The Project Gutenberg eBook ofObservations grammaticales sur quelques articles du Dictionnaire du mauvais langageThis ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.Title: Observations grammaticales sur quelques articles du Dictionnaire du mauvais langageAuthor: Guy-Marie DeplaceRelease date: January 24, 2012 [eBook #38660]Language: FrenchCredits: Produced by Anna Tuinman, Valérie Leduc, Hugo Voisard andthe Online Distributed Proofreading Team athttp://www.pgdp.net (This file was produced from imagesgenerously made available by the Bibliothèque nationalede France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS GRAMMATICALES SUR QUELQUES ARTICLES DU DICTIONNAIRE DU MAUVAIS LANGAGE ***
This ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.
Title: Observations grammaticales sur quelques articles du Dictionnaire du mauvais langageAuthor: Guy-Marie DeplaceRelease date: January 24, 2012 [eBook #38660]Language: FrenchCredits: Produced by Anna Tuinman, Valérie Leduc, Hugo Voisard andthe Online Distributed Proofreading Team athttp://www.pgdp.net (This file was produced from imagesgenerously made available by the Bibliothèque nationalede France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
Title: Observations grammaticales sur quelques articles du Dictionnaire du mauvais langage
Author: Guy-Marie Deplace
Author: Guy-Marie Deplace
Release date: January 24, 2012 [eBook #38660]
Language: French
Credits: Produced by Anna Tuinman, Valérie Leduc, Hugo Voisard andthe Online Distributed Proofreading Team athttp://www.pgdp.net (This file was produced from imagesgenerously made available by the Bibliothèque nationalede France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS GRAMMATICALES SUR QUELQUES ARTICLES DU DICTIONNAIRE DU MAUVAIS LANGAGE ***
Notes de transcriptionLes numéros des pages blanches n'ont pas été repris. Les corrections de la listeERRATAont été apportées dans le texte. Les coquilles ont été corrigées et les majuscules accentuées. La graphie ancienne a été conservée. Nous croyons également que :«ortographe» devrait se lire «orthographe».
Notes de transcription
Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris. Les corrections de la listeERRATAont été apportées dans le texte. Les coquilles ont été corrigées et les majuscules accentuées. La graphie ancienne a été conservée. Nous croyons également que :
Par G.-M. Deplace.
Grammatica plus habet in recessuquam in fronte promittit.Quintil.cap.IV.
À LYON,De l'Imprimerie deBallanchepère et fils,aux Halles de la Grenette.1810.
LeMauvais Langage corrigéest, sans contredit, un livre utile et propre à faire disparoître un grand nombre de locutions vicieuses usitées à Lyon, même parmi les personnes qui se piquent de parler correctement. Néanmoins un pareil ouvrage, pour répondre à son titre, me paroît exiger un travail beaucoup plus étendu et sur-tout plus approfondi que celui que M. Molard vient de publier.
Il est naturel que l'attention du Lexicographe se porte d'abord sur les mots considérés séparément et sans rapport à leur construction grammaticale. Il faut faire connoître ceux que proscrit le bon usage, en déterminer la valeur précise, et indiquer avec justesse ceux qu'il convient de leur substituer. Mais est-il à propos de comprendredans cette nomenclature les expressions qui n'appartiennent qu'aux dernières classes du peuple? Les gens qui les emploient n'achètent pas de dictionnaire; ils ne lisent pas. Et d'ailleurs on feroit des volumes si l'on vouloit recueillir cette foule de mots bizarres, ridicules, dénaturés de mille manières, et souvent créés par l'ouvrier ignorant, au moment même où il en a besoin pour rendre sa pensée. Un livre de grammaire n'est destiné qu'aux personnes qui mettent quelque intérêt à bien parler, et ce n'est certainement pas de la bouche de ces personnes que sortent des mots tels que ceux-ci:agotiau,apincher,bleusir,cologne,égrafiner, et tant d'autres que je me dispense de citer.
Mais ce ne sont pas seulement les termes surannés, impropres ou barbares qui altèrent la pureté de la langue. Les alliances de mots que le goût réprouve, l'emploi irrégulier de certains temps oude certaines personnes des verbes, la mauvaise construction des autres parties du discours, en un mot, les fautes locales contre la syntaxe, fautes si communes et si graves, voilà, ce me semble, ce qui doit principalement occuper l'écrivain qui veut être le réformateur du langage.
Toutefois, en embrassant les divers objets dont je viens de parler, il n'atteindra son but qu'autant que ses jugemens exprimés d'une manière nette, exacte et précise, seront d'ailleurs conformes aux règles d'une saine logique et aux décisions de ceux dont l'autorité en fait de langue est universellement reconnue. Il lui importe par-dessus tout de ne rejeter un mot, une phrase, qu'après avoir acquis la certitude que cette phrase, ce mot, méritent de l'être. Sans cette précaution, on censure souvent ce qu'on ignore: à un mot précieux par son exactitude, on en substitue un autre qui n'exprime que vaguement la même idée, et l'on appauvritainsi la langue au lieu de l'épurer.
Un livre de la nature de celui dont il s'agit ici, ne doit donc contenir que des décisions fondées sur des principes fixes et incontestables. Il faut qu'on ne puisse pas élever le moindre doute sur les assertions du grammairien qui prononce en maître, et que si par hasard le lecteur peu docile veut remonter aux sources, il n'en revienne qu'avec plus de défiance de lui-même et plus de respect pour l'écrivain.
Quel que soit d'ailleurs le mérite du Dictionnaire de M. Molard, il ne réunit malheureusement pas tous les caractères dont je viens de parler, et l'on risqueroit plus d'une fois de s'égarer en le suivant aveuglément. La plupart des articles qui le composent sont exacts; mais il en est encore un bien grand nombre qui renferment des décisions absolument opposées à celles des maîtres. Quelquefois ce Grammairien condamnedes expressions admises par l'Académie, et les remplace par d'autres beaucoup moins précises. D'autres fois, il cherche à étayer ses opinions par des principes que l'usage et la logique s'accordent à rejeter. Ces erreurs sont d'autant plus dangereuses que le nom de l'auteur suffit aux yeux de bien des gens pour leur donner du crédit.[1]Il me paroît important de les faire connoître, et c'est le but des Observations que l'on va lire. Il n'y sera pas question du style de l'auteur; mon intention n'est point de m'arrêter à ce qui lui est personnel. En prenant la plume,je n'ai d'autre motif que celui d'être utile, et d'éclairer l'ignorance de quelques personnes consacrées à l'éducation, qui, lorsqu'on leur assure que telle ou telle expression est exacte, se contentent de répondre que cette expression est condamnée dans le Dictionnaire du mauvais langage.
Je suivrai dans mes Observations l'ordre alphabétique adopté par M. Molard: je rapporterai fidèlement ses articles; mes remarques viendront après.
Nota.Je dois avertir que lorsque je cite l'Académie, je n'entends parler que du dernier Dictionnaire qu'elle a elle-même publié, Dictionnaire qu'il ne faut point confondre avec ceux qui depuis quinze à vingt ans ont paru sous le nom de cette illustre compagnie, et qui ne font pas autorité.
SUR QUELQUES ARTICLES DU DICTIONNAIRE DU MAUVAIS LANGAGE.
À. On ne doit pas sous-entendre cette préposition dans la phrase suivante et autres semblables: ma curiosité a failliêtre punie. Dites, à être punie.Faillir ne se construit pas avec la prépositionde.
À. On ne doit pas sous-entendre cette préposition dans la phrase suivante et autres semblables: ma curiosité a failliêtre punie. Dites, à être punie.
Faillir ne se construit pas avec la prépositionde.
Failliràetfaillirdesont deux locutions également françoises, et autorisées, en ces termes, par l'Académie: «On dit qu'une chosea failli à arriver, d'arriver, pour dire qu'elle a été sur le point d'arriver, qu'il a tenu à peu qu'ellen'arrivât.Il a failli à être assassiné;j'ai failli à tomber,j'ai failli de tomber. Toutes ces phrases sont du style familier.»
Affairé. Il est très-affairé. Quoique cette expression soit généralement répandue, elle n'en est pas moins vicieuse.
En lisant le Dictionnaire de M. Molard, je n'ai pu qu'être étonné de voir que l'auteur eût si souvent oublié de consulter l'Académie.Affairén'est point une expression vicieuse. On dit d'un homme qui a beaucoup d'affaires, qu'il esttrès-affairé. C'est un mot du style familier.
Air. Doit-on dire cette femme a l'airbon ou a l'airbonne? Les sentimens sont partagés. Ceux qui soutiennent qu'il faut dire a l'air bon, disent que c'est le motairqui régit l'adjectif;car c'est l'air qui est bon..... M. Domergue nous apprend que M. de Laharpe (pris pour juge) décida qu'il falloit dire: cette soupe a l'airbonne. Voici sans doute la raison sur laquelle il fondoit sa décision. Quand on dit: cette soupe a l'air bonne, il y a ellipse; c'est comme si l'on disoit cette soupeparoîtbonne; cette soupe, a l'air d'être bonne.Les mots a l'air étant l'équivalent du verbeparoît,il s'en suit que l'adjectif doit s'accorder avec le mot soupe qui est du féminin.....Je crois que l'usage a décidé la question; par-tout on dit: cette soupe a l'airbonne..... Je ne condamne aucune des deux façons de parler.
Je doute fort que M. de Laharpe ait donné la décision qu'on lui attribue, et les raisons sur lesquelles M. Molard croit que cette décision a pu être fondée, ne me paroissent rien moins que solide. Je vais les examiner.
«Ily a ellipse, dit Dumarsais, quand on supprime dans le discours quelque mot qui seroit exprimé selon la construction pleine.»
Sia l'airsignifieparoît, où sont, je le demande, les mots supprimés dans cette phrase: Cette femme a l'airbonne? Où est l'ellipse? Il est aisé de voir que M. Molard s'est trompé sur ce premier point, et que ce ne sont pas les motsavoir l'air, maisavoir l'air d'être, qui sont l'équivalent de paroître. En ce cas, à quoi bon employer l'ellipse dans une phrase où la construction naturelle est tout-à-la-fois plus régulière et plus claire?
En second lieu, si lorsque une locution peut être remplacée par une autreéquivalente, on est obligé de se conformer à la construction qu'exige la locution substituée, quelles ne seront pas les conséquences d'un pareil principe? Il sera permis de dire: Cet homme a la minefier, cet enfant a la mineméchant; et l'on justifiera ce langage barbare par des raisons telles que celles-ci:Avoir la minesignifieparoître; ou bien par cette autre: il y a ellipse;Avoir la mine méchant, signifieavoir la mine d'être méchant.
Au lieu de ces singuliers raisonnemens, ne vaut-il pas mieux reconnoître que dans le cas dont nous parlons, comme dans tous les autres, l'adjectif se rapporte au substantif auquel il est joint et s'accorde avec lui? Et l'Académie ne consacre-t-elle pas ce principe, lorsque parlant en général et sans désigner le sujet, elle cite ces locutions: Avoir l'air guerrier, avoir l'air spirituel, avoir l'air hautain? Ne tranche-t-elle pas la question lorsqu'après ces exemples, elle ajoute encore ceci: «On dit avoir l'air bon, avoir l'air mauvais, pour dire avoir la mine d'un bon homme ou d'un méchant homme»? Est-il possible de ne pas voir que dans ces phrases, les motsbon,mauvaisse rapportent nécessairement au substantifairexprimé, et non pas à un sujet dont l'infinitifavoirfait abstraction?
Amateur. Ce mot a-t-il un féminin?... Il me semble que l'analogie nous autorise à donner un féminin à ce mot. On dit unespectatrice, uneactrice, une forcecréatrice... Il faut donc donner àamateurune inflexion féminine.
En général, M. Molard ne reconnoît comme françois que les mots qui se trouvent dans l'Académie. N'étoit-il pas naturel d'appliquer ce principe en cette occasion? Pour décider la question qu'il propose ici, il suffit d'ouvrir le Dictionnaire qui fait autorité. Ce Dictionnaire n'admet que le masculin dansamateur, tandis qu'il donne un féminin àspectateur, àacteur, etc. Il faut donc s'en tenir là. Il me seroit facile de citer une multitude de mots qui ne sont pas françois, quoiqu'ils aient en leur faveur l'espèce d'analogie qu'invoque M. Molard. Les principes de l'analogie ne prouveront jamais que tels ou tels mots doivent exister dans une langue; ils ne servent qu'à indiquer lamanière la plus régulière de les employer, en cas qu'on les adopte.
Balustre. Sorte de petit pilier façonné..... Il ne faut pas confondre ce mot avecbalustrade; celui-ci est un assemblage debalustres. Cependant l'Académie leur donne quelquefois la même signification.
Le motbalustradene peut jamais signifier un seul pilier; maisbalustrepeut, quand on le veut, être employé pourbalustrade. En ce sens, il est autorisé, non-seulement par l'Académie, mais encore par nos meilleurs écrivains. S'il falloit n'entendre parbalustrequ'unpilier façonné, le dernier de ces vers de Boileau:
Ici s'offre un perron; là, règne un corridor;Là, ce balcon s'enferme en unbalustred'or.[2]
deviendroit absolument inintelligible.
Benne. C'est une de ces expressions locales nécessaires, ou parce que l'invention des choses qu'elles désignent est de fraîche date, ou parce que l'instrument a une forme particulière.Benot. Dites,banneau.
Benne. C'est une de ces expressions locales nécessaires, ou parce que l'invention des choses qu'elles désignent est de fraîche date, ou parce que l'instrument a une forme particulière.
Benot. Dites,banneau.
Benne,Benneau,Banneau, ne se trouvent point dans le Dictionnaire de l'Académie. Le Dictionnaire de Trévoux les admet tous les trois, et ne donne la préférence à aucun. Il les définit également: vaisseaux de bois qui servent à contenir les liquides, le blé, la vendange, la chaux, etc. Ces mots viennent du latinbenna, qu'on retrouve dans Varron, et du diminutifbenellusqu'employoient les écrivains du moyen âge.
Benneauetbenelsignifioient aussi autrefois une espèce de chariot. Ces mots, pris dans les deux sens, sont très-anciens.
Bretagne. Pièce de fonte qu'on applique au fond de la cheminée. Dites,plaqueoucontre-mur.
Contre-mur, pris dans le sens que lui donne ici M. Molard, n'est pas françois. Uncontre-murest un mur que l'on bâtit le long d'un autre, pour le conserver. On fortifie quelquefois le mur d'une terrasse par uncontre-mur.
Broche de Bas. Petite verge de fer. Dites,aiguille, s. f.;aiguille de bas. Dans ce sens,brocheetbrocheront vieilli.
Brocheest françois dans le sens que M. Molard indique. L'Académie ne dit point que ce mot ait vieilli.
Caneçons. Sorte de culotte de toile ou de coton. Dites,caleçons, s. m. pl.; donnez-moi des caleçons. Ce mot s'emploietoujoursau pluriel.
M. Molard assujettit à la même règle les motspincetteettenaille. L'Académie n'emploiecaleçonqu'au singulier.Caleçonde toile; se mettre encaleçon; être encaleçon. Le Dictionnaire de Trévoux s'exprime de même, et ajoute seulement qu'onpeutemployer ce mot au pluriel. Quant aux motspincetteettenaille, l'Académie cite des exemples du singulier comme du pluriel.
Capon, Caponner.Qui a peur. Ces deux mots ne sont pas françois. Dites,poltron,poltronner.
Capon,Caponnersont françois, mais n'expriment pas l'idée qu'on y attache àLyon. Uncaponest un joueur rusé et fin, attentif à prendre toute sorte d'avantages aux jeux d'adresse.Caponnerc'est user de ruse, d'adresse au jeu. Ces deux termes sont populaires.
Carabasse.Vendre la carabasse; dites; découvrir le pot aux roses.
Pour conserver la figure, on pourroit dire, ce me semble, vendre la calebasse. L'Académie n'autorise-t-elle pas cette locution en citant celle-ci: Frauder la calebasse?
Carnier.Sac où l'on met le gibier; dites,carnacière, s. f.
La troisième syllabe de ce mot ne prend pas unc; d'après l'Académie, il faut écrirecarnassière.
Chaîne d'oignons.Acheter une chaîne d'oignons; dites, acheter uneglaned'oignons.
Uneglaned'oignons et unechaîned'oignons ne sont pas une même chose.Glane, à proprement parler, signifie une poignée d'épis que l'on ramasse après que les gerbes ont été emportées. C'est le substantif deglaner. Il se dit par extension des fruits, des légumes, etc. Ainsi uneglaned'oignons signifie une poignée d'oignons. Le mot le plus propre à désigner ce que le peuple entend par unechaîned'oignons, estchapelet d'oignons. Cette locution se trouve dans l'Académie.
Chauffe-lit.Bassin ayant un couvercle percé de plusieurs trous, et servant à chauffer le lit; dites,bassinoire.Par la même raison vous direz,bassiner, et non paschaufferun lit.
Chauffe-litest une expression que l'on trouve dans nos anciens Dictionnaires. L'Académie ne l'admet pas. Le Dictionnaire de Trévoux le place au nombre des mots françois, et le définit ainsi: Ce qui sert à chauffer un lit, soit une bassinoire, un moine, ou autres ustensiles.
Quant à cette locution:chauffer un lit, elle est françoise. L'Académie dit:Chauffer un litavec une bassinoire,chauffer des draps; et M. Molard l'emploie lui-même dans l'article où il la condamne.Chaufferne désigne que l'action;bassinerexprime à-la-fois l'action et l'instrument avec lequel on la fait.
Chercher.On ne doit pas dire être à la cherche de quelque chose; mais dites,être à la poursuite.
Être à la poursuiten'est pas l'équivalentd'être à lacherche. Je crois qu'il faut dire être à larecherche. Le motpoursuitese rapportant aux personnes, suppose qu'elles fuient. On est à lapoursuitedes ennemis. Appliqué aux choses, il donne à entendre qu'elles peuvent nous échapper. On est à la poursuite d'un emploi.Recherchesignifieperquisition. On està la recherched'un objet lorsqu'on s'occupe de découvrir où il est.
Classique.Ce mot ne s'employoit autrefois que pour désigner les auteurs approuvés et qui ont une grande autorité; c'est la définition qu'on en trouve dans le Dictionnaire de l'Académie; mais celui de Trévoux et quelques autres disent que cet adjectif désigne aussi les livres dont on fait usage en classe. Laharpe l'emploie dans ce sens, ainsi que Geoffroi, et l'usage paroît avoir consacré cette nouvelle signification.
L'originedu motclassiquedoit être cherchée dans la langue latine de laquelle nous l'avons emprunté. Les citoyens de Rome étoient, comme l'on sait, divisés en diverses classes. Ceux de la première se nommoient exclusivementClassiques,cives classici. On donna dans la suite aux témoins recommandables par leur probité et leurs vertus morales l'épithète declassiques,testes classici. Enfin ce mot s'appliqua par extension aux auteurs dont l'excellence et le mérite étoient universellement reconnus, et c'est ainsi que l'on trouve dans Aulu-Gelle cette expression,auteurs classiques,scriptores classici. Ces citoyens, ces témoins, ces auteurs, chacun sous des rapports différens, faisoientautorité. L'opinion des premiers, les dépositions des seconds, le langage des troisièmes, servoient en quelque sorte de modèle et de règle. Peut-on douter que ce ne soit sur ces notions qu'est basée la définition de l'Académie françoise? Comment quelques Grammairiens n'ont-ils pas reconnu, aux termes dont elle se sert, qu'elle a voulu consacreren quelque sorte le sens qu'indique une étymologie si glorieuse?[3]
Les personnes qui parlent bien se conforment encore aujourd'hui à la décision de l'Académie. L'Encyclopédie, dans un long article consacré à développer le sens précis du motclassique, déclare «qu'on peut être applaudi, plaire, devenir célèbre parmi ses contemporains, et cependant n'être jamais unauteur classique; que ce droit n'appartient qu'auxmeilleurs écrivainsde la nation la plus éclairée et la plus polie, etc.»
«Je voudrois, dit Boileau, que la France pût avoir ses auteursclassiques, aussi bien que l'Italie.Pour cela, il nous faudroit un certain nombre de livres qui fussent déclarés exempts de fautes quant au style.Quel est le tribunal qui aura droit de prononcer là-dessus, si ce n'est l'Académie?» Boileau propose ensuite un travail grammaticalsur les bonnes traductions, parce que, dit-il, «les bonnes traductions avouées par l'Académie, en même temps qu'elles seroient comme des modèles pour bien écrire, serviroient aussi de modèles pour bien penser.»
L'abbé d'Olivet juge l'idée de Boileausolide; mais il doute qu'il convienne de préférer des traductions, et appliquant à Racine et à Boileau lui-même ce que ce dernier dit des auteurs qui doivent servir de modèles, «Je suis, dit-il, persuadé avec toute la France, qu'ils mériteroient incontestablement tous les deux d'être mis à la tête de nos auteursclassiques, si l'on avoit marqué le très-petit nombre de fautes où ils sont tombés.»
Que l'on ôte au motclassiquela signification consacrée par l'Académie, ou qu'on en rende seulement le sens incertain en lui associant une acception nouvelle, et dès-lors ce que l'on vient de lire, comme ce que nos écrivains ont cru dire de plus juste et de plus précis pour caractériser les modèles qu'offrenotre littérature, ne sera plus senti, et même ne pourra plus l'être. D'Olivet, l'Encyclopédie, l'Académie, hésitoient en quelque sorte à proclamerclassiquesnos plus beaux chefs-d'œuvre. Boileau vouloit que ce jugement fût réservé à un tribunal; et aujourd'hui on donnera ce nom à une méthode, à un vocabulaire, à une traduction interlinéaire, à un cours de thèmes, en un mot, au plus petit comme au moins important de tous les livres, pourvu qu'il soiten usage dans les classes! Cela ne fait-il pas pitié?
On répondra sans doute que dans le cas dont je viens de parler, le motclassiquen'a plus le même sens que lorsqu'il est question de nos grands écrivains. Il faut bien le supposer; autrement la sottise seroit trop forte. Mais alors, je le demande, à quel signe reconnoîtra-t-on ce second sens si différent du premier? Quel moyen d'éviter la confusion, lorsqu'il sera permis de dire également des œuvres de Racine et des rudimens de Bistac, que ce sont desclassiques?Et à quelle fin dénaturer ainsi une expression dont tout le mérite consiste dans l'unité de l'idée qu'on y attache? Beaucoup de gens, je le sais, disentlivres classiques, au lieu delivres de classe, parce qu'ils confondent les uns et les autres, ou parce qu'ils trouvent la première de ces locutions plus commode et plus rapide. Mais en voyant la multitude d'ouvrages sur l'éducation dont nous sommes inondés, décorés par leurs auteurs du nom declassiques, auroit-on bien tort de soupçonner que c'est la noblesse primitive du mot qui a flatté la vanité de cette foule d'écrivains médiocres par lesquels il est employé? Il n'y a pas, dans la langue françoise, de terme dont l'amour-propre littéraire doive être plus jaloux; et je sens combien il seroit doux de pouvoir, à l'aide d'une heureuse équivoque, se dire à soi-même: les œuvres de Racine, de Boileau, de Pascal, sontclassiques, et les miennes aussi.
M. Molard s'appuie de quelques autorités; il dit: Le Dictionnaire de Trévoux et quelques autres, déclarent que cet adjectifdésigne aussiles livres dont on fait usage en classe.
Il y a dans cette phrase beaucoup plus d'adresse qu'on n'imagine. On ne peut mieux dire, et ne dire pas ce que dit le Dictionnaire de Trévoux. Voici ce qu'on y trouve.
«Classiquene se dit guère que desauteurs qu'on lit dans les classes,dans les écoles, ou qui ont grande autorité. Saint Thomas et Le Maître des sentences sont desclassiquesen théologie; Virgile et Cicéron, dans les Humanités, etc.»
Je ne sais si mes lecteurs ne verront pas quelque différence entre ces paroles que M. Molard prête au Dictionnaire de Trévoux,les livres dont on fait usage en classe, et celles-ci que j'ai extraites textuellement,les auteurs qu'on lit dans les classes. Je crois apercevoir entre ces deux manières de parler, la même nuance qu'entre celles-ci:Faire usage des rudimensde Bistac, etlire CicéronouHorace.
On s'autorise encore de M. de Laharpe. J'ailu avec quelque attention les œuvres de cet illustre écrivain, et je les ai consultées plus d'une fois sur des questions de grammaire et de littérature. J'y ai trouvé des phrases telles que celles-ci:
«Que de choses à connoître encore dans ce que nous croyons savoir le mieux! Qui de nous, en relisant nosclassiques, n'est pas souvent étonné d'y voir ce qu'il n'avoit pas encore vu?»[4]
«Un autre genre de défauts peut leur faire illusion (aux jeunes étudians) dans un auteur tel que Fontenelle; et s'ils ne sont pas bien accoutumés par la lecture desclassiquesà ne goûter que ce qui est sain, l'abus qu'il fait de son esprit, et ses agrémens recherchés pourront leur paroître ce qu'il y a de plus charmant et de plus parfait.»[5]
Il n'est pas besoin de dire ce que signifie dans ces exemples le motclassique. M. de Laharpe parle comme l'Académie, cela est incontestable. Ce qui l'est beaucoup moins, c'est qu'il se soit servi de lamême expression dans le sens restreint delivre de classe. On est d'autant plus porté à le croire, qu'en parlant desDéliceset desÉlégances de la langue latine, il dit: «Ce sont les titres de quelqueslivres de classe.»[6]N'auroit-il pas employé cette locutionlivres classiquessi elle eût eu à ses yeux le même sens? Tout le monde connoît d'ailleurs l'aversion qu'il avoit pour les mots nouveaux, et son zèle à défendre la langue contre toute espèce de néologisme.
Il seroit malgré cela très-possible que M. de Laharpe eût donné à certains livresde classele nom declassiques; cela prouveroit qu'il regardoit comme tels quelques uns des ouvrages employés dans les colléges et dans les écoles, chose qui est vraie et dont personne ne doute; mais cela ne montreroit pas qu'il suffit, selon lui, qu'un livresoit en usage dans les classespour mériter la dénomination declassique, chose qui fait précisément le sujet de la question.
Jen'ignore pas que le motclassiquen'a pas toujours été pris dans un sens rigoureux. Plus d'une fois, lorsqu'on a complimenté un auteur, on a encensé sa vanité en donnant le nom declassiqueà son livre; mais en cette circonstance même, l'expression dont il s'agit a conservé presque toute sa valeur. M. de Voltaire écrivant à l'abbé d'Olivet, lui disoit: «Tous ceux qui parlent en public doivent étudier votre Traité de la Prosodie; c'est un livreclassiquequi durera autant que la langue françoise.» Qu'à cette manière de parler,c'est un livre classique, on substitue celle-ci, c'estun livre de classe; et que l'on décide quels seroient en ce cas la délicatesse et le mérite du compliment.
Au reste, je ne nie point que plusieurs écrivains estimables de ces derniers temps n'aient employé le motclassiquedans le sens de M. Molard. J'avoue encore que chez les libraires, tous les livres de classe sont desclassiques. Un compilateur qui travaille pour un collége, dit qu'il fait unclassique. Il n'y a pas jusqu'auxélémens d'arithmétique, de géographie, aux abécédaires même qu'on n'appelleclassiques. L'usage peut finir par faire la loi, et l'Académie par obéir: mais alors il faudra une expression nouvelle pour rendre ce que les personnes qui parlent bien entendent parclassique. Ce mot le plus beau, le plus précieux de notre langue, perdra toute sa noblesse; il sera dégradé.
Corne de Cerf.Dites,bois de cerf.
Il est des circonstances où l'on pécheroit en suivant cette décision. On ne doit pas se servir du motcornelorsqu'il est question de la tête et du bois d'un cerf; mais lorsqu'on ne fait attention qu'à la matière, le motcorneest françois. On dit: un couteau emmanché decornede cerf; de la raclure decornede cerf; de la gelée decornede cerf. Si dans ces locutions, on employoit le motbois, on feroit une faute grossière.
Défier.Jedéfie votreami de courir aussi vîte que moi; il faut dire: Jedéfie à votreami, c'est-à-dire, je fais défiàvotre ami.
Jedéfie à votreami, n'est pas françois, et la phrase que M. Molard censure est exacte. On verra par la suite que ce Grammairien est souvent trompé par des raisonnemens tels que celui-ci: on dit, je faisdéfi à; donc il faut diredéfier à.
Défier, suivant l'Académie, est un verbeactifqui, dans quelque sens qu'il soit employé, veut toujours un régime simple, comme on le voit par les exemples suivans qu'elle cite: Le prince qui déclaroit la guerre, envoyoit défierl'autrepar un héraut.—Il ne faut jamais défierun fou.—Jevousdéfie de deviner.—Jeledéfie d'être plus votre serviteur que moi.
Dépêcher.Dépêchez vîte.Cette expression renferme un véritable pléonasme; le dernier mot est superflu. Dites seulement,dépêchez. Ce mot emporte avec lui l'idée de vîtesse.
Faire remarquer qu'une phrase renferme unvéritable pléonasme, ce n'est pas prouver qu'elle est vicieuse. «Il y a pléonasme, dit Dumarsais, lorsqu'il y a dans la phrase quelque mot superflu; en sorte que le sens n'en seroit pas moins entendu quand ce mot ne seroit pas exprimé..... Lorsque ces mots superflus quant au sens, servent à donner au discours ou plus de grâce, ou plus de netteté, ouplus de force et d'énergie, ils font une figure approuvée.» C'est ce qui a lieu dans la phrase critiquée par M. Molard; le motvîteajoute une nouvelle force à la signification du verbedépêcher. Aussi l'Académie n'a pas craint de faire un pléonasmeabsolument semblable, dans la phrase suivante: Dépêchezpromptementce que vous avez à faire.
Dinde.....Pour l'ordinaire les noms d'animaux, principalement ceux d'oiseaux et de poissons, ne distinguent pas les sexes..... On ne distingue les sexesqu'à l'égard des animaux qui nous intéressent, tels quecheval, jument;coq, poule;bœuf, vache;chien, chienne.
Si l'on suivoit le principe de M. Molard, on risqueroit fort de s'égarer. Il n'y a sur ce point d'autre règle que l'usage. On ditlion, lionne;tigre, tigresse, etc. En quoi ces bêtes féroces nousintéressent-elles?Lièvren'a pas de féminin. Cet animal est-il moinsintéressantpour nous que ceux que j'ai d'abord nommés? L'Académie admet le motrenarde, féminin de renard; l'Encyclopédie et quelques Grammairiens le rejettent. La question entre ces autorités se réduit-elle à savoirsi l'animal dont il s'agit estintéressant?
Donner.En jouant aux cartes..... On ne doit pas dire c'est à moi àfaire; mais vous direz, c'est à moi àdonner.
L'Académie ne pense pas comme M. Molard. Selon elle, «fairese dit absolument en parlant des jeux de cartes, où chacun donne les cartes à son tour. À qui est-ce àfaire? c'est à vous àfaire?»
Droit.On dit à une demoiselle, tenez-vousdroit, et non pasdroite, parce que ce mot est employé adverbialement.
Cette décision est erronnée. Il n'est pas plus permis de dire à une demoiselle, tenez-vousdroit, que tenez-vouspenché, tenez-vouscourbé. Il faut dire: tenez-vousdroite,penchée,courbée.
Droit, considéré commeadverbe, signifiedirectement,par le plus court chemin. Ainsi l'on dit très-bien: cette demoiselle marchedroit. Cette personne vadroitau but. Cette route mènedroità Paris. On peut employer cette expression dans le sens propre et dans le sens figuré.
Droit, dans la phrase condamnée par M. Molard, est unadjectifqui signifiece qui est perpendiculaire,ce qui ne penche d'aucun côté. Cette décision n'est pas de moi; elle est de l'Académie dont j'ai pour ainsi dire emprunté tous les termes. À la définition que l'on vient de lire, elle ajoute ces deux exemples: se tenirdroit; ce mur n'est pasdroit.
Échevette.Dites,petit écheveau, oubottede fil.Flotte de fil.Dites,écheveau,bottede fil.
Échevette.Dites,petit écheveau, oubottede fil.
Flotte de fil.Dites,écheveau,bottede fil.
Ilne faut jamais direbotteau lieu deflotteou d'échevette; la langue françoise n'admet queécheveau. Si labotte, de l'aveu de M. Molard, est l'assemblage de plusieursécheveaux, comment se fait-il qu'il propose d'employer ce mot pour désigner unpetit écheveau?
Éduquer.Il est à présumer que ceux qui s'expriment ainsi ont reçu eux-mêmes une fort mauvaise éducation.
Je ne veux point m'arrêter à contester à M. Molard la vérité de cette assertion; mais il ajoute: «M. Roubaud, dans ses Synonymes, a pris la défense de ce mot.» M. Roubaud, l'un de nos Grammairiens les plus profonds, auroit-il reçu une fort mauvaise éducation, ou prendroit-il la défense de gens mal élevés?
Endéver.Ce mot signifie avoir un grand dépit de quelque chose. On l'emploiemal-à-propos dans le sens decontrarier: ils m'ont faitendéver.
Dans la phrase que cite M. Molard,endêvern'a point le sens decontrarier. Il n'auroit cette signification que dans une phrase semblable à celle-ci: ils m'ontendêvé. Mais personne ne s'exprime de la sorte. Que dans la phrase critiquée on substitue au motendêverla définition donnée par M. Molard, on aura: Ils m'ont faitavoir grand dépit, ce qui est exact. Cette locution est populaire.
Exemple.Suivezles bons exemples qu'on vous donne, et non pasimitezles bons exemples.Imiter l'exemplepour diresuivre l'exemple, rien de plus commun que cette erreur de langage. Onimitela conduite, onsuitl'exemple.
Exemple.Suivezles bons exemples qu'on vous donne, et non pasimitezles bons exemples.
Imiter l'exemplepour diresuivre l'exemple, rien de plus commun que cette erreur de langage. Onimitela conduite, onsuitl'exemple.
La prétendue erreur de langage que critique M. Molard a été commise par nosmeilleurs écrivains. On la trouve dans presque tous les livres du grand siècle, selon la remarque de Bouhours lui-même, qui cependant ne croit pas cette locutionde la dernière pureté.Imiterun exemple est certainement l'expression propre.Suivre, construit avecexemple, n'est employé qu'au figuré. Si l'on ditimiterles vertus, les actions de quelqu'un, c'est que l'on considère ces vertus, ces actions comme desexemples; de même que l'on dit copier une tête, un paysage, parce que l'on considère cette tête, ce paysage, comme des modèles. Il y a quelques différences entresuivreetimiterun exemple. L'abbé Roubaud les a assignées avec assez de justesse. «Il faut, dit ce Grammairien, tâcher d'imiterles beaux exemples, pour en donner, du moins, de bons àsuivre.» M. Piestre, dans sa Synonymie françoise, remarque avec raison quesuivre l'exemple, ne se dit qu'en matière de mœurs; et qu'en fait d'arts et de littérature, on doit direimiter un exemple. Mais il ne restreint point la signification de cette locution,comme il restreint celle de la première.
Aux raisons que je viens de donner, ajoutons l'autorité des Dictionnaires. Voici comment s'exprime celui de Trévoux: «On dit très-bien et très-élégammentimiter des exemples, quand il s'agit d'éloquence, de poésie, de peinture, etc. On le dit même à l'égard des actions et des mœurs..... Les latins ont dit aussiimitari exemplum.»
Quant à l'Académie, ce qui prouve que non-seulement elle admet le motimiterdans les cas dont nous parlons, mais encore qu'elle le regarde comme plus littéral, c'est qu'elle définit l'exemple, ce qui peut êtreimité. D'après M. Molard, elle auroit dû dire: ce qui peut êtresuivi.
Garante.Femme qui sert de caution. Ce mot n'est pas employé ordinairement au féminin en style de négociation, parce que rarement les femmessont admises à servir de caution.
Garantsignifiant simplement quelqu'un qui répond du fait d'autrui ou du sien propre, fait au féminingarante.[7]L'Académie ajoute que quelques-uns s'en sont aussi servis dansle style de négociation, c'est-à-dire dans le style spécialement consacré aux traités et autres affaires publiques. L'exemple que l'Académie cite ne laisse pas le moindre doute à cet égard: La Reine s'est renduegarantede ce traité.
Garde-robe.Construction en bois, propre à serrer des habits ou du linge. Il faut se servir du motarmoire, subs.fém.; soit que cette construction ait un fond ou qu'elle n'en ait pas: une bellearmoire. Lagarde-robeest le lieu où l'on renferme les habillemens d'un prince. On dit d'un simple particulier qu'il a une richegarde-robepour dire qu'il a un grand nombre de beaux habillemens, sans avoir égard au lieu où il les tient. Mais en toute autre circonstance, le motgarde-robes'entend d'une construction qui regarde le maçon, et non pas le charpentier.
Lagarde-robeest lachambredestinée à contenir le linge, les habits, les hardes de jour et de nuit, etc. L'Académie dont j'emprunte les termes, ne fait pas de distinction à cet égard entre leprinceet leparticulier. Elle ne dit pas que le motgarde-robedoive s'entendre d'une construction qui regarde le maçon, parce que l'ouvrier ne change ni la nature, ni la destination de la chose. Elle se sert,il est vrai, du motchambre: mais les Grammairiens n'emploient pas cette dernière expression. Ils définissent lagarde-robe; lelieuoù l'on serre les habits. C'est ainsi que s'expriment l'auteur des Convenances grammaticales et M. de Wailly. S'ils ont raison, quand unearmoireest lelieuou l'on serre des hardes, on peut l'appelergarde-robe.
Les mêmes Grammairiens appellentgarde-robe, subs. masc., un fourreau ou surtout de toile, pour conserver les vêtemens. Ménage dit la même chose dans ses Observations sur la langue françoise. L'Académie n'en parle pas.
Garnissaire.Soldat qui loge chez le débiteur du gouvernement; dites,garnisairesubs. masc., du motgarnison. Nous devons cette expression au régime révolutionnaire; avant cette époque on se servait du motséquestre. Il est à désirer qu'on supprime ce mot quidevient inutile, puisque nous en avons un équivalent.
Il s'en faut bien queséquestresoit l'équivalent degarnisaire. La signification de ces deux mots est absolument différente.Séquestre, subs. masc., est un terme de droit dont on se sert pour désigner une personnequelconque, à la garde de laquelle sont confiées les choses séquestrées par ordre de la justice. On s'assure de la probité et de la solvabilité d'unséquestre, avant de l'employer en cette qualité. Legarnisaire, comme le dit fort bien M. Molard,n'est qu'un soldat qui loge chez le débiteur du Gouvernement. Il n'a aucune fonction à remplir; rien n'est confié à sa surveillance et à sa garde. C'est un hôte forcé dont la présence incommode n'a d'autre but que de contraindre celui chez lequel il est, d'obéir à la loi, et d'acquitter sa dette.
Gentil, gentille.Cet écolier est biengentil; dites, laborieux, diligent.Gentilveut direjoli,délicat. Une gentille bergère.
Gentilsignifie non-seulementjoli,délicat, mais encorequi plaît,qui est aimable.
Ces phrases ironiques admises par l'Académie, «je vous trouve biengentil, vous êtes ungentilcompagnon,» ne signifient très-certainement pas, je vous trouve bienjoli, vous êtes undélicatcompagnon. Qui ne sait d'ailleurs qu'un enfant fortlaidpeut être fortgentil, et un enfant fortjoline l'être pas? «On estgentilpar l'air et les manières, dit Roubaud; il ne faut que des traits gracieux pour êtrejoli. Sans ces traits, avec l'agrément des façons, on estgentil.» Il est bien vrai quegentilne signifie pasdiligent,laborieux; mais ladiligenceet l'amour du travail sont des qualités qui rendent aimable; elles influent sur lesmanières, et peuvent faire dire quelquefois d'unécolierqu'il est biengentil.
Gravé.Il estgravéde petite vérole. Dites,marquéde petite vérole.
Gravé de petite véroleest une locution exacte qui, outre la précision, a pour elle l'autorité du bon usage. Il suffit d'ouvrir les Dictionnaires pour s'en convaincre. L'Académie dit: «Avoir le visagegravéde petite vérole.—On dit qu'un homme est toutgravéde petite vérole, pour dire qu'il est extrêmementmarqué.»Gravéexprime plus fortement l'idée quemarquéne fait qu'indiquer.
Gravirune montagne. Ce verbe n'est pas transitif. Dites,gravirsur unemontagne. On croît que l'étymologie de ce verbe estgravatè ire,aller péniblement.
La décision de M. Molard, fondée d'ailleurs sur des exemples cités dans l'Académie, n'est pas admise par plusieurs écrivains. On n'est pas d'accord sur l'étymologie. Quelques Grammairiens font dérivergravirde l'italiengradire,monter par degrés. D'autres vont chercher son origine dansgrapireetgrapare, verbes latins du moyen âge, qui signifientgripper,saisir fortement, parce que, disent-ils, lorsqu'ongravit, on s'attache aux pierres, aux rochers, etc. En suivant cette étymologie, on donne àgravir, une signification active. Le Dictionnaire de Trévoux l'admet:Gravir une montagne. On en trouve des exemples dans de bons auteurs; je l'ai vu dans un de nos poètes.
Au reste, quand même le verbegravirseroit neutre, il ne faudroit pas croire que ce fût une raison pour ne pas diregravir une montagne. Cette locution ne meparoît pas moins exacte que celle-ci:monterune montagne,descendreles degrés. Dans ces phrases,monter des pierressur un bâtiment,descendre du vinà la cave, les verbesmonteretdescendresontactifs, et ont pour régime les mots qui les suivent. On monte, on descend réellement les objets dont on parle, c'est-à-dire, qu'on les transporte plus haut ou plus bas qu'ils ne sont. Mais il n'en est pas de même dans les premières phrases que j'ai citées; et les motsmontagneetdegrés, qui d'abord semblent être immédiatement dépendans du verbe, sont le régime d'une préposition sous-entendue.
Hypocondre.Cet homme esthypocondre, c'est-à-dire mélancolique. Dites,hypocondriaque. Le premier mot est le nom dela maladie, et le second le nom dumaladeen tant qu'il est affecté de cette maladie.Hypocondreest un substantif,hypocondriaqueest un adjectif.
Hypocondren'estpoint le nom d'une maladie; c'est un terme d'anatomie par lequel on désigne les parties latérales de la région supérieure du bas-ventre. Il est possible que je me trompe en parlant de choses que j'entends fort peu, mais du moins je me tromperai en suivant l'Académie. Elle ne donne pas de nom particulier à la maladie causée par le vice des hypocondres[8], et se contente de dire que celui qui en est atteint esthypocondriaque. À l'articlehypocondre, elle ajoute cette remarque: «On dit figurément et abusivement d'un homme bizarre et extravagant qu'il esthypocondre, que c'est unhypocondre. Cet abus n'a lieu que dans la conversation.»
Malgré l'abus, bien des gens seront incorrigibles. Quelques-uns s'autoriseront de ce passage de Boileau, dans sa Satyre de l'homme.
Jamais l'homme, dis-moi, vit-il la bête folle,Sacrifier à l'homme, adorer son idole,Lui venir, comme au Dieu des saisons et des vents,Demander à genoux la pluie ou le beau temps?Non. Mais cent fois la bête a vu l'hommehypocondreAdorer le métal que lui-même il fit fondre.
D'autres se souviendront de ces vers de Lafontaine, dans la fable de la Chatte métamorphosée en femme:
Jamais la dame la plus belleNe charma tant son favoriQue fait cette épouse nouvelleSonhypocondrede mari.
et ils continueront ainsi à dire de certaines gens qu'ils sonthypocondres.
Jeter.Ne dites pas: cette plaiejette; mais cette plaiesuppure.
Dites, si vous voulez, cette plaiejette.Jeter, selon l'Académie, «se dit des ulcères, des apostèmes, des plaies, etc. Cette apostèmejettedu pus; ces ulcères, ces pustulesjettentbeaucoup. Sa plaie commence àjeter.»
Le.L'adverbebienveut l'article;bien des genss'estiment plus qu'ils ne valent..... On supprime l'article aprèsbeaucoup, parce que c'est l'équivalent de ces mots,une grande quantité.
J'ai déjà fait remarquer combien il est dangereux en grammaire d'établir le principe que M. Molard répète ici.
1.oS'il est vrai que l'on ditbeaucoup de, et non pasbeaucoup des, parce quebeaucoupest l'équivalentdegrande quantité, pourquoi ne diroit-on pasbien de gensau lieu debien des gens?Bienn'est-il pas aussi dans ce cas l'équivalentdegrande quantité?
2.oBeaucoupest-il toujours l'équivalent deune grande quantité? Le prétendre, ce seroit dire que cette phrase: j'ai beaucoup de plaisir à vous voir, signifie j'aiune grande quantitéde plaisir à vous voir, ce qui est absurde.
Jeplacerai ici une autre observation sur le motbeaucoup. M. Molard condamne d'une manière absolue cette locution, il s'en fautde beaucoup, et veut qu'on supprime lede[9]. Cette règle n'est pas exacte; voici celle que donne l'Académie: «On ditil s'en faut beaucouppour dire qu'il y a une grande différence.Le cadet n'est pas si sage que l'aîné, il s'en faut beaucoup.Et on ditil s'en faut de beaucouppour dire que la quantité qui devoit y être n'y est pas.Vous croyez m'avoir tout rendu; il s'en faut de beaucoup.»
Lit de camp.Dites,lit de sangle.
Unlit de campn'est point unlit de sangle. Ces deux expressions sont également françoises; mais il ne faut pas prendre l'une pour l'autre. On appellelit de campoulit briséun lit dont les pieds se brisent, se démontent, et que l'on peut transporter dans une malle,etc. Lelit de sangleest fait de sangles attachées à deux pièces de bois soutenues par deux pieds qui se croisent.
Malgréque.....Moyennantque.Malgré,moyennantsont des prépositions qui, en cette qualité, demandent un complément, et qui ne peuvent pas être suivies de la conjonction que.
Je réunis ces locutions dont M. Molard a fait deux articles séparés. On les trouve dans les anciens Dictionnaires. «Je ferai cette chosesmoyennant qu'ilme dédommage, dit le Dictionnaire de Trévoux.»[10]On ne s'en sert plus aujourd'hui. Mais le principe d'après lequel M. Molard les condamne est absolument faux. Rien n'est plus commun que l'union duqueconjonction avec une préposition. Les motsavant,dès,depuis,outre,pendant,pour, etc. sont certainement des prépositions, et cependant l'on ditavant que,dès que,depuis que,outre que,pendant que,pour que, etc.
Moi.Ne dites pas, menez moi-zi; mais dites, menez m'y.
L'Académie tient un tout autre langage. Voici comment elle s'exprime:
«La particuley, unie au pronomme,ne se met jamais après le verbe. On dira bien, vousm'yattendrez, je vous prie dem'ymener; mais on ne dira pas,attendez m'y,menez m'y.»
D'après cette règle, on voit que l'Académie veut qu'en ce cas on donne à la phrase un autre tour, au moyen duquel le pronom précède le verbe. Cependant quelques Grammairiens estimables proposent de dire:menez-y-moi,arrêtes-y-toi. Il faut convenir que ces manières de parler sont bien dures.