B

À, prép.Aller à âne, aller à mulet, ne sont pas des expressions correctes; il faut dire: Aller sur un âne, aller sur un mulet, comme on dit: Aller sur un chameau, aller sur un dromadaire. Mais l'expression Aller à cheval est consacrée.À, prép. Est mis pour «comme» dans les exemples suivants, qui appartiennent au langage le plus populaire.Il n'y en a point à lui pour rendre service. Il n'y en a point à elle pour être gentille et amusante. Pour faire les petits pains au beurre, il n'y en avait point à MmeGeorge.À, prép. Est vicieux dans les exemples suivants:Tu mettras ce livre à ta poche. Au moment même où il mettait son foulard à sa poche, un filou le lui enleva.Substituez la préposition «dans» et dites: Dans sa poche.À, prép. Est mis pour «de» dans les phrases suivantes et phrases analogues:Le cheval à Jean-Pierre. La servante à Pilate. La fête à Rousseau.Cette faute, non moins répandue en France qu'en Suisse, nous vient du vieux français;et un poëte fameux, Ronsard, qui vivait au milieu du seizième siècle, était correct à cette époque, en écrivant:La guerre à Troie, pour: La guerre de Troie;les victoires aux dieux, pour: Les victoires des dieux.À, prép.Acheter à quatre sous de cerises; prendre à deux sous de lait, etc.; dites: Acheter pour quatre sous de cerises; prendre pour deux sous de lait.ABADER (S'), v. pron. Terme des campagnards. Prendre son essor, prendre sa course, courir les champs, s'affranchir de toute entrave et de toute gêne, se sauver, s'enfuir.Il faut nous abader, car voici la pluie. Leurs vaches s'étaient abadées dans les blés. Notre petite Marguerite commence à s'abader; c'est-à-dire: Commence à faire quelques pas seule. A l'actif,abadersignifie: Bouger, remuer, soulever.Abader un chariot, abader une grosse pierre.Dans le patois du Dauphiné,Abadà lo tropèveut dire: Lâcher les troupeaux qu'on mène paître, leur donner la clef des champs. Voyez le motBADE.ABANDONNER (S'), v. pron. Se dit des enfants qui commencent à faire quelques pas seuls et sans être soutenus.Notre petit John ne marche pas encore, mais il s'abandonne.† ABANLIEUE, s. f. Banlieue.ABASSOURDIR, v. a. Écrivez «Abasourdir,» et prononcezabazourdir.ABATTANT, s. m. Nous appelons ainsi cette partie du pupitre ou du bureau sur laquelle on écrit, et qui, étant à charnière, se lève ets'abatà volonté.ABÉCHER, v. a. Abéquer.Tâche d'abécher les deux bouts. Cette tringle ne peut abécher l'anneau.ABEILLER, s. m. Terme des campagnards. Rucher.Un coup de vent emporta les deux ruches et renversa l'abeiller.ABERGER, v. a. Héberger.M. G**, curé de La Roche,nous accueillit et nous abergea.Terme vieux français.ABOMINER, v. a. Avoir en abomination. Terme vieux français.ABONDANCES, s. f. pl. Betteraves.ABONNER (S'), v. pron. Nous disons figurément:Je m'abonnerais bien pour avoir un commis aussi intelligent et aussi sage que le vôtre. On s'abonnerait pour avoir, pendant huit jours, un aussi beau temps qu'aujourd'hui; c'est-à-dire: On ferait volontiers quelque sacrifice, on donnerait de l'argent pour, etc.ABORD (D'), adv. A l'instant, sur l'heure, tout de suite.Je suis obligé de sortir; mais je reviens d'abord. Ma commission est-elle faite, Jenny?—Non, Madame, mais je la ferai d'abord. Il est huit heures d'abord. Nous déjeunerons d'abord.L'adverbe D'abord signifie: «Dès l'abord, premièrement, en premier lieu,» mais il n'a pas le sens que nous lui donnons dans les exemples ci-dessus.ABORD APRÈS (D'), loc. adv. Aussitôt après, immédiatement après.Je vais à la poste, et je vous rejoins d'abord après.«Il n'est pas rare de voird'abord aprèsune bise noire ou un séchard, se lever un vent de midi.» [Fatio de Duiller.] Cette expression,d'abord après, fort usitée chez nous et dans le midi de la France, n'est pas française.ABORD QUE (D'), conj. Aussitôt que, dès l'instant que.D'abord que vous le pourrez, venez me voir. D'abord qu'ils entendirent le tocsin, ils coururent chacun à leur poste.Expression suisse, savoisienne et méridionale.ABOUCHER, v. a. Mettre sur la bouche, mettre sur l'ouverture, mettreà bouchon, tourner en sens contraire.Aboucher un pot, aboucher une seille pour l'égoutter.ABOUCHER (S'), v. pron. Se dit des personnes et de certains animaux.Un tel ne dort jamais sur le dos: il s'abouche. Quand vous retirez de l'eau un noyé, ne l'abouchez pas.En parlant d'un cheval,s'abouchersignifie: Tomber sur les genoux.À BOUCHON ou D'ABOUCHON, loc. adv. Renversé, sens dessus dessous.L'enfant souffrait du ventre; on le mit à bouchon, on le mit d'abouchon. Mettez cette caisse à bouchon; elle nous servira de table.Terme lyonnais, etc., qu'on trouve dans leDictionnaire français-anglaisde Cotgrave [1609].ABOUCLER, v. a. Boucler.Aboucler des souliers; aboucler une ceinture.ABOULER, v. a. Apporter, donner promptement, rendre.Aboule ça; aboule-moi vite ça; c'est-à-dire: Donne cela lestement et sans faire d'observation. Dans un sens plus restreint,aboulerest synonyme de Financer, solder, boursiller. Terme français populaire.ABOUTONNER, v. a. Boutonner.Aboutonne-toi, Jean-Marie, tu prendras froid.Terme français populaire.ABRAS, s. m. pl. Grand empressement, grande hâte, air affairé, air empressé.Il est dans tous ses abras; il fait beaucoup d'abras pour peu de chose. Il fait des abras de tout; c'est-à-dire: Il s'agite, il se met toujours en avant, et sans que la chose en vaille la peine.† ABRE, s. m. Arbre.Avante-nous des pommes sur l'abre.Prononciation vulgaire dans la moitié de la France. Le grammairien Vaugelas assure que de son temps [1610-1650] un grand nombre de personnes instruites prononçaientabre, quoiqu'elles écrivissentarbre.ABREUVOIR, s. m. Auget, petite auge pour les oiseaux.La cage et les abreuvoirs.Terme limousin, bordelais, etc.ABSENTER, v. n. S'absenter.Toute la famille absenta trois jours.Terme vieux français. Nous faisons aussi d'absenterun verbe actif.Il a absenté l'école. Si tu absentes encore une seule fois ta classe, je te punirai.ABSURDE, s. des 2 genres. Nigaud, sot, borné, stupide.Tu es un absurde, Jean-Louis, avec ta croyance aux almanachs.Français populaire. «Absurde» est un adjectif.À ÇÀ, interj. Çà! çà donc! eh bien! eh!À çà! Messieurs, un peu moins de bruit. À çà! Frédéric, puisqu'on se quitte aujourd'hui de si bonne heure, on se reverra demain. À çà! qu'ai-je donc fait de ma clef d'armoire?† ACACHONS, loc. adv. En cachette, clandestinement, à la sourdine.Faire quelque chose acachons.On dit aussid'acachons.Notre Étienne est un garçon ouvert, qui ne fait jamais rien d'acachons. Il fait chaud d'acachons, se dit, chez les campagnards, de cette grande chaleur que l'on sent quelquefois en été, lors même que le ciel est couvert et le soleil entièrement caché.ACAGNARDIR (S'), v. pron. S'acagnarder; c'est-à-dire: Rester oisif, faire le paresseux, croupir nonchalamment.S'acagnardir au coin du feu.Français populaire.ACAGNER (S'), v. pron. Se blottir.Il s'était acagné dans un coin. Acagne-toi bien dans le lit pour n'avoir pas froid.[P. G.]ACARRER (S'), v. pron. Se blottir, se serrer contre. [P. G.]† À CAUSE? adv. Pourquoi?Mama, la Betsi m'a battue.—Et à cause?—À cause de rien; à cause que c'est une méchante.ACCOMPARER, v. a. Comparer.ACCORDER, v. n.Accorder une démission, accorder à un fonctionnaire public sa démission, ne sont pas des expressions françaises; il faut dire: Recevoir une démission, ou Accepter une démission. «Le gouvernement a accepté la démission de M. le professeur N***.»† ACCOURAGER, v. a. Encourager.Accourage-toi, mon valet, tu auras une bonne dimanche.En vieux français,acorager.ACCOURCIR, v. n.Les jours commencent d'accourcir.Dites: Les jours commencent de s'accourcir.ACCOURIR (S'), v. pron. Se pourvoir de denrées et autres objets de consommation, en attendant le moment, peu éloigné, où se fera la provision.As-tu assez de gros bois et de fascines pour t'accourir? Notre chariot de pommes de terre n'arrivera que dans quinze jours, Lisette: va donc en acheter une corbeille pour nous accourir. Le dîné sera sans doute retardé, et je vais prendre un bouillon pour m'accourir. Mon bon Monsieur, c'est aujourd'hui le premier du mois; je viens recevoir ma petite rente.—Aujourd'hui, Madame Pignolet, cela ne m'est pas possible, mais revenez dans cinq jours.—Eh bien, Monsieur, donnez-moi, s'il vous plaît, dix francs pour m'accourir; c'est-à-dire, Pour que je puisse suffire pendant ce temps à mes dépenses ordinaires. Dans certains cas on peut employer ce verbe à l'actif, et dire, par exemple:Prêtez-moi un quarteron de paille pour accourir mes bêtes jusqu'à la moisson.ACCOUTUMER, v. a. Nous disons:Accoutumer une chose. Accoutumer une place. J'ai accoutumé cette promenade, cette église, etc.Dites: Je suis accoutumé à cette place; je suis accoutumé à cette église, etc.; ou trouvez un équivalent meilleur.ACCOUVASSER, v. n. Se dit des poules et signifie: Couver, cacher, mettre à l'abri, chercher à couver. Dans le vieux français,accouvetera presque le même sens.ACCROCHER, v. a. (fig.) Gagner, attraper, saisir.Hier, en patinant, j'ai accroché un gros rhume. Tiens, accroche ce bâton. Il lui appliqua un soufflet et lui dit: Accroche!Terme français populaire.ACCULER, v. a.Acculer un soulier; souliers acculés.Terme français populaire et vieux français. Dites: Éculer; souliers éculés.ACCUSER, v. a. Terme de certains jeux de cartes. Annoncer.J'accuse un mariage en carreau. J'accuse vingt en trèfle.ACCUSER À. Dénoncer à.Finis, Antoine, ou bien je t'accuse; je t'accuse à M'sieu.ACCUSEUR, s. m. Rapporteur, écolier qui se plaît à dénoncer ses camarades. Terme vieux français.ACENSER, v. a. Prendre à cens ou à ferme, affermer. Ce terme, peu connu en France, et qui n'est pas dans le dictionnaire de l'Académie, doit s'écrire «Accenser.»ACHAPER (S'), v. pron. Terme des campagnards. S'accrocher à, se cramponner à, s'attacher à.S'achaper au cou de quelqu'un.[P. G.]ACHATIR, v. a. VoyezASSATIR.ACHOUTER (S'), v. pron.Le temps s'achoute, signifie: Le temps commence à s'éclaircir, le temps s'amende et devient meilleur. Voyez les motsSIOUTE ou CHOUTE.ACOI ou ACOUÉ, s. m. Puissance, courage, force physique, audace.Tu n'as pas l'acoi.Terme vaudois. Dans le patois de Neuchâtel on ditacout. Voyez leGlossaire neuchâteloisde M. le professeur Guillebert, 2eédition, p. 74.À CRA ou À CRAS, loc. adv.Être à cra, signifie: N'en pouvoir plus, être rendu, être aux derniers expédients, être aux abois.† ACRASER, v. a. Écraser.En remuant ce gros poutre, le charpentier vient de s'acraser le gros arteuil.AD HOC POUR CELA.Il est venu ad hoc pour cela.Dites: Il est venu ad hoc; ou, Il est venu pour cela; car les motsad hocet les motspour celaont exactement le même sens. Si vous les employez ensemble, vous dites deux fois la même chose; une fois en latin, et une fois en français.ADIEU. A Genève, à Lausanne, à Neuchâtel, à Chambéry etdans le midi de la France on ditadieuà une personne que l'on aborde et qu'on est dans l'usage de tutoyer.Adieu, cousin, comment te va? Adieu, ma sœur, viens-tu dîner avec nous?Il faut dire: «Bonjour,» et réserver le terme d'adieupour le moment où l'on se sépare. «Il se fait tard; adieu, Messieurs; adieu, Mesdames.»ADIEU, JE T'AI VU! Sorte d'exclamation facétieuse, à l'occasion d'une mésaventure, d'une perte, d'une espérance trompée.Le canari s'envola, et adieu, je t'ai vu! La diligence était partie, et adieu, je t'ai vu!ADMONESTER, v. a. Admonéter, faire une réprimande.Admonesterappartient au vieux français.ADOMÉCHER, v. a. Apprivoiser.Adomécher un chamois.Terme vieux français. Dans les Alpes on dit:Adometzi. R.domusoudomo.† ADOPTER, v. a. Adapter.Adopter une console, adopter une polie.Terme des ouvriers.AFFAIRE, s. m. Objet, ustensile, chose.Un gros affaire en bois.Solécisme universellement répandu, et qui vient du vieux français. Ce mot est aujourd'hui féminin.AFFAIRE, s. m. Nous disons dérisoirement d'un homme ou d'un jeune garçon petit et chétif:Ce petit affaire. Voyez ce petit affaire, qui n'a que huit ans et qui veut conduire un cheval.AFFAIRE, s. f.Il y a l'affaire de trois mois, signifie: Il y a environ trois mois.Il y a une affaire de deux ans que je ne l'ai vu, signifie: Il y a environ deux ans que je ne l'ai vu.AFFANER, v. a. Gagner avec peine, se tourmenter de travail, obtenir à la sueur de son front.J'ai bien affané cet argent. Ces ouvriers ont bien affané un pauvre écu.Terme suisse-roman.Affanerest l'ancien verbeahaner, qui signifiait: Travailler avec fatigue, comme le bûcheron qui soupire, etlaisse entendre, à chaque coup de hache, le sonahan. Selon le dictionnaire de Roquefort, le vieux motaffanest synonyme des mots Travail, peine, effort. Dans le dialecte languedocien,s'afanaveut dire: S'empresser à faire quelque chose.AFFAUTIR, v. a. Priver de nourriture. S'emploie surtout au passif.Un enfant affautiest celui à qui la nourriture a manqué.Allons, camarades, encore un morceau; il ne faut pas se laisser affautir.Se dit aussi des animaux et des plantes. Terme suisse. Dans le dialecte lorrain,affautrirsignifie: Rendre maigre.AFFITS, AFFITIAUX, s. m. pl. Affiquets, petits ajustements d'une femme, surcharge d'ornements sans goût, colifichets. «Affûtiaux» est français, mais n'a pas le sens de notre motaffitiaux.AFFRANCHISSAGE, s. m.L'affranchissage d'une lettre, d'un paquet, etc.Terme français populaire. On doit dire: «Affranchissement.»AFFRE, s. f. Grande peur, effroi.Je me fais une affre de cette entrevue. Ce jeune étudiant se faisait une affre de son examen d'Algèbre. Ne vous faites pas une affre de si peu de chose.En français,affrene s'emploie qu'au pluriel et dans cette seule locution: Les affres de la mort. A Genève,affre, au singulier, est une expression fort répandue.AFFÛTER, v. n. Être à l'affût, se poster pour attendre le gibier. Terme connu dans le Berry et sans doute ailleurs. Dans le vieux français on disait:S'affûter.AGACIA, s. m. Écrivez et prononcez «Acacia.»AGACIN, s. m. Durillon, cor aux pieds.Extirper un agacin. Son agacin l'empêchait de marcher.Terme méridional et vieux français. Dans le Valais on dit:Agaçon. R.agacer, irriter, faire souffrir.AGAFFER, v. a. Gaffer, accrocher quelque chose avec une gaffe.AGETS (LES), s. m. pl. Les êtres d'une maison, les dégagements, issues, corridors, escaliers, passages.Savoir les agets; étudier les agets. Ce voleur connaissait bien les agets de l'appartement.Terme rouchi. A Reims on dit:les agis; en vieux français:les agiz, les agès, oules agiers. Dans la basse latinité,agestusa le même sens.AGILETÉ, s. f.Il se déroba à nos yeux avec une incroyable agileté.Le mot français est «Agilité.»AGIR (S'), v. pron.Quand il a s'agi de se mettre à table, rien n'était prêt. Quand il a s'agi de payer l'écot, la moitié des convives avait disparu.Dites, en conjuguant ce verbe avec l'auxiliaireêtre: Quand il s'est agi.AGLAN, s. m. Mot patois, qui signifie: Gland.La saison des aglans. Ramasser des aglans.Terme savoisien, méridional et vieux français.AGLÉTIR, v. a. Agglutiner, agglomérer, coller.Ce miel s'est agléti à mes doigts.En Savoie, dans le Jura et en vieux français, on dit:Agléter.AGNOTI, s. m. (gnmouillés.) Nigaud, esprit lourd.AGONISER, v. a. Insulter, injurier, outrager de paroles.Après avoir agonisé sa femme, il la chassée du logis.Terme suisse, savoisien, comtois, lorrain, etc. Nous disons aussi, avec un complément indirect,agoniser de sottises, agoniser d'injures. Dans le langage parisien populaire on dit:Agonir. Agonir quelqu'un de mauvais propos.AGONISSANT, ANTE, adj. et s. Qui est à l'agonie. Écrivez par un seul s «Agonisant,» et prononcezagonizant.AGOUILLARDIR ou AGOUILLARDER, v. a. Affriander, rendre friand.En donnant tant de bonbons à cette petite fille, vous finirez par l'agouillardir.VoyezGOUILLARD.† AGOÛTER, v. a. Goûter.Agoûte-moi ce fromage.Terme vieux français.AGOÛTION, s. m. Mouchoir tressé ou noué dru, avec lequel les écoliers se donnent des coups.Faire un agoûtion; se battre à coups d'agoûtion.Terme formé peut-être du verbeagoûter.AGOUTTER, v. a. Mettre à goutte, mettre à sec, tarir.Agoutter un puits; agoutter une pompe. Les sources sont agouttées.Dans la langue provençale on dit:Agouta. Dans le canton de Fribourg on appelleagotune vache qui n'a plus de lait ou qui n'en a pas encore.AGRÈS, s. m. pl. Nous disons queles raisins sont en agrès, lorsqu'ils ont passé fleur, et que les grains commencent à poindre.Dans notre canton, c'est vers les derniers jours du mois de juin que les raisins sont en agrès.Dans le canton de Vaud on appelleagrès, «les petites grappes de raisin qui poussent plus tard que les autres et ne mûrissent pas.» En languedocienagras, et en vieux françaiségret, signifient:verjus. R.agrestisouacer.† AGRIABLE, adj. Agréable.Agriable comme une porte de prison.On retrouve ce barbarisme en Savoie et dans divers patois du nord de la France.AGUENETTES, s. f. pl. (Prononcezaghenettes.) Argent monnayé.Avoir des aguenettes; palper des aguenettes.Selon leGlossairede Gaudy, ce mot vient deagnels, ancienne monnaie d'or du temps de saint Louis, dont l'empreinte était un agneau.AGUILLAGE, s. m. (Prononcezaghillage, et voyez le mot suivant.)AGUILLER, v. a. (Prononcezaghiller.) Mettre, jeter, lancer un objet sur un lieu élevé, qui n'est pas à la portée de la main.Nos garçons avaient aguillé leur paume sur le toit; c'est-à-dire: L'avaient jetée sur le toit par étourderie ou parmaladresse.Leur cerf-volant resta aguillé sur l'arbre.Quelquefois le verbeaguillerveut dire simplement: Placer, mettre un objet dans un lieu élevé et peu convenable.Quand les domestiques desservent, elles ont la manie d'aguiller, d'échafauder les assiettes et les plats. Au lieu de pendre ton coquemar, Jeanette, pourquoi l'aguilles-tu ainsi sur les bûches? Est-ce étonnant que notre Madelon casse et brise tout? Elle vous fait de ces aguillages!... S'aguiller, v. pron., se dit des personnes, et signifie: Se percher,se hucher, se jucher.Resteras-tu une fois tranquille, Adrien, et cesseras-tu de grimper partout et de t'aguiller partout? Les voyez-vous, ces deux étourdis, s'aguiller sur le char de foin?Ce verbe est d'un emploi continuel chez nous, et nous le considérons comme un terme expressif, qui n'a point d'équivalent en français.AHVOUA ou AVOUA! interj. Bah! ah bah! allez donc! laissez donc!Allons-nous ce soir à la Somnambule?—Ahvoua! C'est tout du charlatanisme et de la farce.AIGLE, s. m. Nous disons proverbialement d'une personne abjecte et méprisable:Elle est bonne à donner aux aigles; c'est-à-dire: Elle ne vaut pas plus que la tripaille et les viandes gâtées dont on nourrit habituellement nos aigles.AIGLEDON ou ÉGLEDON, s. m. Édredon.AIGRE (FAIRE). Forcer, faire un abattage, faire une pesée.Il fallut faire aigre avec un levier. Les voleurs, pour ouvrir le pupitre, ont dû faire aigre.Employée au sens figuré, cette expression signifie: User de moyens violents ou extrêmes.Ne faisons pas aigre: attendons que les circonstances deviennent meilleures. On ne gagnerait rien à faire aigre: il faut user de patience.AIGRES, s. m. pl.Tourner aux aigres.Tourner à l'aigre, s'aigrir.AIGRON, s. m. Héron, oiseau.AIGUE, s. f. Eau. Ce mot patois, qui appartient au vieux français, est l'origine du verbe «aiguayer» (prononcezégayer), lequel signifie: Baigner, laver. «Aiguayer un cheval; aiguayer du linge.» [Acad.]Aiguebelleest le nom d'une jolie cascade, au pied du mont Salève, près d'Étrembières.AIGUILLETTE, s. f. Terme de couturière. Aiguille à lacer, passe-lacet.AIGUISEUR, s. m. Émouleur.AIR, s. m. Ressemblance. Nous disons:Donner de l'air à quelqu'un, pour signifier: Avoir de son air, avoir sa tournure, avoir son allure, lui ressembler à plusieurs égards.Il donne beaucoup d'air à son frère, et encore davantage à son oncle.Expression méridionale.AIRER, v. a.Airer un appartement.Dites: Aérer un appartement, c'est-à-dire, y faire circuler l'air. Chambre bien aérée.AIRRHES ou ERRHES, s. f. pl. Arrhes.Donner des airrhes à une domestique. Rendre les airrhes. Doubler les airrhes.Terme méridional et vieux français.AISE, s. f.Être mal à son aise, signifie: Être un peu indisposé, n'être pas bien portant.Par ces temps de brouillard, je me sens mal à mon aise; je suis mal à mon aise; je me trouve mal à mon aise; c'est-à-dire: Je ne suis pas entièrement bien; il y a quelque chose qui cloche, ma santé ne va pas.AISES, s. f. pl. Vaisselle de terre.Laver les aises. La patte d'aises; la patte aux aises.Terme suisse et savoisien. En languedocien,aisinese dit de toutes sortes d'ustensiles propres à contenir des choses soit liquides, soit solides; ainsi Un plat, un baquet, un panier, une cruche, sont autant d'aisines. En Franche-Comté et dans le vieux français,aisementsignifie: Ustensile de ménage.AISES, s. m. pl. Ce mot est féminin. Ne dites donc pas:Il se donne tous ses aises; il prend tous ses aises.Solécisme assez répandu, et qui nous vient du vieux français, oùaiseavait le genre masculin.AJOSSER (S'), v. pron. S'accroupir, se tapir.La poule est ajossée sur ses œufs. Cette petite Adèle est toujours ajossée au coin du feu.En languedocien,s'ajhassaveut dire: Se coucher.AJOUTURE, s. f. Ajoutage.Faire une ajouture à une robe.ALAGNE, s. f. Terme patois. Noisette. En Savoie on dit:Alogne; dans le canton de Vaud,Alagne,AlogneetEulagne; en vieux français,Aulagne; dans le patois limousin,Oulana; en provençal,Avelano; en latin,Avellana. Aveline, en français, est le nom d'une espèce de noisette.ALANGUÉ, ALANGUÉE, s. et adj. Babillard effronté.C'est un petit alangué. Vous n'êtes qu'une alanguée.En languedocien on dit:Alengat; dans le bas limousin,Olenga; en vieux français,Langard; dans le patois de l'évêché de Baie,Langaie.ALBINE, s. f. Arbenne, perdrix blanche.ALCOVE (UN).Un grand alcôve.Solécisme fréquent en France, dans le langage populaire.† ALCOVRE, s. f. Alcôve.Chambre à alcôvre.Les Languedociens ajoutent aussi l'r euphonique, et disent:Alcobre. Dans le Jura bernois et en Lorraine on dit:Alcofre. R. arabe:Alkobba.À L'HORREUR, loc. adv. Très-mal, horriblement, exécrablement.Cette robe lui va à l'horreur. Ta page d'écriture est faite à l'horreur. Vos ciseaux coupent à l'horreur.ALIER, s. m. Sorte d'arbre. Terme méridional et vieux français. On dit aujourd'hui Alisier.ALIGNER, v. a. (fig.)Aligner quelqu'un, c'est le corriger, le mettre à la raison, le faire marcher droit.Va, petitbandit, je te ferai aligner par ton père. Drôles que vous êtes, on vous alignera, on vous arrangera.ALLÉE, s. f. Action d'aller quelque part.L'allée et la venue; l'allée et le retour. Nous payâmes au cocher six francs pour l'allée et la venue.Figurément,Donner à quelqu'un l'allée et la revenue, c'est le morniflerd'importance, le souffleter d'abord sur une joue, puis sur l'autre.ALLÉE QUI TRAVERSE. Dites: Allée de traverse. Dites aussi: Rue de traverse, chemin de traverse, route de traverse, et non pas:Rue qui traverse, etc.ALLEMAGNES, s. f. pl.Notre fils voyage par les Allemagnes. Ces Allemagnes ont bien de la peine à se calmer.Expression très-populaire.ALLEMANDAGES, s. m. pl. Causeries, commérages.ALLER, v. n. Nous disons:Aller par le haut et par le bas.Les dictionnaires disent: Aller par haut et par bas.ALLONGER, v. a. Dans le langage culinaire,allonger une sauce, c'est y ajouter du bouillon ou de l'eau, et en diminuer ainsi la force.Elle laisse brûler son rôti et ensuite elle allonge la sauce comme elle peut.Cette expression s'emploie aussi figurément.Allons, Messieurs, ne discutez pas davantage: il ne faut pas allonger la sauce.ALLONGER (S'), v. pron. Allonger.En passant par ce chemin, nous nous allongeons.Dites: Nous allongeons.ALLONGER (S'), v. pron. Croître.Les jours s'allongent.Dites: Les jours croissent. En Languedoc on dit:Les jours allongent.ALLONGER (S'), v. pron. Dans le langage des ouvriers,s'allongerveut dire: Se hâter, faire vite.Camarades, l'ouvrage presse, il faut s'allonger.ALLUMER UNE LUMIÈRE. Cette expression, généralement usitée dans tous les pays où l'on parle français, n'est admise ni par les dictionnaires, ni par les grammaires.ALLUMETTES, s. f. pl. Nous appelonsJeu des allumettes, un jeu d'enfants dont le nom français est Jeu des jonchets, ou Jeu des honchets.ALLURE, ALLURÉE, adj. et s. Se dit des jeunes garçons et des jeunes filles, et signifie: Vif, dégourdi, rusé, madré, intrigant.Tony est un petit alluré qui fera son chemin.Terme suisse et languedocien. A Marseille on dit: Unluré; dans le Berry, en Normandie et en Picardie, undéluré, terme recueilli par MM. Noël et Chapsal.† ALMANACH, s. f.Une jolie almanach.Ce solécisme se fait aussi dans le canton de Vaud, en Savoie, en Lorraine, et sans doute ailleurs.ALOUILLES ou ALOU-YES, s. f. pl. Ce mot signifie: Brandons, perches recouvertes de paille tortillée, que les jeunes villageois allument à la tombée de la nuit, sur les lieux élevés, le premier dimanche du Carême, appelé, pour cette raison, le Dimanche des Brandons. Après avoir brûlé leurs flambeaux, ils se rendent, en chantant, au domicile des personnes qui se sont mariées dans le cours de l'année, et font des souhaits pour qu'elles aient de beaux enfants, et surtout pour qu'elles offrent quelques bouteilles de vin à la joyeuse bande. (P. G.)ALOUILLES, s. f. pl. Les villageois de plusieurs de nos communes sont dans l'usage, le soir d'une noce, de jeter aux enfants des noisettes, des dragées, du caramel et autres friandises. Cela s'appelle, en patois:Acougli les alouilles(jeter les alouilles). Terme savoisien.ALPHES ou ALPHTES, s. m. pl. Aphthes, petits ulcères qui viennent dans la bouche.Avoir les alphes. Les alphtes sont douloureux.Ceux qui font ce mot féminin ajoutent une seconde faute à la première.AMADOU, s. f.De la bonne amadou.Solécisme très-répandu en Savoie, en France et en Suisse.† AMANDRE, s. f. Amande.Une amandre douce; une amandre amère.Terme savoisien, lyonnais, vieux français, etc.AMASSER, v. a. Nettoyer.Amasser une assiette, amasser un plat. N'amasse pas avec tes doigts, Alexis; amasse avec ton pain.AMASSER, v. n. Commencer à suppurer, commencer à aboutir.Son doigt amasse.Terme méridional.AMATEUSE, s. f. Ce mot n'est pas français. En parlant d'une femme, aussi bien que d'un homme, on doit dire: «Amateur.»AMBE, s. m. Amble, une des allures du cheval.AMBRESAILLE, s. f. Myrtille, airelle, embrune, ou raisin des bois.Un gâteau aux ambresailles.Terme savoisien.AMBROCHE, s. f. Myrtille, airelle, embrune, ou raisin des bois. Terme vaudois.AMENER, v. a. Appliquer, flanquer, asséner.Il voulut répliquer; l'autre lui amena un épouvantable horion.AMI AVEC. VoyezAVEC.AMIDON, s. f.De la bonne amidon.Ce mot est masculin.AMIOTI, IE, adj. Signifie: 1oFatigué, éreinté; 2oRapetissé, rabougri, racorni.AMOMON, s. m. Tomate, pomme d'amour de la petite espèce.Un vase d'amomons.AMPRÔ, s. m. Voyez le mot suivant.AMPRÔGER, v. n. Terme des écoliers dans leurs jeux. Réciter une kyrielle de certains mots, pour savoir quel sera, entre tous les joueurs, le joueur sortant. Ces mots, qui n'ont aucun sens connu, sont au nombre de dix-sept:Amprô, Giraud, Carin, Careau, Dupuis, Simon, Carcaille, Brifon, Piron, Labordon, Tan, Té, Feuille, Meuille, Tan, Té, Clu. Les deux derniers de ces termes semblent être patois;Té cluouT'eyclus peuvent signifier: Tu es dehors, tu es sortant.Clusserait alors le participedu vieux verbeclure, commeexcluouexclusest le participe d'exclure: conjecture très-hasardée mais très-peu importante.ANAILLE, s. f. Noisette. Ce terme figure dans un ancien refrain que les enfants chantent encore quelquefois le jour de Noël:Chalande est venu,—Son bonnet pointu,—Sa barbe de paille,—Cassons des anailles,—Mangeons du pain blanc,—Jusqu'au Nouvel an.VoyezALAGNE.ANCELLE, s. f. Éclisse, appui pour la fracture des os. Terme savoisien. Dans le patois du Jura,ancettesignifie: «Planchette, bardeau,» petit ais fort mince pour couvrir les toits.ANCHOIS, s. m. Dans notre dialecte et dans celui du Languedoc, des yeuxbordés d'anchoissont des yeux éraillés, des yeux «bordés d'écarlate,» comme s'expriment les dictionnaires.ANDAN, s. m. Terme des campagnards. Andain, ligne d'herbe abattue par la faux et qui ressemble à uneonde. Dans le patois du canton de Vaud,andasignifie: «Vague, bouillon,onde.» En italien,andareveut dire: «Marcher.» On peut choisir entre ces deux étymologies, dont, peut-être, la meilleure ne vaut rien.ANDRILLE, s. f. Ne s'emploie que dans cette expression populaire:Tirer l'andrille, laquelle signifie: «Être dans le dénûment, être pauvre.»Andrilleest une corruption du motmandrilleoumandille. Dans le Limousin on dit:Traîner la mandrille; à Lyon,Traîner la mandille. Or lamandilleétait une sorte de petit manteau ou casaque que portaient autrefois les laquais: elle leur était particulière, et les faisait distinguer des autres valets.† ANÉDOCTE, s. f. Anecdote.Il nous fit asseoir et nous conta l'anédocte suivante.Terme dauphinois, limousin, etc.ÂNE, s. m. Nous disons proverbialement:Il y a beaucoupd'ânes au moulin qui se ressemblent.Dans le français populaire on dit: Il y a plus d'un âne à la foire qui s'appelle Martin.ANGE. Ce mot est masculin, lors même qu'on l'applique à une femme. Ne dites donc pas, comme plusieurs:Ma chère ange.ANGLAISE, s. f. Redingote, lévite.Raccourcir une anglaise; tourner une anglaise.ANGOISSER, v. a. Agiter, inquiéter vivement, tourmenter.Je viens d'apprendre que, par cette forte bise, nos jeunes gens sont en bateau sur le lac, et cela m'angoisse. La malade a été fort angoissée toute la nuit.Excellent terme familier aux Suisses, et dont Mmede Staël n'a pas négligé de faire usage. Voyez, dans leGlossairede Roquefort, les significations qu'avait ce mot il y a trois cents ans.ANGURINE, s. f. Melon d'eau.ANICHON, s. m. Petit âne, âne. Terme français populaire, lequel ne s'emploie qu'au sens figuré.ANIOTI et ANIATI, adj. Fatigué à l'excès, éreinté. Ces termes sont une corruption du motanéanti. On a dit d'abordanéanti, puisanianti(par un changement fréquent de l'éeni), puisaniatietanioti.À NIVEAU DE.Le salon est à niveau du jardin.Dites: Est au niveau du jardin.ANONCHALIR (S'), v. pron. Devenir nonchalant.Après deux années d'application, on le vit tout à coup se décourager et s'anonchalir.Terme vieux français.À NOUVEAUX FRAIS.Recommencer une chose à nouveaux frais.Expression fréquente chez J.-J. Rousseau. Les grammaires et les dictionnaires disent: Sur nouveaux frais.ANSE, s. f. (aaspiré).La anse d'un pot; la anse d'une écuelle.Il faut écrire et prononcer «L'anse.» L'anse d'un pot, l'anse d'une écuelle.ANTICHAMBRE, s. m.Un bel antichambre.Ce mot est féminin, comme le mot «chambre,» dont il dérive.ANTIDILUVIEN, ENNE, adj. Qui a existé, qui a eu lieu avant le Déluge.Temps antidiluviens; nations antidiluviennes.Dites, avec l'Académie et toutes les grammaires: «antédiluviens.» Le motantidiluviense dit quelquefois de ceux qui nient le Déluge.À NULLE PART, loc. adv. Nulle part.Où étais-tu hier soir?—À nulle part; j'étais chez moi.ANVERS, s. m. Furoncle. VoyezENVERS.À PART DE, loc. conj. À moins de.À part de la frapper, son mari ne pouvait la traiter plus mal. À part d'être mort, on ne pourrait être plus malade qu'il n'est.APETISSIR, v. a.Cette lunette apetissit.Dites: Cette lunette apetisse. L'infinitif de ce verbe est: Apetisser.APIDANCER (S'), v. pron. Combiner avec économie son pain et sa pitance en mangeant.Tu ne sais pas t'apidancer. Ce fromage est bien apidançant.Terme languedocien. Dans le Berry, on appellemets apidançant, un mets qui fait manger beaucoup de pain. VoyezPIDANCE.APIGEONNER, v. a. Attirer par de beaux discours, par de beaux semblants, enjôler, affrioler.Il se laissa apigeonner par toutes leurs magnifiques promesses.Terme remarquable, connu dans quelques provinces de Savoie, et peut-être ailleurs.APLATI, TIE, part. S'emploie au sens figuré et signifie: Détraqué, énervé, abattu, consterné.Je ne suis pas positivement malade, je suis aplati, je n'ai point de force. Cette nouvelle nous a aplatis. Votre MrMichel est un homme bien indolent, bien aplati.À POINT D'ENDROIT, loc. adv. Nulle part.APOSTICHE, adj. Postiche, ajouté après coup.Barbe apostiche;frisons apostiches; dents apostiches.Terme méridional, etc.APOUSTI, s. m. Rebord extérieur d'une barque sur lequel marchent les bateliers, qui la font aller à l'étire, c'est-à-dire au moyen d'un long pieu ferré.APOUSTOUILLE ou APOUTOUILLE, s. f. Allonge, ajoutage, appendice. A Chambéry on dit:Apostouille. C'est le mot français «Apostille» défiguré.APOUTOUILLER, v. a. Allonger, mettre un ajoutage.APPARENCE, s. f. Très-petite quantité.Madame voudrait-elle goûter notre excellente eau de cerises?—Eh bien, oui; mais donnez-m'en seulement une apparence.APPARUTION, s. f.Il ne fit qu'une apparution et il nous quitta.Le mot français est «Apparition.»APPELER (FAIRE). Nous disons:Faire appeler le médecin, faire appeler le pasteur, faire appeler le notaire. On dit en France plus simplement et plus correctement: Appeler le médecin, le notaire, etc.APPETIT, s. m.Bon appetit, voisine!—Et vous aussi, voisin, bon appetit!Prononciation gasconne. Il faut écrire et prononcer «Appétit,» avec un accent aigu sur l'e.APPOINT, s. m. VoyezAPPOINTER, v. n.APPOINTEMENT, s. m.Son appointement est fixé à 1400 francs. On lui a doublé son appointement.Dites: Ses appointements. Ce mot, pris dans le sens de Salaire, ne s'emploie qu'au pluriel.APPOINTER, v. a. Pointer.Appointer un canon.Terme français populaire.APPOINTER, v. n. Se dit au jeu de boules, par opposition àbaucher.Il appointe bien. Voilà un bon appoint.Terme lyonnais et méridional.APPONCE, s. f. Ajoutage, allonge.Cette robe aurait besoin d'une apponce. Si nos enfants viennent dîner, vous mettrezune apponce à la table.Terme suisse-roman, savoisien et lyonnais. Dans le Jura, on ditrapponce.APPONDILLE, s. f., et APPONDILLON, s. m. Ajoutage, appendice, chose ajoutée à une autre.APPONDRE, v. a. Ajouter, attacher.Appondre une ficelle; appondre une sauce; appondre du bouillon; bouillon appondu; sauce appondue. Qui répond, appond; c'est-à-dire: Les ergoteurs prolongent et entretiennent les disputes. Terme lyonnais, jurassien, dauphinois, etc.† APPRENTIF, s. m. Apprenti.Apprentifappartient au vieux français, et se dit encore dans le Midi.† APPRENTISSE, s. f. Apprentie. Terme vieux français.APRÈS, prép. Au lieu de dire: Envoyer chercher quelqu'un, nous disons:Envoyer après quelqu'un. Le vétérinaire n'arrive pas: envoyez après lui.Dites: Envoyez le chercher.APRÈS, prép.Demander après quelqu'un, n'est pas une expression correcte.En mon absence, a-t-on demandé après moi?Dites: En mon absence, quelqu'un m'a-t-il demandé? Quelqu'un a-t-il demandé à me voir, à me parler?APRÈS, prép.La clef est après la serrure; la clef est après la porte.Dites: La clef estÀla serrure; la clef estÀla porte.APRÈS-MIDI, s. m. Assemblée, cercle, thé.MmeN** nous a donné hier un charmant après-midi.Ce mot est féminin et il n'a pas cette signification.ÂPREUR, s. f. Âpreté.L'âpreur d'un fruit.À PRORATA, prép. comp. Au prorata, en proportion de, à raison de.Il paie à prorata de ses revenus.Terme français populaire.APURE, s. f. Moment de la plus grande abondance d'un fruit.L'apure des fraises va finir. L'apure des melons commencera bientôt.Terme savoisien.À PURE PERTE, loc. adv. J.-J. Rousseau a employé fréquemment cette expression genevoise qui a fini par s'introduire en France, dans le langage populaire. Au dix-septième et au dix-huitième siècle, les écrivains français ont toujours dit: «En pure perte,» et jamaisÀ pure perte.À QUELQUE PART.Je vais à quelque part.Dites, sans préposition: Je vais quelque part.ARAGNE, s. f. Araignée. Voyez le mot suivant.ARAGNÉE, s. f.Toile d'aragnée.Terme français populaire et vieux français. Écrivez et prononcez «Araignée.» Peu de mots ont eu autant de peine à se former que celui-là; peu de mots ont subi en France plus d'altérations successives. On a dit:Araigne, airagne, arigne, iragne, iraigne, aragne, aragnée, et enfin Araignée.ARAIGNÉE, s. f. Cardère, chardon des haies.ARASÉE, s. f. Terme de maçonnerie. Assise.Première arasée; seconde arasée.Le verbe «Araser» est français.ARBORISER, v. n. Herboriser.Arboriserappartient au français populaire.Arboristese trouve dans les Fables de La Fontaine (V, 8), et se dit encore dans le Midi.†ARGARDER, v. a. Regarder.Argarde voir, François.ARÉONAUTE, s. m. Aéronaute.À REVOIR, Au revoir.†ARGENT, s. m. Dans le langage populaire, ce mot est féminin.Sa petite argent ne le mènera pas loin. Ils y mettent une belle argent, tous ces garçons, à leur tabac et à leur fumerie.Ce solécisme ne nous est pas particulier.ARGENT DE POCHE, s. m. Dites: Argent de la poche, argent qu'on destine à ses menus plaisirs.ARGENT MÂCHÉ, s. m.Une tabatière d'argent mâché.Dites: Une tabatière argentée.ARGENTS, s. m. pl.Les argents sont rares.Dites: L'argent est rare.ARGOT, s. m. Ergot, espèce d'ongle chez quelques animaux.Le coq se tenait sur ses argots.Terme français populaire et vieux français.† ARGOTER, v. n. Ergoter, répliquer avec humeur. Terme français populaire et vieux français.† ARGOTEUR, s. m. Ergoteur.† ARGUELISSE, s. f. Réglisse, plante.Du bois d'arguelisse.Ce mot a subi en France de grandes variations. On a dit successivement:Ergalisse, erguelisse, regalisse, rigalisse, ragalisse, riglisse, et enfin Réglisse.ARGUILLON, s. m. Ardillon, pointe de métal à la chappe d'une boucle. Terme français populaire.ARI, adv. Arrière. Terme de batelier.Faire ariveut dire: Ramer en sens contraire pour aborder.Ariest aussi le cri de nos charretiers pour faire reculer leurs chevaux. En vieux français,ariersignifie: Arrière.ARIOTET, s. m. Jeu d'écoliers, appelé aussiQuique. Voyez ce mot.† ARMANA, s. m. Almanach.Armanaest aussi la prononciation populaire en Savoie, en Franche-Comté, en Bourgogne, dans le Limousin, en Provence, à Paris, à Reims, etc.ARMISTICE (UNE). Ce mot est masculin. «Un court armistice.»† ARMOIRE (UN).Nous incantâmes un superbe armoire de sapin.Ce solécisme nous est commun avec nos voisins de France, de Suisse et de Savoie.† ARMOLAU, s. m. Émouleur, gagne-petit.Quand l'armolau passera, dites-lui de monter.Terme neuchâtelois.ARPION, s. m. Harpon. En provençal,arpiounsignifie: Une griffe.ARPIONNER, v. a. Harponner.ARRAL (D'). De travers, à rebours, mal.Ce vêtement va tout d'arral. Notre affaire ira tout d'arral, etc. Terme des campagnards. [P. G.]ARRAPER, v. a. Prendre par force, arracher.ARRÊTE, s. f. Arrêt, cesse, repos.N'avoir point d'arrête, signifie: Bouger sans cesse, agir continuellement, se trémousser sans relâche.ARRÊTER, v. n. S'arrêter.Partez donc; la dernière cloche vient d'arrêter. Nous eûmes beau faire des signes avec nos mouchoirs, l'omnibus ne voulut pas arrêter.Il est mieux de dire: Ne voulut pas s'arrêter.ARRÊTER, v. n. Cesser.Il a arrêté de pleuvoir; il a arrêté de sonner. Laisse ton labourage, André; et si la pluie arrête, tu le reprendras.ARRHES, s. f. pl. Dans le langage populaire raffiné, on aspire ce mot, et l'on dit:Des hharrhes; livrer les hharrhes. C'est une grossière faute: il faut prononcerles z-arrhes.ARRIÉRAGES, s. m. pl. Arrérages.ARRIÈRE-GRAND'MÈRE, s. f. Bisaïeule.ARRIÈRE-GRAND-PÈRE, s. m. Bisaïeul. Terme méridional.† ARSOUILLE, s. f. Homme ou femme de néant, crapule. Terme ignoble, qu'on retrouve dans quelques provinces du nord et du centre de la France. [Voyez leGlossaire picardde M. l'abbé Corblet.]ARTÈRE (UN).Le gros artère.Solécisme fréquent. Ce mot est féminin.ARTEUIL, s. m. Orteil, doigt du pied.Il s'écrasa l'arteuil.Dans notre patois, on dit:artieu; dans le Limousin et en vieux français,arteil; en Languedoc,artel; en rouchi,artoil; dans le dictionnaire de Cotgrave, on trouveartailetartoir: tous mots qui se rapprochent beaucoup de l'étymologie latinearticulus. «Orteil,» qui s'en éloigne davantage, a prévalu.ARTICHAUT BÂTARD, s. m. La grande joubarbe.ARVE, rivière. Nous disons, en retranchant l'article devant ce mot:Le sable d'Arve; la queue d'Arve; le bord d'Arve; le chemin d'Arve; patiner sur Arve. Ces façons de parler sont un reste du vieux français.AS (UNE). Terme du jeu de cartes.Une belle as.Solécisme qu'on retrouve aussi dans le français populaire.ASPIRAL, s. m. Spiral. Terme d'horlogerie.ASSATIR ou ACHATIR, v. a. Écacher, aplatir, tasser, écraser.Un terrain assati; une pomme assatie. Du pain assatiest du pain mal cuit, mal levé, qui est trop serré, si l'on peut s'exprimer ainsi. Le verbeassatirouachatirse dit aussi des personnes.J'ai tant marché, que je suis tout achati. Si tu raisonnes encore, petit drôle, je t'achatis. Quand il apprit la nouvelle de cette faillite, il resta comme achati; c'est-à-dire: Comme écrasé. Dans le patois languedocien,acataveut dire: Abaisser, et le participeacatatsignifie: Courbé, bas. Dans le patois du Berry,satera le sens de: Presser, fouler.ASSATISSEMENT, s. m. Aplatissement, abaissement.ASSAUT, s. m. Nous disons figurément:Faire un assaut à quelqu'un, pour: Le tancer vertement, éclater contre lui en reproches.Recevoir un assautveut dire: Être fortement réprimandé. En Lorraine,assauter quelqu'unsignifie: L'accabler d'injures, de reproches, d'invectives.ASSÉNER, v. a.Asséner un coup de poing.Ce mot s'écrit «Assener» sans accent sur l'e. [Acad.]ASSÉYER (S'), v. pron. S'asseoir.Asséye-toi, Colas. Prenez la peine, Mesdames, de vous asséyer.Faute fréquente.ASSEZ, adv.Monsieur a-t-il assez bois? Aurons-nous assez crême pour quinze personnes?Dites: Assez de bois, assez de crême, etc.ASSOYER (S'), v. pron. S'asseoir.Ils s'assoyèrent parterre, est un barbarisme. On dit pourtant: Assoyez-vous; il faut que tu t'assoyes, etc. Pour les deux manières de conjuguer le verbe S'asseoir, voyez absolument les dictionnaires et les grammaires, et ensuite débrouillez la chose, si vous le pouvez.ASTHME, s. m. Se prononceasme.ASTRAGON, s. m.Vinaigre à l'astragon.Écrivez et prononcez «Estragon.»ATARTI, IE, adj. Épuisé de fatigue, éreinté.ATOUT, s. m. Soufflet, taloche, mornifle, fort coup.Flanquer un atout; appliquer un atout; se donner un atout.Terme parisien populaire, picard, etc.ATRAN et ATREIN, s. f. Terme des campagnards. Fourche de fer à trois cornes, pour prendre et remuer le fumier. Terme savoisien. Dans le canton de Vaud on dit:Treinoutreun; en Franche-Comté,Tran; en Dauphiné,Trenc.ÂTRIAUX, s. m. pl. Boulettes de foie de cochon.Une douzaine d'âtriaux.Terme suisse-roman. A Besançon on dit:Atraux; en Lorraine,Hâtrez. Dans le vieux français,le Hétriaulxsignifie: Le foie.AUBE, s. f. Nous disons:Travailler d'une aube à l'autre, pour signifier: Travailler autant que la journée peut s'étendre. Expression remarquable, qui prouve qu'anciennement on ne distinguait pas (quant au degré de lumière) l'aurore du crépuscule, puisque l'un et l'autre étaient appelés du nom d'aubeou blancheur. [Voyez Villa,Nouveaux gasconismes corrigés, t. I.] Cette expression,d'une aube à l'autre, n'est dans aucun des dictionnaires que j'ai pu consulter.AU-DESSUS, adv.Être au-dessus, se dit d'un malade qui, après une dangereuse maladie, est sur le point d'entrer en convalescence.Alexis a été entre la vie et la mort pendant plusieurs mois; mais, grâce à Dieu, le voilà au-dessus.Expression consacrée.AU-DEVANT, adv. On entend souvent dire:Il lui est allé au devant, pour: Il est allé au-devant de lui. Ce barbarisme est déjà signalé dans lesRemarquesdu grammairien Vaugelas, publiées il y a deux cents ans.† AUPARAVANT, prép.J'arriverai auparavant lui. Vous serez servi auparavant ces dames.Dites: J'arriverai avant lui; vous serez servi avant ces dames. «Auparavant» est un adverbe, et les adverbes n'ont pas de régime. Cette faute appartient au vieux français.† AUPARAVANT DE.Auparavant de mourir, il restitua la somme. Nous danserons auparavant de souper.Dites: Avant de mourir; avant de souper.AUPARAVANT QUE, loc. conj.Auparavant que tu partes, on se reverra.Cette expression appartient au vieux français. Dites: Avant que tu partes, on se reverra.AUSSITÔT, adv.Aussitôt à mon arrivée, j'irai vous voir.Dites: Aussitôt mon arrivée; ou: Aussitôt après mon arrivée; expression meilleure que l'autre.AU SÛR, loc. adv. Pour sûr, avec certitude.Es-tu bien certain de la chose, Bernard?—Je ne la sais pas au sûr, et je ne voudrais pas en jurer.AUTEUR, s. m. Cause.Tu as déchiré ma veste, Jules.—Eh bien! je m'en moque, c'est toi qui en es l'auteur: tu n'avais qu'à ne pas me chicaner.Terme parisien populaire, etc.AUTOUR DE, loc. prép. Environ, à peu près.Il est autour de midi. À ce bal nous étions autour de soixante. Il y a autour de quatre ans que notre oncle est mort.AUTRE, adj. Les quatre expressions suivantes:Rien d'autre, Quelqu'un d'autre, Quelque chose d'autre, Personne d'autre, sont des expressions vicieuses, qu'il faut remplacer par celles-ci: Rien autre, Quelque autre, Quelque autre chose ou Autre chose, Personne autre ou Nul autre; oupar des termes équivalents. Ne dites donc pas:J'ai gagné mon enjeu et rien d'autre. J'inviterai toute la famille, mais personne d'autre. Voudrais-tu un peu de café, Albertine?—J'aimerais mieux quelque chose d'autre.Ce sont là des phrases barbares.AUTRES FOIS (LES), loc. adv.Les autres fois on fermait les portes de la ville à six heures du soir.Dites: Autrefois, jadis, anciennement.AUTU-BÔTU, adv. En bloc, l'un portant l'autre, pêle-mêle.Acheter un chariot de foin autu-bôtu; c'est-à-dire: Sans le peser. «Jamais je ne ferai un marchéautu-bôtudans une matière de cette importance.» [Humbert,Adresse à mes concitoyens. 1792.]AVA! Exclamation de découragement ou d'incertitude.Ava! n'essaie pas, tu n'y pourras jamais parvenir. Ava! ne sortons pas, la pluie commence.AVALANCHER, v. n., et S'AVALANCHER, v. pron. S'ébouler.Le terrain menaçait d'avalancher. Le glacier venait de s'avalancher.En provençal,s'avalanchaveut dire: S'affaisser, s'ébouler, crouler.AVALÉE, s. f. Forte réprimande, gronderie brusque.Faire une avalée. Il nous surprit dans la vigne et nous fit une effroyable avalée.AVALER, v. a. Quereller durement, rudoyer, malmener.Gardez-vous, mes enfants, de lui demander congé; il vous avalerait.Terme français populaire.AVALER, v. a. (fig.) Nous disons de quelqu'un qui a des maux de gorge:Il a avalé le chat par la queue; ou:Il a avalé la queue du chat.En français, on dit d'un chanteur qui éprouve un embarras de gosier: «Il a un chat dans la gorge.» [Acad.]AVALE-ROYAUME, s. m. Dénomination facétieuse qu'on donne à une personne avide, insatiable.AVALOIR, s. m. Grand gosier, vaste gosier, vaste estomac.Dis-moi, Georgette, il faut que tu aies un fameux avaloir pour avoir englouti toute la fricassée de boudins. Avaloirest un mot français; mais on l'écrit «Avaloire,» avecefinal, et il est du genre féminin.AVAN, s. m. Osier, pleyon.Les avans aiment le bord des eaux.Terme franc-comtois, etc.AVANCE, s. f.Avoir de l'avancesignifie, dans le langage des ouvriers et des domestiques: Avoir quelque argent devant soi, avoir des économies, être en fonds.Tu es toujours ouvrier, Mathurin?—Hélas! oui, Monsieur; je n'ai point d'avance. Si j'avais eu de l'avance, je me serais établi depuis longtemps.AVANCE, s. f.Prendre de l'avance, gagner de l'avance, sont des expressions incorrectes.Antoine, toi qui marches moins vite que tes compagnons de route, prends de l'avance, gagne de l'avance.Les dictionnaires disent, en retranchant l'article: Prendre l'avance, gagner l'avance. [Acad.]AVANCE, s. masc. Ce qui se trouve déjà de fait ou de préparé.Tu me conseilles donc de bâtir ce mûr, Bastian?—Puisque Monsieur a tout le sable qu'il faut, et la moitié des pierres, c'est un joli avance, c'est un bon avance.Ce mot est féminin: Une bonne avance.AVANCÉ, CÉE, adj. Celui ou celle qui a quelque argent amassé, quelque petit fonds de réserve. Expression familière aux ouvriers et aux domestiques.Notre Suzon attend, pour se marier, d'être plus avancée.AVANCÉ, CÉE, s.Les avancés de la secte. Les avancés du parti. Un tel est dans les avancés.Néologisme utile.AVANTER, v. a. Aveindre, prendre un objet qui n'est pas à la portée de la main.Toi qui es grand, Eugène, avante-nous ce panier qui est sur le buffet. Monte sur l'échelleet avante ce gros livre. Tâche d'avanter mon volant sur ce poirier.Terme formé de la préposition «Avant.»Avanter, c'est: Tirer en avant, amener en avant. Ce verbe n'a point d'équivalent exact en français; car le verbe «Aveindre» est peu usité.AVEC, prép. Nous disons, et les Méridionaux le disent aussi:Vous arriverez avec la nuit; nous voyageâmes avec la pluie; ils partirent avec le beau temps. Ces phrases, et phrases semblables, n'ont pour elles l'autorité d'aucune grammaire, ni d'aucun dictionnaire.AVEC, prép.Je suis ami avec Isaac. Connais-tu la Louise, Benoît?—Si je la connais: on est amie avec. Les deux cousines sont amies ensemble.Ces expressions ne sont pas françaises.AVEC, prép. Ne dites pas:Compter avec les doigts. Dites: Compter sur les doigts, ou par les doigts.AVEC, prép.Quand cela va bien, il faut aller avec.Ce proverbe signifie qu'On doit être modéré en toute chose; qu'il faut, en toute chose, jouir sans abuser.Allons, M. l'adjoint, encore un verre de Champagne.—J'ai eu ma bonne part, Messieurs, et, comme dit le proverbe, quand ça va bien, il faut aller avec(c'est-à-dire: Quand les choses vont bien, il faut être content et ne pas aller jusqu'à l'excès).AVEC CELA QUE, loc. conj. Outre que, d'ailleurs.Le temps est trop incertain et trop humide pour que je me mette en route, avec cela que j'ai une douleur au genou.AVENAIRE, s. m. L'avenaireest un homme essentiellement désagréable, qui blâme tout, critique tout, et chez qui la contradiction est un besoin. A Neuchâtel,avenairesignifie: Aventurier, homme sans aveu, nouveau venu, intrus. C'est à peu près le sens que lui donne leDictionnaire français-anglaisde Cotgrave, seul dictionnaire où j'aie trouvé cettecurieuse expression. Dans le patois du bas Valais,aveniroveut dire: 1oEnfant maigre; 2oPolisson R.advenaouadvenarius, étranger.AVOCATON, s. m. Mauvais avocat. Dans le français populaire on dit quelquefois:Avocasson.AVORGNAU, s. m. Homme incommode, homme ennuyeux, butor. Terme tant soit peu trivial, et qui commence à vieillir.AVOUAI, AHOUÉE ou AHOUAI, s. m. Cri, clameur générale d'approbation dans une réunion bachique.Encore un avouai!AVOUGNON, s. m. Coup, fort coup.AVOUILLON, s. m. Aiguillon pour piquer les bœufs.AVOUILLONNER, v. a. Piquer un bœuf avec l'aiguillon pour le faire aller. Ce mot et le précédent nous viennent des campagnards.

À, prép.Aller à âne, aller à mulet, ne sont pas des expressions correctes; il faut dire: Aller sur un âne, aller sur un mulet, comme on dit: Aller sur un chameau, aller sur un dromadaire. Mais l'expression Aller à cheval est consacrée.

À, prép. Est mis pour «comme» dans les exemples suivants, qui appartiennent au langage le plus populaire.Il n'y en a point à lui pour rendre service. Il n'y en a point à elle pour être gentille et amusante. Pour faire les petits pains au beurre, il n'y en avait point à MmeGeorge.

À, prép. Est vicieux dans les exemples suivants:Tu mettras ce livre à ta poche. Au moment même où il mettait son foulard à sa poche, un filou le lui enleva.Substituez la préposition «dans» et dites: Dans sa poche.

À, prép. Est mis pour «de» dans les phrases suivantes et phrases analogues:Le cheval à Jean-Pierre. La servante à Pilate. La fête à Rousseau.Cette faute, non moins répandue en France qu'en Suisse, nous vient du vieux français;et un poëte fameux, Ronsard, qui vivait au milieu du seizième siècle, était correct à cette époque, en écrivant:La guerre à Troie, pour: La guerre de Troie;les victoires aux dieux, pour: Les victoires des dieux.

À, prép.Acheter à quatre sous de cerises; prendre à deux sous de lait, etc.; dites: Acheter pour quatre sous de cerises; prendre pour deux sous de lait.

ABADER (S'), v. pron. Terme des campagnards. Prendre son essor, prendre sa course, courir les champs, s'affranchir de toute entrave et de toute gêne, se sauver, s'enfuir.Il faut nous abader, car voici la pluie. Leurs vaches s'étaient abadées dans les blés. Notre petite Marguerite commence à s'abader; c'est-à-dire: Commence à faire quelques pas seule. A l'actif,abadersignifie: Bouger, remuer, soulever.Abader un chariot, abader une grosse pierre.Dans le patois du Dauphiné,Abadà lo tropèveut dire: Lâcher les troupeaux qu'on mène paître, leur donner la clef des champs. Voyez le motBADE.

ABANDONNER (S'), v. pron. Se dit des enfants qui commencent à faire quelques pas seuls et sans être soutenus.Notre petit John ne marche pas encore, mais il s'abandonne.

† ABANLIEUE, s. f. Banlieue.

ABASSOURDIR, v. a. Écrivez «Abasourdir,» et prononcezabazourdir.

ABATTANT, s. m. Nous appelons ainsi cette partie du pupitre ou du bureau sur laquelle on écrit, et qui, étant à charnière, se lève ets'abatà volonté.

ABÉCHER, v. a. Abéquer.Tâche d'abécher les deux bouts. Cette tringle ne peut abécher l'anneau.

ABEILLER, s. m. Terme des campagnards. Rucher.Un coup de vent emporta les deux ruches et renversa l'abeiller.

ABERGER, v. a. Héberger.M. G**, curé de La Roche,nous accueillit et nous abergea.Terme vieux français.

ABOMINER, v. a. Avoir en abomination. Terme vieux français.

ABONDANCES, s. f. pl. Betteraves.

ABONNER (S'), v. pron. Nous disons figurément:Je m'abonnerais bien pour avoir un commis aussi intelligent et aussi sage que le vôtre. On s'abonnerait pour avoir, pendant huit jours, un aussi beau temps qu'aujourd'hui; c'est-à-dire: On ferait volontiers quelque sacrifice, on donnerait de l'argent pour, etc.

ABORD (D'), adv. A l'instant, sur l'heure, tout de suite.Je suis obligé de sortir; mais je reviens d'abord. Ma commission est-elle faite, Jenny?—Non, Madame, mais je la ferai d'abord. Il est huit heures d'abord. Nous déjeunerons d'abord.L'adverbe D'abord signifie: «Dès l'abord, premièrement, en premier lieu,» mais il n'a pas le sens que nous lui donnons dans les exemples ci-dessus.

ABORD APRÈS (D'), loc. adv. Aussitôt après, immédiatement après.Je vais à la poste, et je vous rejoins d'abord après.«Il n'est pas rare de voird'abord aprèsune bise noire ou un séchard, se lever un vent de midi.» [Fatio de Duiller.] Cette expression,d'abord après, fort usitée chez nous et dans le midi de la France, n'est pas française.

ABORD QUE (D'), conj. Aussitôt que, dès l'instant que.D'abord que vous le pourrez, venez me voir. D'abord qu'ils entendirent le tocsin, ils coururent chacun à leur poste.Expression suisse, savoisienne et méridionale.

ABOUCHER, v. a. Mettre sur la bouche, mettre sur l'ouverture, mettreà bouchon, tourner en sens contraire.Aboucher un pot, aboucher une seille pour l'égoutter.

ABOUCHER (S'), v. pron. Se dit des personnes et de certains animaux.Un tel ne dort jamais sur le dos: il s'abouche. Quand vous retirez de l'eau un noyé, ne l'abouchez pas.En parlant d'un cheval,s'abouchersignifie: Tomber sur les genoux.

À BOUCHON ou D'ABOUCHON, loc. adv. Renversé, sens dessus dessous.L'enfant souffrait du ventre; on le mit à bouchon, on le mit d'abouchon. Mettez cette caisse à bouchon; elle nous servira de table.Terme lyonnais, etc., qu'on trouve dans leDictionnaire français-anglaisde Cotgrave [1609].

ABOUCLER, v. a. Boucler.Aboucler des souliers; aboucler une ceinture.

ABOULER, v. a. Apporter, donner promptement, rendre.Aboule ça; aboule-moi vite ça; c'est-à-dire: Donne cela lestement et sans faire d'observation. Dans un sens plus restreint,aboulerest synonyme de Financer, solder, boursiller. Terme français populaire.

ABOUTONNER, v. a. Boutonner.Aboutonne-toi, Jean-Marie, tu prendras froid.Terme français populaire.

ABRAS, s. m. pl. Grand empressement, grande hâte, air affairé, air empressé.Il est dans tous ses abras; il fait beaucoup d'abras pour peu de chose. Il fait des abras de tout; c'est-à-dire: Il s'agite, il se met toujours en avant, et sans que la chose en vaille la peine.

† ABRE, s. m. Arbre.Avante-nous des pommes sur l'abre.Prononciation vulgaire dans la moitié de la France. Le grammairien Vaugelas assure que de son temps [1610-1650] un grand nombre de personnes instruites prononçaientabre, quoiqu'elles écrivissentarbre.

ABREUVOIR, s. m. Auget, petite auge pour les oiseaux.La cage et les abreuvoirs.Terme limousin, bordelais, etc.

ABSENTER, v. n. S'absenter.Toute la famille absenta trois jours.Terme vieux français. Nous faisons aussi d'absenterun verbe actif.Il a absenté l'école. Si tu absentes encore une seule fois ta classe, je te punirai.

ABSURDE, s. des 2 genres. Nigaud, sot, borné, stupide.Tu es un absurde, Jean-Louis, avec ta croyance aux almanachs.Français populaire. «Absurde» est un adjectif.

À ÇÀ, interj. Çà! çà donc! eh bien! eh!À çà! Messieurs, un peu moins de bruit. À çà! Frédéric, puisqu'on se quitte aujourd'hui de si bonne heure, on se reverra demain. À çà! qu'ai-je donc fait de ma clef d'armoire?

† ACACHONS, loc. adv. En cachette, clandestinement, à la sourdine.Faire quelque chose acachons.On dit aussid'acachons.Notre Étienne est un garçon ouvert, qui ne fait jamais rien d'acachons. Il fait chaud d'acachons, se dit, chez les campagnards, de cette grande chaleur que l'on sent quelquefois en été, lors même que le ciel est couvert et le soleil entièrement caché.

ACAGNARDIR (S'), v. pron. S'acagnarder; c'est-à-dire: Rester oisif, faire le paresseux, croupir nonchalamment.S'acagnardir au coin du feu.Français populaire.

ACAGNER (S'), v. pron. Se blottir.Il s'était acagné dans un coin. Acagne-toi bien dans le lit pour n'avoir pas froid.[P. G.]

ACARRER (S'), v. pron. Se blottir, se serrer contre. [P. G.]

† À CAUSE? adv. Pourquoi?Mama, la Betsi m'a battue.—Et à cause?—À cause de rien; à cause que c'est une méchante.

ACCOMPARER, v. a. Comparer.

ACCORDER, v. n.Accorder une démission, accorder à un fonctionnaire public sa démission, ne sont pas des expressions françaises; il faut dire: Recevoir une démission, ou Accepter une démission. «Le gouvernement a accepté la démission de M. le professeur N***.»

† ACCOURAGER, v. a. Encourager.Accourage-toi, mon valet, tu auras une bonne dimanche.En vieux français,acorager.

ACCOURCIR, v. n.Les jours commencent d'accourcir.Dites: Les jours commencent de s'accourcir.

ACCOURIR (S'), v. pron. Se pourvoir de denrées et autres objets de consommation, en attendant le moment, peu éloigné, où se fera la provision.As-tu assez de gros bois et de fascines pour t'accourir? Notre chariot de pommes de terre n'arrivera que dans quinze jours, Lisette: va donc en acheter une corbeille pour nous accourir. Le dîné sera sans doute retardé, et je vais prendre un bouillon pour m'accourir. Mon bon Monsieur, c'est aujourd'hui le premier du mois; je viens recevoir ma petite rente.—Aujourd'hui, Madame Pignolet, cela ne m'est pas possible, mais revenez dans cinq jours.—Eh bien, Monsieur, donnez-moi, s'il vous plaît, dix francs pour m'accourir; c'est-à-dire, Pour que je puisse suffire pendant ce temps à mes dépenses ordinaires. Dans certains cas on peut employer ce verbe à l'actif, et dire, par exemple:Prêtez-moi un quarteron de paille pour accourir mes bêtes jusqu'à la moisson.

ACCOUTUMER, v. a. Nous disons:Accoutumer une chose. Accoutumer une place. J'ai accoutumé cette promenade, cette église, etc.Dites: Je suis accoutumé à cette place; je suis accoutumé à cette église, etc.; ou trouvez un équivalent meilleur.

ACCOUVASSER, v. n. Se dit des poules et signifie: Couver, cacher, mettre à l'abri, chercher à couver. Dans le vieux français,accouvetera presque le même sens.

ACCROCHER, v. a. (fig.) Gagner, attraper, saisir.Hier, en patinant, j'ai accroché un gros rhume. Tiens, accroche ce bâton. Il lui appliqua un soufflet et lui dit: Accroche!Terme français populaire.

ACCULER, v. a.Acculer un soulier; souliers acculés.Terme français populaire et vieux français. Dites: Éculer; souliers éculés.

ACCUSER, v. a. Terme de certains jeux de cartes. Annoncer.J'accuse un mariage en carreau. J'accuse vingt en trèfle.

ACCUSER À. Dénoncer à.Finis, Antoine, ou bien je t'accuse; je t'accuse à M'sieu.

ACCUSEUR, s. m. Rapporteur, écolier qui se plaît à dénoncer ses camarades. Terme vieux français.

ACENSER, v. a. Prendre à cens ou à ferme, affermer. Ce terme, peu connu en France, et qui n'est pas dans le dictionnaire de l'Académie, doit s'écrire «Accenser.»

ACHAPER (S'), v. pron. Terme des campagnards. S'accrocher à, se cramponner à, s'attacher à.S'achaper au cou de quelqu'un.[P. G.]

ACHATIR, v. a. VoyezASSATIR.

ACHOUTER (S'), v. pron.Le temps s'achoute, signifie: Le temps commence à s'éclaircir, le temps s'amende et devient meilleur. Voyez les motsSIOUTE ou CHOUTE.

ACOI ou ACOUÉ, s. m. Puissance, courage, force physique, audace.Tu n'as pas l'acoi.Terme vaudois. Dans le patois de Neuchâtel on ditacout. Voyez leGlossaire neuchâteloisde M. le professeur Guillebert, 2eédition, p. 74.

À CRA ou À CRAS, loc. adv.Être à cra, signifie: N'en pouvoir plus, être rendu, être aux derniers expédients, être aux abois.

† ACRASER, v. a. Écraser.En remuant ce gros poutre, le charpentier vient de s'acraser le gros arteuil.

AD HOC POUR CELA.Il est venu ad hoc pour cela.Dites: Il est venu ad hoc; ou, Il est venu pour cela; car les motsad hocet les motspour celaont exactement le même sens. Si vous les employez ensemble, vous dites deux fois la même chose; une fois en latin, et une fois en français.

ADIEU. A Genève, à Lausanne, à Neuchâtel, à Chambéry etdans le midi de la France on ditadieuà une personne que l'on aborde et qu'on est dans l'usage de tutoyer.Adieu, cousin, comment te va? Adieu, ma sœur, viens-tu dîner avec nous?Il faut dire: «Bonjour,» et réserver le terme d'adieupour le moment où l'on se sépare. «Il se fait tard; adieu, Messieurs; adieu, Mesdames.»

ADIEU, JE T'AI VU! Sorte d'exclamation facétieuse, à l'occasion d'une mésaventure, d'une perte, d'une espérance trompée.Le canari s'envola, et adieu, je t'ai vu! La diligence était partie, et adieu, je t'ai vu!

ADMONESTER, v. a. Admonéter, faire une réprimande.Admonesterappartient au vieux français.

ADOMÉCHER, v. a. Apprivoiser.Adomécher un chamois.Terme vieux français. Dans les Alpes on dit:Adometzi. R.domusoudomo.

† ADOPTER, v. a. Adapter.Adopter une console, adopter une polie.Terme des ouvriers.

AFFAIRE, s. m. Objet, ustensile, chose.Un gros affaire en bois.Solécisme universellement répandu, et qui vient du vieux français. Ce mot est aujourd'hui féminin.

AFFAIRE, s. m. Nous disons dérisoirement d'un homme ou d'un jeune garçon petit et chétif:Ce petit affaire. Voyez ce petit affaire, qui n'a que huit ans et qui veut conduire un cheval.

AFFAIRE, s. f.Il y a l'affaire de trois mois, signifie: Il y a environ trois mois.Il y a une affaire de deux ans que je ne l'ai vu, signifie: Il y a environ deux ans que je ne l'ai vu.

AFFANER, v. a. Gagner avec peine, se tourmenter de travail, obtenir à la sueur de son front.J'ai bien affané cet argent. Ces ouvriers ont bien affané un pauvre écu.Terme suisse-roman.Affanerest l'ancien verbeahaner, qui signifiait: Travailler avec fatigue, comme le bûcheron qui soupire, etlaisse entendre, à chaque coup de hache, le sonahan. Selon le dictionnaire de Roquefort, le vieux motaffanest synonyme des mots Travail, peine, effort. Dans le dialecte languedocien,s'afanaveut dire: S'empresser à faire quelque chose.

AFFAUTIR, v. a. Priver de nourriture. S'emploie surtout au passif.Un enfant affautiest celui à qui la nourriture a manqué.Allons, camarades, encore un morceau; il ne faut pas se laisser affautir.Se dit aussi des animaux et des plantes. Terme suisse. Dans le dialecte lorrain,affautrirsignifie: Rendre maigre.

AFFITS, AFFITIAUX, s. m. pl. Affiquets, petits ajustements d'une femme, surcharge d'ornements sans goût, colifichets. «Affûtiaux» est français, mais n'a pas le sens de notre motaffitiaux.

AFFRANCHISSAGE, s. m.L'affranchissage d'une lettre, d'un paquet, etc.Terme français populaire. On doit dire: «Affranchissement.»

AFFRE, s. f. Grande peur, effroi.Je me fais une affre de cette entrevue. Ce jeune étudiant se faisait une affre de son examen d'Algèbre. Ne vous faites pas une affre de si peu de chose.En français,affrene s'emploie qu'au pluriel et dans cette seule locution: Les affres de la mort. A Genève,affre, au singulier, est une expression fort répandue.

AFFÛTER, v. n. Être à l'affût, se poster pour attendre le gibier. Terme connu dans le Berry et sans doute ailleurs. Dans le vieux français on disait:S'affûter.

AGACIA, s. m. Écrivez et prononcez «Acacia.»

AGACIN, s. m. Durillon, cor aux pieds.Extirper un agacin. Son agacin l'empêchait de marcher.Terme méridional et vieux français. Dans le Valais on dit:Agaçon. R.agacer, irriter, faire souffrir.

AGAFFER, v. a. Gaffer, accrocher quelque chose avec une gaffe.

AGETS (LES), s. m. pl. Les êtres d'une maison, les dégagements, issues, corridors, escaliers, passages.Savoir les agets; étudier les agets. Ce voleur connaissait bien les agets de l'appartement.Terme rouchi. A Reims on dit:les agis; en vieux français:les agiz, les agès, oules agiers. Dans la basse latinité,agestusa le même sens.

AGILETÉ, s. f.Il se déroba à nos yeux avec une incroyable agileté.Le mot français est «Agilité.»

AGIR (S'), v. pron.Quand il a s'agi de se mettre à table, rien n'était prêt. Quand il a s'agi de payer l'écot, la moitié des convives avait disparu.Dites, en conjuguant ce verbe avec l'auxiliaireêtre: Quand il s'est agi.

AGLAN, s. m. Mot patois, qui signifie: Gland.La saison des aglans. Ramasser des aglans.Terme savoisien, méridional et vieux français.

AGLÉTIR, v. a. Agglutiner, agglomérer, coller.Ce miel s'est agléti à mes doigts.En Savoie, dans le Jura et en vieux français, on dit:Agléter.

AGNOTI, s. m. (gnmouillés.) Nigaud, esprit lourd.

AGONISER, v. a. Insulter, injurier, outrager de paroles.Après avoir agonisé sa femme, il la chassée du logis.Terme suisse, savoisien, comtois, lorrain, etc. Nous disons aussi, avec un complément indirect,agoniser de sottises, agoniser d'injures. Dans le langage parisien populaire on dit:Agonir. Agonir quelqu'un de mauvais propos.

AGONISSANT, ANTE, adj. et s. Qui est à l'agonie. Écrivez par un seul s «Agonisant,» et prononcezagonizant.

AGOUILLARDIR ou AGOUILLARDER, v. a. Affriander, rendre friand.En donnant tant de bonbons à cette petite fille, vous finirez par l'agouillardir.VoyezGOUILLARD.

† AGOÛTER, v. a. Goûter.Agoûte-moi ce fromage.Terme vieux français.

AGOÛTION, s. m. Mouchoir tressé ou noué dru, avec lequel les écoliers se donnent des coups.Faire un agoûtion; se battre à coups d'agoûtion.Terme formé peut-être du verbeagoûter.

AGOUTTER, v. a. Mettre à goutte, mettre à sec, tarir.Agoutter un puits; agoutter une pompe. Les sources sont agouttées.Dans la langue provençale on dit:Agouta. Dans le canton de Fribourg on appelleagotune vache qui n'a plus de lait ou qui n'en a pas encore.

AGRÈS, s. m. pl. Nous disons queles raisins sont en agrès, lorsqu'ils ont passé fleur, et que les grains commencent à poindre.Dans notre canton, c'est vers les derniers jours du mois de juin que les raisins sont en agrès.Dans le canton de Vaud on appelleagrès, «les petites grappes de raisin qui poussent plus tard que les autres et ne mûrissent pas.» En languedocienagras, et en vieux françaiségret, signifient:verjus. R.agrestisouacer.

† AGRIABLE, adj. Agréable.Agriable comme une porte de prison.On retrouve ce barbarisme en Savoie et dans divers patois du nord de la France.

AGUENETTES, s. f. pl. (Prononcezaghenettes.) Argent monnayé.Avoir des aguenettes; palper des aguenettes.Selon leGlossairede Gaudy, ce mot vient deagnels, ancienne monnaie d'or du temps de saint Louis, dont l'empreinte était un agneau.

AGUILLAGE, s. m. (Prononcezaghillage, et voyez le mot suivant.)

AGUILLER, v. a. (Prononcezaghiller.) Mettre, jeter, lancer un objet sur un lieu élevé, qui n'est pas à la portée de la main.Nos garçons avaient aguillé leur paume sur le toit; c'est-à-dire: L'avaient jetée sur le toit par étourderie ou parmaladresse.Leur cerf-volant resta aguillé sur l'arbre.Quelquefois le verbeaguillerveut dire simplement: Placer, mettre un objet dans un lieu élevé et peu convenable.Quand les domestiques desservent, elles ont la manie d'aguiller, d'échafauder les assiettes et les plats. Au lieu de pendre ton coquemar, Jeanette, pourquoi l'aguilles-tu ainsi sur les bûches? Est-ce étonnant que notre Madelon casse et brise tout? Elle vous fait de ces aguillages!... S'aguiller, v. pron., se dit des personnes, et signifie: Se percher,se hucher, se jucher.Resteras-tu une fois tranquille, Adrien, et cesseras-tu de grimper partout et de t'aguiller partout? Les voyez-vous, ces deux étourdis, s'aguiller sur le char de foin?Ce verbe est d'un emploi continuel chez nous, et nous le considérons comme un terme expressif, qui n'a point d'équivalent en français.

AHVOUA ou AVOUA! interj. Bah! ah bah! allez donc! laissez donc!Allons-nous ce soir à la Somnambule?—Ahvoua! C'est tout du charlatanisme et de la farce.

AIGLE, s. m. Nous disons proverbialement d'une personne abjecte et méprisable:Elle est bonne à donner aux aigles; c'est-à-dire: Elle ne vaut pas plus que la tripaille et les viandes gâtées dont on nourrit habituellement nos aigles.

AIGLEDON ou ÉGLEDON, s. m. Édredon.

AIGRE (FAIRE). Forcer, faire un abattage, faire une pesée.Il fallut faire aigre avec un levier. Les voleurs, pour ouvrir le pupitre, ont dû faire aigre.Employée au sens figuré, cette expression signifie: User de moyens violents ou extrêmes.Ne faisons pas aigre: attendons que les circonstances deviennent meilleures. On ne gagnerait rien à faire aigre: il faut user de patience.

AIGRES, s. m. pl.Tourner aux aigres.Tourner à l'aigre, s'aigrir.

AIGRON, s. m. Héron, oiseau.

AIGUE, s. f. Eau. Ce mot patois, qui appartient au vieux français, est l'origine du verbe «aiguayer» (prononcezégayer), lequel signifie: Baigner, laver. «Aiguayer un cheval; aiguayer du linge.» [Acad.]Aiguebelleest le nom d'une jolie cascade, au pied du mont Salève, près d'Étrembières.

AIGUILLETTE, s. f. Terme de couturière. Aiguille à lacer, passe-lacet.

AIGUISEUR, s. m. Émouleur.

AIR, s. m. Ressemblance. Nous disons:Donner de l'air à quelqu'un, pour signifier: Avoir de son air, avoir sa tournure, avoir son allure, lui ressembler à plusieurs égards.Il donne beaucoup d'air à son frère, et encore davantage à son oncle.Expression méridionale.

AIRER, v. a.Airer un appartement.Dites: Aérer un appartement, c'est-à-dire, y faire circuler l'air. Chambre bien aérée.

AIRRHES ou ERRHES, s. f. pl. Arrhes.Donner des airrhes à une domestique. Rendre les airrhes. Doubler les airrhes.Terme méridional et vieux français.

AISE, s. f.Être mal à son aise, signifie: Être un peu indisposé, n'être pas bien portant.Par ces temps de brouillard, je me sens mal à mon aise; je suis mal à mon aise; je me trouve mal à mon aise; c'est-à-dire: Je ne suis pas entièrement bien; il y a quelque chose qui cloche, ma santé ne va pas.

AISES, s. f. pl. Vaisselle de terre.Laver les aises. La patte d'aises; la patte aux aises.Terme suisse et savoisien. En languedocien,aisinese dit de toutes sortes d'ustensiles propres à contenir des choses soit liquides, soit solides; ainsi Un plat, un baquet, un panier, une cruche, sont autant d'aisines. En Franche-Comté et dans le vieux français,aisementsignifie: Ustensile de ménage.

AISES, s. m. pl. Ce mot est féminin. Ne dites donc pas:Il se donne tous ses aises; il prend tous ses aises.Solécisme assez répandu, et qui nous vient du vieux français, oùaiseavait le genre masculin.

AJOSSER (S'), v. pron. S'accroupir, se tapir.La poule est ajossée sur ses œufs. Cette petite Adèle est toujours ajossée au coin du feu.En languedocien,s'ajhassaveut dire: Se coucher.

AJOUTURE, s. f. Ajoutage.Faire une ajouture à une robe.

ALAGNE, s. f. Terme patois. Noisette. En Savoie on dit:Alogne; dans le canton de Vaud,Alagne,AlogneetEulagne; en vieux français,Aulagne; dans le patois limousin,Oulana; en provençal,Avelano; en latin,Avellana. Aveline, en français, est le nom d'une espèce de noisette.

ALANGUÉ, ALANGUÉE, s. et adj. Babillard effronté.C'est un petit alangué. Vous n'êtes qu'une alanguée.En languedocien on dit:Alengat; dans le bas limousin,Olenga; en vieux français,Langard; dans le patois de l'évêché de Baie,Langaie.

ALBINE, s. f. Arbenne, perdrix blanche.

ALCOVE (UN).Un grand alcôve.Solécisme fréquent en France, dans le langage populaire.

† ALCOVRE, s. f. Alcôve.Chambre à alcôvre.Les Languedociens ajoutent aussi l'r euphonique, et disent:Alcobre. Dans le Jura bernois et en Lorraine on dit:Alcofre. R. arabe:Alkobba.

À L'HORREUR, loc. adv. Très-mal, horriblement, exécrablement.Cette robe lui va à l'horreur. Ta page d'écriture est faite à l'horreur. Vos ciseaux coupent à l'horreur.

ALIER, s. m. Sorte d'arbre. Terme méridional et vieux français. On dit aujourd'hui Alisier.

ALIGNER, v. a. (fig.)Aligner quelqu'un, c'est le corriger, le mettre à la raison, le faire marcher droit.Va, petitbandit, je te ferai aligner par ton père. Drôles que vous êtes, on vous alignera, on vous arrangera.

ALLÉE, s. f. Action d'aller quelque part.L'allée et la venue; l'allée et le retour. Nous payâmes au cocher six francs pour l'allée et la venue.Figurément,Donner à quelqu'un l'allée et la revenue, c'est le morniflerd'importance, le souffleter d'abord sur une joue, puis sur l'autre.

ALLÉE QUI TRAVERSE. Dites: Allée de traverse. Dites aussi: Rue de traverse, chemin de traverse, route de traverse, et non pas:Rue qui traverse, etc.

ALLEMAGNES, s. f. pl.Notre fils voyage par les Allemagnes. Ces Allemagnes ont bien de la peine à se calmer.Expression très-populaire.

ALLEMANDAGES, s. m. pl. Causeries, commérages.

ALLER, v. n. Nous disons:Aller par le haut et par le bas.Les dictionnaires disent: Aller par haut et par bas.

ALLONGER, v. a. Dans le langage culinaire,allonger une sauce, c'est y ajouter du bouillon ou de l'eau, et en diminuer ainsi la force.Elle laisse brûler son rôti et ensuite elle allonge la sauce comme elle peut.Cette expression s'emploie aussi figurément.Allons, Messieurs, ne discutez pas davantage: il ne faut pas allonger la sauce.

ALLONGER (S'), v. pron. Allonger.En passant par ce chemin, nous nous allongeons.Dites: Nous allongeons.

ALLONGER (S'), v. pron. Croître.Les jours s'allongent.Dites: Les jours croissent. En Languedoc on dit:Les jours allongent.

ALLONGER (S'), v. pron. Dans le langage des ouvriers,s'allongerveut dire: Se hâter, faire vite.Camarades, l'ouvrage presse, il faut s'allonger.

ALLUMER UNE LUMIÈRE. Cette expression, généralement usitée dans tous les pays où l'on parle français, n'est admise ni par les dictionnaires, ni par les grammaires.

ALLUMETTES, s. f. pl. Nous appelonsJeu des allumettes, un jeu d'enfants dont le nom français est Jeu des jonchets, ou Jeu des honchets.

ALLURE, ALLURÉE, adj. et s. Se dit des jeunes garçons et des jeunes filles, et signifie: Vif, dégourdi, rusé, madré, intrigant.Tony est un petit alluré qui fera son chemin.Terme suisse et languedocien. A Marseille on dit: Unluré; dans le Berry, en Normandie et en Picardie, undéluré, terme recueilli par MM. Noël et Chapsal.

† ALMANACH, s. f.Une jolie almanach.Ce solécisme se fait aussi dans le canton de Vaud, en Savoie, en Lorraine, et sans doute ailleurs.

ALOUILLES ou ALOU-YES, s. f. pl. Ce mot signifie: Brandons, perches recouvertes de paille tortillée, que les jeunes villageois allument à la tombée de la nuit, sur les lieux élevés, le premier dimanche du Carême, appelé, pour cette raison, le Dimanche des Brandons. Après avoir brûlé leurs flambeaux, ils se rendent, en chantant, au domicile des personnes qui se sont mariées dans le cours de l'année, et font des souhaits pour qu'elles aient de beaux enfants, et surtout pour qu'elles offrent quelques bouteilles de vin à la joyeuse bande. (P. G.)

ALOUILLES, s. f. pl. Les villageois de plusieurs de nos communes sont dans l'usage, le soir d'une noce, de jeter aux enfants des noisettes, des dragées, du caramel et autres friandises. Cela s'appelle, en patois:Acougli les alouilles(jeter les alouilles). Terme savoisien.

ALPHES ou ALPHTES, s. m. pl. Aphthes, petits ulcères qui viennent dans la bouche.Avoir les alphes. Les alphtes sont douloureux.Ceux qui font ce mot féminin ajoutent une seconde faute à la première.

AMADOU, s. f.De la bonne amadou.Solécisme très-répandu en Savoie, en France et en Suisse.

† AMANDRE, s. f. Amande.Une amandre douce; une amandre amère.Terme savoisien, lyonnais, vieux français, etc.

AMASSER, v. a. Nettoyer.Amasser une assiette, amasser un plat. N'amasse pas avec tes doigts, Alexis; amasse avec ton pain.

AMASSER, v. n. Commencer à suppurer, commencer à aboutir.Son doigt amasse.Terme méridional.

AMATEUSE, s. f. Ce mot n'est pas français. En parlant d'une femme, aussi bien que d'un homme, on doit dire: «Amateur.»

AMBE, s. m. Amble, une des allures du cheval.

AMBRESAILLE, s. f. Myrtille, airelle, embrune, ou raisin des bois.Un gâteau aux ambresailles.Terme savoisien.

AMBROCHE, s. f. Myrtille, airelle, embrune, ou raisin des bois. Terme vaudois.

AMENER, v. a. Appliquer, flanquer, asséner.Il voulut répliquer; l'autre lui amena un épouvantable horion.

AMI AVEC. VoyezAVEC.

AMIDON, s. f.De la bonne amidon.Ce mot est masculin.

AMIOTI, IE, adj. Signifie: 1oFatigué, éreinté; 2oRapetissé, rabougri, racorni.

AMOMON, s. m. Tomate, pomme d'amour de la petite espèce.Un vase d'amomons.

AMPRÔ, s. m. Voyez le mot suivant.

AMPRÔGER, v. n. Terme des écoliers dans leurs jeux. Réciter une kyrielle de certains mots, pour savoir quel sera, entre tous les joueurs, le joueur sortant. Ces mots, qui n'ont aucun sens connu, sont au nombre de dix-sept:Amprô, Giraud, Carin, Careau, Dupuis, Simon, Carcaille, Brifon, Piron, Labordon, Tan, Té, Feuille, Meuille, Tan, Té, Clu. Les deux derniers de ces termes semblent être patois;Té cluouT'eyclus peuvent signifier: Tu es dehors, tu es sortant.Clusserait alors le participedu vieux verbeclure, commeexcluouexclusest le participe d'exclure: conjecture très-hasardée mais très-peu importante.

ANAILLE, s. f. Noisette. Ce terme figure dans un ancien refrain que les enfants chantent encore quelquefois le jour de Noël:Chalande est venu,—Son bonnet pointu,—Sa barbe de paille,—Cassons des anailles,—Mangeons du pain blanc,—Jusqu'au Nouvel an.VoyezALAGNE.

ANCELLE, s. f. Éclisse, appui pour la fracture des os. Terme savoisien. Dans le patois du Jura,ancettesignifie: «Planchette, bardeau,» petit ais fort mince pour couvrir les toits.

ANCHOIS, s. m. Dans notre dialecte et dans celui du Languedoc, des yeuxbordés d'anchoissont des yeux éraillés, des yeux «bordés d'écarlate,» comme s'expriment les dictionnaires.

ANDAN, s. m. Terme des campagnards. Andain, ligne d'herbe abattue par la faux et qui ressemble à uneonde. Dans le patois du canton de Vaud,andasignifie: «Vague, bouillon,onde.» En italien,andareveut dire: «Marcher.» On peut choisir entre ces deux étymologies, dont, peut-être, la meilleure ne vaut rien.

ANDRILLE, s. f. Ne s'emploie que dans cette expression populaire:Tirer l'andrille, laquelle signifie: «Être dans le dénûment, être pauvre.»Andrilleest une corruption du motmandrilleoumandille. Dans le Limousin on dit:Traîner la mandrille; à Lyon,Traîner la mandille. Or lamandilleétait une sorte de petit manteau ou casaque que portaient autrefois les laquais: elle leur était particulière, et les faisait distinguer des autres valets.

† ANÉDOCTE, s. f. Anecdote.Il nous fit asseoir et nous conta l'anédocte suivante.Terme dauphinois, limousin, etc.

ÂNE, s. m. Nous disons proverbialement:Il y a beaucoupd'ânes au moulin qui se ressemblent.Dans le français populaire on dit: Il y a plus d'un âne à la foire qui s'appelle Martin.

ANGE. Ce mot est masculin, lors même qu'on l'applique à une femme. Ne dites donc pas, comme plusieurs:Ma chère ange.

ANGLAISE, s. f. Redingote, lévite.Raccourcir une anglaise; tourner une anglaise.

ANGOISSER, v. a. Agiter, inquiéter vivement, tourmenter.Je viens d'apprendre que, par cette forte bise, nos jeunes gens sont en bateau sur le lac, et cela m'angoisse. La malade a été fort angoissée toute la nuit.Excellent terme familier aux Suisses, et dont Mmede Staël n'a pas négligé de faire usage. Voyez, dans leGlossairede Roquefort, les significations qu'avait ce mot il y a trois cents ans.

ANGURINE, s. f. Melon d'eau.

ANICHON, s. m. Petit âne, âne. Terme français populaire, lequel ne s'emploie qu'au sens figuré.

ANIOTI et ANIATI, adj. Fatigué à l'excès, éreinté. Ces termes sont une corruption du motanéanti. On a dit d'abordanéanti, puisanianti(par un changement fréquent de l'éeni), puisaniatietanioti.

À NIVEAU DE.Le salon est à niveau du jardin.Dites: Est au niveau du jardin.

ANONCHALIR (S'), v. pron. Devenir nonchalant.Après deux années d'application, on le vit tout à coup se décourager et s'anonchalir.Terme vieux français.

À NOUVEAUX FRAIS.Recommencer une chose à nouveaux frais.Expression fréquente chez J.-J. Rousseau. Les grammaires et les dictionnaires disent: Sur nouveaux frais.

ANSE, s. f. (aaspiré).La anse d'un pot; la anse d'une écuelle.Il faut écrire et prononcer «L'anse.» L'anse d'un pot, l'anse d'une écuelle.

ANTICHAMBRE, s. m.Un bel antichambre.Ce mot est féminin, comme le mot «chambre,» dont il dérive.

ANTIDILUVIEN, ENNE, adj. Qui a existé, qui a eu lieu avant le Déluge.Temps antidiluviens; nations antidiluviennes.Dites, avec l'Académie et toutes les grammaires: «antédiluviens.» Le motantidiluviense dit quelquefois de ceux qui nient le Déluge.

À NULLE PART, loc. adv. Nulle part.Où étais-tu hier soir?—À nulle part; j'étais chez moi.

ANVERS, s. m. Furoncle. VoyezENVERS.

À PART DE, loc. conj. À moins de.À part de la frapper, son mari ne pouvait la traiter plus mal. À part d'être mort, on ne pourrait être plus malade qu'il n'est.

APETISSIR, v. a.Cette lunette apetissit.Dites: Cette lunette apetisse. L'infinitif de ce verbe est: Apetisser.

APIDANCER (S'), v. pron. Combiner avec économie son pain et sa pitance en mangeant.Tu ne sais pas t'apidancer. Ce fromage est bien apidançant.Terme languedocien. Dans le Berry, on appellemets apidançant, un mets qui fait manger beaucoup de pain. VoyezPIDANCE.

APIGEONNER, v. a. Attirer par de beaux discours, par de beaux semblants, enjôler, affrioler.Il se laissa apigeonner par toutes leurs magnifiques promesses.Terme remarquable, connu dans quelques provinces de Savoie, et peut-être ailleurs.

APLATI, TIE, part. S'emploie au sens figuré et signifie: Détraqué, énervé, abattu, consterné.Je ne suis pas positivement malade, je suis aplati, je n'ai point de force. Cette nouvelle nous a aplatis. Votre MrMichel est un homme bien indolent, bien aplati.

À POINT D'ENDROIT, loc. adv. Nulle part.

APOSTICHE, adj. Postiche, ajouté après coup.Barbe apostiche;frisons apostiches; dents apostiches.Terme méridional, etc.

APOUSTI, s. m. Rebord extérieur d'une barque sur lequel marchent les bateliers, qui la font aller à l'étire, c'est-à-dire au moyen d'un long pieu ferré.

APOUSTOUILLE ou APOUTOUILLE, s. f. Allonge, ajoutage, appendice. A Chambéry on dit:Apostouille. C'est le mot français «Apostille» défiguré.

APOUTOUILLER, v. a. Allonger, mettre un ajoutage.

APPARENCE, s. f. Très-petite quantité.Madame voudrait-elle goûter notre excellente eau de cerises?—Eh bien, oui; mais donnez-m'en seulement une apparence.

APPARUTION, s. f.Il ne fit qu'une apparution et il nous quitta.Le mot français est «Apparition.»

APPELER (FAIRE). Nous disons:Faire appeler le médecin, faire appeler le pasteur, faire appeler le notaire. On dit en France plus simplement et plus correctement: Appeler le médecin, le notaire, etc.

APPETIT, s. m.Bon appetit, voisine!—Et vous aussi, voisin, bon appetit!Prononciation gasconne. Il faut écrire et prononcer «Appétit,» avec un accent aigu sur l'e.

APPOINT, s. m. VoyezAPPOINTER, v. n.

APPOINTEMENT, s. m.Son appointement est fixé à 1400 francs. On lui a doublé son appointement.Dites: Ses appointements. Ce mot, pris dans le sens de Salaire, ne s'emploie qu'au pluriel.

APPOINTER, v. a. Pointer.Appointer un canon.Terme français populaire.

APPOINTER, v. n. Se dit au jeu de boules, par opposition àbaucher.Il appointe bien. Voilà un bon appoint.Terme lyonnais et méridional.

APPONCE, s. f. Ajoutage, allonge.Cette robe aurait besoin d'une apponce. Si nos enfants viennent dîner, vous mettrezune apponce à la table.Terme suisse-roman, savoisien et lyonnais. Dans le Jura, on ditrapponce.

APPONDILLE, s. f., et APPONDILLON, s. m. Ajoutage, appendice, chose ajoutée à une autre.

APPONDRE, v. a. Ajouter, attacher.Appondre une ficelle; appondre une sauce; appondre du bouillon; bouillon appondu; sauce appondue. Qui répond, appond; c'est-à-dire: Les ergoteurs prolongent et entretiennent les disputes. Terme lyonnais, jurassien, dauphinois, etc.

† APPRENTIF, s. m. Apprenti.Apprentifappartient au vieux français, et se dit encore dans le Midi.

† APPRENTISSE, s. f. Apprentie. Terme vieux français.

APRÈS, prép. Au lieu de dire: Envoyer chercher quelqu'un, nous disons:Envoyer après quelqu'un. Le vétérinaire n'arrive pas: envoyez après lui.Dites: Envoyez le chercher.

APRÈS, prép.Demander après quelqu'un, n'est pas une expression correcte.En mon absence, a-t-on demandé après moi?Dites: En mon absence, quelqu'un m'a-t-il demandé? Quelqu'un a-t-il demandé à me voir, à me parler?

APRÈS, prép.La clef est après la serrure; la clef est après la porte.Dites: La clef estÀla serrure; la clef estÀla porte.

APRÈS-MIDI, s. m. Assemblée, cercle, thé.MmeN** nous a donné hier un charmant après-midi.Ce mot est féminin et il n'a pas cette signification.

ÂPREUR, s. f. Âpreté.L'âpreur d'un fruit.

À PRORATA, prép. comp. Au prorata, en proportion de, à raison de.Il paie à prorata de ses revenus.Terme français populaire.

APURE, s. f. Moment de la plus grande abondance d'un fruit.L'apure des fraises va finir. L'apure des melons commencera bientôt.Terme savoisien.

À PURE PERTE, loc. adv. J.-J. Rousseau a employé fréquemment cette expression genevoise qui a fini par s'introduire en France, dans le langage populaire. Au dix-septième et au dix-huitième siècle, les écrivains français ont toujours dit: «En pure perte,» et jamaisÀ pure perte.

À QUELQUE PART.Je vais à quelque part.Dites, sans préposition: Je vais quelque part.

ARAGNE, s. f. Araignée. Voyez le mot suivant.

ARAGNÉE, s. f.Toile d'aragnée.Terme français populaire et vieux français. Écrivez et prononcez «Araignée.» Peu de mots ont eu autant de peine à se former que celui-là; peu de mots ont subi en France plus d'altérations successives. On a dit:Araigne, airagne, arigne, iragne, iraigne, aragne, aragnée, et enfin Araignée.

ARAIGNÉE, s. f. Cardère, chardon des haies.

ARASÉE, s. f. Terme de maçonnerie. Assise.Première arasée; seconde arasée.Le verbe «Araser» est français.

ARBORISER, v. n. Herboriser.Arboriserappartient au français populaire.Arboristese trouve dans les Fables de La Fontaine (V, 8), et se dit encore dans le Midi.

†ARGARDER, v. a. Regarder.Argarde voir, François.

ARÉONAUTE, s. m. Aéronaute.

À REVOIR, Au revoir.

†ARGENT, s. m. Dans le langage populaire, ce mot est féminin.Sa petite argent ne le mènera pas loin. Ils y mettent une belle argent, tous ces garçons, à leur tabac et à leur fumerie.Ce solécisme ne nous est pas particulier.

ARGENT DE POCHE, s. m. Dites: Argent de la poche, argent qu'on destine à ses menus plaisirs.

ARGENT MÂCHÉ, s. m.Une tabatière d'argent mâché.Dites: Une tabatière argentée.

ARGENTS, s. m. pl.Les argents sont rares.Dites: L'argent est rare.

ARGOT, s. m. Ergot, espèce d'ongle chez quelques animaux.Le coq se tenait sur ses argots.Terme français populaire et vieux français.

† ARGOTER, v. n. Ergoter, répliquer avec humeur. Terme français populaire et vieux français.

† ARGOTEUR, s. m. Ergoteur.

† ARGUELISSE, s. f. Réglisse, plante.Du bois d'arguelisse.Ce mot a subi en France de grandes variations. On a dit successivement:Ergalisse, erguelisse, regalisse, rigalisse, ragalisse, riglisse, et enfin Réglisse.

ARGUILLON, s. m. Ardillon, pointe de métal à la chappe d'une boucle. Terme français populaire.

ARI, adv. Arrière. Terme de batelier.Faire ariveut dire: Ramer en sens contraire pour aborder.Ariest aussi le cri de nos charretiers pour faire reculer leurs chevaux. En vieux français,ariersignifie: Arrière.

ARIOTET, s. m. Jeu d'écoliers, appelé aussiQuique. Voyez ce mot.

† ARMANA, s. m. Almanach.Armanaest aussi la prononciation populaire en Savoie, en Franche-Comté, en Bourgogne, dans le Limousin, en Provence, à Paris, à Reims, etc.

ARMISTICE (UNE). Ce mot est masculin. «Un court armistice.»

† ARMOIRE (UN).Nous incantâmes un superbe armoire de sapin.Ce solécisme nous est commun avec nos voisins de France, de Suisse et de Savoie.

† ARMOLAU, s. m. Émouleur, gagne-petit.Quand l'armolau passera, dites-lui de monter.Terme neuchâtelois.

ARPION, s. m. Harpon. En provençal,arpiounsignifie: Une griffe.

ARPIONNER, v. a. Harponner.

ARRAL (D'). De travers, à rebours, mal.Ce vêtement va tout d'arral. Notre affaire ira tout d'arral, etc. Terme des campagnards. [P. G.]

ARRAPER, v. a. Prendre par force, arracher.

ARRÊTE, s. f. Arrêt, cesse, repos.N'avoir point d'arrête, signifie: Bouger sans cesse, agir continuellement, se trémousser sans relâche.

ARRÊTER, v. n. S'arrêter.Partez donc; la dernière cloche vient d'arrêter. Nous eûmes beau faire des signes avec nos mouchoirs, l'omnibus ne voulut pas arrêter.Il est mieux de dire: Ne voulut pas s'arrêter.

ARRÊTER, v. n. Cesser.Il a arrêté de pleuvoir; il a arrêté de sonner. Laisse ton labourage, André; et si la pluie arrête, tu le reprendras.

ARRHES, s. f. pl. Dans le langage populaire raffiné, on aspire ce mot, et l'on dit:Des hharrhes; livrer les hharrhes. C'est une grossière faute: il faut prononcerles z-arrhes.

ARRIÉRAGES, s. m. pl. Arrérages.

ARRIÈRE-GRAND'MÈRE, s. f. Bisaïeule.

ARRIÈRE-GRAND-PÈRE, s. m. Bisaïeul. Terme méridional.

† ARSOUILLE, s. f. Homme ou femme de néant, crapule. Terme ignoble, qu'on retrouve dans quelques provinces du nord et du centre de la France. [Voyez leGlossaire picardde M. l'abbé Corblet.]

ARTÈRE (UN).Le gros artère.Solécisme fréquent. Ce mot est féminin.

ARTEUIL, s. m. Orteil, doigt du pied.Il s'écrasa l'arteuil.Dans notre patois, on dit:artieu; dans le Limousin et en vieux français,arteil; en Languedoc,artel; en rouchi,artoil; dans le dictionnaire de Cotgrave, on trouveartailetartoir: tous mots qui se rapprochent beaucoup de l'étymologie latinearticulus. «Orteil,» qui s'en éloigne davantage, a prévalu.

ARTICHAUT BÂTARD, s. m. La grande joubarbe.

ARVE, rivière. Nous disons, en retranchant l'article devant ce mot:Le sable d'Arve; la queue d'Arve; le bord d'Arve; le chemin d'Arve; patiner sur Arve. Ces façons de parler sont un reste du vieux français.

AS (UNE). Terme du jeu de cartes.Une belle as.Solécisme qu'on retrouve aussi dans le français populaire.

ASPIRAL, s. m. Spiral. Terme d'horlogerie.

ASSATIR ou ACHATIR, v. a. Écacher, aplatir, tasser, écraser.Un terrain assati; une pomme assatie. Du pain assatiest du pain mal cuit, mal levé, qui est trop serré, si l'on peut s'exprimer ainsi. Le verbeassatirouachatirse dit aussi des personnes.J'ai tant marché, que je suis tout achati. Si tu raisonnes encore, petit drôle, je t'achatis. Quand il apprit la nouvelle de cette faillite, il resta comme achati; c'est-à-dire: Comme écrasé. Dans le patois languedocien,acataveut dire: Abaisser, et le participeacatatsignifie: Courbé, bas. Dans le patois du Berry,satera le sens de: Presser, fouler.

ASSATISSEMENT, s. m. Aplatissement, abaissement.

ASSAUT, s. m. Nous disons figurément:Faire un assaut à quelqu'un, pour: Le tancer vertement, éclater contre lui en reproches.Recevoir un assautveut dire: Être fortement réprimandé. En Lorraine,assauter quelqu'unsignifie: L'accabler d'injures, de reproches, d'invectives.

ASSÉNER, v. a.Asséner un coup de poing.Ce mot s'écrit «Assener» sans accent sur l'e. [Acad.]

ASSÉYER (S'), v. pron. S'asseoir.Asséye-toi, Colas. Prenez la peine, Mesdames, de vous asséyer.Faute fréquente.

ASSEZ, adv.Monsieur a-t-il assez bois? Aurons-nous assez crême pour quinze personnes?Dites: Assez de bois, assez de crême, etc.

ASSOYER (S'), v. pron. S'asseoir.Ils s'assoyèrent parterre, est un barbarisme. On dit pourtant: Assoyez-vous; il faut que tu t'assoyes, etc. Pour les deux manières de conjuguer le verbe S'asseoir, voyez absolument les dictionnaires et les grammaires, et ensuite débrouillez la chose, si vous le pouvez.

ASTHME, s. m. Se prononceasme.

ASTRAGON, s. m.Vinaigre à l'astragon.Écrivez et prononcez «Estragon.»

ATARTI, IE, adj. Épuisé de fatigue, éreinté.

ATOUT, s. m. Soufflet, taloche, mornifle, fort coup.Flanquer un atout; appliquer un atout; se donner un atout.Terme parisien populaire, picard, etc.

ATRAN et ATREIN, s. f. Terme des campagnards. Fourche de fer à trois cornes, pour prendre et remuer le fumier. Terme savoisien. Dans le canton de Vaud on dit:Treinoutreun; en Franche-Comté,Tran; en Dauphiné,Trenc.

ÂTRIAUX, s. m. pl. Boulettes de foie de cochon.Une douzaine d'âtriaux.Terme suisse-roman. A Besançon on dit:Atraux; en Lorraine,Hâtrez. Dans le vieux français,le Hétriaulxsignifie: Le foie.

AUBE, s. f. Nous disons:Travailler d'une aube à l'autre, pour signifier: Travailler autant que la journée peut s'étendre. Expression remarquable, qui prouve qu'anciennement on ne distinguait pas (quant au degré de lumière) l'aurore du crépuscule, puisque l'un et l'autre étaient appelés du nom d'aubeou blancheur. [Voyez Villa,Nouveaux gasconismes corrigés, t. I.] Cette expression,d'une aube à l'autre, n'est dans aucun des dictionnaires que j'ai pu consulter.

AU-DESSUS, adv.Être au-dessus, se dit d'un malade qui, après une dangereuse maladie, est sur le point d'entrer en convalescence.Alexis a été entre la vie et la mort pendant plusieurs mois; mais, grâce à Dieu, le voilà au-dessus.Expression consacrée.

AU-DEVANT, adv. On entend souvent dire:Il lui est allé au devant, pour: Il est allé au-devant de lui. Ce barbarisme est déjà signalé dans lesRemarquesdu grammairien Vaugelas, publiées il y a deux cents ans.

† AUPARAVANT, prép.J'arriverai auparavant lui. Vous serez servi auparavant ces dames.Dites: J'arriverai avant lui; vous serez servi avant ces dames. «Auparavant» est un adverbe, et les adverbes n'ont pas de régime. Cette faute appartient au vieux français.

† AUPARAVANT DE.Auparavant de mourir, il restitua la somme. Nous danserons auparavant de souper.Dites: Avant de mourir; avant de souper.

AUPARAVANT QUE, loc. conj.Auparavant que tu partes, on se reverra.Cette expression appartient au vieux français. Dites: Avant que tu partes, on se reverra.

AUSSITÔT, adv.Aussitôt à mon arrivée, j'irai vous voir.Dites: Aussitôt mon arrivée; ou: Aussitôt après mon arrivée; expression meilleure que l'autre.

AU SÛR, loc. adv. Pour sûr, avec certitude.Es-tu bien certain de la chose, Bernard?—Je ne la sais pas au sûr, et je ne voudrais pas en jurer.

AUTEUR, s. m. Cause.Tu as déchiré ma veste, Jules.—Eh bien! je m'en moque, c'est toi qui en es l'auteur: tu n'avais qu'à ne pas me chicaner.Terme parisien populaire, etc.

AUTOUR DE, loc. prép. Environ, à peu près.Il est autour de midi. À ce bal nous étions autour de soixante. Il y a autour de quatre ans que notre oncle est mort.

AUTRE, adj. Les quatre expressions suivantes:Rien d'autre, Quelqu'un d'autre, Quelque chose d'autre, Personne d'autre, sont des expressions vicieuses, qu'il faut remplacer par celles-ci: Rien autre, Quelque autre, Quelque autre chose ou Autre chose, Personne autre ou Nul autre; oupar des termes équivalents. Ne dites donc pas:J'ai gagné mon enjeu et rien d'autre. J'inviterai toute la famille, mais personne d'autre. Voudrais-tu un peu de café, Albertine?—J'aimerais mieux quelque chose d'autre.Ce sont là des phrases barbares.

AUTRES FOIS (LES), loc. adv.Les autres fois on fermait les portes de la ville à six heures du soir.Dites: Autrefois, jadis, anciennement.

AUTU-BÔTU, adv. En bloc, l'un portant l'autre, pêle-mêle.Acheter un chariot de foin autu-bôtu; c'est-à-dire: Sans le peser. «Jamais je ne ferai un marchéautu-bôtudans une matière de cette importance.» [Humbert,Adresse à mes concitoyens. 1792.]

AVA! Exclamation de découragement ou d'incertitude.Ava! n'essaie pas, tu n'y pourras jamais parvenir. Ava! ne sortons pas, la pluie commence.

AVALANCHER, v. n., et S'AVALANCHER, v. pron. S'ébouler.Le terrain menaçait d'avalancher. Le glacier venait de s'avalancher.En provençal,s'avalanchaveut dire: S'affaisser, s'ébouler, crouler.

AVALÉE, s. f. Forte réprimande, gronderie brusque.Faire une avalée. Il nous surprit dans la vigne et nous fit une effroyable avalée.

AVALER, v. a. Quereller durement, rudoyer, malmener.Gardez-vous, mes enfants, de lui demander congé; il vous avalerait.Terme français populaire.

AVALER, v. a. (fig.) Nous disons de quelqu'un qui a des maux de gorge:Il a avalé le chat par la queue; ou:Il a avalé la queue du chat.En français, on dit d'un chanteur qui éprouve un embarras de gosier: «Il a un chat dans la gorge.» [Acad.]

AVALE-ROYAUME, s. m. Dénomination facétieuse qu'on donne à une personne avide, insatiable.

AVALOIR, s. m. Grand gosier, vaste gosier, vaste estomac.Dis-moi, Georgette, il faut que tu aies un fameux avaloir pour avoir englouti toute la fricassée de boudins. Avaloirest un mot français; mais on l'écrit «Avaloire,» avecefinal, et il est du genre féminin.

AVAN, s. m. Osier, pleyon.Les avans aiment le bord des eaux.Terme franc-comtois, etc.

AVANCE, s. f.Avoir de l'avancesignifie, dans le langage des ouvriers et des domestiques: Avoir quelque argent devant soi, avoir des économies, être en fonds.Tu es toujours ouvrier, Mathurin?—Hélas! oui, Monsieur; je n'ai point d'avance. Si j'avais eu de l'avance, je me serais établi depuis longtemps.

AVANCE, s. f.Prendre de l'avance, gagner de l'avance, sont des expressions incorrectes.Antoine, toi qui marches moins vite que tes compagnons de route, prends de l'avance, gagne de l'avance.Les dictionnaires disent, en retranchant l'article: Prendre l'avance, gagner l'avance. [Acad.]

AVANCE, s. masc. Ce qui se trouve déjà de fait ou de préparé.Tu me conseilles donc de bâtir ce mûr, Bastian?—Puisque Monsieur a tout le sable qu'il faut, et la moitié des pierres, c'est un joli avance, c'est un bon avance.Ce mot est féminin: Une bonne avance.

AVANCÉ, CÉE, adj. Celui ou celle qui a quelque argent amassé, quelque petit fonds de réserve. Expression familière aux ouvriers et aux domestiques.Notre Suzon attend, pour se marier, d'être plus avancée.

AVANCÉ, CÉE, s.Les avancés de la secte. Les avancés du parti. Un tel est dans les avancés.Néologisme utile.

AVANTER, v. a. Aveindre, prendre un objet qui n'est pas à la portée de la main.Toi qui es grand, Eugène, avante-nous ce panier qui est sur le buffet. Monte sur l'échelleet avante ce gros livre. Tâche d'avanter mon volant sur ce poirier.Terme formé de la préposition «Avant.»Avanter, c'est: Tirer en avant, amener en avant. Ce verbe n'a point d'équivalent exact en français; car le verbe «Aveindre» est peu usité.

AVEC, prép. Nous disons, et les Méridionaux le disent aussi:Vous arriverez avec la nuit; nous voyageâmes avec la pluie; ils partirent avec le beau temps. Ces phrases, et phrases semblables, n'ont pour elles l'autorité d'aucune grammaire, ni d'aucun dictionnaire.

AVEC, prép.Je suis ami avec Isaac. Connais-tu la Louise, Benoît?—Si je la connais: on est amie avec. Les deux cousines sont amies ensemble.Ces expressions ne sont pas françaises.

AVEC, prép. Ne dites pas:Compter avec les doigts. Dites: Compter sur les doigts, ou par les doigts.

AVEC, prép.Quand cela va bien, il faut aller avec.Ce proverbe signifie qu'On doit être modéré en toute chose; qu'il faut, en toute chose, jouir sans abuser.Allons, M. l'adjoint, encore un verre de Champagne.—J'ai eu ma bonne part, Messieurs, et, comme dit le proverbe, quand ça va bien, il faut aller avec(c'est-à-dire: Quand les choses vont bien, il faut être content et ne pas aller jusqu'à l'excès).

AVEC CELA QUE, loc. conj. Outre que, d'ailleurs.Le temps est trop incertain et trop humide pour que je me mette en route, avec cela que j'ai une douleur au genou.

AVENAIRE, s. m. L'avenaireest un homme essentiellement désagréable, qui blâme tout, critique tout, et chez qui la contradiction est un besoin. A Neuchâtel,avenairesignifie: Aventurier, homme sans aveu, nouveau venu, intrus. C'est à peu près le sens que lui donne leDictionnaire français-anglaisde Cotgrave, seul dictionnaire où j'aie trouvé cettecurieuse expression. Dans le patois du bas Valais,aveniroveut dire: 1oEnfant maigre; 2oPolisson R.advenaouadvenarius, étranger.

AVOCATON, s. m. Mauvais avocat. Dans le français populaire on dit quelquefois:Avocasson.

AVORGNAU, s. m. Homme incommode, homme ennuyeux, butor. Terme tant soit peu trivial, et qui commence à vieillir.

AVOUAI, AHOUÉE ou AHOUAI, s. m. Cri, clameur générale d'approbation dans une réunion bachique.Encore un avouai!

AVOUGNON, s. m. Coup, fort coup.

AVOUILLON, s. m. Aiguillon pour piquer les bœufs.

AVOUILLONNER, v. a. Piquer un bœuf avec l'aiguillon pour le faire aller. Ce mot et le précédent nous viennent des campagnards.


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