NAUNDORFF

NAUNDORFF

Naundorff vient réclamer un état civil, se prétendant tout simplement le fils du dauphin Louis XVII, mort au Temple, comme on l'avait cru jusqu'à présent.

Il paraît que c'était une erreur.

On aurait fait un faux acte mortuaire, et le dauphin, le vrai dauphin, aurait été enlevé du Temple dans un cercueil.

C'est en vain que, depuis 1851, on dit à ce brave lieutenant hollandais:—Il y a un arrêt qui vous a débouté de vos prétentions.

Il répond:

—Oui, mais c'est un arrêt par défaut. Le comte de Chambord ne s'est pas défendu.

—Jugez donc, s'il s'était défendu!

—Peu importe. J'ai des preuves; tous les monarques du Nord ont reconnu mon père qu'ils ne connaissaient pas. Il a été enterré sous le nom de Bourbon; je suis connu sous le nom de Bourbon. Demandez au roi de Prusse.

Comme personne ne se soucie d'aller s'informer, le dauphin putatif reste calme dans son opinion.

Vous verrez qu'il y aura des gens qui vont croire.

Hier, une dame disait:

—Enfin, si son père n'était qu'un simple horloger, pourquoi aurait-on voulu l'assassiner?

Avec cet argument, on finirait par conclure que Peschard, l'horloger de Caen, qui fut assassiné pour tout de bon, était bien plus dauphin que Naundorff, qui n'a été assassiné que platoniquement.

La vérité, c'est qu'on se passionne peu pour le lieutenant Naundorff, qui a déclaré qu'il ne tenait pas du tout à la couronne de France.

Ça été de sa part une maladresse. Que de partisans il aurait pu se faire! Il y a tant de gens qui espèrent avoir un jour un ministère ou un bureau de tabac!

Un homme qui peut dire: J'abaisserai les impôts, je supprimerai le service militaire, je donnerai de l'avancement aux employés, cet homme peut être sûr d'avoir des partisans.

Mais un prince qui ne réclame pas la couronne n'est pas un prince intéressant du tout.

Le plus curieux, c'est que Naundorff a trouvé un avocat; cet avocat, c'est M. Favre; il y a des fatalités.

Vous vous attendez à me voir injurier cet homme politique.Eh bien, pas du tout; vous voilà bien attrapés.

D'abord je n'insulte personne. Cela ne sert à rien; puis je reconnais à M. Favre un certain courage, celui de rechercher avec avidité toutes les occasions d'exciter ses ennemis contre lui. Est-ce de sa part bravoure, mépris ou inconscience? Ma foi, je n'en sais rien.

Dans ce procès, comme dans les autres, le membre de la Défense nationale défend son client avec un talent indiscutable.

Pendant un moment, il a jeté le doute dans l'esprit de l'auditoire, à ce point que plusieurs vieilles dames versaient des larmes abondantes.

Un soir, un député arrive tout effaré dans les couloirs de l'Assemblée.

—Jules Favre, s'écrie-t-il, vient de prouver d'une façon irréfutable que Naundorff est vraiment le dauphin de France.

—Quelle plaisanterie!

—Ce n'est pas une plaisanterie, dit le baron Élizé de M..., intervenant dans la conversation; la preuve, c'est que M. de C... vient de partir pour demander à Naundorff s'il accepterait le drapeau tricolore.


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