VIICOINS DE COUVENT

La cour de la Communauté.— La cour de la Communauté est immense et solennelle ; elle a fort grand air.

Sur trois côtés, s’élèvent des bâtiments faits de gros cailloux noirs, sertis dans du mortier grisâtre. Les baies du rez-de-chaussée sont larges et cintrées, les fenêtres supérieures, très hautes avec de toutes petites vitres.

Des vignes superbes couvrent les murailles sombres au pied desquelles on a établi des plates-bandes où s’épanouissent à profusion les fleurs simples et gaies qu’on ne trouve plus ailleurs que dans les monastères ou le jardin des vieux curés : passe-roses et gueules de loup de toutes nuances, primevères de velours, scabieuses brunes tiquetées de jaune, ravenelles panachées, lupins blancs, thlaspis violets, verveines écarlates et ces coquelourdes pâles qui portent le joli nom de « roses du ciel ».

Le quatrième côté de la cour est occupé, moitié par un large escalier de granit à double palier qui conduit à la chapelle, moitié par une terrasse très découverte d’où la lumière arrive à flots. A la terrasse s’adosse une immense citerne plus élevée que le sol d’environ un mètre au milieu de laquelle on voit un cadran solaire portant la date de 1672.

Le bâtiment principal appelé couramment « Maison aux Honneurs » renferme la Salle du Chapitre, la Grand’salle de réunion et les cellules des dignitaires : Supérieure, Assistante, Intendante, Préfètes, Conseillères, etc. A droite, habitent les religieuses de moindre importance ; à gauche se trouve le Noviciat dont l’étage supérieur est occupé par les sœurs converses, les « bonnes sœurs », comme on dit au couvent.

Dans une tourelle octogonale cinq cloches sonnent les heures ou carillon.

Le réfectoire des religieuses, au rez-de-chaussée de la Maison aux Honneurs, est masqué par une palissade de lauriers-tin et d’arbousiers où nichent une quantité énorme d’oiseaux chanteurs. Mais, par une large porte cintrée toujours ouverte, on aperçoit le superbe escalier que les Mères descendent deux fois par jour au moment des repas.

Cela se passe avec beaucoup de décorum. Au premier coup de cloche, elles se réunissent dans la Grand’salle, la robe traînante, les manches rabattues. Au second coup, les plus nouvelles devant, la Supérieure et l’Assistante derrière, elles défilent deux par deux, en silence, avec un salut profond à leur patron saint Augustin, dont la statue garde le vestibule d’honneur.

L’ensemble de cette cour de Communauté n’est point trop austère, grâce à la verdure et aux fleurs qui s’y trouvent à profusion, mais il demeure grave et recueilli.

Aussi quelques mères intransigeantes, parmi celles qui n’ont point directement affaire avec les enfants, ne peuvent-elles prendre leur parti de voir cette grande paix troublée trois fois par jour. Pour la commodité du service, en effet, on a établi le réfectoire du Pensionnat dans l’un des rez-de-chaussée, à proximité des cuisines, et le désordre qui résulte de l’allée et venue des enfants leur semble une profanation.

Nulle part, pourtant, les rangs ne sont mieux alignés, le babillage plus discret, mais il reste un chuchotement, un piétinement confus et — ne fût-ce que cela — l’envahissement par des profanes de cet endroit sacré.

Pour les enfants, au contraire, cette incursion quotidienne en territoire étranger est une source de joies. Le défilé des religieuses se rendant au réfectoire, les sœurs converses qui, paisiblement, accomplissement leur humble tâche, un morceau de la vie du Noviciat que l’on happe au passage, sont autant d’aubaines dans l’existence toujours semblable des petites pensionnaires — des aubaines et, très souvent, une source de bon exemple.

Le Jardin aux Chats.— Entre Sous la Chapelle et le Pensionnat se trouve un jardin minuscule que les enfants, accoutumées aux vastes espaces, trouvent extrêmement comique.

Tout y est petit, petit : petites allées, petites plates-bandes, petites corbeilles où poussent de petites plantes qui donnent de petites fleurs. On y voit éclore tour à tour et suivant les saisons le réséda, le basilic, la violette, le muguet et cette hampe mignonne qui porte le nom significatif de « désespoir des peintres ».

Les fillettes ont dénommé ce coinJardin aux Chats, non que les chats s’y montrent volontiers, s’y trouvant trop près de leurs tyrans, mais il leur est avis que les chats seuls, grâce à leur petite taille et à leurs mouvements pleins de souplesse, sont aptes à circuler dans ce jardin de Lilliput.

Les Capucins.— Tout un quartier du couvent s’appelleles Capucins, du nom des moines qui en furent propriétaires avant les chanoinesses de Saint-Augustin.

Ce quartier comprend d’abord un immense potager entretenu à miracle ; et, comme les seuls arbres qui s’y trouvent : espaliers et quenouilles, ne donnent pas d’ombre, il est continuellement et vigoureusement ensoleillé. Dans la très large allée qui le sépare en deux — la Bonne Allée — on fait faire des cures de lumière et de soleil à celles qui en ont besoin. Les modestes religieuses du temps de Marie-Rose avaient, en cela, devancé les hygiénistes modernes.

Au-dessus du potager s’étend une vaste esplanade plantée de châtaigniers et de noyers plusieurs fois centenaires. C’est là, dans cette atmosphère saine et vivifiante, que se passe la récréation aux jours de beau temps. C’est là aussi que se trouvent les jardinets cultivés par les enfants avec beaucoup d’intérêt et de goût. L’« éducation de la terre » que l’on s’efforce de mettre à la mode n’est donc point une invention nouvelle. Elle était pratiquée, encouragée, récompensée dans le couvent de Marie-Rose et dans maints autres couvents. On y mettait en pratique le conseil de saint François d’Assise à ses fils spirituels : « Cultivez autour de vous des plantes nourrissantes, des plantes guérissantes et des plantes récréantes. »

Du potager, on gagne l’esplanade par une jolie petite avenue montante bordée de noisetiers et que, pour cette raison, on nomme l’Allée aux Coudres. Par les grandes chaleurs, l’ombrage de l’Allée aux Coudressemble délicieuse en contraste avec le soleil qui sévit brutalement alentour.

Mais ce que les enfants y aiment surtout, c’est la Notre-Dame qui leur sourit au milieu des mousses, des fougères, des sédums et des saxifrages dont ce coin charmant est tapissé.

Notre-Dame aux Coudres est la patronne des études, comme la Notre-Dame de Nazareth est la consolatrice des affligées. C’est elle que l’on implore, elle à qui l’on porte de petits bouquets pour obtenir une bonne composition.

Quand l’ancienne petite Gourregeolles se remémore son cher vieux Couvent, elle n’y trouve pas un coin qui ne soit paisible, accueillant et bon, reposant pour l’âme autant que pour le corps.


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