VIIgaietés
VII
gaietés
Vingt-sept mars. Lendemain des élections à la Commune. On en est toujours aux heures de joie. LePère Duchêneexulte. Sa plume se trempe dans le lyrisme le plus éclatant:
C’est le Père Duchêne qui est content aujourd’hui!Ah! foutre!Aussi a-t-il bu plus d’une chopine après avoir été voter, et, comme le soir, il est allé tranquillement avec ses amis avaler, rue Montorgueil, un grand plat de tripes qu’il s’est posé sur sa conscience avec une vive satisfaction!Les jean-foutres auront beau faire.Le Peuple sera représenté, etc.[163].
C’est le Père Duchêne qui est content aujourd’hui!
Ah! foutre!
Aussi a-t-il bu plus d’une chopine après avoir été voter, et, comme le soir, il est allé tranquillement avec ses amis avaler, rue Montorgueil, un grand plat de tripes qu’il s’est posé sur sa conscience avec une vive satisfaction!
Les jean-foutres auront beau faire.
Le Peuple sera représenté, etc.[163].
Avant midi, nous venons, comme d’habitude, rue du Croissant. Le planton qui nous sert de garçon de bureau fait le salut militaire.
—Citoyens, il y a là quelque chose pour vous.
Un pot de grès grisâtre. Je le soulève. Poids respectable. Nous ouvrons. Des tripes! Des tripes de chez Jouanne!
Et nous nous souvenons de notre article.
Cet excellent Jouanne n’a pas laissé refroidir son élan de reconnaissance. Il a délégué vers nous un citoyen officieux de sa maison de la rue Montorgueil, avec un bon pot de tripes de choix.
A ta santé, citoyen Jouanne! Nous dégusterons ce soir tes tripes dans quelque maison amie.
Mais, comment remercier!
Nos dix premiers numéros viennent d’être réunis en brochure sous couverture jaune d’or. Au dos, l’appel aux électeurs de Félix Pyat, celui que je suis allé prendre chez Lachâtre.
Nous enverrons la brochure à Jouanne.
Mais, il faut une dédicace, un envoi. Et un de nous transcrit de sa plus belle main, en tête du numéro 1:
A Jouanne, marchand de tripes,Le Père Duchêne, marchand de fourneaux.
A Jouanne, marchand de tripes,Le Père Duchêne, marchand de fourneaux.
A Jouanne, marchand de tripes,Le Père Duchêne, marchand de fourneaux.
Voilà un exemplaire intéressant—s’il a été conservé.
Autre historiette.
Fin avril. En pleine bataille. LePère Duchênedu jour raconte qu’on a découvert dans les caves des Tuileries, une formidable réserve de vins fins.
Quarante-deux mille bouteilles!
Tout de suite, la Commune a fait distribuer le vin dans les ambulances et les hôpitaux.
Et lePère Duchêneajoute:
Ah! bon Dieu de nom de Dieu!C’est cette piquette-là qui va foutre du sang dans les veines à ceux qui n’en ont plus!Buvez-moi ça, mes braves sans-culottes,Et n’ayez pas peur de vous foutre une petite ribote avec le vin des jean-foutres.Ça ne peut jamais vous faire du mal!C’est que ce n’est pas de la ripopée que la Commune vous fout là!C’est du vrai et du bon!C’est un vin d’aristos!Et vous savez que vous pouvez le boire,Car c’est vous, travailleurs, qui avez fait pousser la vigne dont il est le sang.Ainsi, mes braves bougres, buvez sans remords,Et à la santé de la Commune de Paris, nom de Dieu![164]
Ah! bon Dieu de nom de Dieu!
C’est cette piquette-là qui va foutre du sang dans les veines à ceux qui n’en ont plus!
Buvez-moi ça, mes braves sans-culottes,
Et n’ayez pas peur de vous foutre une petite ribote avec le vin des jean-foutres.
Ça ne peut jamais vous faire du mal!
C’est que ce n’est pas de la ripopée que la Commune vous fout là!
C’est du vrai et du bon!
C’est un vin d’aristos!
Et vous savez que vous pouvez le boire,
Car c’est vous, travailleurs, qui avez fait pousser la vigne dont il est le sang.
Ainsi, mes braves bougres, buvez sans remords,
Et à la santé de la Commune de Paris, nom de Dieu![164]
Cet appel enthousiaste devait nous coûter assez cher.
Le jour même, deux ou trois délégations de bataillons se présentaient auPère Duchêne.
—Citoyens, nous partons aux avant-postes. Est-ce qu’iln’y aurait pas moyen de goûter un brin au vin des jean-foutres? Que diable, 42.000 bouteilles! Nous pouvons bien nous en foutre quelques-unes dans le sifflet!
Que faire?
Ces 42.000 bouteilles existaient-elles? Nous n’en étions pas très sûrs. On nous avait conté l’histoire. Beau filet à faire, en brodant.
Et nous avions terriblement brodé.
Il n’y avait qu’à s’exécuter. Nous avions conseillé aux sans-culottes de «boire sans remords». Le droit était de leur côté.
Le soir même, nous faisions donc porter au siège de chacun des bataillons, qui nous avaient fait l’amitié de songer à nous, un panier de vin de choix.
Mais, ce n’était pas du vin des Tuileries.
LePère Duchênel’avait bel et bien payé de sa poche.