendide et charmant qui peut rivaliser avec les plus célèbres résidences de l'aristocratie anglaise. Où trouver ailleurs cette grandeur et cette simplicité, cet exquis sentiment de la nature et de l'art, ces belles eaux, ces magnifiques promenades, et aussi cette vaste bibliothèque, ces admirables portraits de famille, ces peintures ou du moins ces grandes esquisses de M. Ingres, et cette statue de Louis XIII, en argent massif, monument d'une généreuse reconnaissance? Et lorsqu'on vient à penser que celui qui a rassemblé toutes ces belles choses a consacré sa fortune au bien public en tout genre, qu'il nous a donné l'acier de Damas, les ruines de Sélinonte, l'histoire de la maison d'Anjou à Naples, la Minerve du Parthénon; que depuis trente ans, secondé par une compagne digne de lui, il répand les asiles, les écoles, les hospices, encourage et soutient les savants et les artistes, lui-même un des premiers archéologues de l'Europe, ami d'une liberté sage, et favorable à toutes les bonnes causes populaires, on se dit: Il y a donc encore un grand seigneur en France!

[35]Il avait, en 1620, marié sa nièce, Mllede Pontcourlai, à M. de Combalet, neveu de Luynes, qui la laissa veuve de très-bonne heure.

[36]Mémoires, collection Petitot, t. II, p. 403: «Il faut pourvoir au cœur, c'est-à-dire au dedans.»Ibid., p. 407: «Il ne faut pas aussi entrer en rupture avec les Espagnols et venir avec eux à une guerre déclarée.»

[37]Mémoires, t. Ier, p. 12. Mmede Motteville dit même, p. 11, qu'auparavant et encore en 1622, la reine étant grosse, se blessa en courant après sa surintendante qui était encore la duchesse et connétable de Luynes. Bassompierre,Mémoires, collection Petitot, 2esérie t. XX, p. 376: «La reine devint grosse, et c'étoit de six semaines, quand un soir... s'en retournant coucher et passant près la grande salle du Louvre, Mmela connétable de Luynes et Mllede Verneuil la tenant sous les bras et la faisant courir, elle broncha et tomba, dont elle se blessa et perdit son fruit... On fit savoir au roi comme et en quelle façon elle s'étoit blessée, et il s'anima tellement contre les deux dames, qu'il manda à la reine qu'il ne vouloit plus que Mllede Verneuil et Mmela connétable fussent auprès d'elle, et leur écrivit à chacune une lettre pour leur faire savoir qu'elles eussent à se retirer du Louvre.» Le mariage de la connétable avec le duc de Chevreuse, qui avait beaucoup de crédit auprès du roi, arrangea tout, et sauva pour quelque temps la surintendante,Mémoiresde Fontenai-Mareuil, collection Petitot, 1resérie, t. L, p. 350.

[38]Mmede Motteville, t. Ier, p. 13, et Mmede Sablé, chap. Ier, p. 13 et 14.

[39]Mémoires,ibid., p. 338.

[40]La Rochefoucauld,ibid., p. 340. La Porte qui était alors porte-manteau de la reine Anne, et qui vit Holland à la cour, dit,Mémoires, collection Petitot, 2esérie, t. LIX, p. 295: «Un des plus beaux hommes du monde, mais d'une beauté efféminée.» On nous assure qu'il y a en Angleterre, chez le comte de Breadalbane, un portrait du beau Holland.

[41]La Rochefoucauld,ibid.

[42]Mercure françois, 1625, p. 365 et 366: «Le duc arriva en poste à Paris le 24ejour de mai, et fut logé à l'hôtel du duc de Chevreuse, l'hôtel le plus richement meublé qui soit à présent en France, et où le peuple de Paris fut plusieurs jours par admiration voir le riche équipage qu'avoit fait faire ce prince, lequel par ordre de Sa Majesté très-chrétienne, devoit, avec la duchesse sa femme, accompagner la reine en Angleterre.»

[43]La Rochefoucauld,ibid.

[44]Mmede Motteville,ibid., p. 15 et 16: «Le duc de Buckingham fut le seul qui eut l'audace d'attaquer son cœur. Il étoit bien fait, beau de visage; il avoit l'âme grande, il étoit magnifique, libéral, et favori d'un grand roi. Il avoit tous les trésors à dépenser et toutes les pierreries de la couronne d'Angleterre pour se parer. Il ne faut pas s'étonner si avec tant d'aimables qualités il eut de si hautes pensées, de si nobles mais si dangereux et blâmables désirs, et s'il eut le bonheur de persuader à tous ceux qui en ont été les témoins, que ses respects ne furent point importuns.»

[45]Mercure françois,ibid.

[46]La Rochefoucauld,ibid.

[47]Ibid.—Voici le récit parfaitement conforme de La Porte, alors au service de la reine,Mémoires,ibid., p. 296: «La reine logea dans une maison où il y avoit un fort grand jardin le long de la rivière de Somme; la cour s'y promenoit tous les soirs, et il arriva une chose qui a bien donné occasion aux médisans d'exercer leur malignité. Un soir que le temps étoit fort serein, la reine qui aimoit à se promener tard, étant en ce jardin, le duc de Buckingham la menoit, milord Rich menoit Mmede Chevreuse. Après s'être bien promenée, la reine se reposa quelque temps et toutes les dames aussi; puis elle se leva, et dans le tournant d'une allée où les dames ne la suivirent pas sitôt, le duc de Buckingham se voyant seul avec elle, à la faveur de l'obscurité qui commençoit à chasser la lumière, s'émancipa fort insolemment, jusqu'à vouloir caresser la reine, qui en même temps fit un cri auquel tout le monde accourut. Putange, écuyer de la reine, qui la suivoit de vue, arriva le premier, et arrêta le duc qui se trouva fort embarrassé, et les suites eussent été dangereuses pour lui si Putange ne l'eût laissé aller; tout le monde arrivant là-dessus, le duc s'évada, et il fut résolu d'assoupir la chose autant que l'on pourroit.» Le récit de Mmede Motteville ne diffère pas véritablement de ceux-là: «On a fort parlé d'une promenade qu'elle fit dans le jardin de la maison où elle logeoit. J'ai vu des personnes qui s'y trouvèrent qui m'ont instruite de la vérité. Le duc de Buckingham qui y fut, la voulant entretenir, Putange, écuyer de la reine, la quitta pour quelques moments, croyant que le respect l'obligeoit de ne pas écouter ce que ce seigneur anglais lui vouloit dire. Le hasard alors les ayant menés dans un détour d'allée où une palissade les pouvoit cacher au public, la reine dans cet instant, surprise de se voir seule, et apparemment importunée par quelques sentiments très-passionnés du duc, elle s'écria en appelant son écuyer, le blâma de l'avoir quittée... Si en cette occasion elle montra que son cœur pouvoit être susceptible de quelque impression de tendresse qui la convia d'écouter les discours fabuleux d'un homme qui l'aimoit, il faut avouer aussi que l'amour de la pureté et ses sentiments honnêtes l'emportèrent sur tout le reste.»—Telle est cette scène du jardin d'Amiens, que Tallemant a chargée à sa façon de détails grossiers. Mais nous ne croyons pas le moins du monde à une autre scène qui aurait eu lieu à Paris, dans le petit jardin du Louvre, et après laquelle la reine aurait envoyé Mmede Chevreuse demander à Buckingham s'il était sûr qu'elle ne fût pas en danger d'être grosse, ainsi que le dit Retz dans le manuscrit original de ses mémoires, que reproduit fidèlement l'édition de M. Aimé Champollion, Paris, 1859, t. III, p. 238. C'est vraisemblablement la scène d'Amiens que Mmede Chevreuse aura racontée à Retz, qui au bout de vingt ans se sera agrandie et embellie dans l'imagination libertine du cardinal, et qu'il aura transportée du jardin d'Amiens dans celui du Louvre.

[48]Mmede Motteville,ibid., p. 18.

[49]La Rochefoucauld,ibid.

[50]La Rochefoucauld,ibid.—Mmede Motteville,ibid., p. 19: «Il vint se mettre à genoux devant son lit, baisant son drap avec des transports si extraordinaires qu'il étoit aisé de voir que sa passion étoit violente et de celles qui ne laissent aucun usage de la raison à ceux qui en sont touchés. La reine m'a fait l'honneur de me dire qu'elle en fut embarrassée, et cet embarras, mêlé de quelque dépit, fut cause qu'elle demeura longtemps sans lui parler. La comtesse de Lannoi, alors sa dame d'honneur, sage, vertueuse et âgée, qui étoit au chevet du lit, ne voulant point souffrir que le duc fût en cet état, lui dit avec beaucoup de sévérité que ce n'étoit point la coutume en France, et voulut le faire lever. Mais lui sans s'étonner, combattit contre la vieille dame, disant qu'il n'étoit pas Français; puis, s'adressant à la reine, lui dit tout haut les choses les plus tendres, mais elle ne lui répondit que par des plaintes de sa hardiesse, sans être peut-être très en colère.»

[51]Mmede Motteville,ibid.: «La reine savoit par des lettres de la duchesse qui accompagnoit la reine d'Angleterre, qu'il étoit arrivé; elle en parla devant Nogent en riant, et ne s'étonna point quand elle le vit.»—Reconnaissons que La Porte parle ici autrement que Mmede Motteville et surtout que La Rochefoucauld, et qu'il a vu ce qu'il raconte; mais peut-être n'a-t-il vu que l'apparence, et le dessous des cartes lui a-t-il échappé.Ibid., p. 297: «Comme la reine avoit beaucoup d'amitié pour Mmede Chevreuse, elle avoit bien de l'impatience d'avoir de ses nouvelles. La reine, tant pour cela que pour mander à Mmede Chevreuse ce qui se passoit à Amiens et ce que l'on disoit de l'aventure du jardin, m'envoya en poste à Boulogne, où j'allai et revins continuellement tant que la reine d'Angleterre y séjourna. Je portois des lettres à Mmede Chevreuse et j'en rapportois des réponses qui paraissoient être de grande conséquence, parce la reine avoit commandé à M. le duc de Chaulnes de faire tenir les portes de la ville ouvertes à toutes les heures de la nuit, afin que rien ne me retardât. Malgré la tempête il arriva une chaloupe d'Angleterre qui passa un courrier lequel portoit des nouvelles si considérables qu'elles obligèrent MM. de Buckingham et de Holland de les apporter eux-mêmes à la reine mère. Il se rencontra que je partois de Boulogne en même temps qu'eux, et les ayant toujours accompagnés jusqu'à Amiens, je les quittai à l'entrée de la ville. Ils allèrent au logis de la reine mère qui étoit à l'évêché, et j'allai porter mes réponses à la reine, avec un éventail de plumes que la duchesse de Buckingham, qui étoit arrivée à Boulogne, lui envoyoit. Je lui dis que ces Messieurs étoient arrivés, et que j'étois venu avec eux. Elle fut surprise, et dit à M. de Nogent Bautru qui étoit dans sa chambre:Encore revenus, Nogent; je pensois que nous en étions délivrés. Sa Majesté étoit au lit, car elle s'étoit fait saigner ce jour-là. Après qu'elle eut lu ses lettres et que je lui eus rendu compte de tout mon voyage, je m'en allai et ne retournai chez elle que le soir assez tard. J'y trouvai ces Messieurs, qui y demeurèrent beaucoup plus tard que la bienséance ne le permettoit à des personnes de cette condition, lorsque les reines sont au lit, et cela obligea Mmede la Boissière, première dame d'honneur de la reine, de se tenir auprès de Sa Majesté tant qu'ils y furent, ce qui leur déplaisoit fort. Toutes les femmes et tous les officiers de la couronne ne se retirèrent qu'après que ces Messieurs furent sortis.»

[52]Bois-d'Annemets, qui accompagnait alors Monsieur, frère du roi, dit qu'au milieu de toutes les dames anglaises venues à la rencontre de la nouvelle reine, la comtesse d'Amblie, la marquise d'Hamilton, etc., «Mmede Chevreuse, qui avoit été ordonnée avec M. son mari pour passer avec la reine en Angleterre, leur fit confesser que toutes leurs beautés n'étoient rien au prix de la sienne.»Mémoires d'un favori du duc d'Orléans, Leyde, 1668, p. 41.

[53]La Rochefoucauld,ibid., p. 342.

[54]Mmede Motteville,ibid., p. 23.

[55]Nous tirons ces détails d'une lettre inédite de Holland. VoyezAppendice,notes du chap. II.

[56]Voyez plus haut, chap. Ier, p.34.

[57]Mémoires, t. III, p. 64 et p. 105.

[58]Mémoires de Bassompierre, collection Petitot, t. III, p. 3 et 4.

[59]Nous n'admettons ni ne rejetons la célèbre histoire des ferrets de diamants, parce que cette histoire n'a pour elle qu'une seule autorité; mais cette autorité est celle de La Rochefoucauld.Ibid., p. 343: «Le duc de Buckingham étoit galant et magnifique; il prenoit beaucoup de soin de se parer aux assemblées. La comtesse de Carlisle (ancienne maîtresse du duc, gagnée par Richelieu), qui avoit tant d'intérêt de l'observer, s'aperçut qu'il affectoit de porter des ferrets de diamants qu'elle ne lui connaissoit pas; elle ne douta point que la reine de France ne les lui eût donnés, mais pour en être encore plus assurée, elle prit le temps à un bal d'entretenir en particulier le duc et de lui couper les ferrets, dans le dessein de les envoyer au cardinal. Le duc de Buckingham s'aperçut le soir de ce qu'il avoit perdu, et jugeant d'abord que la comtesse de Carlisle avoit pris ses ferrets, il appréhenda les effets de sa jalousie, et qu'elle ne fût capable de les remettre entre les mains du cardinal pour perdre la reine. Dans cette extrémité, il dépêcha à l'instant même un ordre de fermer les ports d'Angleterre, et défendit que personne n'en sortît, sous quelque prétexte que ce pût être, avant un temps qu'il marqua. Cependant il fit refaire en diligence des ferrets semblables à ceux qu'on lui avoit pris, et les envoya à la reine en lui rendant compte de ce qui étoit arrivé. Cette précaution de fermer les ports retint la comtesse de Carlisle; la reine évita de cette sorte la vengeance de cette femme irritée, et le cardinal perdit un moyen assuré de convaincre la reine et d'éclaircir le roi de tous ses doutes, puisque les ferrets venoient de lui et qu'il les avoit donnés à la reine.» Cette anecdote nous semble par trop romanesque et invraisemblable; c'est un bruit de salon qu'aura recueilli La Rochefoucauld, tandis que les autres aventures que nous avons admises s'appuient sur plusieurs témoignages, et particulièrement sur celui de Mmede Motteville.

[60]Mmede Motteville,ibid., p. 23 et 24.

[61]Ibid., p. 22.

[62]Mercure françois, 1626, p. 227 et 261-265.

[63]Voyez l'Appendice,notes du chap. II.

[64]Lettres inédites de Richelieu à M. de Blainville, ambassadeur en Angleterre, des 10 et 11 novembre 1625: «Les Anglais semblent n'avoir de chaleur que quand il faut embrasser un parti préjudiciable à la France... La France pourroit bien s'accommoder avec l'Espagne plutôt que de souffrir toujours les hauteurs de Buckingham... Lui faire connoître que s'il veut venir en France, il faut qu'il fasse exécuter les articles du mariage, qu'autrement il n'y sera pas le bien venu. Tel est le naturel des Anglais, que si on parle bas avec eux, ils parlent haut, et que si on parle haut, ils parlent bas.» Archives des affaires étrangères,France, t. XXXVII, année 1625.

[65]Richelieu,Mémoires, t. III, p. 50: «Dès le commencement de l'année (1626), c'étoit un bruit commun qui couroit par la cour et dans tout l'État qu'il s'y formoit une grande cabale, et que l'on méprisa d'abord; mais quand on vit qu'il s'augmentoit de jour à autre, que l'on considéra qu'en telles matières tels bruits sont d'ordinaire avant-coureurs des vérités, et que celui-ci étoit accompagné de divers avis tant du dehors que du dedans du royaume, on jugea qu'on ne pouvoit le négliger sans péril.»

[66]Mmede Motteville,ibid., p. 27: «La reine même m'a fait l'honneur de me dire qu'elle avoit fait alors tout ce qu'elle put pour empêcher le mariage de Monsieur... parce qu'elle croyoit que ce mariage, que la reine mère vouloit, étoit tout à fait contre ses intérêts, étant certain que cette princesse (sa belle-sœur) venant à avoir des enfants, elle qui n'en avoit point ne seroit plus considérée.»

[67]Mmede Motteville,ibid., p. 27: «Elle employa à ce dessein le maréchal d'Ornano qui étoit son serviteur.» Il est vrai qu'elle ajoute que la reine lui fit parler par une tierce personne, et n'eut jamais d'intelligence avec les gens de Monsieur. Cela se peut, mais il est indubitable qu'Anne fit mieux que de parler à des gens de Monsieur contre le mariage projeté, et qu'elle en parla à Monsieur lui-même. Voyez la déposition de Monsieur, plus bas, p.70.

[68]C'est à quoi Richelieu se réduit avec raison,ibid., p. 107. Voy. ce que dit Monsieur lui-même, plus bas, p.70.

[69]Mémoires,ibid., p. 330.

[70]Interrogatoire de Chalais, p. 31 du recueil de La Borde:Pièces du procès de Henri de Tallerand, comte de Chalais, décapité en 1626. Londres, 1781.

[71]De La Rochefoucauld,ibid.: «Sa personne et son esprit étoient agréables.» Fontenai-Mareuil,ibid., p. 23: «M. de Chalais étoit jeune, bien fait, fort adroit à toute sorte d'exercices, mais surtout d'agréable compagnie, ce qui le rendoit bien venu parmi les femmes, qui le perdirent enfin.»

[72]La Rochefoucauld,ibid.

[73]C'était déjà une habitude et un principe pour le duc d'Orléans. «La reine mère disant à Monsieur qu'il avoit manqué à l'écrit si solemnel duquel le roi avoit voulu qu'elle fût dépositaire, il a répondu qu'il l'avoit signé, mais qu'il ne l'avoit pas promis de bouche... Le roi et la reine le firent souvenir que plusieurs fois depuis il avoit juré solemnellement de ne penser jamais à chose quelconque qui tendit à le séparer d'avec le roi; il a dit qu'il réservoit toujours quelque chose en jurant.» Pièce inédite tirée des archives des affaires étrangères. Voyez l'Appendice,notes du chapitre II.

[74]Mémoires d'un Favori, p. 78.

[75]Ibid., etc., p. 81.

[76]Ibid., p. 79.

[77]Il est donc tout naturel que ce double jeu l'ait rendu suspect à bien des gens,Mémoires d'un Favori, p. 82: «Je vais vous dire une chose que vous ne trouverez pas mal plaisante, qui est que d'abord le pauvre Chalais vouloit trouver son compte de tous les côtés. Il voyoit M. le cardinal qui lui proposoit des honneurs et des charges en cas qu'il voulût servir le roi auprès de Monsieur, même qu'il pouvoit avoir la charge de maistre de camp de la cavalerie légère, et mettre la sienne à couvert. Le pauvre homme lui promettoit merveilles, puis nous venoit dire le contraire.» Fontenai-Mareuil dit aussi,ibid., p. 23, qu'au milieu de l'affaire et malgré tous ses engagements, Chalais se rapprocha de Richelieu, mais que «Mmede Chevreuse lui en fit tant de reproches et le pressa si fort que, rien n'étant quasi impossible à une femme aussi belle et avec autant d'esprit que celle-là, il n'y put résister, et il aima mieux manquer au cardinal de Richelieu et à lui-même qu'à elle, de sorte qu'ayant aussitôt fait changer Monsieur, il le rendit plus révolté que jamais.» Nulle part nous ne voyons que Chalais ait été blâmé de Mmede Chevreuse pour ses communications avec le cardinal dont elle connaissait le secret.

[78]Mémoires d'un Favori, etc., p. 82 et 86.

[79]Mmede Motteville,ibid., t. Ier, p. 26.

[80]Mercure françois, 1626, p. 336.

[81]On sera bien aise de savoir que le misérable qui déshonorait ainsi le nom de Gramont, étant sorti de France, fut tué en duel en 1629 à Bruxelles.

[82]Pièce inédite déjà citée: «Monsieur a dit que la reine régnante l'a prié par différentes fois de ne pas achever le mariage sans que le maréchal fût mis en liberté.»—La même pièce: «Monsieur ayant sçu que Chalais avoit dit que le fondement de l'opposition que les dames faisoient au mariage étoit afin que si le roi venoit à mourir la reine pût épouser Monsieur, il dit au cardinal de Richelieu: Il est vrai qu'il y a plus de deux ans que je sçais que Mmede Chevreuse a tenu ce langage.»Appendice,notes du chapitre II.

[83]Voyez l'Appendice,notes du chapitre II.

[84]Cette pièce décisive n'est pas dans le recueil de Laborde; nous l'avons rencontrée aux archives des affaires étrangères,France, t. XXXVIII. Voyez l'Appendice.

[85]Sur le commandeur de Jars, voyez dans le chapitre suivant la fin de l'affaire de Châteauneuf, et surtout notre écrit sur Mmede Hautefort, où l'on voit la noble jeune fille et le brave commandeur s'élever ensemble au suprême degré de la générosité et du dévouement.

[86]Premier interrogatoire de Chalais, du 10 juillet, recueil de Laborde, p. 39.

[87]Second interrogatoire du 28 juillet,ibid., p. 83.

[88]Troisième lettre à Richelieu,ibid., p. 222.

[89]Cinquième lettre, recueil de Laborde, p. 227.

[90]Troisième lettre,ibid., p. 223.

[91]Recueil de Laborde, p. 228.

[92]Voici trois de ces lettres, que nous tirons du recueil de Laborde, p. 210, etc.Première lettre: «Si mes plaintes ont touché les âmes les plus insensibles quand mon soleil manquoit de luire dans les allées dédiées à l'amour, où seront ceux qui ne prendront part à mes sanglots dans une prison où ses rayons ne peuvent jamais entrer, et mon sort (est) d'autant plus rigoureux qu'il me défend de lui faire savoir mon cruel martyre? Dans cette perplexité, je me loue de mon maître qui fait seulement souffrir le corps, et murmure contre les merveilles de ce soleil, dont l'absence tue l'âme et cause une telle métamorphose que je ne suis plus moi-même que dans la persistance de l'adorer, et mes yeux qui ne servoient qu'à cela sont justement punis de leur trop grande présomption par plus de larmes versées que n'en causa jamais l'amour.»—Deuxième lettre: «Puisque ma vie dépend de vous, je ne crains pas de l'hasarder pour vous faire savoir que je vous aime; recevez-en donc ce petit témoignage, et ne condamnez pas ma témérité. Si ces beaux yeux que j'adore regardent cette lettre, j'augure bien de ma fortune; et s'il advient le contraire, je ne souhaite plus ma liberté puisque j'y trouve mon supplice.»—Troisième lettre: «Ce n'est pas de cette heure que j'ai reconnu de la divinité en vos beautés, mais bien commencé-je à apprendre qu'il faut vous servir comme déesse, puisqu'il ne m'est pas permis de vous faire savoir mon amour, sans courre fortune de la vie; prenez-en donc du soin puisqu'elle vous est toute dédiée, et si vous la jugez digne d'être conservée, dites au compagnon de mes malheurs qu'il vous souviendra quelquefois que je suis le plus malheureux des hommes. Il ne faut que lui dire oui.»

[93]Recueil de Laborde, p. 68, etc.

[94]Recueil de Laborde, p. 241 et 242, onzième lettre à Richelieu: «Depuis que vous me fîtes l'honneur de me dire qu'elle avoit médit de moi, je n'ai plus eu d'autre intérêt que de me conserver, etc.»

[95]Recueil de Laborde, p. 96.

[96]Ibid., p. 139-140.

[97]Ibid., p. 97.

[98]Ibid., p. 127.

[99]Ibid., p. 137-138.

[100]Recueil de Laborde, p. 93.

[101]Ibid., p. 243.

[102]Ibid.

[103]Ibid., p. 228.

[104]On ne conçoit pas pourquoi laRelation de ce qui s'est passé au procès de Chalais, tirée du cabinet de Dupuy, et qui est dans le recueil d'Auberi,Mémoires pour l'histoire du cardinal duc de Richelieu, t. Ier, p. 570, ne fait pas mention de cette rétractation de Chalais; mais elle est dans le recueil de Laborde, p. 168 et 179, séance du 19 août: «Et nous a dit de son propre mouvement que le contenu en toutes les lettres qu'il a écrites concernant les dames, étoit faux et ne savoit du tout rien de Mmede Chevreuse,... et particulièrement a dit qu'elle ne l'a jamais détourné du service qu'il devoit au roi.»

[105]Mmede Motteville,ibid., p. 29: «Il pria son confesseur d'aller trouver le roi pour lui en dire la vérité, et d'aller de sa part demander pardon à la reine... Outre ces grandes paroles, sorties d'un homme qui alloit mourir, la mère de Chalais vint trouver la reine pour lui en faire satisfaction. Cette visite m'a été dite par des personnes qui étoient présentes quand elle fit cette déclaration.»

[106]Relation, etc., dans le recueil d'Auberi. Elle dit à un archer des gardes du corps: «Dites à mon fils que je suis contente de l'assurance qu'il me donne de mourir en Dieu, et que si je pensois que ma vue ne l'attendrit pas trop, je l'irois trouver et ne l'abandonnerois point que sa tête ne fût séparée de son corps, mais que ne pouvant l'assister comme cela, je m'en vais prier Dieu pour lui.» La Porte, mettant en action ces nobles paroles, prétend que «Mmede Chalais monta sur l'échafaud avec son fils, et l'assista courageusement jusqu'à sa mort.»Mémoires,ibid., p. 302.

[107]Monsieur changea le titre de duc d'Anjou pour celui de duc d'Orléans, et il eut le duché d'Orléans, le duché de Chartres, le comté de Blois, avec cent mille livres de revenu, plus cent mille livres de pension, et une somme de cinq cent soixante mille livres,Mercure françois, 1626, p. 385, etc.

[108]Voyez La Porte et Mmede Motteville.

[109]Relation, etc., dans le recueil d'Auberi, p. 573 et 574.

[110]Le P. Griffet assure, t. Ier, p. 513 de sonHistoire du règne de Louis XIII, qu'elle fut interrogée sans être confrontée, et il renvoie à Brienne, lequel dit seulement que le roi donna ordre à Mmede Chevreuse de se retirer à Dampierre avec défense d'en sortir,Mémoires, collect. Petitot, 2esérie, t. XXXV, p. 434.

[111]LaRelation: «Elle partit de Nantes, le lundi 17 aoust.»

[112]Archives des Affaires étrangères,France, t. XXXIX, fol. 316. «Sire, ce porteur m'ayant trouvé à quatre lieues de Dampierre, je n'ai pu plus tôt satisfaire à la volonté de Votre Majesté. J'y serai (à Dampierre), demain au matin, pour en même temps donner ordre à l'éloignement de ma femme avec l'obéissance que je dois à ses commandements, étant, Sire,Votre très-humble, très-obéissant et très-fidèle sujet et serviteur.

De Gallardon, ce 29 août.Chevreuse.»

[113]Mémoires, t. III, p. 110.

[114]Sur Charles IV, sa liaison avec Mmede Chevreuse, la ligue qu'ils formèrent ensemble contre Richelieu et l'extraordinaire influence qu'elle conserva toujours sur lui, nous renvoyons avec confiance au t. Ierde l'excellent ouvrage de M. le comte d'Haussonville,Histoire de la réunion de la Lorraine à la France.

[115]Voyez lesMémoiresde Richelieu, t. III., p. 311 et suiv.

[116]La Porte,Mémoires, p. 304: «La nouvelle de l'arrestation de mylord Montaigu mit la reine en une peine extrême, craignant d'être nommée dans les papiers de mylord, et que cela venant à être découvert, le roi, avec qui elle n'étoit pas en trop bonne intelligence, ne la maltraitât et ne la renvoyât en Espagne, comme il auroit fait assurément; ce qui lui donna une telle inquiétude qu'elle en perdit le dormir et le manger. Dans cet embarras elle se souvint que j'étois dans la compagnie des gendarmes qui devoit être du nombre des troupes commandées pour la conduite de mylord. C'est pourquoi elle s'informa à Lavau où j'étois; il me trouva et me conduisit après minuit dans la chambre de la reine d'où tout le monde étoit retiré. Elle me dit la peine où elle étoit, et que, n'ayant personne à qui elle se pût fier, elle m'avoit fait chercher, croyant que je la servirois avec affection et fidélité; que de ce que je lui rapporterois dépendoit son salut ou sa perte; elle me dit toute l'affaire, et qu'il falloit que, dans la conduite que nous ferions de mylord Montaigu, je fisse en sorte de lui parler et de savoir de lui si, dans les papiers qu'on lui avoit pris, elle n'y étoit point nommée, et que si d'adventure il étoit interrogé lorsqu'il seroit à la Bastille, et pressé de nommer tous ceux qu'il savoit avoir eu connoissance de cette ligue, il se gardât bien de la nommer... Je dis à mylord Montaigu la peine où étoit la reine; à cela il me répondit qu'elle n'étoit nommée ni directement ni indirectement dans les papiers qu'on lui avoit pris, et m'assura que s'il étoit interrogé il ne diroit jamais rien qui lui pût nuire, quand même on le devroit faire mourir.» Quand La Porte rapporta cette réponse à la reine, celle-ci, dit La Porte, tressaillit de joie.

[117]Mémoires,ibid., t. IV, p. 11: «Le tout suscité par Mmede Chevreuse, qui agissoit en cela du consentement de la reine.»Ibid., p. 80: «Une demoiselle qu'elle chassa donna avis que sa liaison avec la reine régnante étoit plus étroite que jamais, et qu'elle lui disoit qu'elle n'avoit rien à craindre, ayant l'empereur, l'Espagne, l'Angleterre, la Lorraine et beaucoup d'autres pour elle.» La Rochefoucauld,ibid., p. 344: «On sait assez que le duc de Buckingham vint avec une puissante flotte pour secourir La Rochelle, qu'il attaqua l'île de Ré sans la prendre, et qu'il se retira avec un succès malheureux; mais tout le monde ne sait pas que le cardinal accusa la reine d'avoir concerté cette entreprise avec le duc de Buckingham pour faire la paix des huguenots, et lui donner un prétexte de revenir à la cour et de revoir la reine.»

[118]Mémoiresde Richelieu, t. IV, p. 74.

[119]Tallemant,Historiette du cardinal de Richelieu, t. Ier, p. 350.

[120]Mémoires inédits, publiés par M. Barrière en 1828, t. Ier, p. 274.

[121]Mémoires de Brienne, collect. Petitot, 2esérie, t. XXXVI, p. 60.

[122]Ibid., p. 343 et 345.

[123]Édition d'Amsterdam, 1731, t. Ier, p. 10.

[124]Mémoires,ibid., p. 34.

[125]Ibid., p. 62.

[126]Il est certain qu'en 1632 Mmede Chevreuse était bien avec le cardinal. On en peut juger par les deux billets suivants que nous tirons des archives des affaires étrangères,France, 1632, t. LXII et LXIII: «Monsieur, je ne m'estimois pas si heureuse d'être en votre souvenir dans les occupations où vous êtes. Je me trouve agréablement trompée en cette opinion. Cela me fait espérer que je le serai peut-être encore à mon avantage touchant les sentiments où vous êtes pour moi. Je le souhaite aussi passionnément que véritablement. Je suis résolue de vous témoigner par toutes les actions de ma vie que je suis comme je le dois, Monsieur, votre très-humble et très-obéissante servante,M. de Rohan.P. S.Je vous envoierois d'autres lettres en échange de celles que vous m'avez envoyées, si je ne craignois pas que la quantité vous importunât.»—«1eraoût 1632. Monsieur, si j'avois aussi bien pu refuser de donner cette lettre à ce gentilhomme, comme je sais m'empêcher de vous importuner à toutes heures de mes supplications, vous n'auriez pas eu la peine de la lire. Il faut que vous le souffriez encore, s'il vous plaît, Monsieur, pour que je satisfasse à la créance qu'a le maître de ce porteur qu'il obtiendra la demande qu'il vous fait, pourvu que vous la teniez de moi. Ma créance n'étant pas tout à fait de même, j'estime que je fais mieux de vous laisser voir cette demande dans la lettre qu'il vous écrit, crainte de vous ennuyer d'un trop long discours; et par cette même raison je ne vous dirai pas davantage, sinon que je serai jusqu'à la mort, Monsieur, votre très-humble et très-obligeante servante,M. de Rohan.» La Porte dit aussi qu'alors Mmede Chevreuse passait pour être en faveur auprès du cardinal,ibid., p. 317.

[127]Archives des affaires étrangères,France, t. LVII, année 1631. Bouthillier à Richelieu: «J'ai donné le mémoire à Mmede Chevreuse; elle m'a dit force choses qui seroient inutiles et trop longues à vous dire. J'essayai de lui faire comprendre qu'elle ne pouvoit écrire un mot à M. de Lorraine.»

[128]Ibid., Mémoire pour interroger René Seguin, prisonnier à la Bastille, pris au retour d'un voyage en Flandre. «...Il avoit charge de parler à Mmede Chevreuse pour la gagner et la porter à desservir le roi, ce qu'elle a découvert à Sa Majesté, et ce qu'il n'est pas à propos que Seguin sache.»

[129]Par exemple au traité de Vic en 1632. Voyez M. d'Haussonville, t. Ier, p. 295.

[130]Richelieu,Mémoires, t. VII, p. 326: «On avoit fait le sieur de Châteauneuf garde des sceaux à l'éloignement du sieur de Marillac, croyant qu'il n'auroit d'autre mouvement que celui que le commandement du roi lui donneroit ou l'intérêt de son service, d'autant que jusque-là il avoit fait paroître n'avoir autre intention, et depuis quelques années étoit toujours demeuré attaché auprès du cardinal, servant avec beaucoup de témoignages d'affection et de fidélité; mais dès qu'il se vit émancipé par l'autorité de sa charge et en état d'agir seul, lors les intentions qu'il avoit tenues cachées auparavant par respect et par crainte commencèrent à paroître. Il se porta dans les cabales de la cour, particulièrement celle des dames factieuses dont la principale étoit la duchesse de Chevreuse, l'esprit et la conduite de laquelle avoient été souvent désagréables au roi, comme non-seulement n'ayant jamais manqué à être de toutes les mauvaises parties qui avoient été faites contre son service, mais même en ayant quasi toujours été un très-dangereux chef de parti.»

[131]Il était né en 1580. Un admirable portrait au crayon de D. Demonstier, gravé par Ragot, le représente en garde des sceaux, d'une mine ferme et relevée.

[132]Nous avons rencontré ce curieux fragment aux archives des affaires étrangères,France, t. CI, la dernière pièce du volume, sous ce titre:Mémoire de M. le Cardinal de Richelieu contre M. de Châteauneuf. 12 pages de la main bien connue de Charpentier, l'un des secrétaires du cardinal. Voyez l'Appendice,notes du chap. III.

[133]Tom. II, p. 392.

[134]Nous en donnons au moins l'exact inventaire dans l'Appendice,notes du chap. III.

[135]La jalousie de Richelieu contre Châteauneuf paraît aussi dans cet endroit desMémoiresde La Porte,ibid., p. 322: «Le cardinal m'interrogea fort sur ce que faisoit la reine, si M. de Châteauneuf alloit souvent chez elle, s'il y étoit tard, et s'il n'alloit pas ordinairement chez Mmede Chevreuse.» Ailleurs encore La Porte raconte que le cardinal le questionnait beaucoup «sur la conduite de Mmede Chevreuse et de M. de Châteauneuf.»

[136]Disons une fois pour toutes que, dans l'original, Mmede Chevreuse est désignée par le no28, Châteauneuf par le no38, le cardinal par le no22, Louis XIII par le no23, la reine Anne par le no24, M. de Chevreuse par le no57, etc.

[137]Quel est l'adorateur importun caché sous ce chiffre? N'est-ce pas le comte de Brion? Voyez plus bas, p.101,102,107,109.

[138]Le duc de Lorraine ou le comte de Holland.

[139]Voyez plus haut, p.99.

[140]Dans le texte,procédurequi était alors le mot usité.

[141]Dans le texte,déshonorableque l'analogie donne naturellement en opposition àhonorable.

[142]M. d'Haussonville, si bien informé, ne donne aucun rôle à Mmede Chevreuse ni dans le traité de Liverdun en 1632 ni dans celui de 1633. Le passage suivant de La Porte prolonge pourtant jusqu'en 1633 l'influence diplomatique de Mmede Chevreuse, puisqu'il la place après l'arrestation de Châteauneuf qui est du 25 février de cette année. Avouons toutefois que les détails contenus dans ce passage se rapportent au traité de Vic conclu le 6 janvier 1632; nous ne le donnons pas moins ici parce qu'il montre quels étaient, soit en 1633, soit en 1632, les sentiments de Mmede Chevreuse et aussi ceux de la reine, et à quel point celle-ci s'affligeait des succès de Richelieu, alors même que ces succès profitaient à la France.Ibid., p. 327: «M. de Châteauneuf fut envoyé à Angoulême, qu'on lui donna pour prison, et où il demeura toujours depuis jusqu'à la fin du ministère. Pour Mmede Chevreuse, elle demeura à la cour à cause du besoin qu'en avoit le cardinal pour ses affaires en Lorraine; car le duc de Lorraine, excité par Monsieur, ayant voulu faire quelques mouvements, la peur qu'on eut qu'ils n'attirassent l'Empereur dans leur parti fit qu'on suscita les Suédois qui étoient en Allemagne et qu'on les fit entrer en Lorraine. Le duc leva aussitôt une belle armée pour s'opposer à cette invasion; mais le roi, pour le désarmer sans coup férir, lui envoya l'abbé Du Dorat, qui étoit à M. de Chevreuse; et Mmede Chevreuse même, quoique cette négociation ne lui plût pas, cependant, pour montrer son zèle à M. le cardinal, agit dans cette affaire contre ses propres sentiments, ne croyant pas le duc de Lorraine si facile; mais elle fut trompée, car l'abbé Du Dorat ayant trouvé cette altesse à Strasbourg avec son armée, fit si bien qu'il l'engagea à la licencier, et l'abbé en eut pour récompense la trésorerie de la Sainte-Chapelle. Cependant le roi, qui ne s'attendoit pas à cela, partit pour Metz, et étant à Château-Thierry il m'envoya avec des lettres de Mmede Chevreuse trouver à Nancy M. le duc de Vaudemont... A mon retour je trouvai le roi à Châlons, et de là je suivis la cour à Metz, où l'on apprit que le duc de Lorraine avoit licencié ses troupes. Cette nouvelle fâcha fort la reine et Mmede Chevreuse, qui pourtant n'en témoignèrent rien; mais la reine ne put s'empêcher de lui reprocher sa folie d'une plaisante manière: elle me commanda de faire untababareou bonnet à l'anglaise, de velours vert, chamarré de passements d'or, doublé de panne jaune, avec un bouquet de fleurs vertes et jaunes, et de le porter de sa part au duc de Lorraine. C'étoit un grand secret, car si le roi et le cardinal l'eussent sçu, quelques railleries qu'elles en eussent pu faire, ils eussent bien vu leur intention. J'allai donc en poste à Nancy trouver cette altesse, à qui ayant demandé à parler, on me fit entrer dans sa chambre, et m'ayant reconnu il imagina bien que j'avois quelque chose de particulier à lui dire; il me prit par la main et me mena dans son cabinet, où je lui donnai la lettre que la reine lui écrivoit. Pendant qu'il la lut, j'accommodai le bonnet avec les plumes, et je lui dis ensuite que la reine m'avoit commandé de lui donner cela de sa part; il le mit sur sa tête, se regarda dans un miroir, et se mit à rire... Il fit réponse, et je retournai à Metz, où je trouvai la reine en grande impatience de savoir comment son présent avoit été reçu.»

[143]La Rochefoucauld,ibid., p. 355. Cet archevêque devait avoir alors plus de quatre-vingts ans, car on lit dans laGazettede l'an 1641, no619, p. 315: «Le sieur d'Eschaux, archevêque de Tours, ci-devant évêque de Bayonne, et premier aumônier du roi, âgé de quatre-vingt-six ans, est mort le 21 mai en son palais archiépiscopal de Tours.»

[144]Nous avons trouvé ces lettres de Craft dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale, ancien fond françois no9241, in-fol.; au dos:Choses diverses; à la garde: «Lettres curieuses interceptées du cardinal infant et des ministres d'Espagne, adressées à la roine, à Mmede Chevreuse, Mmedu Fargis et autres personnes considérables en ce temps-là, pendant le ministère du cardinal de Richelieu, venues après sa mort de son cabinet; et quelques dépêches durant le courant de l'année 1639, venant du même lieu, tant du roi que dudit cardinal, adressées à M. l'archevêque de Bourdeaux, etc.» Il y a six lettres de Craft à Mmede Chevreuse. En voici un extrait.—Première lettre: De Calais, 5 février 1635. Le mauvais temps l'arrêtant à Calais, il lui écrit avant de s'embarquer. Il ne voit rien au monde digne d'une pensée que Mmede Chevreuse. «Il va en son païs avec cette opinion et ne la changera jamais. Il aimeroit mieux mourir pour elle que vivre et jouir de toutes les choses qu'il peut avoir en ce monde, sans la bonne opinion de Mmede Chevreuse. Il a pris la résolution de ne jamais rien faire qui méritât le contraire de cette bonne opinion; car son âme et son cœur est tout à elle, et son pauvre serviteur la prie de les garder jusqu'à ce que ses actions l'en rendent indigne.»—Deuxième lettrenon datée: «Le seul contentement qu'il ait en son absence est de regarder son portrait, ce qu'il fait souvent, et ne verra rien autre chose avec plaisir jusqu'à ce qu'il la revoye. C'est la seule chose au monde pourquoi il a plaisir de vivre, qui lui fera mépriser toute autre considération, et le dispose à se rendre digne d'elle, qu'il adorera toute sa vie de tout son cœur et de toute son âme.»—Troisième lettre.Il est enfin arrivé à Calais. Il ne veut pas l'importuner en lui racontant la peine qu'il a eue pour y venir; seulement il veut la supplier de continuer sa bonne opinion de lui. Le temps fera voir que la passion qu'il a pour elle est plus grande qu'il ne le peut exprimer. «Il ne désire autre usage d'elle qu'elle le croira mériter par ses actions (sic).»—Quatrième lettre.«Il est à cette heure sur le bord de la mer, avec un temps contraire qui lui fait craindre d'y demeurer longtemps sans partir. Si c'étoit au retour, le temps l'ennuieroit bien, mais, comme il est, toutes choses et lieux lui sont semblables... Il la prie de lui mander ce que N. (serait-ce Montaigu?) lui aura dit de lui et s'il a quelque soupçon de leur amitié, laquelle de son côté ne diminuera jamais. Il appréhende plus que jamais son païs, «ne pouvant espérer de voir aucune chose qui lui puisse porter de contentements. La seule chose qui lui reste pour le consoler est l'espérance qu'elle continuera ce qu'elle lui a promis; possédant cela, il méprisera toute autre chose au monde, etc.»—Cinquième lettre.Il est arrivé hier à Londres... «Il n'a jamais été si bien traité par N. (serait-ce la reine d'Angleterre?) ni mieux reçu.Ellelui a demandé forces nouvelles de Mmede Chevreuse et de $ (serait-ce la reine Anne?) et si l'amitié continuoit si grande entre eux. Elle croit qu'il est amoureux ou de $ ou de Mmede Chevreuse, mais ne peut dire laquelle. Mmede Chevreuse doit lui avoir moins d'obligation que jamais de la passion qu'il a pour elle, car tout le monde ici est si bas et si méprisable, qu'il n'a contentement ni bien que quand la nuit vient pour être seul et penser à Mmede Chevreuse. Il a manqué être noïé en passant la mer; il a été trois jours et trois nuits entre Douvres et Calais en la plus grande tempête qui ait jamais été... Tout le monde ici est si plein de bassesse qu'il n'ose avoir familiarité avec personne, mais se console en lui-même en aimant Mmede Chevreuse, et en méprisant toutes choses ici, jusques aux plus considérées et adorées en ce païs... Il croit que l'honneur et la vraie générosité du monde est réduite en elle et en son amitié. Ses actions lui témoigneront que toute sa vie sera employée à la mériter. Si elle veut lui en donner permission, il est prêt à retourner pour la voir, et il la conjure par toute son amitié de le lui permettre; en attendant il la supplie de lui mander de ses nouvelles pour le soulager. Il y a longtemps qu'il n'en a eu, ce qui lui donne peur; mais quand il considère ses promesses, il bannit de son esprit toutes ses craintes, et toutes autres, et n'aime et n'aimera jamais qu'elle.»—Sixième lettre.«Il lui donne des nouvelles de Londres. La comtesse de Carlisle a dit d'elle tant de mal qu'il a été obligé de lui dire «qu'elle étoit devenue si laide elle-même, que l'envie qu'elle portoit aux autres la fesoit parler comme cela.»—Les choses qu'il voit ici sont si peu considérables, qu'il la prie de croire «que tant plus il voit le monde, tant plus il ne voit qu'elle d'adorable, ce qui est cause qu'il ne pourra jamais vivre sans une grande passion pour elle. Il ne se peut consoler qu'en pensant qu'il n'y a rien au monde de digne qu'elle. Il ne désire être traité par elle que selon ses actions, etc.»

[145]Nous la tirons du même manuscrit qui contient les lettres de Craft.

[146]Il y a là, ce semble, une indirecte allusion aux services que peut rendre Montaigu à la reine, dans leurs communs intérêts.

[147]Sur La Rochefoucauld, ses premières impressions politiques, et sa conduite à cette époque de sa vie, voyezLA JEUNESSE DE MMEde LONGUEVILLE, chap. IV, p. 294, etc.

[148]Mémoires,ibid., p. 355.

[149]Gallia Christiana, t. VIII, p. 584. La mère de Saint-Étienne fut abbesse de 1626 jusqu'au 13 août 1637, où elle fut forcée de donner sa démission, et remplacée par Marie de Burges, la mère de Saint-Benoît. Elle était née en Franche-Comté, et toute sa famille était au service de l'Espagne; son frère était même gouverneur de Besançon.

[150]Mémoires,ibid., p. 352 et suiv.

[151]Mémoires, t. Ier, p. 80.

[152]Mémoires,ibid., p. 331.

[153]Le secrétaire de l'ambassade d'Angleterre en Flandre, nommé Gerbier.

[154]Mémoires,ibid., p. 346.

[155]Mémoires, t. X, p. 195, etc.

[156]Manuscrit de la Bibliothèque impériale, ancien fonds françois, no9241. Voyez plus haut, p.116, dans la note145.

[157]Le manuscrit précité renferme une trentaine de lettres de Mmedu Fargis à la reine, une douzaine de la reine à Mmedu Fargis, cinq ou six lettres en espagnol de la reine à M. de Mirabel, autant à son frère le cardinal, avec les réponses de ceux-ci. Voyez l'Appendice,notes du chapitre III.


Back to IndexNext