E passò quei giorni ricinta nel suo dolore come in una fredda collana di pietre scintillanti.Mimi Bluette!... Un nome, nientʼaltro che un nome; anzi un piccolo fiore da mettere sui cappelli di paglia, nei mesi dʼestate.Parigi lʼaveva buttata in alto come il vertice luminoso dʼuna fontana, ed ora che la sua lievità non poteva più essere trasparente, con unʼestrema vertigine del suo chiarore Parigi la ricoricava.Nella Danza del Sole, sul tappeto rosso come il Guébli, voleva calpestare con magnificenza il suo cuore morto. Davanti alla Città che lʼaveva stupendamente innalzata, voleva passare, splendere, come rifulge dopo la tempesta il miracolo dellʼarcobaleno. Gridare a quei milioni di uomini respiranti nella felice aria della vita: «Io che danzo ancora su questa musica del mio delirio, seminuda perchè mandai profumo, io sono Mimi Bluette!...» Gridare con la musica estrema dei suoi movimenti allucinati: «Città Raggiante!... Città Vertiginosa come il Guébli... Città barbara, dove il sole non tramonta mai!... guardami ancora una volta! Questo è il profumo di carne che a te mandarono i miei fiordalisi. Passai nella tua primavera come la musica dʼun raggio di sole; fui, con tutto il mio corpo, la bellezza che ti è necessaria, o Parigi etera dei secoli!... Sono venuta per le tue strade folli un giorno della mia giovinezza, e nessuno mi guardava. Ero giovine come la primavera, e nessuno mi guardava. Io non sapevo nemmeno che lʼarcobaleno avesse un colore il quale si chiama la Gloria,—e tu me lʼhai data. Mi hai detto: «Va nel mio giardino, piccolafiamma, e scégliti un fiore.» Ho scelto i fiori del sole nei campi, questi azzurri fiordalisi, di cui mi feci una ghirlanda perchè andavano bene con me. Io non avevo altro che i miei capelli biondi e le mia caviglie leggere; tu mi hai sollevata come una piuma nelle tue bufere di sole... Guarda! Ora danzerò per sempre la danza del mio cuore morto, calpesterò, sovra un tappeto rosso come il Guébli, su la morta erba del mio giardino, i fiordalisi di Mimi Bluette...»—Suis–je ou ne suis–je pas en présence de la divine Bluette?—disse per celia lʼottimo Sanderini. Era, come sempre, agghindato nella stralucida marsina e dondolava con una specie di sonno la sua vecchia testa dʼavvoltoio domestico.—Eh bien, mon vieux Sanderini! Ça va toujours cette gonzesse que nos littérateurs appellent lʼexistence? Oui? ça va toujours? Tant mieux! Voilà des siècles que je ne revoyais pas votre bonne tête! Comme ça fait plaisir tout de même de se dire bonjour entre copains!—Et moi je vous dis, madame Bluette, que nous étions tous bien tristes chaque fois que nous entendions prononcer votre nom. On se regardait dans les yeux,la Grande et moi, sans rien dire; puis la Grande mʼenvovait une injure, car cʼest sa façon à elle dʼavoir du chagrin. Pensez donc si jʼai bondi, hier soir, quand M. Jack est venu me dire que vous étiez là, et que «Mimi Bliouette était nécessaire interview de vous, mister Sanderini...»—Ah, ce brave garçon! Il nʼest pas ce quʼon appelle un polyglotte, et pourtant je lʼaime bien, mon vieux Sanderini; je lʼaime comme un frère.—Hier soir il était rayonnant. Il a fait le tour des tables, et il prenait tout le monde par les poignets: «Savez—vous? Mimi Bliouette va danser! Mimi Bliouette in the Sun Dance! Yes: dans la Dance du Soleil!...» Oh, quʼil en était aux anges, le pauvre petit!—Et bien, oui, nous allons voir une fois de plus si ça colle, mon vieux Sanderini!—En douteriez–vous par hasard?—Non, je nʼen doute guère... Seulement jʼai été bien éprouvée depuis quelques mois, et, si les pieds restent agiles, des fois le cœur ne lʼest plus.—Voyons! Quelle blague!—A la fin je me suis dit: «Sacrée Bluette, si cʼest vrai que tu es née danseuse, il faut bien que tu recommences!»—Voilà qui est bien pensé, madame Bluette. Cʼest ce que je dis toujours, moi, quand je vois des figures mornes: «Faut pas sʼen faire!... Faut pas sʼen faire!...» A la fin des fins, madame Bluette, qui est–ce qui vous en dira merci?—En effet, Sanderini...—Et alors, à quoi bon? Faut pas sʼen faire! Le sacest déjà très lourd à porter, sans quʼon y ajoute soi–même des pierres. Et puis, un beau jour, quand vous aurez le cœur libre et que vous ferez, comme une benne ménagère, la révision de votre compte de semaine, en voyant tout ce quʼil y a eu de cassé, de fripé, de perdu, sans le moindre bénéfice, vous nʼaurez quʼune chose à vous dire, ma pauvre Bluette: «Dieu, que jʼétais aveugle! que jʼétais aveugle!» Vous mʼexcusez, nʼest–ce pas, si je vous parle avec tant de franchise?—Je vous écoute sans protester, cher Sanderini. Vous êtes un homme dʼexpérience, et rien ne mʼempêche de croire que vous avez positivement raison...—Mais, en tout cas, je ne suis point venu pour vous faire de la morale. Un Sanderini moraliste, un Sanderini cautériseur dʼâmes, voilà un métier pour lequel je ne me connais point dʼaptitudes! Jʼen fais bien dʼautres, si vous voulez, et je mʼen tire dʼune façon décente, quoiquʼon me tienne pour un larron des plus fieffés... Mais pour vous, madame Bluette, pour vous je nʼai que de bons sentiments, et moi, qui suis pourtant un égoïste, je saurais tout de même sacrifier mon bien–être personnel pour le plaisir de vous rendre service.—Mon Dieu, oui, Sanderini, il y a de braves gens! Il y a de braves gens, surtout parmi ceux qui nʼont pas à chaque instant leur âme au bout des lèvres et vous la collent sur vos blessures comme du taffetas...—A la bonne heure, ma toute belle! Vous commencez à apprendre la vie.—Peut–être, mon vieux Sanderini... Ce quʼil y a de sûr cʼest que je me sens moi–même...—oh, la phrase vous paraîtra bien drôle!—je me sens moi–mêmeen rupture avec la société... Ces gens comme il faut, croyez–vous? ils mʼhorripilent!—Et moi!... Fichtre! si seulement on me laissait faire!... Dans tout homme résigné il y a toujours le sans–culotte qui roupille. Un jour vient où il sʼéveille et veut ameuter les carrefours pour pendre les aristos à la lanterne.—Cʼest possible. En tout cas le mien aurait plutôt envie de se pendre lui même...—Et cʼest triste. Il ne faut jamais envoyer son cœur à la guillotine. Vous avez le tort, ma toute belle, dʼavoir lu des poëtes. Moi, les poëtes, je les laisse aux rafalés!—Les rafalés, vous dites? Ah, le beau terme! Et comme il me va, Sanderini! Car je ne suis désormais quʼune pauvre femme rafalée... Oui, je ne mʼen cache guère: jʼ ai eu du chagrin, je suis éreintée, jʼai besoin, vraiment besoin, de trouver autour de moi un appui quelconque... Eh bien, ma foi, ce nʼest pas aux gros bonnets, aux philanthropes, aux gens de bonne conduite, quʼil me prendrait jamais la faiblesse dʼavouer ma peine! Pour ceux–là je vais danser ma Danse Rouge; devant ceux–là je vais paraître implacablement heureuse, ayant toujours aux lèvres mon sourire dʼautrefois... Mais cʼest ici, dans les coulisses, où les feux de la rampe ne mʼembrasent pas dʼune lueur artificielle, cʼest ici, où Mimi Bluette redevient la pauvre fille de jadis, que je puis vous dire, Sanderini, combien mon âme est triste, et combien je me sens vide, morne, solitaire, hantée par la frayeur de mes nuits blanches...—Mais non! mais non! Il faut chasser tout cela!Il faut venir souper chez la Grande Rouquine, lever son verre plus haut que le front, et puis rire, rire!... ne rentrer quʼà lʼaube, légèrement grise, lʼâme gonflée comme une voile dans la vapeur du Champagne... Que diable! Est–ce possible que ce Paris, où lʼon soigne des rois neurasthéniques, ne parvienne pas à vous guérir, vous, qui êtes une créature de joie?—Jʼai été amoureuse comme une folle, mon pauvre. Sanderini...—Quoi donc? Il y en a bien dʼautres qui ont été amoureuses comme des folles! Presque toutes lʼont été. Cʼest–à–dire quʼelles ont cru lʼêtre, ce qui revient au même. Et avec ça? Faut pas croire que ce soit la fin du monde. Petit à petit, jour par jour, comme cʼest venu, ça passe. Eh, oui! Ne hochez pas la tête... Il en est de cela comme des robes à paniers... ça passe!—Jʼai été amoureuse comme une folle... je le suis, je le serai, comme une folle...—Bien sûr, bien sûr! Vous conjuguez à merveille... Mais cʼest toujours de la conjugaison, ma divine!... Pas autre chose que de la grammaire du sentiment. Allez plus loin: vous tomberez dans le crépuscule de lʼimparfait, vous vous éloignerez dans lʼombre du prétérit indéfini... Croyez–moi: la conjugaison des verbes nʼa dʼautre raison dʼêtre que lʼinconstance du cœur humain. Sans cela vous pourriez toujours dire: a «Jʼaime»—et ce serait vrai pour toute la vie.—Sanderini, savez–vous quʼil est mort à la Légion Etrangère?—Oui, je le sais.—Comment le savez–vous?—Quʼimporte, puisque je le sais?—Mais... les détails?—Oui, les détails aussi. Nous savons quʼil est mort en brave, criblé de blessures, sur le drapeau ennemi. Dʼailleurs, il nʼy avait quʼà voir sa tête pour être sûr quʼil marcherait tout droit. Moi, voyez vous, jʼai toujours dit au nez des moqueurs: «Oui, elle lʼaime, cʼest bien dommage... Pourtant je suis sûr que ce type–là nʼest pas un gangréné comme vous.» Et la Grande qui se rebiffait: «Mouche–toi, vieille chandelle! Tʼa–t–il fait cadeau dʼune épingle de cravate, que tu en parles comme de ton cousin?» Bref, laissons tout ça, ma divine. Quand on a eu un malheur... eh bien, cʼest dur, je le sais... Mais, tout de même, on lʼaccepte, on le plie en quatre comme un joli mouchoir de soie, on lʼenferme dans la petite boîte secrète que chacun porte en son cœur, et puis on lui dit, à cette gueuse, oui, exactement ce que vous avez dit: «Chienne de vie, drôlesse à quatrʼpattes, cʼest très dur, cʼest très très lourd, mais il faut bien que je recommence!...» Pas vrai?—Sanderini, je vous ai fait venir parce que je sais que vous êtes un homme à rendre de menus services...—Cʼest mon devoir.—Et parce que je sais que vous êtes un homme adroit, subtil, point bavard, point farouche...—On le dit.—Que vous savez devenir indispensable aux moments graves... indispensable et discret...—Disons: comme une faiseuse dʼanges.—Ou bien... comme un marchand de paradis!—Ah, tiens, jʼy suis! Jʼy suis, ma divine. Cʼest delʼoubli chimique, de lʼivresse au milligramme quʼil vous faut...—Oui, mon ami: de la morphine...—Aïe!—Car, je vous lʼavoue franchement, Sanderini; tous les soirs jʼai envie de me tuer.—Hum!—Cʼest donc pour mʼaider à revivre.—Jʼentends.—Cʼest pour que je puisse rentrer vers lʼaube, lʼâme gonflée comme une voile... Ne mʼen donnerez–vous pas?—Jʼhésite.—Pourquoi donc? Vous en donnez bien à...—Chut! Ne disons pas à qui jʼen donne. Le cas est très différent.—Sanderini, soyez gentil...—Très différent, vous dis–je.—En quoi?—Vous allez rire. Ces femmes, voyez vous, ça mʼest à peu près égal quʼelles sʼadonnent aux stupéfiants, aux aphrodisiaques délétères, quʼelle prennent de la coco, de la morphine, ou quʼelles sʼéthérisent à leur gré... Moi, ça me rapporte; et quʼelles soient plus ou moins vannées, plus ou moins détraquées, pour Notre Dame de Pantruche il nʼy aura rien de perdu! Mais, lorsquʼil sʼagit de Mimi Bluette, voyons, ce nʼest plus la même chose!...—Préférez–vous, Sanderini, que jʼaille mʼacheter mon coin de terre dans un petit cimetière de banlieue? Je le ferai sans doute, ce soir peut–être, ou le premierjour que jʼaurai la force de vaincre ce petit frisson... Car là–bas, dans le Gharb, cʼest plus facile quʼici. Je sais bien pourquoi ils se font tuer... Lʼair est tellement rouge! Mais ici, quand on est sur le point de faire ce petit geste, cʼest une sensation de froid qui vous arrête... Et puis on a toujours envie de ne pas sʼenlaidir... Voyons, Sanderini, vous reviendrez ce soir, demain peut–être; vous mʼapporterez ma vie dans un petit flacon très limpide...—Fichtre! Mais cʼest que ça fait terriblement mal ces saloperies–là!—Quʼimporte? Ça ne fera jamais si mal que dʼêtre morte... Et puis, si vous refusez, mon brave Sanderini, qui est–ce qui mʼempêchera dʼen prendre ailleurs?—Tant pis! Je nʼaurai pas à me dire que cʼest «ma drogue».—Mais elle me guérira, et vous nʼaurez pas non plus ma reconnaissance.—Vous guérirez du noir, sans doute, mais non pas de la morphine.—Croyez–vous?—Hélas, ma divine, cʼest pire que lʼalcool, pire que le jeu, que lʼamour, que le crime... Rien ne vous sauvera dʼelle, quand vous en aurez pris le vice.—Cʼest peut–être bien ce quʼil me faut, Sanderini!...—Horrible!—Et puis, vous ne savez pas quʼune petite femme comme moi peut avoir une volonté surprenante. Jʼen guérirai, quand elle ne me sera plus nécessaire. Ma parole dʼhonneur, Sanderini: jʼen guérirai.—On le dit, Madame Bluette, on le dit...—Je vous en donnerai deux fois, trois fois le prix habituel...—Taisez–vous, de grâce! Je sais vendre, oui, mais pas à vous.—Sanderini, votre main... Promettez!—Mais pourquoi donc, ma Bluette? Voyez: je vous dis «ma Bluette», comme si vous étiez ma fille...—Ça mʼest égal. Je vais écrire un mot à Frédéric de la Rue Blanche... Jʼen aurai ce soir même. Elle sera peut–être mauvaise, et, en plus, on me débinera.—Pour sûr.—Donc, Sanderini? Vous seriez le premier homme qui ait refusé quelque chose à Mimi Bluette... A Mimi Bluette!... Voyons, Sanderini! Vous ne dites plus rien?... Vous vous taisez?... Parfait! Alors cʼest entendu. Pour ce soir, ou pour demain... et silence![Illustrazione: DECORAZIONE]Una mattina Parigi si destò, azzurra e traboccante di fiordalisi, come un raccolto nei mesi dʼestate, quando il grano ha da essere mietuto.«Mimi Bluette—La Danse du Soleil!...» Sui muri della immensa Capitale brillava come una bionda frivolità il suo limpido sorriso. Dappertutto ella camminava, coʼ piedi nudi, sul rosso tappeto che inazzurrava la giuncatura deʼ suoi fiordalisi. Dietro la suacarne trasparente, dietro i suoi capelli disciolti, si alzava, come la vampa del Gharb, un vortice di fiamme. La Città Stupenda per lʼultima volta sʼimpadroniva della sua bellezza; lʼanima dionisiaca di Parigi per lʼultima volta splendeva nel miracolo della sua danzatrice. Lungo le strade, per ogni quadrivio, nei sobborghi, lungo i moli della Senna, tra un colore di fiamma e di giardino riappariva Mimi Bluette.I milioni dʼuomini racchiusi nellʼanfiteatro dellʼimmensa Capitale guardavano con un senso dʼamicizia e di piacere il sorriso della divina Bluette.Non tutti sarebbero andati a vederla, ma tutti ricevevan da quel nome un senso di leggera e trasparente poesia. Era per tutti una cosa loro, un nome che aveva danzato le più belle danze di Parigi, una musica lieve in quellʼenorme tumulto,—anzi un piccolo fiore da mettere sui cappelli di paglia, nei mesi dʼestate.—«Mimi Bluette—La Danse du Soleil...»Cʼera stato un ballo, propagatosi ai quattro angoli della terra, che si chiamava My Blu; cʼera stata una maniera dʼesser belle che si chiamava la maniera di Mimi Bluette; cʼera stato un fiore dellʼanno, coltivato nelle vetrine fosforescenti e venduto a mazzi dalle fioraie de la Madeleine, che si chiamava «bleuet»; cʼera stata la pelliccia, la stoffa, la piuma, il quadro, il libro, lo scandalo, che si chiamavano Mimi Bluette: ossia la musica e la bellezza di questa danzatrice non erano state altro che una bellezza ed una musica della trionfale Parigi.Le sue candide braccia nude si erano strette come un profumato capestro intorno al collo cattolicissimo di un giovine Re; avevano distratta con pazienza la noia siberianadi un folle Granduca; si erano infine avviluppate con delirio allʼombra di un tragico avventuriero... Parigi non ha mai domandato altro alle creature di sogno e di leggenda che lʼanima di questa Città dionisiaca inghirlanda su gli altari della sua folle paganità, per la gioia di vederle splendere.«Mimi Bluette—La Danse du Soleil...»Ora tornava dal Gharb vertiginoso, dai bivacchi dellʼergastolo camminante; portava sul nudo suo corpo lʼombra dʼuna gloriosa bandiera.—Cher Monsieur Bollot, ne bougez pas de votre fauteuil! Je viens pour une futilité... Vous allez rire.—Oh, ma fille! Est–ce vous? Tiens! Je mʼétais assoupi depuis cinq minutes, je suppose. Hélas!... avec lʼâge on devient roupilleur. Mais, où sont–elles mes lunettes à présent?—Les voilà vos lunettes. Elles ont glissé dans votre gilet. Lʼampleur de votre cravate les a sauvées dʼune chute.—Ah, cette fripouille de clerc!—Eh, là bas!... Justin! Mauvaise graine! Est–ce que je ne tʼai pas donné lʼordre de frapper dans tes mains quand tu vois que je mʼendors?—Ah, ma chère fille!... comme cʼest désespérant dʼavoir affaire aux poëtes!... Car vous devez savoir que mons clerc Justin se croit un émule de MrAlfred de Musset!... Je nʼai quʼà fermer lʼœil, et levoilà quʼil profite de mon somme pour composer des sonnets dʼamour, quʼil envoie à des drôlesses!—Je ne crois pas quʼil ait tort, ce jeune monsieur. Car moi aussi jʼaimerais mieux être poëte que dʼavoir à recopier vos actes, rébarbatifs et grincheux comme les roquets des vieilles rentières!—Très bien, très bien! Venez me débaucher mon clerc à present! Déjà il spécule sur mon encre, sur mes plumes, sur mon buvard et sur la cire à cacheter; deux fois par mois, régulièrement, il souffre dʼune envie de ne rien faire quʼil appelle cholérine; il fleurit sa boutonnière et fume dans mon corridor. Jʼavais une bonne de 36 ans: il a fallu que jʼen prenne une de 59... A présent il ne manque plus que vous, Madame Bluette, pour approuver sa fainéantise! Mais venons à nos affaires. Y a–t–il du nouveau depuis la semaine dernière? Avez–vous per hasard lʼintention de me réclamer quelques centaines de mille pour faire un plus long voyage?—Ne vous alarmez pas si vite, père Bollot! Jʼai fini mon tourisme. Et dʼailleurs vous savez quʼà présent je danse!...—Oui, je vous ai vue partout en image. On ne rencontre que Mimi Bluette en se promenant dans Paris. Ça mʼa fait grand plaisir! Vous allez donc mʼapporter la forte somme. Jʼen ai grand besoin pour boucher les trous dʼAfrique.—Oui, père Bollot; le contrat est des plus avantageux. Pourvu que je puisse danser jusquʼà la fin...—Cʼest–à–dire?—Mais, rien du tout, père Bollot! Je veux dire toutsimplement: Pourvu que ma santé reste bonne... pourvu que le soleil de là–bas ne mʼait pas affaiblie... Car, vous savez, il brûle!...—Très bien, très bien, ma fille! Donc, voyons: vous aviez quelque chose à me dire...—Renvoyez votre clerc, père Bollot. Ce nʼest rien de grave, mais jʼaime autant être seule avec vous.—Eh, là–bas, dis donc, Justin!...—Le voyez–vous ce polisson? Il fait la sourde oreille.—Prends ton travail, Justin, et va–tʼen dans ma chambre à coucher. Mais gare à toi si tu me fais une tache dʼencre sur mon tapis!—Non, père Bollot. Pour ce soir nous allons le congédier. Pas vrai, monsieur Justin, quʼil vous faudrait une bonne heure de promenade pour confier aux Tuileries les rimes de vos sonnets?—Pour sûr que oui, Madame!—Mais comment? Le congédier à lʼheure quʼil est? Quatre heures à peine... Jamais de la vie!—Je vous en prie, père Bollot. Quand on a un clerc qui est poëte... Faites–le pour moi; quʼil sʼen aille.—Oui, quʼil sʼen aille au diable, sʼil le peut! Le voilà en vacances un jour de semaine! Toujours quelquʼun qui le protège, ce Zéphyr du papier timbré! Dis donc merci à Madame, et décampe.—Merci, Madame.—Bon. Et ne vadrouille pas ce soir. Demain matin, à huit heures précises! Si tu es en retard, je te mets à lʼamende.—Bien, Monsieur. Bonsoir, Monsieur.—Bonsoir.—Heureusement que vous nʼêtes pas venue à deux heures, ma fille!—Quʼimporte? Lui il sera heureux, au moins...—Vous ne lʼêtes donc pas, vous?—Je vais lʼêtre, père Bollot! Je le deviens chaque jour un peu plus... Vous savez, ce nʼest pas si simple de guérir!—Entendu. Mais cʼest toujours la raison qui doit lʼemporter. Les âmes claires et honnêtes comme la votre ont toujours la force de vaincre un cauchemar.—Oui, père. Laissons ce sujet; il mʼattriste. Je peux faire maintenant des choses que je croyais impossibles: danser, par exemple. Mais je suis encore trop faible pour parler de ma douleur. Tout cela passera, tout cela sʼévanouira... jʼen suis sûre.—Bien dit, ma fille. Cʼest ainsi que parlent les âmes fortes. Venons au fait; je vous écoute.—Mais... vous allez rire... Mon Dieu comme vous allez rire, père Bollot!—Pourvu quʼil nʼy ait pas dʼargent à débourser, ni à déplacer, ni à jeter par la fenêtre, je vais rire sans doute. Car vos idées, ma fille, ne sont jamais que de lʼespèce orageuse ou de lʼespèce comique.—Eh bien, pour comique, elle est comique, celle–là!...—Voyons: je hume ma prise et je vais rire en éternuant. Cʼest le meilleur des rires.—Mais il faut dʼabord que je vous raconte quelque chose... Oui, lʼAfrique mʼa donné des idées un peu rouges... pour ne pas dire noires... Elle mʼa fait songer à des choses, qui, auparavant, étaient loin de mon âme comme les rafales du Gharb. LʼAfrique est un pays... Nʼêtes–vous jamais allé en Afrique, père Bollot?—Heureusement non, ma fille.—Bien; lʼAfrique est un pays qui laisse une couleur de rouille aux bords de lʼâme, un frisson de vieillesse dans la chaleur du sang. Après être revenue de là–bas je me dis souvent, par exemple, quʼune femme jeune et forte peut très bien devenir malade...—Chaque Parisienne peut se dire la même chose.—Oui, sans doute. Mais je me dis souvent quʼune femme jeune et forte peut très bien, dʼun jour à lʼautre, devenir tellement malade... attraper, que sais–je? une maladie infectieuse, avoir un accident dʼauto... en somme quʼelle peut très bien mourir...—Oh, alors... ma fille!... Vous avez dit que vous alliez me faire rire...—Oui, attendez. Ce nʼest quʼun préambule. Vous rirez tout à lʼheure. Donc, après ces réflexions plutôt lugubres, jʼai trouvé naturel de me faire une verte réprimande: «Toi, Bluette, tu es dʼune imprévoyance extrême! Tu possèdes une belle fortune, une très belle fortune, et jamais tu nʼas songé à établir ce que tu voudrais quʼon en fasse, si, par un hasard quelconque...» Bref: je suis venue, père Bollot, pour vous dicter mon testament.—Mais que diable me chantez–vous là, ma fille! Votre testament? A votre âge? Par le beau temps quʼil fait? Dois–je en entendre des bêtises?—Si, si, père Bollot! Riez–en tant quʼil vous plaira, mais cʼest une idée que je ramène dʼAfrique, et je suis très fidèle, vous le savez bien, aux idées qui me viennent de là–bas.—Je ne dis rien, ma fille. Si vous tenez absolument à faire votre testament, je croirai quʼune mauvaise chevous a piquée, et nous allons nous y mettre un de ce jours. Rien ne presse.—Au contraire...—Mais comment?—Oui, vous avez raison: rien ne presse. Rien ne presse, en effet... Mais je veux tout de même que ce soit fait au plus vite.—Ah, ma chérie, cʼest un genre de gaîté à laquelle je ne mʼattendais pas du tout. Tiens! Vous me faites penser au mien... qui est beaucoup plus nécessaire, quoique très simple.—Le mien aussi est très simple. Je lʼai écrit au courant de la plume, sur du papier à lettres, hier soir, puisque je ne pouvais pas mʼendormir...—Mais, voyons, ma fille!... Je deviens de plus en plus inquiet su lʼétat de votre raison.—Du tout, père Bollot. Ce nʼest que du gribouillage. Vous allez me dire comment il faut sʼy prendre pour en faire un véritable testament. Vous êtes bien homme dʼaffaires, après tout! Nʼest–ce pas dans vos mains quʼon dépose cette littérature–là?—Moi, je refuse:—Par simple méchanceté alors? Mais je suis très têtue; plus têtue quʼune bourrique, père Bollot! Voilà des jours et des semaines que cette idée me hante. Ce sera pour moi une mascotte que ce testament. Jʼen aurai le cœur libéré, comme après un vœu accompli, et je ne penserai plus quʼà vivre.—Cʼest une affaire, nom dʼune pipe, dans laquelle je ne vois pas du tout clair!—Mais il nʼy a, là dedans, père Bollot, ni du clairni du sombre. Cʼest un testament; une feuille de papier à lettres... Vous ne me forcerez pas tout de même à aller chez quelquʼun dʼautre! Et puis, voyez comme cʼest simple, clair, net...«Moi, Mimi Bluette,—de mon nom Cecilia Malespano—je lègue toute ma fortune, composée de...»— vous allez mettre de quoi, avec exactitude, parce que je ne le sais pas en détail—«... je lègue toute ma fortune aux soldats de la Légion Etrangère, pour que leur vie soit moins dure, et pour quʼil y ait quelquʼun qui pleure lorsque le désert les tue, Monsieur le Ministre de la Guerre aura la complaisance dʼétudier comment et de quelle façon mon désir peut être le mieux accompli.«Si jʼallais mourir avant vous, quoique plus jeune, vous seriez, père Bollot, mon exécuteur testamentaire, et vous aurez jusquʼà la fin de vos jours la gestion rémunérée de ma fortune. Dès à présent jʼaccorde ma pleine confiance à celui que vous désignerez comme votre successeur.«Tant que ma mère sera vivante, «lʼŒuvre pour la Légion Etrangère» devra lui servir un tiers de mes rentes, plus une somme de deux cent mille francs, mobilier, tapis, lingerie et tout ce qui se trouve dans mon immeuble des Champs Elysées.«Je fais cadeau à Linette Messanges, ma fidèle femme de chambre et amie, dʼune somme de cinquante mille francs, pour quʼelle épouse un homme honorable. Je lui permets de choisir parmi mes robes celles qui ne sont pas trop riches pour elle; je veux quʼelle reçoiveaussi un de mes réticules en platine, et je lui souhaite dʼêtre toujours douce et gentille comme elle lʼa été jusquʼici.«Vous donnerez à mon danseur, Jack Morrison, le plus beau brillant de mes bagues, mon grand portrait par La Gandara et une longue mèche de mes cheveux. Quʼil me pardonne, ce brave Jack, sʼil mʼa été impossible de faire son bonheur.«De mon vivant jʼai été danseuse; mon nom était Mimi Bluette; jʼaimais les belles robes, les danses et les fleurs; jʼai vu le soleil de la tourmente africaine, et cʼest là–bas que mon cœur a péri.«Nʼimporte quand, nʼimporte où que je meure, vous me ferez dormir au seuil de cette Ville que jʼaime, et je veux quʼon mʼenterre en danseuse, au joli cimetière de Boulogne, dans un petit jardin.«Depuis lʼEglise jusquʼau cimetière, un tzigane,—peut–être Limka—suivra mon cercueil en jouant le My Blu.«Au printemps les bluets vont fleurir la douce terre qui me couvre...«Il nʼy aura de grave sur ma pierre quʼun simple nom: celui dont je signe, toute heureuse...Mimi Bluette»E danzò.Bella come non era mai stata, piena di sogno come non era mai stata, viva e nuda su la scena divampante, con lʼanima sua dʼinnamorata la ballerina indimenticabile danzò.Dal teatro curvo, gremito, con i suoi più belli e più profondi occhi Parigi la guardava.Ella sentiva battere, nella musica della sua danza, il cuore della Stupenda Città.Sentiva battere contro sè questa forza, come il palpito di una immensa vela. Ma con lʼanima era lontana, camminava nel magnetico deserto, su la via del perduto Gharb.Il tappeto rosso copriva tutta la scena, cosparso dʼinestimabili gioielli e di semplici fiordalisi. Un grande falò, anzi un immenso rogo di vera fiamma, sbucava dal mezzo della scena, incendiava il teatro come una vampa maravigliosa. Tutto era fuoco e fiori; fuoco, brillanti e fiori.Si vedeva il deserto rutilare, splendere la via senza ombra dellʼinfinito Gharb...Tutto il teatro barcollava in quella tragedia di luce; lʼorchestra invisibile, su gli archi e sui címbali delle musiche mauritane, suonava la Danza del Sole.Era venuta la sera di gloria, la rossa ora di gloria per Mimi Bluette!...Quella danza era sua, quella musica era sua; lʼaveva dettata, muovendosi, al musicista che la compose. Il suo corpo era il deserto, era la fiamma, era il disperato balenìo della terra nomade, lungo le carovaniere. Il suocorpo aveva in sè, come uno splendore divenuto movimento, la musica del Sole.Forse per una magìa di specchi, dovuta ai coreografi di quella scena, ella passava con i suoi veli, coʼ suoi capelli disciolti, frammezzo alle fiamme; ballava di là dal rogo; si vedevano le sue nude braccia salire, contorcersi, fra le spirali della vampa; vi cadeva nel mezzo tramortita; lʼorchestra la faceva risorgere; ella buttava i suoi gioielli sul rogo, sʼinnamorava del bellissimo fuoco; nuda e posseduta ne usciva.Era il sogno della sua lunga strada per lʼarsa terra che non beve mai, laggiù, dove il deserto assale coʼ suoi nomadi arcobaleni lʼantipodo scintillante.Come in quei giorni disperati, ora e per sempre, nella sua danza intorno al falò, sul teatro della Città Babelica, ora e per sempre, la ballerina di Parigi portava il Sole. In sè, nella propria materia, nei propri atomi viventi, la ballerina di Parigi portava il Sole.Invece di parlar con la sua voce, danzando raccontava il suo amore.Lʼorchestra, sui címbali mauritani, suonava la Danza del Sole.«Che lunga, lunga strada... che infinita malinconia...«Divenuta simile al suo carovaniere, aveva ella pure il deserto nellʼanima ed era nata per la via del sud.«Bon chemin, bon chemin, lalla...»«A poco a poco la terra diveniva uno sconfinato braciere; ogni traccia dʼabitazione, ogni vestigio dʼalbero spariva. E le ore passavano, i giorni passavano, solo interrotti a lunghissime distanze dalla breve oasi di un magro palmeto.«Le donne del Guébli, scure, con occhi a mandorla, già crespe di vello sudanese, logore di selvaggia maternità, venivano a guardare in silenzio la bella Cristiana. Le ragazze di nove anni avevano i seni maturi e protuberanti come nespole. Nel rumore dellʼacqua sorgente cantava la musica primordiale della vita.«Si vedevan nellʼestrema lontananza, in un chiarore obliquo di cataclisma, le dune perdute andarsene alla deriva.«I leggeri cavalli berberi, assetati e miserabili, ormai galoppavano senza velocità. La carovana sprofondava e risaliva per le ondate ferme del terreno, con un barcollare sfinito, come se le ginocchia degli animali non reggessero più. I muli erano piagati sotto la greve soma; chiazze nere di migliaia dʼinsetti li coprivano come croste brulicanti. Più magri, più alti, più lugubri, solamente i cammelli andavano sempre, con un passo di bestie perpetue, che possano morire camminando.«E finalmente, un mattino, su lʼestrema via del sud, il capitano di lunga strada vide nascere un confuso tenue disegno azzurro, come un fiocco di nebbia che rasentasse la terra, come una rupe dʼaria nello sconfinato sole. Guardò, guardò prima di parlare; poi disse alla donna che mai non abbandonava...«Disse alla donna:—Per niente.«Per niente.«Le strade vanno; sono il principio dʼuna distanza; il colore dellʼanima che si allontana; portano in sè molta polvere, molto sole; hanno tutte una meta, e non arrivano mai.«Per niente.«Un piccolo cuore di ballerina, mandando un sorriso dietro lʼorlo del bicchiere di Sciampagna, una sera di neve, nella Parigi Babelica, sʼera data in braccio al pallido forestiero, come la vergine ubbriaca tremando si genuflette al primo tentatore.«Adesso portava nellʼanima lʼamore di Maria Maddalena.«Camminò.Giunse dove guerreggiano e cadono, sotto le armi della Grande Repubblica, i soldati senza patria, «la gloriosa canaglia» della Legione Disperata.«Questa era la gente che non avrebbe mai sepoltura.«Là indietro, su le frontiere dellʼesilio, avevano lasciato agli uomini saggi, agli uomini calmi, anche il cimitero.«La sera talvolta si udivano cantare...«Cantare allʼombra dei palmizi biondi, verso lʼora in cui sʼaccendono i fuochi tremuli dei bivacchi, laggiù, per la terra folle, dove, negli uragani di sole, con lʼiracondo nomade vento il sepolcro cammina...»Questa era la danza del Sole.Come danzò quella notte, povera piccola bionda Mimi Bluette!...Nessuna poesia della terra fu mai piena di leggerezza e di palpito come il suo corpo che mirabilmente si muoveva; nessun giardino del mese dʼAprile sʼavvolse mai di primavera, come di musica il suo dolore, nella Danza intorno al falò.Sino alle ginocchia la vestivano i suoi capelli stupefacenti,ed era così perfetta nella sua nudità, che ogni movimento mandava splendore. Come le donne arabe aveva il palmo delle mani, le unghie, le narici ed i vertici dei seni dipinti con la tintura di hénné. Un segno azzurro, simile ad una profonda incisione, divideva i due lunghi e brillanti archi dei sopraccigli; quel tatuaggio azzurro si ripeteva sotto lʼorlo del labbro inferiore. I piedi, venati e quasi trasparenti come gioielli di smalto, con le falangi ed i calcagni miniati allʼhénné, pareva che avessero camminato sovra un grande mantello di porpora umida.Veniva dalla sua bellezza, cristiana e barbara, una sacra inverecondia, una evocazione religiosa dellʼamplesso primitivo. Il suo profilo si tagliava nella fiamma, limpido, con una specie di crudeltà; per tutta la sua luminosa criniera si annodavano, come oscure trecce, i riverberi del fuoco.Era sempre lei, Mimi Bluette, la ballerina di Parigi; lei, con i suoi occhi di Maddalena, con la sua bocca di donna perduta; era sempre il gioiello da principi, lʼetèra per un vizio da re...—ma ora danzava con lʼanima, con lʼanima sua di Transalpina.Sʼera innamorata come una donna semplice, del paese ove si ama lʼamore; aveva conservato sino allʼultimo il suo piccolo mazzo di fiordalisi, come una ghirlanda naturale di buon odore selvatico e di azzurra semplicità.Parigi aveva sciorinato per lei quel grande mantello di porpora sul quale danzare a piedi nudi, con i capelli disciolti; Parigi aveva sollevato sino al vertice della gloria lo splendore della sua nudità; ma non aveva potuto soverchiarein lei, nè col fragore degli applausi nè col fuoco dei brillanti, la sua fedele anima di Transalpina.Ed allora il teatro sentì che passava davanti ai lumi della ribalta, non solamente una di quelle maravigliose creature che son necessarie a Parigi come il Duomo degli Invalidi o le cupole di Nostra Signora nellʼIle de la Cité; ma passava unʼanima creatrice di bellezze, che sapeva esprimere il sogno nelle forme del movimento, come, nel colore o nella musica, nella parola o nella pietra, lʼanima di un artefice rivelatore imprigiona la poesia.Sentì che un amore passava davanti al rogo della vertigine affricana; ed una specie di ebbrezza concorde sollevò, inginocchiò, lʼanima di quel teatro, che acclamava con tutto il suo fervore la splendida ballerina di Parigi, la creatura di musica e di sole, chʼera caduta su la fiamma spenta, con le braccia neʼ suoi fiordalisi... Mimi Bluette!Mimi Bluette... La Danza del Sole...Un nome; nientʼaltro che un nome; anzi un piccolo fiore da mettere sui capelli di paglia, nei mesi dʼestate.—Est–ce toi, Linette? Quʼy a–t–il encore?—Madame a sonné...—Mais pas du tout! Si tu entres toutes les demi–heures il y a peu de chances que je mʼendorme! Quelle heure est–il?—Onze heures dix, Madame, et il fait très clair.—Tant pis! Je nʼai pas fermé lʼœil. Cette maudite sonnette, elle mʼénerve! Fais dire au concierge que je nʼy suis pour personne. Pour personne! Mais, d ʼabord, ouvre les volets. Doucement, petit à petit, avec un peu de grâce...—Bien, Madame; je vais ouvrir. Mais couvrez–vous dʼabord, parce quʼil fait assez froid.—Je nʼai pas fermé lʼœil de la nuit; mes bras ont la fièvre.—Vous avez eu un trop grand triomphe, Madame. Le triomphe grise; il empêche de dormir.—Crois–tu, Linette?...—Je sais que vous étiez merveilleuse, hier au soir... que tout était merveilleux, hier au soir... Moi non plus je nʼai pas fermé lʼœil, Madame. A six heures jʼétais debout.—Pour quoi faire?—Pour voir les journaux, diable!—Ah, les journaux!... Sont–ils polis? Font–ils du tapage, Linette?—Du tapage?... Mon Dieu! Cʼest de lʼapothéose! Il y en a qui vous disent des choses pour lesquelles je voudrais les embrasser!—Tu es une altruiste, Linette. Moi, je mʼen passevolontiers. Pourvu quʼils ne viennent pas me faire des visites, avec leurs gants qui ressemblent à leurs articles! Nʼas–tu jamais remarqué les gants des journalistes? Il nʼy a quʼeux et les cabotins pour en avoir de pareils. Je voudrais bien savoir où diable ils les achètent. Dieu!... que je dois avoir une vilaine figure!—Du tout, Madame. Un peu de fatigue. Je vous masserai tout à lʼheure et ça passera.—Est–ce que jʼai faim?... Il me semble que oui et que non. Je lʼignore. En tout cas je vais prendre mon café au lait avec les brioches. Revoilà cette horreur de sonnette! Flûte! Arrache le timbre! détruis les piles! Et puis quʼil sonne, ce chameau dʼen bas, quʼil sonne!...—On vous envoie des fleurs, des billets, des lettres... Jʼen ai déjà un plateau qui déborde.—Nous lirons demain, ou après demain, cette littérature...—Il y a aussi des bouquets, des gerbes, des corbeilles en telle quantité, que nous aurions de quoi installer un petit Jardin dʼAcclimatation.—Ecoute–moi bien, Linette. Les fleurs, tu les mettras ici, dans ma chambre; tu les laisseras dans ma chambre, toutes.—Mais vous étoufferez, Madame!—Jʼétoufferai peut–être, mais tu feras comme je te dis.—Bien, Madame. Puis il y a des bonbonnières; des bonbonnières en laque, en étoffe, en carton peint. Il y en a même une en cristal, ornée de bronze. Voilà de braves gens, Madame, qui ont pour moi des attentions très appréciables!... Car vous me donnez toujours vosbonbonnières, presque pleines, et moi je les collectionne.—Tu les auras, Linette.—Merci, Madame. Puis le Régisseur est venu, le metteur en scène est venu, MM.rsGlimm, dʼHéricourt et Vilmière sont venus. Enfin il y a MrJack, qui est là depuis neuf heures du matin. Mais ce pauvre M.rJack, lui, Madame, il ne faudrait pas le renvoyer!—Tu dis?—Jʼose le dire. Car il saute de joie comme un moineau, ce bon M.rJack, et, en attendant votre réveil, il voulait à tout prix mʼapprendre une danse quʼon danse maintenant au Bal des Quatʼ Zigues, ou des Quatʼ Flics, quʼil a dit.—Quʼil vienne, donc, ce brave Jack, du moment que tu le protèges. Mais, pour nʼimporte quelle autre personne, Madame dort. As–tu compris, Linette? Matin et soir, pour tout le monde, Madame dort. Cʼest absolu, et je ne veux plus entendre le carillon de la sonnette!Non appena la cameriera fu leggermente uscita, per recare il suo passaporto al fedelissimo paziente Jack, la fisionomia di Mimi Bluette si spense; le sue braccia ricaddero su la coltre; gli occhi lentamente si volsero verso la finestra che inserenava.Tutto il cielo era pieno dʼun chiarore di mattinata invernale, morbida e quasi dorata; il sole orlava di ondeggianti vapori le compatte nuvole, senza riuscire a penetrarle.Mimi Bluette si distese con una pigra e dolorosa voluttà nel soave tepore del suo letto; poi, osservando il proprio gesto, si raccolse nel palmo dʼuna mano lʼaltrosuo braccio, che vedeva trasparir dalla camicia, dʼun tessuto fino come velo; si ravvolse il braccio, lo percorse fino allʼombra dellʼascella,—e questo faceva con lentezza, con paura, con dolore, quasi per ritrovare nel proprio corpo una smarrita memoria di sè.Forse pensava che, nel quadrato azzurro della finestra, vedrebbe il sole ridere per lʼultima volta...E forse il cuore intimamente giovine le doleva un poco, pensando alle chiare nuvole che attraversano il cielo di Parigi, nei mattini di primavera...Aveva danzato; era stanca. Stanca per sempre.Su la Città Stupenda il suo nome correva, come il fumo rosso del vortice di fiamme, che le sue braccia nude avevano spento.Era Mimi Bluette, la ballerina di Parigi, e non danzerebbe mai più...Mai più.Addio!... Così finivano tutte le belle ore della vita. La sua gloria, in quel giorno dʼinverno, era una porta che si chiudeva. La Città non porterebbe in alto che il suo nome lieve. Mimi Bluette.... un piccolo fiore del grano, falciato per sempre... Addio!...Jack si era seduto famigliarmente su la bella coltre, teneva uno deʼ suoi polsi, ed un poʼ curvo le parlava.—«Pourquoi être si sauvagesse, Bliouette? Ne voir personne? Pas très juste. Paris délire! On nʼa jamais vu de plus belle danse. Hier soir tout le monde mʼembrassait. Je répondais très calme:—Je ne suis pas Bliouette! Fichez–moi la paix!»—Tu mʼappelles une sauvagesse, mon brave Jack!...Cʼest vrai quʼon a voulu tʼembrasser à ma place, mais ce nʼest pas une raison pour que tu mʼaffubles dʼun adjectif si ridicule!—«Moi je parle pour quʼon me comprenne, et sauvagesse est très bien dit. Vous verrez quel théâtre demain soir! Il nʼy a plus moyen dʼavoir une place avant quinze jours.»—Est–ce vrai, Jack? Il faudra donc que je me repose, la nuit prochaine...—«All right! Bien dormir, boire des œufs et du vieux Shérry. Cʼest très tonique.»—Oui, Jack. Seulement tu dois me promettre de ne pas venir chez moi, sous aucun prétexte, ni ce soir ni demain...—«Comment? Est–ce que vous ne sortirez pas, Bliouette? On voulait vous offrir un grand souper, ce soir.»—Pas ce soir, Jack. Jʼai la fièvre. Sens: mes doigts brûlent.—«Yes, les nerfs.»—Donc, si tu veux que je danse, il faut me laisser tranquille. Tu viendras me chercher demain soir pour aller au théâtre... Cʼest entendu, Jack?—«Forcément, Bliouette.»—Allons! ne boude pas, Jack. Montre–moi ta figure: tu deviens extraordinairement beau! Tu as des yeux comme des saphirs dʼorient sur une bague.—«Oh! Oh! Mais, pour sûr, il y a des mômes...»—«Qui tʼaiment?—«Ou qui le disent.»—Et toi?—«Moi, je vous aime vous, Bliouette.»—Oh, il ne faut pas, il ne faut pas!... Mais tu le dis comme une vierge, mon pauvre Jack!...—«Oui, parce que mon amour est très propre. Je vous aime vous, Bliouette; je nʼai jamais aimé que vous, Bliouette.»—Mon frère...—«Ne dites pas frère. Cʼest très plus loin.»—«Très plus loin» nʼest pas correct. Mais je comprends. Tais–toi. Nʼen parlons plus. Ou bien il faut que je me couvre... Quoi? tu te lèves?—«Yes; je me promène. Vous avez la fièvre: moi aussi.»—Non, reste, Jack... Dis–moi: Si tu me voyais très laide, très laide... est–ce que tu mʼaimerais toujours?—«Quand on est si belle, vous ne pouvez pas être laide.»—Erreur! Erreur de syntaxe et de concept! Quand on est belle, il y a mille accidents qui peuvent tout de même vous enlaidir. Donc, je te demande...—«Il me semble que je vous aimerai toujours.»—Ah...—«Oui, toujours. Guérissez–vous, Bliouette! Vous pourriez être ma femme, je serais votre bon camarade, la vie serait encore belle...»—Non, Jack. Bluette est morte.—«Oh!... si une rose dit: «Je ne suis plus une rose», qui est–ce qui peut le croire?»—En moi, Jack, cʼest le parfum qui nʼest plus.—«Comme cʼest triste! Et alors, pourquoi danser?»—Parce quʼil fallait que je danse! Oui, mon camarade, il fallait encore une fois que je danse. Mais, voyons?... Quʼest–ce que tu fais avec tes yeux? Tu pleures...—Non, sûrement non!—Oui, sûrement oui! Et cʼest bête... Car Mimi Bluette sera toujours ta camarade; elle tʼaura aimé comme un frère, comme un vrai frère... Ecoute, Jack: donne–moi tes mains, donne–moi tes lèvres, si tu veux.... embrasse–moi, essuie tes larmes dans ma belle chevelure...—Vous étiez autrefois si différente!—Oui... autrefois mon cœur était celui dʼune danseuse... On mʼavait appris à être belle, et cʼest tout ce que je savais. Aujourdʼhui, quand je songe à cette Bluette loin, jʼai lʼimpression dʼune grandʼmère qui trouverait au fond dʼun tiroir son portrait de fiancée. Jʼai voulu danser la plus belle danse que cette Ville puisse voir pendant de longues années... Mais ce matin. Jack, si mes cheveux devenaient par hasard tout blancs, il me semble que je nʼen aurais aucune tristesse.—Vous avez lu, je crois, de mauvais livres. Ceux qui écrivent des romans, moi je les méprise.—En effet tu es dʼune adorable ignorance, mon brave Jack!—«Mais je sais, Bliouette, que vous nʼavez rien gagné à devenir une femme savante.»—Savante?... Eh bien, comme tu voudras, Jack. Mais souris du coin des lèvres! Tu as été mon danseur, mon camarade et mon frère: quand je serai loin...—si par hasard je devais mʼen aller très loin,—pensetoujours que Bluette, au fond, très au fond dʼelle–même, nʼétait quʼune égoïste...—On ne parle jamais clairement quand on ne veut pas dire ce quʼon pense. Nous exprimons toujours nos idées avec un langage bref, en Amérique.—Oui, en Amérique il y a moins de douleur... Ou aime, on pleure, là–bas comme partout, mais vous avez des, âmes plus fraîches, peut–être plus jeunes, et il y a chez vous moins de douleur. Vous restez presque toujours ce que vous étiez à votre naissance; nous autres, la vie nous change. Dans notre âme originaire il y a des étrangers. Moi, par exemple, jʼai été plusieurs femmes.—Et vous ne serez jamais la mienne, Bliouette?—Ecoute, Jack.... Essaye de comprendre ce que veut dire cette phrase: «Je nʼy suis plus.» Mon âme sʼen est allée je ne sais où; il ne reste en moi quʼun cercle béant; la place où était sa douleur. Je te parle, tu mʼécoutes; je suis Bluette, tu es Jack; hier soir jʼai dansé, demain... je danserai encore!... Mais, vois–tu, en mon cœur il y a du vide. Il y a un vide que tu ne sens pas, une sensation de la mort qui nous sépare, quelque chose de fini, dont lʼirréparable gravite autour de moi. Quand je regarde le soleil, je me souviens que cʼest lui qui a brûlé mon âme.—On appelle ça du spleen. Vous croyez me dire des choses très graves; en Amérique nous appelons ça du spleen. Et il y a des moyens pour le guérir.—Tu es un définisseur, Jack... cʼest terrible! Jʼappellerai ça du spleen, pour te faire plaisir. Oui, sans doute, il y a des médecins très subtils, ou très naïfs.qui prétendent connaître aussi la médecine de lʼâme. Quant a moi je ne veux pas les suivre, Jack. Ce sont des fumistes. Je suis allée là–bas, aux Régiments Etrangers, où le soleil est si rouge quʼil peut tuer à force de lumière... Il y en a des centaines, là–bas, que ce spleen hante. Ils se guérissent bien, des fois, même très souvent... lorsquʼils tombent...—Oh, mais ce nʼest pas la même chose!—Si, la même. Jack, la même. Et ne dis plus rien, mon frère... Il ne faut pas que tu touches à ces pauvres cœurs. Ils sont là–bas, ils marchent, le grand soleil les accable... Il ne faut rien dire, Jack; tu ne les a pas vus.—Ils y vont parce quʼils le veulent bien.—Oui, sans doute. Cʼest ça qui est grave. Moi aussi je le veux...—Quoi?—Rien... Je veux danser, oublier, vivre... Mais il fallait pourtant que tu saches combien je leur ressemble, car eux aussi ont perdu leur âme, un jour, dans les rafales de la vie, tout à coup. Moi, ce fut à la dernière étape, dans lʼoasis, sous la tente, lorsque ce capitaine blessé me répondit dʼune voix militaire: «... le matin du 23 Septembre, face à lʼennemi.» Il y a des moments au delà desquels on passe, uniquement parce que la vie est très tenace. Or, Jack, avant que je te prie de me laisser dormir, je veux que tu saches encore une chose. La vie est très forte, si forte quʼon peut la vivre même sans cœur. Mais il faut pourtant que chacun suive sa route... Jʼai perdu la moitié de mon être le soir où je suis entrée dans sa maison vide; puis, jʼai parcouru cette longue distance, jʼai pâti de cet énorme soleil, jeserais allée au bout de la terre, soutenue par la foi de le revoir, de causer un instant avec lui... Mais je suis arrivée juste pour apprendre quʼil avait sa médaille... Et les femmes, Jack, ne sont pas un drapeau...—Taisez–vous, Bliouette; je vois que ça vous fait très mal.—Non, Jack; je voulais que tu comprennes comment je suis morte, et pourquoi, mon frère, tu ne dois plus mʼaimer...
E passò quei giorni ricinta nel suo dolore come in una fredda collana di pietre scintillanti.
Mimi Bluette!... Un nome, nientʼaltro che un nome; anzi un piccolo fiore da mettere sui cappelli di paglia, nei mesi dʼestate.
Parigi lʼaveva buttata in alto come il vertice luminoso dʼuna fontana, ed ora che la sua lievità non poteva più essere trasparente, con unʼestrema vertigine del suo chiarore Parigi la ricoricava.
Nella Danza del Sole, sul tappeto rosso come il Guébli, voleva calpestare con magnificenza il suo cuore morto. Davanti alla Città che lʼaveva stupendamente innalzata, voleva passare, splendere, come rifulge dopo la tempesta il miracolo dellʼarcobaleno. Gridare a quei milioni di uomini respiranti nella felice aria della vita: «Io che danzo ancora su questa musica del mio delirio, seminuda perchè mandai profumo, io sono Mimi Bluette!...» Gridare con la musica estrema dei suoi movimenti allucinati: «Città Raggiante!... Città Vertiginosa come il Guébli... Città barbara, dove il sole non tramonta mai!... guardami ancora una volta! Questo è il profumo di carne che a te mandarono i miei fiordalisi. Passai nella tua primavera come la musica dʼun raggio di sole; fui, con tutto il mio corpo, la bellezza che ti è necessaria, o Parigi etera dei secoli!... Sono venuta per le tue strade folli un giorno della mia giovinezza, e nessuno mi guardava. Ero giovine come la primavera, e nessuno mi guardava. Io non sapevo nemmeno che lʼarcobaleno avesse un colore il quale si chiama la Gloria,—e tu me lʼhai data. Mi hai detto: «Va nel mio giardino, piccolafiamma, e scégliti un fiore.» Ho scelto i fiori del sole nei campi, questi azzurri fiordalisi, di cui mi feci una ghirlanda perchè andavano bene con me. Io non avevo altro che i miei capelli biondi e le mia caviglie leggere; tu mi hai sollevata come una piuma nelle tue bufere di sole... Guarda! Ora danzerò per sempre la danza del mio cuore morto, calpesterò, sovra un tappeto rosso come il Guébli, su la morta erba del mio giardino, i fiordalisi di Mimi Bluette...»
—Suis–je ou ne suis–je pas en présence de la divine Bluette?—disse per celia lʼottimo Sanderini. Era, come sempre, agghindato nella stralucida marsina e dondolava con una specie di sonno la sua vecchia testa dʼavvoltoio domestico.
—Eh bien, mon vieux Sanderini! Ça va toujours cette gonzesse que nos littérateurs appellent lʼexistence? Oui? ça va toujours? Tant mieux! Voilà des siècles que je ne revoyais pas votre bonne tête! Comme ça fait plaisir tout de même de se dire bonjour entre copains!
—Et moi je vous dis, madame Bluette, que nous étions tous bien tristes chaque fois que nous entendions prononcer votre nom. On se regardait dans les yeux,la Grande et moi, sans rien dire; puis la Grande mʼenvovait une injure, car cʼest sa façon à elle dʼavoir du chagrin. Pensez donc si jʼai bondi, hier soir, quand M. Jack est venu me dire que vous étiez là, et que «Mimi Bliouette était nécessaire interview de vous, mister Sanderini...»
—Ah, ce brave garçon! Il nʼest pas ce quʼon appelle un polyglotte, et pourtant je lʼaime bien, mon vieux Sanderini; je lʼaime comme un frère.
—Hier soir il était rayonnant. Il a fait le tour des tables, et il prenait tout le monde par les poignets: «Savez—vous? Mimi Bliouette va danser! Mimi Bliouette in the Sun Dance! Yes: dans la Dance du Soleil!...» Oh, quʼil en était aux anges, le pauvre petit!
—Et bien, oui, nous allons voir une fois de plus si ça colle, mon vieux Sanderini!
—En douteriez–vous par hasard?
—Non, je nʼen doute guère... Seulement jʼai été bien éprouvée depuis quelques mois, et, si les pieds restent agiles, des fois le cœur ne lʼest plus.
—Voyons! Quelle blague!
—A la fin je me suis dit: «Sacrée Bluette, si cʼest vrai que tu es née danseuse, il faut bien que tu recommences!»
—Voilà qui est bien pensé, madame Bluette. Cʼest ce que je dis toujours, moi, quand je vois des figures mornes: «Faut pas sʼen faire!... Faut pas sʼen faire!...» A la fin des fins, madame Bluette, qui est–ce qui vous en dira merci?
—En effet, Sanderini...
—Et alors, à quoi bon? Faut pas sʼen faire! Le sacest déjà très lourd à porter, sans quʼon y ajoute soi–même des pierres. Et puis, un beau jour, quand vous aurez le cœur libre et que vous ferez, comme une benne ménagère, la révision de votre compte de semaine, en voyant tout ce quʼil y a eu de cassé, de fripé, de perdu, sans le moindre bénéfice, vous nʼaurez quʼune chose à vous dire, ma pauvre Bluette: «Dieu, que jʼétais aveugle! que jʼétais aveugle!» Vous mʼexcusez, nʼest–ce pas, si je vous parle avec tant de franchise?
—Je vous écoute sans protester, cher Sanderini. Vous êtes un homme dʼexpérience, et rien ne mʼempêche de croire que vous avez positivement raison...
—Mais, en tout cas, je ne suis point venu pour vous faire de la morale. Un Sanderini moraliste, un Sanderini cautériseur dʼâmes, voilà un métier pour lequel je ne me connais point dʼaptitudes! Jʼen fais bien dʼautres, si vous voulez, et je mʼen tire dʼune façon décente, quoiquʼon me tienne pour un larron des plus fieffés... Mais pour vous, madame Bluette, pour vous je nʼai que de bons sentiments, et moi, qui suis pourtant un égoïste, je saurais tout de même sacrifier mon bien–être personnel pour le plaisir de vous rendre service.
—Mon Dieu, oui, Sanderini, il y a de braves gens! Il y a de braves gens, surtout parmi ceux qui nʼont pas à chaque instant leur âme au bout des lèvres et vous la collent sur vos blessures comme du taffetas...
—A la bonne heure, ma toute belle! Vous commencez à apprendre la vie.
—Peut–être, mon vieux Sanderini... Ce quʼil y a de sûr cʼest que je me sens moi–même...—oh, la phrase vous paraîtra bien drôle!—je me sens moi–mêmeen rupture avec la société... Ces gens comme il faut, croyez–vous? ils mʼhorripilent!
—Et moi!... Fichtre! si seulement on me laissait faire!... Dans tout homme résigné il y a toujours le sans–culotte qui roupille. Un jour vient où il sʼéveille et veut ameuter les carrefours pour pendre les aristos à la lanterne.
—Cʼest possible. En tout cas le mien aurait plutôt envie de se pendre lui même...
—Et cʼest triste. Il ne faut jamais envoyer son cœur à la guillotine. Vous avez le tort, ma toute belle, dʼavoir lu des poëtes. Moi, les poëtes, je les laisse aux rafalés!
—Les rafalés, vous dites? Ah, le beau terme! Et comme il me va, Sanderini! Car je ne suis désormais quʼune pauvre femme rafalée... Oui, je ne mʼen cache guère: jʼ ai eu du chagrin, je suis éreintée, jʼai besoin, vraiment besoin, de trouver autour de moi un appui quelconque... Eh bien, ma foi, ce nʼest pas aux gros bonnets, aux philanthropes, aux gens de bonne conduite, quʼil me prendrait jamais la faiblesse dʼavouer ma peine! Pour ceux–là je vais danser ma Danse Rouge; devant ceux–là je vais paraître implacablement heureuse, ayant toujours aux lèvres mon sourire dʼautrefois... Mais cʼest ici, dans les coulisses, où les feux de la rampe ne mʼembrasent pas dʼune lueur artificielle, cʼest ici, où Mimi Bluette redevient la pauvre fille de jadis, que je puis vous dire, Sanderini, combien mon âme est triste, et combien je me sens vide, morne, solitaire, hantée par la frayeur de mes nuits blanches...
—Mais non! mais non! Il faut chasser tout cela!Il faut venir souper chez la Grande Rouquine, lever son verre plus haut que le front, et puis rire, rire!... ne rentrer quʼà lʼaube, légèrement grise, lʼâme gonflée comme une voile dans la vapeur du Champagne... Que diable! Est–ce possible que ce Paris, où lʼon soigne des rois neurasthéniques, ne parvienne pas à vous guérir, vous, qui êtes une créature de joie?
—Jʼai été amoureuse comme une folle, mon pauvre. Sanderini...
—Quoi donc? Il y en a bien dʼautres qui ont été amoureuses comme des folles! Presque toutes lʼont été. Cʼest–à–dire quʼelles ont cru lʼêtre, ce qui revient au même. Et avec ça? Faut pas croire que ce soit la fin du monde. Petit à petit, jour par jour, comme cʼest venu, ça passe. Eh, oui! Ne hochez pas la tête... Il en est de cela comme des robes à paniers... ça passe!
—Jʼai été amoureuse comme une folle... je le suis, je le serai, comme une folle...
—Bien sûr, bien sûr! Vous conjuguez à merveille... Mais cʼest toujours de la conjugaison, ma divine!... Pas autre chose que de la grammaire du sentiment. Allez plus loin: vous tomberez dans le crépuscule de lʼimparfait, vous vous éloignerez dans lʼombre du prétérit indéfini... Croyez–moi: la conjugaison des verbes nʼa dʼautre raison dʼêtre que lʼinconstance du cœur humain. Sans cela vous pourriez toujours dire: a «Jʼaime»—et ce serait vrai pour toute la vie.
—Sanderini, savez–vous quʼil est mort à la Légion Etrangère?
—Oui, je le sais.
—Comment le savez–vous?
—Quʼimporte, puisque je le sais?
—Mais... les détails?
—Oui, les détails aussi. Nous savons quʼil est mort en brave, criblé de blessures, sur le drapeau ennemi. Dʼailleurs, il nʼy avait quʼà voir sa tête pour être sûr quʼil marcherait tout droit. Moi, voyez vous, jʼai toujours dit au nez des moqueurs: «Oui, elle lʼaime, cʼest bien dommage... Pourtant je suis sûr que ce type–là nʼest pas un gangréné comme vous.» Et la Grande qui se rebiffait: «Mouche–toi, vieille chandelle! Tʼa–t–il fait cadeau dʼune épingle de cravate, que tu en parles comme de ton cousin?» Bref, laissons tout ça, ma divine. Quand on a eu un malheur... eh bien, cʼest dur, je le sais... Mais, tout de même, on lʼaccepte, on le plie en quatre comme un joli mouchoir de soie, on lʼenferme dans la petite boîte secrète que chacun porte en son cœur, et puis on lui dit, à cette gueuse, oui, exactement ce que vous avez dit: «Chienne de vie, drôlesse à quatrʼpattes, cʼest très dur, cʼest très très lourd, mais il faut bien que je recommence!...» Pas vrai?
—Sanderini, je vous ai fait venir parce que je sais que vous êtes un homme à rendre de menus services...
—Cʼest mon devoir.
—Et parce que je sais que vous êtes un homme adroit, subtil, point bavard, point farouche...
—On le dit.
—Que vous savez devenir indispensable aux moments graves... indispensable et discret...
—Disons: comme une faiseuse dʼanges.
—Ou bien... comme un marchand de paradis!
—Ah, tiens, jʼy suis! Jʼy suis, ma divine. Cʼest delʼoubli chimique, de lʼivresse au milligramme quʼil vous faut...
—Oui, mon ami: de la morphine...
—Aïe!
—Car, je vous lʼavoue franchement, Sanderini; tous les soirs jʼai envie de me tuer.
—Hum!
—Cʼest donc pour mʼaider à revivre.
—Jʼentends.
—Cʼest pour que je puisse rentrer vers lʼaube, lʼâme gonflée comme une voile... Ne mʼen donnerez–vous pas?
—Jʼhésite.
—Pourquoi donc? Vous en donnez bien à...
—Chut! Ne disons pas à qui jʼen donne. Le cas est très différent.
—Sanderini, soyez gentil...
—Très différent, vous dis–je.
—En quoi?
—Vous allez rire. Ces femmes, voyez vous, ça mʼest à peu près égal quʼelles sʼadonnent aux stupéfiants, aux aphrodisiaques délétères, quʼelle prennent de la coco, de la morphine, ou quʼelles sʼéthérisent à leur gré... Moi, ça me rapporte; et quʼelles soient plus ou moins vannées, plus ou moins détraquées, pour Notre Dame de Pantruche il nʼy aura rien de perdu! Mais, lorsquʼil sʼagit de Mimi Bluette, voyons, ce nʼest plus la même chose!...
—Préférez–vous, Sanderini, que jʼaille mʼacheter mon coin de terre dans un petit cimetière de banlieue? Je le ferai sans doute, ce soir peut–être, ou le premierjour que jʼaurai la force de vaincre ce petit frisson... Car là–bas, dans le Gharb, cʼest plus facile quʼici. Je sais bien pourquoi ils se font tuer... Lʼair est tellement rouge! Mais ici, quand on est sur le point de faire ce petit geste, cʼest une sensation de froid qui vous arrête... Et puis on a toujours envie de ne pas sʼenlaidir... Voyons, Sanderini, vous reviendrez ce soir, demain peut–être; vous mʼapporterez ma vie dans un petit flacon très limpide...
—Fichtre! Mais cʼest que ça fait terriblement mal ces saloperies–là!
—Quʼimporte? Ça ne fera jamais si mal que dʼêtre morte... Et puis, si vous refusez, mon brave Sanderini, qui est–ce qui mʼempêchera dʼen prendre ailleurs?
—Tant pis! Je nʼaurai pas à me dire que cʼest «ma drogue».
—Mais elle me guérira, et vous nʼaurez pas non plus ma reconnaissance.
—Vous guérirez du noir, sans doute, mais non pas de la morphine.
—Croyez–vous?
—Hélas, ma divine, cʼest pire que lʼalcool, pire que le jeu, que lʼamour, que le crime... Rien ne vous sauvera dʼelle, quand vous en aurez pris le vice.
—Cʼest peut–être bien ce quʼil me faut, Sanderini!...
—Horrible!
—Et puis, vous ne savez pas quʼune petite femme comme moi peut avoir une volonté surprenante. Jʼen guérirai, quand elle ne me sera plus nécessaire. Ma parole dʼhonneur, Sanderini: jʼen guérirai.
—On le dit, Madame Bluette, on le dit...
—Je vous en donnerai deux fois, trois fois le prix habituel...
—Taisez–vous, de grâce! Je sais vendre, oui, mais pas à vous.
—Sanderini, votre main... Promettez!
—Mais pourquoi donc, ma Bluette? Voyez: je vous dis «ma Bluette», comme si vous étiez ma fille...
—Ça mʼest égal. Je vais écrire un mot à Frédéric de la Rue Blanche... Jʼen aurai ce soir même. Elle sera peut–être mauvaise, et, en plus, on me débinera.
—Pour sûr.
—Donc, Sanderini? Vous seriez le premier homme qui ait refusé quelque chose à Mimi Bluette... A Mimi Bluette!... Voyons, Sanderini! Vous ne dites plus rien?... Vous vous taisez?... Parfait! Alors cʼest entendu. Pour ce soir, ou pour demain... et silence!
[Illustrazione: DECORAZIONE]
Una mattina Parigi si destò, azzurra e traboccante di fiordalisi, come un raccolto nei mesi dʼestate, quando il grano ha da essere mietuto.
«Mimi Bluette—La Danse du Soleil!...» Sui muri della immensa Capitale brillava come una bionda frivolità il suo limpido sorriso. Dappertutto ella camminava, coʼ piedi nudi, sul rosso tappeto che inazzurrava la giuncatura deʼ suoi fiordalisi. Dietro la suacarne trasparente, dietro i suoi capelli disciolti, si alzava, come la vampa del Gharb, un vortice di fiamme. La Città Stupenda per lʼultima volta sʼimpadroniva della sua bellezza; lʼanima dionisiaca di Parigi per lʼultima volta splendeva nel miracolo della sua danzatrice. Lungo le strade, per ogni quadrivio, nei sobborghi, lungo i moli della Senna, tra un colore di fiamma e di giardino riappariva Mimi Bluette.
I milioni dʼuomini racchiusi nellʼanfiteatro dellʼimmensa Capitale guardavano con un senso dʼamicizia e di piacere il sorriso della divina Bluette.
Non tutti sarebbero andati a vederla, ma tutti ricevevan da quel nome un senso di leggera e trasparente poesia. Era per tutti una cosa loro, un nome che aveva danzato le più belle danze di Parigi, una musica lieve in quellʼenorme tumulto,—anzi un piccolo fiore da mettere sui cappelli di paglia, nei mesi dʼestate.
—«Mimi Bluette—La Danse du Soleil...»
Cʼera stato un ballo, propagatosi ai quattro angoli della terra, che si chiamava My Blu; cʼera stata una maniera dʼesser belle che si chiamava la maniera di Mimi Bluette; cʼera stato un fiore dellʼanno, coltivato nelle vetrine fosforescenti e venduto a mazzi dalle fioraie de la Madeleine, che si chiamava «bleuet»; cʼera stata la pelliccia, la stoffa, la piuma, il quadro, il libro, lo scandalo, che si chiamavano Mimi Bluette: ossia la musica e la bellezza di questa danzatrice non erano state altro che una bellezza ed una musica della trionfale Parigi.
Le sue candide braccia nude si erano strette come un profumato capestro intorno al collo cattolicissimo di un giovine Re; avevano distratta con pazienza la noia siberianadi un folle Granduca; si erano infine avviluppate con delirio allʼombra di un tragico avventuriero... Parigi non ha mai domandato altro alle creature di sogno e di leggenda che lʼanima di questa Città dionisiaca inghirlanda su gli altari della sua folle paganità, per la gioia di vederle splendere.
«Mimi Bluette—La Danse du Soleil...»
Ora tornava dal Gharb vertiginoso, dai bivacchi dellʼergastolo camminante; portava sul nudo suo corpo lʼombra dʼuna gloriosa bandiera.
—Cher Monsieur Bollot, ne bougez pas de votre fauteuil! Je viens pour une futilité... Vous allez rire.
—Oh, ma fille! Est–ce vous? Tiens! Je mʼétais assoupi depuis cinq minutes, je suppose. Hélas!... avec lʼâge on devient roupilleur. Mais, où sont–elles mes lunettes à présent?
—Les voilà vos lunettes. Elles ont glissé dans votre gilet. Lʼampleur de votre cravate les a sauvées dʼune chute.
—Ah, cette fripouille de clerc!—Eh, là bas!... Justin! Mauvaise graine! Est–ce que je ne tʼai pas donné lʼordre de frapper dans tes mains quand tu vois que je mʼendors?—Ah, ma chère fille!... comme cʼest désespérant dʼavoir affaire aux poëtes!... Car vous devez savoir que mons clerc Justin se croit un émule de MrAlfred de Musset!... Je nʼai quʼà fermer lʼœil, et levoilà quʼil profite de mon somme pour composer des sonnets dʼamour, quʼil envoie à des drôlesses!
—Je ne crois pas quʼil ait tort, ce jeune monsieur. Car moi aussi jʼaimerais mieux être poëte que dʼavoir à recopier vos actes, rébarbatifs et grincheux comme les roquets des vieilles rentières!
—Très bien, très bien! Venez me débaucher mon clerc à present! Déjà il spécule sur mon encre, sur mes plumes, sur mon buvard et sur la cire à cacheter; deux fois par mois, régulièrement, il souffre dʼune envie de ne rien faire quʼil appelle cholérine; il fleurit sa boutonnière et fume dans mon corridor. Jʼavais une bonne de 36 ans: il a fallu que jʼen prenne une de 59... A présent il ne manque plus que vous, Madame Bluette, pour approuver sa fainéantise! Mais venons à nos affaires. Y a–t–il du nouveau depuis la semaine dernière? Avez–vous per hasard lʼintention de me réclamer quelques centaines de mille pour faire un plus long voyage?
—Ne vous alarmez pas si vite, père Bollot! Jʼai fini mon tourisme. Et dʼailleurs vous savez quʼà présent je danse!...
—Oui, je vous ai vue partout en image. On ne rencontre que Mimi Bluette en se promenant dans Paris. Ça mʼa fait grand plaisir! Vous allez donc mʼapporter la forte somme. Jʼen ai grand besoin pour boucher les trous dʼAfrique.
—Oui, père Bollot; le contrat est des plus avantageux. Pourvu que je puisse danser jusquʼà la fin...
—Cʼest–à–dire?
—Mais, rien du tout, père Bollot! Je veux dire toutsimplement: Pourvu que ma santé reste bonne... pourvu que le soleil de là–bas ne mʼait pas affaiblie... Car, vous savez, il brûle!...
—Très bien, très bien, ma fille! Donc, voyons: vous aviez quelque chose à me dire...
—Renvoyez votre clerc, père Bollot. Ce nʼest rien de grave, mais jʼaime autant être seule avec vous.
—Eh, là–bas, dis donc, Justin!...—Le voyez–vous ce polisson? Il fait la sourde oreille.—Prends ton travail, Justin, et va–tʼen dans ma chambre à coucher. Mais gare à toi si tu me fais une tache dʼencre sur mon tapis!
—Non, père Bollot. Pour ce soir nous allons le congédier. Pas vrai, monsieur Justin, quʼil vous faudrait une bonne heure de promenade pour confier aux Tuileries les rimes de vos sonnets?
—Pour sûr que oui, Madame!
—Mais comment? Le congédier à lʼheure quʼil est? Quatre heures à peine... Jamais de la vie!
—Je vous en prie, père Bollot. Quand on a un clerc qui est poëte... Faites–le pour moi; quʼil sʼen aille.
—Oui, quʼil sʼen aille au diable, sʼil le peut! Le voilà en vacances un jour de semaine! Toujours quelquʼun qui le protège, ce Zéphyr du papier timbré! Dis donc merci à Madame, et décampe.
—Merci, Madame.
—Bon. Et ne vadrouille pas ce soir. Demain matin, à huit heures précises! Si tu es en retard, je te mets à lʼamende.
—Bien, Monsieur. Bonsoir, Monsieur.
—Bonsoir.—Heureusement que vous nʼêtes pas venue à deux heures, ma fille!
—Quʼimporte? Lui il sera heureux, au moins...
—Vous ne lʼêtes donc pas, vous?
—Je vais lʼêtre, père Bollot! Je le deviens chaque jour un peu plus... Vous savez, ce nʼest pas si simple de guérir!
—Entendu. Mais cʼest toujours la raison qui doit lʼemporter. Les âmes claires et honnêtes comme la votre ont toujours la force de vaincre un cauchemar.
—Oui, père. Laissons ce sujet; il mʼattriste. Je peux faire maintenant des choses que je croyais impossibles: danser, par exemple. Mais je suis encore trop faible pour parler de ma douleur. Tout cela passera, tout cela sʼévanouira... jʼen suis sûre.
—Bien dit, ma fille. Cʼest ainsi que parlent les âmes fortes. Venons au fait; je vous écoute.
—Mais... vous allez rire... Mon Dieu comme vous allez rire, père Bollot!
—Pourvu quʼil nʼy ait pas dʼargent à débourser, ni à déplacer, ni à jeter par la fenêtre, je vais rire sans doute. Car vos idées, ma fille, ne sont jamais que de lʼespèce orageuse ou de lʼespèce comique.
—Eh bien, pour comique, elle est comique, celle–là!...
—Voyons: je hume ma prise et je vais rire en éternuant. Cʼest le meilleur des rires.
—Mais il faut dʼabord que je vous raconte quelque chose... Oui, lʼAfrique mʼa donné des idées un peu rouges... pour ne pas dire noires... Elle mʼa fait songer à des choses, qui, auparavant, étaient loin de mon âme comme les rafales du Gharb. LʼAfrique est un pays... Nʼêtes–vous jamais allé en Afrique, père Bollot?
—Heureusement non, ma fille.
—Bien; lʼAfrique est un pays qui laisse une couleur de rouille aux bords de lʼâme, un frisson de vieillesse dans la chaleur du sang. Après être revenue de là–bas je me dis souvent, par exemple, quʼune femme jeune et forte peut très bien devenir malade...
—Chaque Parisienne peut se dire la même chose.
—Oui, sans doute. Mais je me dis souvent quʼune femme jeune et forte peut très bien, dʼun jour à lʼautre, devenir tellement malade... attraper, que sais–je? une maladie infectieuse, avoir un accident dʼauto... en somme quʼelle peut très bien mourir...
—Oh, alors... ma fille!... Vous avez dit que vous alliez me faire rire...
—Oui, attendez. Ce nʼest quʼun préambule. Vous rirez tout à lʼheure. Donc, après ces réflexions plutôt lugubres, jʼai trouvé naturel de me faire une verte réprimande: «Toi, Bluette, tu es dʼune imprévoyance extrême! Tu possèdes une belle fortune, une très belle fortune, et jamais tu nʼas songé à établir ce que tu voudrais quʼon en fasse, si, par un hasard quelconque...» Bref: je suis venue, père Bollot, pour vous dicter mon testament.
—Mais que diable me chantez–vous là, ma fille! Votre testament? A votre âge? Par le beau temps quʼil fait? Dois–je en entendre des bêtises?
—Si, si, père Bollot! Riez–en tant quʼil vous plaira, mais cʼest une idée que je ramène dʼAfrique, et je suis très fidèle, vous le savez bien, aux idées qui me viennent de là–bas.
—Je ne dis rien, ma fille. Si vous tenez absolument à faire votre testament, je croirai quʼune mauvaise chevous a piquée, et nous allons nous y mettre un de ce jours. Rien ne presse.
—Au contraire...
—Mais comment?
—Oui, vous avez raison: rien ne presse. Rien ne presse, en effet... Mais je veux tout de même que ce soit fait au plus vite.
—Ah, ma chérie, cʼest un genre de gaîté à laquelle je ne mʼattendais pas du tout. Tiens! Vous me faites penser au mien... qui est beaucoup plus nécessaire, quoique très simple.
—Le mien aussi est très simple. Je lʼai écrit au courant de la plume, sur du papier à lettres, hier soir, puisque je ne pouvais pas mʼendormir...
—Mais, voyons, ma fille!... Je deviens de plus en plus inquiet su lʼétat de votre raison.
—Du tout, père Bollot. Ce nʼest que du gribouillage. Vous allez me dire comment il faut sʼy prendre pour en faire un véritable testament. Vous êtes bien homme dʼaffaires, après tout! Nʼest–ce pas dans vos mains quʼon dépose cette littérature–là?
—Moi, je refuse:
—Par simple méchanceté alors? Mais je suis très têtue; plus têtue quʼune bourrique, père Bollot! Voilà des jours et des semaines que cette idée me hante. Ce sera pour moi une mascotte que ce testament. Jʼen aurai le cœur libéré, comme après un vœu accompli, et je ne penserai plus quʼà vivre.
—Cʼest une affaire, nom dʼune pipe, dans laquelle je ne vois pas du tout clair!
—Mais il nʼy a, là dedans, père Bollot, ni du clairni du sombre. Cʼest un testament; une feuille de papier à lettres... Vous ne me forcerez pas tout de même à aller chez quelquʼun dʼautre! Et puis, voyez comme cʼest simple, clair, net...
«Moi, Mimi Bluette,—de mon nom Cecilia Malespano—je lègue toute ma fortune, composée de...»— vous allez mettre de quoi, avec exactitude, parce que je ne le sais pas en détail—«... je lègue toute ma fortune aux soldats de la Légion Etrangère, pour que leur vie soit moins dure, et pour quʼil y ait quelquʼun qui pleure lorsque le désert les tue, Monsieur le Ministre de la Guerre aura la complaisance dʼétudier comment et de quelle façon mon désir peut être le mieux accompli.«Si jʼallais mourir avant vous, quoique plus jeune, vous seriez, père Bollot, mon exécuteur testamentaire, et vous aurez jusquʼà la fin de vos jours la gestion rémunérée de ma fortune. Dès à présent jʼaccorde ma pleine confiance à celui que vous désignerez comme votre successeur.«Tant que ma mère sera vivante, «lʼŒuvre pour la Légion Etrangère» devra lui servir un tiers de mes rentes, plus une somme de deux cent mille francs, mobilier, tapis, lingerie et tout ce qui se trouve dans mon immeuble des Champs Elysées.«Je fais cadeau à Linette Messanges, ma fidèle femme de chambre et amie, dʼune somme de cinquante mille francs, pour quʼelle épouse un homme honorable. Je lui permets de choisir parmi mes robes celles qui ne sont pas trop riches pour elle; je veux quʼelle reçoiveaussi un de mes réticules en platine, et je lui souhaite dʼêtre toujours douce et gentille comme elle lʼa été jusquʼici.«Vous donnerez à mon danseur, Jack Morrison, le plus beau brillant de mes bagues, mon grand portrait par La Gandara et une longue mèche de mes cheveux. Quʼil me pardonne, ce brave Jack, sʼil mʼa été impossible de faire son bonheur.«De mon vivant jʼai été danseuse; mon nom était Mimi Bluette; jʼaimais les belles robes, les danses et les fleurs; jʼai vu le soleil de la tourmente africaine, et cʼest là–bas que mon cœur a péri.«Nʼimporte quand, nʼimporte où que je meure, vous me ferez dormir au seuil de cette Ville que jʼaime, et je veux quʼon mʼenterre en danseuse, au joli cimetière de Boulogne, dans un petit jardin.«Depuis lʼEglise jusquʼau cimetière, un tzigane,—peut–être Limka—suivra mon cercueil en jouant le My Blu.«Au printemps les bluets vont fleurir la douce terre qui me couvre...«Il nʼy aura de grave sur ma pierre quʼun simple nom: celui dont je signe, toute heureuse...
«Moi, Mimi Bluette,—de mon nom Cecilia Malespano—je lègue toute ma fortune, composée de...»— vous allez mettre de quoi, avec exactitude, parce que je ne le sais pas en détail—«... je lègue toute ma fortune aux soldats de la Légion Etrangère, pour que leur vie soit moins dure, et pour quʼil y ait quelquʼun qui pleure lorsque le désert les tue, Monsieur le Ministre de la Guerre aura la complaisance dʼétudier comment et de quelle façon mon désir peut être le mieux accompli.
«Si jʼallais mourir avant vous, quoique plus jeune, vous seriez, père Bollot, mon exécuteur testamentaire, et vous aurez jusquʼà la fin de vos jours la gestion rémunérée de ma fortune. Dès à présent jʼaccorde ma pleine confiance à celui que vous désignerez comme votre successeur.
«Tant que ma mère sera vivante, «lʼŒuvre pour la Légion Etrangère» devra lui servir un tiers de mes rentes, plus une somme de deux cent mille francs, mobilier, tapis, lingerie et tout ce qui se trouve dans mon immeuble des Champs Elysées.
«Je fais cadeau à Linette Messanges, ma fidèle femme de chambre et amie, dʼune somme de cinquante mille francs, pour quʼelle épouse un homme honorable. Je lui permets de choisir parmi mes robes celles qui ne sont pas trop riches pour elle; je veux quʼelle reçoiveaussi un de mes réticules en platine, et je lui souhaite dʼêtre toujours douce et gentille comme elle lʼa été jusquʼici.
«Vous donnerez à mon danseur, Jack Morrison, le plus beau brillant de mes bagues, mon grand portrait par La Gandara et une longue mèche de mes cheveux. Quʼil me pardonne, ce brave Jack, sʼil mʼa été impossible de faire son bonheur.
«De mon vivant jʼai été danseuse; mon nom était Mimi Bluette; jʼaimais les belles robes, les danses et les fleurs; jʼai vu le soleil de la tourmente africaine, et cʼest là–bas que mon cœur a péri.
«Nʼimporte quand, nʼimporte où que je meure, vous me ferez dormir au seuil de cette Ville que jʼaime, et je veux quʼon mʼenterre en danseuse, au joli cimetière de Boulogne, dans un petit jardin.
«Depuis lʼEglise jusquʼau cimetière, un tzigane,—peut–être Limka—suivra mon cercueil en jouant le My Blu.
«Au printemps les bluets vont fleurir la douce terre qui me couvre...
«Il nʼy aura de grave sur ma pierre quʼun simple nom: celui dont je signe, toute heureuse...
Mimi Bluette»
E danzò.
Bella come non era mai stata, piena di sogno come non era mai stata, viva e nuda su la scena divampante, con lʼanima sua dʼinnamorata la ballerina indimenticabile danzò.
Dal teatro curvo, gremito, con i suoi più belli e più profondi occhi Parigi la guardava.
Ella sentiva battere, nella musica della sua danza, il cuore della Stupenda Città.
Sentiva battere contro sè questa forza, come il palpito di una immensa vela. Ma con lʼanima era lontana, camminava nel magnetico deserto, su la via del perduto Gharb.
Il tappeto rosso copriva tutta la scena, cosparso dʼinestimabili gioielli e di semplici fiordalisi. Un grande falò, anzi un immenso rogo di vera fiamma, sbucava dal mezzo della scena, incendiava il teatro come una vampa maravigliosa. Tutto era fuoco e fiori; fuoco, brillanti e fiori.
Si vedeva il deserto rutilare, splendere la via senza ombra dellʼinfinito Gharb...
Tutto il teatro barcollava in quella tragedia di luce; lʼorchestra invisibile, su gli archi e sui címbali delle musiche mauritane, suonava la Danza del Sole.
Era venuta la sera di gloria, la rossa ora di gloria per Mimi Bluette!...
Quella danza era sua, quella musica era sua; lʼaveva dettata, muovendosi, al musicista che la compose. Il suo corpo era il deserto, era la fiamma, era il disperato balenìo della terra nomade, lungo le carovaniere. Il suocorpo aveva in sè, come uno splendore divenuto movimento, la musica del Sole.
Forse per una magìa di specchi, dovuta ai coreografi di quella scena, ella passava con i suoi veli, coʼ suoi capelli disciolti, frammezzo alle fiamme; ballava di là dal rogo; si vedevano le sue nude braccia salire, contorcersi, fra le spirali della vampa; vi cadeva nel mezzo tramortita; lʼorchestra la faceva risorgere; ella buttava i suoi gioielli sul rogo, sʼinnamorava del bellissimo fuoco; nuda e posseduta ne usciva.
Era il sogno della sua lunga strada per lʼarsa terra che non beve mai, laggiù, dove il deserto assale coʼ suoi nomadi arcobaleni lʼantipodo scintillante.
Come in quei giorni disperati, ora e per sempre, nella sua danza intorno al falò, sul teatro della Città Babelica, ora e per sempre, la ballerina di Parigi portava il Sole. In sè, nella propria materia, nei propri atomi viventi, la ballerina di Parigi portava il Sole.
Invece di parlar con la sua voce, danzando raccontava il suo amore.
Lʼorchestra, sui címbali mauritani, suonava la Danza del Sole.
«Che lunga, lunga strada... che infinita malinconia...«Divenuta simile al suo carovaniere, aveva ella pure il deserto nellʼanima ed era nata per la via del sud.«Bon chemin, bon chemin, lalla...»«A poco a poco la terra diveniva uno sconfinato braciere; ogni traccia dʼabitazione, ogni vestigio dʼalbero spariva. E le ore passavano, i giorni passavano, solo interrotti a lunghissime distanze dalla breve oasi di un magro palmeto.«Le donne del Guébli, scure, con occhi a mandorla, già crespe di vello sudanese, logore di selvaggia maternità, venivano a guardare in silenzio la bella Cristiana. Le ragazze di nove anni avevano i seni maturi e protuberanti come nespole. Nel rumore dellʼacqua sorgente cantava la musica primordiale della vita.«Si vedevan nellʼestrema lontananza, in un chiarore obliquo di cataclisma, le dune perdute andarsene alla deriva.«I leggeri cavalli berberi, assetati e miserabili, ormai galoppavano senza velocità. La carovana sprofondava e risaliva per le ondate ferme del terreno, con un barcollare sfinito, come se le ginocchia degli animali non reggessero più. I muli erano piagati sotto la greve soma; chiazze nere di migliaia dʼinsetti li coprivano come croste brulicanti. Più magri, più alti, più lugubri, solamente i cammelli andavano sempre, con un passo di bestie perpetue, che possano morire camminando.«E finalmente, un mattino, su lʼestrema via del sud, il capitano di lunga strada vide nascere un confuso tenue disegno azzurro, come un fiocco di nebbia che rasentasse la terra, come una rupe dʼaria nello sconfinato sole. Guardò, guardò prima di parlare; poi disse alla donna che mai non abbandonava...«Disse alla donna:—Per niente.«Per niente.«Le strade vanno; sono il principio dʼuna distanza; il colore dellʼanima che si allontana; portano in sè molta polvere, molto sole; hanno tutte una meta, e non arrivano mai.«Per niente.«Un piccolo cuore di ballerina, mandando un sorriso dietro lʼorlo del bicchiere di Sciampagna, una sera di neve, nella Parigi Babelica, sʼera data in braccio al pallido forestiero, come la vergine ubbriaca tremando si genuflette al primo tentatore.«Adesso portava nellʼanima lʼamore di Maria Maddalena.«Camminò.Giunse dove guerreggiano e cadono, sotto le armi della Grande Repubblica, i soldati senza patria, «la gloriosa canaglia» della Legione Disperata.«Questa era la gente che non avrebbe mai sepoltura.«Là indietro, su le frontiere dellʼesilio, avevano lasciato agli uomini saggi, agli uomini calmi, anche il cimitero.«La sera talvolta si udivano cantare...«Cantare allʼombra dei palmizi biondi, verso lʼora in cui sʼaccendono i fuochi tremuli dei bivacchi, laggiù, per la terra folle, dove, negli uragani di sole, con lʼiracondo nomade vento il sepolcro cammina...»
«Che lunga, lunga strada... che infinita malinconia...
«Divenuta simile al suo carovaniere, aveva ella pure il deserto nellʼanima ed era nata per la via del sud.
«Bon chemin, bon chemin, lalla...»
«A poco a poco la terra diveniva uno sconfinato braciere; ogni traccia dʼabitazione, ogni vestigio dʼalbero spariva. E le ore passavano, i giorni passavano, solo interrotti a lunghissime distanze dalla breve oasi di un magro palmeto.
«Le donne del Guébli, scure, con occhi a mandorla, già crespe di vello sudanese, logore di selvaggia maternità, venivano a guardare in silenzio la bella Cristiana. Le ragazze di nove anni avevano i seni maturi e protuberanti come nespole. Nel rumore dellʼacqua sorgente cantava la musica primordiale della vita.
«Si vedevan nellʼestrema lontananza, in un chiarore obliquo di cataclisma, le dune perdute andarsene alla deriva.
«I leggeri cavalli berberi, assetati e miserabili, ormai galoppavano senza velocità. La carovana sprofondava e risaliva per le ondate ferme del terreno, con un barcollare sfinito, come se le ginocchia degli animali non reggessero più. I muli erano piagati sotto la greve soma; chiazze nere di migliaia dʼinsetti li coprivano come croste brulicanti. Più magri, più alti, più lugubri, solamente i cammelli andavano sempre, con un passo di bestie perpetue, che possano morire camminando.
«E finalmente, un mattino, su lʼestrema via del sud, il capitano di lunga strada vide nascere un confuso tenue disegno azzurro, come un fiocco di nebbia che rasentasse la terra, come una rupe dʼaria nello sconfinato sole. Guardò, guardò prima di parlare; poi disse alla donna che mai non abbandonava...
«Disse alla donna:—Per niente.
«Per niente.
«Le strade vanno; sono il principio dʼuna distanza; il colore dellʼanima che si allontana; portano in sè molta polvere, molto sole; hanno tutte una meta, e non arrivano mai.
«Per niente.
«Un piccolo cuore di ballerina, mandando un sorriso dietro lʼorlo del bicchiere di Sciampagna, una sera di neve, nella Parigi Babelica, sʼera data in braccio al pallido forestiero, come la vergine ubbriaca tremando si genuflette al primo tentatore.
«Adesso portava nellʼanima lʼamore di Maria Maddalena.
«Camminò.
Giunse dove guerreggiano e cadono, sotto le armi della Grande Repubblica, i soldati senza patria, «la gloriosa canaglia» della Legione Disperata.
«Questa era la gente che non avrebbe mai sepoltura.
«Là indietro, su le frontiere dellʼesilio, avevano lasciato agli uomini saggi, agli uomini calmi, anche il cimitero.
«La sera talvolta si udivano cantare...
«Cantare allʼombra dei palmizi biondi, verso lʼora in cui sʼaccendono i fuochi tremuli dei bivacchi, laggiù, per la terra folle, dove, negli uragani di sole, con lʼiracondo nomade vento il sepolcro cammina...»
Questa era la danza del Sole.
Come danzò quella notte, povera piccola bionda Mimi Bluette!...
Nessuna poesia della terra fu mai piena di leggerezza e di palpito come il suo corpo che mirabilmente si muoveva; nessun giardino del mese dʼAprile sʼavvolse mai di primavera, come di musica il suo dolore, nella Danza intorno al falò.
Sino alle ginocchia la vestivano i suoi capelli stupefacenti,ed era così perfetta nella sua nudità, che ogni movimento mandava splendore. Come le donne arabe aveva il palmo delle mani, le unghie, le narici ed i vertici dei seni dipinti con la tintura di hénné. Un segno azzurro, simile ad una profonda incisione, divideva i due lunghi e brillanti archi dei sopraccigli; quel tatuaggio azzurro si ripeteva sotto lʼorlo del labbro inferiore. I piedi, venati e quasi trasparenti come gioielli di smalto, con le falangi ed i calcagni miniati allʼhénné, pareva che avessero camminato sovra un grande mantello di porpora umida.
Veniva dalla sua bellezza, cristiana e barbara, una sacra inverecondia, una evocazione religiosa dellʼamplesso primitivo. Il suo profilo si tagliava nella fiamma, limpido, con una specie di crudeltà; per tutta la sua luminosa criniera si annodavano, come oscure trecce, i riverberi del fuoco.
Era sempre lei, Mimi Bluette, la ballerina di Parigi; lei, con i suoi occhi di Maddalena, con la sua bocca di donna perduta; era sempre il gioiello da principi, lʼetèra per un vizio da re...—ma ora danzava con lʼanima, con lʼanima sua di Transalpina.
Sʼera innamorata come una donna semplice, del paese ove si ama lʼamore; aveva conservato sino allʼultimo il suo piccolo mazzo di fiordalisi, come una ghirlanda naturale di buon odore selvatico e di azzurra semplicità.
Parigi aveva sciorinato per lei quel grande mantello di porpora sul quale danzare a piedi nudi, con i capelli disciolti; Parigi aveva sollevato sino al vertice della gloria lo splendore della sua nudità; ma non aveva potuto soverchiarein lei, nè col fragore degli applausi nè col fuoco dei brillanti, la sua fedele anima di Transalpina.
Ed allora il teatro sentì che passava davanti ai lumi della ribalta, non solamente una di quelle maravigliose creature che son necessarie a Parigi come il Duomo degli Invalidi o le cupole di Nostra Signora nellʼIle de la Cité; ma passava unʼanima creatrice di bellezze, che sapeva esprimere il sogno nelle forme del movimento, come, nel colore o nella musica, nella parola o nella pietra, lʼanima di un artefice rivelatore imprigiona la poesia.
Sentì che un amore passava davanti al rogo della vertigine affricana; ed una specie di ebbrezza concorde sollevò, inginocchiò, lʼanima di quel teatro, che acclamava con tutto il suo fervore la splendida ballerina di Parigi, la creatura di musica e di sole, chʼera caduta su la fiamma spenta, con le braccia neʼ suoi fiordalisi... Mimi Bluette!
Mimi Bluette... La Danza del Sole...
Un nome; nientʼaltro che un nome; anzi un piccolo fiore da mettere sui capelli di paglia, nei mesi dʼestate.
—Est–ce toi, Linette? Quʼy a–t–il encore?
—Madame a sonné...
—Mais pas du tout! Si tu entres toutes les demi–heures il y a peu de chances que je mʼendorme! Quelle heure est–il?
—Onze heures dix, Madame, et il fait très clair.
—Tant pis! Je nʼai pas fermé lʼœil. Cette maudite sonnette, elle mʼénerve! Fais dire au concierge que je nʼy suis pour personne. Pour personne! Mais, d ʼabord, ouvre les volets. Doucement, petit à petit, avec un peu de grâce...
—Bien, Madame; je vais ouvrir. Mais couvrez–vous dʼabord, parce quʼil fait assez froid.
—Je nʼai pas fermé lʼœil de la nuit; mes bras ont la fièvre.
—Vous avez eu un trop grand triomphe, Madame. Le triomphe grise; il empêche de dormir.
—Crois–tu, Linette?...
—Je sais que vous étiez merveilleuse, hier au soir... que tout était merveilleux, hier au soir... Moi non plus je nʼai pas fermé lʼœil, Madame. A six heures jʼétais debout.
—Pour quoi faire?
—Pour voir les journaux, diable!
—Ah, les journaux!... Sont–ils polis? Font–ils du tapage, Linette?
—Du tapage?... Mon Dieu! Cʼest de lʼapothéose! Il y en a qui vous disent des choses pour lesquelles je voudrais les embrasser!
—Tu es une altruiste, Linette. Moi, je mʼen passevolontiers. Pourvu quʼils ne viennent pas me faire des visites, avec leurs gants qui ressemblent à leurs articles! Nʼas–tu jamais remarqué les gants des journalistes? Il nʼy a quʼeux et les cabotins pour en avoir de pareils. Je voudrais bien savoir où diable ils les achètent. Dieu!... que je dois avoir une vilaine figure!
—Du tout, Madame. Un peu de fatigue. Je vous masserai tout à lʼheure et ça passera.
—Est–ce que jʼai faim?... Il me semble que oui et que non. Je lʼignore. En tout cas je vais prendre mon café au lait avec les brioches. Revoilà cette horreur de sonnette! Flûte! Arrache le timbre! détruis les piles! Et puis quʼil sonne, ce chameau dʼen bas, quʼil sonne!...
—On vous envoie des fleurs, des billets, des lettres... Jʼen ai déjà un plateau qui déborde.
—Nous lirons demain, ou après demain, cette littérature...
—Il y a aussi des bouquets, des gerbes, des corbeilles en telle quantité, que nous aurions de quoi installer un petit Jardin dʼAcclimatation.
—Ecoute–moi bien, Linette. Les fleurs, tu les mettras ici, dans ma chambre; tu les laisseras dans ma chambre, toutes.
—Mais vous étoufferez, Madame!
—Jʼétoufferai peut–être, mais tu feras comme je te dis.
—Bien, Madame. Puis il y a des bonbonnières; des bonbonnières en laque, en étoffe, en carton peint. Il y en a même une en cristal, ornée de bronze. Voilà de braves gens, Madame, qui ont pour moi des attentions très appréciables!... Car vous me donnez toujours vosbonbonnières, presque pleines, et moi je les collectionne.
—Tu les auras, Linette.
—Merci, Madame. Puis le Régisseur est venu, le metteur en scène est venu, MM.rsGlimm, dʼHéricourt et Vilmière sont venus. Enfin il y a MrJack, qui est là depuis neuf heures du matin. Mais ce pauvre M.rJack, lui, Madame, il ne faudrait pas le renvoyer!
—Tu dis?
—Jʼose le dire. Car il saute de joie comme un moineau, ce bon M.rJack, et, en attendant votre réveil, il voulait à tout prix mʼapprendre une danse quʼon danse maintenant au Bal des Quatʼ Zigues, ou des Quatʼ Flics, quʼil a dit.
—Quʼil vienne, donc, ce brave Jack, du moment que tu le protèges. Mais, pour nʼimporte quelle autre personne, Madame dort. As–tu compris, Linette? Matin et soir, pour tout le monde, Madame dort. Cʼest absolu, et je ne veux plus entendre le carillon de la sonnette!
Non appena la cameriera fu leggermente uscita, per recare il suo passaporto al fedelissimo paziente Jack, la fisionomia di Mimi Bluette si spense; le sue braccia ricaddero su la coltre; gli occhi lentamente si volsero verso la finestra che inserenava.
Tutto il cielo era pieno dʼun chiarore di mattinata invernale, morbida e quasi dorata; il sole orlava di ondeggianti vapori le compatte nuvole, senza riuscire a penetrarle.
Mimi Bluette si distese con una pigra e dolorosa voluttà nel soave tepore del suo letto; poi, osservando il proprio gesto, si raccolse nel palmo dʼuna mano lʼaltrosuo braccio, che vedeva trasparir dalla camicia, dʼun tessuto fino come velo; si ravvolse il braccio, lo percorse fino allʼombra dellʼascella,—e questo faceva con lentezza, con paura, con dolore, quasi per ritrovare nel proprio corpo una smarrita memoria di sè.
Forse pensava che, nel quadrato azzurro della finestra, vedrebbe il sole ridere per lʼultima volta...
E forse il cuore intimamente giovine le doleva un poco, pensando alle chiare nuvole che attraversano il cielo di Parigi, nei mattini di primavera...
Aveva danzato; era stanca. Stanca per sempre.
Su la Città Stupenda il suo nome correva, come il fumo rosso del vortice di fiamme, che le sue braccia nude avevano spento.
Era Mimi Bluette, la ballerina di Parigi, e non danzerebbe mai più...
Mai più.
Addio!... Così finivano tutte le belle ore della vita. La sua gloria, in quel giorno dʼinverno, era una porta che si chiudeva. La Città non porterebbe in alto che il suo nome lieve. Mimi Bluette.... un piccolo fiore del grano, falciato per sempre... Addio!...
Jack si era seduto famigliarmente su la bella coltre, teneva uno deʼ suoi polsi, ed un poʼ curvo le parlava.
—«Pourquoi être si sauvagesse, Bliouette? Ne voir personne? Pas très juste. Paris délire! On nʼa jamais vu de plus belle danse. Hier soir tout le monde mʼembrassait. Je répondais très calme:—Je ne suis pas Bliouette! Fichez–moi la paix!»
—Tu mʼappelles une sauvagesse, mon brave Jack!...Cʼest vrai quʼon a voulu tʼembrasser à ma place, mais ce nʼest pas une raison pour que tu mʼaffubles dʼun adjectif si ridicule!
—«Moi je parle pour quʼon me comprenne, et sauvagesse est très bien dit. Vous verrez quel théâtre demain soir! Il nʼy a plus moyen dʼavoir une place avant quinze jours.»
—Est–ce vrai, Jack? Il faudra donc que je me repose, la nuit prochaine...
—«All right! Bien dormir, boire des œufs et du vieux Shérry. Cʼest très tonique.»
—Oui, Jack. Seulement tu dois me promettre de ne pas venir chez moi, sous aucun prétexte, ni ce soir ni demain...
—«Comment? Est–ce que vous ne sortirez pas, Bliouette? On voulait vous offrir un grand souper, ce soir.»
—Pas ce soir, Jack. Jʼai la fièvre. Sens: mes doigts brûlent.
—«Yes, les nerfs.»
—Donc, si tu veux que je danse, il faut me laisser tranquille. Tu viendras me chercher demain soir pour aller au théâtre... Cʼest entendu, Jack?
—«Forcément, Bliouette.»
—Allons! ne boude pas, Jack. Montre–moi ta figure: tu deviens extraordinairement beau! Tu as des yeux comme des saphirs dʼorient sur une bague.
—«Oh! Oh! Mais, pour sûr, il y a des mômes...»
—«Qui tʼaiment?
—«Ou qui le disent.»
—Et toi?
—«Moi, je vous aime vous, Bliouette.»
—Oh, il ne faut pas, il ne faut pas!... Mais tu le dis comme une vierge, mon pauvre Jack!...
—«Oui, parce que mon amour est très propre. Je vous aime vous, Bliouette; je nʼai jamais aimé que vous, Bliouette.»
—Mon frère...
—«Ne dites pas frère. Cʼest très plus loin.»
—«Très plus loin» nʼest pas correct. Mais je comprends. Tais–toi. Nʼen parlons plus. Ou bien il faut que je me couvre... Quoi? tu te lèves?
—«Yes; je me promène. Vous avez la fièvre: moi aussi.»
—Non, reste, Jack... Dis–moi: Si tu me voyais très laide, très laide... est–ce que tu mʼaimerais toujours?
—«Quand on est si belle, vous ne pouvez pas être laide.»
—Erreur! Erreur de syntaxe et de concept! Quand on est belle, il y a mille accidents qui peuvent tout de même vous enlaidir. Donc, je te demande...
—«Il me semble que je vous aimerai toujours.»
—Ah...
—«Oui, toujours. Guérissez–vous, Bliouette! Vous pourriez être ma femme, je serais votre bon camarade, la vie serait encore belle...»
—Non, Jack. Bluette est morte.
—«Oh!... si une rose dit: «Je ne suis plus une rose», qui est–ce qui peut le croire?»
—En moi, Jack, cʼest le parfum qui nʼest plus.
—«Comme cʼest triste! Et alors, pourquoi danser?»
—Parce quʼil fallait que je danse! Oui, mon camarade, il fallait encore une fois que je danse. Mais, voyons?... Quʼest–ce que tu fais avec tes yeux? Tu pleures...
—Non, sûrement non!
—Oui, sûrement oui! Et cʼest bête... Car Mimi Bluette sera toujours ta camarade; elle tʼaura aimé comme un frère, comme un vrai frère... Ecoute, Jack: donne–moi tes mains, donne–moi tes lèvres, si tu veux.... embrasse–moi, essuie tes larmes dans ma belle chevelure...
—Vous étiez autrefois si différente!
—Oui... autrefois mon cœur était celui dʼune danseuse... On mʼavait appris à être belle, et cʼest tout ce que je savais. Aujourdʼhui, quand je songe à cette Bluette loin, jʼai lʼimpression dʼune grandʼmère qui trouverait au fond dʼun tiroir son portrait de fiancée. Jʼai voulu danser la plus belle danse que cette Ville puisse voir pendant de longues années... Mais ce matin. Jack, si mes cheveux devenaient par hasard tout blancs, il me semble que je nʼen aurais aucune tristesse.
—Vous avez lu, je crois, de mauvais livres. Ceux qui écrivent des romans, moi je les méprise.
—En effet tu es dʼune adorable ignorance, mon brave Jack!
—«Mais je sais, Bliouette, que vous nʼavez rien gagné à devenir une femme savante.»
—Savante?... Eh bien, comme tu voudras, Jack. Mais souris du coin des lèvres! Tu as été mon danseur, mon camarade et mon frère: quand je serai loin...—si par hasard je devais mʼen aller très loin,—pensetoujours que Bluette, au fond, très au fond dʼelle–même, nʼétait quʼune égoïste...
—On ne parle jamais clairement quand on ne veut pas dire ce quʼon pense. Nous exprimons toujours nos idées avec un langage bref, en Amérique.
—Oui, en Amérique il y a moins de douleur... Ou aime, on pleure, là–bas comme partout, mais vous avez des, âmes plus fraîches, peut–être plus jeunes, et il y a chez vous moins de douleur. Vous restez presque toujours ce que vous étiez à votre naissance; nous autres, la vie nous change. Dans notre âme originaire il y a des étrangers. Moi, par exemple, jʼai été plusieurs femmes.
—Et vous ne serez jamais la mienne, Bliouette?
—Ecoute, Jack.... Essaye de comprendre ce que veut dire cette phrase: «Je nʼy suis plus.» Mon âme sʼen est allée je ne sais où; il ne reste en moi quʼun cercle béant; la place où était sa douleur. Je te parle, tu mʼécoutes; je suis Bluette, tu es Jack; hier soir jʼai dansé, demain... je danserai encore!... Mais, vois–tu, en mon cœur il y a du vide. Il y a un vide que tu ne sens pas, une sensation de la mort qui nous sépare, quelque chose de fini, dont lʼirréparable gravite autour de moi. Quand je regarde le soleil, je me souviens que cʼest lui qui a brûlé mon âme.
—On appelle ça du spleen. Vous croyez me dire des choses très graves; en Amérique nous appelons ça du spleen. Et il y a des moyens pour le guérir.
—Tu es un définisseur, Jack... cʼest terrible! Jʼappellerai ça du spleen, pour te faire plaisir. Oui, sans doute, il y a des médecins très subtils, ou très naïfs.qui prétendent connaître aussi la médecine de lʼâme. Quant a moi je ne veux pas les suivre, Jack. Ce sont des fumistes. Je suis allée là–bas, aux Régiments Etrangers, où le soleil est si rouge quʼil peut tuer à force de lumière... Il y en a des centaines, là–bas, que ce spleen hante. Ils se guérissent bien, des fois, même très souvent... lorsquʼils tombent...
—Oh, mais ce nʼest pas la même chose!
—Si, la même. Jack, la même. Et ne dis plus rien, mon frère... Il ne faut pas que tu touches à ces pauvres cœurs. Ils sont là–bas, ils marchent, le grand soleil les accable... Il ne faut rien dire, Jack; tu ne les a pas vus.
—Ils y vont parce quʼils le veulent bien.
—Oui, sans doute. Cʼest ça qui est grave. Moi aussi je le veux...
—Quoi?
—Rien... Je veux danser, oublier, vivre... Mais il fallait pourtant que tu saches combien je leur ressemble, car eux aussi ont perdu leur âme, un jour, dans les rafales de la vie, tout à coup. Moi, ce fut à la dernière étape, dans lʼoasis, sous la tente, lorsque ce capitaine blessé me répondit dʼune voix militaire: «... le matin du 23 Septembre, face à lʼennemi.» Il y a des moments au delà desquels on passe, uniquement parce que la vie est très tenace. Or, Jack, avant que je te prie de me laisser dormir, je veux que tu saches encore une chose. La vie est très forte, si forte quʼon peut la vivre même sans cœur. Mais il faut pourtant que chacun suive sa route... Jʼai perdu la moitié de mon être le soir où je suis entrée dans sa maison vide; puis, jʼai parcouru cette longue distance, jʼai pâti de cet énorme soleil, jeserais allée au bout de la terre, soutenue par la foi de le revoir, de causer un instant avec lui... Mais je suis arrivée juste pour apprendre quʼil avait sa médaille... Et les femmes, Jack, ne sont pas un drapeau...
—Taisez–vous, Bliouette; je vois que ça vous fait très mal.
—Non, Jack; je voulais que tu comprennes comment je suis morte, et pourquoi, mon frère, tu ne dois plus mʼaimer...