Chapter 20

IIIil est bougrement en colère...

III

il est bougrement en colère...

L’afficher! Comment allons-nous annoncer aux «bons bougres de patriotes» l’apparition de notre journal?

Le 5 mars, aux premières heures du jour, les murs sont constellés de «papillons» rouges[135]devant lesquels les groupes s’arrêtent.

Et le lendemain, 6 mars—douze jours avant la victoire—unearmée de camelots s’éparpillait dans les rues, criant, hurlant à tous les échos:

—Ah! il est bougrement en colère, le Père Duchêne! Achetez lePère Duchêne!

UN SOUDemain, à 6 heures du matin, c’estLE PÈRE DUCHÊNEQUI SERA EN COLÈRE!!!IL Y A DE QUOI!

UN SOUDemain, à 6 heures du matin, c’estLE PÈRE DUCHÊNEQUI SERA EN COLÈRE!!!IL Y A DE QUOI!

UN SOU

Demain, à 6 heures du matin, c’est

LE PÈRE DUCHÊNE

QUI SERA EN COLÈRE!!!

IL Y A DE QUOI!

Vermersch avait fait le premier article. Une grande colère. L’affaire des loyers était tout indiquée. Comment allait-on payer ces trois termes de loyers du siège!

Ce n’est pas assez d’avoir supporté la faim, d’avoir versé son sang, d’avoir bu sa honte: il nous reste trois termes à payer.Depuis plus de six mois nous ne faisons rien, nous ne vendons rien;Avec quoi paierons-nous les trois termes?Nous ne les paierons pas!Les marchands d’argent auront beau faire: c’est en vain que les huissiers travailleront nuit et jour, que les tribunaux condamneront depuis le lever de l’aurore jusqu’à la nuit close, que les conseils de guerre méditeront leurs lugubres arrêts, que les Bretons de Trochu et les soldats de Chanzy chargeront leurs fusils;Nous ne payerons pas!!On ne tire pas de l’huile d’un mur, on ne fera point sortir des caisses vides de la France ruinée les quatre milliards de loyers dont se gorge annuellement le parasitisme du capital!NOUS NE PAYERONS PAS!!!

Ce n’est pas assez d’avoir supporté la faim, d’avoir versé son sang, d’avoir bu sa honte: il nous reste trois termes à payer.

Depuis plus de six mois nous ne faisons rien, nous ne vendons rien;

Avec quoi paierons-nous les trois termes?

Nous ne les paierons pas!

Les marchands d’argent auront beau faire: c’est en vain que les huissiers travailleront nuit et jour, que les tribunaux condamneront depuis le lever de l’aurore jusqu’à la nuit close, que les conseils de guerre méditeront leurs lugubres arrêts, que les Bretons de Trochu et les soldats de Chanzy chargeront leurs fusils;

Nous ne payerons pas!!

On ne tire pas de l’huile d’un mur, on ne fera point sortir des caisses vides de la France ruinée les quatre milliards de loyers dont se gorge annuellement le parasitisme du capital!

NOUS NE PAYERONS PAS!!!

Anxieusement, nous attendions, dès onze heures, nos deux associés. La vente avait-elle marché? Les trente mille tirés s’étaient-ils envolés, ou allaient-ils revenir, sous forme de bouillon, au Croissant?

Nous déjeunions tous trois au café qui fait l’angle de la rue Montmartre—toujours là, le café du Croissant—quand notre bossu fait irruption. Sa crinière rouge jette comme des étincelles.

—Ce que ça s’enlève! Il m’en faut dix mille. Je cours chez Vallée...

Ce n’est pas dix mille qu’il nous fallut tirer à nouveau, mais vingt-cinq mille. Les pauvres machines plates demandaient grâce.

Le soir, vers minuit—le deuxième numéro n’était pas loin de rouler—les camelots arrêtaient encore les rares promeneurs du boulevard.

—Citoyen, achetez-moi lePère Duchêne!... Ce qu’il est en colère lePère Duchêne!Faut voir ça!

LePère Duchênene devait pas être longtemps en colère.

Vinoy avait l’œil sur lui—le mauvais œil.

Aussi, pourquoi le vieux bougre (l’article était d’Humbert) s’était-il permis de demander la mise en accusation des «capitulards» de l’Hôtel de Ville?

On n’a pas encore mis en accusation les capitulards de l’Hôtel de Ville!... Que faut-il donc avoir fait de plus que d’avoir enterré cinquante ou soixante mille hommes autour de Paris, à Châtillon, à Champigny, au Bourget, à Buzenval? Que faut-il avoir fait de plus que de trahir pendant six mois de suite, emprisonnant au 31 octobre, fusillant au 22 janvier les bons citoyens qui voulaient sauver la Patrie et s’opposer à son démembrement?... Si on ne les met pas en accusation, c’est à soulever les réclamations de Jean Hiroux! Combien faudra-il tuer de patriotes maintenant pour être mis en jugement?C’est le Père Duchêne, qui vous le demande, ô nos représentants du Peuple!

On n’a pas encore mis en accusation les capitulards de l’Hôtel de Ville!

... Que faut-il donc avoir fait de plus que d’avoir enterré cinquante ou soixante mille hommes autour de Paris, à Châtillon, à Champigny, au Bourget, à Buzenval? Que faut-il avoir fait de plus que de trahir pendant six mois de suite, emprisonnant au 31 octobre, fusillant au 22 janvier les bons citoyens qui voulaient sauver la Patrie et s’opposer à son démembrement?

... Si on ne les met pas en accusation, c’est à soulever les réclamations de Jean Hiroux! Combien faudra-il tuer de patriotes maintenant pour être mis en jugement?

C’est le Père Duchêne, qui vous le demande, ô nos représentants du Peuple!

L’armée de Paris—ce qui restait de l’armée—présentait, en ces tristes jours qui suivirent la capitulation, le plus lamentable des spectacles. Soldats errants, la peau de mouton qui les garantissait du froid aux avant-postes jetée sur l’épaule, l’uniforme souillé, débraillés, sans armes, quelques-uns arrêtant les passants pour leur demander un secours—cela m’arriva—le désordre était à son comble. Et pourtant, cette armée pleine de rancœurs et tout près de verser dans la révolte, on parle de la réorganiser pour la lancer contre l’insurrection dont on note déjà les signes précurseurs...

LePère Duchêne, dans son numéro 3, adresse «ses bons avis Aux Soldats de l’armée de Chanzy qu’on voudrait transformer en assassins des patriotes»:[136]

Le Père Duchêne vous souhaite la bienvenue, soldats!Je vous vois entrer avec plaisir dans les murs de Paris, où l’on a eu faim aussi, où l’on a eu froid comme vous avez eu faim, comme vous avez eu froid alors que vous marchiez dans la boue et dans la neige avec les sacrés souliers de carton et les foutus habits de camelote que les jean-foutres de fournisseurs ont vendus à la République!Le Père Duchêne a toujours du plaisir à voir les bons bougres qui se sont battus pour la Nation.Ah! il sait bien que ce n’est pas votre faute si nous avons été mis dans le pétrin!Vous avez fait votre devoir,Et vos drapeaux triomphants auraient fait le tour du monde, si nous n’avions pas été assez bêtes pour nous laisser gouverner par des jean-foutres et des judas!... La France a perdu son Alsace, sa brave Lorraine, qui étaient foutre!, si patriotiques que le Père Duchêne verse toutes ses larmes de son corps quand il songe que ces braves bougres de Strasbourg et de Metz sont sous le sabre de de Moltke et sous la schlague de Bismarck.... Venez avec nous, soldats!Fusionnez avec le peuple, et vous verrez ce que c’est que des citoyens,...Venez avec nous!

Le Père Duchêne vous souhaite la bienvenue, soldats!

Je vous vois entrer avec plaisir dans les murs de Paris, où l’on a eu faim aussi, où l’on a eu froid comme vous avez eu faim, comme vous avez eu froid alors que vous marchiez dans la boue et dans la neige avec les sacrés souliers de carton et les foutus habits de camelote que les jean-foutres de fournisseurs ont vendus à la République!

Le Père Duchêne a toujours du plaisir à voir les bons bougres qui se sont battus pour la Nation.

Ah! il sait bien que ce n’est pas votre faute si nous avons été mis dans le pétrin!

Vous avez fait votre devoir,

Et vos drapeaux triomphants auraient fait le tour du monde, si nous n’avions pas été assez bêtes pour nous laisser gouverner par des jean-foutres et des judas!

... La France a perdu son Alsace, sa brave Lorraine, qui étaient foutre!, si patriotiques que le Père Duchêne verse toutes ses larmes de son corps quand il songe que ces braves bougres de Strasbourg et de Metz sont sous le sabre de de Moltke et sous la schlague de Bismarck.

... Venez avec nous, soldats!

Fusionnez avec le peuple, et vous verrez ce que c’est que des citoyens,...

Venez avec nous!

Cela ne pouvait durer longtemps. Nous ne nous faisions du reste aucune illusion à cet égard. Et chaque jour, nous attendions l’arrêté qui nous fermerait la bouche.


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