Chapter 26

J'ai lu votre très beau mais très pathétique poème—ne me demandez pas combien de fois et avec quelles émotions. Vous savez que «j'osepéchermais non pasmentir!» Vos vers arrachent cette confession du plus profond de mon âme—je le dirai, répétez-le si vous le voulez—que j'ai plus d'une fois été la victime d'une conjoncture maudite de circonstances et que pour moi vous devez être à jamaisChère comme la lumière qui visite ces tristes yeux[1087].

J'ai lu votre très beau mais très pathétique poème—ne me demandez pas combien de fois et avec quelles émotions. Vous savez que «j'osepéchermais non pasmentir!» Vos vers arrachent cette confession du plus profond de mon âme—je le dirai, répétez-le si vous le voulez—que j'ai plus d'une fois été la victime d'une conjoncture maudite de circonstances et que pour moi vous devez être à jamais

Chère comme la lumière qui visite ces tristes yeux[1087].

Il lui envoyait sa pièce sur Marie Stuart et il y ajoutait ces mots qui étaient redevenus de tendresse.

Telles furent, ma chère Nancy, les paroles de l'aimable mais malheureuse Mary. L'infortune semble prendre un plaisir particulier à darder ses flèches contre «les honnêtes hommes et les jolies fillettes». De cela vous aussi vous n'êtes que trop la preuve; puisse votre destinée future faire une brillante exception à cette remarque! Dans les mots d'Hamlet:Adieu, adieu, adieu! Souviens-toi de moi![1088][Lien vers la Table des matières.]

Telles furent, ma chère Nancy, les paroles de l'aimable mais malheureuse Mary. L'infortune semble prendre un plaisir particulier à darder ses flèches contre «les honnêtes hommes et les jolies fillettes». De cela vous aussi vous n'êtes que trop la preuve; puisse votre destinée future faire une brillante exception à cette remarque! Dans les mots d'Hamlet:

Adieu, adieu, adieu! Souviens-toi de moi![1088][Lien vers la Table des matières.]

IV.LA VIE PROFONDE, LA PRODUCTION.

Lorsqu'on suit les phases attristantes de l'histoire de Burns, c'est un devoir de se souvenir que, devant nos jugements sociaux, quelques instants de faiblesse ruinent tout un fonds d'honnêteté, de travail, de bonté. Quelques écueils suffisent au mauvais renom d'une mer. Cependant elle remplit ses fonctions dans le jeu universel: elle contribue au flux; elle fournit aux nuées sa part d'averses fécondantes; elle nourrit des milliers d'êtres qui grandissent dans son sein, s'accouplent, sereproduisent, perpétuent et modifient les espèces; elle forme des dépôts qui seront plus tard des continents propres à des plantes nouvelles; elle a mille utilités plus profondes et encore indiscernées; ses bienfaits sont nombreux. Mais elle a deux ou trois récifs sur lesquels se sont brisées des galères, peut-être chargées de soldats; elle a quelques bas-fonds où s'est enlisé un navire qui portait peut-être de l'alcool ou de l'opium; quelquefois elle a des tempêtes. Alors, au jugement court des hommes, elle devient une mer malfaisante et redoutée. Ils ne pénètrent pas dans son œuvre continue; ils ignorent qu'il sort d'elle plus d'avantages que de désastres, même pour eux; et ils oublient que d'ailleurs leur mesure des choses est à leur taille. Hélas! il en est de même des vies humaines. Quelques fautes, quelques heures d'oubli, de faiblesse, de colère ou de passion, qui sont comme des écueils à la surface, gâtent une existence entière. Cependant, elle aussi accomplit ses fonctions profondes: elle est composée dans son ensemble de bonté, d'efforts, d'aspirations vers le mieux; elle a, même en ses erreurs, des désirs de bien, à ce point que parfois—mystère fait pour troubler!—le désir du bien a été la cause de l'erreur; elle contient de l'amour, du sacrifice, des dévoûments; elle contribue à la continuation physique et au progrès intellectuel du monde. Et tous ces services sont oubliés ou ignorés ou méconnus, à cause des quelques désordres à la superficie, des quelques remous où l'eau est trouble. Sous d'inexcusables torts la vie de Burns était une vie de droiture, de travail et de bonté. Il accomplissait mieux que la plupart, mieux que beaucoup qui se sont tenus purs de faiblesses, il accomplissait avec une rare efficacité les tâches essentielles par lesquelles l'homme vaut ici-bas. Et c'est une question qui est encore à décider de savoir si les insuffisances d'action n'égalent pas les excès de passion, et si, tout compte fait, ceux qui ont commis quelque mal mais travaillé au bien avec énergie, ne valent pas mieux que ceux qui n'ont fait ni mal, ni bien.

Il avait un vrai cœur de père. C'est plaisir, dans sa correspondance, de l'entendre parler de ses enfants, de voir ses jolis croquis de bébés, pleins de complaisance et de tendresse paternelles, mais aussi de perspicacité. Il avait, de Jane Armour, trois fils. L'aîné Robert avait environ cinq ans; le second François Wallace, le filleul de MrsDunlop, était né le 24 août 1789; et le troisième William Nicol, nommé d'après le compagnon du voyage des Hautes-Terres, était venu au monde le 9 avril 1791. Il les contemplait, les étudiait; ces petits êtres, encore si indécis, prennent sous son regard pénétrant une personnalité. De son aîné, il disait:

«J'ai l'intention de l'élever pour l'église et, d'après une dextérité innée qu'il a pour faire le mal et une certaine gravité hypocrite avec laquelle il en considère les conséquences, j'ai de belles espérances à son sujet, dans la carrière épiscopale[1089].»

De son dernier, William Nicol, il disait:

«J'ai ramassé un petit gars que, pour la force, la grosseur, la forme, et la hauteur de la voix, je mettrais en regard de n'importe quel gamin de Nithsdale, d'Annandale ou n'importe quel autre dale[1090]».

Celui dont il semblait le plus satisfait était le petit Frank, le filleul de MrsDunlop. Il le représente toujours comme un petit gaillard solide.

«Je compte qu'il ne discréditera pas le glorieux nom de Wallace, car il a une jolie figure mâle et un corps qui ferait honneur à un garçonnet de deux mois; il a aussi un très bon caractère, bien qu'il ait, lorsque cela lui plaît, un flageolet à peine moins sonore que le cor dont son immortel homonyme sonna pour donner le signal d'enlever le boulon du pont de Sterling[1091].»

Ce petit Frank apparaît vraiment comme un beau bébé et qui donnait à son père des moments d'orgueil.

«Je ne puis m'empêcher de vous féliciter sur sa bonne mine et sa vitalité. Tous ceux qui le voient conviennent que c'est le plus joli, le plus bel enfant qu'ils ont jamais vu. Moi-même je suis enchanté du bombement viril de sa petite poitrine et d'une certaine dignité en miniature, qu'il a dans le port de la tête et dans le regard de son bel œil noir; cela promet le courage indomptable d'une âme indépendante.[1092]»

Et ailleurs encore:

«En vérité, je considère que votre petit filleul est monchef-d'œuvredans ce genre de manufacture, comme je crois queTam de Shanterest ma meilleure production en fait de poésie. Il est vrai que l'un aussi bien que l'autre trahissent un assaisonnement de friponnerie malicieuse dont on aurait bien pu se passer peut-être; mais aussi ils montrent, selon moi, une force d'originalité, un fini et un poli que je désespère de surpasser.[1093]»

La clairvoyance avec laquelle Burns discernait ces caractères encore en embryon est curieuse. Ce petit Frank était bien ce qu'il avait deviné, un petit gars dur, énergique. Il n'avait pas deux ans qu'il avait réduit son aîné en servitude, car à dix-huit mois de là son père écrivait à son sujet:

À propos, votre petit filleul pousse d'une façon charmante, mais c'est un vrai diable. Bien qu'il soit de deux ans plus jeune, il a complètement maîtrisé son frère. Robert est à la vérité la plus douce et la plus tranquille créature que j'ai jamais vu. Il a une mémoire très surprenante et il est tout à fait l'orgueil de son maître[1094].

Son pronostic du caractère de Robert n'était pas moins juste, ainsi que la vie de celui-ci le montra. N'est-il pas vrai qu'on sent bien dans cespassages les longues contemplations de petits corps nus, les longs aguets pour voir s'ébaucher les premiers sourires de la bouche ou des yeux; et aussi ces secrètes satisfactions paternelles qui éclatent au fond du cœur et l'inondent pendant un instant d'un délice adorable qu'on ne révèle jamais entier?

D'autres fois il se laissait aller à ces flatteuses imaginations où les pères, même fatigués et déçus par la vie, revivent, pour leurs enfants, leurs meilleurs et leurs plus magnifiques états d'âme. Ils redeviennent purs et confiants en ces jeunes âmes, et l'on peut dire que c'est une des vertus salutaires de la paternité que ces moments d'innocence restitués à des esprits qui autrement ne les auraient jamais plus connus. Ce sentiment apparaît dans la très belle lettre suivante:

Je ne me rappelle pas, mon cher Cunningham, que vous et moi ayons jamais causé sur le sujet de la Religion. J'en connais plusieurs qui en rient comme d'une duperie par laquelle lesQuelques-unsrusés mènent l'ignoranteMultitude; ou qui tout au plus la considèrent comme une obscurité incertaine dont les hommes ne peuvent jamais rien savoir et dont ils seraient sots de s'occuper beaucoup. Je ne voudrais pas chercher querelle à un homme pour son irréligion, pas plus que pour un manque d'oreille musicale. Je regretterais qu'il soit exclu de ce qui, pour moi et pour d'autres, a été des sources supérieures de jouissance. C'est à ce point de vue et pour cette raison que je veillerai à ce que l'âme de tous mes enfants soit imbue de Religion. Si mon fils est un homme de sentiment, de sensibilité et de goût, j'augmenterai ainsi beaucoup ses joies. Laissez-moi me flatter de la pensée que ce doux petit être qui, en ce moment, est en train de courir çà et là autour de mon pupitre, sera un homme d'un cœur tendre, ardent et brûlant, d'une imagination qui goûtera des délices avec les peintres et des ravissements avec les poètes. Laissez-moi me le figurer errant dans la campagne, dans la douceur du crépuscule, pour aspirer la brise embaumée et jouir de la poussée luxuriante du printemps, pendant que lui-même est dans la jeunesse fleurissante de la vie. Il jette ses regards sur toute la nature et à travers la nature, plus haut, vers le Dieu de la nature; son âme, par de rapides gradations de délices, est entraînée au-dessus de cette sphère terrestre, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rester silencieux et qu'il éclate dans le glorieux enthousiasme de Thomson:Les choses, dans leurs changements, ô Père Tout Puissant, ces chosesNe sont que des aspects de Dieu, l'année qui se dérouleEst pleine de Toi.et ainsi de suite dans toute l'ardeur et l'enthousiasme de cet hymne charmant.Ce ne sont pas là des plaisirs imaginaires, ce sont des joies réelles, et je demande quelles joies parmi les fils des hommes sont supérieures à celles-là. Et elles ont ce surcroît immense et précieux que la vertu, consciente d'elle-même, les réclame pour siennes, et s'en saisit pour paraître en la présence d'un Dieu qui voit, juge et approuve[1095]».

Je ne me rappelle pas, mon cher Cunningham, que vous et moi ayons jamais causé sur le sujet de la Religion. J'en connais plusieurs qui en rient comme d'une duperie par laquelle lesQuelques-unsrusés mènent l'ignoranteMultitude; ou qui tout au plus la considèrent comme une obscurité incertaine dont les hommes ne peuvent jamais rien savoir et dont ils seraient sots de s'occuper beaucoup. Je ne voudrais pas chercher querelle à un homme pour son irréligion, pas plus que pour un manque d'oreille musicale. Je regretterais qu'il soit exclu de ce qui, pour moi et pour d'autres, a été des sources supérieures de jouissance. C'est à ce point de vue et pour cette raison que je veillerai à ce que l'âme de tous mes enfants soit imbue de Religion. Si mon fils est un homme de sentiment, de sensibilité et de goût, j'augmenterai ainsi beaucoup ses joies. Laissez-moi me flatter de la pensée que ce doux petit être qui, en ce moment, est en train de courir çà et là autour de mon pupitre, sera un homme d'un cœur tendre, ardent et brûlant, d'une imagination qui goûtera des délices avec les peintres et des ravissements avec les poètes. Laissez-moi me le figurer errant dans la campagne, dans la douceur du crépuscule, pour aspirer la brise embaumée et jouir de la poussée luxuriante du printemps, pendant que lui-même est dans la jeunesse fleurissante de la vie. Il jette ses regards sur toute la nature et à travers la nature, plus haut, vers le Dieu de la nature; son âme, par de rapides gradations de délices, est entraînée au-dessus de cette sphère terrestre, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rester silencieux et qu'il éclate dans le glorieux enthousiasme de Thomson:

Les choses, dans leurs changements, ô Père Tout Puissant, ces chosesNe sont que des aspects de Dieu, l'année qui se dérouleEst pleine de Toi.

et ainsi de suite dans toute l'ardeur et l'enthousiasme de cet hymne charmant.

Ce ne sont pas là des plaisirs imaginaires, ce sont des joies réelles, et je demande quelles joies parmi les fils des hommes sont supérieures à celles-là. Et elles ont ce surcroît immense et précieux que la vertu, consciente d'elle-même, les réclame pour siennes, et s'en saisit pour paraître en la présence d'un Dieu qui voit, juge et approuve[1095]».

C'est, presque dans les mêmes termes, le rêve que faisait Coleridge, sur le berceau de son fils, lorsque par cette nuit de gel silencieux, et sicalme que la mince flamme bleue ne tremblait pas sur le feu, il voyait aussi «le cher bébé» «errer comme une brise» près des lacs, sur les grèves sablonneuses et sous les rocs d'antiques montagnes.

Ainsi tu verras et entendrasLes formes belles et les sons intelligibles de cet éternel langage que ton DieuProfère, qui, depuis toute éternité, enseigneLui-même en tout, et toutes choses en lui-même[1096].

C'est la poésie et le roman des pères.

À côté de ces fiertés on voit passer les tortures dont les maladies des enfants font trembler l'âme des parents.

«J'attends chaque jour le docteur qui doit inoculer la petite vérole à votre petit filleul. Elle règne beaucoup cette année et je tremble pour sa vie...[1097]Le pauvre petit Frank est maintenant au plus fort de la petite vérole. Je l'ai fait inoculer et j'espère qu'elle est en bonne voie[1098].»

«J'attends chaque jour le docteur qui doit inoculer la petite vérole à votre petit filleul. Elle règne beaucoup cette année et je tremble pour sa vie...[1097]

Le pauvre petit Frank est maintenant au plus fort de la petite vérole. Je l'ai fait inoculer et j'espère qu'elle est en bonne voie[1098].»

Il connaissait les angoisses dont, même dans des circonstances favorables, un esprit réfléchi doit souffrir, lorsqu'il prévoit les épreuves réservées à ces chers êtres ignorants. Quel père n'a pas essayé de pénétrer les temps qui arrivent, et même de démêler les événements historiques, les guerres, les fluctuations sociales qui se préparent, le front penché sur un berceau? Lequel, faisant retour sur lui-même, n'a redouté les périls, les embûches, les chocs, dont il lui semble que seule sa bonne étoile l'a sauvé? Ces pensées-là sont la rançon des joies paternelles.

De petits enfants qui attendent de vous une protection paternelle sont une lourde charge. J'ai déjà deux beaux gaillards, bien venants et forts; je voudrais les mettre en bonne lumière. J'ai mille rêveries et mille plans à propos d'eux et de leur destinée future. Ce n'est pas que je sois un utopiste dans mes projets en ces matières; je suis résolu à ne jamais destiner un de mes fils aux professions libérales. Je connais la valeur de l'indépendance; puisque je ne puis donner à mes fils une fortune indépendante, je leur donnerai sûrement une ligne de vie indépendante. Quel chaos de tumulte, de hasard et de vicissitudes est ce monde, lorsqu'on se met à y réfléchir sérieusement! Pour un père qui connaît lui-même le monde, la pensée des fils qu'il aura à y laisser doit le remplir de crainte; mais s'il a des filles, cette perspective, dans ces moments pensifs, est capable de le frapper d'épouvante[1099].

Ces angoisses étaient pour lui plus vives que pour la plupart. Sa vie et celle des siens l'avaient rendu défiant; l'avenir était un sol maigre et désolé. Il y avait, entre ses chétives ressources et les ambitions que sa richesse cérébrale devait naturellement lui inspirer pour ses fils, une telledistance! C'est un plus lourd chagrin pour un homme distingué d'esprit de penser que l'éducation de ses enfants sera insuffisante que de savoir qu'ils seront pauvres.

Malgré tout, grâce au ciel, je puis vivre et rimer tel que je suis; quant à mes garçons, pauvres petits gars! puisque je ne puis les placer à un degré aussi élevé de la vie que je voudrais, je les établirai, si l'ordonnateur des événements m'accorde la faveur de voir cette époque-là, sur une base aussi large et aussi indépendante que possible. Parmi les nombreux sages proverbes qui ont été recueillis par nos ancêtres écossais, un des meilleurs est celui-ci: «Mieux vaut la tête de la roture que la queue de la gentry»[1100].

Il était également bon frère. On a vu qu'il avait partagé avec Gilbert les profits de son volume. Carlyle l'en loue beaucoup. Ce qu'on n'a pas assez indiqué c'est que ce sacrifice fut probablement la cause de son entrée dans l'Excise. Cet argent lui aurait permis de franchir les premières mauvaises années, les années des vaches maigres, et d'attendre que le vent tournât. Ce serait lui faire injure que de croire un instant qu'il fut capable de songer à le réclamer.

J'aurais pu avoir de l'argent pour suppléer au déficit de ces années maigres, mais j'ai, dans une ferme en Ayrshire, un frère plus jeune et trois sœurs. Tout le surplus de ce que j'estimais nécessaire pour mon capital de fermage a été pris pour sauver, d'une ruine imminente, non seulement le confort mais l'existence même de ce foyer. Ceci était fait avant que je prisse cette ferme-ci; plutôt que d'enlever mon argent à mon frère—ce qui le ruinerait—j'abandonnerai ma ferme et j'entrerai immédiatement au service de vos Honneurs[1101].

Son plus jeune frère, Williams Burns, découragé sans doute de se faire fermier, par l'exemple de ses deux aînés, avait appris le métier de sellier. Il s'était mis en route pour trouver du travail. Cela ne semble pas avoir été chose facile. Après avoir erré en plusieurs endroits, il s'était installé à Newcastle. Pendant toutes ses pérégrinations, Robert le suit avec une sollicitude paternelle; il lui donne des conseils, lui écrit des lettres pleines de sages avis pratiques, l'encourage, le soutient. Tout cela en paroles cordiales et dignes.

Si mes conseils peuvent vous être utiles (c'est-à-dire si vous pouvez vous résoudre à prendre l'habitude non seulement d'examiner votre conduite, vos façons, etc., mais aussi celle de mettre en pratique les résolutions que cet examen fera naître d'améliorer vos défauts), mes petites connaissances et mon expérience du monde sont cordialement à votre service. J'avais l'intention de vous écrire plein une feuille de conseils, mais quelque affaire m'en a empêché. En un mot, apprenez laTaciturnité. Que cela soit votre devise. Quand vous auriez la sagesse de Newton ou l'esprit de Swift, le bavardage vous rabaisserait aux yeux de vos semblables[1102].

Toutes ses lettres contiennent des conseils bien choisis:

Vous êtes au moment de la vie où l'on prend des habitudes; vous ne pouvez éviter cela, quand vous le voudriez, et ces habitudes vous demeureront attachées jusqu'à la fin de votre sablier. Plus tard, même lorsqu'on est aussi peu avancé en années que moi, on peut avoir une vue très pénétrante de ses défauts et de ses faiblesses habituelles, mais les arracher ou même les amender est tout autre chose. Acquis d'abord par accident, ils commencent bientôt à devenir commodes, et avec le temps ils deviennent une portionnécessairede notre existence[1103].

Il lui envoie de l'argent:

Je mets deux billets d'une guinée de la banque d'Écosse qui, j'espère, viendront à propos. Il ne m'est pas tout à fait aussi commode que naguère de distraire un peu d'argent, mais je connais votre situation et, je puis le dire, à quelques égards votre mérite[1104].

Il lui répète sans cesse de ne pas se décourager et s'il ne réussit pas, de songer au toit de son frère.

Si vous ne réussissez pas dans vos pérégrinations, ne vous découragez pas, ne faites pas de coup de tête, revenez vers nous en ce cas et nous attendrons une meilleure humeur de la Fortune. Rappelez-vous ceci, je vous en prie[1105].

Et ailleurs encore:

Ma maison sera la maison où vous serez le bienvenu et comme je connais votre prudence (plût au ciel que votrerésolutionfût égale à votreprudence) si, quelque part loin de vos amis, vous étiez en besoin d'argent, vous avez mon adresse par la poste[1106].

Williams semble avoir été un garçon timide et doux; ses lettres à son frère, fort bien écrites du reste, sont touchantes par quelque chose de triste et de modeste. Il n'avait pas la virilité de ses deux aînés. Cependant il se hasarda à pousser jusqu'à Londres, espérant y trouver du travail. Au moment où il va partir, Robert lui donne de ces clairs avis qu'un père ne doit pas hésiter de donner à son fils, lorsque celui-ci va se risquer dans la fournaise d'une grande ville. Et il ajoute:

Écrivez-moi avant de quitter Newcastle et aussitôt que vous arriverez à Londres. En un mot, si jamais vous vous trouvez, comme peut-être vous pourrez l'être, en peine pour un peu d'argent, vous savez où je suis. Il ne sera pas dit que je vous verrai vaincu, tant que vous lutterez comme un homme. Adieu! Dieu vous bénisse![1107]

En même temps, il écrivit à son vieil ami Murdoch, qui était établi à Londres, pour lui recommander son frère. Le pauvre Williams commença dans la grande ville l'existence d'un ouvrier qui cherche de la besogne et obtient, tantôt ici, tantôt là, quelques jours d'occupation. On le voit errant d'atelier en atelier. Il le raconte à son frère sur le ton doux et résigné qui lui est propre.

J'ai trouvé du travail le vendredi après mon arrivée dans la ville; je n'y ai travaillé que huit jours, leur entreprise étant terminée. J'ai retrouvé du travail dans une boutique du Strand, le lendemain du jour où j'ai quitté mon premier maître. Ce n'est qu'une place temporaire, mais j'espère être bientôt fixé dans une boutique à mon gré, bien que ce soit une affaire plus difficile que je ne l'imaginais, car il y a de tels essaims de nouveaux ouvriers arrivés récemment de la campagne que la ville en est remplie, et que, je le crains, à moins d'être particulièrement un bon ouvrier, (ce que vous savez je ne suis pas et ne serai jamais), il est dur de trouver une place. Cependant je ne désespère pas de redresser ma dérive et de pincer le vent.L'encouragement ici n'est pas ce que j'attendais, les gages étant fort bas en proportion des dépenses de la vie. Cependant, si je mets de côté l'argent que les autres dépensent en dissipation et en débauche, j'espère bientôt vous renvoyer celui que je vous ai emprunté et vivre en outre confortablement[1108].

J'ai trouvé du travail le vendredi après mon arrivée dans la ville; je n'y ai travaillé que huit jours, leur entreprise étant terminée. J'ai retrouvé du travail dans une boutique du Strand, le lendemain du jour où j'ai quitté mon premier maître. Ce n'est qu'une place temporaire, mais j'espère être bientôt fixé dans une boutique à mon gré, bien que ce soit une affaire plus difficile que je ne l'imaginais, car il y a de tels essaims de nouveaux ouvriers arrivés récemment de la campagne que la ville en est remplie, et que, je le crains, à moins d'être particulièrement un bon ouvrier, (ce que vous savez je ne suis pas et ne serai jamais), il est dur de trouver une place. Cependant je ne désespère pas de redresser ma dérive et de pincer le vent.

L'encouragement ici n'est pas ce que j'attendais, les gages étant fort bas en proportion des dépenses de la vie. Cependant, si je mets de côté l'argent que les autres dépensent en dissipation et en débauche, j'espère bientôt vous renvoyer celui que je vous ai emprunté et vivre en outre confortablement[1108].

Le brave garçon ne devait pas lutter longtemps. Il fut pris, quatre mois après son arrivée à Londres, d'une fièvre maligne et, seul dans l'immense foule, pensant peut-être à la ferme d'Ayrshire, mourut le 24 juillet 1790, sans que Murdoch fût prévenu[1109]. Robert prit pour lui les frais des funérailles. Il avait dignement remplacé le vieux père.

D'autres sentiments de noble race circulaient constamment dans sa vie: l'amitié, la reconnaissance. Un de ses premiers protecteurs à Édimbourg avait été le comte de Glencairn. C'est de tous les hommes celui qu'il paraît avoir le plus vénéré. Il l'admirait sans réserve, et il fallait qu'un caractère fût vraiment d'or fin pour résister à la pierre de touche de sa perspicacité. «Mon attachement reconnaissant était en vérité si fort qu'il remplissait toute mon âme et était tressé avec le fil de mon existence.[1110]» Le comte mourut à la fin de janvier 1791, dans sa 42eannée, au retour d'un séjour d'hiver à Lisbonne. Ce fut pour Burns une douleur immense, il prit le deuil[1111]. Il écrivit à la mémoire de son protecteur une élégie qu'il envoya à un des amis de Glencairn avec les vers suivants:

Je t'adresse cette offrande votive,Le tribut de larmes d'un cœur brisé,Tu estimais l'ami; moi, j'aimais lebienfaiteur;Son mérite, son honneur étaient de tous loués;Nous le pleurerons, jusqu'à ce que nous partions comme il est parti,Et que nous suivions le sentier spectral vers ce sombre monde inconnu[1112].

Cette élégie est d'un accent déchirant. Elle mérite de prendre place parmi la belle suite de poèmes que les plus grands des poètes anglais ont écrits à la mémoire d'amis disparus. On peut même dire que ni leLycidasde Milton, ni l'Astrophelde Spencer, ni l'Adonaïsde Shelley n'ont le sanglot qui secoue ces strophes.

Le vent soufflait rauque des collines,Par intervalles, le rayon mourant du soleilJetait un regard sur les bois jaunes et flétrisQui ondulaient au-dessus du cours sinueux du Lugar:Sous un escarpement rocheux, un Barde,Chargé d'années et de lourde peine,En haute lamentation, pleurait son seigneurQue le Trépas avait pris bien avant l'heure.Il s'était appuyé contre un chêne antique,Dont le tronc s'effritait par les ans;Ses cheveux étaient blanchis par le temps,Sa joue ridée était mouillée de larmes;Et comme il touchait sa harpe tremblante,Et comme il chantait son chant douloureux,Les vents, se lamentant dans leurs cavernes,Vers l'Écho en emportaient les notes:«Vous, oiseaux dispersés qui chantez faiblement,Débris du chœur printanier!Vous, bois qui répandez à tous les ventsLes ornements de l'année déclinante!Quelques brefs mois et, joyeux et gais,Vous charmerez de nouveau l'oreille et le regard;Mais rien dans les cycles du tempsNe peut à moi me ramener la joie.«Je suis un vieil arbre courbé,Qui longtemps résista au vent et à la pluie;Mais maintenant est venu une cruelle rafale,Et c'en est fait de ma dernière attache à la terre;Mes feuilles ne salueront plus le printemps,Le soleil d'été n'exaltera plus ma floraison;Il faut que je gise devant l'orageEt que d'autres poussent à ma place.«J'ai vu mainte année changeante,Je suis devenu un étranger sur terre;J'erre au hasard dans les chemins des hommes,Je ne les connais plus, je leur suis inconnu;Sans écho, sans pitié, sans secours,Je porte seul mon fardeau de soucis,Car silencieux, bien bas, sur des lits de poussière,Dorment tous ceux qui partageraient mes chagrins.«Enfin (comble de toutes mes douleurs!)Mon noble maître est couché dans l'argile;La fleur de tous nos hardis barons,L'orgueil de sa contrée, le soutien de sa contrée!Je languis maintenant dans une lasse existence,Car toute la vie de la vie est morte,Et l'espérance a fui mon regard vieilli,Sur ses ailes rapides à jamais envolée.«Éveille, pour la dernière fois, ta triste voix, ma harpe,Une voix de détresse et de farouche désespoir;Éveille-toi, fais résonner ton dernier lai,Puis dors dans le silence pour toujours;Et toi, mon dernier, mon meilleur, mon seul ami,Qui remplis une tombe prématurée,Accepte ce tribut du BardeQue tu as retiré des plus noires ténèbres de la Fortune.«Dans le vallon bas et nu de la Pauvreté,D'épais brouillards obscurs m'enveloppaient;Quoique je levasse souvent un œil anxieux,Aucun rayon de renommée n'apparaissait;Tu m'as trouvé comme le soleil matinalQui fond les brouillards en air limpide;Le Barde sans ami et sa chanson rustiqueDevinrent tous deux ton cher souci.«Ô! pourquoi la vertu a-t-elle des jours si courts,Tandis que les gredins ont du temps pour mûrir, devenir gris?Faut-il que toi le noble, le généreux, le grand,Tu tombes dans la forte fleur de la hardie virilité!Pourquoi ai-je vécu pour voir ce jour-là,Un jour pour moi plein de détresse?Ô! que n'ai-je rencontré la flèche mortelleQui a abattu mon bienfaiteur!«Le fiancé peut oublier la fiancéeDont il a fait hier son épouse, sa femme;Le monarque peut oublier la couronneQui est sur son front depuis une heure;La mère peut oublier l'enfantQui sourit si doucement sur ses genoux;Mais je me souviendrai de toi, Glencairn,Et de tout ce que tu as fait pour moi.»

Le vent soufflait rauque des collines,Par intervalles, le rayon mourant du soleilJetait un regard sur les bois jaunes et flétrisQui ondulaient au-dessus du cours sinueux du Lugar:Sous un escarpement rocheux, un Barde,Chargé d'années et de lourde peine,En haute lamentation, pleurait son seigneurQue le Trépas avait pris bien avant l'heure.

Il s'était appuyé contre un chêne antique,Dont le tronc s'effritait par les ans;Ses cheveux étaient blanchis par le temps,Sa joue ridée était mouillée de larmes;Et comme il touchait sa harpe tremblante,Et comme il chantait son chant douloureux,Les vents, se lamentant dans leurs cavernes,Vers l'Écho en emportaient les notes:

«Vous, oiseaux dispersés qui chantez faiblement,Débris du chœur printanier!Vous, bois qui répandez à tous les ventsLes ornements de l'année déclinante!Quelques brefs mois et, joyeux et gais,Vous charmerez de nouveau l'oreille et le regard;Mais rien dans les cycles du tempsNe peut à moi me ramener la joie.

«Je suis un vieil arbre courbé,Qui longtemps résista au vent et à la pluie;Mais maintenant est venu une cruelle rafale,Et c'en est fait de ma dernière attache à la terre;Mes feuilles ne salueront plus le printemps,Le soleil d'été n'exaltera plus ma floraison;Il faut que je gise devant l'orageEt que d'autres poussent à ma place.

«J'ai vu mainte année changeante,Je suis devenu un étranger sur terre;J'erre au hasard dans les chemins des hommes,Je ne les connais plus, je leur suis inconnu;Sans écho, sans pitié, sans secours,Je porte seul mon fardeau de soucis,Car silencieux, bien bas, sur des lits de poussière,Dorment tous ceux qui partageraient mes chagrins.

«Enfin (comble de toutes mes douleurs!)Mon noble maître est couché dans l'argile;La fleur de tous nos hardis barons,L'orgueil de sa contrée, le soutien de sa contrée!Je languis maintenant dans une lasse existence,Car toute la vie de la vie est morte,Et l'espérance a fui mon regard vieilli,Sur ses ailes rapides à jamais envolée.

«Éveille, pour la dernière fois, ta triste voix, ma harpe,Une voix de détresse et de farouche désespoir;Éveille-toi, fais résonner ton dernier lai,Puis dors dans le silence pour toujours;Et toi, mon dernier, mon meilleur, mon seul ami,Qui remplis une tombe prématurée,Accepte ce tribut du BardeQue tu as retiré des plus noires ténèbres de la Fortune.

«Dans le vallon bas et nu de la Pauvreté,D'épais brouillards obscurs m'enveloppaient;Quoique je levasse souvent un œil anxieux,Aucun rayon de renommée n'apparaissait;Tu m'as trouvé comme le soleil matinalQui fond les brouillards en air limpide;Le Barde sans ami et sa chanson rustiqueDevinrent tous deux ton cher souci.

«Ô! pourquoi la vertu a-t-elle des jours si courts,Tandis que les gredins ont du temps pour mûrir, devenir gris?Faut-il que toi le noble, le généreux, le grand,Tu tombes dans la forte fleur de la hardie virilité!Pourquoi ai-je vécu pour voir ce jour-là,Un jour pour moi plein de détresse?Ô! que n'ai-je rencontré la flèche mortelleQui a abattu mon bienfaiteur!

«Le fiancé peut oublier la fiancéeDont il a fait hier son épouse, sa femme;Le monarque peut oublier la couronneQui est sur son front depuis une heure;La mère peut oublier l'enfantQui sourit si doucement sur ses genoux;Mais je me souviendrai de toi, Glencairn,Et de tout ce que tu as fait pour moi.»

Toute la pièce est belle; il y règne un indicible accent de douleur inconsolable; surtout la dernière strophe est admirable de simplicité etd'émotion. C'est un chagrin qui avait vraiment pénétré au plus profond de sa vie. Il disait:

«Le deuil, que je me suis fait à moi-même l'honneur de porter en mémoire de sa seigneurie, n'a pas été «une contrefaçon de douleur». Et ma gratitude ne périra pas avec moi! Si parmi mes enfants, j'ai un fils qui ait du cœur, il transmettra à son enfant, comme une fierté de famille et une dette de famille, que je dois ce qui m'a été le plus cher dans l'existence à la noble maison de Glencairn[1113].»

Près de quatre ans après, lorsqu'il lui vint un fils, il lui donna le nom de James Glencairn.

Sa générosité, qui était un des traits, disons mieux, un des éléments de son caractère, était toujours en éveil, toujours prête et prompte à agir, sans une seconde d'hésitation, par élan prime-sautier. Un délicat poète écossais, Michael Bruce, était mort à vingt-et-un ans[1114]. Ses amis résolurent de publier ses œuvres, au bénéfice de sa vieille mère qui était dans la pauvreté. L'un d'eux, un jeune clergyman nommé Baird, qui devint professeur de langues orientales à l'Université d'Édimbourg et plus tard principal de l'Université, demanda à Burns l'appui de son nom et de sa plume. «Puis-je vous demander si vous voudrez prendre la peine de parcourir les manuscrits non publiés de Bruce qui sont en ma possession, de donner votre opinion et de suggérer les coupures, les changements ou les modifications qui vous sembleraient désirables? Et voulez-vous nous permettre de faire savoir que quelques lignes de vous seront ajoutées au volume?[1115]» Voici la lettre qu'il reçut en réponse:

Pourquoi m'avez-vous, cher Monsieur, écrit ces termes si hésitants à propos de l'affaire du pauvre Bruce? Ne connais-je pas et n'ai-je pas éprouvé les maux nombreux, les maux particuliers, qui sont le patrimoine de toute chair poétique? Vous pourrez faire votre choix de tous les poèmes inédits que je possède; et si votre lettre m'avait été adressée de façon à m'arriver plus tôt (je viens de la recevoir il y a un moment), je vous aurais aussitôt délivré de toute incertitude à ce sujet. Je vous demande seulement que quelque avertissement, dans la préface du livre, aussi bien que les feuilles de souscription, porte que la publication est uniquement pour le bénéfice de la mère de Bruce. Je ne veux pas que l'ignorance puisse supposer, ou la malignité insinuer que je me suis dévoué à cette œuvre pour des motifs mercenaires. Et vous ne devez pas, pour ma participation à cette affaire, me faire honneur d'aucune générosité remarquable. J'ai une telle armée de peccadilles, de fautes, de folies et de chutes (tout autre que moi pourrait donner à quelques-unes d'entre elles un nom plus sévère), qu'afin de rétablir un peu, quoique bien légèrement, la balance pour mon compte, je suis disposé à faire envers un semblable tout bien qui se trouve en mon très humble pouvoir, rien que dans le but égoïste d'éclaircir un peu la perspective du passé[1116].

Cette lettre à elle seule eût fait l'ornement du volume. Mais Burns offrait bien plus; il présentait à pleines mains tout ce qu'il possédait, et là dedans est sonTam de Shanterqu'il venait d'achever. C'était tous ses trésors; il les donnait sans une pensée pour lui-même. Nous comprenons la phrase qui termine cette lettre; noue savons quel aveu elle contient et à quelle faute il est probable qu'elle s'adressait. Elle est ici à sa vraie place, à côté de ce qui la rectifie. Les sentiments où elle est enclavée rétablissent l'équilibre; l'occasion même qui la fit écrire montre combien de qualités se mêlaient aux faiblesses de l'écrivain.

Pour tous ceux qui avaient recours à lui, il était prodigue de son temps, de ses démarches, toujours prêt à écrire, à mettre sa puissante rhétorique au service d'un pauvre diable dans l'embarras. La moindre injustice dont il voyait souffrir quelqu'un autour de lui le révoltait, le mettait en état d'éloquence. Un maître d'école de ses connaissances, de Moffat, nommé Clarke, avait eu des démêlés avec ses supérieurs. On lui faisait, semble-t-il, des reproches injustes. Aussitôt Burns rédige pour lui un plaidoyer habile et digne, adressé au lord prévost d'Édimbourg. Il écrit à un personnage influent pour le prier d'intervenir, en faveur de son protégé, auprès des magistrats et du conseil municipal de la cité, qui avaient en mains le patronage de l'école de Moffat. Sa recommandation est ardente.

Il est vrai, Monsieur, et je sens la force de cette observation, qu'un homme dans ma situation humble et chétive se méprend beaucoup sur lui-même et se méprend beaucoup sur les voies du monde, lorsqu'il a la présomption d'offrir son influence auprès d'un corps aussi hautement respectable que les patrons que j'ai mentionnés. À cela... que pouvais-je faire? Un homme de capacités, un homme de talent, un homme de vertu et mon ami... plutôt que de me tenir tranquille et silencieux et de le voir périr ainsi, je serais allé sur mes genoux vers les rochers et les montagnes pour les implorer de tomber sur ses persécuteurs et de les écraser, eux et leur méchanceté, dans une destruction méritée. Croyez-moi, Monsieur, c'est un homme envers qui on est grandement injuste[1117].

Son désir d'être utile ne se confinait pas à ses relations particulières. Il avait une bonne volonté plus générale. Elle s'était traduite par une entreprise bien curieuse pour cette époque. Avec un propriétaire voisin, le capitaine Riddell, l'héritier du sifflet, il avait créé, en pleine campagne et il y a cent ans, ce qui commence seulement à fonctionner chez nous: une bibliothèque populaire circulante[1118]. Il s'y était donné tout entier et il en était la cheville ouvrière. «MrBurns a été assez bon pour prendre sur lui toute la charge de cette petite affaire. Il était le trésorier, le bibliothécaire et le censeur de cette petite société qui conserveralongtemps le souvenir reconnaissant de son dévoûment public et de ses efforts pour ses progrès et son instruction[1119].» Lorsque sir John Sinclair entreprit son grand travail duStatistical Account of Scotland, Burns lui-même lui envoya un compte rendu de cette louable tentative. Il en ressort nettement que l'idée de la bibliothèque était inconnue et qu'il s'agissait bien d'une innovation. C'est d'ailleurs une belle lettre, claire, pratique, et par endroits éloquente. La haute intelligence de Burns avait anticipé un des moyens les plus actifs de l'éducation populaire; il en expose les avantages, sans déclamation, dans des termes dont la modération et la justesse ne sont pas moins remarquables que la hauteur. Sûrement, on ne dit pas mieux aujourd'hui sur ce sujet.

Monsieur, la circonstance suivante a, je crois, été omise dans l'exposé statistique qui vous a été transmis de la paroisse de Dunscore en Nithsdale. Je vous demande la permission de vous l'envoyer, parce qu'elle est nouvelle et parce qu'elle peut être utile. Jusqu'à quel point elle mérite une place dans votre patriotique publication, vous en êtes le meilleur juge.Garnir les esprits des classes inférieures de connaissances utiles est certainement d'une très grande importance, à la fois pour les individus qui les constituent et pour la société entière. Leur donner un goût pour la lecture et la réflexion, c'est leur donner une source d'amusement innocent et louable; et c'est en outre les élever à un degré de dignité plus haut dans l'échelle des êtres raisonnables. Frappé de cette idée, un gentleman de cette paroisse, Robert Riddell Esq. de Glenriddell, a établi une sorte de bibliothèque circulante, sur un plan si simple qu'il est pratiquable dans n'importe quel coin du pays, et si utile qu'il mérite l'intérêt de tout gentleman de campagne qui pense que l'amélioration de cette portion de son espèce, que le hasard a placée à l'humble rang de paysan et d'artisan, est un objet digne d'attention.MrRiddell persuada à un certain nombre de ses propres tenanciers et de fermiers voisins de former entre eux une société, dans le but d'avoir une bibliothèque commune. Ils prirent un engagement légal d'y rester pendant trois années, avec une ou deux clauses de résiliation, en cas d'éloignement ou de mort. Chaque membre, à son entrée, payait cinq shellings; et à chacune des réunions, qui avaient lieu le quatrième samedi de chaque mois, on ajoutait une somme de six pence. Avec cette première mise de fonds et le crédit qu'ils obtinrent, sous la garantie de leurs fonds futurs, ils établirent dès le début une provision fort passable de livres. Les auteurs qu'on devait acheter étaient toujours décidés par la majorité. À chaque réunion, tous les livres, sous peine d'amende ou de déchéance, en guise de sanction, devaient être produits. Les membres avaient choix, des volumes selon un roulement: celui dont le nom était le premier sur la liste, pour ce soir-là, pouvait choisir le volume qu'il voulait dans toute la collection; le second choisissait après le premier; le troisième après le second et ainsi de suite, jusqu'au dernier. À la réunion suivante, celui dont le nom avait été le premier sur la liste à la séance précédente, était le dernier; celui qui avait été le second était le premier, et ainsi successivement pendant les trois années. À l'expiration de l'engagement, les livres furent vendus aux enchères, mais seulement entre les membres de la société, et chacun d'eux eut sa part du fonds commun, en argent ou en livres, selon qu'il lui plut d'être acheteur ou non.Lors de la dissolution de cette petite société, qui s'était formée sons le patronage de MrRiddell, soit par les dons de livres qu'on avait reçus de lui, soit par les achats, on avait rassemblé plus de 150 volumes. On pense bien qu'on avait acheté pas mal de choses sans valeur. Cependant parmi les livres de cette petite bibliothèque se trouvaient:Les Sermons de Blair,l'Histoire d'Écosse de Robertson,l'Histoire des Stuartsde Hume,Le Spectateur,L'Oisif,L'Aventurier,Le Miroir,Le Flâneur,L'Observateur,L'Homme sensible,L'Homme du Monde,Chrysal,Don Quichotte,Joseph Andrews,etc.Un paysan qui peut lire et goûter de pareils livres est certainement un être au-dessus de son voisin qui chemine à côté de son attelage, très peu différent, si ce n'est pour la forme, des brutes qu'il conduit.Souhaitant à vos efforts patriotiques le succès qu'ils méritent si bien, je suis, Monsieur, votre humble serviteur.Un Paysan.[1120]

Monsieur, la circonstance suivante a, je crois, été omise dans l'exposé statistique qui vous a été transmis de la paroisse de Dunscore en Nithsdale. Je vous demande la permission de vous l'envoyer, parce qu'elle est nouvelle et parce qu'elle peut être utile. Jusqu'à quel point elle mérite une place dans votre patriotique publication, vous en êtes le meilleur juge.

Garnir les esprits des classes inférieures de connaissances utiles est certainement d'une très grande importance, à la fois pour les individus qui les constituent et pour la société entière. Leur donner un goût pour la lecture et la réflexion, c'est leur donner une source d'amusement innocent et louable; et c'est en outre les élever à un degré de dignité plus haut dans l'échelle des êtres raisonnables. Frappé de cette idée, un gentleman de cette paroisse, Robert Riddell Esq. de Glenriddell, a établi une sorte de bibliothèque circulante, sur un plan si simple qu'il est pratiquable dans n'importe quel coin du pays, et si utile qu'il mérite l'intérêt de tout gentleman de campagne qui pense que l'amélioration de cette portion de son espèce, que le hasard a placée à l'humble rang de paysan et d'artisan, est un objet digne d'attention.

MrRiddell persuada à un certain nombre de ses propres tenanciers et de fermiers voisins de former entre eux une société, dans le but d'avoir une bibliothèque commune. Ils prirent un engagement légal d'y rester pendant trois années, avec une ou deux clauses de résiliation, en cas d'éloignement ou de mort. Chaque membre, à son entrée, payait cinq shellings; et à chacune des réunions, qui avaient lieu le quatrième samedi de chaque mois, on ajoutait une somme de six pence. Avec cette première mise de fonds et le crédit qu'ils obtinrent, sous la garantie de leurs fonds futurs, ils établirent dès le début une provision fort passable de livres. Les auteurs qu'on devait acheter étaient toujours décidés par la majorité. À chaque réunion, tous les livres, sous peine d'amende ou de déchéance, en guise de sanction, devaient être produits. Les membres avaient choix, des volumes selon un roulement: celui dont le nom était le premier sur la liste, pour ce soir-là, pouvait choisir le volume qu'il voulait dans toute la collection; le second choisissait après le premier; le troisième après le second et ainsi de suite, jusqu'au dernier. À la réunion suivante, celui dont le nom avait été le premier sur la liste à la séance précédente, était le dernier; celui qui avait été le second était le premier, et ainsi successivement pendant les trois années. À l'expiration de l'engagement, les livres furent vendus aux enchères, mais seulement entre les membres de la société, et chacun d'eux eut sa part du fonds commun, en argent ou en livres, selon qu'il lui plut d'être acheteur ou non.

Lors de la dissolution de cette petite société, qui s'était formée sons le patronage de MrRiddell, soit par les dons de livres qu'on avait reçus de lui, soit par les achats, on avait rassemblé plus de 150 volumes. On pense bien qu'on avait acheté pas mal de choses sans valeur. Cependant parmi les livres de cette petite bibliothèque se trouvaient:Les Sermons de Blair,l'Histoire d'Écosse de Robertson,l'Histoire des Stuartsde Hume,Le Spectateur,L'Oisif,L'Aventurier,Le Miroir,Le Flâneur,L'Observateur,L'Homme sensible,L'Homme du Monde,Chrysal,Don Quichotte,Joseph Andrews,etc.Un paysan qui peut lire et goûter de pareils livres est certainement un être au-dessus de son voisin qui chemine à côté de son attelage, très peu différent, si ce n'est pour la forme, des brutes qu'il conduit.

Souhaitant à vos efforts patriotiques le succès qu'ils méritent si bien, je suis, Monsieur, votre humble serviteur.

Un Paysan.[1120]

La portée d'intelligence dont cette lettre fait preuve n'est pas ce qui nous intéresse le plus en ce moment. Ce qu'il importe de retenir c'est qu'elle représente trois années d'actes louables, d'activité, d'assiduité, de surveillance, en un mot de dévoûment, mis au service d'une œuvre qu'il estimait utile. Elle lui fait honneur aussi à cause de sa simplicité et de sa modestie. Qui imaginerait que l'anonyme qui parlait ainsi du mérite des autres était celui qui avait le plus contribué de son temps et de ses démarches à établir ce fragment de progrès?

Enfin, il y avait en lui de grandes ressources de bienveillance pour tous, un désir sincère et sans cesse en émoi que le malheur dont est pétrie la condition humaine diminuât, un état toujours ardent de souhait qu'un peu plus de bonheur fût répandu.

«Dieu sait que je ne suis pas un saint; j'ai une armée de folies et de péchés dont j'aurai à répondre; mais si je pouvais (et je crois que je le fais autant que je le peux), je voudrais «essuyer les larmes sur tous les yeux». Même les gredins qui m'ont fait tort, je voudrais les obliger; quoique, pour dire la vérité, ce serait plutôt par vengeance, pour leur montrer que je suis indépendant d'eux et au-dessus d'eux, plus que par un trop plein de bienveillance[1121].»

Sans doute, ces sentiments n'ont rien d'extraordinaire. Tout homme les éprouve; ils sont le pain quotidien de la vie. Mais ce pain est fait ici d'un froment riche et savoureux. Sans doute encore, ces actions n'ont rien d'héroïque; elles sont de bonne humanité courante. Mais elles ont ici une énergie et une chaleur singulières, une force de contagion. Il est indéniable que tout cela constitue les éléments d'une brave vie, respirant la droiture, animée de cordialité, accomplissant toutes ses fonctions familiales ou sociales, avec une franchise d'attaque et un bon vouloir constants. Et il convient de ne pas oublier que quelques passages de lettres ne sont que des révélations éparses et accidentelles d'un long déroulement.

Ne sont-ce pas là des déchirures par lesquelles se découvre toute une profondeur d'existence faite d'aspirations et d'actes méritoires? Il y pénètre un rayon de lumière qui, pendant une minute, en révèle la réelle substance, l'état continu et normal. Les fautes qui la tachent sont à coup sûr haïssables, puisqu'elles furent des sources de souffrance pour autrui; socialement, elles sont inexorables, chargées de reproches, de remords, de suites cruelles. Il est juste de les noter, d'abord parce qu'elles existent, et à cause de leurs dégâts. Mais il est équitable également de se rappeler qu'un instant suffit à une faiblesse, que celles-ci peuvent apparaître dans une nature saine et noble par ailleurs, et qu'il y avait en Burns un fonds et une permanence de bon travail et d'œuvre utile, sur lesquels les fautes et, si l'on y tient, les scandales de sa vie ne sont rien davantage que des flocons d'écume passagers. C'est à cette condition seulement que notre jugement sera impartial, parce qu'il aura du moins fait un effort pour être complet.

Ce qu'il y a de merveilleux, c'est qu'à travers ces labeurs et ces tourments, qui auraient usé ou amorti tout ressort dans la plupart des hommes, son activité et sa fraîcheur intellectuelles restaient intactes. Il trouvait du temps pour des lectures nombreuses et sérieuses. On le voit lire Smollett, Otway, Ben Jonson, Molière, Corneille, Racine et «Voltaire aussi[1122]». Il lit et relit le livre d'Adam Smith[1123]; les philosophes: Dugald Steward, Reid Alison[1124].

Je vous envoie ici, par Johnnie Simpson,Deux sages philosophes à parcourir!Smith, avec sa sympathie de sentiment,Et Reid qui en appelle au sens commun.Les Philosophes ont lutté et combattu,Écrasé beaucoup de Latin et de Grec,Jusqu'à ce que fatigués de leur jargon de logiqueEt embourbés dans la profondeur de leur science,Ils en appellent maintenant au sens commun,À ce que les femmes et les tisserands voient et sentent.Mais écoutez, ami, je vous en prie strictement,Parcourez-les et renvoyez-les vitement[1125].

N'est-ce pas là une jolie et pénétrante définition de l'école écossaise? Sa correspondance était devenue très étendue. Il y mettait beaucoup de soin. Elle prenait parfois le ton et l'importance de véritables consultations, de critique, car de tous côtés on lui soumettait des poèmes, on lui demandait son avis.

Mais surtout sa production poétique demeure légère et vive. Il y avait en lui une alouette qui chantait bien au-dessus des sillons, des soucis et des souillures. Cependant sa direction poétique, pendant un instant, courut des dangers, et, sur quelques points, subit des modifications dont il convient de signaler les causes et la portée.

Édimbourg faillit avoir sur lui une aussi pernicieuse influence au point de vue littéraire qu'au point de vue moral. Ce long contact avec des esprits abstraits et généralisateurs, avec des œuvres distinguées mais presque toutes froides et correctes, purs efforts d'intelligence dépouillée d'imagination et de passion, semble lui avoir fait concevoir un idéal littéraire situé à l'opposé de celui qu'impliquaient ses premières productions. Lui qui était si original, si concret, et qui n'avait eu d'autre maître que l'observation directe et la nature, il fut gagné et comme intimidé, par le bel appareil régulier et classique en faveur dans cette société de professeurs et de théologiens. Il se sentait porté vers l'imitation de ces ordonnances méthodiques.

D'autre part, il était éloigné de sa première manière par des considérations un peu futiles. Son éblouissant succès avait fait naître une quantité d'imitations inférieures. Il n'était rimeur de bourgade ou de village qui ne se mît en tête qu'il était un Burns. Ce fut probablement pour beaucoup d'eux leur plus bel effort d'imagination. De toutes parts, des listes de souscription circulaient annonçant des poèmes en dialecte écossais: il s'était imaginé que ce nom était en discrédit auprès du public.

Mon succès a encouragé un tel banc de mauvais fretin, de monstres, à se produire devant l'attention publique sous le titre de poètes écossais, que le seul terme de poésie écossaise touche au ridicule[1126].

Il en était tellement convaincu qu'il conseillait aux amis d'un pauvre poète écossais nommé Mylne, qui avaient entrepris de publier ses œuvres, d'éviter de donner des poèmes en dialecte écossais.

Mon succès, où il entrait peut-être autant d'accident que de mérite, a amené une inondation de sottise sous le nom de Poésie écossaise. Les listes de souscription pour des poèmes écossais ont tellement assommé et ne cessent journellement de tant assommer le public, que le nom est en danger de mépris. Pour ces raisons, s'il est opportun de publier quelques-uns des poèmes de M. Mylne dans un magazine, ce ne doit pas, dans mon opinion, être un poème écossais[1127].

Il répudiait presque ce qui l'avait fait célèbre. Il y a là sans doute une explication partielle de son éloignement momentané de la poésie de son premier volume. Il oubliait qu'un artiste crée souvent le goût public,et que c'était lui-même qui avait enfanté cette passion pour la poésie écossaise dont il trouvait qu'on abusait maintenant.

C'était en lui une autre idée fausse, provenant des mêmes parages, que s'il donnait des œuvres analogues à ses premières, elles seraient moins bien reçues.

Je sais bien que, lors même que je donnerais au monde des œuvres supérieures à mes premiers ouvrages, si elles étaient du même genre que ceux-là, la comparaison des deux accueils me mortifierait[1128].

Il était certain qu'un nouveau volume de poèmes par Burns ne produirait plus, ne pouvait plus produire le coup d'étonnement du premier, et que l'acclamation, qui avait salué la publication de Kilmarnock, ne se renouvellerait pas. C'était cependant là, il faut le dire, une préoccupation infime, indigne du poète. Il ne s'occupait pas de la réception que le public ferait à ses vers, le jour où il écrivait ses strophes àla Souris, ou laSainte Foire, ou laVision. Il écrivait pour lui-même, par besoin d'exprimer un sentiment; ces jours-là il avait vécu, si on peut le dire, des heures d'admirable égoïsme. Ce souci du public est un des dangers du succès. Ce qu'on risque de perdre gêne la production.

Enfin, il était impossible que les changements moraux et intellectuels, produits par l'entrée dans l'âge mûr, n'eussent point de retentissement dans sa production. Là était peut-être le danger le plus réel, parce qu'il tenait à l'être lui-même. Burns pénétrait dans une période de vie moins spontanée, plus réfléchie, où l'on ressent moins, où l'on examine et analyse davantage. Il laissait moins travailler en lui l'inconscient. Cette belle production de Mauchline, si rapide qu'il l'oubliait presque, tendait à faire place à un labeur plus méthodique, à une préparation, à une possession plus consciente des moyens. Lui qui devait dire avec justesse de lui-même: «J'ai, deux ou trois fois dans ma vie, composé par volonté plutôt que par impulsion, mais je n'ai jamais réussi à faire rien de bon[1129]», il parlait de travail, d'application.


Back to IndexNext