CHAPITRE VIPhotographie des champignons.

CHAPITRE VIPhotographie des champignons.

Il arrive bien souvent, lorsqu’on s’occupe de l’étude des Champignons, que l’on aurait le plus grand intérêt, en présence du peu de durée de ces végétaux, à en conserver la représentation. Il n’y a pour cela d’autre moyen que d’en faire un dessin; mais tout le monde n’est pas dessinateur, et de plus il est très difficile de faire un dessin exact à moins d’être un artiste. Si l’on ne peut faire un dessin, on peut tout au moins, maintenant que tout le monde fait de la photographie, photographier les Champignons. Nous sommes persuadés qu’il y a beaucoup à faire dans cet ordre d’idée, et nous allons donner, d’après M. le professeur Bourquelot, des renseignements qui pourront engager nos abonnés à photographier des espèces rares, ou présentant un intérêt quelconque.

Nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ici la communication de l’auteur.

«Lorsqu’un botaniste rencontre une plante phanérogame,il peut en général déterminer aisément l’espèce à laquelle elle appartient. Il lui suffit pour cela de consulter certaines flores spéciales; une clef dichotomique, dont le jeu repose sur des caractères précis et faciles à constater, le conduit facilement à la famille, de là au genre, puis à l’espèce. La lecture d’une description un peu détaillée de l’espèce à laquelle il est ainsi parvenu, et au besoin de quelques espèces voisines, achève de porter la conviction dans son esprit.

Si pourtant il lui reste encore des doutes, il peut dessécher l’échantillon qu’il a trouvé, le conserver et plus tard, quand l’occasion s’en présente, le comparer soit à un échantillon-type de l’espèce soupçonnée, soit à des échantillons d’espèces avec lesquelles la confusion est possible.

La détermination des plantes cryptogames et en particulier des Champignons présente plus de difficultés. Il n’existe pas à cet égard de clef dichotomique satisfaisante, par cette raison que les caractères sont peu tranchés et quelquefois insaisissables pour certaines personnes. Telle Russule, par exemple, diffère d’une Russule voisine par une saveur qui lui est propre. Tel autre Champignon exhale une odeur particulière. Mais on n’ignore pas qu’il faut une grande habitude pour apprécier l’odeur et la saveur et qu’il existe nombre de botanistes qui restent toute leur vie inhabiles à percevoir ces caractères organoleptiques.

Si encore on pouvait conserver avec leurs caractères les échantillons qu’on récolte et dont la détermination est douteuse? Mais il n’y faut pas songer. On a essayé des liquides conservateurs de compositions diverses; ceux-ci détruisent en quelques semaines les plus brillantescouleurs! On a eu recours à la dessiccation? Le procédé a réussi pour quelques espèces, mais pour la plupart il n’a donné que des spécimens déformés, ratatinés, noircis ou décolorés!

On a remédié aux premiers de ces inconvénients en ajoutant des planches aux descriptions. Tous les mycologues connaissent les planches de Bulliard qui sont consultées depuis un siècle et qu’on n’a pas surpassées. Il n’est pas douteux que la possession de bonnes planches facilite singulièrement la détermination des espèces; mais les bonnes planches coûtent cher et les mycologues ne sont pas tous riches. Le moyen n’est donc pas à la portée de tout le monde.

On conseille d’autre part de dessiner avec soin les espèces qu’on récolte: le dessin aide à l’observation, car il oblige à remarquer tous les caractères. On fait d’ailleurs ainsi une sorte d’herbier dont la conservation est indéfinie et à l’aide duquel on peut effectuer des comparaisons. Malheureusement on ne dessine pas toujours bien, on ne dessine même pas toujours. Il faut en outre beaucoup de temps pour faire un bon dessin. Il y a des Champignons comme des Amanites qu’il est important d’avoir à plusieurs âges et dans plusieurs positions. Le bénéfice que l’on retire de son travail ne répond nullement à la peine qu’on s’est donnée.

En réalité, il semble que tous les efforts doivent converger vers la recherche d’un procédé accessible à tous, qui puisse fournir rapidement une représentation fidèle d’une espèce sous tous ses aspects. J’avais remarqué à l’Exposition d’Horticulture de 1885 des photographies en grandeur naturelle de plantes fleuries. Ces photographies étaient coloriées et donnaient une idée très exacte des plantes qu’elles représentaient et qui se trouvaient du reste exposées à peu de distance. Je pensai dès lors qu’il y aurait peut-être intérêt à utiliser la photographie pour la représentation des Champignons. J’ai fait dans ce sens un assez grand nombre d’essais et il me paraît que cet art aujourd’hui si répandu résout dans une certaine mesure le problème que je viens de poser.

Fig. 1

Fig. 1

Fig. 2

Fig. 2

Fig. 3

Fig. 3

Fig. 4

Fig. 4

Avec un peu d’exercice, de soins et d’entente des procédés, on peut arriver, si l’on dispose d’un appareil convenable, à reproduire en fort peu de temps, non seulement un individu d’une espèce, mais un groupe d’individus, qui donnera une idée suffisante de cette espèce. La photographie présente un autre avantage, c’est de permettre, le cliché une fois fait, d’en tirer un nombre presque indéfini d’épreuves sur papier sensible et même sur papier ordinaire, comme on le verra par la suite.

Les procédés généraux de photographie sont exposés tout au long dans un grand nombre de traités dont quelques-uns sont fort bien faits; aussi je ne donnerai ici que des renseignements se rapportant plus particulièrement au but dont j’ai parlé et j’examinerai successivement: 1ole choix de l’appareil et en particulier de l’objectif; 2ola récolte et le choix des échantillons; 3ol’opération photographique proprement dite; 4ola préparation des positifs sur papier sensible; 5ola reproduction sur papier ordinaire.

1oDu choix de l’appareil et de l’objectif.—Lorsqu’on commence à photographier, on ne s’occupe pas en général des dimensions de l’image par rapport à l’objet, et, en fait, cela n’a pas une grande importance quand ils’agit de paysages ou de portraits, les objets étant très grands par rapport à l’image. Ici, il n’en est pas de même. Dès les premiers essais, on sent la nécessité d’obtenir une image dont les dimensions se rapprochent autant que possible de celles de l’objet à photographier; mais il faut en même temps que les divers plans de l’objet, les plus rapprochés comme les plus éloignés, soient reproduits nettement.

On peut arriver à donner à l’image les dimensions de l’objet avec toute espèce d’objectif. Il suffit pour cela que l’objet soit placé à une distance de l’objectif égale au double de ladistance focale principalede cet objectif. Il faut donc déterminer une fois pour toutes cette distance focale qu’on appelle encorelongueur de foyer absolu. On l’obtient d’une façon suffisamment précise pour la pratique en mettant au point un objet très éloigné: un arbre ou une maison. La distance entre la lentille et le verre dépoli pour un objectif simple, entre le diaphragme et le verre dépoli pour un objectif composé, constitue la distance focale principale. D’ailleurs, dans le cas d’égalité de dimensions de l’image et de l’objet, celui-ci et celle-là sont également distants de la lentille. Ce principe peut encore guider à l’occasion.

Quant à la netteté de l’image dans les conditions que je viens d’indiquer, elle dépend du mode de construction de l’objectif, et pour un objectif donné de l’ouverture du diaphragme. Il y a donc un choix à faire parmi les différents systèmes qu’on trouve chez les opticiens. Il existe à cet égard un terme technique dont la connaissance évite bien des périphrases; c’est l’expressionprofondeur de foyer. La profondeur de foyer est l’aptitude d’un objectif à représenter nettement à la fois les objetséloignés et les objets rapprochés. Il importe par conséquent d’avoir un objectif possédant une grande profondeur de foyer. On peut dire d’une façon générale que plus la distance focale principale d’un objectif est courte, moins l’objectif a de profondeur; ce qui conduit à se servir d’un objectif à long foyer et celui-ci comporte une chambre noire longue en proportion.

La plupart des appareils photographiques d’amateurs destinés à être transportés à la campagne, à faire des portraits, etc., sont munis d’objectifs à court foyer. Ces objectifs possèdent des qualités spéciales, mais pas celles qui conviennent dans le cas actuel.

Il n’est pas possible d’ailleurs d’entrer ici dans tous les détails que demanderait le sujet. Je m’en tiendrai à donner les conseils suivants: 1ose faire la main avec un objectif quelconque; 2odemander à l’essai plusieurs objectifs à longs foyers, par exemple un objectif simple et un objectif rectilinéaire de bonne fabrication, puis exécuter avec chacun de ces objectifs la reproduction d’un même groupe de Champignons en se servant des plus petits diaphragmes. L’examen attentif des clichés même médiocrement réussis donnera des renseignements précis sur la valeur des instruments. Toutes les affirmations et explications des constructeurs n’équivaudront jamais à cette simple expérience.

J’ai parlé tout à l’heure d’images de dimensions égales à celles de l’objet. Les dimensions d’un Champignon constituent en effet un de ses caractères qu’il serait désirable de conserver dans l’épreuve. On peut cependant garder à ce point de vue une certaine latitude, les dimensions d’une même espèce variant elles-mêmes dans de certaines limites. Si, par exemple, on arécolté de grands échantillons, il n’y a aucun inconvénient à photographier avec des dimensions réduites, car on rentrera ainsi dans les dimensions moyennes. L’image y gagnera beaucoup de netteté. Je me suis bien trouvé, dans la plupart des cas, de faire mes reproductions aux 4/5 ou aux 2/3 de l’objet.

Pour la grande majorité des Champignons, on peut se servir de plaques mesurant 18 centimètres de longueur sur 13 centimètres de largeur. Ces plaques qui sont ditesdemi-plaquessont les plus employées1. Il y a bien un certain nombre de Champignons comme leLepiota proceraqui atteignent des dimensions beaucoup plus considérables; mais ils constituent l’exception.

2oRécolte et choix des Champignons.—Il ne me paraît pas pratique de photographier les Champignons dans la campagne; il est de toute façon préférable de les récolter, de les envelopper avec soin et de les rapporter chez soi pour les photographier soit en plein air, soit dans une pièce convenablement éclairée. Comme les caractères de la plupart des Champignons changent avec l’âge, il est important d’en prendre quatre ou cinq de chaque espèce, pour le choix desquelles on ne peut se guider que sur ses connaissances.

Certaines espèces présentent au point de vue du transport des inconvénients fâcheux. Chez quelques-unes, la moindre pression amène une tache foncée qui, à peine visible sur l’échantillon, apparaît fortement sur l’image photographique. Ainsi en est-il pour lesPaxillus, pour leLactarius volemus, leBoletus cyanescenset autres bolets bleuissants, etc. D’autres sontdoués d’un géotropisme remarquable qui amène en quelques heures le contournement des échantillons. Si, par exemple, on couche horizontalement dans une boîte unAmanita mappaou unA. rubescens, le chapeau se relève verticalement et le pied se trouve bientôt coudé à angle droit. Il est évident qu’un échantillon ainsi tourmenté ne peut être représenté. Cette propriété paraît appartenir à des degrés inégaux à toutes les Amanites. D’autres Champignons enfin comme leClitocybe laccata, quelques Russules pâlissent rapidement; et, pour les Champignons dont la teinte se rapproche du bleu ou du violet, il est important de les photographier en bon état, ces couleurs agissant sur les plaques sensibles.

3oOpération photographique proprement dite.—L’éclairage est une grande question, mais quelques essais, et surtout quelques mécomptes sont plus profitables que tous les conseils. Les Champignons doivent être placés sur un appui à la hauteur de l’objectif. Pour les faire ressortir davantage, il faut avoir soin de placer derrière eux un écran de papier blanc ou de carton blanc. On peut fixer les échantillons sur le carton lui-même, mais cette disposition donne lieu à des ombres disgracieuses. Il vaut mieux, à mon avis, les fixer sur une motte de terre. On les groupera de telle sorte que l’un étant placé verticalement dans sa position naturelle, un deuxième laisse visible le dessous du chapeau, un troisième le dessus, etc. On met alors l’écran blanc à une distance telle qu’il ne puisse y avoir d’ombre portée.

La mise au point se fait de la façon suivante. On avise le Champignon vertical dont le chapeau est le pluslarge; on colle un morceau de papier imprimé sur le bord postérieur et un autre morceau sur le bord antérieur.—On met au point sans diaphragme pour le premier, puis pour le second, après quoi on ramène le verre dans une position intermédiaire. En se servant dans ces conditions du plus petit diaphragme, on doit obtenir la plus grande netteté possible d’ensemble avec l’objectif dont on dispose.

Je ne puis rien dire du temps de pose qui varie avec la longueur de foyer de l’objectif, l’ouverture du diaphragme, la lumière et aussi avec les plaques. Il faut puiser des renseignements dans des traités spéciaux. Dans tous les cas, on s’évite bien des déboires en essayant chaque douzaine de plaques avant de s’en servir définitivement. Cet essai est important non seulement pour la pose, mais encore pour la connaissance de la valeur de ces plaques. Le commerce en fournit de temps en temps dont on ne peut rien tirer, et il est particulièrement désagréable, lorsqu’on a impressionné un certain nombre de plaques, de s’apercevoir qu’elles ne valent rien.

Il y a cependant un détail qu’il faut connaître, c’est que les objets rouges et jaunes n’agissent sur les plaques sensibles que par la faible lumière blanche qu’ils réfléchissent. Pour un temps de pose ordinaire, le cliché obtenu donnera un positif dans lequel les parties rouge ou jaune seront en noir, et si l’on fait des épreuves destinées à être coloriées, on constate qu’il est à peu près impossible de colorier convenablement sur le noir. Il est préférable de dépasser fortement le temps de pose. Cela ne présente qu’un faible inconvénient dans le cas où il existerait à côté du rouge des couleurs actives, parcette raison que si on dépasse le temps de pose pour les couleurs actives, une partie de l’effet qu’elles ont produit est détruit.

4oPositifs sur papier sensible.—Je dois laisser de côté tout ce qui regarde le développement et le fixage des clichés. Je ne dirai également rien de l’obtention des positifs sur papier albuminé. Ceux-ci donnent des images très fines, mais ne peuvent être coloriées qu’avec des couleurs spéciales qui ne résistent que fort peu de temps à l’action de l’air et de la lumière.

Le papier sensible qui donne actuellement les meilleurs résultats au point de vue de l’application des couleurs est le papier au platine. Son emploi exige deux opérations: 1oexposition à la lumière; 2odéveloppement de l’image.

Le papier au platine est plus sensible que le papier albuminé et doit être coupé dans la chambre noire à la lueur d’une bougie. La couche sensible est jaune clair, ce qui permet de reconnaître le côté qui doit être appliqué sur le cliché. L’image positive n’apparaît pas en noir, mais en jaune gris peu foncé. C’est là un des côtés défectueux du procédé, car il est difficile avec une image aussi faible de voir quand l’exposition à la lumière a duré suffisamment. Cependant on arrive en peu de temps à acquérir à cet égard assez d’expérience.

L’image qu’on a ainsi obtenue n’est pas définitive. Pour la développer, on la passe rapidement dans une solution d’oxalate de potasse à 300 p. 1.000, maintenue à une température comprise entre 60 et 80°. L’épreuve est alors portée dans un bain d’eau acidulée à 15 gr. d’acide chlorhydrique par litre. Ce bain qu’il fautrenouveler tant qu’il se colore en jaune enlève tous les sels de platine non réduits.

On lave ensuite à grande eau, on sèche et l’épreuve se conserve indéfiniment. Ces opérations se font, sauf la dernière, dans une demi-obscurité.

L’avantage de ce papier est de donner des images dont la teinte se rapproche de celle de l’encre de chine. En ne poussant pas trop l’exposition à la lumière on obtient des épreuves un peu faibles qu’on peut ensuite colorier à l’aide des couleurs de l’aquarelle.

Il est un point qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que ce papier ne se conserve pas longtemps et se détériore rapidement en présence de l’humidité. Il est toujours livré dans un étui en fer-blanc fermant hermétiquement et renfermant dans une boîte spéciale du chlorure de calcium desséché. Mais même dans ces conditions, il ne se conserve pas plus d’un mois à partir du jour de sa fabrication. Aussi lorsqu’on se procure ce papier chez des intermédiaires, on s’expose à être mal servi. Tout papier de bonne qualité doit donner un fond tout à fait blanc. Pour peu que le fond soit gris terne, c’est que le papier est vieux ou avarié. Une bonne précaution consiste à en développer un petit morceau sans exposition préalable à la lumière, comme on ferait d’un positif ordinaire. Après lavage, le papier doit être entièrement blanc.

5oReproduction sur papier.—Je dirai seulement quelques mots du procédé qui actuellement, avec le plus de simplicité, donnent des épreuves qui reviennent à des prix qui rappellent ceux des gravures ordinaires. Il repose sur la propriété que possède la gélatine bichromatée de retenir l’encre grasse lorsqu’elle a été exposéeà la lumière. Si donc on a une surface recouverte d’une couche de gélatine bichromatée sèche, si on recouvre cette surface d’un cliché et si on expose à la lumière, sous les parties claires du cliché se formera un dessin capable de retenir l’encre grasse, tandis que sous les noirs la gélatine repoussera cette encre. Il suffira par conséquent d’encrer la surface impressionnée, de recouvrir cette surface d’un papier quelconque et de soumettre à une pression convenable pour avoir une épreuve.

Cette propriété de la gélatine bichromatée est connue depuis longtemps et constitue le principe d’un grand nombre de procédés dits de phototypie. Le procédé qui a le plus de vogue, est celui dans lequel la couche de gélatine est étendue sur une glace, mais depuis quelque temps on est arrivé à recouvrir de gélatine le papier parchemin. Ce papier a plusieurs avantages sur la glace, c’est, par exemple, de ne pas se casser et d’être beaucoup plus maniable. Il donne, au reste, des résultats comparables à ceux que fournit la glace.»

A la suite de cet article très détaillé et très clair, nous ferons remarquer qu’au paragraphe 3, l’auteur dit que les objetsrougesetjaunesn’agissent sur les plaques sensibles que par la faible lumière blanche qu’ils réfléchissent, et qu’alors les parties rouges et jaunes viendront en noir, c’est-à-dire qu’elles ne pourront être coloriées.

Pour remédier à cet inconvénient, M. Rolland a proposé de les décolorer au moyen de l’eau de javelle.

Pour décolorer par exemple le chapeau d’une fausse oronge, on immerge dans l’eau de javelle seulement la partie rouge; au bout de quelques minutes le chapeaudevient blanc ou légèrement rosé. On laisse sécher et procède à la pose.

Nous donnons,figure 1, une planche montrant ce qu’on peut obtenir par la photographie.

Le Champignon représenté ici est un beau Polypore que nous croyons devoir rapporter auPolyporus variusque Quélet assimile auPolyporus picipes. Nous l’avons recueilli sur une souche, au milieu des souches et des brindilles tombées.

Exécution de photographies pouvant être coloriées à l’aquarelle.

Par M. AlbertJahandier.

Dans le numéro d’avril 1911 del’Amateur, un article relatif à la photographie des champignons recommande, lorsqu’ils sont très colorés, surtout en rouge, de les décolorer à l’eau de javelle, afin d’en obtenir une épreuve claire, propre à être ensuite coloriée à l’aquarelle.

Cette manière d’opérer, très simple en elle-même, peut servir dans beaucoup de cas. Elle présente cependant des difficultés pour certains champignons délicats, c’est pourquoi il nous paraît utile de faire connaître aux amateurs un procédé qui, sans modifier l’original, permette d’en obtenir une photographie aussi claire que si le modèle était décoloré; ce procédé n’est autre que celui employé pour la photographie des couleurs par sélection, il consiste à se servir de plaques orthochromatiques avec interposition d’un écran coloré approprié.

Renseignements pratiques pour l’exécution des clichés et des épreuves positives.—Afin que le lecteur puisseavoir sous les yeux le modèle qui servira aux expériences, nous avons choisi l’Oronge vraie (Ireplanche en couleurs du premier volume du nouvelAtlas), un des champignons les plus difficiles à reproduire à cause de ses couleurs peu photogéniques.

Si nous voulons en faire une photographie avec des plaques ordinaires, nous obtenons le résultat de lafigure 2, chapeau noir et pied gris foncé, image impossible à colorier.

Prenons maintenant une plaque orthochromatique sensible au jaune et au rouge, plaçons à l’avant ou de préférence à l’arrière de notre objectif, un écran jaune foncé (de ceux que l’on emploie couramment dans la photographie des paysages à grands contrastes), donnons une pose en rapport avec l’intensité de notre écran, nous obtiendrons le résultat de lafigure 3, le pied est devenu blanc, le chapeau légèrement teinté; une telle épreuve serait suffisante pour être coloriée à l’aquarelle.

Si nous voulons obtenir le chapeau plus blanc, il nous suffira d’employer un écran orangé, nous augmenterons la pose, et nous obtiendrons le résultat de lafigure 4, dans laquelle rien ne s’oppose plus à une coloration aussi brillante qu’on peut la désirer.

Comme suite à cet exposé général, nous entrerons maintenant dans le détail des opérations.

1oChoix de plaques sensibles.

Trois sortes de plaques au gélatino-bromure sensibles aux couleurs se trouvent dans le commerce: 1oles plaques orthochromatiques sensibles au jaune et au rouge; 2ocelles sensibles au jaune et au vert; 3oles plaques panchromatiques, sensibles à toutes les couleurs.

On peut encore employer les plaques ordinaires, que l’on sensibilisera soi-même aux couleurs.

Les plaques orthochromatiques et panchromatiques donnent de bons résultats lorsqu’elles sont de fabrication récente, mais elles perdent assez rapidement leur sensibilité chromatique, c’est pourquoi nous leur préférons la plaque ordinaire sensibilisée au trempé au moment de l’emploi; d’ailleurs, le résultat sera toujours supérieur à celui que donnerait une plaque orthochromatique même de fabrication récente.

Sensibilisation aux couleurs des plaques au gélatino-bromure.—Nous choisirons une bonne plaque de rapidité moyenne, par exemple, les étiquettes bleues de la maison Lumière, les bandes bleues de Jougla, etc. Parmi les nombreuses matières colorantes employées pour la sensibilisation chromatique, nous donnerons la préférence à celle qui nous conférera la meilleure sensibilisation générale, soit actuellement le Pinaverdol ou le Pinachrôme.

Ces colorants sont d’un prix assez élevé, mais la quantité à employer étant minime, on peut les acheter en solutions alcooliques à 1 gramme pour 1.000, et l’on composera, comme suit, la solution sensibilisatrice:

Dans le cabinet noir, éclairé le plus faiblement possible en rouge foncé, nous plongerons notre plaque au gélatino-bromure dans le sensibilisateur ainsi constitué, l’on agitera constamment la cuvette recouverte d’uncarton, pendant deux à trois minutes, ensuite, après un bon lavage d’une demi-minute sous un robinet, la plaque rapidement égouttée pourra être employée de suite à l’état humide, ou bien on la placera pour sécher dans un meuble obscur où elle sera utilisable pendant une huitaine de jours: on doit tenir compte qu’il est nécessaire que le séchage soit assez rapide; s’il était trop lent, on aurait des clichés voilés, c’est pourquoi, lorsque l’on voudra les conserver, il sera préférable d’employer dans la constitution du bain sensibilisateur, l’alcool à 90° à la place de l’eau distillée, mais cette formule étant peu économique, nous nous servirons de la première à l’eau distillée, en doublant la durée d’immersion de la plaque; après lavage, elle sera mise pendant quelques minutes dans de l’alcool à 90°; essorer avec un tampon d’ouate et mettre à sécher dans un meuble obscur, dans lequel il sera bon, pour dessécher l’air, d’y ajouter quelques morceaux de chlorure de calcium.

Écrans.—Dans beaucoup de cas, l’écran jaune foncé pourra suffire; on le trouvera chez tous les marchands de fournitures pour la photographie, mais si l’on désire obtenir un résultat plus complet, il sera mieux de constituer soi-même un écran liquide, auquel on donnera facilement la coloration nécessaire pour chaque cas particulier. Pour cela, on trouve dans le commerce des cuves en verre à faces parallèles, dont l’épaisseur intérieure est de 10 millimètres. Au moyen d’un dispositif facile à installer, à l’intérieur de toute chambre noire, nous placerons notre cuve garnie de son liquide coloré à l’arrière de l’objectif.

Avec un colorant jaune et un rouge, on pourra constituer une série d’écrans allant du jaune clair à l’orangérouge. Pour le cliché de lafigure 4, nous avons simplement employé, comme écran orangé, une solution de bichromate de potasse à 10 pour 100.

Pour lafigure 3, il a été employé un écran pelliculaire jaune foncé, placé entre les lentilles et l’objectif.

Disposition du modèle, mise au point, exécution du négatif.—Sur une planchette placée à hauteur de l’objectif, nous disposerons le groupe à photographier, un champignon debout piqué sur une pointe, un deuxième couché, laissant voir le dessus du chapeau, puis un troisième le dessous, le tout disposé dans le même plan, de telle façon que la distance entre le plan avant et le plan arrière soit la plus réduite possible, ceci pour la meilleure mise au point, car nous savons que dans la photographie des petits objets très rapprochés de l’appareil, la mise au point n’a pas de profondeur, c’est-à-dire que si mettant au point sur le rebord antérieur du chapeau d’un champignon qui aurait 10 centimètres de diamètre et que l’on voudrait reproduire grandeur naturelle ou même plus petit, le plan arrière de ce chapeau ne sera pas net, même en diaphragmant fortement. Il y a donc lieu de prendre une moyenne entre la mise au point du plan avant et du plan arrière, laissant plutôt ce dernier un peu moins net. Si notre modèle n’avait que 5 centimètres de profondeur, nous aurions une meilleure netteté d’ensemble.

Nous emploierons, comme fond, une feuille de papier blanc placée à une certaine distance en arrière, afin d’éviter les ombres portées. Avec un écran blanc ou un miroir, nous refléterons le plus possible les ombres du modèle et nous serons prêts pour la pose.

Nous la calculerons d’après le diaphragme que nousaurons choisi par examen sur la glace dépolie, le plus petit possible pour la bonne netteté de l’image, mais en nous arrêtant avant qu’elle ne devienne trop obscure et ne puisse plus impressionner suffisamment notre plaque sensible; nous serons donc obligés d’employer un diaphragme d’autant plus grand que notre écran sera plus foncé et plus rouge.

Dans un atelier bien éclairé, par temps de soleil, en juillet, le cliché de la figure 3 a été obtenu comme suit: écran orangé, plaque sensibilisée au Pinaverdol, utilisée humide, avec diaphragme F. 28, la pose a été de 5 minutes et le cliché légèrement renforcé. (Notre modèle étant une planche en couleurs, c’est-à-dire sans profondeur, nous aurions pu conserver la même netteté avec un grand diaphragme et poser beaucoup moins.) Donc, lorsque notre modèle aura peu de profondeur, nous pourrons faire de même, la pose sera d’ailleurs d’autant plus réduite que nous emploierons un écran plus clair.

Les indications ci-dessus représentent en quelque sorte le maximum de difficulté pour l’obtention d’une photographie très claire, avec un modèle de coloration vive et des moins photogéniques. Si nous voulons reproduire, par exemple, le Bolet fauve, il ne sera pas nécessaire de l’obtenir blanc, ses couleurs n’étant pas vives, la teinte photographique d’une épreuve simplement fixée s’ajoutera utilement à la couleur que nous emploierons pour avoir le ton désiré; pour l’obtention du cliché, un écran jaune moyen sera suffisant.

Si maintenant nous voulons reproduire un champignon de couleur très différente des deux précédents, la Cortinaire bleuâtre, champignon à chapeau bleu, ici, nous emploierons les plaques ordinaires, très sensiblesau bleu, nous supprimerons l’écran, et le bleu étant foncé, pour l’avoir en blanc nous surexposerons un peu. Avant de passer à l’exécution des épreuves positives, nous ajouterons qu’il n’y a rien de particulier pour le développement des plaques sensibilisées au trempé; on développera à fond afin d’avoir tout l’effet orthochromatique et une vigueur suffisante.

Épreuves positives.—Choix du papier.—Les épreuves positives que nous tirerons de ces clichés devant être coloriées à l’aquarelle, il nous faut choisir un papier sur lequel la couleur puisse s’étendre aisément sans laisser de marques à chaque coup de pinceau.

D’une façon générale, tous les papiers à couche de gélatine sont à écarter, c’est-à-dire les genres citrate et bromure, et ce sont les plus nombreux, aussi en reste-il peu à choisir; le papier au platine pourrait être employé, mais outre qu’il se conserve peu de temps frais, il exige des manipulations assez compliquées; les papiers Néos de Lumière, le papier salé, le ferro-prussiate sont d’un traitement simple et pourraient se colorier, mais nous préférons de beaucoup, à tous ces papiers, celui que l’on préparera soi-même, ce qui d’ailleurs est très facile; nous pourrons alors choisir parmi les bons papiers à aquarelle, celui qui nous conviendra le mieux et le préparer de la façon suivante:

1oÉtendre à la surface du papier, avec un tampon ou un pinceau plat, une couche de colle d’amidon et laisser sécher.

2oOn prépare la solution sensibilisatrice:

Avec un tampon d’ouate, nous l’étendrons bien régulièrement sur la couche de colle et nous le laisserons sécher dans l’obscurité; il pourra servir aussitôt sec.

Cette préparation n’étant pas très sensible, l’impression se fera de préférence au soleil, un peu plus forte que l’intensité que l’on désirera.

Si une couleur brun rouge n’est pas gênante pour la coloration de l’espèce à reproduire, on pourra se contenter d’un simple fixage à l’hyposulfite de soude à 5 pour 100 en y ajoutant un peu de bisulfite de soude, fixage de 5 minutes, précédé et suivi d’un bon lavage. Si l’on préfère un ton plus noir, se servir d’un des bains courants de virage-fixage que nous étendrons d’un peu d’eau.

L’image une fois sèche, il ne nous reste plus qu’à la colorier. Pour cela, les couleurs courantes d’aquarelle ne sont pas très bonnes, à part quelques exceptions; en général, elles ne sont pas assez transparentes et couvrent trop les ombres et demi-teintes de la photographie, les vermillons, les chrômes et les terres surtout; aussi, à leur place, nous emploierons des solutions de colorants d’aniline, dans le genre de celles que l’on vend pour la photo-miniature.

On pourrait aussi préparer ces solutions en choisissant parmi les nombreuses matières colorantes; par exemple, pour les jaunes, la Tartrasine, l’Aurantia; pour le rouge, l’Érytrosine, le rouge solide, puis le bleu de métylène, le vert naphtol, etc. Ces couleurs doivent être employées très diluées, car elles prennent beaucoup d’intensité en séchant.

Nota.—Pour se procurer les cuves pour écrans liquides, ainsi que les matières colorantes pour sensibilisationet coloriage, s’adresser aux maisons de fournitures pour procédés photo-mécaniques; on trouvera ces articles à la maison Calmels, 150, boulevard du Montparnasse, à Paris.


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