CHAPITRE IV

Fig. 55. — Un coup de brume, le 25 juillet 1905, dans la vallée de l’oued en Néfis.A une demi-journée au sud de Timissao. Les falaises de grès dévonien qui limitent la vallée ont 40 mètres de hauteur.Après le coucher du soleil, le vent s’établissait à nouveau au sud et devenait frais, 6 de l’échelle de Beaufort ; un nuage sombre, et très bas sur l’horizon, apparaissait au sud. Vers sept heures et demie, on en pouvait distinguer le détail (fig. 56) : la partie supérieure, vivement éclairée par la lune à son premier quartier, était blanche ; la partie inférieure était noire, et lançait vers le haut de nombreux tourbillons d’argile : quelques-uns, comme les trombes de sable, étaient simples et souvent épanouis en champignon à leur sommet, quelques autres étaient, ou paraissaient, bifurqués et parfois ramifiés. A neuf heures un quart le nuage atteignait le piton de Tit, le Tinési, et présentait la même apparence (fig. 57). Cinq minutes après, il couvrait le camp situé à un peu plus de 2 kilomètres au nord du piton. Pendant un quart d’heure, l’obscurité a été complète ; la luneavait complètement disparu ; vers dix heures et demie ou onze heures, le vent tombe et le ciel redevient visible ; le lendemain, il y avait une brume légère, suffisante cependant pour masquer l’Ilamane situé à une trentaine de kilomètres de Tit. Il n’a pas plu la nuit.Fig. 56. — Un coup de brume le 8 août 1905 à Tit (Ahaggar).Aspect vers 7 h. 1/2. — Le piton de Tit a 60 mètres de haut.Ces brumes paraissent avoir une influence marquée sur la variation diurne des températures ; quand le temps est clair, la température s’élève rapidement jusque vers neuf heures, croît ensuite plus lentement jusqu’à son maximum vers deux heures et demie, et décroît lentement jusqu’au lendemain matin. Le 30 juillet, dans le tanezrouft de Silet, une brume épaisse, qui s’était formée la veille au soir, nous a obligé à marcher à la boussole ; les températures observées ont été les suivantes : six heures, 32° ; sept heures et demie, 34°,5 ; huit heures, 35° ; neuf heures, 37° ; dix heures, 38° ; onze heures, 41° ; midi, 43° ; une heure, 42°, 5 ; deux heures, 42° ; trois heures et demie, 42° ; cinq heures, 41°,5 ; six heures, 40°. Le maximum a eu lieu à midi et la température a à peine varié jusqu’au soir ; le vent assez faible s’est tenu toute la matinée au sud ; il est tombédans l’après-midi. Ces observations de température ont été faites pendant la marche, mais dans une plaine très plate. Le déplacement du maximum semble d’ailleurs confirmé par quelques autres observations moins détaillées.Fig. 57. — Le coup de brume du 8 août 1905 à Tit.Aspect vers 8 h. 1/2. — Les collines du second plan sont masquées.Les orages secs sont fréquents dans tout le Sahara, mais ce sont habituellement des orages de sable ; ils charrient de menus projectiles quartzeux dont le choc est parfaitement perceptible ; les tourbillons de sable, les djinn valseurs, sont également fréquents. Mais sous quelque forme qu’ils se présentent, les nuages de sable s’élèvent peu et disparaissent dès que le vent tombe ; au contraire, les poussières argileuses sont lentes à se disperser ; elles restent dans l’atmosphère où elles créent des brumes épaisses qui persistent tant que l’air n’a pas été lavé par la pluie.Pour les Touaregs, l’apparition de ces brumes dans le Tanezrouft est un signe certain que la saison des pluies est commencée au Soudan ; la liaison entre les tornades et ces nuages de poussière soulevée par le vent paraît en effet évidente.Il semble aussi facile de comprendre pourquoi ces brumes sont localisées dans la partie méridionale du Sahara : dans le désert, les alluvions ont depuis longtemps été remaniées par le vent ; toutes les fines poussières en ont été enlevées et elles sont allées tomber dans l’Atlantique ; le sable a édifié les dunes ; il ne reste plus dans les vallées, sur les regs, que du sable grossier et des cailloux. Si l’on creuse un peu, on trouve, à une dizaine de centimètres de profondeur, des alluvions plus normales avec des argiles, mais le manteau de graviers qui les couvre les met hors d’atteinte du vent. Les crues peuvent bien remanier ces alluvions, et ramener les poussières au jour ; mais, loin des régions montagneuses, les crues sont un accident bien rare et il n’y a guère à en tenir compte.Dans l’Ad’rar’ des Ifor’as, dans l’Ahaggar, dans l’Aïr, les alluvions sont restées argileuses ; les oueds y coulent tous les ans ; la poussière qui a été enlevée de la surface de leurs vallées par les tornades, est sans cesse renouvelée par l’action des eaux dont les remous, à chaque crue, ramènent au jour les parties profondes des alluvions ; soumis à des alternatives de sécheresse et d’humidité, les feldspaths des roches cristallines, tous plus ou moins kaolinisés, s’effritent peu à peu, et préparent ainsi de nouveaux matériaux pour les brumes que provoquent les tornades.La liaison entre la pluie et les brouillards secs est très nette et très profonde.Les brumes sont fréquentes dans tout le Soudan, et en relationaussi avec les tornades ; je ne crois pas qu’elles y atteignent jamais une intensité comparable à celles qu’elles présentent parfois au désert : on voit toujours assez clair pour se diriger et pour suivre le guide.Les cultivateurs noirs ont la plus grande estime pour ces brouillards secs : « Quand ils ont été fréquents, la récolte est bonne », disent-ils. Cette croyance peut très bien ne pas être absurde ; les années très brumeuses sont sans doute aussi des années très pluvieuses ; la grande extension des incendies de brousse au Soudan rend probable que, à l’argile, s’ajoute un bon engrais, les cendres végétales, dans la formation des nuages de poussière.[99]Ginestous,Études sur le climat de la Tunisie(Thèse). Paris, 1906.[100]Marc, La répartition de la pluie au Soudan.Ann. de Géogr., 15 janvier 1909.[101]Bull. du Comité de l’Afrique française, mai 1907, p. 179.[102]R. de Caix, La Reconnaissance du lieutenant Cottenest chez les Hoggar,Bull. Comité Afr. fr., 1902, p. 307. — Guilho-Lohan,Renseignements coloniaux, sept.-octobre 1903.[103]De Motylinski et Basset,Grammaire et dictionnaire français-touareg, Alger, 1908, p. 89-92.[104]Dinaux,Rens. col. Bull. du Comité Afr. fr., avril 1908, p. 106.[105]Échelle de Beaufort.CHAPITRE IVCHOROLOGIEI.Géographie botanique.— Les grandes zones. — Zone sahélienne. — Zone saharienne. — Les adaptations (les plantes grasses, les lianes, les graines, défense contre les animaux). — La culture (cultures irriguées). — Remarques sur quelques espèces.II.Géographie zoologique.— Cœlentérés. — Insectes (termites, insectes des tanezrouft). — Crustacés. — Mollusques. — Reptiles et Batraciens. — Oiseaux (l’autruche). — Mammifères. — La chasse. — Les troupeaux (moutons et chèvres, bœufs, chevaux, ânes, chameaux). — Les hommes (les Touaregs, l’habitation).I. —GÉOGRAPHIE BOTANIQUEI. Les grandes zones.— Le désert, au point de vue climatique, est caractérisé par l’absence ou la rareté des pluies ; la végétation en est le plus souvent rare ou absente, et le Sahara forme une zone botanique qui peut être limitée avec une certaine précision.Il confine au nord au domaine méditerranéen, domaine très étendu auquel appartiennent la Cyrénaïque et l’Afrique mineure. Les arbres et arbustes à feuillage toujours vert (olivier, bruyères arborescentes, chênes verts), de nombreuses conifères (une dizaine d’espèces, dont les plus notables sont le pin d’Alep, le cèdre, le callitris et les genèvriers) caractérisent le littoral et les régions accidentées de la Berbérie ; les steppes à alfa et à absinthe (chih) des Hauts Plateaux font partie du même domaine.Bien qu’appartenant à la zone méditerranéenne, le littoral atlantique du Maroc présente quelques traits particuliers qui permettent de le mettre un peu à part : des Euphorbes cactoïdes et l’Arganier (Sideroxylon) sont parmi les espèces les plus caractéristiques.Dès que, vers le sud, on a dépassé l’Atlas saharien, la végétation change assez brusquement ; une ligne de dénivellation sépare le Sahara de la Berbérie et en général il n’y a pas mélange entre les deuxflores. Cette limite est, en gros, jalonnée par Gafsa, Biskra, Laghouat, Figuig et le cap Noun.R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.XV.Cliché Posth29. — ZONE SAHELIENNE.Région du Tegama.Cliché Pasquier30. — ZONE SAHELIENNE.Région de Gao.R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.XVI.Cliché Pasquier31. — UNE HALTE DANS LA RÉGION DE GAO.Zone sahelienne.Cliché Laperrine32. — UN “ TAMAT ” [ACACIA ARABICA, WILLD] — ADR’AR’ DES IFOR’AS.Les branches sont mutilées pour la récolte des fruits, riches en tannin.La frontière botanique méridionale du Sahara est moins nette et moins précise.Au nord de la forêt tropicale, où des chutes de pluies supérieures à 1 m. 50 permettent le développement d’une riche végétation arborescente, où les arbres atteignent jusqu’à 50 mètres de haut, où les lianes abondent et rendent la circulation difficile, on peut, avec Chevalier[106], distinguer plusieurs zones, grossièrement parallèles entre elles ; leurs limites sont à peu près ouest-nord-ouest, est-sud-est et correspondent à des différences dans les quantités annuelles de pluie.Dans la première, la zone guinéenne, la pluie varie de 0 m. 50 à 1 m. 15 ; le sol est le plus souvent formé de plateaux arides, domaine de la savane, c’est-à-dire de prairie accompagnée d’arbres ; mais dans les dépressions apparaissent des bouquets impénétrables de grands bois avec de nombreuses lianes. Dans les endroits les plus humides, au bord même du ruisseau, de nombreux palmiers (Elæis,Raphia), des dracæna, des pandanées attestent une grande analogie avec la sylve équatoriale ; ils forment, le long de la vallée, un rideau de grands arbres. Ainsi caractérisée par ses « galeries forestières » [on en trouvera un bon schéma dans Chevalier, l’Afrique Centrale française, p. 751], la zone guinéenne qui, au Dahomey, s’étend jusqu’à l’Atlantique, s’arrête vers le 12° Lat. N. au sud de Bammako et vers le 8° Lat. N. dans la région du Chari. Le manioc y est la principale culture vivrière ; on y trouve déjà le karité et les lianes à caoutchouc.Au nord de la zone guinéenne, la zone soudanaise est formée surtout, dans le haut bassin du Niger, par un vaste plateau de grès couvert de latérite ; dans le bassin du Chari, les alluvions récentes dominent ; malgré ces différences lithologiques, sa constitution botanique est assez homogène ; elle est couverte, en général, par une haute savane où domine un petit nombre d’espèces de graminées (Imperata cylindricaPal. Beauv.,Ctenium elegansKunth, plusieursAndropogon, etc.). Les arbres les plus caractéristiques sont un palmier, le rônier (Borassus æthiopicusMart.), les baobabs (Adansonia) et le fromager (Eriodendron anfractuosumD. C.). Le karité dépasse rarement cette zone, et les lianes à caoutchouc y atteignent leur limite nord. Cette zone s’arrête sur le Niger vers Mopti (14°,30 Lat. N. auconfluent du Bani) et vers Sansané Haoussa (14° Lat. N.). Plus à l’est, elle passe au voisinage de Zinder et coupe l’extrémité sud du Tchad. C’est la zone des grandes cultures soudanaises : le grand et le petit mil presque partout, le riz dans les régions plus humides, et l’arachide. Bien qu’on la rencontre jusqu’au Tchad, cette dernière plante n’est cultivée en grand qu’au Sénégal, la seule région de la zone qui, jusqu’à présent, puisse facilement exporter en Europe les produits de médiocre valeur.Quoiqu’il en soit isolé par une bande de brousse aride, le Damergou peut être rattaché à la même province.Le district levé du Fouta Djalon, qui dépasse souvent1000 mètres d’altitude, présente des caractères spéciaux, assez nombreux pour qu’il soit nécessaire de le mettre à part : certains traits le rapprochent de l’Abyssinie, et il forme dans les zones guinéenne et soudanaise un îlot spécial, avec une flore subalpine.La zone sahélienne est la bordure méridionale du désert ; le doum (Cucifera thebaïcaDel.), rare dans la zone soudanaise, devient commun et, dans tous les points un peu humides, remplace le rônier. L’aderas (Balsamodendron africanumArn.), l’afernane (Euphorbia balsaminiferaAït.), le tadane (Boscia senegalensisLam.), le gommier (Acacia verekGuill.), l’Acacia arabicaWilld., rares plus au sud, y forment des peuplements importants ; ils sont souvent accompagnés par le talah (Acacia tortilisHayne), l’asabay (Leptadenia SpartumWight) et quelques autres formes que l’on retrouve dans une bonne partie du désert. En revanche la plupart des plantes salées (had, etc.) caractéristiques du Sahara, manquent dans le Sahel, où il faut donner du sel aux chameaux.La limite nord de cette zone, voisine du 18° Lat. N. vers l’Atlantique, s’abaisse dans la région du Tchad vers le 15° Lat. ; mais elle est loin d’être rectiligne et présente vers le nord quelques crochets dont deux correspondent à l’Adr’ar’ des Ifor’as et à l’Aïr à qui leur altitude assez élevée procure tous les ans quelques tornades ; d’après les renseignements de Nachtigal, le Tibesti semble appartenir lui aussi à cette zone sahélienne.Cette limite paraît correspondre assez rigoureusement à celle des pluies tropicales régulières ; les précipitations annuelles y varient probablement entre 150 et 500 millimètres ; plus au nord, il n’y a plus que des orages accidentels et le désert commence.Dans la zone sahélienne les pâturages sont abondants ; dans sa partie méridionale, elle convient fort bien à l’élevage. La culture n’y est possible que dans des conditions particulières ; elle nécessitél’irrigation ; sous cette condition, le petit mil et le blé, et, dans la zone d’inondation du Niger, le riz, donnent de beaux produits.Quant au Sahara, compris entre l’Afrique mineure et la zone sahélienne, il semble que l’on y peut distinguer par quelques caractères botaniques un Sahara soudanais et un Sahara algérien. Au-dessus de1000 mètres, l’Ahaggar paraît y former une province alpestre assez nette.Fig. 58. — Zones de végétation de l’Afrique occidentale.+++ Limite du Karité ; I, Zone forestière équatoriale ; II, Zone guinéenne ; III, Zone soudanaise ; IV, Zone sahélienne ; V, VI, Zone saharienne ; VII, Zone méditerranéenne ; VIII, Région de l’Ahaggar ; IX, Région du Fouta Djalon.Il convient d’ajouter, à ces zones parallèles à l’équateur et qui sont fonction de la latitude, et à celles que détermine l’hypsométrie (Fouta-Djalon, Ahaggar), la région littorale qui, comme partout, présente des caractères particuliers. Le cocotier, introduit il y a quelques siècles par les Portugais, pousse bien jusqu’à St-Louis. Le long dulittoral de Mauritanie viennent s’adjoindre, aux formes nettement sahariennes qui constituent le fond de la végétation, quelques espèces sénégalaises qui remontent plus haut en latitude sur les côtes de l’Atlantique que dans l’intérieur ; vers le cap Blanc, quelques formes canariennes sont à signaler. Enfin les tamarix forment presque des taillis en un grand nombre de points du littoral, surtout au sud de Nouakchott.La zone sahélienne et le Sahara[107]méritent une étude un peu plus détaillée.Zone sahélienne.— La haute plaine du Tegama appartient à cette zone et semble en présenter nettement les caractères moyens ; elle forme très nettement la transition entre le désert et les zones fertiles de l’Afrique centrale.Lorsque l’on vient d’Agadez, jusqu’à Ekelfi (16° Lat.), à 40 kilomètres de la falaise de Tigueddi, le sol est souvent à nu pendant plusieurs kilomètres ; les arbres, des talah surtout, sont rares et rabougris ; seuls quelques oueds renferment des graminées. Au sud d’Ekelfi, les grandes clairières disparaissent ; il y a presque partout des arbres hauts de 2 à 4 mètres, une cinquantaine à l’hectare. Après Takado (80 kilomètres au sud d’Ekelfi) les graminées ne sont plus localisées dans les vallées et forment un tapis continu ; les arbres atteignent souvent 5 à 6 mètres et sont plus rapprochés ; les essences sont aussi plus variées et il y a parfois des clairières avec de véritables prairies (Pl. XIX,phot. 35).Toute cette partie sud du Tegama constitue une excellente région d’élevage que l’insécurité du pays avait obligé à abandonner : avant notre arrivée, pendant la saison sèche, les nomades d’Agadez ne pouvaient utiliser ces très bons pâturages et étaient obligés d’envoyer leurs troupeaux jusqu’aux pays haoussa[107].Plus au sud encore, vers la mare de Tarka (14°,30′ Lat.), comme entre le Damergou et Ouamé, la brousse devient assez serrée pour qu’il soit difficile de quitter les sentiers. A l’est de l’itinéraire que j’ai suivi, d’après les renseignements concordants de Barth et de Foureau, ainsi que du commandant Gadel, la transition se fait de la même façon ; il y a à noter toutefois que la zone dénudée du nord est plus large.J’ai observé cet aspect en novembre 1905 ; quelques semainesplus tôt, après la saison des pluies, la poussée des plantes annuelles doit apporter quelques changements à l’aspect du Tegama.La transition entre le désert d’un côté et la forêt ou la prairie de l’autre, se fait très graduellement ; la steppe, qu’il est aussi classique qu’inexact de décrire comme entourant le désert, fait ici entièrement défaut.Le Tegama est en somme un pays sec ; la nappe d’eau y est très profonde et a peu d’influence sur la végétation. Il y existe cependant quelques mares permanentes (tin Teborak, Tarka) où la végétation devient fort belle ; des arbres de haute taille, l’Acacia arabicasurtout, poussent en grand nombre dans les parties régulièrement inondées, et donnent, à quelques hectares, l’aspect d’une véritable futaie. Autour de cette végétation forestière, on observe habituellement une ceinture, large d’une centaine de mètres, où abondent les teboraq, les jujubiers, les delga, qui manquent dans les parties plus sèches. Quelques sous-arbrisseaux à port de bruyère les accompagnent. Enfin, dans certaines mares tout au moins, comme à Tarka, les plantes aquatiques abondent : les nénuphars et les utriculaires couvrent de vastes espaces ; lesCyperus, accompagnés d’un grand volubilis à fleurs rouges (Ipomæa asarifolia?), forment d’épais massifs dans les points où l’eau est peu profonde.L’allure de la végétation dans le Tegama parait bien typique pour toutes les parties sèches de la zone sahélienne ; Nieger [La Géographie, XVI, p. 369] indique que, au nord du Timétr’in[108], les gommiers couvrent les thalwegs de certains oueds en fourrés assez épais pour que, de loin, on puisse croire à de véritables forêts ; les tribus touaregs, qui nomadisent dans cette région, exigent des caravanes qu’elles respectent leurs arbres ; E.-F. Gautier [La Géographie, XV, p. 110 et suiv.] insiste sur la continuité de la brousse à mimosées, tout le long de l’oued Tilemsi, continuité qui a également frappé Combemorel [Bull. Comité Afr. Française, déc. 1908]. La forêt de gommiers de Tombouctou, qui dessine trois bandes entre le Niger et Araouan, appartient à la même formation végétale qui s’étend jusqu’au voisinage de l’Atlantique où j’ai pu l’observer récemment entre Saint-Louis et Nouakchott ; vers l’est, de Zinder au Tchad, on retrouve le même aspect : les arbres n’ont disparu qu’autour de certaines mares à natron (Garamkawa, Gourselik) dont l’utilisation industrielle exige beaucoup de combustible.J’ai déjà indiqué, à propos du Tegama, que les mares créaient desstations botaniques bien caractérisées ; du Niger au Tchad, on observe le même fait ; mais parmi les arbres, le doum, qui manque à peu près complètement dans le Tegama, prend la première place. Lorsque le bas-fond humide est éloigné de tout village, les doums deviennent de beaux arbres ; dans le cas contraire, leurs troncs assez droits étant un des bois les plus utilisés pour la construction, l’on ne trouve plus que de jeunes pousses formant d’épais fourrés dont l’aspect rappelle les palmiers nains d’Algérie. Les postes militaires surtout, avec leurs constructions assez importantes, ont dû sacrifier de nombreux palmiers qu’il a souvent fallu aller chercher à une cinquantaine de kilomètres.J’ai pu suivre en février 1906, à un moment où les eaux du lac s’étaient retirées, la rive nord du Tchad ; les arbres y sont rares, sauf sur les dunes, où l’Acacia tortiliset leSalvadora persicaforment de nombreux buissons ; entre les dunes et le lac, s’étend un terrain plat où dominent les graminées : le mrokba, dans les points ensablés où il pousse sur des buttes de sable hautes d’un demi-mètre (nebka), et des graminées plus humbles qui forment une véritable prairie dans la régions où les argiles quaternaires sont à nu. Sur les bords mêmes du lac, le sommet de la berge est occupé par leCalotropis proceraauquel se joignent quelques raresLeptadeniaetSalvadora; plus près de l’eau des roseaux (Arundo Phragmites) et de grands scirpes forment d’épais fourrés, au milieu desquels on trouve souvent des buissons de grandes composées et de grandes malvacées ; un acacia, remarquable par la légèreté de son bois, l’Ambadj (Hermineria elaphroxylon) y est assez commun.Lors de mon passage, la sécheresse du sol, causée par le retrait du Tchad, avait amené en bien des points la mort, au moins apparente, des roseaux dont il ne subsistait plus que des tiges desséchées. Entre ces tiges, une végétation nouvelle cherchait à s’établir, où dominaient de jeunesCalotropis; Chevalier [L’Afrique centrale, p. 416] a observé des faits bien analogues sur la lisière méridionale du lac, au voisinage de Hadjar El Hamis, où cependant la végétation est plus variée.La zone d’inondation du Niger présente aussi quelques caractères spéciaux parmi lesquels le plus remarquable est l’existence de prairies aquatiques où domine lePanicum burguA. Chev.[109].Ces prairies, qui sont fréquentes surtout entre Segou et Ansongo, couvrent au moins 250000 hectares ; elles atteignent leur plus beaudéveloppement dans la région du lac Débo ; mais on les trouve aussi dans les régions lacustres de la boucle du Niger et de Goundam ; le bourgou est encore répandu dans les mares des Daouna ; il manque à peu près complètement dans le Faguibine.Ces grandes graminées, dont les chaumes atteignent 2 mètres de haut, fournissent un fourrage excellent, et, coupées jeunes, donnent un foin de bonne qualité. Les indigènes les utilisent en cas de disette pour leur propre nourriture ; en tout temps, ils en extraient le sucre qui y est abondant et l’emploient à la préparation de liqueurs fermentées. On a pu en extraire un alcool assez pur, produit qui dans ces régions où le bois est rare et où les combustibles minéraux manquent, peut être appelé, comme producteur d’énergie, à un grand avenir.Il semble cependant que pour la fabrication de l’alcool au Soudan, il vaut mieux s’adresser aux céréales indigènes (riz, mil, etc.,) dont la culture, facile et bien connue des noirs, peut être considérablement accrue, et dont le rendement en alcool est certain.Les mares à natron de la région de Manga montrent quelques particularités intéressantes ; les nénuphars et quelques autres plantes d’eau douce y font défaut et sur leurs bords il y a parfois des tamarix ; mais l’aderas n’y est pas rare, malgré l’humidité : on a souvent signalé des convergences analogues entre la flore des régions sèches et celle du bord de la mer.Les dépressions salées, situées à l’est du Tchad, présentent les mêmes caractères.Il existe, dans la zone sahélienne, quelques districts accidentés : le Koutous et l’Alakhos présentent quelques faits dignes de remarque (fig.59et60). Dans ces deux régions, qui sont en somme des plateaux gréseux posés sur la haute plaine du Tegama, la nappe d’eau qui alimente les puits est trop profonde pour que la végétation puisse en profiter, aussi le fond de toutes les vallées est-il occupé par une brousse serrée où dominent les acacias et les aderas caractéristiques des parties les plus sèches du Tegama ; les plateaux gréseux et les dunes qui s’y appuient, très perméables, jouent le rôle d’éponge et emmagasinent l’eau qui tombe assez régulièrement sur ces régions un peu élevées, situées juste à la frontière des zones saharienne et sahélienne. Sur les dunes, des essences à feuillage moins maigre, leBalanites Ægyptiaca, leBauhinia reticulata, leSalvadora persica, leCalotropis proceraforment le fond de la végétation spontanée ; c’est également sur les mêmes dunes que sont établis les champs de mil et, en quelques points privilégiés, d’ordinaire au contact de ladune et des grès, les cultures de coton ; sur le plateau reparaissent les talah et les aderas.Fig. 59. — Fragment de topographie de l’Alakhos.Il y a 12 kilomètres de Guidjamon à Ganadja ; le puits de Ganadja a 40 mètres ; les plateaux gréseux atteignent une centaine de mètres de hauteur.Un peu plus au sud, le Mounio, situé lui aussi sur les confins de deux zones, présente quelques caractères spéciaux. Auprès de Gabana, par exemple (fig. 61), le fond de la cuvette (A) est occupé par des dattiers et des doums ; les sommets rocheux (C) portent quelques aderas et surtout des euphorbes ; pendant la saison sèche, ces arbustes sont dépourvus de feuilles : l’aspect est celui que présentent en hiver les maigres taillis des coteaux de la Mayenne ou de la coupure de la Meuse ; les pentes ensablées (B) présentent, en janvier, l’aspect d’un champ de chaume, où seraient plantés quelques arbres (Balanites,Bauhinia,Salvadora,Tamarindus,Ziziphus,Calotropis,Acacia) ; ils rappellent assez bien, après les moissons, certains champs de blé des collines du Perche avec leurs pommiers à cidre. Dans la partie méridionale du Mounio, les essences sont encore plus variées.Fig. 60. — Profil de Guidjamon à Ganadja.a, au contact des dunes et des plateaux gréseux,Balanites ægyptiaca. Culture médiocre de coton.b, Culture de petit mil. Arbres à feuilles larges (Bauhinia reticulata, etc.) ;d, Graminées. L’arbuste dominant est le Sabera ;d′, Graminées seulement, à cause de la proximité du village ;e, Sol du Tegama,Balsamodendron africanum(Aderas).Les plateaux gréseux que Chevalier a décrits dans la région deGoundam et du Faguibine paraissent se rapprocher beaucoup du Mounio ; l’Euphorbia balsaminiferay est abondant, et y atteint parfois une grande taille. Il est accompagné deBalsamodendron africana, haut parfois de 10 mètres, son compagnon habituel dans la région de Gouré.Bien que, par sa latitude, il appartienne au désert, l’Aïr, que Barth, avec un peu d’exagération, a qualifié d’Alpes sahariennes, doit être rattaché à la zone sahélienne. C’est en effet à partir de l’oued Tyout que les pluies tropicales se font sentir tous les ans ; les pâturages y sont souvent fort beaux. Plus au nord, les tornades deviennent accidentelles et se produisent, comme partout au Sahara, à des saisons quelconques et à des périodes toujours éloignées les unes des autres. Au nord des derniers contreforts de l’Aïr, Tar’azit et Zélim, il avait plu, dans le Tiniri, peu de temps après le passage de Foureau (février 1899) ; quand j’ai traversé cette région avec Dinaux (septembre 1905), le développement des plantes annuelles, de l’acheb, prouvait quelques averses récentes ; d’après les renseignements indigènes, il n’avait pas plu dans l’intervalle des deux passages. Les averses de 1905 avaient d’ailleurs été très localisées, et à son retour par la route directe d’Aguellal à In Azaoua, Dinaux a dû faire à partir de l’oued R’arous (40 kilomètres au nord-ouest d’Iférouane) 250 kilomètres sans trouver de pâturages : ce ne fut guère qu’en arrivant à l’Ahaggar que les méharis purent brouter à leur aise.Fig. 61. — Stations botaniques du Mounio. Du campement de Gabana, 17 janvier 1906.A, Fond de cuvette. Dattiers et Doums. — B, Mamelons ensablés. Le sol est couvert de graminées desséchées, donnant l’aspect d’un champ de chaume.Balanites ægyptiacaest l’arbre dominant ; il est accompagné deBauhinia reticulata,Salvadora persica,Calotropis procera,Euphorbia balsaminifera. Acacia et jujubier. — C, Mamelon rocheux à pente raide.Euphorbia balsaminiferaetBalsamodendron africanumy forment un taillis clairsemé haut de 2 à 3 mètres ; en janvier toutes les feuilles sont tombées. Aspect d’hiver de quelques coteaux arides de la Mayenne ou de l’Ardenne. Le sommet de C est à 150 mètres au-dessus du fond de la cuvette A.Dans l’oued Tidek, couvert, d’après la carte du service géographiquede l’armée, d’une végétation tropicale, apparaissent en effet de grands arbres : l’Acacia arabicaWilld est surtout commun ; il porte souvent un beau parasite à fleurs rouges (Loranthus Chevalieri?) commun d’ailleurs dans toute la zone sahélienne, où on le trouve, au moins accidentellement, sur presque tous les arbres[110].Cette riche végétation ne quitte jamais les vallées : la section schématique du kori Teloua (fig. 63) à Salem-Salem (35 kilomètres au nord-est d’Agadez) montre d’abord le long de la berge de l’oued (en 1) quelques mousses et hépatiques, notamment desRiccia; en 2, il y a surtout des graminées, des aristoloches, desIpomæaet quelquesCalotropis; cette zone ne dépasse pas une largeur d’une dizaine de mètres. Puis vient, s’étendant sur une largeur qui atteint parfois 100 mètres, une véritable forêt où les grands arbres sont des doums et desAcacia arabicaentre lesquels croissent des formes plus humbles (Boscia senegalensis,Salvadora persica,Balanites Ægyptiacaet des jujubiers ; des lianes herbacées (Cucurbitacées, Asclépiadées) grimpant jusqu’au faîte des palmiers, permettent de rapprocher ce rideau d’arbres des galeries forestières de la zone guinéenne.Fig. 62. — Aïr. Extrémité nord de l’Adesnou, vue de l’oued Tidek.Acacia arabica(10 m.). Ce sont les premiers arbres que l’on voit, en venant du Nord.Au delà des alluvions humides, commencent les roches cristallines où le sol, le plus souvent dénudé, ne porte plus que quelques touffes de graminées et de loin en loin un talah (A. tortilis). Les parois abruptes des rochers qui s’élèvent parfois à 5 ou 600 mètres de haut sont presque toujours à découvert : dans les fentes de la roche, il pousse cependant quelques graminées et plus rarement uneasclépiadée à port de cactus (Boucerozia tombuctuensisA. Chev. ?). La belle végétation de l’Aïr est étroitement liée à l’humidité de ses koris.Le Teloua est une des rivières les plus vivantes de l’Aïr ; à Salem-Salem, il a déjà reçu plusieurs affluents importants, aussi son lit est-il bien marqué. Dans un grand nombre d’autres koris, le lit est à peine creusé ; il n’y a qu’une plaine d’alluvions presque horizontale ; les zones sont alors moins nettes et les arbres, moins nombreux, sont plus disséminés ; la vallée est couverte de graminées avec quelques acacias de loin en loin. Ce n’est plus l’étroite galerie forestière, mais la savane.Placé, comme l’Aïr, aux confins du désert et devant aussi à son altitude des pluies régulières, l’Adr’ar’ des Ifor’as, ne présente lui aussi de belles végétations que dans ses vallées.Fig. 63. — Coupe demi-schématique d’une vallée d’Aïr : le K. Teloua à Salem-Salem (35 km. au nord-est d’Agadez).A, Alluvions ; B, Gneiss et Micaschistes ; B′ Roches éruptives ; 1, berge du Kori. Mousses et hépatiques (Ricciées) ; 2, zone duCalotropis procera. Grandes graminées. Aristoloche.Ipomæa. Gazon de graminées avec nombreuses dicotylédones herbacées. La largeur très variable de cette zone ne dépasse pas 10 mètres ; 3, zone desCucifera thebaicaetAcacia arabica, atteignant 8 à 10 mètres de haut. Le sous-bois, très gazonné, contient des arbustes,Salvadora persica,Boscia senegalensis, Jujubier, etc. La largeur de cette galerie forestière varie de 10 m. à 50 m. ; 4, zone de l’Acacia tortilis(2 à 3 m. de haut). Quelques touffes isolées de Graminées, Cassia, etc. ; 5, Végétation presque nulle. Quelques graminées dans les fentes de la roche ; parfois,Boucerozia.Mais ici les vallées d’alluvions sont parfois fort larges ; elles peuvent atteindre plusieurs kilomètres et forment à la saison des pluies de véritables prairies couvertes d’un gazon continu, parsemé de quelques arbres.Ce qui domine en somme et de beaucoup, dans cette zone sahélienne, c’est la brousse à mimosées, variété de la forêt, mieux armée contre la sécheresse que la prairie ou la steppe. La savane ne s’y rencontre que très accidentellement dans quelques larges vallées où les alluvions restent toujours humides ; quant à la véritable prairie, elle est encore plus rare ; elle ne pousse que dans quelques bas-fonds inondés l’hiver, bas-fonds qui se couvrent, après les pluies, d’un gazon épais, haut d’un pied, et au milieu duquel se montrent quelques grandes fleurs comme dans les prairies de France.Dans l’étude de la zone sahélienne, un point important reste encore à élucider ; beaucoup d’espèces végétales connues au voisinage de l’Atlantique se retrouvent jusqu’en Nubie : sur les 49 espèces ligneuses que Chevalier énumère autour de Tombouctou, les quatre cinquièmes sont dans ce cas. Il y a donc une grande uniformité dans la végétation depuis le Sénégal jusqu’à la mer Rouge. L’Euphorbia balsaminiferacependant n’atteint pas le Tchad et dépasse peu le Mounio ; quelques autres espèces, qui s’étendent du bassin du Nil jusqu’à Tombouctou, ne sont pas connues plus à l’ouest. Il y a donc au moins des indices d’une subdivision de la zone sahélienne en longitude. Les faits connus avec précision ne sont malheureusement pas encore assez nombreux pour que l’on puisse chercher à définir ces régions botaniques, d’importance évidemment secondaire.Zone saharienne.— Les deux types principaux de végétation, les forêts et les prairies, qui se partagent la terre exigent tous deux une certaine abondance d’eau ; le développement des forêts n’est pas entravé par de longues sécheresses de l’atmosphère, pourvu qu’il existe toujours, à portée des racines, une nappe aquifère suffisante. Au contraire, les prairies ont besoin de pluie pendant la période de végétation.Forêts et prairies se développent à l’ordinaire sur de vastes surfaces, les causes climatiques qui les déterminent ne variant que lentement. La continuité de ces deux formations est parfois localement interrompue par des détails tenant au sol même (causes édaphiques[111]) ; par exemple, une coulée volcanique récente créera au milieu de la forêt de châtaigniers qui couvre les flancs de l’Etna une bande dépourvue de toute végétation ; au sud du Massif Central de France, les calcaires fissurés des Causses permettent à l’eau de descendre rapidement à de grandes profondeurs : la surface du plateau est presque un désert. De semblables particularités sont l’accident et les petits désertsédaphiquesqui en résultent n’ont qu’une importance minime dans l’étude de la géographie botanique de l’Europe.Au Sahara il en est tout autrement : la rareté des pluies, la haute température de l’été, les froids de l’hiver, la fréquence des vents desséchants sont autant de causes qui s’opposent au développement des plantes.Quelques points privilégiés comme les dunes, presque toujours humides en profondeur et où le peu de cohésion du sol permet aux racines de pousser rapidement, comme les vallées de l’Ahaggar où des seuils rocheux arrêtent de place en place l’eau qui imprègne les alluvions, se prêtent à la vie des végétaux. Au Sahara, le désert est climatique ; c’est l’absence de toute végétation qui est la règle. La vie ne reparaît que sur des points isolés ; elle est rendue possible par des causes édaphiques, causes variables d’un point à un autre et s’opposant à toute description vraiment générale des types de végétation.Le désert diffère profondément des deux autres types de formation végétale dues au climat : il est hostile à toute végétation. La sécheresse, comme d’ailleurs le froid, atténue les différences qui séparent d’ordinaire la forêt de la prairie : sous le climat du désert, le sol est occupé de loin en loin par des végétaux, herbacés ou ligneux, qui sont adaptés à des conditions aussi défavorables. La forêt et la prairie sont des formations « complètes » : le sol est partout productif ; il n’y a pas de vides ; de nouveaux éléments ne peuvent s’y introduire que difficilement ; beaucoup de graines peuvent germer, mais la plupart des jeunes plantes sont étouffées par leurs voisines. Le désert au contraire est une formation « inachevée » : il y a toujours des places libres entre les touffes espacées et beaucoup de plantes meurent sans être remplacées. Les graines qui tombent sur le sol ne germent pas, ou bien les jeunes plantes succombent sous l’inclémence du climat. La lutte pour l’existence est dirigée contre des forces physiques et non plus biologiques.Comme la zone sahélienne, le Sahara paraît, au point de vue botanique, en négligeant les quelques plantes venues du nord ou du sud, très homogène depuis la mer Rouge jusqu’à l’Atlantique : les 155 plantes du Sahara touareg, que M. Battandier a récemment étudiées, se décomposent à ce point de la façon suivante : 36 espèces à peu près cosmopolites ; 89 nettement sahariennes, dont 70 sont connues des rives de l’Atlantique jusqu’à l’Égypte ou l’Arabie.Cette flore est d’ailleurs très pauvre et il est douteux qu’il y ait1000 espèces phanérogames sur toute la surface du désert : seule, la flore polaire (800 espèces) peut lui être comparée, encore convient-il d’ajouter que les mousses et les lichens, qui existent à peine au désert, prennent une importance énorme, comme nombre d’individus et comme nombre d’espèces, dans les toundras du Nord. Dès qu’on arrive à des régions plus normales, le nombre des espèces s’accroît considérablement : le domaine méditerranéen, dont l’étendueest moindre que celle du désert compte environ7000 phanérogames ; il y en a3000 en Algérie, dont près de1500 se trouvent, dans un rayon de quelques kilomètres, autour de Constantine. En France (4500 espèces), il est peu de cantons, même dans les régions les plus homogènes, dont le catalogue n’énumère 7 à 800 espèces, à peu près autant que dans tout le Sahara.Cette flore est d’ailleurs encore assez mal connue ; les ouvrages des botanistes français se réduisent à peu près, pour le Sahara proprement dit, à : Cosson,inDuveyrier,Les Touaregs du Nord, 1864, p. 148-216[112]; — Battandier, Résultats botaniques de la mission Flamand, inBull. Soc. Bot. de France, XLVII, 1900, p. 441 ; — Plantes du Hoggar, récoltées par M. le Prof. Chudeau en 1905, inBull. Soc. Bot. de France, LIV, 1907, p. XIII-XXXIV ; — Bonnet,inFoureau,Documents scientifiques de la Mission Saharienne, 1905, I, pp. 401-413 (la plupart des plantes proviennent du Soudan) ; — Abbé Chevalier, Notes sur la flore du Sahara, inBull. de l’herbier Boissier, II, 3, 1903, p. 669-684 et p. 756-779 ; — II, 5, 1905, p. 440-444 ; — Ascherson, in Rohlf,Kufra, 1881, p. 386-559, donne plusieurs listes de plantes recueillies au sud de la Tripolitaine. La liste bibliographique assez étendue qui se trouve p. 407-408 dans le même ouvrage, sera facile à compléter avec les indications de Schimper,Plant Geography upon a physiological basis, 1903, p. 649-650.Malgré l’homogénéité de la flore saharienne, il semble que les arbres permettent, à première vue tout au moins, d’y distinguer trois régions. Le talah qui, d’ailleurs vers le sud, atteint la zone soudanaise, semble se rencontrer partout, de la Mauritanie à l’Arabie ; quoique plus fréquent dans le Sahara méridional, on le connaît cependant avec certitude dans le Sud tunisien. Les tamarix qui viennent du nord, traversent eux aussi tout le désert ; on les retrouve dans la région du Tchad ; ce n’est cependant que jusqu’à l’Ahaggar qu’ils sont fréquents, la région littorale mise à part, bien entendu.La plupart des autres arbres ou arbustes sont plus étroitement localisés. Le betoum (Pistacia atlanticaDesf.), arbre des plateaux algériens, se rencontre encore, entre Laghouat et le M’zab, dans la région des Daya ; il pénètre à peine dans le désert. Un peuplier à feuilles coriaces et persistantes, dernier représentant d’un groupe qui a été fort abondant dans le tertiaire européen, lePopulus EuphraticaOl. se trouve encore en quelques points du domaineméditerranéen (bords de l’Euphrate, Palestine, Constantine, etc.) ; on le connaît jusqu’au Tadmaït.Quelques genêts (Retama RetemWebb., par exemple) qui se rattachent à des formes de la flore de la Méditerranée, jouent un grand rôle dans le Sahara algérien ; on les trouve dans le Grand Erg et ils se continuent dans l’Iguidi ; plus au sud, ils disparaissent.Ces quelques exemples suffisent à expliquer pourquoi les botanistes qui ont étudié le nord du désert ont été amenés à dire que, « au point de vue de la composition de sa flore[113], le Sahara est actuellement une dépendance de la Méditerranée[114]».Le teborak (Balanites ÆgyptiacaDel.), l’irak (Salvadora persicaL.), l’asabai (Leptadenia SpartumWight) et quelques autres, tous communs dans la zone sahélienne, remontent plus ou moins haut vers le nord ; ils s’arrêtent presque tous au tassili des Azdjer ou au Tidikelt. Ils permettraient d’affirmer, si on ne considérait qu’eux seuls, que dans sa partie méridionale, le Sahara est une dépendance du Soudan. On est donc amené par la considération des plantes en quelque sorte étrangères au désert, des plantes immigrées, à distinguer dans le Sahara deux zones, l’une algérienne au nord, l’autre soudanaise au sud.La ligne qui les sépare vers le 26° Lat. N. du Tidikelt, se relève un peu vers l’est, contrairement à ce que l’on observe pour les limites des zones méridionales. Cosson[115]avait déjà fait remarquer que leCucifera thebaïcaqui remonte jusqu’au 29° Lat., en Égypte n’est noté par Barth que jusqu’au 21° Lat. ; leCassia obovata(le séné) atteint le 30° Lat. au Caire et seulement le 25° Lat. à R’ât ; dans le sud de l’Ahnet, 24°,30′ Lat., il est commun.En plein centre du Sahara, l’Ahaggar doit à sa haute altitude de former une région probablement très distincte. Quelques plantes, comme le câprier (Capparis spinosaL.), le tataït (Deverra fallaxBatt.), un arbre à port d’olivier, l’oléou, encore indéterminé, et quelques autres ne se rencontrent qu’au-dessus de1000 mètres. Un sedra, voisin du petit jujubier d’Algérie, leZizyphus SaharæBatt., paraît confiné dans l’Ahaggar et l’Adr’ar’ des Ifor’as. Quelques rosettes de larges feuilles, rappelant les grandes sauges d’Algérie, indiquent que, au cœur de l’Ahaggar, il y a quelques ruisseauxpermanents et des conditions climatiques plus voisines de celles du Tell.Ces apparitions de plantes nouvelles ne sont pas le seul fait à noter ; l’asabai, le teborak, le korounka, l’irak, si abondants dans les contreforts de l’Ahaggar, deviennent rares ou disparaissent à une altitude plus élevée ; le froid probablement les arrête. Voinot mentionne expressément l’absence de pâturages à chameaux sur la Coudia, au voisinage d’Idélès, et l’aspect très particulier de la végétation.D’après les renseignements de Duveyrier, et les recherches anatomiques de Tristam, Grisebach[116]a supposé que la Coudia portait deux ceintures de forêts dont la plus élevée serait une forêt de conifères. Il n’y a certainement pas de forêts sur l’Ahaggar ; il ne peut être question que de quelques bouquets d’arbres isolés comme dans le reste du désert : Motylinski est très affirmatif sur ce point et signale expressément la rareté des arbres, presque leur absence sur le haut plateau (cf.p. 30).Les deux faits qui permettaient de croire à l’existence de conifères dans l’Ahaggar sont d’abord la présence affirmée à Duveyrier d’un arbre portant le nom d’arrarqui, en Algérie, s’applique à un thuya (Callitris articulataDesf.) et à un genévrier (Juniperus phœniceaL.), puis l’examen anatomique de quelques ustensiles en bois achetés à des Touaregs. Ces ustensiles étaient bien en bois de conifères ; il est impossible que Tristam se soit trompé sur ce point, mais la provenance exacte du bois est évidemment douteuse. L’absence des conifères en Afrique, la Barbarie et l’Abyssinie mises à part, donnerait à la confirmation de l’existence d’un genévrier sur la Coudia une grande importance.Motylinski cependant ne mentionne rien de semblable et sa profonde connaissance du Sahara lui aurait bien probablement fait remarquer, s’il en avait vu, des formes végétales aussi tranchées.Malgré le peu de précision de ces renseignements, on a l’impression très nette que l’Ahaggar s’écarte par un assez grand nombre de traits du reste du Sahara. Une exploration botanique sérieuse permettra seule de dire s’il doit être considéré comme une sous-région du désert, ou s’il doit former une province botanique plus autonome. Il suffit pour le moment d’attirer l’attention sur ce point.Si nous revenons maintenant à l’ensemble du Sahara, je crois qu’il est impossible d’en faire une dépendance soit de la Méditerranée,soit du Soudan. A côté de quelques plantes émigrées, et qui se rattachent aux domaines voisins, il existe toute une série de formes absolument spéciales au désert, et qui manquent à l’Afrique mineure comme au Soudan. Un très grand nombre sont vivaces ; beaucoup ont un aspect sec et rigide très particulier ; d’autres ont les tiges et les feuilles épaisses et sont des plantes grasses.Beaucoup d’espèces et même beaucoup de genres sont spéciaux au désert et tout indique pour cette flore, à cachet si particulier, une ancienneté très reculée. Même, pour Schirmer, son existence serait la meilleure preuve de l’antiquité du Sahara. Mais comme l’a fait observer M. Battandier[117], cela prouve tout simplement que depuis fort longtemps il existait en Afrique des pays où ces plantes spéciales pouvaient vivre : elles ont pu habiter antérieurement la zone des ergs morts (cf. chap. VI,fig. 69) et émigrer en même temps que le désert lui-même ; il ne semble plus possible de douter qu’au début du quaternaire le Sahara ait été un pays relativement humide, trop humide certainement pour que les plantes qui l’occupent actuellement, aient pu y vivre : la concurrence vitale les aurait eu vite éliminées.Dans les trois subdivisions botaniques du Sahara que nous venons de chercher à définir, il reste à préciser quelles sont les stations habituelles des plantes et quel est l’aspect de la végétation du pays.Pour le Sahara algérien, les observations précises de Massart donnent toutes les indications nécessaires. Un premier point est mis en évidence : aux confins de l’Algérie, « le désert n’est pas vide, il est seulement monotone. C’est son uniformité qui donne à la flore saharienne son caractère propre » (p. 227). Dans les dunes du Souf, en quatre jours de marche, 27 espèces différentes seulement ont pu être notées : les dunes sont une des parties riches du désert.Les stations du Sahara algérien sont en relation immédiate avec la nature du sol ; les caractères édaphiques sont très nets. On peut distinguer trois types principaux : les terrains salés, les dunes et les hammadas.Dans les chotts et les sebkhas, lorsque le sel est trop abondant, la végétation fait complètement défaut ; mais parfois, sur le sel, s’établissent des buttes de sable qui se couvrent de végétation : à la base, tout contre le sel, des salsolacées à feuilles charnues (Suæda,Halocnemumetc.) ; un peu plus haut, un arbuste tout couvert de sécrétions salines, le zeita (Limoniastrum GuyonianumCoss. et Dur.), que sesfleurs roses font reconnaître de loin, enfin tout au sommet de la butte, lorsqu’elle atteint quelques mètres, des tamarix.Sur les sols argileux moins salés, domine le guétaf (Atriplex halimusL.), parfois l’harmel (Peganum harmalaL.).La localisation si précise de ces végétaux est déterminée par de bien faibles variations dans la salure et l’humidité du sol : chaque espèce reste strictement cantonnée dans sa zone. Lorsque les conditions de milieu ne varient pas, une seule espèce se développe : souvent au Sahara on marche quelques heures au milieu d’un pâturage, où une seule espèce de plante a pu pousser.Dans le désert pierreux, sur les hammadas, qui, au Sahara algérien, sont calcaires, dominent de petits arbrisseaux à feuilles et à tiges velues. La végétation y est très clairsemée, très rabougrie ; son revêtement pileux lui donne la teinte grise des rochers sur lesquels elle pousse. A peu près seuls, le câprier (Capparis spinosaL.), d’ailleurs assez rare, et une ombellifère très commune au M’zab, leDeverra chloranthaCoss. et Dur., sont glabres ; la seconde est à peine verte ; quant au câprier, ses feuilles arrondies, de 4 à 5 centimètres de diamètre, le séparent nettement de presque toutes les plantes sahariennes dont les organes foliaires sont en général très réduits.Les dunes sont les parties les plus riches du désert ; cette richesse est d’ailleurs toute relative et le botaniste n’y fait que de maigres récoltes. La plante peut-être la plus répandue dans l’erg est probablement le « drinn » (Aristida pungensP. B.) une graminée qui forme le fond de pâturages excellents. A part quelques différences dans l’inflorescence, le drinn rappelle assez bien l’oyat (Ammophila arenariaRœm.) qui se trouve sur toutes les dunes maritimes de l’Europe, qu’il contribue à fixer : ces deux graminées poussent par touffes isolées, avec des feuilles assez serrées, raides et piquantes et d’un ton un peu glauque.Les arbrisseaux sont représentés par des légumineuses dont les rameaux sans feuilles simulent le genêt d’Espagne ; l’une des plus répandues, le r’tem (Retama RetemWebb.) est couvert en mars et en avril de belles fleurs blanches ; l’alenda (Ephedra alata) et le harta (Calligonum comosumL’Her.), également dépourvus de feuilles, sont fréquents aussi dans l’erg.Dans le Sahara arabe, où dominent les ergs presque toujours couverts de pâturages, il est rare que la végétation fasse longtemps défaut ; il n’y a pas, à proprement parler, de tanezrouft.Au contraire, d’une manière générale, au Sahara touareg, de même que dans le nord de l’Adr’ar’ des Ifor’as et de l’Aïr, la végétation,quand elle existe, est limitée aux oueds. Dans la pénéplaine cristalline, comme dans le Tiniri, cette limitation est stricte : quelques touffes d’arbrisseaux desséchés suffisent presque à prouver un thalweg ; dans l’Ahaggar, lorsque l’on examine d’un point élevé une région étendue, le réseau hydrographique est nettement dessiné par la végétation qui y est moins clairsemée que sur les collines voisines ; dans les petits oueds, dominent des stipées dont les panaches murs simulent un ruban de soie blanche ; dans les oueds plus larges, la végétation plus variée donne des tons le plus souvent d’un vert glauque, avec quelques taches vert franc.

Fig. 55. — Un coup de brume, le 25 juillet 1905, dans la vallée de l’oued en Néfis.A une demi-journée au sud de Timissao. Les falaises de grès dévonien qui limitent la vallée ont 40 mètres de hauteur.

Fig. 55. — Un coup de brume, le 25 juillet 1905, dans la vallée de l’oued en Néfis.A une demi-journée au sud de Timissao. Les falaises de grès dévonien qui limitent la vallée ont 40 mètres de hauteur.

Fig. 55. — Un coup de brume, le 25 juillet 1905, dans la vallée de l’oued en Néfis.

A une demi-journée au sud de Timissao. Les falaises de grès dévonien qui limitent la vallée ont 40 mètres de hauteur.

Après le coucher du soleil, le vent s’établissait à nouveau au sud et devenait frais, 6 de l’échelle de Beaufort ; un nuage sombre, et très bas sur l’horizon, apparaissait au sud. Vers sept heures et demie, on en pouvait distinguer le détail (fig. 56) : la partie supérieure, vivement éclairée par la lune à son premier quartier, était blanche ; la partie inférieure était noire, et lançait vers le haut de nombreux tourbillons d’argile : quelques-uns, comme les trombes de sable, étaient simples et souvent épanouis en champignon à leur sommet, quelques autres étaient, ou paraissaient, bifurqués et parfois ramifiés. A neuf heures un quart le nuage atteignait le piton de Tit, le Tinési, et présentait la même apparence (fig. 57). Cinq minutes après, il couvrait le camp situé à un peu plus de 2 kilomètres au nord du piton. Pendant un quart d’heure, l’obscurité a été complète ; la luneavait complètement disparu ; vers dix heures et demie ou onze heures, le vent tombe et le ciel redevient visible ; le lendemain, il y avait une brume légère, suffisante cependant pour masquer l’Ilamane situé à une trentaine de kilomètres de Tit. Il n’a pas plu la nuit.

Fig. 56. — Un coup de brume le 8 août 1905 à Tit (Ahaggar).Aspect vers 7 h. 1/2. — Le piton de Tit a 60 mètres de haut.

Fig. 56. — Un coup de brume le 8 août 1905 à Tit (Ahaggar).Aspect vers 7 h. 1/2. — Le piton de Tit a 60 mètres de haut.

Fig. 56. — Un coup de brume le 8 août 1905 à Tit (Ahaggar).

Aspect vers 7 h. 1/2. — Le piton de Tit a 60 mètres de haut.

Ces brumes paraissent avoir une influence marquée sur la variation diurne des températures ; quand le temps est clair, la température s’élève rapidement jusque vers neuf heures, croît ensuite plus lentement jusqu’à son maximum vers deux heures et demie, et décroît lentement jusqu’au lendemain matin. Le 30 juillet, dans le tanezrouft de Silet, une brume épaisse, qui s’était formée la veille au soir, nous a obligé à marcher à la boussole ; les températures observées ont été les suivantes : six heures, 32° ; sept heures et demie, 34°,5 ; huit heures, 35° ; neuf heures, 37° ; dix heures, 38° ; onze heures, 41° ; midi, 43° ; une heure, 42°, 5 ; deux heures, 42° ; trois heures et demie, 42° ; cinq heures, 41°,5 ; six heures, 40°. Le maximum a eu lieu à midi et la température a à peine varié jusqu’au soir ; le vent assez faible s’est tenu toute la matinée au sud ; il est tombédans l’après-midi. Ces observations de température ont été faites pendant la marche, mais dans une plaine très plate. Le déplacement du maximum semble d’ailleurs confirmé par quelques autres observations moins détaillées.

Fig. 57. — Le coup de brume du 8 août 1905 à Tit.Aspect vers 8 h. 1/2. — Les collines du second plan sont masquées.

Fig. 57. — Le coup de brume du 8 août 1905 à Tit.Aspect vers 8 h. 1/2. — Les collines du second plan sont masquées.

Fig. 57. — Le coup de brume du 8 août 1905 à Tit.

Aspect vers 8 h. 1/2. — Les collines du second plan sont masquées.

Les orages secs sont fréquents dans tout le Sahara, mais ce sont habituellement des orages de sable ; ils charrient de menus projectiles quartzeux dont le choc est parfaitement perceptible ; les tourbillons de sable, les djinn valseurs, sont également fréquents. Mais sous quelque forme qu’ils se présentent, les nuages de sable s’élèvent peu et disparaissent dès que le vent tombe ; au contraire, les poussières argileuses sont lentes à se disperser ; elles restent dans l’atmosphère où elles créent des brumes épaisses qui persistent tant que l’air n’a pas été lavé par la pluie.

Pour les Touaregs, l’apparition de ces brumes dans le Tanezrouft est un signe certain que la saison des pluies est commencée au Soudan ; la liaison entre les tornades et ces nuages de poussière soulevée par le vent paraît en effet évidente.

Il semble aussi facile de comprendre pourquoi ces brumes sont localisées dans la partie méridionale du Sahara : dans le désert, les alluvions ont depuis longtemps été remaniées par le vent ; toutes les fines poussières en ont été enlevées et elles sont allées tomber dans l’Atlantique ; le sable a édifié les dunes ; il ne reste plus dans les vallées, sur les regs, que du sable grossier et des cailloux. Si l’on creuse un peu, on trouve, à une dizaine de centimètres de profondeur, des alluvions plus normales avec des argiles, mais le manteau de graviers qui les couvre les met hors d’atteinte du vent. Les crues peuvent bien remanier ces alluvions, et ramener les poussières au jour ; mais, loin des régions montagneuses, les crues sont un accident bien rare et il n’y a guère à en tenir compte.

Dans l’Ad’rar’ des Ifor’as, dans l’Ahaggar, dans l’Aïr, les alluvions sont restées argileuses ; les oueds y coulent tous les ans ; la poussière qui a été enlevée de la surface de leurs vallées par les tornades, est sans cesse renouvelée par l’action des eaux dont les remous, à chaque crue, ramènent au jour les parties profondes des alluvions ; soumis à des alternatives de sécheresse et d’humidité, les feldspaths des roches cristallines, tous plus ou moins kaolinisés, s’effritent peu à peu, et préparent ainsi de nouveaux matériaux pour les brumes que provoquent les tornades.

La liaison entre la pluie et les brouillards secs est très nette et très profonde.

Les brumes sont fréquentes dans tout le Soudan, et en relationaussi avec les tornades ; je ne crois pas qu’elles y atteignent jamais une intensité comparable à celles qu’elles présentent parfois au désert : on voit toujours assez clair pour se diriger et pour suivre le guide.

Les cultivateurs noirs ont la plus grande estime pour ces brouillards secs : « Quand ils ont été fréquents, la récolte est bonne », disent-ils. Cette croyance peut très bien ne pas être absurde ; les années très brumeuses sont sans doute aussi des années très pluvieuses ; la grande extension des incendies de brousse au Soudan rend probable que, à l’argile, s’ajoute un bon engrais, les cendres végétales, dans la formation des nuages de poussière.

[99]Ginestous,Études sur le climat de la Tunisie(Thèse). Paris, 1906.[100]Marc, La répartition de la pluie au Soudan.Ann. de Géogr., 15 janvier 1909.[101]Bull. du Comité de l’Afrique française, mai 1907, p. 179.[102]R. de Caix, La Reconnaissance du lieutenant Cottenest chez les Hoggar,Bull. Comité Afr. fr., 1902, p. 307. — Guilho-Lohan,Renseignements coloniaux, sept.-octobre 1903.[103]De Motylinski et Basset,Grammaire et dictionnaire français-touareg, Alger, 1908, p. 89-92.[104]Dinaux,Rens. col. Bull. du Comité Afr. fr., avril 1908, p. 106.[105]Échelle de Beaufort.

[99]Ginestous,Études sur le climat de la Tunisie(Thèse). Paris, 1906.

[99]Ginestous,Études sur le climat de la Tunisie(Thèse). Paris, 1906.

[100]Marc, La répartition de la pluie au Soudan.Ann. de Géogr., 15 janvier 1909.

[100]Marc, La répartition de la pluie au Soudan.Ann. de Géogr., 15 janvier 1909.

[101]Bull. du Comité de l’Afrique française, mai 1907, p. 179.

[101]Bull. du Comité de l’Afrique française, mai 1907, p. 179.

[102]R. de Caix, La Reconnaissance du lieutenant Cottenest chez les Hoggar,Bull. Comité Afr. fr., 1902, p. 307. — Guilho-Lohan,Renseignements coloniaux, sept.-octobre 1903.

[102]R. de Caix, La Reconnaissance du lieutenant Cottenest chez les Hoggar,Bull. Comité Afr. fr., 1902, p. 307. — Guilho-Lohan,Renseignements coloniaux, sept.-octobre 1903.

[103]De Motylinski et Basset,Grammaire et dictionnaire français-touareg, Alger, 1908, p. 89-92.

[103]De Motylinski et Basset,Grammaire et dictionnaire français-touareg, Alger, 1908, p. 89-92.

[104]Dinaux,Rens. col. Bull. du Comité Afr. fr., avril 1908, p. 106.

[104]Dinaux,Rens. col. Bull. du Comité Afr. fr., avril 1908, p. 106.

[105]Échelle de Beaufort.

[105]Échelle de Beaufort.

CHOROLOGIE

I.Géographie botanique.— Les grandes zones. — Zone sahélienne. — Zone saharienne. — Les adaptations (les plantes grasses, les lianes, les graines, défense contre les animaux). — La culture (cultures irriguées). — Remarques sur quelques espèces.

II.Géographie zoologique.— Cœlentérés. — Insectes (termites, insectes des tanezrouft). — Crustacés. — Mollusques. — Reptiles et Batraciens. — Oiseaux (l’autruche). — Mammifères. — La chasse. — Les troupeaux (moutons et chèvres, bœufs, chevaux, ânes, chameaux). — Les hommes (les Touaregs, l’habitation).

I. Les grandes zones.— Le désert, au point de vue climatique, est caractérisé par l’absence ou la rareté des pluies ; la végétation en est le plus souvent rare ou absente, et le Sahara forme une zone botanique qui peut être limitée avec une certaine précision.

Il confine au nord au domaine méditerranéen, domaine très étendu auquel appartiennent la Cyrénaïque et l’Afrique mineure. Les arbres et arbustes à feuillage toujours vert (olivier, bruyères arborescentes, chênes verts), de nombreuses conifères (une dizaine d’espèces, dont les plus notables sont le pin d’Alep, le cèdre, le callitris et les genèvriers) caractérisent le littoral et les régions accidentées de la Berbérie ; les steppes à alfa et à absinthe (chih) des Hauts Plateaux font partie du même domaine.

Bien qu’appartenant à la zone méditerranéenne, le littoral atlantique du Maroc présente quelques traits particuliers qui permettent de le mettre un peu à part : des Euphorbes cactoïdes et l’Arganier (Sideroxylon) sont parmi les espèces les plus caractéristiques.

Dès que, vers le sud, on a dépassé l’Atlas saharien, la végétation change assez brusquement ; une ligne de dénivellation sépare le Sahara de la Berbérie et en général il n’y a pas mélange entre les deuxflores. Cette limite est, en gros, jalonnée par Gafsa, Biskra, Laghouat, Figuig et le cap Noun.

R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.XV.Cliché Posth29. — ZONE SAHELIENNE.Région du Tegama.Cliché Pasquier30. — ZONE SAHELIENNE.Région de Gao.

Cliché Posth29. — ZONE SAHELIENNE.Région du Tegama.

Cliché Posth29. — ZONE SAHELIENNE.Région du Tegama.

Cliché Posth

29. — ZONE SAHELIENNE.

Région du Tegama.

Cliché Pasquier30. — ZONE SAHELIENNE.Région de Gao.

Cliché Pasquier30. — ZONE SAHELIENNE.Région de Gao.

Cliché Pasquier

30. — ZONE SAHELIENNE.

Région de Gao.

R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.XVI.Cliché Pasquier31. — UNE HALTE DANS LA RÉGION DE GAO.Zone sahelienne.Cliché Laperrine32. — UN “ TAMAT ” [ACACIA ARABICA, WILLD] — ADR’AR’ DES IFOR’AS.Les branches sont mutilées pour la récolte des fruits, riches en tannin.

Cliché Pasquier31. — UNE HALTE DANS LA RÉGION DE GAO.Zone sahelienne.

Cliché Pasquier31. — UNE HALTE DANS LA RÉGION DE GAO.Zone sahelienne.

Cliché Pasquier

31. — UNE HALTE DANS LA RÉGION DE GAO.

Zone sahelienne.

Cliché Laperrine32. — UN “ TAMAT ” [ACACIA ARABICA, WILLD] — ADR’AR’ DES IFOR’AS.Les branches sont mutilées pour la récolte des fruits, riches en tannin.

Cliché Laperrine32. — UN “ TAMAT ” [ACACIA ARABICA, WILLD] — ADR’AR’ DES IFOR’AS.Les branches sont mutilées pour la récolte des fruits, riches en tannin.

Cliché Laperrine

32. — UN “ TAMAT ” [ACACIA ARABICA, WILLD] — ADR’AR’ DES IFOR’AS.

Les branches sont mutilées pour la récolte des fruits, riches en tannin.

La frontière botanique méridionale du Sahara est moins nette et moins précise.

Au nord de la forêt tropicale, où des chutes de pluies supérieures à 1 m. 50 permettent le développement d’une riche végétation arborescente, où les arbres atteignent jusqu’à 50 mètres de haut, où les lianes abondent et rendent la circulation difficile, on peut, avec Chevalier[106], distinguer plusieurs zones, grossièrement parallèles entre elles ; leurs limites sont à peu près ouest-nord-ouest, est-sud-est et correspondent à des différences dans les quantités annuelles de pluie.

Dans la première, la zone guinéenne, la pluie varie de 0 m. 50 à 1 m. 15 ; le sol est le plus souvent formé de plateaux arides, domaine de la savane, c’est-à-dire de prairie accompagnée d’arbres ; mais dans les dépressions apparaissent des bouquets impénétrables de grands bois avec de nombreuses lianes. Dans les endroits les plus humides, au bord même du ruisseau, de nombreux palmiers (Elæis,Raphia), des dracæna, des pandanées attestent une grande analogie avec la sylve équatoriale ; ils forment, le long de la vallée, un rideau de grands arbres. Ainsi caractérisée par ses « galeries forestières » [on en trouvera un bon schéma dans Chevalier, l’Afrique Centrale française, p. 751], la zone guinéenne qui, au Dahomey, s’étend jusqu’à l’Atlantique, s’arrête vers le 12° Lat. N. au sud de Bammako et vers le 8° Lat. N. dans la région du Chari. Le manioc y est la principale culture vivrière ; on y trouve déjà le karité et les lianes à caoutchouc.

Au nord de la zone guinéenne, la zone soudanaise est formée surtout, dans le haut bassin du Niger, par un vaste plateau de grès couvert de latérite ; dans le bassin du Chari, les alluvions récentes dominent ; malgré ces différences lithologiques, sa constitution botanique est assez homogène ; elle est couverte, en général, par une haute savane où domine un petit nombre d’espèces de graminées (Imperata cylindricaPal. Beauv.,Ctenium elegansKunth, plusieursAndropogon, etc.). Les arbres les plus caractéristiques sont un palmier, le rônier (Borassus æthiopicusMart.), les baobabs (Adansonia) et le fromager (Eriodendron anfractuosumD. C.). Le karité dépasse rarement cette zone, et les lianes à caoutchouc y atteignent leur limite nord. Cette zone s’arrête sur le Niger vers Mopti (14°,30 Lat. N. auconfluent du Bani) et vers Sansané Haoussa (14° Lat. N.). Plus à l’est, elle passe au voisinage de Zinder et coupe l’extrémité sud du Tchad. C’est la zone des grandes cultures soudanaises : le grand et le petit mil presque partout, le riz dans les régions plus humides, et l’arachide. Bien qu’on la rencontre jusqu’au Tchad, cette dernière plante n’est cultivée en grand qu’au Sénégal, la seule région de la zone qui, jusqu’à présent, puisse facilement exporter en Europe les produits de médiocre valeur.

Quoiqu’il en soit isolé par une bande de brousse aride, le Damergou peut être rattaché à la même province.

Le district levé du Fouta Djalon, qui dépasse souvent1000 mètres d’altitude, présente des caractères spéciaux, assez nombreux pour qu’il soit nécessaire de le mettre à part : certains traits le rapprochent de l’Abyssinie, et il forme dans les zones guinéenne et soudanaise un îlot spécial, avec une flore subalpine.

La zone sahélienne est la bordure méridionale du désert ; le doum (Cucifera thebaïcaDel.), rare dans la zone soudanaise, devient commun et, dans tous les points un peu humides, remplace le rônier. L’aderas (Balsamodendron africanumArn.), l’afernane (Euphorbia balsaminiferaAït.), le tadane (Boscia senegalensisLam.), le gommier (Acacia verekGuill.), l’Acacia arabicaWilld., rares plus au sud, y forment des peuplements importants ; ils sont souvent accompagnés par le talah (Acacia tortilisHayne), l’asabay (Leptadenia SpartumWight) et quelques autres formes que l’on retrouve dans une bonne partie du désert. En revanche la plupart des plantes salées (had, etc.) caractéristiques du Sahara, manquent dans le Sahel, où il faut donner du sel aux chameaux.

La limite nord de cette zone, voisine du 18° Lat. N. vers l’Atlantique, s’abaisse dans la région du Tchad vers le 15° Lat. ; mais elle est loin d’être rectiligne et présente vers le nord quelques crochets dont deux correspondent à l’Adr’ar’ des Ifor’as et à l’Aïr à qui leur altitude assez élevée procure tous les ans quelques tornades ; d’après les renseignements de Nachtigal, le Tibesti semble appartenir lui aussi à cette zone sahélienne.

Cette limite paraît correspondre assez rigoureusement à celle des pluies tropicales régulières ; les précipitations annuelles y varient probablement entre 150 et 500 millimètres ; plus au nord, il n’y a plus que des orages accidentels et le désert commence.

Dans la zone sahélienne les pâturages sont abondants ; dans sa partie méridionale, elle convient fort bien à l’élevage. La culture n’y est possible que dans des conditions particulières ; elle nécessitél’irrigation ; sous cette condition, le petit mil et le blé, et, dans la zone d’inondation du Niger, le riz, donnent de beaux produits.

Quant au Sahara, compris entre l’Afrique mineure et la zone sahélienne, il semble que l’on y peut distinguer par quelques caractères botaniques un Sahara soudanais et un Sahara algérien. Au-dessus de1000 mètres, l’Ahaggar paraît y former une province alpestre assez nette.

Fig. 58. — Zones de végétation de l’Afrique occidentale.+++ Limite du Karité ; I, Zone forestière équatoriale ; II, Zone guinéenne ; III, Zone soudanaise ; IV, Zone sahélienne ; V, VI, Zone saharienne ; VII, Zone méditerranéenne ; VIII, Région de l’Ahaggar ; IX, Région du Fouta Djalon.

Fig. 58. — Zones de végétation de l’Afrique occidentale.+++ Limite du Karité ; I, Zone forestière équatoriale ; II, Zone guinéenne ; III, Zone soudanaise ; IV, Zone sahélienne ; V, VI, Zone saharienne ; VII, Zone méditerranéenne ; VIII, Région de l’Ahaggar ; IX, Région du Fouta Djalon.

Fig. 58. — Zones de végétation de l’Afrique occidentale.

+++ Limite du Karité ; I, Zone forestière équatoriale ; II, Zone guinéenne ; III, Zone soudanaise ; IV, Zone sahélienne ; V, VI, Zone saharienne ; VII, Zone méditerranéenne ; VIII, Région de l’Ahaggar ; IX, Région du Fouta Djalon.

Il convient d’ajouter, à ces zones parallèles à l’équateur et qui sont fonction de la latitude, et à celles que détermine l’hypsométrie (Fouta-Djalon, Ahaggar), la région littorale qui, comme partout, présente des caractères particuliers. Le cocotier, introduit il y a quelques siècles par les Portugais, pousse bien jusqu’à St-Louis. Le long dulittoral de Mauritanie viennent s’adjoindre, aux formes nettement sahariennes qui constituent le fond de la végétation, quelques espèces sénégalaises qui remontent plus haut en latitude sur les côtes de l’Atlantique que dans l’intérieur ; vers le cap Blanc, quelques formes canariennes sont à signaler. Enfin les tamarix forment presque des taillis en un grand nombre de points du littoral, surtout au sud de Nouakchott.

La zone sahélienne et le Sahara[107]méritent une étude un peu plus détaillée.

Zone sahélienne.— La haute plaine du Tegama appartient à cette zone et semble en présenter nettement les caractères moyens ; elle forme très nettement la transition entre le désert et les zones fertiles de l’Afrique centrale.

Lorsque l’on vient d’Agadez, jusqu’à Ekelfi (16° Lat.), à 40 kilomètres de la falaise de Tigueddi, le sol est souvent à nu pendant plusieurs kilomètres ; les arbres, des talah surtout, sont rares et rabougris ; seuls quelques oueds renferment des graminées. Au sud d’Ekelfi, les grandes clairières disparaissent ; il y a presque partout des arbres hauts de 2 à 4 mètres, une cinquantaine à l’hectare. Après Takado (80 kilomètres au sud d’Ekelfi) les graminées ne sont plus localisées dans les vallées et forment un tapis continu ; les arbres atteignent souvent 5 à 6 mètres et sont plus rapprochés ; les essences sont aussi plus variées et il y a parfois des clairières avec de véritables prairies (Pl. XIX,phot. 35).

Toute cette partie sud du Tegama constitue une excellente région d’élevage que l’insécurité du pays avait obligé à abandonner : avant notre arrivée, pendant la saison sèche, les nomades d’Agadez ne pouvaient utiliser ces très bons pâturages et étaient obligés d’envoyer leurs troupeaux jusqu’aux pays haoussa[107].

Plus au sud encore, vers la mare de Tarka (14°,30′ Lat.), comme entre le Damergou et Ouamé, la brousse devient assez serrée pour qu’il soit difficile de quitter les sentiers. A l’est de l’itinéraire que j’ai suivi, d’après les renseignements concordants de Barth et de Foureau, ainsi que du commandant Gadel, la transition se fait de la même façon ; il y a à noter toutefois que la zone dénudée du nord est plus large.

J’ai observé cet aspect en novembre 1905 ; quelques semainesplus tôt, après la saison des pluies, la poussée des plantes annuelles doit apporter quelques changements à l’aspect du Tegama.

La transition entre le désert d’un côté et la forêt ou la prairie de l’autre, se fait très graduellement ; la steppe, qu’il est aussi classique qu’inexact de décrire comme entourant le désert, fait ici entièrement défaut.

Le Tegama est en somme un pays sec ; la nappe d’eau y est très profonde et a peu d’influence sur la végétation. Il y existe cependant quelques mares permanentes (tin Teborak, Tarka) où la végétation devient fort belle ; des arbres de haute taille, l’Acacia arabicasurtout, poussent en grand nombre dans les parties régulièrement inondées, et donnent, à quelques hectares, l’aspect d’une véritable futaie. Autour de cette végétation forestière, on observe habituellement une ceinture, large d’une centaine de mètres, où abondent les teboraq, les jujubiers, les delga, qui manquent dans les parties plus sèches. Quelques sous-arbrisseaux à port de bruyère les accompagnent. Enfin, dans certaines mares tout au moins, comme à Tarka, les plantes aquatiques abondent : les nénuphars et les utriculaires couvrent de vastes espaces ; lesCyperus, accompagnés d’un grand volubilis à fleurs rouges (Ipomæa asarifolia?), forment d’épais massifs dans les points où l’eau est peu profonde.

L’allure de la végétation dans le Tegama parait bien typique pour toutes les parties sèches de la zone sahélienne ; Nieger [La Géographie, XVI, p. 369] indique que, au nord du Timétr’in[108], les gommiers couvrent les thalwegs de certains oueds en fourrés assez épais pour que, de loin, on puisse croire à de véritables forêts ; les tribus touaregs, qui nomadisent dans cette région, exigent des caravanes qu’elles respectent leurs arbres ; E.-F. Gautier [La Géographie, XV, p. 110 et suiv.] insiste sur la continuité de la brousse à mimosées, tout le long de l’oued Tilemsi, continuité qui a également frappé Combemorel [Bull. Comité Afr. Française, déc. 1908]. La forêt de gommiers de Tombouctou, qui dessine trois bandes entre le Niger et Araouan, appartient à la même formation végétale qui s’étend jusqu’au voisinage de l’Atlantique où j’ai pu l’observer récemment entre Saint-Louis et Nouakchott ; vers l’est, de Zinder au Tchad, on retrouve le même aspect : les arbres n’ont disparu qu’autour de certaines mares à natron (Garamkawa, Gourselik) dont l’utilisation industrielle exige beaucoup de combustible.

J’ai déjà indiqué, à propos du Tegama, que les mares créaient desstations botaniques bien caractérisées ; du Niger au Tchad, on observe le même fait ; mais parmi les arbres, le doum, qui manque à peu près complètement dans le Tegama, prend la première place. Lorsque le bas-fond humide est éloigné de tout village, les doums deviennent de beaux arbres ; dans le cas contraire, leurs troncs assez droits étant un des bois les plus utilisés pour la construction, l’on ne trouve plus que de jeunes pousses formant d’épais fourrés dont l’aspect rappelle les palmiers nains d’Algérie. Les postes militaires surtout, avec leurs constructions assez importantes, ont dû sacrifier de nombreux palmiers qu’il a souvent fallu aller chercher à une cinquantaine de kilomètres.

J’ai pu suivre en février 1906, à un moment où les eaux du lac s’étaient retirées, la rive nord du Tchad ; les arbres y sont rares, sauf sur les dunes, où l’Acacia tortiliset leSalvadora persicaforment de nombreux buissons ; entre les dunes et le lac, s’étend un terrain plat où dominent les graminées : le mrokba, dans les points ensablés où il pousse sur des buttes de sable hautes d’un demi-mètre (nebka), et des graminées plus humbles qui forment une véritable prairie dans la régions où les argiles quaternaires sont à nu. Sur les bords mêmes du lac, le sommet de la berge est occupé par leCalotropis proceraauquel se joignent quelques raresLeptadeniaetSalvadora; plus près de l’eau des roseaux (Arundo Phragmites) et de grands scirpes forment d’épais fourrés, au milieu desquels on trouve souvent des buissons de grandes composées et de grandes malvacées ; un acacia, remarquable par la légèreté de son bois, l’Ambadj (Hermineria elaphroxylon) y est assez commun.

Lors de mon passage, la sécheresse du sol, causée par le retrait du Tchad, avait amené en bien des points la mort, au moins apparente, des roseaux dont il ne subsistait plus que des tiges desséchées. Entre ces tiges, une végétation nouvelle cherchait à s’établir, où dominaient de jeunesCalotropis; Chevalier [L’Afrique centrale, p. 416] a observé des faits bien analogues sur la lisière méridionale du lac, au voisinage de Hadjar El Hamis, où cependant la végétation est plus variée.

La zone d’inondation du Niger présente aussi quelques caractères spéciaux parmi lesquels le plus remarquable est l’existence de prairies aquatiques où domine lePanicum burguA. Chev.[109].

Ces prairies, qui sont fréquentes surtout entre Segou et Ansongo, couvrent au moins 250000 hectares ; elles atteignent leur plus beaudéveloppement dans la région du lac Débo ; mais on les trouve aussi dans les régions lacustres de la boucle du Niger et de Goundam ; le bourgou est encore répandu dans les mares des Daouna ; il manque à peu près complètement dans le Faguibine.

Ces grandes graminées, dont les chaumes atteignent 2 mètres de haut, fournissent un fourrage excellent, et, coupées jeunes, donnent un foin de bonne qualité. Les indigènes les utilisent en cas de disette pour leur propre nourriture ; en tout temps, ils en extraient le sucre qui y est abondant et l’emploient à la préparation de liqueurs fermentées. On a pu en extraire un alcool assez pur, produit qui dans ces régions où le bois est rare et où les combustibles minéraux manquent, peut être appelé, comme producteur d’énergie, à un grand avenir.

Il semble cependant que pour la fabrication de l’alcool au Soudan, il vaut mieux s’adresser aux céréales indigènes (riz, mil, etc.,) dont la culture, facile et bien connue des noirs, peut être considérablement accrue, et dont le rendement en alcool est certain.

Les mares à natron de la région de Manga montrent quelques particularités intéressantes ; les nénuphars et quelques autres plantes d’eau douce y font défaut et sur leurs bords il y a parfois des tamarix ; mais l’aderas n’y est pas rare, malgré l’humidité : on a souvent signalé des convergences analogues entre la flore des régions sèches et celle du bord de la mer.

Les dépressions salées, situées à l’est du Tchad, présentent les mêmes caractères.

Il existe, dans la zone sahélienne, quelques districts accidentés : le Koutous et l’Alakhos présentent quelques faits dignes de remarque (fig.59et60). Dans ces deux régions, qui sont en somme des plateaux gréseux posés sur la haute plaine du Tegama, la nappe d’eau qui alimente les puits est trop profonde pour que la végétation puisse en profiter, aussi le fond de toutes les vallées est-il occupé par une brousse serrée où dominent les acacias et les aderas caractéristiques des parties les plus sèches du Tegama ; les plateaux gréseux et les dunes qui s’y appuient, très perméables, jouent le rôle d’éponge et emmagasinent l’eau qui tombe assez régulièrement sur ces régions un peu élevées, situées juste à la frontière des zones saharienne et sahélienne. Sur les dunes, des essences à feuillage moins maigre, leBalanites Ægyptiaca, leBauhinia reticulata, leSalvadora persica, leCalotropis proceraforment le fond de la végétation spontanée ; c’est également sur les mêmes dunes que sont établis les champs de mil et, en quelques points privilégiés, d’ordinaire au contact de ladune et des grès, les cultures de coton ; sur le plateau reparaissent les talah et les aderas.

Fig. 59. — Fragment de topographie de l’Alakhos.Il y a 12 kilomètres de Guidjamon à Ganadja ; le puits de Ganadja a 40 mètres ; les plateaux gréseux atteignent une centaine de mètres de hauteur.

Fig. 59. — Fragment de topographie de l’Alakhos.Il y a 12 kilomètres de Guidjamon à Ganadja ; le puits de Ganadja a 40 mètres ; les plateaux gréseux atteignent une centaine de mètres de hauteur.

Fig. 59. — Fragment de topographie de l’Alakhos.

Il y a 12 kilomètres de Guidjamon à Ganadja ; le puits de Ganadja a 40 mètres ; les plateaux gréseux atteignent une centaine de mètres de hauteur.

Un peu plus au sud, le Mounio, situé lui aussi sur les confins de deux zones, présente quelques caractères spéciaux. Auprès de Gabana, par exemple (fig. 61), le fond de la cuvette (A) est occupé par des dattiers et des doums ; les sommets rocheux (C) portent quelques aderas et surtout des euphorbes ; pendant la saison sèche, ces arbustes sont dépourvus de feuilles : l’aspect est celui que présentent en hiver les maigres taillis des coteaux de la Mayenne ou de la coupure de la Meuse ; les pentes ensablées (B) présentent, en janvier, l’aspect d’un champ de chaume, où seraient plantés quelques arbres (Balanites,Bauhinia,Salvadora,Tamarindus,Ziziphus,Calotropis,Acacia) ; ils rappellent assez bien, après les moissons, certains champs de blé des collines du Perche avec leurs pommiers à cidre. Dans la partie méridionale du Mounio, les essences sont encore plus variées.

Fig. 60. — Profil de Guidjamon à Ganadja.a, au contact des dunes et des plateaux gréseux,Balanites ægyptiaca. Culture médiocre de coton.b, Culture de petit mil. Arbres à feuilles larges (Bauhinia reticulata, etc.) ;d, Graminées. L’arbuste dominant est le Sabera ;d′, Graminées seulement, à cause de la proximité du village ;e, Sol du Tegama,Balsamodendron africanum(Aderas).

Fig. 60. — Profil de Guidjamon à Ganadja.a, au contact des dunes et des plateaux gréseux,Balanites ægyptiaca. Culture médiocre de coton.b, Culture de petit mil. Arbres à feuilles larges (Bauhinia reticulata, etc.) ;d, Graminées. L’arbuste dominant est le Sabera ;d′, Graminées seulement, à cause de la proximité du village ;e, Sol du Tegama,Balsamodendron africanum(Aderas).

Fig. 60. — Profil de Guidjamon à Ganadja.

a, au contact des dunes et des plateaux gréseux,Balanites ægyptiaca. Culture médiocre de coton.b, Culture de petit mil. Arbres à feuilles larges (Bauhinia reticulata, etc.) ;d, Graminées. L’arbuste dominant est le Sabera ;d′, Graminées seulement, à cause de la proximité du village ;e, Sol du Tegama,Balsamodendron africanum(Aderas).

Les plateaux gréseux que Chevalier a décrits dans la région deGoundam et du Faguibine paraissent se rapprocher beaucoup du Mounio ; l’Euphorbia balsaminiferay est abondant, et y atteint parfois une grande taille. Il est accompagné deBalsamodendron africana, haut parfois de 10 mètres, son compagnon habituel dans la région de Gouré.

Bien que, par sa latitude, il appartienne au désert, l’Aïr, que Barth, avec un peu d’exagération, a qualifié d’Alpes sahariennes, doit être rattaché à la zone sahélienne. C’est en effet à partir de l’oued Tyout que les pluies tropicales se font sentir tous les ans ; les pâturages y sont souvent fort beaux. Plus au nord, les tornades deviennent accidentelles et se produisent, comme partout au Sahara, à des saisons quelconques et à des périodes toujours éloignées les unes des autres. Au nord des derniers contreforts de l’Aïr, Tar’azit et Zélim, il avait plu, dans le Tiniri, peu de temps après le passage de Foureau (février 1899) ; quand j’ai traversé cette région avec Dinaux (septembre 1905), le développement des plantes annuelles, de l’acheb, prouvait quelques averses récentes ; d’après les renseignements indigènes, il n’avait pas plu dans l’intervalle des deux passages. Les averses de 1905 avaient d’ailleurs été très localisées, et à son retour par la route directe d’Aguellal à In Azaoua, Dinaux a dû faire à partir de l’oued R’arous (40 kilomètres au nord-ouest d’Iférouane) 250 kilomètres sans trouver de pâturages : ce ne fut guère qu’en arrivant à l’Ahaggar que les méharis purent brouter à leur aise.

Fig. 61. — Stations botaniques du Mounio. Du campement de Gabana, 17 janvier 1906.A, Fond de cuvette. Dattiers et Doums. — B, Mamelons ensablés. Le sol est couvert de graminées desséchées, donnant l’aspect d’un champ de chaume.Balanites ægyptiacaest l’arbre dominant ; il est accompagné deBauhinia reticulata,Salvadora persica,Calotropis procera,Euphorbia balsaminifera. Acacia et jujubier. — C, Mamelon rocheux à pente raide.Euphorbia balsaminiferaetBalsamodendron africanumy forment un taillis clairsemé haut de 2 à 3 mètres ; en janvier toutes les feuilles sont tombées. Aspect d’hiver de quelques coteaux arides de la Mayenne ou de l’Ardenne. Le sommet de C est à 150 mètres au-dessus du fond de la cuvette A.

Fig. 61. — Stations botaniques du Mounio. Du campement de Gabana, 17 janvier 1906.A, Fond de cuvette. Dattiers et Doums. — B, Mamelons ensablés. Le sol est couvert de graminées desséchées, donnant l’aspect d’un champ de chaume.Balanites ægyptiacaest l’arbre dominant ; il est accompagné deBauhinia reticulata,Salvadora persica,Calotropis procera,Euphorbia balsaminifera. Acacia et jujubier. — C, Mamelon rocheux à pente raide.Euphorbia balsaminiferaetBalsamodendron africanumy forment un taillis clairsemé haut de 2 à 3 mètres ; en janvier toutes les feuilles sont tombées. Aspect d’hiver de quelques coteaux arides de la Mayenne ou de l’Ardenne. Le sommet de C est à 150 mètres au-dessus du fond de la cuvette A.

Fig. 61. — Stations botaniques du Mounio. Du campement de Gabana, 17 janvier 1906.

A, Fond de cuvette. Dattiers et Doums. — B, Mamelons ensablés. Le sol est couvert de graminées desséchées, donnant l’aspect d’un champ de chaume.Balanites ægyptiacaest l’arbre dominant ; il est accompagné deBauhinia reticulata,Salvadora persica,Calotropis procera,Euphorbia balsaminifera. Acacia et jujubier. — C, Mamelon rocheux à pente raide.Euphorbia balsaminiferaetBalsamodendron africanumy forment un taillis clairsemé haut de 2 à 3 mètres ; en janvier toutes les feuilles sont tombées. Aspect d’hiver de quelques coteaux arides de la Mayenne ou de l’Ardenne. Le sommet de C est à 150 mètres au-dessus du fond de la cuvette A.

Dans l’oued Tidek, couvert, d’après la carte du service géographiquede l’armée, d’une végétation tropicale, apparaissent en effet de grands arbres : l’Acacia arabicaWilld est surtout commun ; il porte souvent un beau parasite à fleurs rouges (Loranthus Chevalieri?) commun d’ailleurs dans toute la zone sahélienne, où on le trouve, au moins accidentellement, sur presque tous les arbres[110].

Cette riche végétation ne quitte jamais les vallées : la section schématique du kori Teloua (fig. 63) à Salem-Salem (35 kilomètres au nord-est d’Agadez) montre d’abord le long de la berge de l’oued (en 1) quelques mousses et hépatiques, notamment desRiccia; en 2, il y a surtout des graminées, des aristoloches, desIpomæaet quelquesCalotropis; cette zone ne dépasse pas une largeur d’une dizaine de mètres. Puis vient, s’étendant sur une largeur qui atteint parfois 100 mètres, une véritable forêt où les grands arbres sont des doums et desAcacia arabicaentre lesquels croissent des formes plus humbles (Boscia senegalensis,Salvadora persica,Balanites Ægyptiacaet des jujubiers ; des lianes herbacées (Cucurbitacées, Asclépiadées) grimpant jusqu’au faîte des palmiers, permettent de rapprocher ce rideau d’arbres des galeries forestières de la zone guinéenne.

Fig. 62. — Aïr. Extrémité nord de l’Adesnou, vue de l’oued Tidek.Acacia arabica(10 m.). Ce sont les premiers arbres que l’on voit, en venant du Nord.

Fig. 62. — Aïr. Extrémité nord de l’Adesnou, vue de l’oued Tidek.Acacia arabica(10 m.). Ce sont les premiers arbres que l’on voit, en venant du Nord.

Fig. 62. — Aïr. Extrémité nord de l’Adesnou, vue de l’oued Tidek.

Acacia arabica(10 m.). Ce sont les premiers arbres que l’on voit, en venant du Nord.

Au delà des alluvions humides, commencent les roches cristallines où le sol, le plus souvent dénudé, ne porte plus que quelques touffes de graminées et de loin en loin un talah (A. tortilis). Les parois abruptes des rochers qui s’élèvent parfois à 5 ou 600 mètres de haut sont presque toujours à découvert : dans les fentes de la roche, il pousse cependant quelques graminées et plus rarement uneasclépiadée à port de cactus (Boucerozia tombuctuensisA. Chev. ?). La belle végétation de l’Aïr est étroitement liée à l’humidité de ses koris.

Le Teloua est une des rivières les plus vivantes de l’Aïr ; à Salem-Salem, il a déjà reçu plusieurs affluents importants, aussi son lit est-il bien marqué. Dans un grand nombre d’autres koris, le lit est à peine creusé ; il n’y a qu’une plaine d’alluvions presque horizontale ; les zones sont alors moins nettes et les arbres, moins nombreux, sont plus disséminés ; la vallée est couverte de graminées avec quelques acacias de loin en loin. Ce n’est plus l’étroite galerie forestière, mais la savane.

Placé, comme l’Aïr, aux confins du désert et devant aussi à son altitude des pluies régulières, l’Adr’ar’ des Ifor’as, ne présente lui aussi de belles végétations que dans ses vallées.

Fig. 63. — Coupe demi-schématique d’une vallée d’Aïr : le K. Teloua à Salem-Salem (35 km. au nord-est d’Agadez).A, Alluvions ; B, Gneiss et Micaschistes ; B′ Roches éruptives ; 1, berge du Kori. Mousses et hépatiques (Ricciées) ; 2, zone duCalotropis procera. Grandes graminées. Aristoloche.Ipomæa. Gazon de graminées avec nombreuses dicotylédones herbacées. La largeur très variable de cette zone ne dépasse pas 10 mètres ; 3, zone desCucifera thebaicaetAcacia arabica, atteignant 8 à 10 mètres de haut. Le sous-bois, très gazonné, contient des arbustes,Salvadora persica,Boscia senegalensis, Jujubier, etc. La largeur de cette galerie forestière varie de 10 m. à 50 m. ; 4, zone de l’Acacia tortilis(2 à 3 m. de haut). Quelques touffes isolées de Graminées, Cassia, etc. ; 5, Végétation presque nulle. Quelques graminées dans les fentes de la roche ; parfois,Boucerozia.

Fig. 63. — Coupe demi-schématique d’une vallée d’Aïr : le K. Teloua à Salem-Salem (35 km. au nord-est d’Agadez).A, Alluvions ; B, Gneiss et Micaschistes ; B′ Roches éruptives ; 1, berge du Kori. Mousses et hépatiques (Ricciées) ; 2, zone duCalotropis procera. Grandes graminées. Aristoloche.Ipomæa. Gazon de graminées avec nombreuses dicotylédones herbacées. La largeur très variable de cette zone ne dépasse pas 10 mètres ; 3, zone desCucifera thebaicaetAcacia arabica, atteignant 8 à 10 mètres de haut. Le sous-bois, très gazonné, contient des arbustes,Salvadora persica,Boscia senegalensis, Jujubier, etc. La largeur de cette galerie forestière varie de 10 m. à 50 m. ; 4, zone de l’Acacia tortilis(2 à 3 m. de haut). Quelques touffes isolées de Graminées, Cassia, etc. ; 5, Végétation presque nulle. Quelques graminées dans les fentes de la roche ; parfois,Boucerozia.

Fig. 63. — Coupe demi-schématique d’une vallée d’Aïr : le K. Teloua à Salem-Salem (35 km. au nord-est d’Agadez).

A, Alluvions ; B, Gneiss et Micaschistes ; B′ Roches éruptives ; 1, berge du Kori. Mousses et hépatiques (Ricciées) ; 2, zone duCalotropis procera. Grandes graminées. Aristoloche.Ipomæa. Gazon de graminées avec nombreuses dicotylédones herbacées. La largeur très variable de cette zone ne dépasse pas 10 mètres ; 3, zone desCucifera thebaicaetAcacia arabica, atteignant 8 à 10 mètres de haut. Le sous-bois, très gazonné, contient des arbustes,Salvadora persica,Boscia senegalensis, Jujubier, etc. La largeur de cette galerie forestière varie de 10 m. à 50 m. ; 4, zone de l’Acacia tortilis(2 à 3 m. de haut). Quelques touffes isolées de Graminées, Cassia, etc. ; 5, Végétation presque nulle. Quelques graminées dans les fentes de la roche ; parfois,Boucerozia.

Mais ici les vallées d’alluvions sont parfois fort larges ; elles peuvent atteindre plusieurs kilomètres et forment à la saison des pluies de véritables prairies couvertes d’un gazon continu, parsemé de quelques arbres.

Ce qui domine en somme et de beaucoup, dans cette zone sahélienne, c’est la brousse à mimosées, variété de la forêt, mieux armée contre la sécheresse que la prairie ou la steppe. La savane ne s’y rencontre que très accidentellement dans quelques larges vallées où les alluvions restent toujours humides ; quant à la véritable prairie, elle est encore plus rare ; elle ne pousse que dans quelques bas-fonds inondés l’hiver, bas-fonds qui se couvrent, après les pluies, d’un gazon épais, haut d’un pied, et au milieu duquel se montrent quelques grandes fleurs comme dans les prairies de France.

Dans l’étude de la zone sahélienne, un point important reste encore à élucider ; beaucoup d’espèces végétales connues au voisinage de l’Atlantique se retrouvent jusqu’en Nubie : sur les 49 espèces ligneuses que Chevalier énumère autour de Tombouctou, les quatre cinquièmes sont dans ce cas. Il y a donc une grande uniformité dans la végétation depuis le Sénégal jusqu’à la mer Rouge. L’Euphorbia balsaminiferacependant n’atteint pas le Tchad et dépasse peu le Mounio ; quelques autres espèces, qui s’étendent du bassin du Nil jusqu’à Tombouctou, ne sont pas connues plus à l’ouest. Il y a donc au moins des indices d’une subdivision de la zone sahélienne en longitude. Les faits connus avec précision ne sont malheureusement pas encore assez nombreux pour que l’on puisse chercher à définir ces régions botaniques, d’importance évidemment secondaire.

Zone saharienne.— Les deux types principaux de végétation, les forêts et les prairies, qui se partagent la terre exigent tous deux une certaine abondance d’eau ; le développement des forêts n’est pas entravé par de longues sécheresses de l’atmosphère, pourvu qu’il existe toujours, à portée des racines, une nappe aquifère suffisante. Au contraire, les prairies ont besoin de pluie pendant la période de végétation.

Forêts et prairies se développent à l’ordinaire sur de vastes surfaces, les causes climatiques qui les déterminent ne variant que lentement. La continuité de ces deux formations est parfois localement interrompue par des détails tenant au sol même (causes édaphiques[111]) ; par exemple, une coulée volcanique récente créera au milieu de la forêt de châtaigniers qui couvre les flancs de l’Etna une bande dépourvue de toute végétation ; au sud du Massif Central de France, les calcaires fissurés des Causses permettent à l’eau de descendre rapidement à de grandes profondeurs : la surface du plateau est presque un désert. De semblables particularités sont l’accident et les petits désertsédaphiquesqui en résultent n’ont qu’une importance minime dans l’étude de la géographie botanique de l’Europe.

Au Sahara il en est tout autrement : la rareté des pluies, la haute température de l’été, les froids de l’hiver, la fréquence des vents desséchants sont autant de causes qui s’opposent au développement des plantes.

Quelques points privilégiés comme les dunes, presque toujours humides en profondeur et où le peu de cohésion du sol permet aux racines de pousser rapidement, comme les vallées de l’Ahaggar où des seuils rocheux arrêtent de place en place l’eau qui imprègne les alluvions, se prêtent à la vie des végétaux. Au Sahara, le désert est climatique ; c’est l’absence de toute végétation qui est la règle. La vie ne reparaît que sur des points isolés ; elle est rendue possible par des causes édaphiques, causes variables d’un point à un autre et s’opposant à toute description vraiment générale des types de végétation.

Le désert diffère profondément des deux autres types de formation végétale dues au climat : il est hostile à toute végétation. La sécheresse, comme d’ailleurs le froid, atténue les différences qui séparent d’ordinaire la forêt de la prairie : sous le climat du désert, le sol est occupé de loin en loin par des végétaux, herbacés ou ligneux, qui sont adaptés à des conditions aussi défavorables. La forêt et la prairie sont des formations « complètes » : le sol est partout productif ; il n’y a pas de vides ; de nouveaux éléments ne peuvent s’y introduire que difficilement ; beaucoup de graines peuvent germer, mais la plupart des jeunes plantes sont étouffées par leurs voisines. Le désert au contraire est une formation « inachevée » : il y a toujours des places libres entre les touffes espacées et beaucoup de plantes meurent sans être remplacées. Les graines qui tombent sur le sol ne germent pas, ou bien les jeunes plantes succombent sous l’inclémence du climat. La lutte pour l’existence est dirigée contre des forces physiques et non plus biologiques.

Comme la zone sahélienne, le Sahara paraît, au point de vue botanique, en négligeant les quelques plantes venues du nord ou du sud, très homogène depuis la mer Rouge jusqu’à l’Atlantique : les 155 plantes du Sahara touareg, que M. Battandier a récemment étudiées, se décomposent à ce point de la façon suivante : 36 espèces à peu près cosmopolites ; 89 nettement sahariennes, dont 70 sont connues des rives de l’Atlantique jusqu’à l’Égypte ou l’Arabie.

Cette flore est d’ailleurs très pauvre et il est douteux qu’il y ait1000 espèces phanérogames sur toute la surface du désert : seule, la flore polaire (800 espèces) peut lui être comparée, encore convient-il d’ajouter que les mousses et les lichens, qui existent à peine au désert, prennent une importance énorme, comme nombre d’individus et comme nombre d’espèces, dans les toundras du Nord. Dès qu’on arrive à des régions plus normales, le nombre des espèces s’accroît considérablement : le domaine méditerranéen, dont l’étendueest moindre que celle du désert compte environ7000 phanérogames ; il y en a3000 en Algérie, dont près de1500 se trouvent, dans un rayon de quelques kilomètres, autour de Constantine. En France (4500 espèces), il est peu de cantons, même dans les régions les plus homogènes, dont le catalogue n’énumère 7 à 800 espèces, à peu près autant que dans tout le Sahara.

Cette flore est d’ailleurs encore assez mal connue ; les ouvrages des botanistes français se réduisent à peu près, pour le Sahara proprement dit, à : Cosson,inDuveyrier,Les Touaregs du Nord, 1864, p. 148-216[112]; — Battandier, Résultats botaniques de la mission Flamand, inBull. Soc. Bot. de France, XLVII, 1900, p. 441 ; — Plantes du Hoggar, récoltées par M. le Prof. Chudeau en 1905, inBull. Soc. Bot. de France, LIV, 1907, p. XIII-XXXIV ; — Bonnet,inFoureau,Documents scientifiques de la Mission Saharienne, 1905, I, pp. 401-413 (la plupart des plantes proviennent du Soudan) ; — Abbé Chevalier, Notes sur la flore du Sahara, inBull. de l’herbier Boissier, II, 3, 1903, p. 669-684 et p. 756-779 ; — II, 5, 1905, p. 440-444 ; — Ascherson, in Rohlf,Kufra, 1881, p. 386-559, donne plusieurs listes de plantes recueillies au sud de la Tripolitaine. La liste bibliographique assez étendue qui se trouve p. 407-408 dans le même ouvrage, sera facile à compléter avec les indications de Schimper,Plant Geography upon a physiological basis, 1903, p. 649-650.

Malgré l’homogénéité de la flore saharienne, il semble que les arbres permettent, à première vue tout au moins, d’y distinguer trois régions. Le talah qui, d’ailleurs vers le sud, atteint la zone soudanaise, semble se rencontrer partout, de la Mauritanie à l’Arabie ; quoique plus fréquent dans le Sahara méridional, on le connaît cependant avec certitude dans le Sud tunisien. Les tamarix qui viennent du nord, traversent eux aussi tout le désert ; on les retrouve dans la région du Tchad ; ce n’est cependant que jusqu’à l’Ahaggar qu’ils sont fréquents, la région littorale mise à part, bien entendu.

La plupart des autres arbres ou arbustes sont plus étroitement localisés. Le betoum (Pistacia atlanticaDesf.), arbre des plateaux algériens, se rencontre encore, entre Laghouat et le M’zab, dans la région des Daya ; il pénètre à peine dans le désert. Un peuplier à feuilles coriaces et persistantes, dernier représentant d’un groupe qui a été fort abondant dans le tertiaire européen, lePopulus EuphraticaOl. se trouve encore en quelques points du domaineméditerranéen (bords de l’Euphrate, Palestine, Constantine, etc.) ; on le connaît jusqu’au Tadmaït.

Quelques genêts (Retama RetemWebb., par exemple) qui se rattachent à des formes de la flore de la Méditerranée, jouent un grand rôle dans le Sahara algérien ; on les trouve dans le Grand Erg et ils se continuent dans l’Iguidi ; plus au sud, ils disparaissent.

Ces quelques exemples suffisent à expliquer pourquoi les botanistes qui ont étudié le nord du désert ont été amenés à dire que, « au point de vue de la composition de sa flore[113], le Sahara est actuellement une dépendance de la Méditerranée[114]».

Le teborak (Balanites ÆgyptiacaDel.), l’irak (Salvadora persicaL.), l’asabai (Leptadenia SpartumWight) et quelques autres, tous communs dans la zone sahélienne, remontent plus ou moins haut vers le nord ; ils s’arrêtent presque tous au tassili des Azdjer ou au Tidikelt. Ils permettraient d’affirmer, si on ne considérait qu’eux seuls, que dans sa partie méridionale, le Sahara est une dépendance du Soudan. On est donc amené par la considération des plantes en quelque sorte étrangères au désert, des plantes immigrées, à distinguer dans le Sahara deux zones, l’une algérienne au nord, l’autre soudanaise au sud.

La ligne qui les sépare vers le 26° Lat. N. du Tidikelt, se relève un peu vers l’est, contrairement à ce que l’on observe pour les limites des zones méridionales. Cosson[115]avait déjà fait remarquer que leCucifera thebaïcaqui remonte jusqu’au 29° Lat., en Égypte n’est noté par Barth que jusqu’au 21° Lat. ; leCassia obovata(le séné) atteint le 30° Lat. au Caire et seulement le 25° Lat. à R’ât ; dans le sud de l’Ahnet, 24°,30′ Lat., il est commun.

En plein centre du Sahara, l’Ahaggar doit à sa haute altitude de former une région probablement très distincte. Quelques plantes, comme le câprier (Capparis spinosaL.), le tataït (Deverra fallaxBatt.), un arbre à port d’olivier, l’oléou, encore indéterminé, et quelques autres ne se rencontrent qu’au-dessus de1000 mètres. Un sedra, voisin du petit jujubier d’Algérie, leZizyphus SaharæBatt., paraît confiné dans l’Ahaggar et l’Adr’ar’ des Ifor’as. Quelques rosettes de larges feuilles, rappelant les grandes sauges d’Algérie, indiquent que, au cœur de l’Ahaggar, il y a quelques ruisseauxpermanents et des conditions climatiques plus voisines de celles du Tell.

Ces apparitions de plantes nouvelles ne sont pas le seul fait à noter ; l’asabai, le teborak, le korounka, l’irak, si abondants dans les contreforts de l’Ahaggar, deviennent rares ou disparaissent à une altitude plus élevée ; le froid probablement les arrête. Voinot mentionne expressément l’absence de pâturages à chameaux sur la Coudia, au voisinage d’Idélès, et l’aspect très particulier de la végétation.

D’après les renseignements de Duveyrier, et les recherches anatomiques de Tristam, Grisebach[116]a supposé que la Coudia portait deux ceintures de forêts dont la plus élevée serait une forêt de conifères. Il n’y a certainement pas de forêts sur l’Ahaggar ; il ne peut être question que de quelques bouquets d’arbres isolés comme dans le reste du désert : Motylinski est très affirmatif sur ce point et signale expressément la rareté des arbres, presque leur absence sur le haut plateau (cf.p. 30).

Les deux faits qui permettaient de croire à l’existence de conifères dans l’Ahaggar sont d’abord la présence affirmée à Duveyrier d’un arbre portant le nom d’arrarqui, en Algérie, s’applique à un thuya (Callitris articulataDesf.) et à un genévrier (Juniperus phœniceaL.), puis l’examen anatomique de quelques ustensiles en bois achetés à des Touaregs. Ces ustensiles étaient bien en bois de conifères ; il est impossible que Tristam se soit trompé sur ce point, mais la provenance exacte du bois est évidemment douteuse. L’absence des conifères en Afrique, la Barbarie et l’Abyssinie mises à part, donnerait à la confirmation de l’existence d’un genévrier sur la Coudia une grande importance.

Motylinski cependant ne mentionne rien de semblable et sa profonde connaissance du Sahara lui aurait bien probablement fait remarquer, s’il en avait vu, des formes végétales aussi tranchées.

Malgré le peu de précision de ces renseignements, on a l’impression très nette que l’Ahaggar s’écarte par un assez grand nombre de traits du reste du Sahara. Une exploration botanique sérieuse permettra seule de dire s’il doit être considéré comme une sous-région du désert, ou s’il doit former une province botanique plus autonome. Il suffit pour le moment d’attirer l’attention sur ce point.

Si nous revenons maintenant à l’ensemble du Sahara, je crois qu’il est impossible d’en faire une dépendance soit de la Méditerranée,soit du Soudan. A côté de quelques plantes émigrées, et qui se rattachent aux domaines voisins, il existe toute une série de formes absolument spéciales au désert, et qui manquent à l’Afrique mineure comme au Soudan. Un très grand nombre sont vivaces ; beaucoup ont un aspect sec et rigide très particulier ; d’autres ont les tiges et les feuilles épaisses et sont des plantes grasses.

Beaucoup d’espèces et même beaucoup de genres sont spéciaux au désert et tout indique pour cette flore, à cachet si particulier, une ancienneté très reculée. Même, pour Schirmer, son existence serait la meilleure preuve de l’antiquité du Sahara. Mais comme l’a fait observer M. Battandier[117], cela prouve tout simplement que depuis fort longtemps il existait en Afrique des pays où ces plantes spéciales pouvaient vivre : elles ont pu habiter antérieurement la zone des ergs morts (cf. chap. VI,fig. 69) et émigrer en même temps que le désert lui-même ; il ne semble plus possible de douter qu’au début du quaternaire le Sahara ait été un pays relativement humide, trop humide certainement pour que les plantes qui l’occupent actuellement, aient pu y vivre : la concurrence vitale les aurait eu vite éliminées.

Dans les trois subdivisions botaniques du Sahara que nous venons de chercher à définir, il reste à préciser quelles sont les stations habituelles des plantes et quel est l’aspect de la végétation du pays.

Pour le Sahara algérien, les observations précises de Massart donnent toutes les indications nécessaires. Un premier point est mis en évidence : aux confins de l’Algérie, « le désert n’est pas vide, il est seulement monotone. C’est son uniformité qui donne à la flore saharienne son caractère propre » (p. 227). Dans les dunes du Souf, en quatre jours de marche, 27 espèces différentes seulement ont pu être notées : les dunes sont une des parties riches du désert.

Les stations du Sahara algérien sont en relation immédiate avec la nature du sol ; les caractères édaphiques sont très nets. On peut distinguer trois types principaux : les terrains salés, les dunes et les hammadas.

Dans les chotts et les sebkhas, lorsque le sel est trop abondant, la végétation fait complètement défaut ; mais parfois, sur le sel, s’établissent des buttes de sable qui se couvrent de végétation : à la base, tout contre le sel, des salsolacées à feuilles charnues (Suæda,Halocnemumetc.) ; un peu plus haut, un arbuste tout couvert de sécrétions salines, le zeita (Limoniastrum GuyonianumCoss. et Dur.), que sesfleurs roses font reconnaître de loin, enfin tout au sommet de la butte, lorsqu’elle atteint quelques mètres, des tamarix.

Sur les sols argileux moins salés, domine le guétaf (Atriplex halimusL.), parfois l’harmel (Peganum harmalaL.).

La localisation si précise de ces végétaux est déterminée par de bien faibles variations dans la salure et l’humidité du sol : chaque espèce reste strictement cantonnée dans sa zone. Lorsque les conditions de milieu ne varient pas, une seule espèce se développe : souvent au Sahara on marche quelques heures au milieu d’un pâturage, où une seule espèce de plante a pu pousser.

Dans le désert pierreux, sur les hammadas, qui, au Sahara algérien, sont calcaires, dominent de petits arbrisseaux à feuilles et à tiges velues. La végétation y est très clairsemée, très rabougrie ; son revêtement pileux lui donne la teinte grise des rochers sur lesquels elle pousse. A peu près seuls, le câprier (Capparis spinosaL.), d’ailleurs assez rare, et une ombellifère très commune au M’zab, leDeverra chloranthaCoss. et Dur., sont glabres ; la seconde est à peine verte ; quant au câprier, ses feuilles arrondies, de 4 à 5 centimètres de diamètre, le séparent nettement de presque toutes les plantes sahariennes dont les organes foliaires sont en général très réduits.

Les dunes sont les parties les plus riches du désert ; cette richesse est d’ailleurs toute relative et le botaniste n’y fait que de maigres récoltes. La plante peut-être la plus répandue dans l’erg est probablement le « drinn » (Aristida pungensP. B.) une graminée qui forme le fond de pâturages excellents. A part quelques différences dans l’inflorescence, le drinn rappelle assez bien l’oyat (Ammophila arenariaRœm.) qui se trouve sur toutes les dunes maritimes de l’Europe, qu’il contribue à fixer : ces deux graminées poussent par touffes isolées, avec des feuilles assez serrées, raides et piquantes et d’un ton un peu glauque.

Les arbrisseaux sont représentés par des légumineuses dont les rameaux sans feuilles simulent le genêt d’Espagne ; l’une des plus répandues, le r’tem (Retama RetemWebb.) est couvert en mars et en avril de belles fleurs blanches ; l’alenda (Ephedra alata) et le harta (Calligonum comosumL’Her.), également dépourvus de feuilles, sont fréquents aussi dans l’erg.

Dans le Sahara arabe, où dominent les ergs presque toujours couverts de pâturages, il est rare que la végétation fasse longtemps défaut ; il n’y a pas, à proprement parler, de tanezrouft.

Au contraire, d’une manière générale, au Sahara touareg, de même que dans le nord de l’Adr’ar’ des Ifor’as et de l’Aïr, la végétation,quand elle existe, est limitée aux oueds. Dans la pénéplaine cristalline, comme dans le Tiniri, cette limitation est stricte : quelques touffes d’arbrisseaux desséchés suffisent presque à prouver un thalweg ; dans l’Ahaggar, lorsque l’on examine d’un point élevé une région étendue, le réseau hydrographique est nettement dessiné par la végétation qui y est moins clairsemée que sur les collines voisines ; dans les petits oueds, dominent des stipées dont les panaches murs simulent un ruban de soie blanche ; dans les oueds plus larges, la végétation plus variée donne des tons le plus souvent d’un vert glauque, avec quelques taches vert franc.


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