IV.

De l’examen de ces distances il ressort deux choses : la première, c’est que l’Ouad Sous fait un coude considérable auprès d’Aoulouz ; la seconde, que l’Ouad Zagmouzen décrit un long circuit avant de se jeter dans l’Ouad Tifnout.On ne met en effet que 3 heures et demie pour aller de Tasdṛemt à Tirkt : on laisse le fleuve à gauche, on coupe au court à travers un désert, le Khela Aït Ouasạou, et on ne retrouve l’Ouad Sous qu’à Tirkt. Si on voulait faire le même trajet en longeant le fleuve, au milieu des villages et des cultures, il faudrait 5 heures de temps.De même, pour se rendre d’Iṛil n Oro à Aoulouz, il suffit d’une forte demi-journée. On descend l’Ouad Zagmouzen jusqu’à Taourirt el Ḥad : là on le quitte et on coupe au court à travers les montagnes du flanc gauche. On monte d’abord par le désert Timezgiḍa n Izrar ; puis on arrive à la qoubbade Sidi Bou Reja, située au col même où se franchit le massif : ce col, fort célèbre, s’appelle Tizi n Sous. De là on passe dans un nouveau désert, la forêt de Dou Ouzrou Zouggaṛ, célèbre par les brigandages qui s’y commettent : non loin de là se trouve le village d’Agni n Fad, qui reste en dehors de la route. Après deux heures de marche dans cette solitude, on débouche chez les Rḥala à Aourir, village du groupe d’Aoulouz. Ce chemin est ce qu’on appelle le chemin de Tizi n Sous. Quoique en montagne, il n’est pas très pénible. Il se fait en une demi-journée. On mettrait deux fois plus de temps en suivant le fond des vallées : en effet, on compte une forte journée pour aller d’Iṛil n Oro à Tinmekkoul, et il y a encore deux ou trois heures de ce point à Aoulouz.Nous avons dit plus haut que, si les bords du Sous sont cultivés partout, il n’en est pas de même de la large plaine formant le fond de la vallée : elle n’est cultivée qu’en partie : le reste est couvert de bois et de pâturages. Les principales forêts sont : sur la rive droite, celle de Bou Taddout (Aït Iiggas et Oulad Iaḥia) ; sur la rive gauche, celle de Briouga (Oulad Iaḥia, entre Timdouin et Taroudant) ; au milieu de cette dernière se trouve le grand village de Tiout, situé à mi-distance entre Igli et Taroudant.REMARQUES SUR LES TRIBUS.— Les habitants du Sous, sauf un ou deux petits groupes d’Arabes de quelques tentes seulement, comme celui des Oulad Dris, groupes jetés on ne sait comment et noyés au milieu du reste de la population, sont tous de race tamaziṛt (chleuḥa) et de mœurs sédentaires. La langue usuelle y est partout le tamaziṛt. Dans le haut Sous, au-dessus du Ras el Ouad, et dans les chaînes du Grand et du Petit Atlas, cette langue est à peu près la seule connue. Mais à mesure qu’on descend le cours du fleuve et qu’on se rapproche du fond de sa vallée, le nombre des individus sachant l’arabe augmente. A partir des Menâba, il est peu d’hommes, au bord de l’ouad, qui ne connaissent cette langue.L’état politique des tribus du Ras el Ouad a traversé depuis quelque temps diverses vicissitudes : durant de longues années, ces tribus ont été insoumises, sans aucune relation avec le makhzen. Récemment, pendant l’été de 1882, Moulei El Ḥasen fit une campagne dans le bas Sous et le nord du Sahel Marocain, et en profita pour inviter les habitants du Ras el Ouad à l’obéissance : c’était dans un moment de famine ; les populations, pauvres et affaiblies, ne voulurent pas entrer en lutte ; d’ailleurs une portion d’entre elles, fatiguée d’une longue anarchie, souhaitait un gouvernement régulier : elles se soumirent. On donna le titre de qaïd à leurs chikhs héréditaires : ceux-ci furent chargés de collectionner l’impôt et de lever des soldats pour le compte du sultan : au reste, point de garnisons, point d’hommes du makhzen, pas un seul fonctionnaire étranger. Tel était l’état du pays au moment de mon voyage. On était soumis au sultan, mais celui-ci n’exigeait que fort peu ; trop cependant, au gré de ces tribus jalouses de leur liberté : même ceux qui naguère avaient désiré ce régime en étaient lassés : il est vrai qu’ils n’y avaient point trouvé le bien qu’ils en attendaient. Aussi cet état de choses n’a, paraît-il, pas duré longtemps. Dès la première année d’abondance, la révolte a été générale : en automne 1884, toutes les tribus ont, dit-on, refusé argent et soldats ; en quelques lieux où les qaïds avaient abusé de leur autorité ou voulu maintenir l’ordre établi, elles les ont chassés, en détruisant leurs demeures. Depuis lors toutes vivent de nouveau dans une complète indépendance, sans aucun rapport avec Moulei El Ḥasen.Celui-ci avait divisé le Ras el Ouad en six provinces,ạmel. Chacune d’elles se composait d’une des tribus ou fractions de tribus principales, que gouvernait son chikh avec le titre de qaïd : ce magistrat avait de plus dans son ressort, surtout en ce qui concernait leurs rapports avec le sultan, les tribus voisines moins considérables, ou celles dont la dépendance n’était pas complète. C’est ainsi que le qaïd des Menâba avait dans son ạmel les Aït Iiggas et les Talkjount d’une part, les Indaouzal de l’autre. Les six ạmels étaient :1oRḥala (Ida ou Gemmed).2oRḥala (Aït Ououlouz et Ida ou Tift).3oMenâba.4oOulad Iaḥia.5oAït Semmeg (sur l’Ouad el Amdad ; versant sud du Grand Atlas).6oMentaga (dans le massif du Grand Atlas).Rhala. — Tribu occupant les deux rives de l’Ouad Sous. Tous les villages en sont sur les bords mêmes du fleuve. Elle se divise, comme nous l’avons vu, en Ida ou Gemmed, Aït Ououlouz, Ida ou Tift. Deux chikhs héréditaires, portant aujourd’hui le titre de qaïd, les gouvernent : ce sont le qaïd Ḥaïda ould El Ḥasen ou Aḥman, résidant à Tagenza : il a sous son autorité les Ida ou Gemmed ; le qaïd Ọmar el Aoulouzi, demeurant à Agadir n Iblaz : il commande aux Aït Ououlouz et aux Ida ou Tift. Deux marchés chez les Rḥala, le Ḥad Aoulouz et l’Arbạa Aoulouz. Cinq mellaḥs.Menaba. — Tribu occupant la rive droite de l’Ouad Sous ; elle forme une bande étroite le long du fleuve et ne s’étend pas dans l’intérieur de la vallée. Elle est gouvernée par Qaïd El Ạrbi, résidant à Igli ; la maison de celui-ci, vaste demeure avec grandes dépendances, s’appelle El Mkhatir. Trois marchés dans la tribu, Ḥad Igli, Djemạa Tinzert et Tlâta Aït Ioub : ce dernier, connu sous le nom de Tlâta Menâba, est le marché le plus important du Ras el Ouad. Il y a 12 mellaḥs chez les Menâba.Indaouzal. — C’est une grande et puissante tribu située sur la rive gauche de l’Ouad Sous ; sur les bords immédiats du fleuve, elle n’occupe qu’une faible longueur ; mais au delà elle s’étend au loin, bornée à l’est par les Aït Iaḥia et les Aït Semmeg, au nord par les Rḥala et les Menâba, à l’ouest par les Oulad Iaḥia, au sud et au sud-ouest par diverses petites tribus indépendantes : toute la plaine qui s’étend au sud des Menâba et des Rḥala lui appartient, ainsi que les premières pentes du Petit Atlas sur une assez grande profondeur ; le Tizi n Sous est sur son territoire. Elle a deux chikhs héréditaires résidant, l’un à Akchtim, l’autre dans un village appelé de son nom, Ould Sidi Malek. De plus, les localités des Indaouzal limitrophes des Aït Iaḥia se sont rangées sous l’autorité du chef de ces derniers, le chikh d’Arfaman. Pour leurs rapports avec le sultan, les Indaouzal dépendent du qaïd El Ạrbi, d’Igli. Cette tribu, en paix en ce moment, a été longtemps désolée par des querelles intestines : depuis une époque très ancienne, elle est divisée en deux partis, presque toujours en guerre l’un contre l’autre ; dans ces luttes, chaque parti eut constamment pour soutien son voisin, l’un les Aït Semmeg, l’autre les Oulad Iaḥia. A la longue ils prirent les noms de ces alliés, en sorte qu’aujourd’hui une moitié des Indaouzal est dite Aït Semmeg, l’autre Oulad Iaḥia.La tribu est chleuḥa et sédentaire ; elle possède un grand nombre de villages : nous en avons cité quelques-uns sur l’Ouad Sous ; ce sont presque les seuls qui soient arrosés par une rivière ; la plupart des autres n’ont que des sources ou des citernes ; voici les noms des principaux :Tidnes, Agni n Fad, Kouilal, Tabia n Imaoun, Taourirt el Mrabṭin, Aït Ious, Aït Djamạ, Akchtim, Amalou, Assaïn, Aït Bazmad, Aït Bou Iạzza, Tamalalt, Amari, Es Sebt, Imi el Ạïn.Distances :d’Arfaman (Aït Iaḥia) à Tidnes1 h. 1/2.de Tidnes à Agni n Fad (forêt de Dou Ouzrou)3 heures.d’Agni n Fad à Assaïn1 heure.d’Assaïn à Tassoumat3/4 d’heure.Aït Bazmad, Aït Bou Iạzza, Tamallalt, Amari, Es Sebt, Imi el Ạïn sont groupés autour d’Assaïn.Deux marchés : l’un se tient le samedi, au village appelé pour ce motif Es Sebt ; l’autre est l’Arbạa Aït Ạbd Allah ou Mḥind.Deux mellaḥs.Oulad Iahia. — Très grande tribu, la plus considérable du bassin du Sous. Elle s’étend sur la rive droite du fleuve de Taroudant aux Aït Iiggas, sur sa rive gauche de Tamast à Taroudant. Sur toute cette longueur, la vaste plaine située entre le Grand Atlas d’une part, le Petit Atlas de l’autre, lui appartient. Elle occupe la vallée dans toute sa largeur, au lieu de ne comprendre, comme les Rḥala et les Menâba, que les bords de l’ouad. Elle est gouvernée par un chikh héréditaire, portant aujourd’hui le titre de qaïd ; il se nomme Ould El Djeïdli ; sa résidence est Timdouin : c’est unhomme riche et puissant. Il y a quelques années, avant la soumission du Ras el Ouad, ayant eu l’imprudence d’aller à Taroudant, il y fut saisi et incarcéré par ordre du sultan : moyen de lui faire donner une partie de ses richesses. Il demeura près de 6 ans en prison, et ne fut relâché que sur les instances de Sidi Moḥammed ou Bou Bekr, chef de la zaouïa de Tamegrout, lors d’un voyage que ce saint personnage fit à Taroudant.Le principal marché de la tribu est le Tenîn Timdouin. Trois mellaḥs.Mentaga. — Tribu soumise au sultan, que gouverne, avec le titre de qaïd, son chikh héréditaire, Ạli ou Malek. Il réside à Sidi Mousa. Les Mentaga habitent sur les pentes du Grand Atlas. Une seule rivière, à laquelle ils donnent leur nom, arrose leur territoire : elle prend sa source à la crête même de la chaîne ; on ne peut me dire où elle se jette. Deux marchés, le Tlâta et l’Arbạa Mentaga.AFFLUENTS.— L’Ouad Sous en a un grand nombre : voici les principaux : l’Ouad Tazioukt, s’y jetant à Tasdṛemt ; l’Ouad el Amdad, s’y jetant à Ida ou Qaïs ; l’Ouad Bou Srioul, s’y jetant à Oulad Ḥasen ; l’Ouad Talkjount, s’y jetant à Igli. Il reçoit tous ces cours d’eau sur sa rive droite.Ouad Tazioukt. — Il sort du désert d’Iger n Znar, qui s’étend entre son cours et le district d’Ouneïn. Il arrose successivement les villages suivants :Tagoulemt, Tanfit, Agersaf, Takemmou, Bou Maziṛ, Iḥouzin, Tlemkaïa.Leur ensemble forme le district de Tazioukt ; il dépend du qaïd d’Aoulouz.L’Ouad Tazioukt a de l’eau sur tout son cours et en toute saison.Distance :de Tasdṛemt à Tagoulemt3 heures.Largeur du désert d’Iger n Znar3 heures.Ouad el Amdad. — Dans son haut cours, on l’appelle souvent Ouad Ouneïn. Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas ; en descendant, il entre d’abord dans le district d’Ouneïn : il y arrose un grand nombre de villages, dont les principaux sont :Adouz, Irazin, Anzi, Taleouin.De là il passe dans la tribu des Aït Semmeg ; il y arrose successivement beaucoup de villages : les principaux sont :Sidi ou Ạziz, Aït Bou Bekr (groupe de plusieurs villages), Aouftout, Touloua.Durant tout ce temps, il reste en montagne. Ensuite il débouche en plaine par le kheneg d’Imi n ou Asif : il entre là dans la vallée du Sous ; il y traverse, dans sa partie orientale, la tribu des Talkjount ; puis il sert de limite pendant quelque temps entre les Rḥala et les Menâba, et enfin il se jette dans l’Ouad Sous, entre Ida ou Qaïs et Ạïn n Ougeïḍa.A Imi n ou Asif se trouve un grand village avec marché, Khemîs Sidi Moḥammed ou Iạqob.L’Ouad el Amdad a de l’eau sur tout son cours et en toute saison.Distance : d’Aderdour à Ouneïn1 jour.Le district d’Ouneïn est fort peuplé ; il se compose non seulement des villages arrosés par l’Ouad el Amdad, mais encore de plusieurs autres à proximité : il est gouverné par un chikh. Ce district a fait sa soumission en même temps que tout le Ras el Ouad : auparavant le Genṭafi s’était efforcé à plusieurs reprises de le réduire sous son autorité : il n’avait jamais pu y réussir. Un mellaḥ dans l’Ouneïn.Les Aït Semmeg sont une nombreuse tribu habitant les bords de l’Ouad el Amdad et la région voisine : ils n’ont rien de commun avec les Aït Semmeg de l’Ouad Zagmouzen. Ceux que nous trouvons ici forment un des 6 ạmels du Ras el Ouad. Ils sont gouvernés par le qaïd Ọmar ben Bacha, résidant à Aouftout. Un mellaḥ sur leur territoire. Deux marchés : le Khemîs Sidi ou Ạziz et le Tenîn Aït Bou Bekr.Ce nom d’Aït Bou Bekr rappelle une triste histoire. En août 1880, un jeune Autrichien, M. Joseph Ladeïn, quittait Merrâkech avec l’intention de gagner Taroudant par l’Atlas : c’est une route ordinairement sûre : il ne prit pas de travestissement, n’emmena point d’escorte, se pensant assez protégé en se joignant à une caravane. Un domestique israélite le suivait. Il remonta l’Ouad Nfis, traversa l’Ouneïn, entra chez les Aït Semmeg : jusque-là tout allait bien. Mais le malheureux ne devait pas dépasser lesAït Bou Bekr : cheminant sur leur territoire, il arriva au village d’Hierk, chez les Aït Ben Mançour, non loin de la zaouïa de Sidi Bou Nega. Il voulut s’y arrêter quelques instants et demanda à boire : on lui tendit un vase d’eau : au moment où il le portait à ses lèvres, on se jeta sur lui et on l’égorgea. Dans la suite, les Aït Ben Mançour furent, dit-on, condamnés à une forte amende pour ce crime. Quel en avait été le mobile ? Ce n’était point le vol : le voyageur n’avait que des effets de peu de valeur ; rien dans son équipage ne dénotait qu’il fût riche. Tous ceux qui me racontèrent le fait me dirent qu’on l’avait tué parce qu’il était chrétien.Ouad Bou Srioul. — Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas, non loin de celle de l’Ouad el Genṭafi, auprès du Djebel Aṛbar. Il passe d’abord dans diverses fractions, puis entre sur le territoire des Gezoula : c’est une nombreuse tribu, restée insoumise au sultan ; de là, la rivière débouche en plaine et traverse successivement les terres des Talkjount et celles des Menâba.L’Ouad Bou Srioul a toujours de l’eau dans son lit.Distance : d’Oulad Ḥasen au Djebel Aṛbar1 jour.Ouad Talkjount. — Il prend sa source au Djebel Titouga ; puis il entre chez les Ida ou Zeddaṛ, grande tribu soumise au makhzen : de là il débouche en plaine, et traverse d’abord le territoire des Talkjount, puis celui des Menâba.L’Ouad Talkjount a de l’eau pendant la plus grande partie de l’année.Distance : d’Igli au Djebel Titouga1 jour.4o. — ITINÉRAIRES.1oDE L’OUAD TIFNOUT AU TELOUET. — Un chemin mène de l’un à l’autre : on remonte l’Ouad Tifnout jusqu’auprès de sa source ; de là, une côte douce conduit à un col et au bassin opposé. Point de pentes raides ; route facile.2oDE TAZENAKHT AUX AIT OUBIAL. — La distance est d’un jour de marche. De Tazenakht, on remonte d’abord l’ouad du même nom, puis l’Ouad Ta n Amelloul jusqu’à sa source. On franchit le désert de Ta n Amelloul ; celui-ci s’étend entre les Aït Ouaṛrda et les Aït Oubial ; on se trouve à cette dernière tribu dès qu’on l’a traversé.Distances :de Tazenakht à Imdṛeṛ3 heures.d’Imdṛeṛ au Khela Ta n Amelloul3 heures.Traversée du Khela Ta n Amelloul1 h. 1/2.3oDE TAZENAKHT AUX AIT TEDRART. — On gagne les Aït Oubial, puis les Aït Ọtman ; là on laisse l’Ouad Zagmouzen à Outoura, et on monte vers le nord dans les montagnes qui en forment le flanc droit : elles s’appellent à ce point Djebel Ḥeddi et forment un désert dangereux. On y chemine jusqu’aux Id ou Illoun : il y a 2 heures entre leur territoire et Outoura. On traverse l’Ouad Id ou Illoun ; on entre dans un nouveau désert, celui de Teddref : après l’avoir franchi, on se trouve à l’Ouad Aït Tedrart. Une heure entre les Id ou Illoun et Aglagal.4oDE TAZENAKHT AUX AIT TAMELDOU. — Il y a deux chemins principaux ; les voici :I. — Gagner d’abord le territoire des Id ou Illoun, puis celui des Aït Tedrart ; de là passer aux Aït Tameldou, qui n’en sont qu’à 1 heure de distance. On marche tout le temps en pleine montagne.II. — De Tazenakht, on gagne les Ikhzama à Tesakoust (Ouad Iriri). De là on va à Amasin (Ikhzama) et on remonte l’ouad de ce nom jusqu’à sa source, au Tizi n Ougdour. On franchit ce col : c’est un passage facile ; il forme la limite entre les bassins du Dra et du Sous. De là on s’engage dans le désert d’Igisel, où l’on marche durant 5 heures, jusqu’au village de Tittal, le premier des Aït Tameldou.5oDE TAMAROUFT A TINFAT (SEKETANA). — On compte 1 jour de marche entre ces deux points. On gagne le Khela Tasṛirt en passant par Aït Mesri : on marche une demi-journée dans ce désert : on en sort à Iṛri, sur l’Ouad Sidi Ḥaseïn. Iṛri n’est qu’à une demi-heure de marche de Tinfat.Distance : de Tamarouft au Khela Tasṛirt4 heures.6oD’IRIL N ORO AUX SEKETANA. — On suit les rives de l’Ouad Zagmouzen jusqu’à Iṛil Mechtiggil (Zagmouzen). Là on le quitte et, marchant vers le sud, on s’engage dans le Petit Atlas. Au bout d’une heure de marche, on atteint le territoire des Seketâna : on passe d’abord à Tizgi, puis aussitôt après on trouve Tirikiou. De là, si on veut se rendre chez les Seketâna proprement dits, on prend à l’ouest ; si on veut gagner soit les Imadiden, soit les Imskal, on se dirige vers l’est. Ces deux fractions sont en face l’une de l’autre, du même côté et presque à même distance de Tirikiou.Distances :d’Iṛil n Oro à Iṛil Mechtiggil3/4 d’heure.d’Iṛil Mechtiggil à Tirikiou1 h. 1/4.7oDES AIT IAHIA (OUAD ZAGMOUZEN) A TATTA. — Il y a un chemin partant du territoire des Aït Iaḥia, remontant l’Ouad Aït Semmeg jusqu’à sa source, puis gagnant Tatta.8oD’IRIL N ORO A MERRAKECH. — On compte 5 jours et demi de marche :1erjour.— D’Iril n Oro à Tinmekkoul, en descendant l’Ouad Zagmouzen.2ejour.— On gagne Tlemkaïa sur l’Ouad Tazioukt ; on remonte cette rivière jusqu’à Tanfit. Là on la quitte, et on s’engage dans le désert d’Iger n Znar qui s’étend au delà de sa rive droite. On y marche durant trois heures ; puis on atteint à Taleouin (district d’Ouneïn) l’Ouad el Amdad : on le remonte jusqu’à Adouz.3ejour.— On quitte l’Ouad el Amdad à Adouz : on s’engage dans une vaste plaine ; au bout de 3 heures, on atteint un groupe formé de 2 villages : le premier est Tamsellount, le second Tamdroust : ils comptent dans le district d’Ouneïn. En sortant de Tamdroust, on entre dans le désert montagneux d’Ouichdan : côtes raides, chemin parfois difficile : au milieu de ce désert est le col où l’on franchit la crête supérieure du Grand Atlas. On chemine dans le Khela Ouichdan jusqu’à la fin de la journée : le soir, on parvient au village d’Alla où l’on s’arrête : on y entre sur le territoire des Genṭafa. Alla est sur l’Ouad El Genṭafi, qui, à quelques pas plus bas, s’unit à l’Ouad Agoundis. La jonction de ces deux cours d’eau forme l’Ouad Nfis.4ejour.— D’Alla on gagne, à très peu de distance, Dar El Genṭafi, où se trouve le confluent des deux rivières. Dar El Genṭafi, appelée aussi Tagentaft, est un gros village, résidence du qaïd des Genṭafa. A partir de là, on descend le cours de l’Ouad Nfis : jusqu’au soir, on ne cesse d’en longer les bords. C’est une vallée très encaissée, ressemblant à celle de l’Ouad Iounil : les flancs en sont des murailles à pic presque partout infranchissables : on ne peut passer qu’au fond ; là, pas un point désert : tout est couvert de cultures et de villages ; voici les principaux de ceux qu’on traverse successivement : Imeṛraoun, Takherri, Iḥenneïn, Targa Aït Iraṭ, Iger n Kouris, Toug el Khir, Tigourramin, Talat n As, Imidel, Imgdal, Tagadirt el Bour, Ouirgan, Imaṛiren. On passe la nuit à Imaṛiren. Là s’arrêtent le territoire des Genṭafa et l’autorité de leur puissant qaïd.5ejour.— On quitte l’Ouad Nfis, on gravit le flanc gauche de sa vallée, et on sort de celle-ci. Au bout de 3 heures de marche, on atteint un village, Asdṛem Kik : on entre là sur un nouveau territoire, soumis au qaïd El Gergouri ; on passe ensuite à Agdour Kik, Ouizil, Tigzit : ces quatre villages font partie de la fraction de Kik, portion de la tribu où nous sommes. Au delà, on en traverse encore deux du ressort d’El Gergouri, Agergour et Fres. A Fres s’arrête son autorité et commence la juridiction du bacha de Merrâkech. Jusqu’au soir, on continue à cheminer en rencontrant de fréquents villages : les principaux sont Tala Moumen, Toukhribin, Agadir Aït Teççaout, Akreïch. C’est dans ce dernier qu’on passe la nuit. De toute la journée, on n’a pas aperçu une seule rivière sur la route. (D’Asdṛem Kik à Agergour, 2 heures. — Agergour et Fres se touchent. — De Fres à Tala Moumen, 1 heure. — De Tala Moumen à Agadir, 1 heure. — D’Agadir à Akreïch, 2 heures.)6ejour.— D’Akreïch à Merrâkech il n’y a que 4 heures de marche : durant tout ce temps on est en plaine et sous bois : cet espace entier est occupé par une forêt de grands arbres, lieu désert et dangereux, d’ordinaire infesté de brigands.9oDE L’OUAD TIFNOUT A MERRAKECH. — On gagne Dou Ougadir : de là on remonte l’Ouad Izgrouzen jusqu’à sa source. Celle-ci se trouve à la crête du Grand Atlas, au Tizi n Tamejjout. On franchit la chaîne à ce col et on débouche dans la vallée de l’Ouad Agoundis. On en descend le cours en traversant un grand nombre de villages, dont voici les principaux : Tizi n Idikel, Tizi n Glouli, Igisel, Iṛal n Ṛbar, Iberziz, Azgrouz, Agoundis, Taourbart, Dar el Mrabṭin, Ijjoukak, Dar El Genṭafi. De là on suit la vallée de l’Ouad Nfis : le reste de l’itinéraire est le même qu’à l’article précédent.Le cours de l’Ouad Agoundis est sous l’autorité de Qaïd El Genṭafi. Ce personnage, dans la famille de qui le pouvoir est héréditaire depuis de longues générations, est célèbre dans tout le Maroc par ses immenses richesses : plusieurs légendes ont cours sur leur origine : les uns disent qu’il existe une mine d’or sous son château, d’autres prétendent qu’il a trouvé la pierre philosophale. Pendant longtemps le Genṭafi a été insoumis. Il y a quelques années, Moulei El Ḥasen résolut de faire une expédition contre lui. Le Genṭafi n’osa résister ; il préféra désarmer le sultan par des présents : à son approche, il alla au-devant de lui, se faisant précéder par des cadeaux dont voici l’énumération : 100 nègres, 100 négresses, 100 chevaux, 100 vaches avec leurs veaux, 100 chamelles avec leurs petits. Devant de tels dons, Moulei El Ḥasen se tint pour satisfait. Il reçut la soumission du chikh et lui laissa son pouvoir, en lui donnant le titre de qaïd. Seulement il emmena deux de ses filles, dont il fit ses épouses : le Genṭafi a ainsi l’honneur d’être beau-père du sultan. Mais, de son côté, celui-ci a des otages précieux qui lui répondent de la fidélité du puissant qaïd. Lorsque ce dernier vient à Merrâkech, il y est fort bien reçu, mais il ne lui est permis ni de voir ni d’entretenir ses filles.10oDE TINTAZART (TATTA) A MERRAKECH. — Tintazart, Afra, Imi n ou Aqqa (kheneg désert), Ti n Iargouten (qçar des Aït Ḥamid, Chellaḥa vassaux des Aït Jellal) ; Aït el Ḥazen (tribu formée de plusieurs villages situés sur la rivière du même nom ; versant nord du Petit Atlas) ; Arbạa Ammeïn (village avec marché le mercredi ; il fait partie d’Ammeïn, groupe de plusieurs villages situés sur l’Ouad Aït Semmeg) ; Tizi n Sous (c’est le col dont nous avons parlé plus haut, celui où se trouve la qoubba de Sidi Bou Reja) ; Aoulouz ; on gravit la montagne d’Aougeddimt, et on gagne le village de Taleouin ; on traverse l’Ouneïn ; de l’Ouneïn on entre dans le désert, où l’on franchit le mont Ouichdan, très haut massif dont le sommet est presque toujours couronné de neige. De là on passe à l’Ouad Nfis : on le descend assez longtemps, puis on gagne successivement Tagadirt el Bour, Kik, Ouizil, Akreïch, Merrâkech.Distances :de Tintazart à Imi n ou Aqqa comme de Tintazart à Foum Meskoua.d’Imi n ou Aqqa à Talella comme de Tintazart à Foum Meskoua.de Talella aux Aït Ḥamid comme de Tintazart à Tiiggan.des Aït Ḥamid aux Aït el Ḥazen comme de Tintazart à l’Ouad Tatta (sur la route d’Aqqa).des Aït el Ḥazen à Arbạa Ammeïn comme de Tintazart à Foum Meskoua.d’Arbạa Ammeïn à Tizi n Sous comme de Tintazart à Foum Meskoua.de Tizi n Sous à Aoulouz comme de Tintazart à Foum Meskoua.d’Aoulouz à Taleouin comme de Tintazart à Aqqa.de Taleouin à Djebel Ouichdan comme de Tizi n Tzgert à l’Ouad Tatta (sur la route d’Aqqa).de Tagadirt el Bour à Kik comme de Tintazart à Aqqa.de Kik à Ouizil comme de Tintazart à Adis.d’Ouizil à Akreïch comme de Tintazart à Adis.d’Akreïch à Merrâkech comme de Tintazart à Foum Meskoua.IV.SAHEL.Tribu des Haha.Le pays des Ḥaḥa est merveilleux de fertilité et encore assez riche, bien qu’après avoir été pressuré par Ould Bihi (le dernier d’une famille de qaïds héréditaires qui a longtemps été à la tête de la tribu), désolé par Anflous (serviteur d’Ould Bihi qui usurpa le pouvoir après que ce dernier eut été empoisonné par le sultan, et qui fut, lui aussi, pris par trahison et mis à mort), il soit aujourd’hui horriblement opprimé par le makhzen. A chaque pas, on voit des ruines, des maisons détruites, des tours à demi renversées : ce sont les traces qu’a laissées la courte domination d’Anflous. A chaque pas, on entend les plaintes des habitants sur les déprédations des représentants actuels du sultan : un homme a-t-il quelque bien, on le dépouille aussitôt. Aussi beaucoup de Ḥaḥa (on dit Ḥaḥa en arabe, et Iḥaḥan en tamaziṛt) cherchent-ils à obtenir la protection de consuls chrétiens de Mogador. Malgré tant de maux, le pays est assez prospère : demeures nombreuses ; beaux troupeaux ; vastes cultures. Mais le terrain labourable qui reste inculte occupe une immense étendue : on pourrait ensemencer une surface presque double de celle qu’on cultive.Les Ḥaḥa se divisent en 12 fractions, auxquelles M. El Ḥasen, depuis leur soumission récente (après avoir été longtemps indépendants, ils viennent d’être en révolte durant plusieurs années), a préposé 4 qaïds. Ces qaïds ont sous leurs ordres des chikhs et des ạamels. Les chikhs sont ici les gouverneurs des fractions : il y en a un pour chacune des douze ; les ạamels sont chargés de percevoir les impôts pour le sultan : ils sont en plus grand nombre.Les 12 fractions sont :Ida ou Gerṭ, Ikenafen, Ida ou Isaṛen, Ida ou Gelloul, Ida ou Tromma, Aït Ạmer, Ida ou Ạïssi, Ida ou Zenzen, Ida ou Khelf, Ida ou Bou Zia, Ida ou Mada.....[118].Les quatre premières sont les plus importantes.Les Ḥaḥa sont serviteurs de plusieurs marabouts : ils paient des redevances aux Geraga et à Sidi Ạbd Allah d Aït Iaḥia : nous avons dit que celui-ci était originaire d’Ez Zaouïa, à Tisint. Quant aux Geraga, c’est une célèbre famille de religieux, originaire du Chiadma, où elle a encore sa principale zaouïa, entre Mogador et Safi.La tribu des Ḥaḥa est sédentaire ; elle parle le tamaziṛt, mais l’arabe y est assez répandu[119].Pas de Juifs chez les Ḥaḥa en dehors des deux villes qui sont sur leur territoire sans appartenir à leur tribu, Mogador et Agadir Iṛir.District de Tidsi.Le district de Tidsi se compose de 3 grands villages : Tidsi (300 fusils), El Qaçba (200 fusils), Oumsedikht (700 fusils) ; ils sont à peu de distance les uns des autres. Le Tidsi est gouverné par un seulchikh, en même temps marabout ; il s’appelle Sidi El Ḥanafi. Le Tidsi reconnaît le sultan, mais n’est point administré par lui : les mkhaznis n’y entrent point, et il n’y a ni qaïd ni ạamel nommé par Moulei El Ḥasen ; mais le chikh héréditaire, tout en ne tenant son autorité que de son sang et de la volonté de ses concitoyens, reconnaît le sultan et va chaque année apporter un tribut à Taroudant.Pas de Juifs. Un marché, d’une grande importance, le Khemîs Tidsi, se tenant dans le village de Tidsi. Ce village est quelquefois appelé Ez Zaouïa parce que c’est là qu’est la zaouïa, résidence du chikh. Terrain fertile : blé, orge, maïs, lentilles, olives. Pas de rivière ; le pays est arrosé par des sources. Il est en plaine, au pied du versant septentrional du Petit Atlas. Les gens du Tidsi sont Chellaḥa et parlent le tamaziṛt.Distances :du Tidsi à Taroudant comme d’Aqqa Igiren à Trit.du Tidsi à Afikourahen comme d’Aqqa Igiren à Tatta.Tribu des Ilalen.Les Ilalen sont une nombreuse tribu tamaziṛt se divisant en 18 fractions, savoir :Ida ou Ska(450 fusils ; nous avons traversé leur territoire).Aït Touf el Azz(300 fusils ; nous avons traversé leur territoire).Isendalen(1600 fusils ; nous les avons laissés au sud).Aït Toufaout(1500 fusils ; nous les avons laissés au sud : nous avons passé près de leurs frontières en sortant des Aït Touf el Ạzz).Tazalart(200 fusils ; leur territoire contient de grandes mines de cuivre. Les ouvriers, s’habillant de vêtements de cuir, descendent l’extraire à 200 ou 300 coudées au-dessous de la surface du sol).Aït Ạbd Allah(1600 fusils ; nous les avons laissés au sud : ils sont voisins des Aït Tazalaṛt).In Timmelt(2000 fusils ; nous les avons laissés au sud ; cette fraction habite les bords de l’Ouad In Timmelt, affluent de l’Ouad Oulṛass).Amzaourou(100 fusils).Tasdmit(200 fusils ; cette fraction est située, par rapport à Afikourahen, au delà de celle d’Amzaourou et dans la même direction).Aït Ouassou(600 fusils ; ils habitent les bords de l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessus des Ikhoullan).Aït Ali(1200 fusils ; ils habitent sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessus des Aït Ouassou).Ikhoullan(300 fusils. Nous avons traversé leur territoire).Mezdaggen(320 fusils. Sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessous des Ikhoullan).Ida ou Ska(450 fusils. Cette seconde fraction d’Ida ou Ska est sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessous des Mezdaggen).Afra(360 fusils. Nous avons traversé ce territoire).Tazgelt(1100 fusils. Nous avons traversé cette fraction).Ida ou Genadif(1700 fusils. Ils occupent la vallée de l’Ouad Aït Mezal, immédiatement au-dessus des Aït Mezal).Irer(300 fusils. Fraction habitant sur l’Ouad Aït Mezal, immédiatement au-dessus des Ida ou Genadif).Les Ilalen ne reconnaissent point le sultan ; ils sont indépendants. Chacune de leurs 18 fractions a son administration séparée : point de chikhs héréditaires, si ce n’est dans une seule fraction, les Aït Ạbd Allah : ceux-ci ont un chikh, Ḥadj Ḥammou ; mais là même il y a plutôt un titre qu’un pouvoir, Ḥadj Ḥammou ne fait que les volontés de la djemaạa. Chaque fraction est gouvernée par sa djemaạa, qu’on appelle ici anfaliz : cette assemblée se compose de délégués de toutes les familles de la fraction ; chacune en envoie un : l’ensemble de ces chefs de famille forme l’anfaliz, qui règle toutes les affaires du groupe.Chaque fraction a au moins un agadir ; quelques-unes en ont deux ou trois. L’agadir, village où chaque famille a sa chambre ou sa maison renfermant ses grains, ses provisions de toute sorte, ses objets précieux, est le magasin général de la fraction et son réduit en temps de guerre. C’est aussi là que s’assemble l’anfaliz.Pas de grande zaouïa chez les Ilalen. Mais chacune des 18 fractions en possède une petite où elle entretient un ṭaleb : il est chargé de faire les écrits dont on a besoin et d’enseigner à lire à ceux qui voudraient apprendre. Il est pourvu aux frais de cette zaouïa de la façon suivante : à l’entrée des grains dans l’agadir, on en prélève la dîme, c’est-à-dire exactement un dixième ; un tiers de cette dîme est donné à la zaouïa, les deux autres sont distribués aux pauvres.Les cultures se composent de beaucoup d’orge, d’un peu de blé et de lentilles : mais la richesse des Ilalen est surtout dans leurs amandes et leur huile d’argan. Pas de Juifs sur leur territoire. Les marchés de la tribu sont :Tlâta Aït Toufaout.Arbạa Aït Ạbd Allah.Khemîs Aït Ạli.Tenîn Aït Touf el Ạzz.Djemạa Ida ou Genadif.Les rivières qui l’arrosent sont au nombre de trois : l’Ouad Ikhoullan (affluent du Sous), l’Ouad Aït Mezal et l’Ouad In Timmelt.Comme nous l’avons vu de nos yeux, les diverses fractions des Ilalen sont souvent en guerre entre elles.Les Ilalen sont Chellaḥa et sédentaires : ils ne parlent que le tamaziṛt ; très peu d’entre eux savent l’arabe.Itinéraire d’Afikourahen au Tazeroualt.D’Afikourahen on gagne la fraction des Aït Mezal ; on la traverse, et on entre dans celle des Aït Ilougaïm : c’est la première journée. De là on franchit l’Ouad Oulṛass, et on arrive dans la tribu de Zarar Ida Oultit ; on y passe la nuit dans un village, le plus souvent dans celui de Bou el Ḥanna : c’est le deuxième jour. De là on part de grand matin et on parvient le lendemain, de bonne heure, après 3 jours 1/2 de marche, à la qoubba de Sidi Ḥamed ou Mousa, c’est-à-dire à la zaouïa de Sidi El Ḥoseïn. On est au cœur du Tazeroualt.Ait Ilougaim. — Ils forment une fraction des Chtouka : ce sont donc des Chellaḥa sédentaires parlant le tamaziṛt. Comme tous les Chtouka, ils sont soumis au makhzen et sous la juridiction du qaïd Ould Ben Dleïmi. Ils comprennent une centaine de villages. Pas d’agadir (il n’y en a nulle part en blad el makhzen : chacun y enfouit ses grains dans des silos, qu’on appelle icimaṭmora). Pas de chikh général ni de djemaạa collective : chaque village a soit son chikh local, soit sa djemaạa. Un marché, le Tenîn Ilougaïm, à Tamaliḥt ; il forme un centre commercial important. Dans le village de Tamaliḥt, il y a 80 familles juives, les seules de la tribu.Pas de rivière chez les Aït Ilougaïm. Mais non loin de là coule l’Ouad Oulṛass, où ils ont de nombreux ḥeïouan (on donne ce nom aux terres qu’on possède sur le territoire de tribus étrangères). Les Aït Ilougaïm sont riches ; ils ont beaucoup de chevaux. A partir des Aït Mezal, et jusqu’au Tazeroualt, les tribus qu’on rencontre en possèdent un grand nombre : il n’y en a au contraire à peu près point dans la portion du Petit Atlas située à l’est des Chtouka.Quand on vient des Ilalen, on passe d’habitude la nuit dans le groupe des Aït Ilougaïm portant le nom d’Aït ou Adrim. De chez eux on gagne lesAit Oulrass. — Ils habitent les bords de l’Ouad Oulṛass. Fraction importante des Chtouka, ils sont soumis au sultan et sous l’autorité d’Ould Ben Dleïmi. Point de chikh ni de djemaạa : ils sont en cela dans les mêmes conditions que les Aït Ilougaïm. Ils ont environ 100 villages.Pas de marché, ni de Juifs.La vallée de l’Ouad Oulṛass est très riche : quelques palmiers, mais ne donnant que de mauvaises dattes, arbres fruitiers et céréales en abondance. L’Ouad Oulṛass se jette dans la mer, après avoir, au-dessous des Aït Oulṛass, traversé la tribu de Massa, qu’on appelle aussi Mast.Des Aït Oulṛass, on entre dans la tribu deZarar Ida Oultit. — Grande tribu qui habite au sud des Aït Oulṛass, au delà du flanc gauche de la vallée de l’Ouad Oulṛass. Elle est blad el makhzen depuis l’expédition du sultan dans le Sous et le Sahel, et appartient à la juridiction d’Is Oublaṛ, qaïd des Ida ou Garsmouk : pas de chikh héréditaire ; un anfaliz règle les affaires de la tribu. Les Zarar Ida Oultit sont une tribu chleuḥa et sédentaire, parlant le tamaziṛt. Beaucoup de qçars ; le principal est Ouizzân, qui se prononce aussi Ouzzân et Oujjân. Nombreux chevaux. Point de rivière : des sources et des citernes.Un marché, très fréquenté, le tlâta d’Ouizzân. Un mellaḥ dans la même localité.De cette tribu, on passe dans celle desIda ou Baaqil. — Grande tribu, autrefois libre comme la précédente, nominalement soumise au sultan depuis l’expédition de 1882. Elle a été placée, avec plusieurs autres, sous le qaïdat de Ḥadj Ṭahar, fils de Sidi El Ḥoseïn, le marabout du Tazeroualt. Tribu riche et puissante. Jadis elle faisait souvent la guerre à Sidi El Ḥoseïn, qui ne l’apaisait qu’à prix d’argent. Les Ida ou Baạqil sont Chellaḥa et sédentaires. Leur langue est le tamaziṛt. Beaucoup de qçars et beaucoup de chevaux.Point de marché ni de Juifs sur leur territoire. Celui-ci n’est arrosé par aucune rivière.De là on passe dans le district deTazeroualt. — Le Tazeroualt est un grand district traversé par l’Ouad Tazeroualt.L’Ouad Tazeroualt vient du territoire des Aït Imejjat : de là il entre dans le Tazeroualt ; il y arrose d’abord Agadir Sidi El Ḥoseïn, puis Zaouïa Sidi Ḥamed ou Mousa (connue aussi sous le nom de Zaouïa Sidi El Ḥoseïn et sous celui de Tallent Sidi Ḥachem), enfin Iliṛ. Du Tazeroualt il passe chez les Aït Bou Ạmran, où il reste jusqu’à son embouchure dans l’Océan. C’est, disent les indigènes, à l’embouchure de cette rivière que des chrétiens sont venus en 1882 vendre des grains et diverses denrées : c’est, ajoutent-ils, en partie pour empêcher qu’ils ne reviennent sur la côte et que pareil fait ne se renouvelle que le sultan est venu aussitôt après dans le pays, qu’il en a obtenu la soumission nominale et qu’il y a investi des qaïds. Il a même laissé chez les Aït Bou Ạmran un camp de1200 à2000 soldats qui depuis lors y sont en permanence.Le Tazeroualt est riche et fait un grand commerce. Là se tient, deux fois par an, l’une en mars et l’autre à la fin d’octobre, la fameuse foire de Sidi Ḥamed ou Mousa, célèbre dans le Sahel, dans le Sahara et dans le Sous, où l’on vient en foule de Mogador et même de Merrâkech. Outre ces foires, les pareilles de celle de Mrimima et de Souq el Mouloud, le Tazeroualt a un marché chaque semaine, le ḥad d’Iliṛ. Il existe à Iliṛ un grand mellaḥ, le seul du district.Le Tazeroualt est depuis un temps immémorial gouverné par des marabouts qui descendent de Sidi Ḥamed ou Mousa. Le chef de la zaouïa et chikh du pays est en ce moment Sidi El Ḥoseïn ou Ḥachem. Il a trois résidences principales : 1oIliṛ, grand et riche qçar, le plus important du Tazeroualt et l’un des plus peuplés de tout le sud : là est son habitation principale, avec la plupart de ses femmes et de ses négresses ; c’est sa demeure la plus somptueuse et la plus agréable, celle où il vit habituellement ; il y a une garde de 200 cavaliers nègres, ses esclaves. 2oEz Zaouïa; ainsi que l’indique ce nom, c’est le sanctuaire religieux de la famille : là sont les qoubbas de Sidi Ḥachem, père de Sidi El Ḥoseïn, de Sidi Ḥamed ou Mousa, son ancêtre, de tous ses aïeux ; là habitent les marabouts de sa race, ses cousins, ses neveux. On appelle aussi Ez Zaouïa de divers autres noms, Tallent Sidi Ḥachem, Zaouïa Sidi Ḥamed ou Mousa, Zaouïa Sidi El Ḥoseïn. 3oAgadir Sidi El Ḥoseïn; c’est une forteresse bâtie sur le roc au sommet d’un mont escarpé. Sidi El Ḥoseïn y a entassé toutes ses richesses, et a accumulé les défenses de tout genre pour les protéger : l’agadir, situé à la frontière est du territoire,est dans une position telle qu’on ne peut y monter que par un long chemin en escalier, creusé dans le roc et faisant mille lacets ; les murs de la forteresse sont d’une épaisseur extrême ; les tours en sont garnies de canons ; elle est sans cesse gardée par une forte garnison d’esclaves dévoués : c’est là que le marabout s’était enfermé en 1882, à l’approche du sultan.Ainsi que nous l’avons dit, l’ancêtre des puissants chefs du Tazeroualt est Sidi Ḥamed ou Mousa : sa qoubba s’élève auprès d’Ez Zaouïa. Ce n’était qu’un mendiant à qui Dieu, en récompense de ses mérites, accorda ses grâces, grâces qui de son vivant même se manifestèrent par de nombreux miracles. L’époque à laquelle vivait ce saint est très reculée ; il laissa des descendants à qui il légua la bénédiction divine, qui se perpétua en eux jusqu’à ce jour. Mais s’il fut le fondateur de leur grandeur religieuse, il ne fut point celui de leur puissance temporelle. Celle-ci n’échut à sa maison qu’après plusieurs générations : ce fut l’un de ses successeurs, Sidi Ạli Bou Dmia, qui l’établit, à une époque elle-même très lointaine. Sidi Ạli Bou Dmia, à la fois marabout et guerrier, étendit au loin le pouvoir de la zaouïa de Tazeroualt et acquit une grande célébrité : les ruines imposantes de son palais subsistent encore à peu de distance de la zaouïa actuelle. Depuis sa mort, bien des générations se sont succédé : la puissance de sa dynastie, tout en restant considérable, a subi des phases diverses. Sidi Ḥachem, père du marabout actuel, avait donné un grand éclat à sa maison. Brave et guerrier, il avait marché sur les traces de Sidi Ạli Bou Dmia, et, payant sans cesse de sa personne, n’avait pas tardé à se faire un grand renom de valeur dans les régions environnantes. Grâce à cette réputation, à l’admiration et à la crainte qu’il inspirait, il était parvenu à grouper autour de lui toutes les tribus du voisinage. Pendant sa vie, elles lui restèrent soumises, moitié de gré, moitié de force. Cet édifice s’écroula en partie à sa mort. Sidi El Ḥoseïn, son fils et son successeur, âgé de 70 ans aujourd’hui, fut orphelin de bonne heure ; un certain nombre de tribus en profitèrent pour s’émanciper : il ne montra dans la suite aucune des qualités belliqueuses de son père ; aussi n’est-il plus réellement maître que du Tazeroualt. Mais il est très riche ; ses trésors sont immenses ; l’autorité que ne lui a pas donnée son caractère, son or la lui procure quand il le veut ; il arme à prix d’argent les tribus des environs et peut ainsi réunir à son gré autour de lui tous les fusils du Sahel : c’est ce qu’on lui a vu faire il y a quelques années. Aussi Sidi El Ḥoseïn est-il aujourd’hui encore le plus grand pouvoir qui existe de l’océan Atlantique au pays de Dra. Il peut mettre en armes tout le Sahel, Chtouka compris, et se faire envoyer des contingents de diverses tribus du bassin inférieur du Dra. Son influence religieuse est considérable. Son nom est connu dans tout le Maroc, dont Sidi Ḥamed ou Mousa est un des saints les plus vénérés. Une grande partie des zaouïas du Sahel, du Sous et du Sahara, entre Sous et Dra, appartient à des rameaux de la famille dont il est le chef. Par sa célébrité, son influence religieuse, ses richesses, sa puissance, l’étendue de son autorité, la zaouïa de Sidi Ḥamed ou Mousa peut être comptée comme une des cinq grandes zaouïas du Maroc, allant de pair avec celles d’Ouazzân, de Bou el Djạd, de Tamegrout, du Metṛara (Sidi Moḥammed El Ạrabi el Derkaoui).Distances :d’Agadir Sidi El Ḥoseïn à Ez Zaouïa comme d’Agadir Tisint à Ạïoun S. Ạbd Allah ou Mḥind.d’Ez Zaouïa à Iliṛ comme d’Agadir Tisint à Trit.Campagne de Moulei El Hasen dans le Sous en 1882.Un événement considérable s’est passé récemment dans le bas Sous et dans le Sahel : le sultan y a fait une expédition et a reçu la soumission d’un grand nombre de tribus qui étaient indépendantes depuis un temps immémorial. Ce fait est l’objet de tous les entretiens dans le Sahara, dans le Sous et dans les contrées voisines : voici le résumé de ce que j’ai entendu dire, aussi bien à Tatta et à Mrimima que dans le Sous, le Sahel et chez les Ḥaḥa.Au commencement de l’été de 1882, Moulei El Ḥasen traversa l’Ouad Sous, auprès de son embouchure,à la tête d’une armée puissante : il avait assemblé tous les contingents de son empire, ceux des tribus de Fâs comme ceux des tribus de Merrâkech : tout ce qu’il avait pu lever, il l’avait emmené : cette armée pouvait être, au début de l’expédition, de 40000 hommes ; une fois en marche, ce chiffre tomba assez vite par suite des nombreuses désertions. Avec ces forces imposantes, le sultan s’avança jusqu’aux limites du Tazeroualt : il s’y arrêta à une localité du nom de Tiznit. Il convoqua alors tous les chikhs ou notables des tribus voisines et en premier lieu les deux principaux personnages du pays, Sidi El Ḥoseïn, chef du Tazeroualt, et El Ḥabib ould Beïrouk, chikh du district d’Ouad Noun. Sidi El Ḥoseïn avait des motifs graves de se défier du sultan : d’une part, il avait toujours témoigné à Moulei El Ḥasen une hostilité extrême ; de l’autre, il passait pour le seigneur le plus riche du Maroc : il était fort probable que s’il se rendait à l’invitation du sultan, celui-ci, le tenant entre ses mains, le mettrait à mort, autant par rancune que par cupidité. Aussi, malgré les mille instances de Moulei El Ḥasen, malgré les protestations d’amitié qu’il lui prodigua, se garda-t-il de se rendre à sa convocation ; mais il se fit représenter auprès de lui, pendant que de sa personne il allait s’enfermer, à l’abri de ses canons, dans son agadir. Quant aux autres chefs mandés, ils vinrent trouver le sultan. Celui-ci leur tint ce langage : « Vous voyez les Chrétiens installés au sud d’Ouad Noun ; d’autres veulent s’établir à Ifni, d’autres ailleurs. Cela vous plaît-il ? Non, je veux le croire. Qui peut l’empêcher ? Est-ce vous ? Vous n’en avez pas la force. Et-ce moi ? A mes observations, ils répondent que le pays n’est point sous mon autorité. Il n’y a qu’un moyen de s’opposer à leurs empiétements : reconnaissez mon pouvoir : je vous promets que non seulement il ne vous sera pas lourd, mais même il vous sera profitable. Que les Chrétiens, quand ils viendront sur ces rivages, ne trouvent que des sujets de Moulei El Ḥasen : il suffit ; vous n’aurez plus rien à craindre de leur côté ; et pour ce qui est de moi, vous ne serez pas longtemps sans éprouver les bienfaits de mon alliance. » Il sortit de là l’arrangement suivant : tous les chikhs présents reconnurent l’autorité du sultan ; celui-ci les nomma qaïds dans leurs tribus ou leurs districts et les renvoya avec des présents : il était sous-entendu que le pouvoir du sultan ne serait que nominal, mais qu’il allait l’affirmer et en donner une preuve visible aux yeux des Chrétiens en construisant une ville au cœur de la région qui venait de se ranger sous ses lois.La contrée qui fit ainsi, en été 1882, sa soumission à Moulei El Ḥasen, est celle qui est comprise entre l’Ouad Sous au nord, l’Océan à l’ouest, l’Ouad Dra au sud, les Aït ou Mrîbeṭ au sud-est. Cette dernière tribu est restée indépendante : à elle s’arrête le blad el makhzen. Mais il ne faut pas oublier que ce blad el makhzen ne l’est quebel kedeb, « d’une façon mensongère », comme disent les indigènes, et de nom seulement : c’est une domination qui coûte beaucoup plus au sultan, en cadeaux pour entretenir l’alliance, qu’elle ne lui rapporte en impôts. Cette domination, Moulei El Ḥasen voulut, avons nous dit, en donner une preuve en élevant une ville dans la contrée : il choisit l’emplacement de Tiznit, où il avait campé, et convint avec les chikhs des environs, désormais qaïds, qu’ils y construiraient pour lui une ville dont il leur donnerait les plans : il paierait leur travail. En effet, peu de jours après le départ de l’armée, arrivèrent plans et architectes : on commença aussitôt : on se mit à construire une cité avec ses mosquées, sa qaçba, son mellaḥ, ses fondoqs ; on fit une vaste enceinte carrée avec des murs de cinq largeurs de main d’épaisseur et avec 36 tours sur chaque côté. La ville n’est pas éloignée de la mer : le sultan veut en faire une sorte d’entrepôt où viennent commercer les Européens.Des Chrétiens sont récemment venus par mer sur cette côte, cherchant un lieu favorable à l’établissement d’un port. Ils ont visité Aglou, Ifni et d’autres points. Ifni, dans la tribu des Aït Bou Ạmran, a paru leur plaire. On ne sait pas autre chose de leurs entreprises.C’est la première fois que les contrées qui viennent de reconnaître le sultan font acte de soumission ; mais ce n’est pas la première fois que Moulei El Ḥasen a affaire à elles. Il y a plusieurs années, du vivant de Sidi Moḥammed, Moulei El Ḥasen, son fils aîné, fit une campagne de ce côté. Il s’avança jusqu’à l’Ouad Oulṛass ; mais là il se trouva face à face avec Sidi El Ḥoseïn ould Ḥachem qui lui barrait le passage à la tête d’une armée : le marabout lui envoya un message, lui donnant trois jours pour battre enretraite : au delà de ce délai, il l’y forcerait les armes à la main. Moulei El Ḥasen, ne se trouvant pas en force, se retira ; en partant, il répondit à la lettre de Sidi El Ḥoseïn : « Vous m’avez donné trois jours pour me retirer ; je vous donne trois ans pour vous soumettre. » Peu après, Sidi Moḥammed mourut et Moulei El Ḥasen monta sur le trône : depuis ce temps, on se disait chaque année dans le Tazeroualt et dans l’Ouad Noun : « C’est cette année qu’il va venir. » Enfin il est venu en 1882. Dès que Sidi El Ḥoseïn eut connaissance de son approche, il fit transporter tout ce qu’il avait de plus précieux dans son agadir, y accumula des provisions énormes et s’y enferma avec sa famille et son armée d’esclaves. Puis il envoya au-devant du sultan un messager, chargé de présents et d’une lettre fort humble : il priait Moulei El Ḥasen de lui pardonner, de le ménager ; il n’était qu’un simple religieux, uniquement consacré à Dieu, n’ayant ni le pouvoir ni la volonté de s’opposer à ses desseins. Moulei El Ḥasen lui répondit qu’il suffisait qu’il ait eu peur, qu’il ait déménagé à son approche et qu’il se soit humilié ; à présent qu’il était soumis, il ne voyait plus en lui qu’un marabout, descendant d’un saint, et en conséquence il lui envoyait des cadeaux, hommage à son caractère sacré. En même temps il l’engageait à venir auprès de lui. Nous avons vu comment Sidi El Ḥoseïn eut la sagesse de ne pas se rendre à cette invitation, quelques instances que fît dans la suite le sultan. Mais s’il refusa de se présenter lui-même, il envoya à Moulei El Ḥasen un de ses fils qui fut fort bien reçu.Telle fut, selon les indigènes, cette campagne dans laquelle le sultan reçut la soumission de la partie du Sahel dont nous avons donné les limites plus haut et en même temps de la vallée de l’Ouad Sous, depuis l’embouchure de ce fleuve jusqu’au haut du Ras el Ouad. L’expédition fut de courte durée : le 6 juin 1882, Moulei El Ḥasen passait avec son armée à proximité de Mogador ; le 2 juillet, il arrivait chez les Massa, tribu habitant le bas cours de l’Ouad Oulṛass et comptant environ1500 maisons (le plus grand village des Massa est Agoubalou, près de l’embouchure de la rivière dans l’Océan) ; le 26 juillet, le sultan écrivait dans les villes de son empire que la campagne était terminée et avait eu plein succès : on célébra à cette occasion des réjouissances publiques.Voici, pour un certain nombre de tribus du Sahel, comment le sultan a réparti les qaïds :Ksima1 qaïd.Chtouka1 qaïd (Ould Ben Dleïmi).Assaka1 qaïd.Ouizzân1 qaïd.Aït Jerrar1 qaïd.Ida ou Semlal1 qaïd.Tazeroualt⎫⎬⎭réunis sous le qaïdat de Ḥadj Ṭahar ben Sidi El Ḥoseïn.IfranTiznit (ville nouvelle).Assa1 qaïd.Aït Bou Ạmran1 qaïd.Aglou1 qaïd.Aït Imejjat1 qaïd.El Akhsas1 qaïd.Aït Brahim1 qaïd.Aït Ạbd Allah1 qaïd.Isbouïa1 qaïd.Tamanaṛt1 qaïd.Id Brahim⎧⎪⎪⎪⎨⎪⎪⎪⎩Ida ou Leggan⎫⎪⎪⎪⎬⎪⎪⎪⎭réunis sous le qaïdat de Ḥadj Ḥamed el Manaṛi.Aït ḤerbilAït OuadaïAït IlloulAït Mousa ou Daoud.Aït Bou ẠchraAït ZkriAït BouhouAït Bella⎧⎪⎨⎪⎩Aït Ḥamed⎫⎪⎬⎪⎭1 qaïd.Aït MesạoudAït AzouafidAït IasinAït Bou HioualatAït Djemel.⎧⎪⎪⎪⎪⎨⎪⎪⎪⎪⎩Aït Mousa ou Ạli⎫⎪⎪⎪⎪⎬⎪⎪⎪⎪⎭1 qaïd.Aït CheggoutAït El ḤasenAït El ḤaseïnAït ChergououtAït MejjatAït TedrarinOulad Bou ẠïṭaOulad IzenqadOulad TaoubbaltOuad Noun1 qaïd.Ainsi qu’on le voit, l’expédition de Moulei El Ḥasen dans le Sous et le Sahel avait sans doute un double objet : l’un d’affirmer aux yeux des Chrétiens sa suprématie sur ces contrées ; l’autre de s’emparer de la personne de Sidi El Ḥoseïn, contre qui il nourrissait une vieille rancune et de qui les trésors lui offraient une riche proie. Les instances sans nombre qu’il fit auprès du marabout pour l’attirer dans son camp prouvent le prix qu’il attachait à sa capture. De ces deux buts, c’était, je crois, le second que le sultan avait le plus à cœur. Il ne put l’atteindre. Le premier au contraire fut rempli sans difficulté. Si l’on s’étonne qu’un si grand nombre de tribus aient aisément consenti à se soumettre, que ni elles ni Sidi El Ḥoseïn n’aient tenté aucune résistance, on trouvera la principale cause de cette conduite dans la famine épouvantable qui régnait alors en ces régions. Le pays était affaibli ; chacun était obligé d’aller chercher des vivres au loin ; on n’avait plus de bestiaux, plus de provisions, on avait dû vendre les chevaux, enfin on était dans de très mauvaises conditions pour faire la guerre. Il parut sage de se soumettre, quitte à se révolter quand, l’abondance revenue, on serait en état de lutter. On m’a assuré que c’était déjà fait. Lors de mon voyage (hiver et printemps 1884), le pays était encore en l’état où l’avait laissé le sultan. Mais il paraît que, 5 ou 6 mois après, la récolte ayant été excellente et la richesse régnant partout, on s’est soulevé de tous les côtés à la fois et que la plus grande partie des tribus du Sahel, du Ras el Ouad et même du bas Sous, les Chtouka entre autres, ont secoué le joug.Notes diverses sur le Sahel.1oDAR BEN DLEIMIest un grand village situé au bord de la mer, à un jour de marche au sud d’Agadir Iṛir. Il se trouve sur le territoire des Chtouka et est la résidence du qaïd de cette tribu, Ould Ben Dleïmi.2oOUAD NOUNn’est ni le nom d’une rivière ni celui d’une ville, mais celui d’un petit district formé de la réunion de plusieurs qçars ; ceux-ci s’élèvent au milieu d’une plaine nue et stérile ; autour d’eux, ni palmiers, ni jardins, ni labourages : ils se dressent isolés dans l’areg. L’Ouad Noun a un chikh héréditaire, El Ḥabib ould Beïrouk ; c’est un personnage peu aimé, mais puissant et craint aux environs. Le sultan a nommé son frère, Daḥman, qaïd du district.3oREGIBAT, OULAD DELEIM. — Ce sont deux tribus nomades ayant leurs campements dans le Sahel, au sud du Maroc, entre l’Ouad Noun et l’Adrar. Leurs ṛezous écument le Sahara entre Timbouktou et Tindouf et apparaissent parfois sur le cours inférieur du Dra.4oCHQARNA. — Tribu nomade errant dans le Sahel, au sud du Maroc. Elle comptait, il y a 20 ans, 500 ou 600 combattants montés à chameau ; c’est à peine si elle en possède 200 aujourd’hui. Les Chqarna n’ont point de chevaux, le chameau est leur seule monture.

De l’examen de ces distances il ressort deux choses : la première, c’est que l’Ouad Sous fait un coude considérable auprès d’Aoulouz ; la seconde, que l’Ouad Zagmouzen décrit un long circuit avant de se jeter dans l’Ouad Tifnout.

On ne met en effet que 3 heures et demie pour aller de Tasdṛemt à Tirkt : on laisse le fleuve à gauche, on coupe au court à travers un désert, le Khela Aït Ouasạou, et on ne retrouve l’Ouad Sous qu’à Tirkt. Si on voulait faire le même trajet en longeant le fleuve, au milieu des villages et des cultures, il faudrait 5 heures de temps.

De même, pour se rendre d’Iṛil n Oro à Aoulouz, il suffit d’une forte demi-journée. On descend l’Ouad Zagmouzen jusqu’à Taourirt el Ḥad : là on le quitte et on coupe au court à travers les montagnes du flanc gauche. On monte d’abord par le désert Timezgiḍa n Izrar ; puis on arrive à la qoubbade Sidi Bou Reja, située au col même où se franchit le massif : ce col, fort célèbre, s’appelle Tizi n Sous. De là on passe dans un nouveau désert, la forêt de Dou Ouzrou Zouggaṛ, célèbre par les brigandages qui s’y commettent : non loin de là se trouve le village d’Agni n Fad, qui reste en dehors de la route. Après deux heures de marche dans cette solitude, on débouche chez les Rḥala à Aourir, village du groupe d’Aoulouz. Ce chemin est ce qu’on appelle le chemin de Tizi n Sous. Quoique en montagne, il n’est pas très pénible. Il se fait en une demi-journée. On mettrait deux fois plus de temps en suivant le fond des vallées : en effet, on compte une forte journée pour aller d’Iṛil n Oro à Tinmekkoul, et il y a encore deux ou trois heures de ce point à Aoulouz.

Nous avons dit plus haut que, si les bords du Sous sont cultivés partout, il n’en est pas de même de la large plaine formant le fond de la vallée : elle n’est cultivée qu’en partie : le reste est couvert de bois et de pâturages. Les principales forêts sont : sur la rive droite, celle de Bou Taddout (Aït Iiggas et Oulad Iaḥia) ; sur la rive gauche, celle de Briouga (Oulad Iaḥia, entre Timdouin et Taroudant) ; au milieu de cette dernière se trouve le grand village de Tiout, situé à mi-distance entre Igli et Taroudant.

REMARQUES SUR LES TRIBUS.— Les habitants du Sous, sauf un ou deux petits groupes d’Arabes de quelques tentes seulement, comme celui des Oulad Dris, groupes jetés on ne sait comment et noyés au milieu du reste de la population, sont tous de race tamaziṛt (chleuḥa) et de mœurs sédentaires. La langue usuelle y est partout le tamaziṛt. Dans le haut Sous, au-dessus du Ras el Ouad, et dans les chaînes du Grand et du Petit Atlas, cette langue est à peu près la seule connue. Mais à mesure qu’on descend le cours du fleuve et qu’on se rapproche du fond de sa vallée, le nombre des individus sachant l’arabe augmente. A partir des Menâba, il est peu d’hommes, au bord de l’ouad, qui ne connaissent cette langue.

L’état politique des tribus du Ras el Ouad a traversé depuis quelque temps diverses vicissitudes : durant de longues années, ces tribus ont été insoumises, sans aucune relation avec le makhzen. Récemment, pendant l’été de 1882, Moulei El Ḥasen fit une campagne dans le bas Sous et le nord du Sahel Marocain, et en profita pour inviter les habitants du Ras el Ouad à l’obéissance : c’était dans un moment de famine ; les populations, pauvres et affaiblies, ne voulurent pas entrer en lutte ; d’ailleurs une portion d’entre elles, fatiguée d’une longue anarchie, souhaitait un gouvernement régulier : elles se soumirent. On donna le titre de qaïd à leurs chikhs héréditaires : ceux-ci furent chargés de collectionner l’impôt et de lever des soldats pour le compte du sultan : au reste, point de garnisons, point d’hommes du makhzen, pas un seul fonctionnaire étranger. Tel était l’état du pays au moment de mon voyage. On était soumis au sultan, mais celui-ci n’exigeait que fort peu ; trop cependant, au gré de ces tribus jalouses de leur liberté : même ceux qui naguère avaient désiré ce régime en étaient lassés : il est vrai qu’ils n’y avaient point trouvé le bien qu’ils en attendaient. Aussi cet état de choses n’a, paraît-il, pas duré longtemps. Dès la première année d’abondance, la révolte a été générale : en automne 1884, toutes les tribus ont, dit-on, refusé argent et soldats ; en quelques lieux où les qaïds avaient abusé de leur autorité ou voulu maintenir l’ordre établi, elles les ont chassés, en détruisant leurs demeures. Depuis lors toutes vivent de nouveau dans une complète indépendance, sans aucun rapport avec Moulei El Ḥasen.

Celui-ci avait divisé le Ras el Ouad en six provinces,ạmel. Chacune d’elles se composait d’une des tribus ou fractions de tribus principales, que gouvernait son chikh avec le titre de qaïd : ce magistrat avait de plus dans son ressort, surtout en ce qui concernait leurs rapports avec le sultan, les tribus voisines moins considérables, ou celles dont la dépendance n’était pas complète. C’est ainsi que le qaïd des Menâba avait dans son ạmel les Aït Iiggas et les Talkjount d’une part, les Indaouzal de l’autre. Les six ạmels étaient :

1oRḥala (Ida ou Gemmed).

2oRḥala (Aït Ououlouz et Ida ou Tift).

3oMenâba.

4oOulad Iaḥia.

5oAït Semmeg (sur l’Ouad el Amdad ; versant sud du Grand Atlas).

6oMentaga (dans le massif du Grand Atlas).

Rhala. — Tribu occupant les deux rives de l’Ouad Sous. Tous les villages en sont sur les bords mêmes du fleuve. Elle se divise, comme nous l’avons vu, en Ida ou Gemmed, Aït Ououlouz, Ida ou Tift. Deux chikhs héréditaires, portant aujourd’hui le titre de qaïd, les gouvernent : ce sont le qaïd Ḥaïda ould El Ḥasen ou Aḥman, résidant à Tagenza : il a sous son autorité les Ida ou Gemmed ; le qaïd Ọmar el Aoulouzi, demeurant à Agadir n Iblaz : il commande aux Aït Ououlouz et aux Ida ou Tift. Deux marchés chez les Rḥala, le Ḥad Aoulouz et l’Arbạa Aoulouz. Cinq mellaḥs.

Menaba. — Tribu occupant la rive droite de l’Ouad Sous ; elle forme une bande étroite le long du fleuve et ne s’étend pas dans l’intérieur de la vallée. Elle est gouvernée par Qaïd El Ạrbi, résidant à Igli ; la maison de celui-ci, vaste demeure avec grandes dépendances, s’appelle El Mkhatir. Trois marchés dans la tribu, Ḥad Igli, Djemạa Tinzert et Tlâta Aït Ioub : ce dernier, connu sous le nom de Tlâta Menâba, est le marché le plus important du Ras el Ouad. Il y a 12 mellaḥs chez les Menâba.

Indaouzal. — C’est une grande et puissante tribu située sur la rive gauche de l’Ouad Sous ; sur les bords immédiats du fleuve, elle n’occupe qu’une faible longueur ; mais au delà elle s’étend au loin, bornée à l’est par les Aït Iaḥia et les Aït Semmeg, au nord par les Rḥala et les Menâba, à l’ouest par les Oulad Iaḥia, au sud et au sud-ouest par diverses petites tribus indépendantes : toute la plaine qui s’étend au sud des Menâba et des Rḥala lui appartient, ainsi que les premières pentes du Petit Atlas sur une assez grande profondeur ; le Tizi n Sous est sur son territoire. Elle a deux chikhs héréditaires résidant, l’un à Akchtim, l’autre dans un village appelé de son nom, Ould Sidi Malek. De plus, les localités des Indaouzal limitrophes des Aït Iaḥia se sont rangées sous l’autorité du chef de ces derniers, le chikh d’Arfaman. Pour leurs rapports avec le sultan, les Indaouzal dépendent du qaïd El Ạrbi, d’Igli. Cette tribu, en paix en ce moment, a été longtemps désolée par des querelles intestines : depuis une époque très ancienne, elle est divisée en deux partis, presque toujours en guerre l’un contre l’autre ; dans ces luttes, chaque parti eut constamment pour soutien son voisin, l’un les Aït Semmeg, l’autre les Oulad Iaḥia. A la longue ils prirent les noms de ces alliés, en sorte qu’aujourd’hui une moitié des Indaouzal est dite Aït Semmeg, l’autre Oulad Iaḥia.

La tribu est chleuḥa et sédentaire ; elle possède un grand nombre de villages : nous en avons cité quelques-uns sur l’Ouad Sous ; ce sont presque les seuls qui soient arrosés par une rivière ; la plupart des autres n’ont que des sources ou des citernes ; voici les noms des principaux :

Tidnes, Agni n Fad, Kouilal, Tabia n Imaoun, Taourirt el Mrabṭin, Aït Ious, Aït Djamạ, Akchtim, Amalou, Assaïn, Aït Bazmad, Aït Bou Iạzza, Tamalalt, Amari, Es Sebt, Imi el Ạïn.

Deux marchés : l’un se tient le samedi, au village appelé pour ce motif Es Sebt ; l’autre est l’Arbạa Aït Ạbd Allah ou Mḥind.

Deux mellaḥs.

Oulad Iahia. — Très grande tribu, la plus considérable du bassin du Sous. Elle s’étend sur la rive droite du fleuve de Taroudant aux Aït Iiggas, sur sa rive gauche de Tamast à Taroudant. Sur toute cette longueur, la vaste plaine située entre le Grand Atlas d’une part, le Petit Atlas de l’autre, lui appartient. Elle occupe la vallée dans toute sa largeur, au lieu de ne comprendre, comme les Rḥala et les Menâba, que les bords de l’ouad. Elle est gouvernée par un chikh héréditaire, portant aujourd’hui le titre de qaïd ; il se nomme Ould El Djeïdli ; sa résidence est Timdouin : c’est unhomme riche et puissant. Il y a quelques années, avant la soumission du Ras el Ouad, ayant eu l’imprudence d’aller à Taroudant, il y fut saisi et incarcéré par ordre du sultan : moyen de lui faire donner une partie de ses richesses. Il demeura près de 6 ans en prison, et ne fut relâché que sur les instances de Sidi Moḥammed ou Bou Bekr, chef de la zaouïa de Tamegrout, lors d’un voyage que ce saint personnage fit à Taroudant.

Le principal marché de la tribu est le Tenîn Timdouin. Trois mellaḥs.

Mentaga. — Tribu soumise au sultan, que gouverne, avec le titre de qaïd, son chikh héréditaire, Ạli ou Malek. Il réside à Sidi Mousa. Les Mentaga habitent sur les pentes du Grand Atlas. Une seule rivière, à laquelle ils donnent leur nom, arrose leur territoire : elle prend sa source à la crête même de la chaîne ; on ne peut me dire où elle se jette. Deux marchés, le Tlâta et l’Arbạa Mentaga.

AFFLUENTS.— L’Ouad Sous en a un grand nombre : voici les principaux : l’Ouad Tazioukt, s’y jetant à Tasdṛemt ; l’Ouad el Amdad, s’y jetant à Ida ou Qaïs ; l’Ouad Bou Srioul, s’y jetant à Oulad Ḥasen ; l’Ouad Talkjount, s’y jetant à Igli. Il reçoit tous ces cours d’eau sur sa rive droite.

Ouad Tazioukt. — Il sort du désert d’Iger n Znar, qui s’étend entre son cours et le district d’Ouneïn. Il arrose successivement les villages suivants :

Tagoulemt, Tanfit, Agersaf, Takemmou, Bou Maziṛ, Iḥouzin, Tlemkaïa.

Leur ensemble forme le district de Tazioukt ; il dépend du qaïd d’Aoulouz.

L’Ouad Tazioukt a de l’eau sur tout son cours et en toute saison.

Ouad el Amdad. — Dans son haut cours, on l’appelle souvent Ouad Ouneïn. Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas ; en descendant, il entre d’abord dans le district d’Ouneïn : il y arrose un grand nombre de villages, dont les principaux sont :

Adouz, Irazin, Anzi, Taleouin.

De là il passe dans la tribu des Aït Semmeg ; il y arrose successivement beaucoup de villages : les principaux sont :

Sidi ou Ạziz, Aït Bou Bekr (groupe de plusieurs villages), Aouftout, Touloua.

Durant tout ce temps, il reste en montagne. Ensuite il débouche en plaine par le kheneg d’Imi n ou Asif : il entre là dans la vallée du Sous ; il y traverse, dans sa partie orientale, la tribu des Talkjount ; puis il sert de limite pendant quelque temps entre les Rḥala et les Menâba, et enfin il se jette dans l’Ouad Sous, entre Ida ou Qaïs et Ạïn n Ougeïḍa.

A Imi n ou Asif se trouve un grand village avec marché, Khemîs Sidi Moḥammed ou Iạqob.

L’Ouad el Amdad a de l’eau sur tout son cours et en toute saison.

Le district d’Ouneïn est fort peuplé ; il se compose non seulement des villages arrosés par l’Ouad el Amdad, mais encore de plusieurs autres à proximité : il est gouverné par un chikh. Ce district a fait sa soumission en même temps que tout le Ras el Ouad : auparavant le Genṭafi s’était efforcé à plusieurs reprises de le réduire sous son autorité : il n’avait jamais pu y réussir. Un mellaḥ dans l’Ouneïn.

Les Aït Semmeg sont une nombreuse tribu habitant les bords de l’Ouad el Amdad et la région voisine : ils n’ont rien de commun avec les Aït Semmeg de l’Ouad Zagmouzen. Ceux que nous trouvons ici forment un des 6 ạmels du Ras el Ouad. Ils sont gouvernés par le qaïd Ọmar ben Bacha, résidant à Aouftout. Un mellaḥ sur leur territoire. Deux marchés : le Khemîs Sidi ou Ạziz et le Tenîn Aït Bou Bekr.

Ce nom d’Aït Bou Bekr rappelle une triste histoire. En août 1880, un jeune Autrichien, M. Joseph Ladeïn, quittait Merrâkech avec l’intention de gagner Taroudant par l’Atlas : c’est une route ordinairement sûre : il ne prit pas de travestissement, n’emmena point d’escorte, se pensant assez protégé en se joignant à une caravane. Un domestique israélite le suivait. Il remonta l’Ouad Nfis, traversa l’Ouneïn, entra chez les Aït Semmeg : jusque-là tout allait bien. Mais le malheureux ne devait pas dépasser lesAït Bou Bekr : cheminant sur leur territoire, il arriva au village d’Hierk, chez les Aït Ben Mançour, non loin de la zaouïa de Sidi Bou Nega. Il voulut s’y arrêter quelques instants et demanda à boire : on lui tendit un vase d’eau : au moment où il le portait à ses lèvres, on se jeta sur lui et on l’égorgea. Dans la suite, les Aït Ben Mançour furent, dit-on, condamnés à une forte amende pour ce crime. Quel en avait été le mobile ? Ce n’était point le vol : le voyageur n’avait que des effets de peu de valeur ; rien dans son équipage ne dénotait qu’il fût riche. Tous ceux qui me racontèrent le fait me dirent qu’on l’avait tué parce qu’il était chrétien.

Ouad Bou Srioul. — Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas, non loin de celle de l’Ouad el Genṭafi, auprès du Djebel Aṛbar. Il passe d’abord dans diverses fractions, puis entre sur le territoire des Gezoula : c’est une nombreuse tribu, restée insoumise au sultan ; de là, la rivière débouche en plaine et traverse successivement les terres des Talkjount et celles des Menâba.

L’Ouad Bou Srioul a toujours de l’eau dans son lit.

Ouad Talkjount. — Il prend sa source au Djebel Titouga ; puis il entre chez les Ida ou Zeddaṛ, grande tribu soumise au makhzen : de là il débouche en plaine, et traverse d’abord le territoire des Talkjount, puis celui des Menâba.

L’Ouad Talkjount a de l’eau pendant la plus grande partie de l’année.

1oDE L’OUAD TIFNOUT AU TELOUET. — Un chemin mène de l’un à l’autre : on remonte l’Ouad Tifnout jusqu’auprès de sa source ; de là, une côte douce conduit à un col et au bassin opposé. Point de pentes raides ; route facile.

2oDE TAZENAKHT AUX AIT OUBIAL. — La distance est d’un jour de marche. De Tazenakht, on remonte d’abord l’ouad du même nom, puis l’Ouad Ta n Amelloul jusqu’à sa source. On franchit le désert de Ta n Amelloul ; celui-ci s’étend entre les Aït Ouaṛrda et les Aït Oubial ; on se trouve à cette dernière tribu dès qu’on l’a traversé.

3oDE TAZENAKHT AUX AIT TEDRART. — On gagne les Aït Oubial, puis les Aït Ọtman ; là on laisse l’Ouad Zagmouzen à Outoura, et on monte vers le nord dans les montagnes qui en forment le flanc droit : elles s’appellent à ce point Djebel Ḥeddi et forment un désert dangereux. On y chemine jusqu’aux Id ou Illoun : il y a 2 heures entre leur territoire et Outoura. On traverse l’Ouad Id ou Illoun ; on entre dans un nouveau désert, celui de Teddref : après l’avoir franchi, on se trouve à l’Ouad Aït Tedrart. Une heure entre les Id ou Illoun et Aglagal.

4oDE TAZENAKHT AUX AIT TAMELDOU. — Il y a deux chemins principaux ; les voici :

I. — Gagner d’abord le territoire des Id ou Illoun, puis celui des Aït Tedrart ; de là passer aux Aït Tameldou, qui n’en sont qu’à 1 heure de distance. On marche tout le temps en pleine montagne.

II. — De Tazenakht, on gagne les Ikhzama à Tesakoust (Ouad Iriri). De là on va à Amasin (Ikhzama) et on remonte l’ouad de ce nom jusqu’à sa source, au Tizi n Ougdour. On franchit ce col : c’est un passage facile ; il forme la limite entre les bassins du Dra et du Sous. De là on s’engage dans le désert d’Igisel, où l’on marche durant 5 heures, jusqu’au village de Tittal, le premier des Aït Tameldou.

5oDE TAMAROUFT A TINFAT (SEKETANA). — On compte 1 jour de marche entre ces deux points. On gagne le Khela Tasṛirt en passant par Aït Mesri : on marche une demi-journée dans ce désert : on en sort à Iṛri, sur l’Ouad Sidi Ḥaseïn. Iṛri n’est qu’à une demi-heure de marche de Tinfat.

6oD’IRIL N ORO AUX SEKETANA. — On suit les rives de l’Ouad Zagmouzen jusqu’à Iṛil Mechtiggil (Zagmouzen). Là on le quitte et, marchant vers le sud, on s’engage dans le Petit Atlas. Au bout d’une heure de marche, on atteint le territoire des Seketâna : on passe d’abord à Tizgi, puis aussitôt après on trouve Tirikiou. De là, si on veut se rendre chez les Seketâna proprement dits, on prend à l’ouest ; si on veut gagner soit les Imadiden, soit les Imskal, on se dirige vers l’est. Ces deux fractions sont en face l’une de l’autre, du même côté et presque à même distance de Tirikiou.

7oDES AIT IAHIA (OUAD ZAGMOUZEN) A TATTA. — Il y a un chemin partant du territoire des Aït Iaḥia, remontant l’Ouad Aït Semmeg jusqu’à sa source, puis gagnant Tatta.

8oD’IRIL N ORO A MERRAKECH. — On compte 5 jours et demi de marche :

1erjour.— D’Iril n Oro à Tinmekkoul, en descendant l’Ouad Zagmouzen.

2ejour.— On gagne Tlemkaïa sur l’Ouad Tazioukt ; on remonte cette rivière jusqu’à Tanfit. Là on la quitte, et on s’engage dans le désert d’Iger n Znar qui s’étend au delà de sa rive droite. On y marche durant trois heures ; puis on atteint à Taleouin (district d’Ouneïn) l’Ouad el Amdad : on le remonte jusqu’à Adouz.

3ejour.— On quitte l’Ouad el Amdad à Adouz : on s’engage dans une vaste plaine ; au bout de 3 heures, on atteint un groupe formé de 2 villages : le premier est Tamsellount, le second Tamdroust : ils comptent dans le district d’Ouneïn. En sortant de Tamdroust, on entre dans le désert montagneux d’Ouichdan : côtes raides, chemin parfois difficile : au milieu de ce désert est le col où l’on franchit la crête supérieure du Grand Atlas. On chemine dans le Khela Ouichdan jusqu’à la fin de la journée : le soir, on parvient au village d’Alla où l’on s’arrête : on y entre sur le territoire des Genṭafa. Alla est sur l’Ouad El Genṭafi, qui, à quelques pas plus bas, s’unit à l’Ouad Agoundis. La jonction de ces deux cours d’eau forme l’Ouad Nfis.

4ejour.— D’Alla on gagne, à très peu de distance, Dar El Genṭafi, où se trouve le confluent des deux rivières. Dar El Genṭafi, appelée aussi Tagentaft, est un gros village, résidence du qaïd des Genṭafa. A partir de là, on descend le cours de l’Ouad Nfis : jusqu’au soir, on ne cesse d’en longer les bords. C’est une vallée très encaissée, ressemblant à celle de l’Ouad Iounil : les flancs en sont des murailles à pic presque partout infranchissables : on ne peut passer qu’au fond ; là, pas un point désert : tout est couvert de cultures et de villages ; voici les principaux de ceux qu’on traverse successivement : Imeṛraoun, Takherri, Iḥenneïn, Targa Aït Iraṭ, Iger n Kouris, Toug el Khir, Tigourramin, Talat n As, Imidel, Imgdal, Tagadirt el Bour, Ouirgan, Imaṛiren. On passe la nuit à Imaṛiren. Là s’arrêtent le territoire des Genṭafa et l’autorité de leur puissant qaïd.

5ejour.— On quitte l’Ouad Nfis, on gravit le flanc gauche de sa vallée, et on sort de celle-ci. Au bout de 3 heures de marche, on atteint un village, Asdṛem Kik : on entre là sur un nouveau territoire, soumis au qaïd El Gergouri ; on passe ensuite à Agdour Kik, Ouizil, Tigzit : ces quatre villages font partie de la fraction de Kik, portion de la tribu où nous sommes. Au delà, on en traverse encore deux du ressort d’El Gergouri, Agergour et Fres. A Fres s’arrête son autorité et commence la juridiction du bacha de Merrâkech. Jusqu’au soir, on continue à cheminer en rencontrant de fréquents villages : les principaux sont Tala Moumen, Toukhribin, Agadir Aït Teççaout, Akreïch. C’est dans ce dernier qu’on passe la nuit. De toute la journée, on n’a pas aperçu une seule rivière sur la route. (D’Asdṛem Kik à Agergour, 2 heures. — Agergour et Fres se touchent. — De Fres à Tala Moumen, 1 heure. — De Tala Moumen à Agadir, 1 heure. — D’Agadir à Akreïch, 2 heures.)

6ejour.— D’Akreïch à Merrâkech il n’y a que 4 heures de marche : durant tout ce temps on est en plaine et sous bois : cet espace entier est occupé par une forêt de grands arbres, lieu désert et dangereux, d’ordinaire infesté de brigands.

9oDE L’OUAD TIFNOUT A MERRAKECH. — On gagne Dou Ougadir : de là on remonte l’Ouad Izgrouzen jusqu’à sa source. Celle-ci se trouve à la crête du Grand Atlas, au Tizi n Tamejjout. On franchit la chaîne à ce col et on débouche dans la vallée de l’Ouad Agoundis. On en descend le cours en traversant un grand nombre de villages, dont voici les principaux : Tizi n Idikel, Tizi n Glouli, Igisel, Iṛal n Ṛbar, Iberziz, Azgrouz, Agoundis, Taourbart, Dar el Mrabṭin, Ijjoukak, Dar El Genṭafi. De là on suit la vallée de l’Ouad Nfis : le reste de l’itinéraire est le même qu’à l’article précédent.

Le cours de l’Ouad Agoundis est sous l’autorité de Qaïd El Genṭafi. Ce personnage, dans la famille de qui le pouvoir est héréditaire depuis de longues générations, est célèbre dans tout le Maroc par ses immenses richesses : plusieurs légendes ont cours sur leur origine : les uns disent qu’il existe une mine d’or sous son château, d’autres prétendent qu’il a trouvé la pierre philosophale. Pendant longtemps le Genṭafi a été insoumis. Il y a quelques années, Moulei El Ḥasen résolut de faire une expédition contre lui. Le Genṭafi n’osa résister ; il préféra désarmer le sultan par des présents : à son approche, il alla au-devant de lui, se faisant précéder par des cadeaux dont voici l’énumération : 100 nègres, 100 négresses, 100 chevaux, 100 vaches avec leurs veaux, 100 chamelles avec leurs petits. Devant de tels dons, Moulei El Ḥasen se tint pour satisfait. Il reçut la soumission du chikh et lui laissa son pouvoir, en lui donnant le titre de qaïd. Seulement il emmena deux de ses filles, dont il fit ses épouses : le Genṭafi a ainsi l’honneur d’être beau-père du sultan. Mais, de son côté, celui-ci a des otages précieux qui lui répondent de la fidélité du puissant qaïd. Lorsque ce dernier vient à Merrâkech, il y est fort bien reçu, mais il ne lui est permis ni de voir ni d’entretenir ses filles.

10oDE TINTAZART (TATTA) A MERRAKECH. — Tintazart, Afra, Imi n ou Aqqa (kheneg désert), Ti n Iargouten (qçar des Aït Ḥamid, Chellaḥa vassaux des Aït Jellal) ; Aït el Ḥazen (tribu formée de plusieurs villages situés sur la rivière du même nom ; versant nord du Petit Atlas) ; Arbạa Ammeïn (village avec marché le mercredi ; il fait partie d’Ammeïn, groupe de plusieurs villages situés sur l’Ouad Aït Semmeg) ; Tizi n Sous (c’est le col dont nous avons parlé plus haut, celui où se trouve la qoubba de Sidi Bou Reja) ; Aoulouz ; on gravit la montagne d’Aougeddimt, et on gagne le village de Taleouin ; on traverse l’Ouneïn ; de l’Ouneïn on entre dans le désert, où l’on franchit le mont Ouichdan, très haut massif dont le sommet est presque toujours couronné de neige. De là on passe à l’Ouad Nfis : on le descend assez longtemps, puis on gagne successivement Tagadirt el Bour, Kik, Ouizil, Akreïch, Merrâkech.

SAHEL.

Le pays des Ḥaḥa est merveilleux de fertilité et encore assez riche, bien qu’après avoir été pressuré par Ould Bihi (le dernier d’une famille de qaïds héréditaires qui a longtemps été à la tête de la tribu), désolé par Anflous (serviteur d’Ould Bihi qui usurpa le pouvoir après que ce dernier eut été empoisonné par le sultan, et qui fut, lui aussi, pris par trahison et mis à mort), il soit aujourd’hui horriblement opprimé par le makhzen. A chaque pas, on voit des ruines, des maisons détruites, des tours à demi renversées : ce sont les traces qu’a laissées la courte domination d’Anflous. A chaque pas, on entend les plaintes des habitants sur les déprédations des représentants actuels du sultan : un homme a-t-il quelque bien, on le dépouille aussitôt. Aussi beaucoup de Ḥaḥa (on dit Ḥaḥa en arabe, et Iḥaḥan en tamaziṛt) cherchent-ils à obtenir la protection de consuls chrétiens de Mogador. Malgré tant de maux, le pays est assez prospère : demeures nombreuses ; beaux troupeaux ; vastes cultures. Mais le terrain labourable qui reste inculte occupe une immense étendue : on pourrait ensemencer une surface presque double de celle qu’on cultive.

Les Ḥaḥa se divisent en 12 fractions, auxquelles M. El Ḥasen, depuis leur soumission récente (après avoir été longtemps indépendants, ils viennent d’être en révolte durant plusieurs années), a préposé 4 qaïds. Ces qaïds ont sous leurs ordres des chikhs et des ạamels. Les chikhs sont ici les gouverneurs des fractions : il y en a un pour chacune des douze ; les ạamels sont chargés de percevoir les impôts pour le sultan : ils sont en plus grand nombre.

Les 12 fractions sont :

Ida ou Gerṭ, Ikenafen, Ida ou Isaṛen, Ida ou Gelloul, Ida ou Tromma, Aït Ạmer, Ida ou Ạïssi, Ida ou Zenzen, Ida ou Khelf, Ida ou Bou Zia, Ida ou Mada.....[118].

Les quatre premières sont les plus importantes.

Les Ḥaḥa sont serviteurs de plusieurs marabouts : ils paient des redevances aux Geraga et à Sidi Ạbd Allah d Aït Iaḥia : nous avons dit que celui-ci était originaire d’Ez Zaouïa, à Tisint. Quant aux Geraga, c’est une célèbre famille de religieux, originaire du Chiadma, où elle a encore sa principale zaouïa, entre Mogador et Safi.

La tribu des Ḥaḥa est sédentaire ; elle parle le tamaziṛt, mais l’arabe y est assez répandu[119].

Pas de Juifs chez les Ḥaḥa en dehors des deux villes qui sont sur leur territoire sans appartenir à leur tribu, Mogador et Agadir Iṛir.

Le district de Tidsi se compose de 3 grands villages : Tidsi (300 fusils), El Qaçba (200 fusils), Oumsedikht (700 fusils) ; ils sont à peu de distance les uns des autres. Le Tidsi est gouverné par un seulchikh, en même temps marabout ; il s’appelle Sidi El Ḥanafi. Le Tidsi reconnaît le sultan, mais n’est point administré par lui : les mkhaznis n’y entrent point, et il n’y a ni qaïd ni ạamel nommé par Moulei El Ḥasen ; mais le chikh héréditaire, tout en ne tenant son autorité que de son sang et de la volonté de ses concitoyens, reconnaît le sultan et va chaque année apporter un tribut à Taroudant.

Pas de Juifs. Un marché, d’une grande importance, le Khemîs Tidsi, se tenant dans le village de Tidsi. Ce village est quelquefois appelé Ez Zaouïa parce que c’est là qu’est la zaouïa, résidence du chikh. Terrain fertile : blé, orge, maïs, lentilles, olives. Pas de rivière ; le pays est arrosé par des sources. Il est en plaine, au pied du versant septentrional du Petit Atlas. Les gens du Tidsi sont Chellaḥa et parlent le tamaziṛt.

Les Ilalen sont une nombreuse tribu tamaziṛt se divisant en 18 fractions, savoir :

Ida ou Ska(450 fusils ; nous avons traversé leur territoire).

Aït Touf el Azz(300 fusils ; nous avons traversé leur territoire).

Isendalen(1600 fusils ; nous les avons laissés au sud).

Aït Toufaout(1500 fusils ; nous les avons laissés au sud : nous avons passé près de leurs frontières en sortant des Aït Touf el Ạzz).

Tazalart(200 fusils ; leur territoire contient de grandes mines de cuivre. Les ouvriers, s’habillant de vêtements de cuir, descendent l’extraire à 200 ou 300 coudées au-dessous de la surface du sol).

Aït Ạbd Allah(1600 fusils ; nous les avons laissés au sud : ils sont voisins des Aït Tazalaṛt).

In Timmelt(2000 fusils ; nous les avons laissés au sud ; cette fraction habite les bords de l’Ouad In Timmelt, affluent de l’Ouad Oulṛass).

Amzaourou(100 fusils).

Tasdmit(200 fusils ; cette fraction est située, par rapport à Afikourahen, au delà de celle d’Amzaourou et dans la même direction).

Aït Ouassou(600 fusils ; ils habitent les bords de l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessus des Ikhoullan).

Aït Ali(1200 fusils ; ils habitent sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessus des Aït Ouassou).

Ikhoullan(300 fusils. Nous avons traversé leur territoire).

Mezdaggen(320 fusils. Sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessous des Ikhoullan).

Ida ou Ska(450 fusils. Cette seconde fraction d’Ida ou Ska est sur l’Ouad Ikhoullan, immédiatement au-dessous des Mezdaggen).

Afra(360 fusils. Nous avons traversé ce territoire).

Tazgelt(1100 fusils. Nous avons traversé cette fraction).

Ida ou Genadif(1700 fusils. Ils occupent la vallée de l’Ouad Aït Mezal, immédiatement au-dessus des Aït Mezal).

Irer(300 fusils. Fraction habitant sur l’Ouad Aït Mezal, immédiatement au-dessus des Ida ou Genadif).

Les Ilalen ne reconnaissent point le sultan ; ils sont indépendants. Chacune de leurs 18 fractions a son administration séparée : point de chikhs héréditaires, si ce n’est dans une seule fraction, les Aït Ạbd Allah : ceux-ci ont un chikh, Ḥadj Ḥammou ; mais là même il y a plutôt un titre qu’un pouvoir, Ḥadj Ḥammou ne fait que les volontés de la djemaạa. Chaque fraction est gouvernée par sa djemaạa, qu’on appelle ici anfaliz : cette assemblée se compose de délégués de toutes les familles de la fraction ; chacune en envoie un : l’ensemble de ces chefs de famille forme l’anfaliz, qui règle toutes les affaires du groupe.

Chaque fraction a au moins un agadir ; quelques-unes en ont deux ou trois. L’agadir, village où chaque famille a sa chambre ou sa maison renfermant ses grains, ses provisions de toute sorte, ses objets précieux, est le magasin général de la fraction et son réduit en temps de guerre. C’est aussi là que s’assemble l’anfaliz.

Pas de grande zaouïa chez les Ilalen. Mais chacune des 18 fractions en possède une petite où elle entretient un ṭaleb : il est chargé de faire les écrits dont on a besoin et d’enseigner à lire à ceux qui voudraient apprendre. Il est pourvu aux frais de cette zaouïa de la façon suivante : à l’entrée des grains dans l’agadir, on en prélève la dîme, c’est-à-dire exactement un dixième ; un tiers de cette dîme est donné à la zaouïa, les deux autres sont distribués aux pauvres.

Les cultures se composent de beaucoup d’orge, d’un peu de blé et de lentilles : mais la richesse des Ilalen est surtout dans leurs amandes et leur huile d’argan. Pas de Juifs sur leur territoire. Les marchés de la tribu sont :

Tlâta Aït Toufaout.

Arbạa Aït Ạbd Allah.

Khemîs Aït Ạli.

Tenîn Aït Touf el Ạzz.

Djemạa Ida ou Genadif.

Les rivières qui l’arrosent sont au nombre de trois : l’Ouad Ikhoullan (affluent du Sous), l’Ouad Aït Mezal et l’Ouad In Timmelt.

Comme nous l’avons vu de nos yeux, les diverses fractions des Ilalen sont souvent en guerre entre elles.

Les Ilalen sont Chellaḥa et sédentaires : ils ne parlent que le tamaziṛt ; très peu d’entre eux savent l’arabe.

D’Afikourahen on gagne la fraction des Aït Mezal ; on la traverse, et on entre dans celle des Aït Ilougaïm : c’est la première journée. De là on franchit l’Ouad Oulṛass, et on arrive dans la tribu de Zarar Ida Oultit ; on y passe la nuit dans un village, le plus souvent dans celui de Bou el Ḥanna : c’est le deuxième jour. De là on part de grand matin et on parvient le lendemain, de bonne heure, après 3 jours 1/2 de marche, à la qoubba de Sidi Ḥamed ou Mousa, c’est-à-dire à la zaouïa de Sidi El Ḥoseïn. On est au cœur du Tazeroualt.

Ait Ilougaim. — Ils forment une fraction des Chtouka : ce sont donc des Chellaḥa sédentaires parlant le tamaziṛt. Comme tous les Chtouka, ils sont soumis au makhzen et sous la juridiction du qaïd Ould Ben Dleïmi. Ils comprennent une centaine de villages. Pas d’agadir (il n’y en a nulle part en blad el makhzen : chacun y enfouit ses grains dans des silos, qu’on appelle icimaṭmora). Pas de chikh général ni de djemaạa collective : chaque village a soit son chikh local, soit sa djemaạa. Un marché, le Tenîn Ilougaïm, à Tamaliḥt ; il forme un centre commercial important. Dans le village de Tamaliḥt, il y a 80 familles juives, les seules de la tribu.

Pas de rivière chez les Aït Ilougaïm. Mais non loin de là coule l’Ouad Oulṛass, où ils ont de nombreux ḥeïouan (on donne ce nom aux terres qu’on possède sur le territoire de tribus étrangères). Les Aït Ilougaïm sont riches ; ils ont beaucoup de chevaux. A partir des Aït Mezal, et jusqu’au Tazeroualt, les tribus qu’on rencontre en possèdent un grand nombre : il n’y en a au contraire à peu près point dans la portion du Petit Atlas située à l’est des Chtouka.

Quand on vient des Ilalen, on passe d’habitude la nuit dans le groupe des Aït Ilougaïm portant le nom d’Aït ou Adrim. De chez eux on gagne les

Ait Oulrass. — Ils habitent les bords de l’Ouad Oulṛass. Fraction importante des Chtouka, ils sont soumis au sultan et sous l’autorité d’Ould Ben Dleïmi. Point de chikh ni de djemaạa : ils sont en cela dans les mêmes conditions que les Aït Ilougaïm. Ils ont environ 100 villages.

Pas de marché, ni de Juifs.

La vallée de l’Ouad Oulṛass est très riche : quelques palmiers, mais ne donnant que de mauvaises dattes, arbres fruitiers et céréales en abondance. L’Ouad Oulṛass se jette dans la mer, après avoir, au-dessous des Aït Oulṛass, traversé la tribu de Massa, qu’on appelle aussi Mast.

Des Aït Oulṛass, on entre dans la tribu de

Zarar Ida Oultit. — Grande tribu qui habite au sud des Aït Oulṛass, au delà du flanc gauche de la vallée de l’Ouad Oulṛass. Elle est blad el makhzen depuis l’expédition du sultan dans le Sous et le Sahel, et appartient à la juridiction d’Is Oublaṛ, qaïd des Ida ou Garsmouk : pas de chikh héréditaire ; un anfaliz règle les affaires de la tribu. Les Zarar Ida Oultit sont une tribu chleuḥa et sédentaire, parlant le tamaziṛt. Beaucoup de qçars ; le principal est Ouizzân, qui se prononce aussi Ouzzân et Oujjân. Nombreux chevaux. Point de rivière : des sources et des citernes.

Un marché, très fréquenté, le tlâta d’Ouizzân. Un mellaḥ dans la même localité.

De cette tribu, on passe dans celle des

Ida ou Baaqil. — Grande tribu, autrefois libre comme la précédente, nominalement soumise au sultan depuis l’expédition de 1882. Elle a été placée, avec plusieurs autres, sous le qaïdat de Ḥadj Ṭahar, fils de Sidi El Ḥoseïn, le marabout du Tazeroualt. Tribu riche et puissante. Jadis elle faisait souvent la guerre à Sidi El Ḥoseïn, qui ne l’apaisait qu’à prix d’argent. Les Ida ou Baạqil sont Chellaḥa et sédentaires. Leur langue est le tamaziṛt. Beaucoup de qçars et beaucoup de chevaux.

Point de marché ni de Juifs sur leur territoire. Celui-ci n’est arrosé par aucune rivière.

De là on passe dans le district de

Tazeroualt. — Le Tazeroualt est un grand district traversé par l’Ouad Tazeroualt.

L’Ouad Tazeroualt vient du territoire des Aït Imejjat : de là il entre dans le Tazeroualt ; il y arrose d’abord Agadir Sidi El Ḥoseïn, puis Zaouïa Sidi Ḥamed ou Mousa (connue aussi sous le nom de Zaouïa Sidi El Ḥoseïn et sous celui de Tallent Sidi Ḥachem), enfin Iliṛ. Du Tazeroualt il passe chez les Aït Bou Ạmran, où il reste jusqu’à son embouchure dans l’Océan. C’est, disent les indigènes, à l’embouchure de cette rivière que des chrétiens sont venus en 1882 vendre des grains et diverses denrées : c’est, ajoutent-ils, en partie pour empêcher qu’ils ne reviennent sur la côte et que pareil fait ne se renouvelle que le sultan est venu aussitôt après dans le pays, qu’il en a obtenu la soumission nominale et qu’il y a investi des qaïds. Il a même laissé chez les Aït Bou Ạmran un camp de1200 à2000 soldats qui depuis lors y sont en permanence.

Le Tazeroualt est riche et fait un grand commerce. Là se tient, deux fois par an, l’une en mars et l’autre à la fin d’octobre, la fameuse foire de Sidi Ḥamed ou Mousa, célèbre dans le Sahel, dans le Sahara et dans le Sous, où l’on vient en foule de Mogador et même de Merrâkech. Outre ces foires, les pareilles de celle de Mrimima et de Souq el Mouloud, le Tazeroualt a un marché chaque semaine, le ḥad d’Iliṛ. Il existe à Iliṛ un grand mellaḥ, le seul du district.

Le Tazeroualt est depuis un temps immémorial gouverné par des marabouts qui descendent de Sidi Ḥamed ou Mousa. Le chef de la zaouïa et chikh du pays est en ce moment Sidi El Ḥoseïn ou Ḥachem. Il a trois résidences principales : 1oIliṛ, grand et riche qçar, le plus important du Tazeroualt et l’un des plus peuplés de tout le sud : là est son habitation principale, avec la plupart de ses femmes et de ses négresses ; c’est sa demeure la plus somptueuse et la plus agréable, celle où il vit habituellement ; il y a une garde de 200 cavaliers nègres, ses esclaves. 2oEz Zaouïa; ainsi que l’indique ce nom, c’est le sanctuaire religieux de la famille : là sont les qoubbas de Sidi Ḥachem, père de Sidi El Ḥoseïn, de Sidi Ḥamed ou Mousa, son ancêtre, de tous ses aïeux ; là habitent les marabouts de sa race, ses cousins, ses neveux. On appelle aussi Ez Zaouïa de divers autres noms, Tallent Sidi Ḥachem, Zaouïa Sidi Ḥamed ou Mousa, Zaouïa Sidi El Ḥoseïn. 3oAgadir Sidi El Ḥoseïn; c’est une forteresse bâtie sur le roc au sommet d’un mont escarpé. Sidi El Ḥoseïn y a entassé toutes ses richesses, et a accumulé les défenses de tout genre pour les protéger : l’agadir, situé à la frontière est du territoire,est dans une position telle qu’on ne peut y monter que par un long chemin en escalier, creusé dans le roc et faisant mille lacets ; les murs de la forteresse sont d’une épaisseur extrême ; les tours en sont garnies de canons ; elle est sans cesse gardée par une forte garnison d’esclaves dévoués : c’est là que le marabout s’était enfermé en 1882, à l’approche du sultan.

Ainsi que nous l’avons dit, l’ancêtre des puissants chefs du Tazeroualt est Sidi Ḥamed ou Mousa : sa qoubba s’élève auprès d’Ez Zaouïa. Ce n’était qu’un mendiant à qui Dieu, en récompense de ses mérites, accorda ses grâces, grâces qui de son vivant même se manifestèrent par de nombreux miracles. L’époque à laquelle vivait ce saint est très reculée ; il laissa des descendants à qui il légua la bénédiction divine, qui se perpétua en eux jusqu’à ce jour. Mais s’il fut le fondateur de leur grandeur religieuse, il ne fut point celui de leur puissance temporelle. Celle-ci n’échut à sa maison qu’après plusieurs générations : ce fut l’un de ses successeurs, Sidi Ạli Bou Dmia, qui l’établit, à une époque elle-même très lointaine. Sidi Ạli Bou Dmia, à la fois marabout et guerrier, étendit au loin le pouvoir de la zaouïa de Tazeroualt et acquit une grande célébrité : les ruines imposantes de son palais subsistent encore à peu de distance de la zaouïa actuelle. Depuis sa mort, bien des générations se sont succédé : la puissance de sa dynastie, tout en restant considérable, a subi des phases diverses. Sidi Ḥachem, père du marabout actuel, avait donné un grand éclat à sa maison. Brave et guerrier, il avait marché sur les traces de Sidi Ạli Bou Dmia, et, payant sans cesse de sa personne, n’avait pas tardé à se faire un grand renom de valeur dans les régions environnantes. Grâce à cette réputation, à l’admiration et à la crainte qu’il inspirait, il était parvenu à grouper autour de lui toutes les tribus du voisinage. Pendant sa vie, elles lui restèrent soumises, moitié de gré, moitié de force. Cet édifice s’écroula en partie à sa mort. Sidi El Ḥoseïn, son fils et son successeur, âgé de 70 ans aujourd’hui, fut orphelin de bonne heure ; un certain nombre de tribus en profitèrent pour s’émanciper : il ne montra dans la suite aucune des qualités belliqueuses de son père ; aussi n’est-il plus réellement maître que du Tazeroualt. Mais il est très riche ; ses trésors sont immenses ; l’autorité que ne lui a pas donnée son caractère, son or la lui procure quand il le veut ; il arme à prix d’argent les tribus des environs et peut ainsi réunir à son gré autour de lui tous les fusils du Sahel : c’est ce qu’on lui a vu faire il y a quelques années. Aussi Sidi El Ḥoseïn est-il aujourd’hui encore le plus grand pouvoir qui existe de l’océan Atlantique au pays de Dra. Il peut mettre en armes tout le Sahel, Chtouka compris, et se faire envoyer des contingents de diverses tribus du bassin inférieur du Dra. Son influence religieuse est considérable. Son nom est connu dans tout le Maroc, dont Sidi Ḥamed ou Mousa est un des saints les plus vénérés. Une grande partie des zaouïas du Sahel, du Sous et du Sahara, entre Sous et Dra, appartient à des rameaux de la famille dont il est le chef. Par sa célébrité, son influence religieuse, ses richesses, sa puissance, l’étendue de son autorité, la zaouïa de Sidi Ḥamed ou Mousa peut être comptée comme une des cinq grandes zaouïas du Maroc, allant de pair avec celles d’Ouazzân, de Bou el Djạd, de Tamegrout, du Metṛara (Sidi Moḥammed El Ạrabi el Derkaoui).

Un événement considérable s’est passé récemment dans le bas Sous et dans le Sahel : le sultan y a fait une expédition et a reçu la soumission d’un grand nombre de tribus qui étaient indépendantes depuis un temps immémorial. Ce fait est l’objet de tous les entretiens dans le Sahara, dans le Sous et dans les contrées voisines : voici le résumé de ce que j’ai entendu dire, aussi bien à Tatta et à Mrimima que dans le Sous, le Sahel et chez les Ḥaḥa.

Au commencement de l’été de 1882, Moulei El Ḥasen traversa l’Ouad Sous, auprès de son embouchure,à la tête d’une armée puissante : il avait assemblé tous les contingents de son empire, ceux des tribus de Fâs comme ceux des tribus de Merrâkech : tout ce qu’il avait pu lever, il l’avait emmené : cette armée pouvait être, au début de l’expédition, de 40000 hommes ; une fois en marche, ce chiffre tomba assez vite par suite des nombreuses désertions. Avec ces forces imposantes, le sultan s’avança jusqu’aux limites du Tazeroualt : il s’y arrêta à une localité du nom de Tiznit. Il convoqua alors tous les chikhs ou notables des tribus voisines et en premier lieu les deux principaux personnages du pays, Sidi El Ḥoseïn, chef du Tazeroualt, et El Ḥabib ould Beïrouk, chikh du district d’Ouad Noun. Sidi El Ḥoseïn avait des motifs graves de se défier du sultan : d’une part, il avait toujours témoigné à Moulei El Ḥasen une hostilité extrême ; de l’autre, il passait pour le seigneur le plus riche du Maroc : il était fort probable que s’il se rendait à l’invitation du sultan, celui-ci, le tenant entre ses mains, le mettrait à mort, autant par rancune que par cupidité. Aussi, malgré les mille instances de Moulei El Ḥasen, malgré les protestations d’amitié qu’il lui prodigua, se garda-t-il de se rendre à sa convocation ; mais il se fit représenter auprès de lui, pendant que de sa personne il allait s’enfermer, à l’abri de ses canons, dans son agadir. Quant aux autres chefs mandés, ils vinrent trouver le sultan. Celui-ci leur tint ce langage : « Vous voyez les Chrétiens installés au sud d’Ouad Noun ; d’autres veulent s’établir à Ifni, d’autres ailleurs. Cela vous plaît-il ? Non, je veux le croire. Qui peut l’empêcher ? Est-ce vous ? Vous n’en avez pas la force. Et-ce moi ? A mes observations, ils répondent que le pays n’est point sous mon autorité. Il n’y a qu’un moyen de s’opposer à leurs empiétements : reconnaissez mon pouvoir : je vous promets que non seulement il ne vous sera pas lourd, mais même il vous sera profitable. Que les Chrétiens, quand ils viendront sur ces rivages, ne trouvent que des sujets de Moulei El Ḥasen : il suffit ; vous n’aurez plus rien à craindre de leur côté ; et pour ce qui est de moi, vous ne serez pas longtemps sans éprouver les bienfaits de mon alliance. » Il sortit de là l’arrangement suivant : tous les chikhs présents reconnurent l’autorité du sultan ; celui-ci les nomma qaïds dans leurs tribus ou leurs districts et les renvoya avec des présents : il était sous-entendu que le pouvoir du sultan ne serait que nominal, mais qu’il allait l’affirmer et en donner une preuve visible aux yeux des Chrétiens en construisant une ville au cœur de la région qui venait de se ranger sous ses lois.

La contrée qui fit ainsi, en été 1882, sa soumission à Moulei El Ḥasen, est celle qui est comprise entre l’Ouad Sous au nord, l’Océan à l’ouest, l’Ouad Dra au sud, les Aït ou Mrîbeṭ au sud-est. Cette dernière tribu est restée indépendante : à elle s’arrête le blad el makhzen. Mais il ne faut pas oublier que ce blad el makhzen ne l’est quebel kedeb, « d’une façon mensongère », comme disent les indigènes, et de nom seulement : c’est une domination qui coûte beaucoup plus au sultan, en cadeaux pour entretenir l’alliance, qu’elle ne lui rapporte en impôts. Cette domination, Moulei El Ḥasen voulut, avons nous dit, en donner une preuve en élevant une ville dans la contrée : il choisit l’emplacement de Tiznit, où il avait campé, et convint avec les chikhs des environs, désormais qaïds, qu’ils y construiraient pour lui une ville dont il leur donnerait les plans : il paierait leur travail. En effet, peu de jours après le départ de l’armée, arrivèrent plans et architectes : on commença aussitôt : on se mit à construire une cité avec ses mosquées, sa qaçba, son mellaḥ, ses fondoqs ; on fit une vaste enceinte carrée avec des murs de cinq largeurs de main d’épaisseur et avec 36 tours sur chaque côté. La ville n’est pas éloignée de la mer : le sultan veut en faire une sorte d’entrepôt où viennent commercer les Européens.

Des Chrétiens sont récemment venus par mer sur cette côte, cherchant un lieu favorable à l’établissement d’un port. Ils ont visité Aglou, Ifni et d’autres points. Ifni, dans la tribu des Aït Bou Ạmran, a paru leur plaire. On ne sait pas autre chose de leurs entreprises.

C’est la première fois que les contrées qui viennent de reconnaître le sultan font acte de soumission ; mais ce n’est pas la première fois que Moulei El Ḥasen a affaire à elles. Il y a plusieurs années, du vivant de Sidi Moḥammed, Moulei El Ḥasen, son fils aîné, fit une campagne de ce côté. Il s’avança jusqu’à l’Ouad Oulṛass ; mais là il se trouva face à face avec Sidi El Ḥoseïn ould Ḥachem qui lui barrait le passage à la tête d’une armée : le marabout lui envoya un message, lui donnant trois jours pour battre enretraite : au delà de ce délai, il l’y forcerait les armes à la main. Moulei El Ḥasen, ne se trouvant pas en force, se retira ; en partant, il répondit à la lettre de Sidi El Ḥoseïn : « Vous m’avez donné trois jours pour me retirer ; je vous donne trois ans pour vous soumettre. » Peu après, Sidi Moḥammed mourut et Moulei El Ḥasen monta sur le trône : depuis ce temps, on se disait chaque année dans le Tazeroualt et dans l’Ouad Noun : « C’est cette année qu’il va venir. » Enfin il est venu en 1882. Dès que Sidi El Ḥoseïn eut connaissance de son approche, il fit transporter tout ce qu’il avait de plus précieux dans son agadir, y accumula des provisions énormes et s’y enferma avec sa famille et son armée d’esclaves. Puis il envoya au-devant du sultan un messager, chargé de présents et d’une lettre fort humble : il priait Moulei El Ḥasen de lui pardonner, de le ménager ; il n’était qu’un simple religieux, uniquement consacré à Dieu, n’ayant ni le pouvoir ni la volonté de s’opposer à ses desseins. Moulei El Ḥasen lui répondit qu’il suffisait qu’il ait eu peur, qu’il ait déménagé à son approche et qu’il se soit humilié ; à présent qu’il était soumis, il ne voyait plus en lui qu’un marabout, descendant d’un saint, et en conséquence il lui envoyait des cadeaux, hommage à son caractère sacré. En même temps il l’engageait à venir auprès de lui. Nous avons vu comment Sidi El Ḥoseïn eut la sagesse de ne pas se rendre à cette invitation, quelques instances que fît dans la suite le sultan. Mais s’il refusa de se présenter lui-même, il envoya à Moulei El Ḥasen un de ses fils qui fut fort bien reçu.

Telle fut, selon les indigènes, cette campagne dans laquelle le sultan reçut la soumission de la partie du Sahel dont nous avons donné les limites plus haut et en même temps de la vallée de l’Ouad Sous, depuis l’embouchure de ce fleuve jusqu’au haut du Ras el Ouad. L’expédition fut de courte durée : le 6 juin 1882, Moulei El Ḥasen passait avec son armée à proximité de Mogador ; le 2 juillet, il arrivait chez les Massa, tribu habitant le bas cours de l’Ouad Oulṛass et comptant environ1500 maisons (le plus grand village des Massa est Agoubalou, près de l’embouchure de la rivière dans l’Océan) ; le 26 juillet, le sultan écrivait dans les villes de son empire que la campagne était terminée et avait eu plein succès : on célébra à cette occasion des réjouissances publiques.

Voici, pour un certain nombre de tribus du Sahel, comment le sultan a réparti les qaïds :

Ainsi qu’on le voit, l’expédition de Moulei El Ḥasen dans le Sous et le Sahel avait sans doute un double objet : l’un d’affirmer aux yeux des Chrétiens sa suprématie sur ces contrées ; l’autre de s’emparer de la personne de Sidi El Ḥoseïn, contre qui il nourrissait une vieille rancune et de qui les trésors lui offraient une riche proie. Les instances sans nombre qu’il fit auprès du marabout pour l’attirer dans son camp prouvent le prix qu’il attachait à sa capture. De ces deux buts, c’était, je crois, le second que le sultan avait le plus à cœur. Il ne put l’atteindre. Le premier au contraire fut rempli sans difficulté. Si l’on s’étonne qu’un si grand nombre de tribus aient aisément consenti à se soumettre, que ni elles ni Sidi El Ḥoseïn n’aient tenté aucune résistance, on trouvera la principale cause de cette conduite dans la famine épouvantable qui régnait alors en ces régions. Le pays était affaibli ; chacun était obligé d’aller chercher des vivres au loin ; on n’avait plus de bestiaux, plus de provisions, on avait dû vendre les chevaux, enfin on était dans de très mauvaises conditions pour faire la guerre. Il parut sage de se soumettre, quitte à se révolter quand, l’abondance revenue, on serait en état de lutter. On m’a assuré que c’était déjà fait. Lors de mon voyage (hiver et printemps 1884), le pays était encore en l’état où l’avait laissé le sultan. Mais il paraît que, 5 ou 6 mois après, la récolte ayant été excellente et la richesse régnant partout, on s’est soulevé de tous les côtés à la fois et que la plus grande partie des tribus du Sahel, du Ras el Ouad et même du bas Sous, les Chtouka entre autres, ont secoué le joug.

1oDAR BEN DLEIMIest un grand village situé au bord de la mer, à un jour de marche au sud d’Agadir Iṛir. Il se trouve sur le territoire des Chtouka et est la résidence du qaïd de cette tribu, Ould Ben Dleïmi.

2oOUAD NOUNn’est ni le nom d’une rivière ni celui d’une ville, mais celui d’un petit district formé de la réunion de plusieurs qçars ; ceux-ci s’élèvent au milieu d’une plaine nue et stérile ; autour d’eux, ni palmiers, ni jardins, ni labourages : ils se dressent isolés dans l’areg. L’Ouad Noun a un chikh héréditaire, El Ḥabib ould Beïrouk ; c’est un personnage peu aimé, mais puissant et craint aux environs. Le sultan a nommé son frère, Daḥman, qaïd du district.

3oREGIBAT, OULAD DELEIM. — Ce sont deux tribus nomades ayant leurs campements dans le Sahel, au sud du Maroc, entre l’Ouad Noun et l’Adrar. Leurs ṛezous écument le Sahara entre Timbouktou et Tindouf et apparaissent parfois sur le cours inférieur du Dra.

4oCHQARNA. — Tribu nomade errant dans le Sahel, au sud du Maroc. Elle comptait, il y a 20 ans, 500 ou 600 combattants montés à chameau ; c’est à peine si elle en possède 200 aujourd’hui. Les Chqarna n’ont point de chevaux, le chameau est leur seule monture.


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