MICHELET

MICHELET

Le chantre de l'amour, de la mer et de l'oiseau, Michelet l'historien, est mort.

Il n'est pas probable qu'à son âge il laisse des mineurs, néanmoins on a vendu sa bibliothèque aux enchères.

Pendant qu'on adjugeait les livres de l'éloquent professeur du Collège de France, madame Janin offrait ceux de son mari à l'Académie française.

Les héritiers se suivent, mais ne se ressemblent pas.

A cela on dira que madame Janin est riche.

C'est vrai. Mais la bibliothèque de l'auteur deBarnaveest d'un prix inestimable, celle de Michelet, ou du moins ce qui a été vendu, n'a pas atteint trois cents francs.

On dira peut-être que je me mêle de choses qui ne me regardent point. Eh bien! si, cela me regarde parce que dans ces volumes, vendus à un prix si infime quele commissaire-priseur et les commissionnaires ont dû faire la grimace, il y avait des envois d'auteurs.

Deux ou trois cents pauvres diables, poussés par le respect ou l'admiration, avaient inscrit leurs noms au bout d'une formule, grotesque peut-être, mais, à coup sûr, honorable pour celui auquel elle s'adressait.

Eh bien, ces livres-là, quelle que soit l'obscurité de ceux qui les ont signés, on les brûle, on en fait des allumettes, mais on ne les vend pas.


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