LISE TAUTIN

LISE TAUTIN

Cette pauvre Lise Tautin vient de mourir à Bologne (1874).

Paris avait oublié cette étoile, disparue un beau soir sans qu'on sache pourquoi.

C'était une charmante fille, enfant de la halle, folle du théâtre, qu'elle adorait.

Jacques Offenbach, qui sait trouver les étoiles autrement que M. Le Verrier, l'avait découverte à Bruxelles et l'avait amenée aux Bouffes à raison de cent cinquante francs par mois; c'était le prix des étoiles il y a dix-huit ans; mais tout a bien augmenté depuis.

Pendant sept ans, Tautin fut l'enfant gâtée du public.

Puis un jour, le capricieux la délaissa pour Schneider.

Le public resta froid.

—Allons, pensa la pauvre Lise, il n'y a plus rien à faire pour moi ici. Et elle partit. Elle recommença sa vie nomade; mais elle devint triste.

—Ça ne durera pas, cette toquade-là, disait Tautin, qui avait vu Schneider jouer des bouts de rôles au théâtre où elle était la reine. Elle attendit en se mordant les lèvres que le caprice du maître passât; mais le caprice persistait.

Un jour, Schneider fut malade, et sa rivale pensa que son tour était revenu.

—Je vais leur faire voir, dit-elle, comment onchantelabelle Hélène!

Je la rencontrai il y a deux ans. Elle me parla de ses succès, de ses couronnes, de ses bouquets, de ses triomphes; et, quand elle eut fini cette nomenclature, deux larmes lui vinrent aux yeux.

—C'est égal, fit-elle, il n'y a encore que Paris!

—Hélas! oui il n'y a que Paris pour les artistes.

Pauvre fille! qui pouvait lui faire croire, quand le public lui faisait bisser l'air d'Évohé, qu'elle irait mourir oubliée dans le pays de la charcuterie, à Bologne?


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