A deux lieues dudict Mexique il y a des mines d'argent que le Roy d'Espaigne a affermés à cinq millions d'or par an, & s'est reservé d'y emploier ung grand nombre d'esclaves pour tirer à son proffis tous ce qu'ils pouront des mines, & outre tire le dixiesme de tout ce que tirent les fermiers, par ainsy ces mines font de très bon revenu audict Roy d'Espaigne84.
Note 84:(retour)VoirPlanche XXX.
Note 84:(retour)VoirPlanche XXX.
L'on receulle audict païs quantité de cochenille qui croist dans les champs, comme font les pois de deçà, & vient d'un fruict gros comme une nois, qui est plain de graine par dedans. On le laisse venir à maturité jusques à ce que ladicte graine soit seche, & lors on la couppe comme du bled, & puis on la bat pour avoir la graine, dont ils resement après25/29pour en avoir d'autre. Il n'y a que le Roy d'Espaigne qui puisse faire servir & receullir ladicte cochenille, & faut que les marchands l'achaptent de ses officiers à ce commis, car c'est marchandise de grand prix & a l'estime de l'or & de l'argent.
J'ay faict: icy une figure de la plante qui apporte la dicte cochenille85.
Note 85:(retour)VoirPlanche XXXI.—«Cactus Opuntia. La croyance que la cochenille était la graine d'une plante subsistait encore longtemps après la conquête du Mexique. Dans le dessin que Champlain nous donne de cette plante, les graines sont figurées exactement comme les insectes s'attachent aux feuilles pour s'en nourrir. La jalousie du gouvernement espagnol, et le sévère monopole qu'il faisait de ce produit, empêchèrent qu'on en connût la vraie nature et son mode de propagation, et donnèrent naissance à diverses fables et conjectures.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 85:(retour)VoirPlanche XXXI.—«Cactus Opuntia. La croyance que la cochenille était la graine d'une plante subsistait encore longtemps après la conquête du Mexique. Dans le dessin que Champlain nous donne de cette plante, les graines sont figurées exactement comme les insectes s'attachent aux feuilles pour s'en nourrir. La jalousie du gouvernement espagnol, et le sévère monopole qu'il faisait de ce produit, empêchèrent qu'on en connût la vraie nature et son mode de propagation, et donnèrent naissance à diverses fables et conjectures.» (Ed. Soc. Hakl.)
Il y a ung arbre au dict pays que l'on talle comme la vigne, & par l'endroit où il est tallé il distille une huille qui est une espece de baume, appellée huille de Canime, du nom de l'arbre qui se nomme ainsy86. Ceste huille est singulliere pour toutes playes & couppures, & pour oster les douleurs, principallement des gouttes. Ce bois a l'odeur du bois de sappin. L'once de la dicte huille vault en ce pays là deux escus. Le dict arbre est icy figuré87.
Note 86:(retour)Canimé, ouAnimé. Johnston en distingue deux espèces: l'animé Oriental, et l'animé Occidental, appelé, dit-il, par les EspagnolsCanimé, Moquin-Tandon (Botanique Médicale) en distingue aussi deux espèces: 1° le Courbaril diphylle,Hymenoea Courbaril(LINN.), qui fournit une grande quantité de résine transparente, appeléerésine animé occidentale, ouCopal d'Amérique; 2° le Courbaril verruqueux,Hymenoea verrucosa(GAERTN.),résine animé orientale, vulgairement appeléeCopal d'Orient.
Note 86:(retour)Canimé, ouAnimé. Johnston en distingue deux espèces: l'animé Oriental, et l'animé Occidental, appelé, dit-il, par les EspagnolsCanimé, Moquin-Tandon (Botanique Médicale) en distingue aussi deux espèces: 1° le Courbaril diphylle,Hymenoea Courbaril(LINN.), qui fournit une grande quantité de résine transparente, appeléerésine animé occidentale, ouCopal d'Amérique; 2° le Courbaril verruqueux,Hymenoea verrucosa(GAERTN.),résine animé orientale, vulgairement appeléeCopal d'Orient.
Note 87:(retour)VoirPlanche XXXII.
Note 87:(retour)VoirPlanche XXXII.
Il y a ung autre arbre que l'on nomme cacou, dont le fruict est fort bon & utille à beaucoup de choses, & mesmes sert de monnoye entre les Indiens, qui donnent soixante pour une realle. Chacun fruict est de grosseur d'un pinon & de la mesme forme, mais il n'a pas la cocque sy dure: plus il est26/30vieux & milleur est. Quand l'on veut achapter des vivres, comme pain, chairs, fruicts, poissons ou herbes, ceste monnoye peult servir, voire pour cinq ou six pièces l'on peult avoir de la marchandise pour vivre des Indiens seulement, car il n'a point cours entre les Espaignols, ny pour achapter marchandise autre que des fruicts. Quand l'on veult user de ce fruict, l'on le reduict en pouldre, puis l'on en faict une paste que l'on destrempe en eau chaude, où l'on mesle du miel qui vient du mesme arbre, & quelque peu d'espice, puis le tout estant cuit ensemble, l'on en boit au matin, estant chauffé, comme les mariniers de deçà prennent de l'eau de vye, & se trouvent sy bien après avoir beu de ceste eau, qu'ils se pourroient passer tout ung jour de manger sans avoir grand appétit. Cest arbre a quantité d'espinnes qui sont fort pointues, que quand on les arrache il vient ung fil, l'escorche du dict arbre, lequel l'on file sy delyé que l'on veult, & de ceste espine & du fil qui y est attaché, l'on peult coudre aussi proprement que d'une esguille & d'autre fil; les Indiens en font du fil fort beau & fort delyé, & neantmoins sy fort, qu'un homme n'en pourroit pas rompre deux brins ensemble, encores qu'ils soient delyés comme cheveux. La livre de ce fil, nommé fil de pitte88, vaut en Espaigne huict escus la livre, & en font des dantelles & autres ouvrages: d'avantage de l'escorche dudict arbre l'on faict du vinaigre fort comme celuy de vin, & prenant du coeur de l'arbre qui est mouelleux, & le pressant, il27/31en fort du tresbon miel, puis faisant seicher la mouelle ainsi esprainte au soleil, elle sert pour allumer le feu. Outre plus pressant les feuilles de cest arbre, qui sont comme celles de l'olivier, il en sort du jut dont les Indiens font un breuvage. Ledict arbre est de la grandeur d'un olivier, dont vous en verrez icy la figure89.
Note 88:(retour)Champlain décrit ici évidemment le Cacao et leMetl, ouMaguey(Aloes Pitta, Aloes disticha, Agave Americana), auquel se rapporte presque toute la dernière partie de sa description, excepté «les feuilles qui sont comme celles de l'olivier.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 88:(retour)Champlain décrit ici évidemment le Cacao et leMetl, ouMaguey(Aloes Pitta, Aloes disticha, Agave Americana), auquel se rapporte presque toute la dernière partie de sa description, excepté «les feuilles qui sont comme celles de l'olivier.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 89:(retour)VoirPlanche XXXIII.
Note 89:(retour)VoirPlanche XXXIII.
J'ay cy devant parlé d'un arbre qui s'appelle gouiave90, qui croist fort communement audict pays, qui rend ung fruict que l'on nomme aussy gouiave, qui est de la grosseur d'une pomme de capendu91, de couleur jaulne, & le dedans semblable aux figues verdes; le jut en est assez bon. Ce fruict a telle propriété, que sy une personne avoit ung flux de ventre, & qu'il mangeast dudict fruict sans la peau, il seroit guery dans deux heures, & au contraire à ung homme qui seroit constipé, mangeant l'escorche seulle sans le dedans du fruict, il luy lâchera incontinent le ventre, sans qu'il soit besoing d'autre médecine.
Figure du dict arbre92.
Note 90:(retour)«Psidium(LINN.) Sa qualité est de resserrer le ventre, estant mangé vert, dont aussi plusieurs s'en servent contre le flux de sang; mais estant mangé meur il a un effet tout contraire.»—De Rochefort,Hist. des Antilles, etc., 1658. (Ed. Soc. Hakl.)
Note 90:(retour)«Psidium(LINN.) Sa qualité est de resserrer le ventre, estant mangé vert, dont aussi plusieurs s'en servent contre le flux de sang; mais estant mangé meur il a un effet tout contraire.»—De Rochefort,Hist. des Antilles, etc., 1658. (Ed. Soc. Hakl.)
Note 91:(retour)«Espèce de pomme commune en Normandie, principalement au pays de Caux.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 91:(retour)«Espèce de pomme commune en Normandie, principalement au pays de Caux.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 92:(retour)PlancheXXXIV.
Note 92:(retour)PlancheXXXIV.
Il y a aussy ung fruict qui s'appelle accoiates93, de la grosseur de grosses poires d'hiver, fort verd par dessus, & comme l'on a levé la peau, l'on trouve de la chair fort espaisse que l'on mange avec du sel, & a le goust de cherneaux, ou nois vertes: il y a ung28/32noyau dedans de la grosseur d'une nois, dont le dedans est amer. L'arbre où croit ledict fruict est icy figuré, ensemble ledict fruict94.
Note 93:(retour)«Ahuacahuitl, nom indigène, dont on a fait par corruptionAgouacat, l'Avogade ouAvogadades Espagnols.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 93:(retour)«Ahuacahuitl, nom indigène, dont on a fait par corruptionAgouacat, l'Avogade ouAvogadades Espagnols.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 94:(retour)PlancheXXXV.
Note 94:(retour)PlancheXXXV.
Aussy il y a d'un fruict que l'on nomme algarobe95, de la grosseur de prunes Dabtes, long comme cosses de febves, qui a une coque plus dure que celle de la casse, de couleur de chataigner. L'on trouve dedans ung petit fruict comme une grosse febve verte, qui a ung noiau, & est fort bon. Il est icy figuré96. J'ay veu ung autre fruict qui s'appelle carreau97, de la grosseur du poing, dont la peau est fort tendre & orengée, & le dedans est rouge comme sang, & la chair comme de prunes, & tache où il touche comme les meures, il est de fort bon goust, & dit-on qu'il est tresbon pour guérir les morceures de bestes venimeuses98.
Note 95:(retour)Voir plus haut, page 15.
Note 95:(retour)Voir plus haut, page 15.
Note 96:(retour)PlancheXXXVI.
Note 96:(retour)PlancheXXXVI.
Note 97:(retour)Le fruit d'une des variétés duCactus Opuntia, le Nuchtli des Mexicains, appelé par les Françaisraquette, à cause de la forme de ses feuilles. «Ce que nos François appellentraquetteà cause de la figure de ses feuilles: sur quelques-unes de ces feuilles, longues & herissées, croist un fruict de la grosseur d'une prune-datte; quand il est meur, il est rouge dedans, & dehors comme de vermillon. Il a ceste propriété, qu'il teint l'urine en couleur de fang aussi tost qu'on en a mangé, de sorte que ceux qui ne savent pas ce secret, craignent de s'estre rompu une veine, & il s'en est trouvé qui, aians apperceu ce changement, se sont mis au lit, & ont creu estre dangereusement malades.»—De Rochefort,Voyage aux Antilles, etc., 1658. (Ed. Soc. Hakl.)
Note 97:(retour)Le fruit d'une des variétés duCactus Opuntia, le Nuchtli des Mexicains, appelé par les Françaisraquette, à cause de la forme de ses feuilles. «Ce que nos François appellentraquetteà cause de la figure de ses feuilles: sur quelques-unes de ces feuilles, longues & herissées, croist un fruict de la grosseur d'une prune-datte; quand il est meur, il est rouge dedans, & dehors comme de vermillon. Il a ceste propriété, qu'il teint l'urine en couleur de fang aussi tost qu'on en a mangé, de sorte que ceux qui ne savent pas ce secret, craignent de s'estre rompu une veine, & il s'en est trouvé qui, aians apperceu ce changement, se sont mis au lit, & ont creu estre dangereusement malades.»—De Rochefort,Voyage aux Antilles, etc., 1658. (Ed. Soc. Hakl.)
Note 98:(retour)PlancheXXXVII.
Note 98:(retour)PlancheXXXVII.
Il y a encore d'un autre fruict qui se nomme serolles99, de la grosseur d'une prune, & est fort jaulne, & le goust comme de poires muscades100.
Note 99:(retour)De l'espagnol Ciruela, prune. (Ed. Soc. Hakl.)
Note 99:(retour)De l'espagnol Ciruela, prune. (Ed. Soc. Hakl.)
Note 100:(retour)PlancheXXXVIII.
Note 100:(retour)PlancheXXXVIII.
J'ay aussy parlé d'un arbre que l'on nomme palmiste, que je representeray icy101, qui a vingt pas de29/33hault, de la grosseur d'un homme, & neantmoins sy tendre que d'un bon coup d'espée on le peut couper tout à travers, parce que le dessus est tendre comme un pied de chou, & le dedans plain de mouelle qui est très bonne, & tient plus que le reste de l'arbre, & a le goust comme du succre, aussy doux & meilleur: les Indiens en font du breuvage meslé avec de l'eau, qui est fort bon.
Note 101:(retour)PlancheXXXIX.—«Au temps de Champlain, il n'y avait de connues que deux espèces de Palmistes (excepté le cocotier, que l'on appelait Palmiste par excellence): le Palmiste franc,Areca oleracea(LINN.), et le Palmiste épineux,Areca spinosa(LINN.)» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 101:(retour)PlancheXXXIX.—«Au temps de Champlain, il n'y avait de connues que deux espèces de Palmistes (excepté le cocotier, que l'on appelait Palmiste par excellence): le Palmiste franc,Areca oleracea(LINN.), et le Palmiste épineux,Areca spinosa(LINN.)» (Ed. Soc. Hakl.)
J'ay veu d'un autre fruict que l'on nomme cocques102, de la grosseur d'une nois d'Inde, qui a la figure approchant de la teste d'un homme, car il y a deux troux qui representent les deux yeux, & ce qui s'avance entre ces deux troux semblent de nez, au dessoubs duquel il y a ung trou ung peu fendu que l'on peult prendre pour la bouche, & le hault dudict fruict est tout crespé comme cheveux frisez: par lesdicts troux il sort d'une eau dont ils se servent à quelque médecine. Ce fruict n'est pas bon à manger; quand ils l'ont cueilly, ils le laissent seicher & en font comme de petittes bouteilles ou tasses comme de nois d'Inde qui viennent du palmé103.
Note 102:(retour)«LeCocos lapideade GAERTNER, dont le fruit est plus petit que le coco ordinaire, et dont on fait de petits vases ou tasses, etc.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 102:(retour)«LeCocos lapideade GAERTNER, dont le fruit est plus petit que le coco ordinaire, et dont on fait de petits vases ou tasses, etc.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 103:(retour)PlancheXL.
Note 103:(retour)PlancheXL.
Puisque i'ay parlé de palmes104, encor que ce soit ung arbre assez commun, j'en representeray icy une figure105. C'est un des plus haults & droicts arbres qui se voient, son fruict, que l'on appelle nois d'Inde, vient tous au plus hault de l'arbre, & sont grosses comme la teste d'un homme, & y a une grosse escorce verte sur la dicte nois, laquelle escorce30/34ostée, se trouve la nois, de la grosseur de deux poings ou environ: ce qui est dedans est fort bon à manger, & a le goust de cerneaux, il en sort une eau qui sert de fart aux dames106.
Note 104:(retour)«Cocos nucifera.» (Ed. Soc, Hakl.)
Note 104:(retour)«Cocos nucifera.» (Ed. Soc, Hakl.)
Note 105:(retour)PlancheXLI.
Note 105:(retour)PlancheXLI.
Note 106:(retour)«C'est ceste eau qui, entre ses autres vertus, a la propriété d'effacer toutes les rides du visage, & de luy donner une couleur blanche & vermeille, pourveu qu'on l'en lave aussi-tost que le fruict est tombé de l'arbre.»—(De Rochefort.)
Note 106:(retour)«C'est ceste eau qui, entre ses autres vertus, a la propriété d'effacer toutes les rides du visage, & de luy donner une couleur blanche & vermeille, pourveu qu'on l'en lave aussi-tost que le fruict est tombé de l'arbre.»—(De Rochefort.)
Il y a un autre fruict qui s'appelle plante107, dont l'arbre peult avoir de hault vingt ou vingt cinq pieds, qui a la feuille sy large qu'un homme s'en pourroit couvrir. Il vient une racine dudict arbre où sont en quantité desdictes plantes, chacun desquelles est de la grosseur du bras, longue d'un pied & demy, de couleur jaulne & verd, de très bon goust, & sy sain que l'on en peult manger tant que l'on veult sans qu'il face mal108.
Note 107:(retour)La Banane.
Note 107:(retour)La Banane.
Note 108:(retour)PlancheXLII.
Note 108:(retour)PlancheXLII.
Les Indiens se servent d'une espece de bled qu'ils nomment mammaix109, qui est de la grosseur d'un poys, jaulne & rouge, & quand ils le veulent manger, ils prennent une pierre cavée comme ung mortier, & une autre ronde en forme de pillon, & après que le dict bled a trempé une heure, ils le meullent & reduisent en farine en ladicte pierre, puis le petrissent & le font cuire en ceste manière: ils ont une platine de fer ou de pierre qu'ils font chauffer sur le feu, & comme elle est bien chaude, ils prennent leur paste & l'estendent dessus assez tenue, comme tourteaux, & l'ayant fait ainsy cuire, le mangent tout chaud, car il ne vault rien froid ny gardé110.
Note 109:(retour)Ou Maïs.
Note 109:(retour)Ou Maïs.
Note 110:(retour)PlancheXLIII.
Note 110:(retour)PlancheXLIII.
31/35Ils ont aussy d'une autre racine qu'ils nomment cassave, dont ils se servent pour faire du pain, mais sy quelqu'un en mangeoit de cru, il mourroit111.
Note 111:(retour)PlancheXLIV—Voir, ci-dessus, p. 15.—«Pour faire la Cassave, qui est le pain ordinaire du pays, après avoir arraché le Manyoc, on ratisse ses racines comme on fait les naveaux, lorsqu'on les veut mettre au pot; puis on esgruge toutes ses racines sur des râpes de cuivre percées... & attachées sur des planches dont on met le bas dans un vaisseau; & appuyant le haut contre l'estomac, l'on frotte à deux mains la racine dessus la râpe, & tout le marc tombe dans le vaisseau... Quand tout est égrugé ou rapé, on le met à la presse dans des sacs de toile, & on en exprime tout le suc, en sorte qu'il ne demeure que la farine toute seiche... Le suc qui en sort est estimé du poison par tous les habitans, & mesme par tous les autheurs qui en ont écrit...» (Du Tertre,Hist. des Antilles.)
Note 111:(retour)PlancheXLIV—Voir, ci-dessus, p. 15.—«Pour faire la Cassave, qui est le pain ordinaire du pays, après avoir arraché le Manyoc, on ratisse ses racines comme on fait les naveaux, lorsqu'on les veut mettre au pot; puis on esgruge toutes ses racines sur des râpes de cuivre percées... & attachées sur des planches dont on met le bas dans un vaisseau; & appuyant le haut contre l'estomac, l'on frotte à deux mains la racine dessus la râpe, & tout le marc tombe dans le vaisseau... Quand tout est égrugé ou rapé, on le met à la presse dans des sacs de toile, & on en exprime tout le suc, en sorte qu'il ne demeure que la farine toute seiche... Le suc qui en sort est estimé du poison par tous les habitans, & mesme par tous les autheurs qui en ont écrit...» (Du Tertre,Hist. des Antilles.)
Il y a d'une gomme qui se nomme copal112, qui sort d'un arbre qui est comme le pin; ceste gomme est fort bonne pour les goustes & douleurs113.
Note 112:(retour)«Rhus Copallinum(LINN.) Les Mexicains donnaient le nom decopalà toutes les résines et gommes odoriférantes. Le Copal par excellence est une résine blanche et transparente, qui coule d'un arbre dont la feuille ressemble à celle du chêne, quoique plus longue; cet arbre s'appellecopal-quahuitl, ou arbre qui porte le copal. Ils ont aussi lecopal-quahuitl-petlahuae, dont les feuilles sont les plus grandes de l'espèce, et semblables à celles du sumac, lecopal-quauhxiotl, à feuilles longues et étroites; letepecopulli-quahuitl, ou copal des montagnes, dont la résine est comme l'encens du vieux monde appelé par les Espagnolsincensio de las Indias, et quelques autres espèces inférieures.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 112:(retour)«Rhus Copallinum(LINN.) Les Mexicains donnaient le nom decopalà toutes les résines et gommes odoriférantes. Le Copal par excellence est une résine blanche et transparente, qui coule d'un arbre dont la feuille ressemble à celle du chêne, quoique plus longue; cet arbre s'appellecopal-quahuitl, ou arbre qui porte le copal. Ils ont aussi lecopal-quahuitl-petlahuae, dont les feuilles sont les plus grandes de l'espèce, et semblables à celles du sumac, lecopal-quauhxiotl, à feuilles longues et étroites; letepecopulli-quahuitl, ou copal des montagnes, dont la résine est comme l'encens du vieux monde appelé par les Espagnolsincensio de las Indias, et quelques autres espèces inférieures.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 113:(retour)PlancheXLIV.
Note 113:(retour)PlancheXLIV.
Il y a aussy d'une racine que l'on nomme patates114, que l'on fait cuire comme des poires au feu, & a semblable goust aux chastaignes115.
Note 114:(retour)«Il y a huit ou dix sortes de patates, différentes en goust, en couleur & en feuilles. Pour ce qui regarde les feuilles, la différence est petite; car elles ont presque toutes la forme de coeur... Il suffit d'en nommer les plus communes, qui sont lesPatates vertes, les Patates à l'oignon, les Patates marbrées, les Patates blanches, les Patates rouges, Les Patates orangées, les Patates à suif, les Patates souffrées...» (Du Tertre,Hist. des Antilles.)
Note 114:(retour)«Il y a huit ou dix sortes de patates, différentes en goust, en couleur & en feuilles. Pour ce qui regarde les feuilles, la différence est petite; car elles ont presque toutes la forme de coeur... Il suffit d'en nommer les plus communes, qui sont lesPatates vertes, les Patates à l'oignon, les Patates marbrées, les Patates blanches, les Patates rouges, Les Patates orangées, les Patates à suif, les Patates souffrées...» (Du Tertre,Hist. des Antilles.)
Note 115:(retour)PlancheXLIV.
Note 115:(retour)PlancheXLIV.
Il y a audict pays nombre de melons d'estrange grosseur, qui sont très bons, la chair en est fort orangée, & y en a d'une autre sorte qui ont la chair blanche, mais ils ne sont de sy bon goust que les autres. Il y a aussy quantité de cocombres très bons, des artichauts, de bonnes lettues, qui sont32/36comme celles que l'on nomme rommainnes, choux à pome, & force autres herbes potagères, aussy des citrouilles qui ont la chair orengée comme les melons.
Il y a des pomes qui ne sont pas beaucoup bonnes, & des poires d'assez bon goust, qui sont creues naturellement à la terre. Je croy que qui voudroit prendre la paine d'y planter des bons fruittiers de par deçà, ils y viendroient fort bien116.
Note 116:(retour)PlancheXLV.
Note 116:(retour)PlancheXLV.
Par toute la Nove Espaigne il y a d'une espece de couleuvres117, qui sont de la longeur d'une picque & grosse comme le bras, la teste grosse comme ung oeuf de poulle, sur laquelle elles ont deux plumes. Au bout de la queue elles ont une sonnette qui faict du bruit quand elles se traînent: elles sont fort dangereuses de la dent & de la queue, néantmoins les Indiens les mangent, leur ayant osté les deux extrémités118.
Note 117:(retour)«Champlain parle évidemment da Serpent à sonnettes (Crotulus); mais il paraît l'avoir confondu avec le serpent à cornes (horned snake), à cause desplumes de la tête.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 117:(retour)«Champlain parle évidemment da Serpent à sonnettes (Crotulus); mais il paraît l'avoir confondu avec le serpent à cornes (horned snake), à cause desplumes de la tête.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 118:(retour)PlancheXLVI.
Note 118:(retour)PlancheXLVI.
Il y a aussy des dragons d'estrange figure, ayants la teste approchante de celle d'un aigle, les ailles comme une chauvesouris, le corps comme ung lézard, & n'a que deux pieds assez gros, la queue assez escailleuse, & est gros comme ung mouton: ils ne sont pas dangereux, & ne font mal à personne, combien qu'à les voir l'on diroit le contraire119.
Note 119:(retour)PlancheXLVII.
Note 119:(retour)PlancheXLVII.
J'ai veu ung lézard de sy estrange grosseur, que s'il m'eust esté recité par ung autre, je ne l'eusse pas creu, car je vous asseures qu'ils sont gros comme33/37ung quart de pippe. Ils sont comme ceux que nous voions icy quand à la forme, de couleur de verd brun, & vert jaulne sous le ventre; ils courent fort viste, sifflent en courant; ils ne sont poinct mauvais aux hommes, encore qu'ils ne fuient pas d'eux sy on ne les poursuit. Les Indiens les mangent & les trouvent fort bons120.
Note 120:(retour)PlancheXLVIII.—«ProbablementLacerta Iguana(LINN.)» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 120:(retour)PlancheXLVIII.—«ProbablementLacerta Iguana(LINN.)» (Ed. Soc. Hakl.)
J'ay veu aussy par plusieurs fois, en ce païs là, des animaux qu'ils appellent des caymans, qui sont, je croy, une espece de cocodrille, sy grands, que tels des dicts caymans a vingt cinq & trente pieds de long, & est fort dangereux, car s'il trouvoit ung homme à son advantaige, sans doute il le devoreroit: il a le dessoubs du ventre jaulne blanchastre, le dessus armé de fortes escailles de couleur de verd brun, ayant la teste fort longue, les dents estrangement aiguës, la geulle fort fendue, les yeux rouges, fort flamboiant: sur la teste il a une manière de coronne. Il a quatre jambes fort courtes, le corps de la grosseur d'une barique: il y en a aussy de moindres. L'on tire de dessoubs les cuisses de derrière du musq excelent, ils vivent dans les estangs & mares, & dans les rivieres d'eau doulce. Les Indiens les mangent121.
Note 121:(retour)PlancheXLIX.
Note 121:(retour)PlancheXLIX.
J'ay aussy veu des tortues d'esmerveillable grosseur, & telle que deux chevaux auroient affaire à en traîner une. Il y en a qui sont sy grosses, que dedans l'escaille qui les couvre trois hommes se pourroient mettre & y nager comme dedans ung batteau: elles se peschent à la mer, la chair en est34/38très bonne, & resemblent à chair de boeuf. Il y en a fort grande quantité en toutes les Indes: l'on en voit souvent qui vont paistre dans les bois122.
Note 122:(retour)PlancheL.
Note 122:(retour)PlancheL.
Il y a aussy quantité de tigres123, des fourreures desquels l'on faict grand estat: ils ne se jettent poinct aux hommes sy on ne les poursuit.
Note 123:(retour)PlancheLII.—«Tigris Americana(LINN.)—Jaguar.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 123:(retour)PlancheLII.—«Tigris Americana(LINN.)—Jaguar.» (Ed. Soc. Hakl.)
Il se void aussy au dict pays quelques sivettes124qui viennent du Pérou, où il y en a quantité. Elles sont meschantes & furieuses, & combien que l'on en voye icy ordinairement, je ne laisse pas d'en faire icy une figure125.
Note 124:(retour)«Viverra Civetta(LINN.) LeGato de Algaliades Espagnols.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 124:(retour)«Viverra Civetta(LINN.) LeGato de Algaliades Espagnols.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 125:(retour)PlancheLI.
Note 125:(retour)PlancheLI.
Il vient du Pérou à la Nove Espaigne une certainne espece de moutons, qui portent fardeaux comme chevaux, plus de quatre cents livres à journée. Ils sont de la grandeur d'un asne, le col fort long, la teste menue, la laine fort longue, & qui resemble plus à du poil comme à celuy des chevres qu'à de la layne: ils n'ont point de cornes comme les moutons de deçà. Ils sont fort bons à manger, mais ils n'ont pas la chair sy delicatte comme les nostres126.
Note 126:(retour)PlancheLIII.—LeLlama.
Note 126:(retour)PlancheLIII.—LeLlama.
Le pays est fort peuplé de cerfs, biches, chevreux, sangliers, renars, lievres, lappains, & autres animaux que nous avons par deçà, dont ils ne sont aucunement différends127.
Note 127:(retour)PlancheLIV.
Note 127:(retour)PlancheLIV.
Il y a d'une sorte de petits animaux128gros comme des barbots, qui voilent de nuict, & font telle clarté35/39en l'air, que l'on diroit que ce sont autant de petittes chandelles. Sy l'on avoit trois ou quatres de ces petits animaux, qui ne sont pas plus gros que des noisettes, l'on pourroit aussy bien lire de nuict qu'avec une bougie.
Note 128:(retour)«Fulgora suternaria(LINN.)» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 128:(retour)«Fulgora suternaria(LINN.)» (Ed. Soc. Hakl.)
Il se voict dans les bois & dans les campaignes grand nombre de chancres129, semblables à ceux qui se trouvent en la mer, & sont aussy communément dans le païs comme à la mer de deçà.
Note 129:(retour)«Gecarcinus, Cancer ruricolor(LINN.)» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 129:(retour)«Gecarcinus, Cancer ruricolor(LINN.)» (Ed. Soc. Hakl.)
Il y a une autre petite espece d'animaulx faicts comme des escrevisses, hors mis qu'ils ont le derrière devestu de coquilles, mais ils ont ceste proprietté de chercher des coquilles de limassons vuides, & logent dedans ce qu'ils ont de descouvert, traisnant tousjours ceste coquille après soy, & n'en délogent poinct que par force130. Les pescheurs vont receullir ces petittes bestes par les bois, & s'en servent pour pescher, & quand ils veulent prendre le poisson, ayant tiré ce petit animal de dedans sa coque, ils l'attachent par le travers du corps à leur lingne au lieu d'ameçon, puis le jette à la mer, & comme les poissons les pensent engloutir, ils pinsent les poissons des deux maistresses pattes, & ne les quitte point: & par ce moien les pescheurs prennent le poisson mesme de la pesanteur de cinq ou six livres.
Note 130:(retour)«Pagurus streblany(LEACH);Pagurus Bernardus. (FABRICIUS);Cancellus marinus et terrestris; Bernard l'hermite;Caracol soldadades Espagnols.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 130:(retour)«Pagurus streblany(LEACH);Pagurus Bernardus. (FABRICIUS);Cancellus marinus et terrestris; Bernard l'hermite;Caracol soldadades Espagnols.» (Ed. Soc. Hakl.)
J'ay veu ung oyseau qui se nomme pacho del ciello131, c'est à dire oyseau du ciel, lequel nom luy36/40est donné parce qu'il est ordinairement en l'air sans jamais venir à terre que quand il tombe mort. Il est de la grosseur d'un moyneau: il a la teste fort petite, le bec court, partye du corps de couleur vert brun, le reste roux, & a la queue de plus de deux piez de long, & sont presque comme celle d'une aigrette, & grosse estrangement au respect du corps: il n'a point de piedz. L'on dict que la femelle pont ung oeuf seulement sur le dos du malle, par la chaleur duquel ledict oeuf s'esclot, & comme l'oyseau est sorty de la coque, il demeure en l'air, dont il vit comme les autres de ceste espece: je n'en ay veu qu'un que nostre général achepta cent cinquante escus. On dît que l'on les prend vers la coste de Chille, qui est un contient de terre ferme, qui tient depuis le Pérou jusques au destrois de Magelano, que les Espaignols vont descouvrant & ont guerre avec les sauvages du pays, auquel l'on dit que l'on descouvre des mines d'or & d'argent. J'ay mis icy la figure du dict oyseau132.
Note 131:(retour)«Pacho del ciello.—Paradisia, Oiseau du Paradis. On a cru longtemps que cet oiseau vivait constamment en l'air, et n'avait point de pieds. Les spécimens envoyés en Europe sont ordinairement dépouillés des pattes, le corps et la queue étant les seules parties employées à former les plumets et les aigrettes; de là la croyance que ces oiseaux n'ont point de pieds.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 131:(retour)«Pacho del ciello.—Paradisia, Oiseau du Paradis. On a cru longtemps que cet oiseau vivait constamment en l'air, et n'avait point de pieds. Les spécimens envoyés en Europe sont ordinairement dépouillés des pattes, le corps et la queue étant les seules parties employées à former les plumets et les aigrettes; de là la croyance que ces oiseaux n'ont point de pieds.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 132:(retour)PlancheLV.
Note 132:(retour)PlancheLV.
J'ay pensé qu'il n'est pas hors de propos de dire que le bois d'ebene vient d'un arbre fort hault comme le chesne; il a le dessus de l'escorche comme blanchastre, & le coeur fort noir, comme vous le verrez de l'autre part representé133.
Note 133:(retour)PlancheLVI.
Note 133:(retour)PlancheLVI.
Le bresil est arbre fort gros au respect du bois d'ebene, & de mesme hauteur, mais il n'est sy dur. Le dict arbre de bresil porte comme une manière de nois qui croissent à la grosseur des nois de galle, qui viennent dedans des ormeaux.
37/41Apres avoir parlé des arbres, plantes & animaux, il faut que je face ung petit récit des Indiens & de leur nature, moeurs & créance. La plus part desdicts Indiens, qui ne sont point soubs la domination des Espaignols, adorent la lune comme leur dieu, & quand ils veulent faire leurs cérémonies, ils s'assemblent tant grands que petits au milieu de leur village & se mettent, en rond, & ceux qui ont quelque chose à manger l'apportent, & mettent toutes les vivres ensemble au milieu d'eux, & font la milleure chère qui leur est possible. Apres qu'ils sont bien rasassiés, ils se prennent tous par la main, & se mettent à danser, avec des cris grands & estranges, leur chant n'ayant aucun ordre ny suitte. Apres qu'ils ont bien chanté & dansé, ils se mettent le visage en terre, & tout à ung coup tous ensemble commencent à crier & pleurer en disant: O puissante & claire lune, fay que nous puissions vaincre nos ennemis, & que les puissions manger, à celle fin que ne tombions entre leurs mains, & que mourans nous puissions aller avec nos parents nous resjouir. Apres avoir faict ceste prière, il se relevent & se mettent à danser tous en rond & dure leur feste ainsy dansans, pryans & chantans environ six heures. Voila ce que j'ay appris de cérémonies & créances de ces pauvres peuples, privés de la raison, que j'ay icy figurés134.
Note 134:(retour)PlancheLIX.
Note 134:(retour)PlancheLIX.
Quant aux autres Indiens qui sont soubs la domination du Roy d'Espaigne, s'il n'y donnoit ordre, ils seroient en aussy barbare créance comme les autres. Au commencement de ses conquestes, il avoit38/42establi l'inquisition entre eux, & les rendoit esclaves ou faisoit cruellement mourir en sy grand nombre, que le récit seulement en faict pityé. Ce mauvais traittement estoit cause que les pauvres Indiens, pour la prehension d'iceluy, s'enfuioient aux montaignes comme desesperés, & d'autant d'Espaignols qu'ils attrapoient, ils les mangeoient; & pour ceste occasion lesdicts Espaignols furent contraints leur oster ladicte inquisition, & leur donner liberté de leur personne, leur donnant une reigle de vivre plus doulce & tolerable, pour les faire venir à la cognoissance de Dieu & la créance de la saincte Eglise: car s'ils les vouloient encor chatier selon la rigeur de ladicte inquisition, ils les feroient tous mourir par le feu. L'ordre dont ils usent maintenant est que en chacun estance135qui sont comme vilages, il y a ung prestre qui les instruict ordinerement, ayant le prestre ung rolle de noms & surnoms de tous les Indiens qui habitent au village soubs sa charge. Il y a aussy ung Indien qui est comme procureur du village, qui a ung autre pareil rolle, & le dimanche, quand le prestre veult dire la messe, tous lesdicts Indiens sont teneus se presenter pour l'ouir, & avant que le prestre la commence, il prend son rolle, & les appelle tous par leur nom & surnom, & sy quelqu'un deffault, il est marqué sur ledict rolle, puis la messe dite, le prestre donne charge à l'Indien qui sert de procureur de s'informer particullierement où sont les defaillans, & qui les face revenir à l'église, où estant devant ledict prestre, il leur demande l'occasion pour lequel ils ne sont pas veneus39/43au service divin, dont ils allèguent quelques excuses s'ils peuvent en trouver, & sy elles ne sont trouvés véritables ou raisonnables, ledict prestre commande audict procureur Indien qui aye à donner hors l'eglise, devant tout le peuple, trente ou quarante coups de baston aux défaillants. Voilla l'ordre que l'on tien à les maintenir en la religion, en laquelle ils vivent partye pour crainte d'estre battus: il est bien vray que s'ils ont quelque juste occasion qui les empesche de venir à la messe, ils sont excusés.
Note 135:(retour)De l'espagnol estancia, demeure.
Note 135:(retour)De l'espagnol estancia, demeure.
Tous ces Indiens sont d'une humeur fort melancholique, & ont neantmoins l'esprit fort vif, & comprennent en peu de temps ce qu'on leur montre, & ne s'ennuient poinct pour quelque chose ou injure qu'on leur face ou dye. J'ay figuré, en ceste page & la suivante, ce qui se peult bien representer de ce que j'en ay discouru cy dessus136.
Note 136:(retour)PlancheLXetLXI.
Note 136:(retour)PlancheLXetLXI.
La pluspart des dicts Indiens ont leur logement estrange, & sans aucun arrest, car ils ont une manière de coches qui sont couvertes d'escorche d'arbres, attelés de chevaux, mulets ou boeufs, & ont leurs femmes & enfants dedans lesdicts coches, & sont ung mois ou deux en ung endroict [du] païs, puis s'en vont en ung autre lieu, & sont continuellement ainsy errans parmy le pays.
Il y a une manière d'Indiens qui vivent & font leurs demeures en certains villages qui appartiennent aux seigneurs ou marchands, & cultivent les terres137.
Note 137:(retour)PlancheLXII.
Note 137:(retour)PlancheLXII.
40/44Or pour revenir au discours de mon voiage, après avoir demeuré ung mois entier à Mechique, je retournay à St Jean de Luz, auquel lieu je m'enbarquay dans une patache qui alloit à Portovella138, où il y a quatre cents ou cinq cents lieues. Nous feusmes trois sepmaines sur la mer avant que d'ariver au dict lieu de Portovella, où je trouvay bien changement de contrée, car au lieu d'une très bonne & fertille terre que j'avois trouvé en la Nove Espaigne, comme j'ay recité cy dessus, je rencontray bien une mauvaise terre, estant ce lieu de Portovella, la plus meschante & malsaine demeure qui soit au monde: il y pleut presque tousjours, & sy la pluye cesse une heure, il y faict sy grande chaleur que l'eau en demeure toute infectée, & rend l'air contagieux, de telle sorte que la pluspart des foldats ou mariniers nouveaux venneus y meurent. Le pays est fort montaigneux, remply de bois de sappins, & où il y a sy grande quantité de singes, que c'est chose estrange à voir. Neantmoins ledict port de Portovella est très bon; il y a deux chasteaux à l'entrée qui sont assez forts, dans lesquels il y a trois cents soldats en garnison. Joignant ledict port, où sont les forteresses, il y en a ung autre qui n'en est aucunement commandé, & où une armée pourroit descendre seurement. Le Roy d'Espaigne tient ce port pour une place de consequence, estant proche du Pérou, car il n'y a que dix sept lieues jusque à Bahama, qui est à la bande du fur.
Note 138:(retour)Porto-Bello.
Note 138:(retour)Porto-Bello.
Ce port de Panama, qui est sur la mer du139,41/45est très bon, & y a bonne radde, & la ville fort marchande, dont la figure ensuit140.
Note 139:(retour)Lacune dans l'original.
Note 139:(retour)Lacune dans l'original.
Note 140:(retour)A partir d'ici, l'auteur annonce des figures qui manquent dans l'original.
Note 140:(retour)A partir d'ici, l'auteur annonce des figures qui manquent dans l'original.
En ce lieu de Panama s'assemble tout l'or & l'argent qui vient du Pérou, où l'on les charges, & toutes les autres richesses sur une petite riviere qui vient des montaignes, & qui descend à Portovella, laquelle est à quatre lieues de Panama, dont il faut porter l'or, l'argent & marchandises sur mulets: & estans enbarqué sur ladicte riviere, il y a encor dix huict lieues jusques à Portovella.
L'on peult juger que sy ces quatre lieues de terre qu'il y a de Panama à ceste riviere estoient couppés, l'on pourroit venir de la mer du su en celle de deçà, & par ainsy l'on accourciroit le chemin de plus de quinze cents lieues141; & depuis Panama jusques au destroit de Magellan ce seroit une isle, & de Panama jusques aux Terres noeusves une autre isle, de sorte que toute l'Americque seroit en deux isles.
Note 141:(retour)«La jonction de l'océan Atlantique et de l'océan Pacifique à travers l'isthme de Panama, n'est pas, comme on voit, une idée moderne. Champlain a peut-être le mérite de l'avoir émise le premier.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 141:(retour)«La jonction de l'océan Atlantique et de l'océan Pacifique à travers l'isthme de Panama, n'est pas, comme on voit, une idée moderne. Champlain a peut-être le mérite de l'avoir émise le premier.» (Ed. Soc. Hakl.)
Sy ung ennemy du Roy d'Espaigne tenoit ledict Portovella, il empescheroit qu'il ne sortist rien du Pérou, qu'à grande difficulté & risque, & plus de despens qu'il ne reviendroit de proffit. Drac142fust au dict Portovella pour le surprendre, mais il faillit son entreprise, ayant esté descouvert, dont il mourut42/46de desplaisir, & commanda en mourant qu'on le mist en ung tombeau, & qu'on le jettast entre une isle & le dict Portovella. Ensuit la figure de ladicte riviere & plan du pays143.
Note 142:(retour)«Sir Francis Drake, après son infructueuse tentative sur Porto-Rico, poursuivit son voyage à Nombre-de-Dios, où, ayant débarqué ses hommes, il essaya de s'avancer jusqu'à Panama, dans le dessein de ravager la place, ou, s'il trouvait la chose praticable, la garder et la fortifier; mais il n'y rencontra pas les mêmes facilités que dans ses premières entreprises. Les Espagnols avaient fortifié les passages, et posté, dans les bois, des troupes qui incommodaient tellement les Anglais par des escarmouches et des alarmes continuelles, que ceux-ci furent contraints de s'en retourner sans rien faire. Drake lui-même, par suite des intempéries du climat, des fatigues du voyage, et des chagrins du désappointement, fut saisi d'une indisposition dont il mourut peu après. (Voir Hume'sHist. of England, ann. 1597. Drake mourut le 30 décembre 1596, vieux style, ou le 9 janvier 1597, style neuf.) L'on disposa de son corps de la manière mentionnée par Champlain.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 142:(retour)«Sir Francis Drake, après son infructueuse tentative sur Porto-Rico, poursuivit son voyage à Nombre-de-Dios, où, ayant débarqué ses hommes, il essaya de s'avancer jusqu'à Panama, dans le dessein de ravager la place, ou, s'il trouvait la chose praticable, la garder et la fortifier; mais il n'y rencontra pas les mêmes facilités que dans ses premières entreprises. Les Espagnols avaient fortifié les passages, et posté, dans les bois, des troupes qui incommodaient tellement les Anglais par des escarmouches et des alarmes continuelles, que ceux-ci furent contraints de s'en retourner sans rien faire. Drake lui-même, par suite des intempéries du climat, des fatigues du voyage, et des chagrins du désappointement, fut saisi d'une indisposition dont il mourut peu après. (Voir Hume'sHist. of England, ann. 1597. Drake mourut le 30 décembre 1596, vieux style, ou le 9 janvier 1597, style neuf.) L'on disposa de son corps de la manière mentionnée par Champlain.» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 143:(retour)Cette figure manque dans l'original.
Note 143:(retour)Cette figure manque dans l'original.
Ayant demeuré ung moys audict Portovella, je m'en revins à St Jean de Luz, où nous sejournasmes quinze jours, en attendant que l'on fist donner carenne à nos vaisseaux pour aller à la Havanne, au rendez vous des armées & flottes. Et estants partis pour cest effect dudict St Jean de Luz, comme nous feusmes vingt lieues en mer, ung houracan nous prist de telle furye d'un vent de nord, que nous nous pensasmes tous perdre, & feusmes tellement escartés les ungs des autres, que nous ne nous peusmes rallier que à la Havanne; d'autre part nostre vaineau faisoit telle quantité d'eau, que nous ne pensions pas eviter ce péril, car sy nous avions une demye heure de repos sans tirer l'eau, il falloit travaller deux heures sans relache, & sans la rencontre que nous fismes d'une patache, qui nous remist à nostre route, nous allions nous perdre à la coste de Campesche, en laquelle coste de Campesche il y a quantité de sel qui se faict & engendre sans art, par retenue d'eau qui demeure après les grandes marés, & se congele au soleil. Nostre pillotte avoit perdu toute la cognoissance de la navigation, mais par la grâce de Dieu, [qui] nous envoya rencontre de ceste patache, nous nous rendismes à43/47la Havanne, dont avant que de parler je reprefenteray icy ladicte coste de Campesche144.
Note 144:(retour)Cette carte manque également dans l'original.
Note 144:(retour)Cette carte manque également dans l'original.
Arivames à la Havanne, nous y trouvasmes nostre général, mais nostre admirante n'y estoit pas encores arrivé, qui nous faisoit croire qu'il estoit perdu; toutesfoys il se rendict bien tost après avec le reste de ses vaisseaux. Dix huict jours après nostre arrivée audict lieu de la Havanne, je m'enbarquay en ung vaisseau qui alloit à Cartage145, & feusmes quinze jours à faire ledict voiage. Ce lieu est ung très bon port, où il y a belle entrée, à l'abry de tous vents, fors du nord norouest, qui frape dans ledict port, dans lequel il y a troys isles: le Roy d'Espaigne y entretient deux galleres. Ledict lieu est en païs que l'on appelle terre ferme, qui est très bon, bien fretille, tant en bledz, fruict, que autres choses necessaires à la vye, mais non pas en telle abondance qu'en la Neufve Espaigne, & en recompense, il se tire aussy plus grand nombre d'argent audict lieu de terre ferme. Je demeuray ung mois & demy audict lieu de Cartagenes, & pris ung portraict de la ville & du port que j'ay icy raporté146.
Note 145:(retour)Carthagènes.
Note 145:(retour)Carthagènes.
Note 146:(retour)Le plan manque dans l'original.
Note 146:(retour)Le plan manque dans l'original.
Partant dudict lieu de Cartagene, je m'en retournay à la Havanne trouver nostre général, qui me fist fort bonne reception, pour avoir veu par son commandement les lieux où j'avois esté. Ledict port de la Havanne est l'un des plus beaux que j'aye veu en toutes les Indes, il a l'entrée fort estroitte, très bonnes, & bien munies de ce qui est necessaire pour le conserver, & d'un fort à l'autre il44/48y a une chaine de fer qui traverse l'entrée du port. La garnison desdictes forteresses est de six cents soldats: à sçavoir, en l'une nommée le More, du costé de l'est, quatre cents, & en l'autre forteresse, qui s'appelle le fort neuf, & en la ville deux cents. Au dedans dudict port il y a une baye qui contient en rondeur plus de six lieues, ayant une lieue de large, où l'on peult mouller l'ancre en tous endroicts, à troys, quatre, six, huict, dix, quinze & saize brasses d'eau, & y peuvent demeurer grand nombre de vaisseaux: il y a une très bonne ville & fort marchande, laquelle est figurée en la page suivante147.
Note 147:(retour)Le plan manque dans l'original.
Note 147:(retour)Le plan manque dans l'original.
L'isle en laquelle sont ledict port & la ville de la Havanne s'appelle Cuba, & est fort montaigneuse, il n'y a aucune mine d'or ou d'argent, mais plusieurs mines de mestail, dont ils font des pièces d'artillerye en148la ville de la Havanne. Il ne croist ny bled ny vin dans ladicte isle: celuy qu'ils mangent vient de la Neufve Espaigne, de façon que quelque fois il y est fort cher.
Note 148:(retour)Le manuscrit porteet, ou quelque chose de semblable; pour former un sens raisonnable, nous avons cru pouvoir mettreen. Le traducteur de la Société Hakluyt a rendu ce petit mot parfor, pour.
Note 148:(retour)Le manuscrit porteet, ou quelque chose de semblable; pour former un sens raisonnable, nous avons cru pouvoir mettreen. Le traducteur de la Société Hakluyt a rendu ce petit mot parfor, pour.
Il y a en ladicte isle quantité de fruicts fort bons, entre autres ung qui s'appelle pines149, qui ressemble parfaidement aux pins de par deçà. Ils ostent l'escorche, puis le couppent par la moityé, comme pommes, & a ung très bon goust, fort doux, come sucre.
Note 149:(retour)Pina de Indias (espagnol), l'ananas. «Nos habitans, dit le P. du Tertre (Hist. des Antilles), en distinguent de trois sortes, ausquelles se peuvent rapporter toutes les autres: à sçavoir, le gros Ananas blanc, le pain de sucre, & la pomme de rainette. Le premier a quelquefois huit ou dix pouces de diamettre, & quinze ou seize pouces de haut... Quoy qu'il toit plus gros & plus beau que les autres, son goust n'est pas si excellent; aussi n'est-il pas tant estimé... Le second porte le nom de sa forme, parce qu'il est tout semblable à un pain de sucre... Le troisième est le plus petit; mais c'est le plus excellent... Tous conviennent en ce qu'ils croissent d'une mesme façon, portent tous le bouquet de feuilles ou la couronne sur la teste, & ont l'escorce en forme de pomme de pin, laquelle se leve pourtant & se coupe comme celle d'un melon.»
Note 149:(retour)Pina de Indias (espagnol), l'ananas. «Nos habitans, dit le P. du Tertre (Hist. des Antilles), en distinguent de trois sortes, ausquelles se peuvent rapporter toutes les autres: à sçavoir, le gros Ananas blanc, le pain de sucre, & la pomme de rainette. Le premier a quelquefois huit ou dix pouces de diamettre, & quinze ou seize pouces de haut... Quoy qu'il toit plus gros & plus beau que les autres, son goust n'est pas si excellent; aussi n'est-il pas tant estimé... Le second porte le nom de sa forme, parce qu'il est tout semblable à un pain de sucre... Le troisième est le plus petit; mais c'est le plus excellent... Tous conviennent en ce qu'ils croissent d'une mesme façon, portent tous le bouquet de feuilles ou la couronne sur la teste, & ont l'escorce en forme de pomme de pin, laquelle se leve pourtant & se coupe comme celle d'un melon.»
45/49Il y a quantité de bestial, comme boeufs, vaches & pourceaux, qui est la milleure viande de toutes les autres en ce pays-là. En toutes ces Indes, ils tiennent grande quantité de boeufs, plus pour en avoir les cuirs que pour les chairs. Pour les prendre ils ont des naigres qui courent à cheval après ces boeufs, & avec des astes150, où il y a un croissant au bout fort tranchant, couppent les jarets des boeufs, qui sont aussy tost escorchés, & la chair sy tost consommé, que vingt quatre heures après l'on n'y en recognoist, estant devoré de grand nombre de chiens sauvages qui sont audict pays, & autres animaux de proye.
Note 150:(retour)Hastes, lances ou piques.
Note 150:(retour)Hastes, lances ou piques.
Nous feusmes quatre mois à la Havanne, & partant de là, avec toute la flotte des Indes qui s'y estoit assemblée de toutes parts, nous allâmes pour passer le canal de Bahan151, qui est un passage de consequence, par lequel il faut necessairement passer en retournant des Indes. A l'un des costés d'iceluy passage, au nord, gist la terre de la Floride, & au su la Havanne: la mer court dans ledict canal de grande impetuosité. Ledict canal a quatre vingt lieues de long, & de large huict lieues, comme il est cy après figuré, ensemble ladicte terre de la Flouride, au moins ce que l'on recognoist de la coste152.
Note 151:(retour)Bahama.
Note 151:(retour)Bahama.
Note 152:(retour)Cette carte manque dans l'original.
Note 152:(retour)Cette carte manque dans l'original.
En sortant dudict canal l'on va recognoistre la46/50Bermude, qui est une isle montaigneuse, de laquelle il faict mauvais approcher, à cause des dangers qui sont autour d'icelle: il y pleut presque tousjours, & y tonne sy souvent, qu'il semble que le ciel & la terre se doibvent assembler; la mer est fort tempestueuse au tour de la dicte isle, & les vagues haultes comme les montaignes. Ladicte isle est icy figurée153.
Note 153:(retour)Cette figure manque également dans l'original.
Note 153:(retour)Cette figure manque également dans l'original.
Ayant passé le travers de ladicte isle, nous vismes telles quantité de poissons vollants154, que c'est chose estrange: nous en primes quelques uns qui vindrent sur nos vaisseaux, ils ont la forme comme ung harents, les ailles plus grandes, & sont très bons à manger.
Note 154:(retour)«Exocetus volitans(LINN.)» (Ed. Soc. Hakl.)
Note 154:(retour)«Exocetus volitans(LINN.)» (Ed. Soc. Hakl.)