Les campagnards ajoutent undeuphonique ou énergique dans une foule d'expressions très-familières. Ils disent, par exemple:Aller d'à quatre; mettre d'à coin; monter d'à reculons; faire une chose d'acachette(en cachette);tomber d'abouchon. Nous sommes de cousin avec Jean-Glaude. J'étais d'assis. Je vous ferai un mur bien soigné, me disait un maçon,je tiendrai les pierres bien d'égal. Voyez les motsACACHONS,D'AVAU,DOBLIGÉetDÔTER.DÂ, s. m. Terme enfantin qui équivaut à: Merci, je te remercie.Dis dâ, ma petite; il faut dire dâ. Dâ, ma nainnain.DADA, s. m. Nourricier, mari de la nourrice.DADERIDOU, s. m. Dadais. Voyez le mot suivant.DÂDOU, s. m. Dadais, nigaud, bélître.Grand dâdou, cesseras-tu une fois de faire crier cet enfant?Terme suisse-roman et savoisien.DAGUER, v. n. Pester, enrager.Voyez comme il bisque! Voyez comme il dague!Terme trivial.DAILLE, s. f. Faux, instrument pour faucher.Piquer une daille.Terme méridional et vieux français.DAM, s. m. (Prononcezdan.)C'est ton dam, c'est bien ton dam, se dit à une personne qui semble avoir mérité le mécompte, le désagrément, la mésaventure qui lui arrive.Tu t'es coupée, Jenny, et c'est bien ton dam: on t'avait défendu de jamais toucher un canif. J'ai été trompé par Guichardin, et c'est bien mon dam: j'y avais été pris déjà deux fois.Ce terme, qui appartient au vieux français, est d'un emploi journalier chez nous. R.damnum.DANDINE, s. f. Volée de coups, rossée.Administrer une dandine.Français populaire.D'À PLOMB, loc. adv.Le soleil donnait d'à plomb; le soleil tombait d'à plomb sur nos têtes.Dites: «Donnait à plomb; tombait à plomb.»DARBON ou ZARBON, s. m. Nos campagnards désignent par ce mot tantôt le mâle de la taupe, tantôt le campagnol ou rat des champs. Terme savoisien, dauphinois et provençal.Darbounîre, s. f. Taupinière.Edarbogni, v. a., signifie dans le patois vaudois: Étendre la terre qui a été soulevée par la taupe.† DARDE ou DAIRDE, s. f. Dartre.† DARNIER, adj., adv. et prépos. VoyezDERNIER.DARTE, s. f. Dartre, maladie de peau.Darte rentrée; darte farineuse.Français populaire.DAUBER, v. a. Duper, tromper, flouer.Pauvre nigaud, on t'a daubé et on te daubera encore.En français: «Dauber»signifie: 1oBattre à coups de poing; 2oRailler, injurier. [Acad.]DAUDER, v. n. Mot patois. Donner de la corne, frapper de la corne.Éloignez-vous, cette vache daude.DAUDINÉE, s. f. Rossée, volée de coups.DAVANTAGE DE.Tu as eu davantage de peine, tu auras aussi davantage d'argent.Dans cette phrase et dans les analogues, employez l'adverbe «plus», et dites: Tu as eu plus de peine, tu auras aussi plus d'argent.D'AVAU, adv. Là-bas, plus loin en descendant. Terme patois et vieux français. R.vauouval.DE, prép. Dans les phrases suivantes et phrases analogues, on doit retrancher la prépositionde.Il m'en a fait de cadeau. Cela ne fait de rien. Tu ne risques de rien sur ce bateau. Reprends ton couteau, je n'en ai plus de besoin(expression, au reste, qui était encore française au milieu du dix-huitième siècle).A quoi bon de se tourmenter? A quoi bon de lire tant de journaux? Il fait bon de s'asseoir. Il fait bon de boire frais en été.VoyezFAIRE, no5.DE, prép. Les phrases suivantes offrent une syntaxe remarquable, quoiqu'elles appartiennent au langage populaire.Je n'ai rien dit qui ne soit de dire; je n'ai rien fait qui ne soit de faire, etc.; c'est-à-dire: Qui ne puisse se dire, qui ne puisse se faire.DÉBAGAGER, v. n. Plier bagage, déménager brusquement, décamper.Ils débagagèrent de nuit et emportèrent tout le bataclan.Terme suisse-roman, savoisien et français populaire.DÉBARRAS, s. m. Nous appelonschambre de débarrasun petit local où l'on serre les meubles, les ustensiles, et les vêtements qui ne sont pas d'un usage ordinaire, ou qui causent quelque embarras. Noschambres de débarrass'appellent en français: «Décharge, pièce de décharge.»DÉBARRASSÉE, s. f. Débarras, délivrance de ce qui embarrassait.Les voilà partis! quelle débarrassée!DÉBIGOCHÉ, ÉE, adj. Se dit des personnes et des choses, et signifie: 1oDisloqué, détraqué, gâté, endommagé; 2oMalingre, sans entrain, lâche, débiffé.Une poupée débigochée. Quand il veut pleuvoir, disait MmeN***, je me sens toute débigochée.Dans le patois languedocien,débigoussatsignifie: Contrefait, tortu. [Voyez leDictionnaire patoisde M. l'abbé Gary. Castres, 1845.]DÉBITE, s. f. Débit, vente.Cette marchandise n'a pas de débite.Terme vieux français.DÉBITER, v. a. et n. Il se dit de certains oiseaux qui abandonnent pour toujours leur nid, quand on va les inquiéter pour voir leurs œufs ou leurs petits. C'est le propre des corbeaux, des geais, des pies-grièches, etc. [P. G.]DÉBLOTTER, v. a. Réciter fort vite, débiter vivement.Déblotter un discours; déblotter des injures. Il nous déblotta en moins de rien toute son histoire.Terme suisse-roman.Déblottersignifie aussi: Manger avidement.Déblotter un pain; déblotter un poulet.La signification primitive de ce mot est: Ôter les jeunes pousses d'un arbrisseau; ôter la première enveloppe de certains fruits.La chèvre a déblotté toute la haie. Déblotte-moi ces branches de noisetier, etc. Expression familière à nos campagnards et à ceux du canton de Vaud. Quant à l'idée qui domine dans ces diverses significations et qui les lie entre elles, c'est évidemment l'idée de vitesse, de promptitude, de célérité.DÉBLOTTURES, s. f. pl. Jeunes pousses qui viennent d'être ôtées d'un arbrisseau.Ramasser les déblottures. Une corbeille de déblottures.DE BON, adv. Sérieusement, tout de bon, tout badinage à part.Jouer de bon. Se fâcher de bon. Parlez-vous de bon ou plaisantez-vous?Français populaire.DÉBOQUER QUELQU'UN. Le déplacer, le chasser du poste qu'il occupait, le débusquer. En vieux français,bosouboscveulent dire: Bois, forêt. Les mots «Débusquer,»débosquer(vieux français), etdéboquer, ont signifié originairement: «Faire sortir d'un bois.»DÉBOUCHARDER, v. a. Laver, nettoyer le visage.Va te déboucharder, Gédéon, avant qu'on se mette à table.R.bouchard.DÉBOULÉE, s. f. Sortie précipitée. Terme suisse-roman.DÉBOULER, v. n. Déloger promptement, décamper, déguerpir.Drôles que vous êtes, déboulez d'ici.Français popul.DÉBRANLER, v. n.Ne pas débranler d'un endroit, signifie: Ne pas le quitter.Ne pas débranler de l'ouvrage, signifie: Ne pas quitter le travail avant que la tâche donnée soit remplie.Il bûcha tout le jour sans débranler. Ils restèrent toute la nuit au cabaret sans débranler.Terme parisien populaire, etc.DÉCESSER, v. n.Tu ne décesses de babiller. Elle ne décesse de se plaindre. La pluie n'a pas décessé de toute la nuit.Terme français populaire. Dites: Tu ne cesses de babiller; elle ne cesse de se plaindre; la pluie n'a pas cessé de toute la nuit.DÉCHANTER, v. a. Désensorceler, ôter un mauvais sort, déguignonner.DÉCHARGE, s. f. Dans notre langage,Demander sa déchargeveut dire: Demander d'être déchargé d'une place, d'une fonction, d'un emploi; expression qui n'a rien de choquant.DÉCHARGEOIR, s. m. Terme des campagnards. Grande cuve où l'on jette la vendange qui vient d'être cueillie.DÉCHÂSSER, v. a. Ôter lecharre. Voyez ce mot.DÉCHAUX, adj.Aller déchaux, être déchaux, signifie: Aller sans chaussure, être sans chaussure.Le frère et la sœur allaient déchaux.Ce terme, qui appartient au vieux français,est encore fort usité chez nos campagnards et dans le nord de la France.† DÉCHELOQUER, v. a. Disloquer.Une serrure décheloquée.DÉCHICOTER, v. a. Déchiqueter, couper en morceaux.Déchicoter la carcasse d'un poulet.Français populaire.DÉCIDER (SE), v. pron.Je me décidai de partir; elle se décida de rester, etc. Il faut dire, en employant la prépositionà: Je me décidaiÀpartir; elle se décidaÀrester.DÉCOCHE, s. f. Ce terme n'est guère usité que dans l'expression suivante:Être dur à la décoche, c'est-à-dire: Être dur à la desserre, aimer trop l'argent, se faire tirer l'oreille pour boursiller.DÉCOCHER, v. a. et n. (fig.) Payer, s'élargir, contribuer, boursiller.On te fera décocher; il faudra bien que chacun de vous décoche. À la fin des fins, ils ont décoché dix francs.DÉCOMBRES, s. f. pl.Toutes ces décombres nous arrêtèrent.Ce mot est masculin.DÉCOTTÉ, TÉE, participe. Ce terme n'est guère employé que dans l'expression suivante:Un lit décotté, c'est-à-dire, un lit dont les couvertures et le drap supérieur ne sont pas serrés avec le matelas. VoyezCOTTER.DÉCOTTER, v. a. et n. Terme de commerce. Arranger, rapprocher (fig.).Je mettrai encore vingt-cinq francs pour décotter, pour vous décotter.DÉCOUVRIR UN LIT. Cette expression genevoise signifie: Faire la couverture d'un lit, préparer le lit avant que de se coucher. «Ô çà, écoutez, MmeGray; rangez-moi cette chambre,découvrez-moi ce lit, j'ai envie de me coucher.» Cette phrase est deClément, de Genève, dans sesAnnales littéraires, t. II, p. 217. En Languedoc et en Gascogne, on dit:Faire la découverte d'un lit.DÉCROCHER, v. a.Ma robe me serre, décroche-la-moi.Leverbe «Décrocher» n'a pas cette signification en français. Il faut dire: Dégrafer. «Dégrafer une robe; dégrafer un corsage.»DÉCROÎT, s. m. Atrophie, aridure.La pauvre enfant avait le décroît à la jambe droite.DÉDAIGNER (SE), v. pron. Dédaigner, répugner à.Votre nièce, Madame, se dédaigne d'aller avec nous.DEDANS, prép.Dedans le buffet, dessous le lit, dessus la table, étaient des expressions correctes il y a deux cents ans; mais aujourd'hui ces mots ne sont plus des prépositions, et il faut dire: Dans le buffet, sous le lit, sur la table.DÉDELÀ, adv. Cette expression, si usitée chez nous, signifie: Dans la chambre voisine, dans la pièce attenante.Il fait froid dans ce cabinet: allons dédelà. Ce fauteuil embarrasse dans cette chambre: portez-le dédelà. Je vous rejoins tout de suite: attendez-moi dédelà.Terme suisse-roman et savoisien. A Lyon,dès delà l'eau, veut dire: De l'autre côté du fleuve. En français, «De delà les monts» signifie: Au delà des monts. En Languedoc,la nuit de delà, le jour de delà, signifient: L'avant-dernière nuit, l'avant-dernier jour.DÉDITE (UNE).Si vous cassez le bail, il y a une dédite de cent cinquante francs.Terme suisse-roman et savoisien. Le mot français est «dédit,» s. m.DÉFAIRE, v. a.Défaire une pièce de drap. Ne défaites pas cette pièce de drap vert: c'est du drap bleu qu'il me faut.Le mot français est «Développer» ou «Déployer.» [Voy.A. Péter,Dictionnaire des Locutions vicieuses, deuxième édition.]DÉFAIRE (SE), v. pron. Ôter une partie de ses vêtements de dessus.Tu as bien chaud, Théophile, ne te défais pas.Terme méridional.DÉFAIT, AITE, partic. Se dit d'une personne débraillée,d'une personne dont les vêtements qui couvrent la tête, le cou, l'estomac, sont en désordre.Tu es toute défaite, Judith: va mettre ta coiffe, va te crocher, va arranger ton fichu.DÉFAITE, s. f. Rupture d'un marché fait, d'un engagement contracté. Ce terme n'est employé, je crois, que dans cette phrase des écoliers et des gamins:Pache faite, trente sous pour la défaite; c'est-à-dire: Le marché est conclu: celui qui viendrait à le rompre payerait tant et tant.DÉFATIGUER, v. a. Délasser, ôter la fatigue.Les bains de pieds défatiguent. Quand je serai défatigué, je repartirai.[P. G.] Expression remarquable, dont l'emploi est continuel parmi nous.DÉFAUFILER, v. a. Défaire une faufilure. Terme méridional. Employé figurément, le participedéfaufilésignifie: Détraqué, désorganisé, abattu, énervé.Je me sens toute défaufilée; je suis toute défaufilée aujourd'hui, et je n'ai pas le cœur au travail.DÉFICELER, v. a. Ôter la ficelle.Déficeler un paquet, déficeler une boîte.Terme connu partout, et qu'on s'étonne de ne pas trouver dans les dictionnaires.DÉFIER (EN). L'expression:Je lui en défie, n'est pas française. Il faut dire: Je l'en défie.Ils croient sans doute nous prendre pour dupes, mais je leur en défie.Français populaire.DÉFINIR, v. n. Expirer, rendre l'âme, finir.J'ai cru qu'il allait définir entre mes bras.Terme vieux français.DÉFINITION, s. f. Fin.Il faut faire une définition; c'est-à-dire: Il faut en finir.En définition, enfin.DÉFORCENÉ, s. m.Crier comme un déforcené. Elle s'agitait comme une furieuse, comme une déforcenée.Dites: Forcené, forcenée.† DÉFLUXION, s. f.Défluxion de poitrine.Dites: Fluxionde poitrine [P. G.] Le motdéfluxionappartient au vieux français. [VoyezRoquefort,Glossaire roman.]DÉFUNTER, v. n. Mourir.Il défunta vers minuit.Dans le nord de la France, on dit:Défunqueretdéfuncter. [Voyez leGlossaire picardde M. l'abbéCorblet.]DÉGAGÉ, ÉE, adj. Leste.Voyez comme il court! Voyez comme il est dégagé!Terme méridional. «Dégagé» ne se dit que des choses: «Taille dégagée; air dégagé; allure dégagée.»DÉGAGER (SE), v. pron. Se dépêcher.Dégage-toi, Ambroise, l'heure sonne. Dégageons-nous, Messieurs, il se fait tard.Français populaire.† DÉGAL, s. m. Dégât.Aurait-on jamais émaginé un dégal semblable?DÉGIGANDÉ, ÉE, adj.Homme dégigandé; femme dégigandée.On dit en français: «Dégingandé.»DÉGLÉTIR, v. a. Dégluer, ôter la glu. VoyezAGLÉTIR.DÉGONFLER (SE), v. pr. Épancher, dire tout ce qu'on a sur le cœur.Je lui ai enfin parlé nettement, et je me suis dégonflé.DÉGORGER, v. a. (fig.) Restituer, rendre ce qu'on avait pris frauduleusement.Il m'a escroqué dix francs, mais il faudra bien qu'il les dégorge.DÉGOÛTAMMENT, adv. D'une façon dégoûtante.Manger dégoûtamment.Terme que les Dictionnaires ne feraient pas mal d'accueillir.DÉGREDELER, v. n. Dégringoler, descendre les degrés plus vite qu'on ne le voudrait, rouler en tombant dans un escalier.On ne voyait goutte, j'ai dégredelé au bas de la rampe.DÉGREUBER, v. a. Nettoyer, laver.Dégreuber une table, dégreuber un buffet.VoyezGREUBE.DÉGRUFFÉ, ÉE, s. et adj.Un garçon dégrufféest celui quiest vif, éveillé, espiègle, qui voit clair dans les affaires et qui sait facilement se tirer d'une position difficile. Expression curieuse, qui n'a pas d'équivalent exact en français.DÉGUILLE, s. f. Non-succès, échec, affaire manquée. Dans la langue de nos Étudiants,déguillese dit (ou se disait) d'une mauvaise composition.DÉGUILLEMANDRÉ, ÉE, adj. Déguenillé.DÉGUILLER, v. actif. (Prononcezdéghiller.) Abattre, faire tomber, renverser.Déguiller des noix. Déguiller des nids. Ils mirent une bouteille sur un piquet et jouèrent à qui la déguillerait. L'arbre était couvert de moineaux: nous lâchâmes ensemble nos deux coups, et nous en déguillâmes une vingtaine. S'il vous plaît, Monsieur, déguillez-moi mon volant.VoyezGUILLE, no2.DÉGUILLER, v. neutre. Tomber, au sens propre et au sens figuré.Notre Louis était depuis trois semaines le premier de sa classe: hier il a déguillé. Ne va pas grimper sur ce tas de pierres, tu déguilleras.DEHORS, adv.Dîner dehors, signifie: Ne pas dîner chez soi, dîner en ville.Hier toute la famille dîna et soupa dehors.Nous disons dans le même sens:Veiller dehors, etc. Terme méridional.DEHORS DE, prép.Je vous attendrai dehors de porte. Votre frère était dehors de chez lui, etc. Dites: «Hors de chez lui,» etc.DÉJÀ, adv. Est inutile et vicieux dans les phrases suivantes:Comment s'appelle-t-il déjà? Pour ne pas m'estropier avec cet outil, comment faut-il faire déjà? Dis donc, femme: cette belle dame que tu as rencontrée hier, qui est-ce déjà?DÉJUNER, v. n.Si tu n'as pas encore déjuné, déjunons ensemble.Écrivez et prononcez «Déjeuner.»DÉLABRE, s. m. Délabrement, détérioration, mauvais étatd'une chose. S'emploie surtout au sens figuré.Il n'y a point de surveillance, point d'ordre ni d'économie dans cette maison: tout y est en délabre.† DÉLIBÉRER, v. a. Libérer, délivrer.Il faut avouer, Bastian, que ta défunte a bien fait de mourir, et que te voilà délibéré d'un fameux poids.Dans le vieux français,délibérationsignifiait: Délivrance.† DÉLIGENCE, s. f. Diligence.La déligence de Lyon.DÉLIGENT, ENTE, adj. Diligent.DÉLIGENTER, v. n., et SE DÉLIGENTER, v. pron.Allons, allons, déligentez-vous.Ces trois termes appartiennent au français populaire.DEMANDER, v. a.Combien vos musiciens ont-ils demandé pour le bal? Combien les guides de Chamouny demandent-ils pour chaque journée?Dans ces exemples et autres analogues, «Prendre» est le mot véritable. «Tel marchand prend tant de sa marchandise. Le chirurgien prit deux cents francs pour l'opération. Les bons maîtres de piano, à Paris, prennent vingt francs par cachet.»DEMANDER SA DÉMISSION. Nous disons, et cette faute est générale dans la Suisse romane:Demander sa démission, pour: Donner sa démission. «Mrle pasteur C**ayant demandé sa démissionpour cause de santé, etc.» [Journal de Genève, 1847.] «Füsslidemandaet obtintsa démissionde la manière la plus honorable.» [Société d'Utilité publique, 1838.] Observons que le fonctionnaire qui abandonne volontairement une place nedemandepas de s'en démettre: il annonce officiellement, il donne avis qu'il s'en démet.DÉMANGONNER ou DÉMANGOUNER, v. a. Déranger, détraquer, gâter.Loquet démangouné, serrure démangounée.Dans le dialecte rouchi,angonerse dit des efforts que l'on fait pour ouvrir une porte. Pourrait-on établir unrapprochement entre ces deux mots, et l'un serait-il la racine de l'autre?Angon, en vieux français, signifiait: Gond.DÉMATINER (SE), v. pron. Se lever plus matin que de coutume.Mes enfants, nous partons demain de très-bonne heure: il faudra bien cette fois que l'on se dématine.Jolie expression, qui est, parmi nous, d'un usage universel.DÉMATOQUER, v. a. Déniaiser. SE DÉMATOQUER, v. pron. Se déniaiser, se dégourdir, perdre le ton et les manières gauches du village.On t'enverra en condition à Genève pour un peu te dématoquer. Les payses l'auront bien vite dématoquée.R.matoque. Voyez ce mot.DÉMÉNAGER (SE), v. pron.Elle s'est déménagée hier.Dites: Elle a déménagé hier.DÉMÉNAGEUR, s. m. Ouvrier qui aide aux déménagements ou qui les fait.Avoir les déménageurs. La journée des déménageurs est de cinq francs.DÉMETTRE, v. neutre. Terme des campagnards. Se dit d'un tonneau, d'un cuvier, d'un ustensile qui laisse échapper l'eau par des fissures.Ta seille démet(ta seille coule). R.demitto.DEMEURANCE, s. f. Demeure, habitation.Est-ce là votre demeurance?Ce terme, plus en usage à la campagne qu'à la ville, appartient au vieux français, et n'est pas inconnu dans diverses provinces de France. [Voyez leVocabulaire du Berry, p. 36.]DEMEURANTS (LES). Les survivants. N'est usité que dans ce souhait, par lequel on termine quelquefois les compliments de condoléance:Dieu conserve les demeurants!Terme vieux français.DEMEURET, s. m. Petit local confortable.DEMI-FEMME, s. f. Lavandière que l'on ne prend qu'à la demi-journée.Nous avons eu là une considérable lessive: sept femmes et une demi-femme!DÉMILGANDRÉ, DRÉE, adj. Détraqué, dérangé. C'est probablement une corruption du motdéguillemandré, lequel a le même sens.† DÉMINUER, v. n. Diminuer.La fièvre a déminué; on pourra aussi déminuer les visites du cérugien.DEMI-POT, s. m. Chopine.Boire demi-pot.Terme consacré.DEMIPOTER, v. n. Boiredemi-pot, siroter, godailler.Ces deux ouvriers sont toujours demipotant.DÉMISSION, s. f. VoyezDEMANDER.DEMOISELLE, s. f. Fille d'un tel.Comment se porte votre demoiselle? Vos demoiselles seront-elles dimanche de la partie?Dans ces exemples et les analogues, il faut dire: Comment se porte votre fille? Vos filles (ou Mesdemoiselles vos filles) seront-elles de la partie? Cette remarque est empruntée aux meilleures autorités.DÉMONE, s. f. Femme ou fille très-méchante.La fille à Nicolas est une pouine, une démone.Terme rouchi, etc.DÉNIOTER, v. a.Dénioter quelqu'un, c'est: L'Ôter, l'arracher de saniote, c'est-à-dire, de son trou, de son coin.On ne peut pas le dénioter de chez lui.R.niot, nid.DENT DE L'ŒIL. Dent œillère.DENTELLES, s. f. pl. Nous disons:Faire des dentelles, blanchir des dentelles, porter des dentelles; mettre des dentelles à un chapeau. Dans ces exemples et les analogues, il faut employer le singulier et dire: Faire de la dentelle, porter de la dentelle, etc. «Ma broderie et ma dentelle suffisent pour m'entretenir.» [J.-J. Rousseau.]DÉNUTÉ, TÉE, adj. Se dit de quelqu'un qui est privé du nécessaire, de quelqu'un qui est dans un état de gêne complète.Il n'a pas sistance; il est dénuté de tout.Ce terme, connu en Lorraine et sans doute ailleurs, doit être plus ancien que le mot «Dénué.» R.denudatus.DEPELOTONNER, v. a. Défaire un peloton.DÉPENSEUR, DÉPENSEUSE, s. Dépensier, dépensière.DÉPÉTRENÉ, NÉE, adj. Qui a la poitrine découverte d'une manière peu séante. Dans le Berry et en Dauphiné on dit:Dépoitriné; en provençal,despeitrina. Dans notre patois, le motpétrena(atrès-bref) signifie: Poitrine.DÉPONDRE, v. a. et n. Signifie: 1oEnlever, décrocher.Dépondre les rideaux. L'estomac me dépond(j'ai grand faim);je me sens tout dépondu, tout détraqué; 2oDiscontinuer.Il y avait un monde, un monde, à cet ensevelissement: depuis Plainpalais jusqu'à Bel-Air ça ne dépondait pas. Aux heures où le docteur Prévost recevait, les malades ne dépondaient pas, c'est-à-dire: Se succédaient sans interruption.Nous voici près de la ville, Mesdemoiselles, dépondons-nous; c'est-à-dire: Cessons de nous donner le bras. Expression des domestiques.DÉPRESSÉ (ÊTRE). Se dit des personnes et signifie: Être moins pressé, avoir des occupations moins urgentes, avoir du répit dans son travail.Quand je serai dépressé, j'irai vous voir.DEPUIS, prép. De.On a, depuis le village de Mornex, une vue magnifique. Depuis le Piton, on découvre le lac d'Annecy.Phrases barbares. Mais les suivantes sont correctes: «À son arrivée, je lui dictais de mon lit mon travail.» [J.-J. Rousseau,Confessions, livre VIII.] «Don Manuel nous écoutait de son cabinet.» [Le Sage,Le bachelier de Salamanque, IIIepart., chap.XIV.]DEPUIS LORS, loc. adv. Il est beaucoup mieux de dire: «Dès lors,» ou «Depuis.»Il m'écrivit une fois en 1840: je suis resté depuis lors sans nouvelle.Cette expression, qui nous vient du Midi, se rencontre fréquemment dans J.-J. Rousseau, dans De Saussure et dans la plupart des écrivains suisses; mais on la chercherait vainement, je crois,dans Voltaire et dans les auteurs classiques français du dix-septième et du dix-huitième siècle.DEPUIS MOI, DEPUIS TOI, DEPUIS VOUS. C'est-à-dire: Depuis mon départ, depuis ton départ, depuis votre départ.Depuis moi, qu'a-t-on fait? Depuis toi, on s'est mis à jouer aux cartes.Cette expression n'a l'autorité d'aucun dictionnaire; ce qui ne l'empêchera pas, peut-être, de faire son chemin et de s'établir.† DÈRE, s. m. Dé, dé à coudre.Un dère en argent, un dère en os.Terme vaudois. La lettrerest ajoutée par euphonie.DÉRATER (SE). Se dit des personnes, et signifie: Se former, prendre de l'usage et de l'assurance, perdre les manières gauches, roides et gênées des nouveaux débarqués.Depuis que le jeune Hermann est à Genève, il s'est considérablement dératé.Ce verbe, pris dans cette acception, ne se trouve pas dans les dictionnaires usuels.† DERNIER ou DARNIER, prép. et adv. Derrière.Darnier l'église; darnier le Rhône. Où est la Jeanne?—Elle est restée darnier.Terme suisse-roman, franc-comtois et méridional.DERNIER (EN), loc. adv. En dernier lieu, dernièrement.Dans quelle maison demeure ton oncle?—Il habitait en dernier la maison des Trois Perdrix.DÉROCHER, v. neutre. Se dit des personnes et des choses, et signifie: Tomber, tomber en dégringolant, s'ébouler.Il dérocha dans les montées. Je dérochai de l'arbre. Cette pile énorme de pierres dérocha. Se dérocher, v. pron., est encore plus usité.Monte avec précaution sur cette échelle, et tâche de ne pas te dérocher.Terme suisse-roman, savoisien, dauphinois et franc-comtois.DÉROCHER, v. actif. Renverser, abattre, démolir.Dérocher un mur, dérocher une paroi.«Certaines logettes de bois furent alors toutesdesrochées.» [Bonivard.]DERRIÈRES (LES), s. m. pl. Le derrière de la maison, l'endroit reculé, écarté.Nous habitions sur les derrières de la maison de l'Escarcelle.Au sens figuré:Vivre sur les derrières, se dit d'une personne qui néglige de s'informer de ce qui se passe, et reste absolument étrangère aux événements du jour.DES, DU, DE LA. Ces trois mots sont mis pour «aux, au, à la,» dans les phrases suivantes:Hé! ici, la femme des cerises! Ici, l'homme de la greube! Ici, l'homme du raisson!Dites: «La femme aux cerises, l'homme à la greube, etc.»DÉSABONNER (SE), v. pron. Cesser de s'abonner, interrompre son abonnement.Se désabonner à un journal; se désabonner à la Feuille d'Avis.Terme clair et utile, qui ne figure pas encore dans les dictionnaires. Nous disons aussi à l'actif:Désabonner quelqu'un. Vous me désabonnerez dès le mois prochain.DÉSASSORTI, TIE, part.Un marchand désassorti, une modiste désassortie. Je ne veux pas me désassortir.Appliqué ainsi aux personnes, ce verbe n'est pas français; mais on dira fort bien: Une marchandise désassortie, de la porcelaine désassortie, des bas désassortis.DESCAMPETTE, s. f. Escampette.DESCENDRE, v. a. Abattre, faire tomber.Tu vois là haut cet écureuil?... Mire-le bien, et tâche de le descendre.Terme dauphinois et languedocien.DESCENDRE LA GARDE. Au sens figuré, cette expression signifie: 1oÉprouver un échec de fortune ou de santé; 2oMourir.La fièvre va en augmentant, et notre pauvre Mathieu descend la garde. Cette nuit, notre vieille hôtesse a descendu la garde.Terme parisien populaire.DESCENTE DE GOSIER, s. f. Bon appétit, grand appétit. Dans le français populaire,descente de gosier, signifie: Mal de gorge. [Voyez leDictionnaire du bas langage, t. I.]DÈS-DELÀ, loc. adv. VoyezDÉDELÀ.DÉSEMBÊTER (SE), v. pron. Expression ignoble qui signifie: Se distraire, chasser l'ennui.Que pourrait-on faire aujourd'hui pour un peu se désembêter?DÉSENCOMBRER, v. a. Décombrer, ôter les décombres.Désencombrer une rue, désencombrer une cour.Terme méridional, etc.DÉSINDICATION, s. f. Voyez le mot suivant.† DÉSINDIQUER, v. a. Terme consacré jadis dans certaines élections, et, en particulier, dans l'élection des pasteurs. Il signifiait: Retirer une présentation, uneindication.On avait indiqué comme candidat MrN. N**, on l'a désindiqué l'instant d'après, sur la demande d'un de ses amis.DÉSORDRE. Ce mot est employé adjectivement dans les phrases suivantes et phrases analogues:Cette maison a un air désordre. Cette pendule toujours arrêtée donne à cette chambre un air désordre.DESPECTUEUX, EUSE, adj. Qui marque peu de respect, irrévérent.Geste despectueux, ton despectueux, paroles despectueuses.Excellent terme qui manque dans plusieurs dictionnaires. LeComplémentdu Dictionnaire de l'Académie ne l'emploie qu'en parlant des personnes. A Genève, nous le disons surtout des choses, et c'est là, peut-être, son meilleur emploi.† DESPENSER, v. a. (Prononcezdessepenser.) Terme des campagnards.Mon pauvre Jacot, tu as despensé là une belle argent.Terme vieux français. On dit: «Dépenser.»DÈS QUE, conj. Ne doit pas se prononcerdaisse que. «Dès» rime avecprès.† DESSARGER, v. a. Décharger.DESSOUS, prép. Voyez le motDEDANS, page 140.DESSOUSTER, v. a. Cesser desouster, cesser d'appuyer,cesser de soutenir. Terme employé surtout au jeu de cartes.Roi dessousté, Dame dessoustée.Expression connue dans l'évêché de Bâle, à Lyon et sans doute ailleurs, mais dont l'emploi semble se perdre journellement chez nous. En Languedoc,dessouster quelqu'un, c'est le supplanter. R.de sub stare?DESSUIVRE, v. a. Copier quelqu'un pour le tourner en ridicule; imiter par dérision son accent ou ses manières, le contrefaire.Cesse tes moqueries et ne continue pas à me dessuivre.DESSUR, prép. Sur.Dessur toi, dessur moi, dessur le pommier.Français populaire et vieux français.DESSUS, adv.Ce lourdaud m'a marché dessus. Cette gronderie ne devait pas me tomber dessus. M'cieu, il y a lui qui me crache dessus.Il faut tourner autrement ces phrases et dire, par exemple: Ce lourdaud a marché sur ma robe. Cette gronderie ne devait pas tomber sur moi, etc.DE SÛR, adv. Pour sûr, sûrement, certainement.S'il fait beau jeudi nous partons de sûr. Est-il vrai, Charles, que tu doives entrer au Collége?—Oui, j'y entre de sûr.Terme méridional.DÉTABLER, v. n. Départager, décider une élection entre deux nombres égaux de suffrages. Autrefois, quand les juges allaient donner leur avis, ils s'asseyaient autour d'unetable, et ils y restaient jusqu'à ce que la majorité se fût prononcée pour un des candidats. S'il y avait égalité dans les voix, le président donnait son vote, et par cela même faisaitdétablerle tribunal. Cette explication est deM. Guillebert, dans sonDictionnaire neuchâtelois.DE TÊTE, loc. adv. Par cœur, de mémoire.Réciter de tête. Dire de tête. Ne sais-tu pas de tête la fable des Deux Pigeons?Terme dauphinois, etc. Nous disons dans un sens analogue:Faire un paysage de tête; faire un portrait de tête.DÉTRACTÉ, ÉE, partic. Détraqué, désorganisé (au sens figuré).J'ai des tiraillements dans le dos, j'ai un bruit continuel dans les oreilles, j'ai un brûlement dans le cou: je suis toute détractée.DÉTRAQUE, s. f. Désordre, laisser-aller, désorganisation.La détraque s'est mise dans cette maison, et tout y va par le plus bas.† DETTE (UN).Acquitter son dette. Avec soixante francs je pourrais en finir avec deux ou trois vieux dettes.Ce mot est féminin.DEUX, adj. Deuxième.Prendrais-tu encore une tasse de café, ma bonne?—Merci, ma chère, j'ai ma deux(j'ai pris ma deuxième tasse).DEVANT, prép. Avant. Les campagnards disent:Se lever devant jour. Partir devant la nuit, etc. Ce sens de la préposition «Devant» appartient à l'ancien français.DÉVARIÉ, ÉE, adj. Se dit des personnes et signifie: Dérangé, incommodé, détraqué, mal disposé.Je ne sais pas ce que j'ai, mais je me sens tout dévarié aujourd'hui.Ce mot, qui n'est dans aucun dictionnaire, appartient à la même famille que le mot français «Avarié.»DEVENIR MORT. Cesser de vivre, être mort. Terme limousin, etc.DEVERS, prép. Vers.J'irai chez toi devers le soir. On se reverra devers le tantôt.Les campagnards ne s'expriment pas autrement. C'est l'ancien langage français.DÉVOUGNER, v. a. Ce verbe est l'opposé devougner. Voyez ce mot.DIABLE, s. m. Nous disons facétieusement de quelqu'un qui louche ou dont les yeux n'ont pas une direction régulière:Il regarde le diable sur le poirier, c'est-à-dire: Il a le regard aussi mal assuré que s'il eût aperçu tout à coup le diable sur un poirier.DIABLE ET DEMI (UN). Expression triviale qui signifie: Beaucoup, infiniment.Il y avait autour de l'escamoteur un diable et demi de monde. Vous tardez bien à venir, vous autres: il y a un diable et demi de temps que je m'impatiente.Le dictionnaire de l'Académie dit dans le même sens: «En diable et demi.» «Il était fourbe en diable et demi,» est une phrase tirée deLe Sage, dans son roman deGusman d'Alfarache, livre IV, ch.I.DIAUDER, v. n. Folâtrer, sauter, s'ébattre, prendre ses ébats.Les enfants diaudaient autour de nous. On voyait les deux chevreaux diauder sous le grand tilleul.† DIFFÉRENT, ENTE, adj. Indifférent, ente. Ne s'emploie que précédé d'une négation.Cela n'est pas différent, signifie: Cela est passable.Le temps n'est pas différent. Cette étoffe n'est pas différente. La récolte des blés ne sera pas différente.DIGESSION, s. f.Faire digession. Avoir une mauvaise digession.Écrivez «Digestion,» et faites sonner letaprès l's.† DIMANCHE (UNE).On ira à Salève la première dimanche de juillet.Ce mot est masculin aujourd'hui; il était encore féminin au milieu du dix-septième siècle. L'historien Spon, dans sonHistoire de Genève, dit: «La deuxième dimanche de mars.»DIMANCHE, s. f. Argent de poche qu'on est dans l'usage de donner chaque dimanche aux enfants et aux adolescents.Sa dimanche lui a été retranchée. Notre garçon économise toutes ses petites dimanches.Ce mot est masculin.DINDE (UN).Un dinde farci. Ils emplétèrent deux gros dindes pour leur Escalade.Faute très-répandue en Suisse, en Savoie et en France. Dites: Une dinde ou un dindon.DÎNER AVEC.Nous dînâmes avec de la soupe et du bouilli.Il est plus correct et plus élégant de dire: Nous dînâmesDEsoupe etDEbouilli.DIOGUET, adj. et s. m. Nigaud, niais, dadais.DIOT, s. m. (Prononcezdio,obref.) Terre glaise.Des pétards de diot. Des mâpis de diot. Votre simolat a cuit trop longtemps: c'est du papet, c'est du diot.Dans le canton de Vaud,s'endioterveut dire: S'enfoncer dans quelque chose d'épais, s'empêtrer.DIOTU, UE, adj. Épais, ferme.Une soupe diotue; du pain diotu.DIRE, v. a. Demander.Dis à Joseph s'il peut venir me parler. Dites au fermier s'il pourrait nous fournir quelques artichauts.Locution méridionale.DIRE, v. a. Se vanter, se donner du jabot.Ce n'est pas pour dire, mais je saurais en faire autant que toi.Expression française populaire.† DIRE À QUELQU'UN.Ce meunier qui passe, comment lui dit-on? Cette femme que nous avons rencontrée hier, comment lui dit-on?Expression qui équivaut à: «Comment l'appelle-t-on? Quel est son nom?»DISCREUSAGE, s. m. Terme d'art. Décreusage.DISCREUSER, v. a. Décreuser.DISPARAT (UN).Un disparat choquant.Ce mot est féminin, et il s'écrit avec unefinal: Disparate. «Disparate choquante.»DISPARUTION, s. f. Disparition.DISSIPÉ, s. m.Un jeune dissipé.Selon les dictionnaires, ce mot n'est pas substantif.DISTAC, s. m. Terme de tir. Prix supplémentaire donné par des amateurs.Mettre un distac, remporter un distac, faire plusieurs distacs.DISTINCTÉMENT, adv. «J'ai reconnudistinctémentces ardoises.» [De Saussure,Voyage dans les Alpes, t. I, p. 504.] «Je ne voyais pasdistinctément.» [Ibid., p. 288.] Écrivez et prononcez «Distinctement.»DISTRAIRE, v. a. Ce verbe, et ceux qui viennent de «traire,» comme «soustraire» et «extraire,» sont d'une conjugaison difficile. Nous disons:Vous me distraisez; ces enfants me distraisaient, ils me distraisent; je n'aime pas qu'on me distraise. «Trop d'autres goûts medistraisent. L'exercice... medistraisantsur mon état.» [J.-J. Rousseau,Confessions, livres I et VI.] Il faut dire: Vous me distrayez, ils me distrayaient, ils me distraient, distrayant.DIVISER, v. n. Deviser, causer, jaser. Le mot «Deviser» vient dedevis, qui, en vieux français, signifiait: Discours, entretien familier, conversation.DIX-HEURES (LES), s. m. pl. L'heure sèche, petit repas sec, petite collation qui se fait àdix heuresdu matin.Faire les dix-heures.On dit aussi au singulier:Faire le dix-heures; faire un dix-heures.DIZEURER, v. n. Se dit quelquefois pour signifier: Faire le repas dedix heures.† DOBLIGÉ, DOBLIGÉE, part. Obligé, forcé, contraint.L'incendie éclata dans le cabaret, et les buveurs furent dobligés de se sauver par la fenêtre.On dit aussi, sous forme de remerciement:Je vous suis bien dobligé.DODO, s. m. Terme enfantin. Lit, couchette. Français populaire.DOGUIN, DOGUINE, s. Terme d'écolier. Se dit de certains objets, et signifie: Gros, grosse.Quel doguin de mâpis! Venez tous voir le doguin de poisson que j'ai pris.DOIGT, s. m. Nous disons proverbialement:Se mettre le doigt dans l'œil, ou,Se mettre du doigt dans l'œil, pour signifier: Faire une fausse spéculation, faire un faux calcul.En vendant sa campagne pour acheter des rentes de France, il s'est mis le doigt dans l'œil.DÔLE (LA). Nom propre de montagne. Nous disons proverbialement d'une chose qu'on nous représente comme remarquable,prodigieuse, extraordinaire, et sur laquelle nous portons un jugement moins favorable:Ce n'est pas la Dôle. Traverser le lac à la nage?... Ce n'est pas la Dôle. Faire à pied quatorze lieues par jour?... Ce n'est pas la Dôle; c'est-à-dire: Ce n'est pas merveille.As-tu lu le nouveau poëme de Z. Z**?—Oui, je l'ai lu; ce n'est pas la Dôle.DOMESTIQUE, s. m. Ne dites pas:Un domestique en homme; dites tout court: Un domestique.DOMMAGER, s. m. Causer du dommage, gâter, prodiguer.Dommager du pain, signifie: Le perdre, le jeter sans profit pour personne, le gaspiller.Ne dommagez pas ces restes de viande: ils feront plaisir à un mendiant.Terme suisse-roman. LeComplémentdu dictionnaire de l'Académie donne le verbedommagercomme hors d'usage: c'est possible. A Genève il est d'un emploi journalier. On disait en vieux français:Damager. R.dam. [VoyezRoquefort,Glossaire roman.]DONDAINE, s. f. Dondon, femme ou fille grasse et d'un solide embonpoint.Quelle dondaine! Quelle puissante dondaine!Terme lorrain, etc.DONNE, s. f. Dans la commune de Meyrin et lieux avoisinants ce mot signifie: «Belle-mère.» Dans le canton de Vaud il signifie:mère, et dans le vieux français il se disait pour «Dame, femme noble.» R. latin,domina; italien,donna.DON-NE, s. f. Ce terme, fort connu dans les communes réunies, se dit plus particulièrement d'une distribution de pain à tous les pauvres de la paroisse après un enterrement.Faire une don-ne.Terme vaudois, savoisien, dauphinois, languedocien et vieux français.DONNER, v. neutre. Se dit principalement des vaches et signifie: Frapper de la corne.Prenez garde, Madame, notre vache donne.En Languedoc et en Dauphiné,donner, v. n.,se dit des mules, et signifie: «Ruer.»Votre mule donne-t-elle?DONNER, v. neutre. Nous disons:Ce vin donne à la tête. Les dictionnaires disent: «Ce vin porte à la tête,» ou, «Ce vin donne dans la tête.»DONNER, v. neutre. Nous disons:L'odeur du musc donne sur les nerfs. Les dictionnaires disent: «Porte sur les nerfs.»DONNER DU PIED CONTRE. Nous disons figurément:Un tel ne donne pas du pied contre cette proposition, contre ce projet, pour signifier: Un tel ne s'oppose pas à cette proposition, à ce projet.DONNER LE TOUR. Faire un circuit, faire le tour.Qui est-ce qui frappe là-bas?—C'est moi, père.—Eh bien, donne le tour par la maison de Trimolet.DONNER LE TOUR. Signifie, au sens figuré: Avoir de quoi suffire aux dépenses de l'année; gagner de quoi faire face à tous les besoins journaliers.Nous ne mettons rien de côté, nous autres, mais nous donnons le tour.DONNER UN COURS.MrN**, licencié en philosophie, donnera cet hiver un cours de dialectique.Tableaudes cours qui seront donnés, l'hiver prochain, par les professeurs de l'Académie de Genève.Terme consacré chez nous, utile en beaucoup de cas, mais inconnu aux dictionnaires. On dit en France:Faire un cours, faire des cours.DONNER (SE), v. pron.Votre ami Z** est un honnête homme, mais il se donne un peu trop à la boisson.Dites: Mais il s'adonne un peu trop à la boisson.DONNER PEUR (SE). S'effrayer, prendre de l'épouvante.Se voyant seule dans un chemin écarté, Alexandrine se donna peur.Expression fort usitée.DONT AUQUEL. Sorte d'adjectif des 2 genres qui signifie: «Bien né, bien élevé, riche, et qui a de bonnes manières.»Un jeune homme dont auquel; une jeune personne dont auquel.En français, cette expression se prend toujours en mauvaise part.DORAN-NAVANT, adv. Écrivez et prononcez «Dorénavant.»† D'ORE-S-EN-AVANT, adv. Dorénavant.Te voilà guéri de ton indigestion, Anselme; tâche de moins gaillaufrer d'ore-s-en-avant.Terme vieux français. R.hora.DÔTER (SE), v. pron. Terme des campagnards. S'ôter.Dôtez-vous d'ici, mes enfants. Dôte-toi de là.Dans le Berry,d'ôtersignifie: Ôter, enlever. En vieux français,tautera le même sens.DOUBLE, s. f. Terme de boucherie. Gras double.DOUBLET, s. m. Terme de chasseur. Coup double.Pour son début, Alberti vient de faire un doublet; c'est-à-dire: Chacun des deux coups de son fusil a atteint le but.DOUCE, s. f. Ne s'emploie que dans cette locution adverbiale:À la douce; c'est-à-dire: Doucement, couci-couci, ni bien ni mal, tolérablement.Comme ça va-t-il avec la santé, Monsieur Bégoz?—Ça va tout à la douce.DRÂCHÉE, s. f. Résidu ou crasse du beurre fondu.Un morceau de drâchée; une figâce à la drâchée; un châchô à la drâchée.Terme suisse-roman. Dans le patois de l'Isère on dit:Drachi. En provençal,dracosignifie: Marc de raisin. En rouchi,draque, en vieux français,drasche, et en français,drèche, signifient: Marc de l'orge qui a été employée pour faire de la bière. Ce motdrâchéeest en usage quelquefois au sens figuré, et il se prend alors en mauvaise part.DREMILLE ou DORMILLE, s. f. Loche franche, poisson.DROIT, adv. Précisément, exactement.Venez droit à midi. Tu arriveras droit à l'heure convenue.DROIT, DROITE, adj. Debout.La pauvre Emma avait un si grand sommeil qu'elle dormait toute droite. Le quartdes assistants resta droit pendant tout le spectacle.Faute très-répandue.DROIT (LE).Le droit d'une étoffe.Dites: «L'endroit.» L'endroit et l'envers.DROIT FIL (À). Nous disons:Couper à droit fil, aller à droit fil, pour signifier: Couper une étoffe entre deux fils sans biaiser. Les dictionnaires disent: «CouperDEdroit fil; allerDEdroit fil.»DROITIER, s. m. Cheval de droite.DRÔLE, s. m.Le pauvre drôle était gisant et moribond.En français, «Drôle» (subst.), ne se prend qu'en mauvaise part. «Je t'apprendrai, drôle, à obéir promptement.»DRUGE, s. f. Engrais, fumier. Ce mot appartient à notre patois et aux patois de Vaud et de Fribourg. R.dru.DRUGEON, s. m. Femme ou fille forte, hardie, laborieuse.Notre Josette est un vrai drugeon.R.dru.DU BONHEUR QUE... VoyezBONHEUR.DU DEPUIS, adv.Nous avons campé ensemble il y a douze ans, et l'on ne s'est pas vu du depuis.Terme français populaire et vieux français. Dites: Depuis, ou dès lors.DU MATIN.J'irai du matin. Venez du matin. On partira du matin.Dites: Dès le matin.D'UN JOUR L'UN. Expression bizarre qui revient à celle-ci: «De deux jours l'un.»Il se baigne en Arve d'un jour l'un. Jérémie doit prendre une purge d'un jour l'un.DU MOINS, adv.Je ne peux que du moins, signifie: Je suis forcé d'agir de la sorte; il faut que je fasse ainsi.J'ai souscrit à l'ouvrage de MrN**: je ne pouvais que du moins. Nos polissons, à force de tourmenter la porte et de la sigougner, l'ont disloquée, et ça ne pouvait que du moins.D'UN.C'est d'un joli! C'est d'un beau!Signifie: C'est si joli! C'est si beau!Ce MrZ** est d'un bête! Ce travailest d'un long, d'un fatigant, d'un assommant!Français populaire.DURÉE, s. f. Nous disons avec les Méridionaux:Une étoffe de durée, un drap de durée, pour signifier: Une étoffe de bon user, un drap de bon service.DUVET, s. m. Couvre-pied d'édredon.J'avais trop chaud, je lançai à terre mon duvet.Le mot de «Duvet» est français, mais avec une signification différente.
Les campagnards ajoutent undeuphonique ou énergique dans une foule d'expressions très-familières. Ils disent, par exemple:Aller d'à quatre; mettre d'à coin; monter d'à reculons; faire une chose d'acachette(en cachette);tomber d'abouchon. Nous sommes de cousin avec Jean-Glaude. J'étais d'assis. Je vous ferai un mur bien soigné, me disait un maçon,je tiendrai les pierres bien d'égal. Voyez les motsACACHONS,D'AVAU,DOBLIGÉetDÔTER.
DÂ, s. m. Terme enfantin qui équivaut à: Merci, je te remercie.Dis dâ, ma petite; il faut dire dâ. Dâ, ma nainnain.
DADA, s. m. Nourricier, mari de la nourrice.
DADERIDOU, s. m. Dadais. Voyez le mot suivant.
DÂDOU, s. m. Dadais, nigaud, bélître.Grand dâdou, cesseras-tu une fois de faire crier cet enfant?Terme suisse-roman et savoisien.
DAGUER, v. n. Pester, enrager.Voyez comme il bisque! Voyez comme il dague!Terme trivial.
DAILLE, s. f. Faux, instrument pour faucher.Piquer une daille.Terme méridional et vieux français.
DAM, s. m. (Prononcezdan.)C'est ton dam, c'est bien ton dam, se dit à une personne qui semble avoir mérité le mécompte, le désagrément, la mésaventure qui lui arrive.Tu t'es coupée, Jenny, et c'est bien ton dam: on t'avait défendu de jamais toucher un canif. J'ai été trompé par Guichardin, et c'est bien mon dam: j'y avais été pris déjà deux fois.Ce terme, qui appartient au vieux français, est d'un emploi journalier chez nous. R.damnum.
DANDINE, s. f. Volée de coups, rossée.Administrer une dandine.Français populaire.
D'À PLOMB, loc. adv.Le soleil donnait d'à plomb; le soleil tombait d'à plomb sur nos têtes.Dites: «Donnait à plomb; tombait à plomb.»
DARBON ou ZARBON, s. m. Nos campagnards désignent par ce mot tantôt le mâle de la taupe, tantôt le campagnol ou rat des champs. Terme savoisien, dauphinois et provençal.Darbounîre, s. f. Taupinière.Edarbogni, v. a., signifie dans le patois vaudois: Étendre la terre qui a été soulevée par la taupe.
† DARDE ou DAIRDE, s. f. Dartre.
† DARNIER, adj., adv. et prépos. VoyezDERNIER.
DARTE, s. f. Dartre, maladie de peau.Darte rentrée; darte farineuse.Français populaire.
DAUBER, v. a. Duper, tromper, flouer.Pauvre nigaud, on t'a daubé et on te daubera encore.En français: «Dauber»signifie: 1oBattre à coups de poing; 2oRailler, injurier. [Acad.]
DAUDER, v. n. Mot patois. Donner de la corne, frapper de la corne.Éloignez-vous, cette vache daude.
DAUDINÉE, s. f. Rossée, volée de coups.
DAVANTAGE DE.Tu as eu davantage de peine, tu auras aussi davantage d'argent.Dans cette phrase et dans les analogues, employez l'adverbe «plus», et dites: Tu as eu plus de peine, tu auras aussi plus d'argent.
D'AVAU, adv. Là-bas, plus loin en descendant. Terme patois et vieux français. R.vauouval.
DE, prép. Dans les phrases suivantes et phrases analogues, on doit retrancher la prépositionde.Il m'en a fait de cadeau. Cela ne fait de rien. Tu ne risques de rien sur ce bateau. Reprends ton couteau, je n'en ai plus de besoin(expression, au reste, qui était encore française au milieu du dix-huitième siècle).A quoi bon de se tourmenter? A quoi bon de lire tant de journaux? Il fait bon de s'asseoir. Il fait bon de boire frais en été.VoyezFAIRE, no5.
DE, prép. Les phrases suivantes offrent une syntaxe remarquable, quoiqu'elles appartiennent au langage populaire.Je n'ai rien dit qui ne soit de dire; je n'ai rien fait qui ne soit de faire, etc.; c'est-à-dire: Qui ne puisse se dire, qui ne puisse se faire.
DÉBAGAGER, v. n. Plier bagage, déménager brusquement, décamper.Ils débagagèrent de nuit et emportèrent tout le bataclan.Terme suisse-roman, savoisien et français populaire.
DÉBARRAS, s. m. Nous appelonschambre de débarrasun petit local où l'on serre les meubles, les ustensiles, et les vêtements qui ne sont pas d'un usage ordinaire, ou qui causent quelque embarras. Noschambres de débarrass'appellent en français: «Décharge, pièce de décharge.»
DÉBARRASSÉE, s. f. Débarras, délivrance de ce qui embarrassait.Les voilà partis! quelle débarrassée!
DÉBIGOCHÉ, ÉE, adj. Se dit des personnes et des choses, et signifie: 1oDisloqué, détraqué, gâté, endommagé; 2oMalingre, sans entrain, lâche, débiffé.Une poupée débigochée. Quand il veut pleuvoir, disait MmeN***, je me sens toute débigochée.Dans le patois languedocien,débigoussatsignifie: Contrefait, tortu. [Voyez leDictionnaire patoisde M. l'abbé Gary. Castres, 1845.]
DÉBITE, s. f. Débit, vente.Cette marchandise n'a pas de débite.Terme vieux français.
DÉBITER, v. a. et n. Il se dit de certains oiseaux qui abandonnent pour toujours leur nid, quand on va les inquiéter pour voir leurs œufs ou leurs petits. C'est le propre des corbeaux, des geais, des pies-grièches, etc. [P. G.]
DÉBLOTTER, v. a. Réciter fort vite, débiter vivement.Déblotter un discours; déblotter des injures. Il nous déblotta en moins de rien toute son histoire.Terme suisse-roman.Déblottersignifie aussi: Manger avidement.Déblotter un pain; déblotter un poulet.La signification primitive de ce mot est: Ôter les jeunes pousses d'un arbrisseau; ôter la première enveloppe de certains fruits.La chèvre a déblotté toute la haie. Déblotte-moi ces branches de noisetier, etc. Expression familière à nos campagnards et à ceux du canton de Vaud. Quant à l'idée qui domine dans ces diverses significations et qui les lie entre elles, c'est évidemment l'idée de vitesse, de promptitude, de célérité.
DÉBLOTTURES, s. f. pl. Jeunes pousses qui viennent d'être ôtées d'un arbrisseau.Ramasser les déblottures. Une corbeille de déblottures.
DE BON, adv. Sérieusement, tout de bon, tout badinage à part.Jouer de bon. Se fâcher de bon. Parlez-vous de bon ou plaisantez-vous?Français populaire.
DÉBOQUER QUELQU'UN. Le déplacer, le chasser du poste qu'il occupait, le débusquer. En vieux français,bosouboscveulent dire: Bois, forêt. Les mots «Débusquer,»débosquer(vieux français), etdéboquer, ont signifié originairement: «Faire sortir d'un bois.»
DÉBOUCHARDER, v. a. Laver, nettoyer le visage.Va te déboucharder, Gédéon, avant qu'on se mette à table.R.bouchard.
DÉBOULÉE, s. f. Sortie précipitée. Terme suisse-roman.
DÉBOULER, v. n. Déloger promptement, décamper, déguerpir.Drôles que vous êtes, déboulez d'ici.Français popul.
DÉBRANLER, v. n.Ne pas débranler d'un endroit, signifie: Ne pas le quitter.Ne pas débranler de l'ouvrage, signifie: Ne pas quitter le travail avant que la tâche donnée soit remplie.Il bûcha tout le jour sans débranler. Ils restèrent toute la nuit au cabaret sans débranler.Terme parisien populaire, etc.
DÉCESSER, v. n.Tu ne décesses de babiller. Elle ne décesse de se plaindre. La pluie n'a pas décessé de toute la nuit.Terme français populaire. Dites: Tu ne cesses de babiller; elle ne cesse de se plaindre; la pluie n'a pas cessé de toute la nuit.
DÉCHANTER, v. a. Désensorceler, ôter un mauvais sort, déguignonner.
DÉCHARGE, s. f. Dans notre langage,Demander sa déchargeveut dire: Demander d'être déchargé d'une place, d'une fonction, d'un emploi; expression qui n'a rien de choquant.
DÉCHARGEOIR, s. m. Terme des campagnards. Grande cuve où l'on jette la vendange qui vient d'être cueillie.
DÉCHÂSSER, v. a. Ôter lecharre. Voyez ce mot.
DÉCHAUX, adj.Aller déchaux, être déchaux, signifie: Aller sans chaussure, être sans chaussure.Le frère et la sœur allaient déchaux.Ce terme, qui appartient au vieux français,est encore fort usité chez nos campagnards et dans le nord de la France.
† DÉCHELOQUER, v. a. Disloquer.Une serrure décheloquée.
DÉCHICOTER, v. a. Déchiqueter, couper en morceaux.Déchicoter la carcasse d'un poulet.Français populaire.
DÉCIDER (SE), v. pron.Je me décidai de partir; elle se décida de rester, etc. Il faut dire, en employant la prépositionà: Je me décidaiÀpartir; elle se décidaÀrester.
DÉCOCHE, s. f. Ce terme n'est guère usité que dans l'expression suivante:Être dur à la décoche, c'est-à-dire: Être dur à la desserre, aimer trop l'argent, se faire tirer l'oreille pour boursiller.
DÉCOCHER, v. a. et n. (fig.) Payer, s'élargir, contribuer, boursiller.On te fera décocher; il faudra bien que chacun de vous décoche. À la fin des fins, ils ont décoché dix francs.
DÉCOMBRES, s. f. pl.Toutes ces décombres nous arrêtèrent.Ce mot est masculin.
DÉCOTTÉ, TÉE, participe. Ce terme n'est guère employé que dans l'expression suivante:Un lit décotté, c'est-à-dire, un lit dont les couvertures et le drap supérieur ne sont pas serrés avec le matelas. VoyezCOTTER.
DÉCOTTER, v. a. et n. Terme de commerce. Arranger, rapprocher (fig.).Je mettrai encore vingt-cinq francs pour décotter, pour vous décotter.
DÉCOUVRIR UN LIT. Cette expression genevoise signifie: Faire la couverture d'un lit, préparer le lit avant que de se coucher. «Ô çà, écoutez, MmeGray; rangez-moi cette chambre,découvrez-moi ce lit, j'ai envie de me coucher.» Cette phrase est deClément, de Genève, dans sesAnnales littéraires, t. II, p. 217. En Languedoc et en Gascogne, on dit:Faire la découverte d'un lit.
DÉCROCHER, v. a.Ma robe me serre, décroche-la-moi.Leverbe «Décrocher» n'a pas cette signification en français. Il faut dire: Dégrafer. «Dégrafer une robe; dégrafer un corsage.»
DÉCROÎT, s. m. Atrophie, aridure.La pauvre enfant avait le décroît à la jambe droite.
DÉDAIGNER (SE), v. pron. Dédaigner, répugner à.Votre nièce, Madame, se dédaigne d'aller avec nous.
DEDANS, prép.Dedans le buffet, dessous le lit, dessus la table, étaient des expressions correctes il y a deux cents ans; mais aujourd'hui ces mots ne sont plus des prépositions, et il faut dire: Dans le buffet, sous le lit, sur la table.
DÉDELÀ, adv. Cette expression, si usitée chez nous, signifie: Dans la chambre voisine, dans la pièce attenante.Il fait froid dans ce cabinet: allons dédelà. Ce fauteuil embarrasse dans cette chambre: portez-le dédelà. Je vous rejoins tout de suite: attendez-moi dédelà.Terme suisse-roman et savoisien. A Lyon,dès delà l'eau, veut dire: De l'autre côté du fleuve. En français, «De delà les monts» signifie: Au delà des monts. En Languedoc,la nuit de delà, le jour de delà, signifient: L'avant-dernière nuit, l'avant-dernier jour.
DÉDITE (UNE).Si vous cassez le bail, il y a une dédite de cent cinquante francs.Terme suisse-roman et savoisien. Le mot français est «dédit,» s. m.
DÉFAIRE, v. a.Défaire une pièce de drap. Ne défaites pas cette pièce de drap vert: c'est du drap bleu qu'il me faut.Le mot français est «Développer» ou «Déployer.» [Voy.A. Péter,Dictionnaire des Locutions vicieuses, deuxième édition.]
DÉFAIRE (SE), v. pron. Ôter une partie de ses vêtements de dessus.Tu as bien chaud, Théophile, ne te défais pas.Terme méridional.
DÉFAIT, AITE, partic. Se dit d'une personne débraillée,d'une personne dont les vêtements qui couvrent la tête, le cou, l'estomac, sont en désordre.Tu es toute défaite, Judith: va mettre ta coiffe, va te crocher, va arranger ton fichu.
DÉFAITE, s. f. Rupture d'un marché fait, d'un engagement contracté. Ce terme n'est employé, je crois, que dans cette phrase des écoliers et des gamins:Pache faite, trente sous pour la défaite; c'est-à-dire: Le marché est conclu: celui qui viendrait à le rompre payerait tant et tant.
DÉFATIGUER, v. a. Délasser, ôter la fatigue.Les bains de pieds défatiguent. Quand je serai défatigué, je repartirai.[P. G.] Expression remarquable, dont l'emploi est continuel parmi nous.
DÉFAUFILER, v. a. Défaire une faufilure. Terme méridional. Employé figurément, le participedéfaufilésignifie: Détraqué, désorganisé, abattu, énervé.Je me sens toute défaufilée; je suis toute défaufilée aujourd'hui, et je n'ai pas le cœur au travail.
DÉFICELER, v. a. Ôter la ficelle.Déficeler un paquet, déficeler une boîte.Terme connu partout, et qu'on s'étonne de ne pas trouver dans les dictionnaires.
DÉFIER (EN). L'expression:Je lui en défie, n'est pas française. Il faut dire: Je l'en défie.Ils croient sans doute nous prendre pour dupes, mais je leur en défie.Français populaire.
DÉFINIR, v. n. Expirer, rendre l'âme, finir.J'ai cru qu'il allait définir entre mes bras.Terme vieux français.
DÉFINITION, s. f. Fin.Il faut faire une définition; c'est-à-dire: Il faut en finir.En définition, enfin.
DÉFORCENÉ, s. m.Crier comme un déforcené. Elle s'agitait comme une furieuse, comme une déforcenée.Dites: Forcené, forcenée.
† DÉFLUXION, s. f.Défluxion de poitrine.Dites: Fluxionde poitrine [P. G.] Le motdéfluxionappartient au vieux français. [VoyezRoquefort,Glossaire roman.]
DÉFUNTER, v. n. Mourir.Il défunta vers minuit.Dans le nord de la France, on dit:Défunqueretdéfuncter. [Voyez leGlossaire picardde M. l'abbéCorblet.]
DÉGAGÉ, ÉE, adj. Leste.Voyez comme il court! Voyez comme il est dégagé!Terme méridional. «Dégagé» ne se dit que des choses: «Taille dégagée; air dégagé; allure dégagée.»
DÉGAGER (SE), v. pron. Se dépêcher.Dégage-toi, Ambroise, l'heure sonne. Dégageons-nous, Messieurs, il se fait tard.Français populaire.
† DÉGAL, s. m. Dégât.Aurait-on jamais émaginé un dégal semblable?
DÉGIGANDÉ, ÉE, adj.Homme dégigandé; femme dégigandée.On dit en français: «Dégingandé.»
DÉGLÉTIR, v. a. Dégluer, ôter la glu. VoyezAGLÉTIR.
DÉGONFLER (SE), v. pr. Épancher, dire tout ce qu'on a sur le cœur.Je lui ai enfin parlé nettement, et je me suis dégonflé.
DÉGORGER, v. a. (fig.) Restituer, rendre ce qu'on avait pris frauduleusement.Il m'a escroqué dix francs, mais il faudra bien qu'il les dégorge.
DÉGOÛTAMMENT, adv. D'une façon dégoûtante.Manger dégoûtamment.Terme que les Dictionnaires ne feraient pas mal d'accueillir.
DÉGREDELER, v. n. Dégringoler, descendre les degrés plus vite qu'on ne le voudrait, rouler en tombant dans un escalier.On ne voyait goutte, j'ai dégredelé au bas de la rampe.
DÉGREUBER, v. a. Nettoyer, laver.Dégreuber une table, dégreuber un buffet.VoyezGREUBE.
DÉGRUFFÉ, ÉE, s. et adj.Un garçon dégrufféest celui quiest vif, éveillé, espiègle, qui voit clair dans les affaires et qui sait facilement se tirer d'une position difficile. Expression curieuse, qui n'a pas d'équivalent exact en français.
DÉGUILLE, s. f. Non-succès, échec, affaire manquée. Dans la langue de nos Étudiants,déguillese dit (ou se disait) d'une mauvaise composition.
DÉGUILLEMANDRÉ, ÉE, adj. Déguenillé.
DÉGUILLER, v. actif. (Prononcezdéghiller.) Abattre, faire tomber, renverser.Déguiller des noix. Déguiller des nids. Ils mirent une bouteille sur un piquet et jouèrent à qui la déguillerait. L'arbre était couvert de moineaux: nous lâchâmes ensemble nos deux coups, et nous en déguillâmes une vingtaine. S'il vous plaît, Monsieur, déguillez-moi mon volant.VoyezGUILLE, no2.
DÉGUILLER, v. neutre. Tomber, au sens propre et au sens figuré.Notre Louis était depuis trois semaines le premier de sa classe: hier il a déguillé. Ne va pas grimper sur ce tas de pierres, tu déguilleras.
DEHORS, adv.Dîner dehors, signifie: Ne pas dîner chez soi, dîner en ville.Hier toute la famille dîna et soupa dehors.Nous disons dans le même sens:Veiller dehors, etc. Terme méridional.
DEHORS DE, prép.Je vous attendrai dehors de porte. Votre frère était dehors de chez lui, etc. Dites: «Hors de chez lui,» etc.
DÉJÀ, adv. Est inutile et vicieux dans les phrases suivantes:Comment s'appelle-t-il déjà? Pour ne pas m'estropier avec cet outil, comment faut-il faire déjà? Dis donc, femme: cette belle dame que tu as rencontrée hier, qui est-ce déjà?
DÉJUNER, v. n.Si tu n'as pas encore déjuné, déjunons ensemble.Écrivez et prononcez «Déjeuner.»
DÉLABRE, s. m. Délabrement, détérioration, mauvais étatd'une chose. S'emploie surtout au sens figuré.Il n'y a point de surveillance, point d'ordre ni d'économie dans cette maison: tout y est en délabre.
† DÉLIBÉRER, v. a. Libérer, délivrer.Il faut avouer, Bastian, que ta défunte a bien fait de mourir, et que te voilà délibéré d'un fameux poids.Dans le vieux français,délibérationsignifiait: Délivrance.
† DÉLIGENCE, s. f. Diligence.La déligence de Lyon.
DÉLIGENT, ENTE, adj. Diligent.
DÉLIGENTER, v. n., et SE DÉLIGENTER, v. pron.Allons, allons, déligentez-vous.Ces trois termes appartiennent au français populaire.
DEMANDER, v. a.Combien vos musiciens ont-ils demandé pour le bal? Combien les guides de Chamouny demandent-ils pour chaque journée?Dans ces exemples et autres analogues, «Prendre» est le mot véritable. «Tel marchand prend tant de sa marchandise. Le chirurgien prit deux cents francs pour l'opération. Les bons maîtres de piano, à Paris, prennent vingt francs par cachet.»
DEMANDER SA DÉMISSION. Nous disons, et cette faute est générale dans la Suisse romane:Demander sa démission, pour: Donner sa démission. «Mrle pasteur C**ayant demandé sa démissionpour cause de santé, etc.» [Journal de Genève, 1847.] «Füsslidemandaet obtintsa démissionde la manière la plus honorable.» [Société d'Utilité publique, 1838.] Observons que le fonctionnaire qui abandonne volontairement une place nedemandepas de s'en démettre: il annonce officiellement, il donne avis qu'il s'en démet.
DÉMANGONNER ou DÉMANGOUNER, v. a. Déranger, détraquer, gâter.Loquet démangouné, serrure démangounée.Dans le dialecte rouchi,angonerse dit des efforts que l'on fait pour ouvrir une porte. Pourrait-on établir unrapprochement entre ces deux mots, et l'un serait-il la racine de l'autre?Angon, en vieux français, signifiait: Gond.
DÉMATINER (SE), v. pron. Se lever plus matin que de coutume.Mes enfants, nous partons demain de très-bonne heure: il faudra bien cette fois que l'on se dématine.Jolie expression, qui est, parmi nous, d'un usage universel.
DÉMATOQUER, v. a. Déniaiser. SE DÉMATOQUER, v. pron. Se déniaiser, se dégourdir, perdre le ton et les manières gauches du village.On t'enverra en condition à Genève pour un peu te dématoquer. Les payses l'auront bien vite dématoquée.R.matoque. Voyez ce mot.
DÉMÉNAGER (SE), v. pron.Elle s'est déménagée hier.Dites: Elle a déménagé hier.
DÉMÉNAGEUR, s. m. Ouvrier qui aide aux déménagements ou qui les fait.Avoir les déménageurs. La journée des déménageurs est de cinq francs.
DÉMETTRE, v. neutre. Terme des campagnards. Se dit d'un tonneau, d'un cuvier, d'un ustensile qui laisse échapper l'eau par des fissures.Ta seille démet(ta seille coule). R.demitto.
DEMEURANCE, s. f. Demeure, habitation.Est-ce là votre demeurance?Ce terme, plus en usage à la campagne qu'à la ville, appartient au vieux français, et n'est pas inconnu dans diverses provinces de France. [Voyez leVocabulaire du Berry, p. 36.]
DEMEURANTS (LES). Les survivants. N'est usité que dans ce souhait, par lequel on termine quelquefois les compliments de condoléance:Dieu conserve les demeurants!Terme vieux français.
DEMEURET, s. m. Petit local confortable.
DEMI-FEMME, s. f. Lavandière que l'on ne prend qu'à la demi-journée.Nous avons eu là une considérable lessive: sept femmes et une demi-femme!
DÉMILGANDRÉ, DRÉE, adj. Détraqué, dérangé. C'est probablement une corruption du motdéguillemandré, lequel a le même sens.
† DÉMINUER, v. n. Diminuer.La fièvre a déminué; on pourra aussi déminuer les visites du cérugien.
DEMI-POT, s. m. Chopine.Boire demi-pot.Terme consacré.
DEMIPOTER, v. n. Boiredemi-pot, siroter, godailler.Ces deux ouvriers sont toujours demipotant.
DÉMISSION, s. f. VoyezDEMANDER.
DEMOISELLE, s. f. Fille d'un tel.Comment se porte votre demoiselle? Vos demoiselles seront-elles dimanche de la partie?Dans ces exemples et les analogues, il faut dire: Comment se porte votre fille? Vos filles (ou Mesdemoiselles vos filles) seront-elles de la partie? Cette remarque est empruntée aux meilleures autorités.
DÉMONE, s. f. Femme ou fille très-méchante.La fille à Nicolas est une pouine, une démone.Terme rouchi, etc.
DÉNIOTER, v. a.Dénioter quelqu'un, c'est: L'Ôter, l'arracher de saniote, c'est-à-dire, de son trou, de son coin.On ne peut pas le dénioter de chez lui.R.niot, nid.
DENT DE L'ŒIL. Dent œillère.
DENTELLES, s. f. pl. Nous disons:Faire des dentelles, blanchir des dentelles, porter des dentelles; mettre des dentelles à un chapeau. Dans ces exemples et les analogues, il faut employer le singulier et dire: Faire de la dentelle, porter de la dentelle, etc. «Ma broderie et ma dentelle suffisent pour m'entretenir.» [J.-J. Rousseau.]
DÉNUTÉ, TÉE, adj. Se dit de quelqu'un qui est privé du nécessaire, de quelqu'un qui est dans un état de gêne complète.Il n'a pas sistance; il est dénuté de tout.Ce terme, connu en Lorraine et sans doute ailleurs, doit être plus ancien que le mot «Dénué.» R.denudatus.
DEPELOTONNER, v. a. Défaire un peloton.
DÉPENSEUR, DÉPENSEUSE, s. Dépensier, dépensière.
DÉPÉTRENÉ, NÉE, adj. Qui a la poitrine découverte d'une manière peu séante. Dans le Berry et en Dauphiné on dit:Dépoitriné; en provençal,despeitrina. Dans notre patois, le motpétrena(atrès-bref) signifie: Poitrine.
DÉPONDRE, v. a. et n. Signifie: 1oEnlever, décrocher.Dépondre les rideaux. L'estomac me dépond(j'ai grand faim);je me sens tout dépondu, tout détraqué; 2oDiscontinuer.Il y avait un monde, un monde, à cet ensevelissement: depuis Plainpalais jusqu'à Bel-Air ça ne dépondait pas. Aux heures où le docteur Prévost recevait, les malades ne dépondaient pas, c'est-à-dire: Se succédaient sans interruption.Nous voici près de la ville, Mesdemoiselles, dépondons-nous; c'est-à-dire: Cessons de nous donner le bras. Expression des domestiques.
DÉPRESSÉ (ÊTRE). Se dit des personnes et signifie: Être moins pressé, avoir des occupations moins urgentes, avoir du répit dans son travail.Quand je serai dépressé, j'irai vous voir.
DEPUIS, prép. De.On a, depuis le village de Mornex, une vue magnifique. Depuis le Piton, on découvre le lac d'Annecy.Phrases barbares. Mais les suivantes sont correctes: «À son arrivée, je lui dictais de mon lit mon travail.» [J.-J. Rousseau,Confessions, livre VIII.] «Don Manuel nous écoutait de son cabinet.» [Le Sage,Le bachelier de Salamanque, IIIepart., chap.XIV.]
DEPUIS LORS, loc. adv. Il est beaucoup mieux de dire: «Dès lors,» ou «Depuis.»Il m'écrivit une fois en 1840: je suis resté depuis lors sans nouvelle.Cette expression, qui nous vient du Midi, se rencontre fréquemment dans J.-J. Rousseau, dans De Saussure et dans la plupart des écrivains suisses; mais on la chercherait vainement, je crois,dans Voltaire et dans les auteurs classiques français du dix-septième et du dix-huitième siècle.
DEPUIS MOI, DEPUIS TOI, DEPUIS VOUS. C'est-à-dire: Depuis mon départ, depuis ton départ, depuis votre départ.Depuis moi, qu'a-t-on fait? Depuis toi, on s'est mis à jouer aux cartes.Cette expression n'a l'autorité d'aucun dictionnaire; ce qui ne l'empêchera pas, peut-être, de faire son chemin et de s'établir.
† DÈRE, s. m. Dé, dé à coudre.Un dère en argent, un dère en os.Terme vaudois. La lettrerest ajoutée par euphonie.
DÉRATER (SE). Se dit des personnes, et signifie: Se former, prendre de l'usage et de l'assurance, perdre les manières gauches, roides et gênées des nouveaux débarqués.Depuis que le jeune Hermann est à Genève, il s'est considérablement dératé.Ce verbe, pris dans cette acception, ne se trouve pas dans les dictionnaires usuels.
† DERNIER ou DARNIER, prép. et adv. Derrière.Darnier l'église; darnier le Rhône. Où est la Jeanne?—Elle est restée darnier.Terme suisse-roman, franc-comtois et méridional.
DERNIER (EN), loc. adv. En dernier lieu, dernièrement.Dans quelle maison demeure ton oncle?—Il habitait en dernier la maison des Trois Perdrix.
DÉROCHER, v. neutre. Se dit des personnes et des choses, et signifie: Tomber, tomber en dégringolant, s'ébouler.Il dérocha dans les montées. Je dérochai de l'arbre. Cette pile énorme de pierres dérocha. Se dérocher, v. pron., est encore plus usité.Monte avec précaution sur cette échelle, et tâche de ne pas te dérocher.Terme suisse-roman, savoisien, dauphinois et franc-comtois.
DÉROCHER, v. actif. Renverser, abattre, démolir.Dérocher un mur, dérocher une paroi.«Certaines logettes de bois furent alors toutesdesrochées.» [Bonivard.]
DERRIÈRES (LES), s. m. pl. Le derrière de la maison, l'endroit reculé, écarté.Nous habitions sur les derrières de la maison de l'Escarcelle.Au sens figuré:Vivre sur les derrières, se dit d'une personne qui néglige de s'informer de ce qui se passe, et reste absolument étrangère aux événements du jour.
DES, DU, DE LA. Ces trois mots sont mis pour «aux, au, à la,» dans les phrases suivantes:Hé! ici, la femme des cerises! Ici, l'homme de la greube! Ici, l'homme du raisson!Dites: «La femme aux cerises, l'homme à la greube, etc.»
DÉSABONNER (SE), v. pron. Cesser de s'abonner, interrompre son abonnement.Se désabonner à un journal; se désabonner à la Feuille d'Avis.Terme clair et utile, qui ne figure pas encore dans les dictionnaires. Nous disons aussi à l'actif:Désabonner quelqu'un. Vous me désabonnerez dès le mois prochain.
DÉSASSORTI, TIE, part.Un marchand désassorti, une modiste désassortie. Je ne veux pas me désassortir.Appliqué ainsi aux personnes, ce verbe n'est pas français; mais on dira fort bien: Une marchandise désassortie, de la porcelaine désassortie, des bas désassortis.
DESCAMPETTE, s. f. Escampette.
DESCENDRE, v. a. Abattre, faire tomber.Tu vois là haut cet écureuil?... Mire-le bien, et tâche de le descendre.Terme dauphinois et languedocien.
DESCENDRE LA GARDE. Au sens figuré, cette expression signifie: 1oÉprouver un échec de fortune ou de santé; 2oMourir.La fièvre va en augmentant, et notre pauvre Mathieu descend la garde. Cette nuit, notre vieille hôtesse a descendu la garde.Terme parisien populaire.
DESCENTE DE GOSIER, s. f. Bon appétit, grand appétit. Dans le français populaire,descente de gosier, signifie: Mal de gorge. [Voyez leDictionnaire du bas langage, t. I.]
DÈS-DELÀ, loc. adv. VoyezDÉDELÀ.
DÉSEMBÊTER (SE), v. pron. Expression ignoble qui signifie: Se distraire, chasser l'ennui.Que pourrait-on faire aujourd'hui pour un peu se désembêter?
DÉSENCOMBRER, v. a. Décombrer, ôter les décombres.Désencombrer une rue, désencombrer une cour.Terme méridional, etc.
DÉSINDICATION, s. f. Voyez le mot suivant.
† DÉSINDIQUER, v. a. Terme consacré jadis dans certaines élections, et, en particulier, dans l'élection des pasteurs. Il signifiait: Retirer une présentation, uneindication.On avait indiqué comme candidat MrN. N**, on l'a désindiqué l'instant d'après, sur la demande d'un de ses amis.
DÉSORDRE. Ce mot est employé adjectivement dans les phrases suivantes et phrases analogues:Cette maison a un air désordre. Cette pendule toujours arrêtée donne à cette chambre un air désordre.
DESPECTUEUX, EUSE, adj. Qui marque peu de respect, irrévérent.Geste despectueux, ton despectueux, paroles despectueuses.Excellent terme qui manque dans plusieurs dictionnaires. LeComplémentdu Dictionnaire de l'Académie ne l'emploie qu'en parlant des personnes. A Genève, nous le disons surtout des choses, et c'est là, peut-être, son meilleur emploi.
† DESPENSER, v. a. (Prononcezdessepenser.) Terme des campagnards.Mon pauvre Jacot, tu as despensé là une belle argent.Terme vieux français. On dit: «Dépenser.»
DÈS QUE, conj. Ne doit pas se prononcerdaisse que. «Dès» rime avecprès.
† DESSARGER, v. a. Décharger.
DESSOUS, prép. Voyez le motDEDANS, page 140.
DESSOUSTER, v. a. Cesser desouster, cesser d'appuyer,cesser de soutenir. Terme employé surtout au jeu de cartes.Roi dessousté, Dame dessoustée.Expression connue dans l'évêché de Bâle, à Lyon et sans doute ailleurs, mais dont l'emploi semble se perdre journellement chez nous. En Languedoc,dessouster quelqu'un, c'est le supplanter. R.de sub stare?
DESSUIVRE, v. a. Copier quelqu'un pour le tourner en ridicule; imiter par dérision son accent ou ses manières, le contrefaire.Cesse tes moqueries et ne continue pas à me dessuivre.
DESSUR, prép. Sur.Dessur toi, dessur moi, dessur le pommier.Français populaire et vieux français.
DESSUS, adv.Ce lourdaud m'a marché dessus. Cette gronderie ne devait pas me tomber dessus. M'cieu, il y a lui qui me crache dessus.Il faut tourner autrement ces phrases et dire, par exemple: Ce lourdaud a marché sur ma robe. Cette gronderie ne devait pas tomber sur moi, etc.
DE SÛR, adv. Pour sûr, sûrement, certainement.S'il fait beau jeudi nous partons de sûr. Est-il vrai, Charles, que tu doives entrer au Collége?—Oui, j'y entre de sûr.Terme méridional.
DÉTABLER, v. n. Départager, décider une élection entre deux nombres égaux de suffrages. Autrefois, quand les juges allaient donner leur avis, ils s'asseyaient autour d'unetable, et ils y restaient jusqu'à ce que la majorité se fût prononcée pour un des candidats. S'il y avait égalité dans les voix, le président donnait son vote, et par cela même faisaitdétablerle tribunal. Cette explication est deM. Guillebert, dans sonDictionnaire neuchâtelois.
DE TÊTE, loc. adv. Par cœur, de mémoire.Réciter de tête. Dire de tête. Ne sais-tu pas de tête la fable des Deux Pigeons?Terme dauphinois, etc. Nous disons dans un sens analogue:Faire un paysage de tête; faire un portrait de tête.
DÉTRACTÉ, ÉE, partic. Détraqué, désorganisé (au sens figuré).J'ai des tiraillements dans le dos, j'ai un bruit continuel dans les oreilles, j'ai un brûlement dans le cou: je suis toute détractée.
DÉTRAQUE, s. f. Désordre, laisser-aller, désorganisation.La détraque s'est mise dans cette maison, et tout y va par le plus bas.
† DETTE (UN).Acquitter son dette. Avec soixante francs je pourrais en finir avec deux ou trois vieux dettes.Ce mot est féminin.
DEUX, adj. Deuxième.Prendrais-tu encore une tasse de café, ma bonne?—Merci, ma chère, j'ai ma deux(j'ai pris ma deuxième tasse).
DEVANT, prép. Avant. Les campagnards disent:Se lever devant jour. Partir devant la nuit, etc. Ce sens de la préposition «Devant» appartient à l'ancien français.
DÉVARIÉ, ÉE, adj. Se dit des personnes et signifie: Dérangé, incommodé, détraqué, mal disposé.Je ne sais pas ce que j'ai, mais je me sens tout dévarié aujourd'hui.Ce mot, qui n'est dans aucun dictionnaire, appartient à la même famille que le mot français «Avarié.»
DEVENIR MORT. Cesser de vivre, être mort. Terme limousin, etc.
DEVERS, prép. Vers.J'irai chez toi devers le soir. On se reverra devers le tantôt.Les campagnards ne s'expriment pas autrement. C'est l'ancien langage français.
DÉVOUGNER, v. a. Ce verbe est l'opposé devougner. Voyez ce mot.
DIABLE, s. m. Nous disons facétieusement de quelqu'un qui louche ou dont les yeux n'ont pas une direction régulière:Il regarde le diable sur le poirier, c'est-à-dire: Il a le regard aussi mal assuré que s'il eût aperçu tout à coup le diable sur un poirier.
DIABLE ET DEMI (UN). Expression triviale qui signifie: Beaucoup, infiniment.Il y avait autour de l'escamoteur un diable et demi de monde. Vous tardez bien à venir, vous autres: il y a un diable et demi de temps que je m'impatiente.Le dictionnaire de l'Académie dit dans le même sens: «En diable et demi.» «Il était fourbe en diable et demi,» est une phrase tirée deLe Sage, dans son roman deGusman d'Alfarache, livre IV, ch.I.
DIAUDER, v. n. Folâtrer, sauter, s'ébattre, prendre ses ébats.Les enfants diaudaient autour de nous. On voyait les deux chevreaux diauder sous le grand tilleul.
† DIFFÉRENT, ENTE, adj. Indifférent, ente. Ne s'emploie que précédé d'une négation.Cela n'est pas différent, signifie: Cela est passable.Le temps n'est pas différent. Cette étoffe n'est pas différente. La récolte des blés ne sera pas différente.
DIGESSION, s. f.Faire digession. Avoir une mauvaise digession.Écrivez «Digestion,» et faites sonner letaprès l's.
† DIMANCHE (UNE).On ira à Salève la première dimanche de juillet.Ce mot est masculin aujourd'hui; il était encore féminin au milieu du dix-septième siècle. L'historien Spon, dans sonHistoire de Genève, dit: «La deuxième dimanche de mars.»
DIMANCHE, s. f. Argent de poche qu'on est dans l'usage de donner chaque dimanche aux enfants et aux adolescents.Sa dimanche lui a été retranchée. Notre garçon économise toutes ses petites dimanches.Ce mot est masculin.
DINDE (UN).Un dinde farci. Ils emplétèrent deux gros dindes pour leur Escalade.Faute très-répandue en Suisse, en Savoie et en France. Dites: Une dinde ou un dindon.
DÎNER AVEC.Nous dînâmes avec de la soupe et du bouilli.Il est plus correct et plus élégant de dire: Nous dînâmesDEsoupe etDEbouilli.
DIOGUET, adj. et s. m. Nigaud, niais, dadais.
DIOT, s. m. (Prononcezdio,obref.) Terre glaise.Des pétards de diot. Des mâpis de diot. Votre simolat a cuit trop longtemps: c'est du papet, c'est du diot.Dans le canton de Vaud,s'endioterveut dire: S'enfoncer dans quelque chose d'épais, s'empêtrer.
DIOTU, UE, adj. Épais, ferme.Une soupe diotue; du pain diotu.
DIRE, v. a. Demander.Dis à Joseph s'il peut venir me parler. Dites au fermier s'il pourrait nous fournir quelques artichauts.Locution méridionale.
DIRE, v. a. Se vanter, se donner du jabot.Ce n'est pas pour dire, mais je saurais en faire autant que toi.Expression française populaire.
† DIRE À QUELQU'UN.Ce meunier qui passe, comment lui dit-on? Cette femme que nous avons rencontrée hier, comment lui dit-on?Expression qui équivaut à: «Comment l'appelle-t-on? Quel est son nom?»
DISCREUSAGE, s. m. Terme d'art. Décreusage.
DISCREUSER, v. a. Décreuser.
DISPARAT (UN).Un disparat choquant.Ce mot est féminin, et il s'écrit avec unefinal: Disparate. «Disparate choquante.»
DISPARUTION, s. f. Disparition.
DISSIPÉ, s. m.Un jeune dissipé.Selon les dictionnaires, ce mot n'est pas substantif.
DISTAC, s. m. Terme de tir. Prix supplémentaire donné par des amateurs.Mettre un distac, remporter un distac, faire plusieurs distacs.
DISTINCTÉMENT, adv. «J'ai reconnudistinctémentces ardoises.» [De Saussure,Voyage dans les Alpes, t. I, p. 504.] «Je ne voyais pasdistinctément.» [Ibid., p. 288.] Écrivez et prononcez «Distinctement.»
DISTRAIRE, v. a. Ce verbe, et ceux qui viennent de «traire,» comme «soustraire» et «extraire,» sont d'une conjugaison difficile. Nous disons:Vous me distraisez; ces enfants me distraisaient, ils me distraisent; je n'aime pas qu'on me distraise. «Trop d'autres goûts medistraisent. L'exercice... medistraisantsur mon état.» [J.-J. Rousseau,Confessions, livres I et VI.] Il faut dire: Vous me distrayez, ils me distrayaient, ils me distraient, distrayant.
DIVISER, v. n. Deviser, causer, jaser. Le mot «Deviser» vient dedevis, qui, en vieux français, signifiait: Discours, entretien familier, conversation.
DIX-HEURES (LES), s. m. pl. L'heure sèche, petit repas sec, petite collation qui se fait àdix heuresdu matin.Faire les dix-heures.On dit aussi au singulier:Faire le dix-heures; faire un dix-heures.
DIZEURER, v. n. Se dit quelquefois pour signifier: Faire le repas dedix heures.
† DOBLIGÉ, DOBLIGÉE, part. Obligé, forcé, contraint.L'incendie éclata dans le cabaret, et les buveurs furent dobligés de se sauver par la fenêtre.On dit aussi, sous forme de remerciement:Je vous suis bien dobligé.
DODO, s. m. Terme enfantin. Lit, couchette. Français populaire.
DOGUIN, DOGUINE, s. Terme d'écolier. Se dit de certains objets, et signifie: Gros, grosse.Quel doguin de mâpis! Venez tous voir le doguin de poisson que j'ai pris.
DOIGT, s. m. Nous disons proverbialement:Se mettre le doigt dans l'œil, ou,Se mettre du doigt dans l'œil, pour signifier: Faire une fausse spéculation, faire un faux calcul.En vendant sa campagne pour acheter des rentes de France, il s'est mis le doigt dans l'œil.
DÔLE (LA). Nom propre de montagne. Nous disons proverbialement d'une chose qu'on nous représente comme remarquable,prodigieuse, extraordinaire, et sur laquelle nous portons un jugement moins favorable:Ce n'est pas la Dôle. Traverser le lac à la nage?... Ce n'est pas la Dôle. Faire à pied quatorze lieues par jour?... Ce n'est pas la Dôle; c'est-à-dire: Ce n'est pas merveille.As-tu lu le nouveau poëme de Z. Z**?—Oui, je l'ai lu; ce n'est pas la Dôle.
DOMESTIQUE, s. m. Ne dites pas:Un domestique en homme; dites tout court: Un domestique.
DOMMAGER, s. m. Causer du dommage, gâter, prodiguer.Dommager du pain, signifie: Le perdre, le jeter sans profit pour personne, le gaspiller.Ne dommagez pas ces restes de viande: ils feront plaisir à un mendiant.Terme suisse-roman. LeComplémentdu dictionnaire de l'Académie donne le verbedommagercomme hors d'usage: c'est possible. A Genève il est d'un emploi journalier. On disait en vieux français:Damager. R.dam. [VoyezRoquefort,Glossaire roman.]
DONDAINE, s. f. Dondon, femme ou fille grasse et d'un solide embonpoint.Quelle dondaine! Quelle puissante dondaine!Terme lorrain, etc.
DONNE, s. f. Dans la commune de Meyrin et lieux avoisinants ce mot signifie: «Belle-mère.» Dans le canton de Vaud il signifie:mère, et dans le vieux français il se disait pour «Dame, femme noble.» R. latin,domina; italien,donna.
DON-NE, s. f. Ce terme, fort connu dans les communes réunies, se dit plus particulièrement d'une distribution de pain à tous les pauvres de la paroisse après un enterrement.Faire une don-ne.Terme vaudois, savoisien, dauphinois, languedocien et vieux français.
DONNER, v. neutre. Se dit principalement des vaches et signifie: Frapper de la corne.Prenez garde, Madame, notre vache donne.En Languedoc et en Dauphiné,donner, v. n.,se dit des mules, et signifie: «Ruer.»Votre mule donne-t-elle?
DONNER, v. neutre. Nous disons:Ce vin donne à la tête. Les dictionnaires disent: «Ce vin porte à la tête,» ou, «Ce vin donne dans la tête.»
DONNER, v. neutre. Nous disons:L'odeur du musc donne sur les nerfs. Les dictionnaires disent: «Porte sur les nerfs.»
DONNER DU PIED CONTRE. Nous disons figurément:Un tel ne donne pas du pied contre cette proposition, contre ce projet, pour signifier: Un tel ne s'oppose pas à cette proposition, à ce projet.
DONNER LE TOUR. Faire un circuit, faire le tour.Qui est-ce qui frappe là-bas?—C'est moi, père.—Eh bien, donne le tour par la maison de Trimolet.
DONNER LE TOUR. Signifie, au sens figuré: Avoir de quoi suffire aux dépenses de l'année; gagner de quoi faire face à tous les besoins journaliers.Nous ne mettons rien de côté, nous autres, mais nous donnons le tour.
DONNER UN COURS.MrN**, licencié en philosophie, donnera cet hiver un cours de dialectique.Tableaudes cours qui seront donnés, l'hiver prochain, par les professeurs de l'Académie de Genève.Terme consacré chez nous, utile en beaucoup de cas, mais inconnu aux dictionnaires. On dit en France:Faire un cours, faire des cours.
DONNER (SE), v. pron.Votre ami Z** est un honnête homme, mais il se donne un peu trop à la boisson.Dites: Mais il s'adonne un peu trop à la boisson.
DONNER PEUR (SE). S'effrayer, prendre de l'épouvante.Se voyant seule dans un chemin écarté, Alexandrine se donna peur.Expression fort usitée.
DONT AUQUEL. Sorte d'adjectif des 2 genres qui signifie: «Bien né, bien élevé, riche, et qui a de bonnes manières.»Un jeune homme dont auquel; une jeune personne dont auquel.En français, cette expression se prend toujours en mauvaise part.
DORAN-NAVANT, adv. Écrivez et prononcez «Dorénavant.»
† D'ORE-S-EN-AVANT, adv. Dorénavant.Te voilà guéri de ton indigestion, Anselme; tâche de moins gaillaufrer d'ore-s-en-avant.Terme vieux français. R.hora.
DÔTER (SE), v. pron. Terme des campagnards. S'ôter.Dôtez-vous d'ici, mes enfants. Dôte-toi de là.Dans le Berry,d'ôtersignifie: Ôter, enlever. En vieux français,tautera le même sens.
DOUBLE, s. f. Terme de boucherie. Gras double.
DOUBLET, s. m. Terme de chasseur. Coup double.Pour son début, Alberti vient de faire un doublet; c'est-à-dire: Chacun des deux coups de son fusil a atteint le but.
DOUCE, s. f. Ne s'emploie que dans cette locution adverbiale:À la douce; c'est-à-dire: Doucement, couci-couci, ni bien ni mal, tolérablement.Comme ça va-t-il avec la santé, Monsieur Bégoz?—Ça va tout à la douce.
DRÂCHÉE, s. f. Résidu ou crasse du beurre fondu.Un morceau de drâchée; une figâce à la drâchée; un châchô à la drâchée.Terme suisse-roman. Dans le patois de l'Isère on dit:Drachi. En provençal,dracosignifie: Marc de raisin. En rouchi,draque, en vieux français,drasche, et en français,drèche, signifient: Marc de l'orge qui a été employée pour faire de la bière. Ce motdrâchéeest en usage quelquefois au sens figuré, et il se prend alors en mauvaise part.
DREMILLE ou DORMILLE, s. f. Loche franche, poisson.
DROIT, adv. Précisément, exactement.Venez droit à midi. Tu arriveras droit à l'heure convenue.
DROIT, DROITE, adj. Debout.La pauvre Emma avait un si grand sommeil qu'elle dormait toute droite. Le quartdes assistants resta droit pendant tout le spectacle.Faute très-répandue.
DROIT (LE).Le droit d'une étoffe.Dites: «L'endroit.» L'endroit et l'envers.
DROIT FIL (À). Nous disons:Couper à droit fil, aller à droit fil, pour signifier: Couper une étoffe entre deux fils sans biaiser. Les dictionnaires disent: «CouperDEdroit fil; allerDEdroit fil.»
DROITIER, s. m. Cheval de droite.
DRÔLE, s. m.Le pauvre drôle était gisant et moribond.En français, «Drôle» (subst.), ne se prend qu'en mauvaise part. «Je t'apprendrai, drôle, à obéir promptement.»
DRUGE, s. f. Engrais, fumier. Ce mot appartient à notre patois et aux patois de Vaud et de Fribourg. R.dru.
DRUGEON, s. m. Femme ou fille forte, hardie, laborieuse.Notre Josette est un vrai drugeon.R.dru.
DU BONHEUR QUE... VoyezBONHEUR.
DU DEPUIS, adv.Nous avons campé ensemble il y a douze ans, et l'on ne s'est pas vu du depuis.Terme français populaire et vieux français. Dites: Depuis, ou dès lors.
DU MATIN.J'irai du matin. Venez du matin. On partira du matin.Dites: Dès le matin.
D'UN JOUR L'UN. Expression bizarre qui revient à celle-ci: «De deux jours l'un.»Il se baigne en Arve d'un jour l'un. Jérémie doit prendre une purge d'un jour l'un.
DU MOINS, adv.Je ne peux que du moins, signifie: Je suis forcé d'agir de la sorte; il faut que je fasse ainsi.J'ai souscrit à l'ouvrage de MrN**: je ne pouvais que du moins. Nos polissons, à force de tourmenter la porte et de la sigougner, l'ont disloquée, et ça ne pouvait que du moins.
D'UN.C'est d'un joli! C'est d'un beau!Signifie: C'est si joli! C'est si beau!Ce MrZ** est d'un bête! Ce travailest d'un long, d'un fatigant, d'un assommant!Français populaire.
DURÉE, s. f. Nous disons avec les Méridionaux:Une étoffe de durée, un drap de durée, pour signifier: Une étoffe de bon user, un drap de bon service.
DUVET, s. m. Couvre-pied d'édredon.J'avais trop chaud, je lançai à terre mon duvet.Le mot de «Duvet» est français, mais avec une signification différente.