BERTALL

BERTALL

Mieux que personne, Bertall connaît le monde parisien, et il faut voir avec quel entrain il le fait danser sous les yeux étonnés du lecteur.

Singulier homme que ce Bertall! Il dessine comme Gavarni, il écrit comme About, il a de l'esprit comme Karr, et il n'a pas l'air de s'en douter autrement.

Il fait un livre qui est un monde, et il dit tranquillement: «Voilà!»

Et quand on lui fait des compliments, il a l'air de chercher dans son cerveau de qui ou de quoi on lui veut parler.

Ce livre dela Comédie de notre tempsest, sans contredit, le grand succès du jour, et voyez quelle chose étrange, ce succès ne fera pas de jaloux, parce qu'il est vraiment mérité.

Puisque je tiens Bertall, j'en profite.

Un jour un collectionneur intelligent—il existeprobablement—ramassera toute son œuvre, c'est-à-dire les deux cent mille dessins qu'il a faits depuis trente ans, sans compter ceux qu'il fera encore, car ce diable d'homme a tout illustré! Il est vrai qu'il a eu le soin de ne pas s'oublier.

Bertall eut un jour une idée qui a rapporté des millions... à l'éditeur.

Il pensa à illustrer l'œuvre de Paul de Kock en livraisons à bon marché.

La spéculation fut magnifique, elle dure encore.

Tout cela n'a rien de bien extraordinaire, mais voici le curieux de l'affaire.

On apporte les premiers exemplaires à Paul de Kock, qui se met tranquillement à relire son œuvre.

—Eh bien! êtes-vous content? lui demande l'éditeur.

—Ma foi oui, répondit l'auteur deMon Voisin Raymond, depuis qu'il y a des dessins dans mes livres, je les lis avec plaisir; je n'aurais jamais cru que c'était aussi amusant; vous me croirez si vous voulez, il y a des moments où je n'ai pas pu m'empêcher de rire.

Jusque-là, il n'y avait que lui dans l'univers qui n'avait pas ri en lisant ses livres.


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