VIII

Les soins empressés de Mmede Mauserre, assistée de sa belle-fille et de l’hôtelière, eurent bientôt ressuscité la perle des gouvernantes. On la déshabilla, on la mit dans un lit bassiné, où elle ne tarda pas à reprendre tous ses esprits. Son premier mot fut pour appeler Lulu, qui se jeta sur elle avec des transports de joie.

Pendant ce temps, j’avais échangé mes habits mouillés contre des vêtements de paysan, et je descendis me chauffer à la cuisine. J’y trouvai M. de Mauserre debout devant la cheminée. — Vous avez des explications à me donner, me cria-t-il.

— Permettez, repartis-je d’un ton vif, il me semble que c’est à moi d’en réclamer.

Notre vieille amitié triompha de sa jalousie et de son orgueil, et il reprit de l’air le plus affectueux : — Vous avez raison ; les cris de Lulu m’avaient troublé l’esprit. Excusez-moi, je vous en prie, et embrassons-nous.

Je lui touchai dans la main sans lui donner au sujet de mon naufrage les éclaircissements détaillés qu’il désirait. Tout ce qu’il put tirer de moi fut que MlleHoldenis avait choisi le moment où le vent soufflait dans toute sa force pour lâcher imprudemment le gouvernail. — Cela prouve une fois de plus, ajoutai-je, que les femmes sont de mauvais pilotes ; ne nous laissons gouverner par elles ni sur eau ni sur terre.

Impatienté de ma réserve, il m’entraîna dans l’embrasure d’une fenêtre, et, m’ayant regardé dans le blanc des yeux, il me dit à brûle-pourpoint : — Avez-vous des vues sérieuses sur MlleHoldenis ?

— Que vous importe ? lui répondis-je.

— Je m’intéresse à elle et à vous, et je ne crois pas que vous soyez faits l’un pour l’autre.

— Pour qui donc est-elle faite ? lui demandai-je en le regardant fixement à mon tour.

— Pour ma fille, à qui elle est bien nécessaire. Soyez de bonne foi. Votre cœur est-il pris tout de bon ?

— Peut-être, lui dis-je ; mais je ne dois compte de mes sentiments qu’à elle seule.

Sur ces entrefaites, on nous annonça que le dîner était servi. Je me sentais un appétit bourguignon ; je l’avais bien gagné. Je fis honneur au repas et surtout à un ombre-chevalier qui avait été pêché le matin près de l’endroit où nous avions chaviré ; ce produit du lac Paladru me parut délicieux, tant j’ai l’âme peu rancunière. M. de Mauserre mangeait du bout des dents et ne prononça pas trois paroles. Mmede Mauserre ne se lassait pas de me questionner sur mon aventure nautique et de me remercier d’avoir sauvé la vie à une personne qui lui était chère. M. d’Arci avalait morceau sur morceau pour se mettre dans l’impossibilité de parler. Mmed’Arci me regardait avec son sourire tranquille, me disant tout bas : — Beau chevalier, il y a quelque chose là dessous.

Entre la poire et le fromage, Mmede Mauserre nous quitta pour aller prendre des nouvelles de Meta. Elle revint nous dire que l’héroïne du jour se portait à merveille, qu’après avoir bu un bouillon elle voulait à toute force se lever, et que, ses vêtements n’étant pas encore secs, on s’occupait de lui en chercher d’autres. Lulu, qui ne pouvait se passer de sa gouvernante, demandait à se rendre auprès d’elle. On lui en refusa la permission ; elle se mit à pleurer et à trépigner comme dans son beau temps. Pour la calmer, M. d’Arci lui fit des cocottes en papier ; tout le monde s’en mêla, la table en fut bientôt couverte. Après avoir fourni mon contingent, je m’échappai pour aller fumer un cigare dans le jardin.

La lune à son second quartier argentait la moitié du lac ; l’autre était dans une ombre noire. Il n’était plus fâché, mais il lui restait comme une sourde émotion ; par intervalles, ses vagues balbutiaient des mots entrecoupés : on eût dit un enfant que le sommeil a surpris dans sa colère et qui gronde tout bas en rêvant. La pensée me vint d’aller trouver Meta ; il me semblait qu’après ce qui s’était passé nous avions à causer ensemble.

Je rentrai dans l’auberge par la porte de derrière. Je montai à pas de loup l’escalier, je me glissai le long du corridor, et j’allais frapper quand je m’avisai que Meta n’était pas seule. Elle disait à quelqu’un : — Donnez-moi des nouvelles de mon sauveur.

— Il est d’une humeur charmante, répondit une voix sombre que je reconnus pour celle de M. de Mauserre.

Mon premier mouvement fut de pousser brusquement la porte, le second de retenir mon souffle et de prêter l’oreille ; mais les bonnes consciences produisent des scrupules comme les bonnes terres portent de bon froment. Pour me dérober à la tentation, je rebroussai chemin, je gagnai en tapinois la chambre où j’étais entré pour me changer ; mes habits y séchaient auprès d’un grand feu. J’étais occupé à les retourner quand je m’aperçus qu’après une pause les deux voix avaient repris leur entretien. Rappelez-vous, madame, lorsque vous visiterez le lac Paladru, qu’à l’hôtel des Bains les lits sont tendres, les repas copieux et bien servis, les ombres-chevaliers délicieux, mais que les plafonds et les parois y sont minces comme une feuille de carton, que d’une pièce à l’autre on entend tout, et qu’il y faut murmurer ses secrets dans la langue des fourmis.Non bis in idem, disent les juristes, ce qui signifie qu’on n’est pas tenu d’avoir de la conscience deux fois de suite dans la même affaire. Cette fois j’écoutai, et j’entendis.

— Ne puis-je donc savoir qui de vous deux a eu la première idée de cette promenade sur l’eau ? disait M. de Mauserre d’un ton sec, presque impérieux.

— Je ne le sais pas moi-même ; il me semble que l’amarre s’est détachée toute seule.

— Et vous avez trouvé fort naturel cet aventureux tête-à-tête avec un homme que j’aime, que j’estime, mais qui est mauvais juge peut-être dans les questions de convenance ?

— J’ai eu tort, dit-elle humblement. J’ai oublié ma situation ; la gouvernante de votre fille vous en fait, monsieur, toutes ses excuses.

— Je ne suis pas en ce moment le père de ma fille, je suis un homme qui pensait avoir le droit… — Il n’acheva pas sa phrase ; il préféra en commencer une autre. — Ne sommes-nous pas le 1erseptembre ? C’est aujourd’hui que Tony devait vous demander votre main. Que lui avez-vous répondu ?

— Je n’ai pas eu de réponse à lui faire, monsieur, parce qu’il ne m’a rien demandé.

— C’est pourtant un endroit bien choisi qu’un bateau pour y faire une déclaration ; on ne risque pas d’y être dérangé. La sienne a-t-elle été brûlante ? A-t-il su profiter de la circonstance en habile homme ? a-t-il été entreprenant ?

— Songez-vous bien, monsieur, à qui vous parlez ?

— Je suis tenté de croire, poursuivit-il, que votre naufrage n’a point été un accident. M. Flamerin a voulu se procurer le plaisir de vous sauver, le plaisir plus doux encore de vous porter pendant dix minutes dans ses bras. Comme il vous tenait étroitement serrée contre son cœur ! Est-il certain que vous fussiez tout à fait évanouie ?

Elle enfla sa voix, et ce fut à son tour d’avoir le verbe haut : — Eh bien ! oui, s’écria-t-elle, M. Flamerin a pris aujourd’hui avec moi de grandes libertés. Ce qui me console, c’est qu’un jour peut-être je serai sa femme.

— Cela ne sera pas.

— S’il le veut, qui pourrait l’en empêcher ? Vous oubliez qu’il est libre, lui !

Ce mot l’accabla, et je crus l’entendre pousser un profond soupir. Il se pourrait aussi que ce fût une illusion ; dans certaines circonstances, les oreilles me tintent.

— Si vous méprisez mes conseils, reprit-il d’un ton plus doux, j’aime à croire que vous attachez quelque prix au consentement de votre famille. Je peux vous assurer que votre père n’autorisera jamais ce mariage.

— Vous lui avez donc écrit ? Comme vous abusez de mes confidences !

— Il m’a répondu courrier par courrier que M. Flamerin était sans doute un bon parti, mais qu’il n’agréerait pour son gendre qu’un homme d’un esprit sérieux et de principes sévères, et que les hommes à principes ne se rencontrent guère parmi les artistes. Une telle délicatesse lui fait d’autant plus d’honneur qu’il se trouve, paraît-il, dans une situation embarrassée.

— Il vous a parlé de ses affaires ? lui demanda-t-elle avec émotion.

— Je lui sais gré de sa confiance. Quelqu’un lui propose de le prendre pour associé dans une entreprise qui lui permettrait de relever en peu de temps sa fortune ; mais on exige de lui un apport de capital qu’il ne possède pas.

— Et qu’il vous prie de lui avancer ?

— Je serais heureux de pouvoir faire quelque chose pour le père de Meta Holdenis.

— Ah ! monsieur, pourquoi obligez-vous une fille à plaider pour vous contre son père, et à vous avertir que, si honnête, si loyal qu’il soit, il est homme à projets et à chimères, qu’il a la main malheureuse dans tout ce qu’il entreprend, que vous lui rendriez un service fatal en encourageant ses illusions, que vous ne reverriez jamais votre argent, et que ma fierté ne s’en consolerait pas ?… J’exige, monsieur, que vous ayez le courage de le refuser. Je suis prête, s’il le faut, à vous demander cette grâce à genoux.

— Calmez-vous. Je refuserai, puisque vous m’en priez. Laissez-moi vous dire que vous avez le cœur le plus noble et le plus délicat que je connaisse.

— Et vous, monsieur, vous êtes la bonté même… Pourtant vous m’avez fait tout à l’heure la plus injuste querelle.

Il me parut qu’il changeait de place pour se rapprocher d’elle. — Pour la dernière fois, l’aimez-vous ou ne l’aimez-vous pas ? lui dit-il.

— Quittons ce sujet, monsieur, il m’en coûte trop de me disputer avec vous.

— Vous refusez donc de rassurer mon inquiétude ? reprit-il d’un ton presque suppliant.

— J’ai peine à croire à votre inquiétude ; je croirais plutôt à votre despotisme, si vous n’étiez pas si bon.

— Et ma tyrannie vous paraît insupportable ?

— Je suis très-disposée, monsieur, à me laisser gouverner par vous ; mais nous vivons, ajouta-t-elle avec gaîté, dans un temps où les peuples les plus soumis demandent à leur gouvernement de s’expliquer.

— Vous voulez que je m’explique ? Vous voulez me contraindre à vous dire ce que je m’étais promis de vous taire à jamais ?… Oui, je suis un despote, et mon secret… Ah ! ne me forcez pas à parler, vous m’avez deviné !

Il y eut un long silence, du moins il me parut très-long. M. de Mauserre le rompit enfin en disant : — Je ne sais ce que vous penserez de moi ; mon aveu vous semble-t-il odieux ou ridicule ?

— Je ne vous juge pas, monsieur, répondit-elle, je crois rêver. Vous vous trompez, vous vous faites illusion. Qui suis-je, pauvre fille sans esprit et sans figure, pour m’être fait aimer d’un homme tel que vous ? Ce sera l’éternelle gloire de ma vie ; mais à cet honneur dangereux je préfère la paix que j’ai perdue. J’étais si heureuse auprès de vous !… Hélas ! me voilà condamnée à quitter dès demain les Charmilles. Monsieur, qu’avez-vous fait ? Que vous êtes cruel !

— Vous me quitteriez ? s’écria-t-il avec véhémence ; je ne le souffrirai point.

— Quand j’aurais la faiblesse de rester, quelle vie mènerais-je dans une maison où j’aimais à vous chercher, et où désormais la prudence, le devoir, tout me commandera de vous fuir ? Adieu cette douce liberté qui avait tant de charmes pour moi comme pour vous !

— Vous resterez, vous dis-je, et vous n’aurez pas besoin de me fuir. Je vous promets que vous n’entendrez plus de moi un seul mot qui puisse vous blesser ou vous effrayer. Ce jour est un jour néfaste, effaçons-le de notre mémoire. Que demain soit comme hier, oublions l’un et l’autre que nous sommes venus ensemble dans un lieu maudit où la jalousie m’a fait divaguer…

— Qu’exigez-vous de moi, monsieur ? L’oubli vous sera facile, mais je me défie de mes souvenirs.

— Je vous en supplie, reprit-il, traitez-moi comme un malade dont on ménage la raison, à qui l’on passe, crainte de pis, ses plus absurdes caprices. Soyez sûre que je condamne ma folie, mais elle me fait peur, et, si vous me refusiez, je ne réponds de rien, je serais capable de quelque éclat qui ferait notre malheur à tous. Jurez-moi que vous ne disposerez pas de votre main avant de m’avoir consulté, et que vous ne quitterez pas les Charmilles sans mon consentement.

— Vous m’épouvantez ! dit-elle d’une voix éperdue.

— Je ne sortirai pas d’ici que vous ne m’ayez donné votre parole.

— Vous l’avez, monsieur, je vous la donne dans l’espérance que vous me la rendrez.

Cette conversation, madame, m’agaçait horriblement, elle m’était insupportable, et j’avisais au moyen d’y mettre fin quand j’entendis une porte s’ouvrir. L’instant d’après, je reconnus la voix de Mmede Mauserre qui disait : — Je vois avec plaisir, ma chère, que vous êtes en bonne compagnie. La voilà hors d’affaire, n’est-ce pas, Alphonse ?

— Grâce à vos bons soins, madame, dont je vous serai éternellement reconnaissante, lui répondit Meta. Je me félicite d’avoir vu la mort de si près, puisque j’ai eu l’occasion de me convaincre que vous voulez bien m’aimer un peu.

— En doutiez-vous ? La belle peur que vous m’avez faite ! — Et Mmede Mauserre partit de là pour revenir sur le détail de ses émotions ; elle aimait à redire les choses.

Je m’esquivai discrètement. Je retournai dans le jardin, où je méditai longtemps sur ce que j’avais entendu. Je ne savais trop quel jugement en porter. Il y avait en moi un procureur-général qui requérait et un avocat très-retors qui trouvait réponse à tout. Le tribunal flottait dans le doute et réclamait un supplément d’enquête. Tout en consultant avec moi-même, je contemplais les étoiles, je n’en sus tirer aucun éclaircissement.

Des sons de piano m’arrachèrent à mes réflexions ; Meta, enveloppée dans la pelisse de Mmede Mauserre, était descendue dans la salle commune, et jouait un nocturne de Chopin, qui assurément avait pensé à moi en le composant. Sa musique peignait les sentiments d’un homme qui est en train de se noyer avec la femme qu’il aime ; elle disait aussi : Puisque vous refusez de vivre avec moi, je veux mourir avec vous ! Le piano était une méchante épinette de village que Meta réussissait à faire parler ; le proverbe a raison : Il n’est point de mauvais outil, pour un ouvrier qui a le diable au corps. Il me parut qu’elle avait également le diable dans les yeux. J’étais allé m’accouder sur le rebord de la fenêtre, et je l’observai longtemps sans qu’elle pût m’apercevoir. La douceur habituelle de son regard avait fait place à une vivacité meurtrière ; mais il y a de bons diables, et, la musique aidant, je cherchais à me persuader que celui qui logeait dans ces prunelles bleues me promettait le bonheur. Par intervalles, cela me semblait évident ; quand Meta eut fermé le piano, je ne regardai plus la chose comme aussi sûre.

Je dormis très-mal cette nuit, d’abord parce que j’agitais dans mon esprit un problème de mathématiques transcendantes, ensuite parce que mon voisin de droite, M. de Mauserre, fut sur pied jusqu’au petit jour, allant et venant comme un ours en cage. Son insomnie consolait la mienne.

A la demande de Lulu, il fut décidé que nous déjeunerions à Paladru et ne partirions pour les Charmilles qu’après midi. Vers onze heures, je descendis dans la salle à manger. Mmed’Arci était assise près d’une fenêtre et regardait Mmede Mauserre, qui arpentait le jardin avec Meta. Elle me les montra du doigt l’une après l’autre en me disant : — Comment est-il possible de désirer ceci, quand on a le bonheur de posséder cela ?

— Il faut tout comprendre, lui répondis-je. La femme que voici n’a tout son prix que dans le monde, dans une fête, dans un bal ; mais on ne donne pas de bals aux Charmilles, et il faut convenir qu’à la campagne, un jour de pluie, la femme que voilà offre beaucoup de ressources.

— Ajoutez, reprit-elle, que l’une est aussi sincère, aussi vraie, aussi sûre que l’autre est secrète, tortueuse et sournoise, et il passe pour constant que les hommes n’ont jamais adoré que les femmes dangereuses.

— Beaucoup de gens, lui répliquai-je, n’aiment à voyager que dans les pays où il y a des précipices.

En ce moment, Mmede Mauserre nous aperçut et nous cria : — Vous avez l’air de conspirateurs. Peut-on savoir ce que vous complotez ?

— Nous complotons, lui dis-je, de vous ramener ici dans dix mois et de vous donner sur le lac Paladru une fête vénitienne dont je me charge de rédiger le programme.

Elle me remercia d’un mouvement de tête et continua sa promenade.

Après avoir pris la précaution de refermer les fenêtres, Mmed’Arci me fit subir un interrogatoire sans recevoir de moi que des réponses évasives. Je lui rappelai que j’avais obtenu d’elle et de M. d’Arci un vote de confiance et un crédit de temps.

— Vous finirez bien par nous rendre vos comptes, me dit M. d’Arci, qui nous rejoignit sur ces entrefaites. Vos intentions sont bonnes ; je vous reproche seulement de manquer d’esprit de suite et d’être un trop bon nageur.

— Je ne veux pas la mort du coupable ; je travaille à sa conversion.

— C’est bien à vous, reprit-il, de prêcher les gens ; ce serait mieux encore de ne pas les repêcher.

— Laissez-moi faire à mon idée, et souvenez-vous de votre promesse.

— Je ne dirai rien qui puisse irriter mon beau-père, je ne ferai rien qui puisse inquiéter Mmede Mauserre. Êtes-vous content ?

— Je le serai tout à fait si nous réussissons à éviter une crise qui tournerait sûrement au profit de l’ennemi.

— Soyez tranquille, me dit Mmed’Arci. Nous avons réfléchi à vos recommandations, et vous nous avez convaincus que, tant que Mmede Mauserre ne se doutera de rien, elle sera invulnérable ; sa confiance fait sa sûreté.

Je lui fis signe de se taire ; je venais d’entendre à l’instant dans la pièce voisine, dont la porte était entr’ouverte, un léger piétinement de souris. Je m’assurai qu’en effet Meta n’était plus au jardin.

— Dieu veuille qu’elle ne nous ait pas entendus ! dis-je à Mmed’Arci. Croyez-en mon expérience, les murs de cette auberge sont perfides.

Deux heures plus tard, nous étions en route. Je ne sais si ce fut par précaution contre son gendre ou contre lui-même que M. de Mauserre pria sa femme de monter dans le break. Je pris place dans la calèche avec mes deux alliés. En allant à Paladru, j’avais été pensif ; au retour, je fus rêveur. Quelques efforts que je fisse pour m’occuper du paysage, je revoyais toujours un lac qui moutonnait, un bateau ballotté et deux grands yeux un peu fous qui me regardaient fixement et semblaient me crier : l’amour ou la vie ! Voilà, madame, comment il se fait que j’ai parcouru deux fois un très-beau pays sans le voir.


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