IVMARIE-ROSE ET QUELQUES RELIGIEUSES

Marie-Rose, cela va sans dire, fut en meilleurs termes avec certaines de ses maîtresses qu’avec certaines autres. Quelques-unes — le plus grand nombre — lui témoignèrent une sympathie pleine d’indulgence ; quelques autres une prévention qui, pour être discrètement exprimée, n’en était pas moins très appréciable ; d’autres encore, une sévérité rigoureuse destinée à l’amélioration de son caractère — mauvais moyen qui, s’il n’avait eu comme contrepoids l’extrême bonté qui était la note dominante au couvent, aurait pu avoir pour elle des résultats déplorables. Il faut ajouter que, grâce à la discipline congréganiste, si forte quand elle est bien observée, ni ces sympathies ni ces préventions ne donnèrent lieu à la moindre injustice, sauf une fois.

On dit au Pensionnat que Marie-Rose est une des chéries de la mère Assomption, et la fillette a bien conscience que c’est un peu vrai. Mais quoi d’étonnant à ce que la Préfète témoigne une sollicitude plus grande à l’enfant sans mère qu’elle a connue toute jeune et dont elle supporte l’entière responsabilité ?

Si la mère Préfète passe aisément l’éponge sur les méfaits de Marie-Rose, c’est parce qu’elle sait bien que ces méfaits font plus de bruit que de mal. Elle sait que si l’étourdie fronde aisément l’autorité, du moins elle ne la dénigre pas, que si elle a mauvaise tête, elle n’a point mauvais esprit, et qu’elle aime sincèrement ses compagnes, ses maîtresses et son couvent.

Marie-Rose a, pour la mère Assomption, une confiance, un respect, une vénération sans bornes. Jamais l’idée ne lui viendrait d’user de la petite prédilection qu’elle-même devine, pour se permettre la moindre familiarité ou réclamer le plus léger passe-droit. Sa considération pour la chère maîtresse se trouverait diminuée si elle la croyait capable d’une faiblesse, et cette diminution lui causerait le plus vif chagrin.

Marie-Rose fut, pendant ses deux années de Blanches, l’élève préférée de la mère Saint-Bernard, à cause de leur goût commun pour l’histoire ; mais la préférence fut strictement limitée au travail. Si Marie-Rose ne fut point punie, c’est qu’elle écoutait, docile et appliquée, les excellentes leçons qui l’intéressaient, et que le travail accompli avec goût la maintenait dans la sagesse.

La fillette, de son côté, témoigna à la mère Saint-Bernard une affection faite d’admiration pour sa science et d’estime pour son esprit de droiture ; mais cette affection demeura toujours dans les bornes du respect et de la soumission.

Marie-Rose fut très camarade avec la mère Saint-Jacques. Il n’y eut jamais entre elles une minute de désaccord, et le souvenir de la bonne religieuse éveille dans son âme une gaieté attendrie.

En général, les pensionnaires aiment beaucoup la mère Saint-Jacques ; et la mère Saint-Jacques aime beaucoup les pensionnaires, hormis celles qui sont menteuses, rapporteuses ou grognon ; mais elle a un faible pour Marie-Rose, et voici pourquoi :

Bien qu’elle ne le manifeste pas ouvertement, la mère Saint-Jacques n’est pas ennemie des bêtises, quand les bêtises ne sont ni cruelles ni inconvenantes. Or, Marie-Rose détient le record de l’espèce ; non seulement elle en a un fonds personnel qui semble inépuisable, mais elle excelle à dépister et à raconter toutes celles qui traînent au Pensionnat. La mère Saint-Jacques écoute ces beaux récits avec un : « Mais… mais… oh ! mais !… » qui voudrait être sévère ; seulement, l’expression de son regard et un petit plissement tout particulier de ses joues donnent à sa bonne figure un air très amusé. On voit bien qu’elle rit en dedans.

La mère Saint-Jacques punit rarement et jamais elle ne transmet de rapports à l’autorité. Elle fait elle-même sa police, d’une manière un peu rude, mais qui ne fâche personne. Sa préférence pour Marie-Rose ne l’empêche pas de la secouer ferme quand elle juge que cela est nécessaire.

Marie-Rose fut certainement la passion de la mère Sainte-Thérèse ; de cela, nul ne douta au couvent, même, et surtout, les principales intéressées.

La mère Sainte-Thérèse est la maîtresse des Vertes. Elle était déjà vieille, quand la petite Gourregeolles entra au couvent. Peut-être n’avait-elle jamais connu d’enfant si jeune, ou bien c’était au temps où elle était encore incapable d’apprécier l’intérêt charmant qu’offre l’éducation d’un tout petit être. Le fait est qu’elle accueillit Marie-Rose avec une tendresse de grand’mère — tendresse émue, inquiète, mais qui pourtant ne dégénéra ni en mièvrerie de langage, ni en gâterie d’aucune sorte. Cette prédilection se traduisit seulement par un plus grand souci de la conduite de l’enfant, plus de chagrin pour ses sottises, plus de joie pour ses succès, une sollicitude plus grande en tout.

Certes ! Marie-Rose aime bien la mère Sainte-Thérèse ; elle est pour elle pleine d’attentions ; elle lui transporte sa chaufferette, ferme le rideau dès que le soleil l’incommode et, au moindre soupçon de fatigue, ne fait pas plus de tapage qu’une petite souris. Mais, ainsi qu’on en use avec les gens de l’affection desquels on est très sûr, elle se montre tout à fait sans façon avec la bonne religieuse. De plus, comme elle est extraordinairement brouillon et maladroite, ses prévenances tournent souvent en catastrophes.

L’été, pour protéger la mère Sainte-Thérèse contre le soleil qui parfois s’obstine à percer le mince rideau de basin blanc, elle installe des tableaux de lecture qui, neuf fois sur dix, dégringolent sur la tête de la maîtresse, quand ce n’est pas Marie-Rose elle-même qui dégringole du tabouret où elle est perchée. L’hiver, si elle juge que la chaufferette a besoin d’être « mouvée », elle tire de leur petite maison de bois le pot à braise et la pelle plate ; et, malgré les protestations de la pauvre bonne femme, remue, secoue, tapote, jusqu’à l’extinction complète des feux.

Elle était une grande pensionnaire qu’elle éprouvait encore le besoin de venir faire ce ménage chez les Vertes, où, d’ailleurs, elle se sentit toujours chez elle, et où elle fut toujours bien accueillie.

Elle entre en coup de vent.

— Bonjour, la mère que j’aime de tout mon cœur !… bonjour, les Perrettes.

Il est de tradition au couvent de donner aux plus petites le surnom de « Perrettes ». Les Vertes l’acceptent sans protester, mais les Jaunes se rebiffent.

— Pas plus Perrette que vous, Bleue.

La brave religieuse s’informe avec une sollicitude un peu inquiète si tout va bien pour sa chère fille…, si elle est sage…, si elle vit en paix avec son entourage…, si elle espère une bonne place en composition… Hélas ! les nouvelles, trop souvent, ne sont pas fameuses, même pour le travail. Car si Marie-Rose aime l’étude, elle l’aime à sa façon qui n’est pas toujours celle de sa maîtresse. Elle entre alors en conflit avec l’autorité et cela chagrine la mère Sainte-Thérèse.

D’autres fois, Marie-Rose est envoyée officieusement chez les Vertes. En étude, elle est tranquille tant qu’elle a des devoirs à faire et des leçons à apprendre ; mais sa besogne finie, elle devient très dissipée et l’on se débarrasse d’elle volontiers.

— Allez donc voir si la mère Sainte-Thérèse n’a pas besoin de vos services.

Ces permutations ne sont pas inscrites au règlement ; mais, dans bien des circonstances, Marie-Rose est traitée en dehors du commun. On l’a vue si petite !

La mère Sainte-Thérèse ne refuse jamais les services de sa fille, quand ce ne serait que pour la soustraire aux occasions de malice et aux punitions qui s’ensuivent.

Pendant que la vieille religieuse fait du rangement, ou se repose un peu en disant son chapelet, Marie-Rose s’improvise maîtresse d’école. Avec une patience attentive dont on la croirait difficilement capable, elle montre les lettres aux petites « Croix de par Dieu », ou bien, une longue baguette à la main, explique les tableaux d’histoire sainte. Et la maîtresse s’émerveille de la voir tenir appliquées les plus turbulentes comme les plus bornées de ses élèves.

C’est que Marie-Rose aime incroyablement les petits enfants, qu’elle devine les choses qu’il convient de leur dire et la manière dont il faut le leur dire pour les émouvoir et les intéresser.

— Elle a beaucoup de moyens, dit quelquefois la mère Sainte-Thérèse à sa sœur Saint-Boniface pour l’amener à de meilleurs sentiments envers Marie-Rose.

— Oui, répond l’implacable Surveillante ; c’est dommage seulement qu’elle s’en serve si mal.

Les jours de grande composition, il faut que Marie-Rose vienne aux Vertes réciter unVeni Creatorpour implorer les lumières du Saint-Esprit. A l’anniversaire de sa naissance, — parce que ses deux fêtes Rose et Marie tombent en pleines vacances, — la fillette ayant sous les yeux une vieille gravure représentant sainte Rose de Lima, doit écouter avec recueillement une homélie sur sa patronne. Mais la cérémonie capitale est celle de la rénovation des vœux du baptême. A cet effet, la mère Sainte-Thérèse réquisitionne, chaque année, à la sacristie, un bout de cierge qu’elle allume et devant lequel Marie-Rose doit renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres.

Tout cela se passe portes closes, avec un air vaguement mystérieux qui égaye beaucoup la petite pensionnaire ; mais elle n’en laisse rien voir. Quoi qu’elle ne soit point pour les formules ni pour les cérémonies, et qu’elle se trouve plus engagée par sa conscience que par des mots, elle se prête de la meilleure grâce du monde, aux lubies de la chère bonne femme à qui, pour rien au monde, elle ne voudrait faire de peine.

Quand Marie-Rose est en révolte contre les pouvoirs autorisés, c’est la mère Sainte-Thérèse qui, tout doucement, l’amène à résipiscence. Quand Marie-Rose est découragée plus que de raison — sans raison même parfois — c’est encore la mère Sainte-Thérèse qui la réconforte, lui rend ce qui lui fait trop souvent défaut : la confiance en elle-même. Dans les moments, rares heureusement, mais abominablement pénibles, où Marie-Rose se sent de l’amertume au cœur, c’est la mère Sainte-Thérèse, toujours, qui lui inspire la mansuétude envers ceux qui lui font ou lui veulent du mal, et la résignation aux événements inéluctables. Devant la mère Sainte-Thérèse seulement, Marie-Rose pleure sans contrainte ; et c’est merveille d’entendre cette femme, de culture très ordinaire, trouver une telle éloquence pour consoler son enfant.

Ce fut seulement plus tard — beaucoup plus tard — que Marie-Rose comprit de quelle affection rare et précieuse la mère Sainte-Thérèse l’avait aimée, une de ces affections qui se donnent sans mesure, qui ne s’imposent point et n’exigent aucun retour, une affection que rien ne décourage, pas même l’indifférence ni l’ingratitude, et que les pires disgrâces, ni même l’abjection n’arrivent pas à rebuter.

Une amitié très comique fut celle de la mère Saint-François de Sales. On n’a pas idée d’une aussi drôle de petite bonne femme. Elle est courte, toute ronde, et cependant menue. Sa tête ressemble à une pomme un peu ridée et rougie par le soleil. Les enfants l’appellent la mère « Pomme d’api » ou simplement la mère « Pomme », ou plus simplement encore, mais avec un peu d’irrévérence « Pomme » tout court. Ses petits yeux vifs remuent sans cesse et sa bouche toute plissée marmotte continuellement.

La mère Saint-François de Sales n’a plus les idées bien nettes. Toute seule dans le monde, elle aurait du mal à se gouverner et ne rendrait aucun service. Mais en Communauté, on tire parti de toutes les capacités, voire même des déchets. La mère Saint-François de Sales a trouvé son emploi ; elle tricote à perpétuité. Dieu sait la quantité de paires de bas qui sortent chaque année de ses mains diligentes ! Sa vie intellectuelle tout entière, tient dans le tricotage ; et les instruments de travail revêtent à ses yeux une vague personnalité. Elle leur parle, les admoneste, leur enjoint de faire de bonne besogne. Elle gourmande tour à tour les aiguilles parce qu’elles ne glissent pas à son gré, la laine parce qu’elle se tord, le peloton parce qu’il vagabonde sur le sol.

Elle n’a, bien entendu, aucun rapport avec les pensionnaires. En allant et venant, on la rencontre avec son éternel tricot et son éternel marmottage ; c’est tout.

Mais Marie-Rose la fréquente quelquefois aux Capucins près de la chaise longue d’Anna Leloutre ; c’est là qu’elles ont lié commerce d’amitié. La petite pensionnaire est scrupuleusement tenue au courant du travail de la mère Pomme. Elle sait quand on termine un bas, quand on en est aux rappetis ou au « cœur de talon ».

Les confidences de la tricoteuse prennent quelquefois une allure plus amicale, plus personnelle.

— Mademoiselle Gourregeolles, je vous en ferai une paire de rouges…, tout rouges comme la soutane des clercs…, pour entrer dans le monde, s’entend.

Aux yeux de la bonne mère, comme aux yeux de beaucoup de ses compagnes, « entrer dans le monde » signifie sortir du couvent.

Les amies de Marie-Rose même ont part à la bonne volonté de la mère Pomme.

— Pour Mlle de Puyrenaud, une paire de bleus, un beau bleu ciel. Pour Laurence Cormolin, des gris, parce que, vous savez… — je ne voudrais pas vous chagriner, c’est votre fille — mais Laurence Cormolin n’est pas… heu… très soigneuse.

Marie-Rose fait signe que son opinion là-dessus est faite depuis longtemps.

— Donc : Mlle de Puyrenaud, bas bleus…, côtes jumelles : deux mailles à l’endroit, deux à l’envers…, fait la mère Saint-François de Sales comme pour se résumer. Croyez-vous qu’elle sera contente ?

— Je crois bien. Et pour mes rouges aussi, des côtes jumelles ?

— Non, fait la mère Pomme avec l’assurance que donne une longue réflexion, des côtes boiteuses : trois mailles à l’endroit, une à l’envers.

Marie-Rose ne sut jamais le rang qu’occupaient dans l’estime de la tricoteuse, les côtes jumelles et les côtes boiteuses, et si la considération inspirée par Hélène l’emportait sur l’amitié qu’elle-même inspirait.

— Et pour le Hérisson…, quelles côtes ?

— Pour le Hérisson…, pas de côtes du tout : mailles à l’endroit…, mailles à l’endroit, cela va plus vite.

Longuement, patiemment, Marie-Rose écoute la bonne femme discourir sur ce sujet qui l’aurait horripilée venant d’une autre. Mais elle sait que le tricotage est toute la joie de la mère Pomme et elle s’en voudrait de marquer le moindre déplaisir.

Vint le moment où la mère Saint-François de Sales perdit la tête complètement. Elle oubliait l’heure, ne prenait plus garde à la cloche, ne rentrait point pour les repas ni les offices, et l’on ne savait dans quel jardin la chercher. Ou bien encore elle restait au soleil ardent, sous la pluie battante ou dans les rafales. On mit auprès d’elle une petite novice qui fit alors un excellent apprentissage de patience et de bonté.

Et la mère Pomme tricotait toujours. Elle tricota jusqu’à la mort.

Lors de ce événement, Marie-Rose n’était plus au couvent. Ce fut la mère Saint-Jacques, devenue Préfète du Pensionnat qui le lui apprit.

— Elle savait que vous étiez mariée, dit-elle, et que vous attendiez un petit enfant. Elle a voulu lui tricoter ses premiers bas : les voici. Ce n’est plus le beau travail d’autrefois. Elle s’y est pourtant bien appliquée ; mais sa vue avait baissé et ses mains étaient devenues tremblantes. A tout instant, elle demandait à sa petite sœur si elle n’avait pas laissé échapper de mailles.

Marie-Rose prit le léger paquet avec un sourire et quelques larmes.

— Bébé ne les portera pas, dit-elle. Ils feront partie du petit musée que Sophie et moi sommes seules à connaître — musée très modeste où dorment les souvenirs du cher couvent où j’ai été si heureuse et tant aimée !

— Il ne faut pas parler au passé, Marie-Rose, on vous y aime toujours.

Une seule maîtresse, la petite sœur Saint-Jude, témoigna à Marie-Rose une préférence empreinte d’injustice. Or, si l’injustice exaspérait Marie-Rose, elle aimait encore mieux qu’on fût injuste à son détriment qu’à son avantage. Voici comment la partialité de la petite sœur eut occasion de s’exercer.

La classe de couture fut toujours un supplice pour Marie-Rose ; non que cela l’ennuie de rester tranquille, elle éprouve, au contraire, de temps en temps, un besoin impérieux de repos et de silence ; son esprit alors part en des rêveries sans fin où elle se complaît. Mais, comme la classe de travail manuel est faite pour coudre et non rêver, elle est souvent rappelée à l’ordre et forcée de reprendre l’aiguille.

Il faut convenir, d’ailleurs, que c’est de très mauvaise grâce.

La mère Sainte-Rosalie est l’indulgence même, mais il faut bien coter le travail, et celui de Marie-Rose ne vaut pas cher. Sa mauvaise note lui attire généralement une punition, mais peu lui en chaut.

— Je me résignerais bien, déclare-t-elle, à apprendre cent lignes de Télémaque pour être dispensée d’un surjet.

La maîtresse de couture tomba malade et fut momentanément remplacée par la petite sœur Saint-Jude, une qui déplaisait aux pensionnaires, parce qu’elle avait l’air « en dessous ».

Marie-Rose put alors demeurer tout le temps de la classe, les doigts inactifs, la pensée vagabonde sans encourir le moindre reproche. Bien mieux, elle eut des notes qui, aux Billets, lui attirèrent des compliments. Cela se remarqua d’autant mieux que la petite sœur Saint-Jude était connue pour la rigueur de ses appréciations.

Marie-Rose s’étonna d’abord, puis protesta contre une partialité qui l’humiliait ; et finalement déclara qu’elle préférait undeuxmérité à unhuitauquel elle n’avait point droit.

A ces réclamations, la jeune maîtresse hochait la tête d’un air entendu. « Oui, oui, je sais ; tout cela fait bien pour la galerie, mais personne n’aime les mauvaises notes ni les punitions. »

La fillette n’en démordait pas ; elle soutenait ses principes avec une âpreté chaque jour grandissante. La situation se tendait de plus en plus et un conflit était imminent quand, par bonheur, la mère Sainte-Rosalie reprit sa classe et Marie-Rose ses mauvaises notes.


Back to IndexNext