Oh! savez-vous, qui est dans cette ville,Sur laquelle vous voyez le soleil couchant?La plus belle dame est dans cette villeSur laquelle brille le soleil couchant.Peut-être là-bas, dans ce bois vert et brillant,Elle erre, près de cet arbre touffu.Heureuses fleurs, qui fleurissez autour d'elle,Vous obtenez les regards de ses yeux!Heureux oiseaux qui chantez autour d'elle,Souhaitant la bienvenue à l'année fleurie!Et doublement bienvenu soit le printempsLa saison chère à ma Lucy.Sur la ville là-bas, le soleil étincelle,Parmi les coteaux couverts de genêts;Mes délices sont dans cette ville là-basEt mon plus cher trésor est la belle Lucy!Sans ma bien-aimée, tous les charmesDu paradis ne me fourniraient pas de joie;Mais donnez-moi Lucy dans mes bras,Et bienvenu soit le morne ciel des Lapons!Ma caverne serait une chambre d'amoureux,Bien que l'hiver furieux déchirât l'air;Et elle serait une jolie petite fleurQue j'y soignerais, que j'y abriterais!Oh! douce est celle qui est dans cette ville,Sur laquelle est descendu le soleil baissant;Sur une plus jolie que celle qui est dans cette villeN'ont jamais brillé ses rayons couchants.Si le destin courroucé jure qu'il est mon ennemi,Si je suis condamné à porter la souffrance,Je quitterai sans peine tout le reste ici-bas,Mais laissez-moi, laissez-moi ma Lucy bien-aimée.Car, tant que le sang le plus précieux de la vie sera chaud,Pas une de mes pensées ne s'éloignera d'elle,Et elle, comme elle a la plus belle forme,Possède le cœur le plus fidèle et le plus aimant.Oh! savez-vous qui est dans cette ville,Sur laquelle vous voyez le soleil couchant?La plus belle dame est dans cette villeSur laquelle brille le soleil couchant[587].
Oh! savez-vous, qui est dans cette ville,Sur laquelle vous voyez le soleil couchant?La plus belle dame est dans cette villeSur laquelle brille le soleil couchant.
Peut-être là-bas, dans ce bois vert et brillant,Elle erre, près de cet arbre touffu.Heureuses fleurs, qui fleurissez autour d'elle,Vous obtenez les regards de ses yeux!
Heureux oiseaux qui chantez autour d'elle,Souhaitant la bienvenue à l'année fleurie!Et doublement bienvenu soit le printempsLa saison chère à ma Lucy.
Sur la ville là-bas, le soleil étincelle,Parmi les coteaux couverts de genêts;Mes délices sont dans cette ville là-basEt mon plus cher trésor est la belle Lucy!
Sans ma bien-aimée, tous les charmesDu paradis ne me fourniraient pas de joie;Mais donnez-moi Lucy dans mes bras,Et bienvenu soit le morne ciel des Lapons!
Ma caverne serait une chambre d'amoureux,Bien que l'hiver furieux déchirât l'air;Et elle serait une jolie petite fleurQue j'y soignerais, que j'y abriterais!
Oh! douce est celle qui est dans cette ville,Sur laquelle est descendu le soleil baissant;Sur une plus jolie que celle qui est dans cette villeN'ont jamais brillé ses rayons couchants.
Si le destin courroucé jure qu'il est mon ennemi,Si je suis condamné à porter la souffrance,Je quitterai sans peine tout le reste ici-bas,Mais laissez-moi, laissez-moi ma Lucy bien-aimée.
Car, tant que le sang le plus précieux de la vie sera chaud,Pas une de mes pensées ne s'éloignera d'elle,Et elle, comme elle a la plus belle forme,Possède le cœur le plus fidèle et le plus aimant.
Oh! savez-vous qui est dans cette ville,Sur laquelle vous voyez le soleil couchant?La plus belle dame est dans cette villeSur laquelle brille le soleil couchant[587].
Il y a, dans cette allée un peu écartée de son œuvre, des pièces qui font penser à Henri Heine, à certains côtés de Henri Heine. On suppose, en effet, qu'il est mutile de marquer les différences; il n'a ni la saisissante étrangeté d'images, ni l'affinement d'une souffrance toujours à vif, ni l'exquise douceur amère du poète allemand. Ses abeilles n'ont pas voltigé sur les noires absinthes; leur miel est plus simple. Cependant, il y a chez lui un sentiment assez troublant et raffiné qui se trouve à un haut degré dans Heine. Celui-ci, au-delà de tous les poètes, a éprouvé la sensation d'emporter en soi le regard de la bien-aimée, le malaise d'être hanté par des yeux chers et cruels, ce qu'il y a de douloureux dans leur insistance implacable et caressante. «Tes grands yeux de violette je les vois briller devant moi, jour et nuit; c'est là ce qui fait mon tourment; que signifient ces énigmes douces et bleues[588]»? Il les retrouve partout. Les étoiles sont les chers et doux yeux de sa bien-aimée qui veillent sur lui, qui brillent et clignotent du haut de la voûte azurée[589]. Il a écrit sur eux ses plus beaux canzones, ses plus magnifiques stances[590]et des milliers de chansons qui ne périront pas[591]. Et, de fait, il n'y a guère de place où il n'en parle: «Ô les doux yeux de mon épousée, les yeux couleur de violette; c'est pour eux que je meurs[592]».—«Avec tes beaux yeux, tu m'as torturé, torturé, et tu me fais mourir[593]». Cette obsession et ce tourment du regard féminin, si caractéristique de Henri Heine, et que Pétrarque avait déjà connu quand il parlait de «ces beaux yeux qui tiennent toujours en mon cœur leurs étincelles allumées; c'est pourquoi je ne me lasse point de parler d'eux[594]» est bien le fait d'un raffiné. Cet appel de tout un être dans les yeux, cette faculté d'y attirer ce qu'il y a de plus précieux dans une âme et de résumer une personne en un regard, au point d'en souffrir, d'en mourir même, n'appartient qu'à des hommes qui vivent d'une pensée assezardente pour fondre tout un être dans une expression intangible[595]. C'est l'indice d'un amour très spiritualisé et très intellectuel. Burns a éprouvé, presque à l'égal de Henri Heine, cette tyrannie du regard, et il y a certaines pièces de lui qu'on ne serait pas étonné de rencontrer dans leRetourou leNouveau Printemps. On peut citer une de ses premières pièces où déjà ce goût du regard se révèle. Elle est un peu longue, mais elle est aussi intéressante par une suite de comparaisons naturelles dont quelques-unes sont exquises et dont d'autres font penser à celles duCantique des Cantiques.
Sur les rives du Cessnock vit une fillette;Si je pouvais décrire sa fortune et son visage;Elle surpasse de loin toutes nos fillettes,Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.Elle est plus douce que l'aube du matin,Quand Phœbus commence à se montrer,Et que les gouttes de rosée brillent sur les gazons;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.Elle est droite comme ce jeune frêneQui se dresse entre deux pentes couvertes de primevères,Et boit le ruisseau, dans sa fraîche vigueur;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.Elle est sans tache comme l'épine épanouie,Avec des fleurs si blanches et des feuilles si vertes,Quand elle est pure dans la rosée matinale;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.Son air est comme le mai vernal,Quand Phœbus brille sereinement, le soir,Quand les oiseaux se réjouissent sur toutes les branches;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.Sa chevelure est comme le brouillard floconneuxQui gravit, le soir, le flanc des montagnes,Quand les pluies qui ravivent les fleurs ont cessé;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.Son front est comme l'arc pluvieux,Quand des rayons brillants s'interposent,Et dorent le front de la montagne lointaine;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.Ses joues sont comme cette perle cramoisie,L'orgueil du parterre de fleurs,Qui commence à s'ouvrir sur sa tige épineuse;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.Sa gorge est comme la neige de la nuit,Quand le matin se lève pâle et froid,Tandis que les ruisseaux murmurants coulent cachés;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.Ses lèvres sont comme ces cerises mûres,Que des murailles ensoleillées abritent de Borée,Elles tentent le goût et charment la vue;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.Ses dents sont comme un troupeau de brebisAux toisons nouvellement lavées,Qui montent lentement la colline rapide;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.Son haleine est comme la brise parfuméeQui agite doucement les fèves en fleurs,Quand Phœbus s'enfonce derrière les mers;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.Sa voix est comme la grive, le soir,Qui chante sur les bords du Cessnock, cachée,Tandis que sa compagne couve son nid dans le buisson;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.Mais ce n'est pas son air, sa forme, son visage,Bien qu'ils égalent la reine fabuleuse de la beauté,C'est l'esprit qui brille dans toutes ses grâces;Et surtout dans ses yeux malicieux[596].
Sur les rives du Cessnock vit une fillette;Si je pouvais décrire sa fortune et son visage;Elle surpasse de loin toutes nos fillettes,Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Elle est plus douce que l'aube du matin,Quand Phœbus commence à se montrer,Et que les gouttes de rosée brillent sur les gazons;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Elle est droite comme ce jeune frêneQui se dresse entre deux pentes couvertes de primevères,Et boit le ruisseau, dans sa fraîche vigueur;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Elle est sans tache comme l'épine épanouie,Avec des fleurs si blanches et des feuilles si vertes,Quand elle est pure dans la rosée matinale;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Son air est comme le mai vernal,Quand Phœbus brille sereinement, le soir,Quand les oiseaux se réjouissent sur toutes les branches;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Sa chevelure est comme le brouillard floconneuxQui gravit, le soir, le flanc des montagnes,Quand les pluies qui ravivent les fleurs ont cessé;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Son front est comme l'arc pluvieux,Quand des rayons brillants s'interposent,Et dorent le front de la montagne lointaine;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Ses joues sont comme cette perle cramoisie,L'orgueil du parterre de fleurs,Qui commence à s'ouvrir sur sa tige épineuse;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Sa gorge est comme la neige de la nuit,Quand le matin se lève pâle et froid,Tandis que les ruisseaux murmurants coulent cachés;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Ses lèvres sont comme ces cerises mûres,Que des murailles ensoleillées abritent de Borée,Elles tentent le goût et charment la vue;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Ses dents sont comme un troupeau de brebisAux toisons nouvellement lavées,Qui montent lentement la colline rapide;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Son haleine est comme la brise parfuméeQui agite doucement les fèves en fleurs,Quand Phœbus s'enfonce derrière les mers;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Sa voix est comme la grive, le soir,Qui chante sur les bords du Cessnock, cachée,Tandis que sa compagne couve son nid dans le buisson;Et elle a deux yeux étincelants et malicieux.
Mais ce n'est pas son air, sa forme, son visage,Bien qu'ils égalent la reine fabuleuse de la beauté,C'est l'esprit qui brille dans toutes ses grâces;Et surtout dans ses yeux malicieux[596].
Une autre pièce a un refrain presque semblable:
Je vois un corps, je vois un visage,Qu'on peut mettre avec les plus beaux;Mais pour moi, la grâce enchanteresse y manque,Le doux amour qui est dans son œil.Ceci n'est pas ma vraie fillette,Toute jolie que soit cette fillette-ci;Oh! je connais bien ma vraie filletteÀ la tendresse qui est dans son œil.Elle est belle, fleurissante, droite et grande,Et depuis longtemps tient mon cœur captif,Et toujours ce qui charme le plus mon âme,C'est le doux amour qui est dans son œil[597].
Je vois un corps, je vois un visage,Qu'on peut mettre avec les plus beaux;Mais pour moi, la grâce enchanteresse y manque,Le doux amour qui est dans son œil.
Ceci n'est pas ma vraie fillette,Toute jolie que soit cette fillette-ci;Oh! je connais bien ma vraie filletteÀ la tendresse qui est dans son œil.
Elle est belle, fleurissante, droite et grande,Et depuis longtemps tient mon cœur captif,Et toujours ce qui charme le plus mon âme,C'est le doux amour qui est dans son œil[597].
On trouve chez lui des images comme celles-ci:
Son joli visage était aussi calmeQu'un agneau sur l'herbe;Le soleil du soir ne fut jamais si douxQue l'était le regard des yeux de Phémie[598]
Ou comme cette autre qui, sous sa forme étroite, fait penser aux images à la fois précieuses, forcenées et passionnées de la Renaissance, si fréquentes chez Shakspeare[599]:
Sa chevelure d'or, sans rivale,Descendait, ruisselait sur son cou neigeux,Et ses deux yeux, comme des étoiles dans les cieux,Sauveraient du naufrage un navire sombrant[600].
Celle-ci enfin n'est-elle pas tout à fait dans la manière de Henri Heine?
J'ai passé hier par un chemin malheureux,Un chemin, j'en ai peur, dont je me repentirai;J'ai reçu la mort de deux yeux doux,Deux charmants yeux d'un joli bleu.Ce ne fut pas ses brillantes boucles d'or,Ses lèvres pareilles à des roses humides de rosée,Son sein ému, blanc comme un lis;Ce furent ses yeux si joliment bleus.Elle parla, elle sourit, elle déroba mon cœur,Elle charma mon âme; j'ignore comment;Mais toujours le coup, la blessure mortelleVenait de ses yeux si joliment bleus.Si je peux lui parler, si je peux l'approcher,Peut-être écoutera-t-elle mes vœux;Si elle refuse, je devrai ma mortÀ ses deux yeux si joliment bleus[601].
J'ai passé hier par un chemin malheureux,Un chemin, j'en ai peur, dont je me repentirai;J'ai reçu la mort de deux yeux doux,Deux charmants yeux d'un joli bleu.
Ce ne fut pas ses brillantes boucles d'or,Ses lèvres pareilles à des roses humides de rosée,Son sein ému, blanc comme un lis;Ce furent ses yeux si joliment bleus.
Elle parla, elle sourit, elle déroba mon cœur,Elle charma mon âme; j'ignore comment;Mais toujours le coup, la blessure mortelleVenait de ses yeux si joliment bleus.
Si je peux lui parler, si je peux l'approcher,Peut-être écoutera-t-elle mes vœux;Si elle refuse, je devrai ma mortÀ ses deux yeux si joliment bleus[601].
Ne fait-elle pas penser à cette tendre évocation de regards azurés duNouveau Printemps?«Avec tes yeux bleus, tu me regardes fixement, et moi je deviens si rêveur que je ne puis parler. C'est à tes yeux bleus que je pense toujours; un océan de pensées bleues inonde mon cœur[602]». Et cette image-ci, juste et étrange à la fois, ne se rapproche-t-elle pas encore davantage des fantaisies de Heine?
Faut-il que j'aime toujours,Et supporte le mépris qui est dans son œil?Car il est noir, noir de jais, et il est comme un faucon,Il ne veut pas vous laisser en repos[603].
C'est, avec une métaphore différente, la même impression que dans cet autre passage de Heine: «Dans son doux et pâle visage, grand et puissant, rayonne son œil semblable à un soleil noir; noir soleil, combien de fois tu m'as versé les flammes dévorantes de l'enthousiasme[604]». Mais encore un coup, ce ne sont là de Burns que des allées écartées de son jardin d'amour, où croissent quelques plantes plus rares. Celles qui foisonnent au cœur même du jardin, là où tombe franchement le soleil, sont plus simples.
Dans toutes les pièces amoureuses de Burns, il faut faire un groupe de celles où il a mélangé la poésie pastorale et la poésie amoureuse.Il y a là un coin absolument ravissant de fraîcheur, de naturel, et de réalité embellie. À vrai dire, les poètes ont de tout temps aimé à placer l'amour au milieu de riantes descriptions. Ils semblent percevoir confusément que cette passion est la même force par laquelle le monde palpite, et que, dans ses profondeurs, elle a des rapports avec la sève qui chaque année renouvelle la parure de la terre. Quand il a cessé d'exister ailleurs, le sentiment de la nature s'est encore conservé dans les poésies amoureuses. Nulle part, cette union n'a été plus constante que dans la littérature anglaise. Burns y a réussi autant qu'aucun autre. Tout naturellement, ses scènes d'amour se placent parmi les fleurs et les ombrages.
Ce n'était pas pour Burns un artifice de poète, un cadre factice. Ses jeunes amours avaient été des amours de paysan, tout faits de rendez-vous dans les champs, de travail côte à côte pendant les moissons, ou de rencontres sur les grands moors déserts où la solitude amène le bonjour et un bout de causerie. Ces intrigues campagnardes ont toujours un fond de paysage à peine indiqué.
La lune descendait à l'ouest,Avec un visage pâle et effaré,Quand mon beau gars, tisserand de l'ouestMe reconduisit à travers le vallon[605].
Un thème inépuisable, parce qu'il correspondait à la réalité, sont ces rencontres, soit dans les blés où l'on se croise en ces étroits sentiers qui passent par les champs, soit dans les bruyères. Les épis hauts sont favorables:
En revenant par les orges, pauvre quelqu'un,En revenant par les orges,Elle a sali tout son jupon,En revenant par les orges.Oh! Jenny est toute mouillée, pauvre quelqu'un,Jenny est rarement à sec;Elle a sali tout son jupon,En revenant par les orges.Si quelqu'un rencontre quelqu'un,En revenant par les orges;Si quelqu'un embrasse quelqu'un,Faut-il que quelqu'un crie?Si quelqu'un rencontre quelqu'un,En revenant par le vallon,Si quelqu'un embrasse quelqu'un,Faut-il qu'on le sache?[606]
En revenant par les orges, pauvre quelqu'un,En revenant par les orges,Elle a sali tout son jupon,En revenant par les orges.
Oh! Jenny est toute mouillée, pauvre quelqu'un,Jenny est rarement à sec;Elle a sali tout son jupon,En revenant par les orges.
Si quelqu'un rencontre quelqu'un,En revenant par les orges;Si quelqu'un embrasse quelqu'un,Faut-il que quelqu'un crie?
Si quelqu'un rencontre quelqu'un,En revenant par le vallon,Si quelqu'un embrasse quelqu'un,Faut-il qu'on le sache?[606]
Les moors sont aussi bien dangereux. Leurs longues étendues abandonnées sont tristes à traverser seule. On chemine de compagnie, afin que la route semble plus courte; semble, seulement, car il arrive qu'elle dure plus longtemps. Il faut qu'un moor soit bien maussade pour n'avoir pas un coin riant: on s'y repose, on devise, et il en résulte une autre jolie chanson.
Il y avait une fillette; on l'appelait Meg,Et elle traversait le moor pour aller filer;Il y avait un gars qui la suivait,Et on l'appelait Duncan Davison.Le moor était long, et Meg était ombrageuse,Duncan ne pouvait obtenir sa faveur,Car elle le frappait avec la quenouille,Et le menaçait avec la bobine.Comme ils traversaient légèrement le moor,Voici un ruisseau clair et un vallon vert,Sur la rive, ils se reposèrent,Et toujours elle mettait la roue entre eux deux.Mais Duncan jura un serment sacréQue Meg serait une fiancée le lendemain,Alors Meg prit tous ses ustensiles,Et les jeta par dessus le ruisseau.Nous bâtirons une maison, une petite, petite maison,Et nous vivrons comme roi et reine,Si joyeux et si gais serons-nous,Quand tu seras assise à ton rouet, le soir.Un homme peut boire et ne pas être gris;Un homme peut se battre et ne pas être tué;Un homme peut embrasser une jolie fille,Et être bienvenu à recommencer[607].
Il y avait une fillette; on l'appelait Meg,Et elle traversait le moor pour aller filer;Il y avait un gars qui la suivait,Et on l'appelait Duncan Davison.Le moor était long, et Meg était ombrageuse,Duncan ne pouvait obtenir sa faveur,Car elle le frappait avec la quenouille,Et le menaçait avec la bobine.
Comme ils traversaient légèrement le moor,Voici un ruisseau clair et un vallon vert,Sur la rive, ils se reposèrent,Et toujours elle mettait la roue entre eux deux.Mais Duncan jura un serment sacréQue Meg serait une fiancée le lendemain,Alors Meg prit tous ses ustensiles,Et les jeta par dessus le ruisseau.
Nous bâtirons une maison, une petite, petite maison,Et nous vivrons comme roi et reine,Si joyeux et si gais serons-nous,Quand tu seras assise à ton rouet, le soir.Un homme peut boire et ne pas être gris;Un homme peut se battre et ne pas être tué;Un homme peut embrasser une jolie fille,Et être bienvenu à recommencer[607].
Ces rencontres amènent des rendez-vous, tantôt parmi les hauteurs où les moutons sont répandus, tantôt au bord d'un ruisseau où les arbres sont épais, tantôt plus secrètement au bout du jardin. Quelques-unes de ces scènes ont une jolie saveur de poésie rustique, à moitié réelle et à moitié transformée, comme dans les meilleures pages de George Sand. Ce dialogue, entre un berger et son amoureuse, est bien dans cette note, et ce refrain, qui se répète comme le rappel des moutons vers le soir, évoque, mieux que ne le ferait une description, le paysage où le troupeau est épars:
Appelle les moutons sur la colline,Appelle-les où croît la bruyère,Appelle-les où court le ruisseau,Ma jolie chérie.Comme je passais au bord de l'eau,J'y ai rencontré mon gars berger;Il m'a doucement enroulée dans son plaid,Et il m'a appelée sa chérie.«Veux-tu venir par le bord de l'eau,Et voir les flots doucement glisser,Sous les noisetiers tout grands ouverts?La lune brille très claire.Tu auras des robes et de beaux rubans,Et des souliers en cuir de veau à tes pieds,Et dans mes bras, tu te reposeras et dormiras,Et tu seras ma chérie».«Si vous tenez ce que vous promettez,J'irai avec vous, mon gars berger,Et vous pourrez m'enrouler dans votre plaid,Et je serai votre chérie».Tant que les eaux courront à la mer,Tant que le jour brillera dans ce haut ciel,Jusqu'à ce que la mort froide comme l'argile ferme mes yeux,Vous serez mon chéri.Appelle les moutons sur la colline,Appelle-les où croît la bruyère,Appelle-les où court le ruisseau,Ma jolie chérie[608].
Appelle les moutons sur la colline,Appelle-les où croît la bruyère,Appelle-les où court le ruisseau,Ma jolie chérie.
Comme je passais au bord de l'eau,J'y ai rencontré mon gars berger;Il m'a doucement enroulée dans son plaid,Et il m'a appelée sa chérie.
«Veux-tu venir par le bord de l'eau,Et voir les flots doucement glisser,Sous les noisetiers tout grands ouverts?La lune brille très claire.
Tu auras des robes et de beaux rubans,Et des souliers en cuir de veau à tes pieds,Et dans mes bras, tu te reposeras et dormiras,Et tu seras ma chérie».
«Si vous tenez ce que vous promettez,J'irai avec vous, mon gars berger,Et vous pourrez m'enrouler dans votre plaid,Et je serai votre chérie».
Tant que les eaux courront à la mer,Tant que le jour brillera dans ce haut ciel,Jusqu'à ce que la mort froide comme l'argile ferme mes yeux,Vous serez mon chéri.
Appelle les moutons sur la colline,Appelle-les où croît la bruyère,Appelle-les où court le ruisseau,Ma jolie chérie[608].
On voit, comme dans la pièce précédente, que les fillettes sont habituées à se défendre et savent poser leurs conditions. On s'étonnera moins de leur facilité à accepter ces promesses, si l'on se rappelle qu'il y avait toujours une sorte de sanction dans les décisions de la session ecclésiastique. On peut citer encore une autre chanson qui résume en quelque sorte tous ces rendez-vous rustiques; il y a une première strophe qui est belle, et, dans cette strophe, les deux vers sur ces bouleaux «lumineux de rosée» dans l'ombre suffiraient seuls à lui donner un rare prix.
Quand, au-dessus de la colline, l'étoile orientaleAnnoncera l'instant de parquer les moutons, mon ami,Et que les bœufs, du champ tracé de sillons,S'en iront tristes et fatigués, Ô;Là-bas, près du ruisseau, où les bouleaux parfumésPendent lumineux de rosée, mon ami,Je te retrouverai sur la berge herbeuse,Mon cher bien-aimé, Ô!Dans la plus sombre glen, à l'heure de minuit,Je marcherai, sans avoir peur, Ô;Si à travers cette glen, je vais vers toi,Mon cher bien-aimé, Ô!Si farouche, si farouche que soit la nuit,Si lasse, si lasse que je sois, Ô,Je te retrouverai sur la berge herbeuse,Mon cher bien-aimé, Ô!Le chasseur aime le soleil matinalPour faire lever les daims des montagnes, mon ami;À midi, le pêcheur cherche la gorgePour y suivre le ruisseau, mon ami;Donnez-moi l'heure du crépuscule gris,Cela fait mon cœur joyeux, Ô,De te retrouver sur la berge herbeuse,Mon cher bien-aimé, Ô![609]
Quand, au-dessus de la colline, l'étoile orientaleAnnoncera l'instant de parquer les moutons, mon ami,Et que les bœufs, du champ tracé de sillons,S'en iront tristes et fatigués, Ô;Là-bas, près du ruisseau, où les bouleaux parfumésPendent lumineux de rosée, mon ami,Je te retrouverai sur la berge herbeuse,Mon cher bien-aimé, Ô!
Dans la plus sombre glen, à l'heure de minuit,Je marcherai, sans avoir peur, Ô;Si à travers cette glen, je vais vers toi,Mon cher bien-aimé, Ô!Si farouche, si farouche que soit la nuit,Si lasse, si lasse que je sois, Ô,Je te retrouverai sur la berge herbeuse,Mon cher bien-aimé, Ô!
Le chasseur aime le soleil matinalPour faire lever les daims des montagnes, mon ami;À midi, le pêcheur cherche la gorgePour y suivre le ruisseau, mon ami;Donnez-moi l'heure du crépuscule gris,Cela fait mon cœur joyeux, Ô,De te retrouver sur la berge herbeuse,Mon cher bien-aimé, Ô![609]
D'autres pièces du même genre sont peut-être plus fines, comme les deux suivantes, dont la seconde surtout est une perle.
Je repasserai par cette ville,Et par ce jardin vert, de nouveau;Je repasserai par cette ville,Pour revoir ma jolie Jane de nouveau.Personne ne saura, personne ne devineraPourquoi je reviens, de nouveau;Sinon elle, ma jolie, ma fidèle fillette,Et secrètement nous nous verrons de nouveau.Elle passera auprès du chêne,Quand l'heure du rendez-vous viendra de nouveau;Et quand je vois sa forme charmante,Ô sur ma foi! Elle m'est deux fois chère de nouveau.Je repasserai par cette ville,Et par ce jardin vert, de nouveau;Je repasserai par cette ville,Pour voir ma jolie Jane de nouveau[610].
Je repasserai par cette ville,Et par ce jardin vert, de nouveau;Je repasserai par cette ville,Pour revoir ma jolie Jane de nouveau.
Personne ne saura, personne ne devineraPourquoi je reviens, de nouveau;Sinon elle, ma jolie, ma fidèle fillette,Et secrètement nous nous verrons de nouveau.
Elle passera auprès du chêne,Quand l'heure du rendez-vous viendra de nouveau;Et quand je vois sa forme charmante,Ô sur ma foi! Elle m'est deux fois chère de nouveau.
Je repasserai par cette ville,Et par ce jardin vert, de nouveau;Je repasserai par cette ville,Pour voir ma jolie Jane de nouveau[610].
Voici l'autre:
Comme je remontais par le bout de notre route,Quand le jour devenait fatigué,Oh! qui descendait à pas légers la rue,Sinon la jolie Peg, ma chérie!Son air si doux, son corps si joliDont les proportions sont parfaites:La Reine d'Amour n'a jamais marchéD'un mouvement plus enchanteur.Les mains unies, nous prîmes les sables,Le long de la rivière sinueuse.Et, oh! cette heure et ce recoin dans les genêts,Est-il possible que je les oublie?[611]
Comme je remontais par le bout de notre route,Quand le jour devenait fatigué,Oh! qui descendait à pas légers la rue,Sinon la jolie Peg, ma chérie!
Son air si doux, son corps si joliDont les proportions sont parfaites:La Reine d'Amour n'a jamais marchéD'un mouvement plus enchanteur.
Les mains unies, nous prîmes les sables,Le long de la rivière sinueuse.Et, oh! cette heure et ce recoin dans les genêts,Est-il possible que je les oublie?[611]
À vrai dire, ce ne sont pas là encore des morceaux où la nature intervienne beaucoup. Un seul mot, un trait, donne l'impression que l'on est en plein air. On sent qu'on se trouve sous le ciel et loin des maisons. Cela ne va guère au-delà, et ces amoureux rustiques n'y voient pas plus loin. Quand Burns parle pour lui-même, cette part de l'extérieur s'élargit et forme autour de la figure féminine un véritable cadre de verdures et de lumières.
Vois, la nature revêt de fleurs le gazon,Et tout est jeune et doux comme toi;Oh! veux-tu partager sa joie avec moi?Dis que tu seras ma chérie, Ô!Fillette aux blonds cheveux couleur de lin,Jolie fillette, innocente fillette,Veux-tu avec moi garder les troupeaux,Veux-tu être ma chérie, Ô?Les primevères des talus, le ruisseau sinueux,Le coucou sur l'épine blanche comme le lait,Les moutons joyeux, au prime matin,Te diront la bienvenue, ma chérie, Ô.Quand la bienfaisante averse d'étéA réjoui les petites fleurs languissantes,Nous irons vers le bosquet de l'odorant chèvrefeuille des bois,Au chaud midi, ma chérie, Ô!Quand Cynthie éclaire, de son rayon d'argent,Le faucheur fatigué qui retourne chez lui,À travers les champs onduleux et jaunis, nous nous perdronsEt parlerons d'amour, ma chérie, Ô!Et quand la hurlante rafale d'hiverTroublera le repos nocturne de ma fillette,Te serrant sur mon cœur fidèle,Je te rassurerai, ma chérie, Ô![612]
Vois, la nature revêt de fleurs le gazon,Et tout est jeune et doux comme toi;Oh! veux-tu partager sa joie avec moi?Dis que tu seras ma chérie, Ô!
Fillette aux blonds cheveux couleur de lin,Jolie fillette, innocente fillette,Veux-tu avec moi garder les troupeaux,Veux-tu être ma chérie, Ô?
Les primevères des talus, le ruisseau sinueux,Le coucou sur l'épine blanche comme le lait,Les moutons joyeux, au prime matin,Te diront la bienvenue, ma chérie, Ô.
Quand la bienfaisante averse d'étéA réjoui les petites fleurs languissantes,Nous irons vers le bosquet de l'odorant chèvrefeuille des bois,Au chaud midi, ma chérie, Ô!
Quand Cynthie éclaire, de son rayon d'argent,Le faucheur fatigué qui retourne chez lui,À travers les champs onduleux et jaunis, nous nous perdronsEt parlerons d'amour, ma chérie, Ô!
Et quand la hurlante rafale d'hiverTroublera le repos nocturne de ma fillette,Te serrant sur mon cœur fidèle,Je te rassurerai, ma chérie, Ô![612]
Parmi un grand nombre de pièces, il y en a trois qui sont peut-être ce qu'il a fait de plus achevé dans ce genre. Il faut les citer toutes trois pour donner une idée de la merveilleuse variété avec laquelle il traitait les sujets les plus semblables. La première, avec son riche coloris de coucher de soleil printanier fut composée sur le domaine de Ballochmyle; il a raconté lui-même dans quelles circonstances. Bien qu'on l'ait vue dans la biographie, nous la redonnons ici pour la rapprocher des autres.
C'était le soir, sous la rosée les champs étaient verts,À chaque brin d'herbe pendaient des perles;Le Zéphyr se jouait autour des fèves,Et emportait avec lui leur parfum;Dans chaque vallon le mauvis chantait,Toute la Nature paraissait écouter,Sauf là où les échos des bois verts résonnaient,Parmi les pentes de Ballochmyle.D'un pas négligent, j'avançais, j'errais,Mon cœur se réjouissait de la joie de la nature,Quand, rêvant dans une clairière solitaire,J'entrevis, par hasard, une belle jeune fille:Son regard était comme le regard du matin,Son air, comme le sourire vernal de la nature,La Perfection, en passant, murmurait:«Regarde la fille de Ballochmyle.»Doux est le matin de mai fleuri,Et douce est la nuit dans le tiède automne,Quand on erre dans le gai jardin,Ou qu'on s'égare sur la lande solitaire;Mais la femme est l'enfant chéri de la nature!Dans la femme elle a rassemblé tous ses charmes;Mais, même là, ses autres ouvrages sont éclipsésPar la jolie fille de Ballochmyle.Oh! que ne fut-elle une fille de campagne,Et moi, l'heureux gars des champs!Quoique abrité sous le plus humble toitQui s'éleva jamais sur les plaines Écossaises!Sous le vent et la pluie du morose hiver,Avec joie, avec bonheur, je travaillerais,Et la nuit je presserais sur mon cœur,La jolie fille de Ballochmyle.Alors l'orgueil pourrait gravir les pentes glissantesOù brillent bien haut la gloire et les honneurs;Et la soif de l'or pourrait tenter l'abîme,Ou descendre et fouiller les mines de l'Inde;Donnez-moi la chaumière, sous le sapin,Un troupeau à soigner, un sol à bêcher,Et chaque jour aura des joies divinesAvec la jolie fille de Ballochmyle[613].
C'était le soir, sous la rosée les champs étaient verts,À chaque brin d'herbe pendaient des perles;Le Zéphyr se jouait autour des fèves,Et emportait avec lui leur parfum;Dans chaque vallon le mauvis chantait,Toute la Nature paraissait écouter,Sauf là où les échos des bois verts résonnaient,Parmi les pentes de Ballochmyle.
D'un pas négligent, j'avançais, j'errais,Mon cœur se réjouissait de la joie de la nature,Quand, rêvant dans une clairière solitaire,J'entrevis, par hasard, une belle jeune fille:Son regard était comme le regard du matin,Son air, comme le sourire vernal de la nature,La Perfection, en passant, murmurait:«Regarde la fille de Ballochmyle.»
Doux est le matin de mai fleuri,Et douce est la nuit dans le tiède automne,Quand on erre dans le gai jardin,Ou qu'on s'égare sur la lande solitaire;Mais la femme est l'enfant chéri de la nature!Dans la femme elle a rassemblé tous ses charmes;Mais, même là, ses autres ouvrages sont éclipsésPar la jolie fille de Ballochmyle.
Oh! que ne fut-elle une fille de campagne,Et moi, l'heureux gars des champs!Quoique abrité sous le plus humble toitQui s'éleva jamais sur les plaines Écossaises!Sous le vent et la pluie du morose hiver,Avec joie, avec bonheur, je travaillerais,Et la nuit je presserais sur mon cœur,La jolie fille de Ballochmyle.
Alors l'orgueil pourrait gravir les pentes glissantesOù brillent bien haut la gloire et les honneurs;Et la soif de l'or pourrait tenter l'abîme,Ou descendre et fouiller les mines de l'Inde;Donnez-moi la chaumière, sous le sapin,Un troupeau à soigner, un sol à bêcher,Et chaque jour aura des joies divinesAvec la jolie fille de Ballochmyle[613].
La seconde a été écrite, à quelques semaines de la précédente, probablement pour Mary des Hautes-Terres. Comme tout ce qu'il a fait pour elle, c'est une de ses œuvres les plus parfaites. Il est impossible de rendre, dans une traduction, la strophe caressante et fluide, qui coule avec la douceur et presque avec la musique d'une eau pure. C'est une de ses plus chastes et de ses plus poétiques inspirations.
Coule, doucement, doux Afton, entre tes rives vertes,Coule doucement, je vais chanter une chanson à ta louange;Ma Mary est endormie près de ton flot murmurant,Coule doucement, doux Afton, ne trouble pas son rêve.Toi, ramier, dont l'écho résonne dans le vallon,Vous, merles, qui sifflez follement, dans cette gorge pleine d'épines,Toi, vanneau à la crête verte, retiens ton cri perçant,Je vous en conjure, ne troublez pas ma bien-aimée qui dort.Qu'elles sont hautes, doux Afton, les collines voisines,Marquées au loin par le cours des clairs ruisseaux sinueux;C'est là que, tous les jours, j'erre quand midi monte au ciel,Contemplant mes troupeaux et la douce chaumière de ma Mary.Qu'ils sont agréables tes bords, et les vertes vallées qui sont plus bas,Où les primevères sauvages éclosent dans les bois;Là souvent, quand le doux crépuscule pleure sur la pelouse,Les bouleaux parfumés nous ombragent, ma Mary et moi.Qu'elle glisse amoureusement, Afton, ton onde de cristal,Quand tu contournes la chaumière où ma Mary demeure;Que joyeusement tes eaux baignent ses pieds neigeux,Quand cueillant de douces fleurs, elle suit tes flots clairs!Coule doucement, doux Afton, entre tes rives vertes,Coule doucement, douce rivière, sujet de ma chanson,Ma Mary est endormie près de ton flot murmurant,Coule doucement, doux Afton, ne trouble pas son rêve[614].
Coule, doucement, doux Afton, entre tes rives vertes,Coule doucement, je vais chanter une chanson à ta louange;Ma Mary est endormie près de ton flot murmurant,Coule doucement, doux Afton, ne trouble pas son rêve.
Toi, ramier, dont l'écho résonne dans le vallon,Vous, merles, qui sifflez follement, dans cette gorge pleine d'épines,Toi, vanneau à la crête verte, retiens ton cri perçant,Je vous en conjure, ne troublez pas ma bien-aimée qui dort.
Qu'elles sont hautes, doux Afton, les collines voisines,Marquées au loin par le cours des clairs ruisseaux sinueux;C'est là que, tous les jours, j'erre quand midi monte au ciel,Contemplant mes troupeaux et la douce chaumière de ma Mary.
Qu'ils sont agréables tes bords, et les vertes vallées qui sont plus bas,Où les primevères sauvages éclosent dans les bois;Là souvent, quand le doux crépuscule pleure sur la pelouse,Les bouleaux parfumés nous ombragent, ma Mary et moi.
Qu'elle glisse amoureusement, Afton, ton onde de cristal,Quand tu contournes la chaumière où ma Mary demeure;Que joyeusement tes eaux baignent ses pieds neigeux,Quand cueillant de douces fleurs, elle suit tes flots clairs!
Coule doucement, doux Afton, entre tes rives vertes,Coule doucement, douce rivière, sujet de ma chanson,Ma Mary est endormie près de ton flot murmurant,Coule doucement, doux Afton, ne trouble pas son rêve[614].
Enfin, la dernière nous transporte dans un paysage différent, plus sauvage et plus grand. Elle se rapporte, probablement, à quelque incident de son premier voyage de Mauchline à Édimbourg.
Ces sauvages montagnes, aux flancs moussus, si hautes et si vastes,Qui nourrissent dans leur sein, la jeune Clyde,Où les grouses mènent leurs volées se nourrir à travers la bruyère,Où le berger garde son troupeau, en jouant sur son roseau,Où les grouses conduisent leurs volées se nourrir à travers la bruyère,Où le berger garde son troupeau en jouant sur son roseau.Ni les riches vallées de Gowrie, ni les bords soleilleux du ForthN'ont pour moi les charmes de ces moors sauvages et moussus;Car là, près d'un ruisseau clair, solitaire et écarté,Vit une douce fillette, ma pensée et mon rêve,Car là, près d'un ruisseau clair, solitaire et écarté,Vit une douce fillette, ma pensée et mon rêve.Parmi ces sauvages montagnes, sera toujours mon sentier,Où chaque ruisseau qui tombe et écume a sa gorge étroite et verte,Car là, avec ma fillette, j'erre tout le jour,Tandis qu'au-dessus de nous, inaperçues, passent les rapides heures de l'amour,Car là, avec ma fillette, j'erre tout le jour,Tandis qu'au-dessus de nous, inaperçues, passent les rapides heures de l'amour.Elle n'est pas la plus jolie, bien qu'elle soit jolie,De fine éducation sa part n'est que petite,Ses parents sont aussi humbles qu'on peut être humble;Mais j'aime la chère fillette, parce qu'elle m'aime;Ses parents sont aussi humbles qu'on peut être humble,Mais j'aime la chère fillette, parce qu'elle m'aime.Quel homme ne se rend captif à la Beauté,Quand elle a son armure de regards, de rougeurs et de soupirs?Et quand l'esprit et l'élégance ont poli ses traits,Ils éblouissent nos yeux, en volant à nos cœurs;Et quand l'esprit et l'élégance ont poli ses traits,Ils éblouissent nos yeux en volant à nos cœurs.Mais la tendresse, la douce tendresse dans l'étincelle amoureuse du regard,À pour moi un éclat plus brillant que le diamant,Et l'amour qui agite le cœur, lorsque je suis serré dans ses bras,Oh! tels sont les charmes vainqueurs de ma fillette!Et l'amour qui agite le cœur, quand je suis dans ses bras,Oh! tels sont les charmes vainqueurs de ma fillette![615]
Ces sauvages montagnes, aux flancs moussus, si hautes et si vastes,Qui nourrissent dans leur sein, la jeune Clyde,Où les grouses mènent leurs volées se nourrir à travers la bruyère,Où le berger garde son troupeau, en jouant sur son roseau,Où les grouses conduisent leurs volées se nourrir à travers la bruyère,Où le berger garde son troupeau en jouant sur son roseau.
Ni les riches vallées de Gowrie, ni les bords soleilleux du ForthN'ont pour moi les charmes de ces moors sauvages et moussus;Car là, près d'un ruisseau clair, solitaire et écarté,Vit une douce fillette, ma pensée et mon rêve,Car là, près d'un ruisseau clair, solitaire et écarté,Vit une douce fillette, ma pensée et mon rêve.
Parmi ces sauvages montagnes, sera toujours mon sentier,Où chaque ruisseau qui tombe et écume a sa gorge étroite et verte,Car là, avec ma fillette, j'erre tout le jour,Tandis qu'au-dessus de nous, inaperçues, passent les rapides heures de l'amour,Car là, avec ma fillette, j'erre tout le jour,Tandis qu'au-dessus de nous, inaperçues, passent les rapides heures de l'amour.
Elle n'est pas la plus jolie, bien qu'elle soit jolie,De fine éducation sa part n'est que petite,Ses parents sont aussi humbles qu'on peut être humble;Mais j'aime la chère fillette, parce qu'elle m'aime;Ses parents sont aussi humbles qu'on peut être humble,Mais j'aime la chère fillette, parce qu'elle m'aime.
Quel homme ne se rend captif à la Beauté,Quand elle a son armure de regards, de rougeurs et de soupirs?Et quand l'esprit et l'élégance ont poli ses traits,Ils éblouissent nos yeux, en volant à nos cœurs;Et quand l'esprit et l'élégance ont poli ses traits,Ils éblouissent nos yeux en volant à nos cœurs.
Mais la tendresse, la douce tendresse dans l'étincelle amoureuse du regard,À pour moi un éclat plus brillant que le diamant,Et l'amour qui agite le cœur, lorsque je suis serré dans ses bras,Oh! tels sont les charmes vainqueurs de ma fillette!Et l'amour qui agite le cœur, quand je suis dans ses bras,Oh! tels sont les charmes vainqueurs de ma fillette![615]
Ne sont-ce pas là trois choses exquises? Quelle est celle qu'on pourrait sacrifier ou choisir? Et voici, à côté de ces pièces si simples, une autre plus complexe. La nature n'est plus seulement un cadre gracieux ou grandiose à la femme aimée, sans qu'elle participe aux sentiments exprimés. Elle devient une compagne dont la physionomie doit s'accorder avec la tristesse du poète, à laquelle elle doit prendre part.
Maintenant dans son manteau vert, la nature se pareEt écoute les agneaux qui bêlent sur toutes les collines,Tandis que les oiseaux gazouillent la bienvenue dans chaque bois vertMais pour moi tout est sans délices, ma Nannie est au loin.La perce-neige et la primevère ornent nos bois,Les violettes se baignent dans la rosée du matin,Elles attristent mon triste cœur, tant elles fleurissent doucement,Elles me rappellent ma Nannie—et Nannie est au loin.Ô alouette, qui t'élances des rosées de la prairie,Pour avertir le berger que la grise aurore pointe,Et toi, doux mauvis, qui salues la chute de la nuit,Cessez par pitié, ma Nannie est au loin.Viens, Automne, si pensif, vêtu de jaune et de gris,Et calme-moi en m'annonçant le déclin de la nature.Le sombre et morne hiver, les farouches tourbillons de neigeSeuls sont mes délices maintenant que Nannie est au loin[616].
Maintenant dans son manteau vert, la nature se pareEt écoute les agneaux qui bêlent sur toutes les collines,Tandis que les oiseaux gazouillent la bienvenue dans chaque bois vertMais pour moi tout est sans délices, ma Nannie est au loin.
La perce-neige et la primevère ornent nos bois,Les violettes se baignent dans la rosée du matin,Elles attristent mon triste cœur, tant elles fleurissent doucement,Elles me rappellent ma Nannie—et Nannie est au loin.
Ô alouette, qui t'élances des rosées de la prairie,Pour avertir le berger que la grise aurore pointe,Et toi, doux mauvis, qui salues la chute de la nuit,Cessez par pitié, ma Nannie est au loin.
Viens, Automne, si pensif, vêtu de jaune et de gris,Et calme-moi en m'annonçant le déclin de la nature.Le sombre et morne hiver, les farouches tourbillons de neigeSeuls sont mes délices maintenant que Nannie est au loin[616].
Dans ce mélange de nature et d'amour, il y a surtout une chose qu'il excelle à rendre. Ce sont les rendez-vous et les promenades le soir, les heures passées à deux, dans les champs, sous les ombrages complices ou les regards de la lune indulgente.
Ô toi, reine brillante qui, sur la plaine,Règnes au plus haut, d'un pouvoir suprême,Souvent ton regard, nous suivant silencieusement,Nous a observés, errant tendrement[617].
Rien dans son œuvre n'est plus exquis que ces scènes nocturnes, baignées de lumière argentée. Elles ont une grâce plus rêveuse que ses autres pièces, qui presque toujours ont quelque chose de très arrêté. Elles font penser à ces couples d'amoureux qu'on voit passer dans les champs, pendant les nuits d'été, tels que Jules Breton les a peints quelquefois. L'ombre, effaçant les précisions et les vulgarités du jour, les dégage des détails individuels; elle les généralise, pour ainsi dire, et ne leur laisse que le charme impersonnel et la signification anoblie et symbolique des attitudes. En effaçant les lignes arrêtées et les limites étroites, par lesquelles la lumière emprisonne durement les objets en eux-mêmes, elle les fond davantage avec ce qui les entoure. Elle en fait des images et comme des rêves de l'Amour humain, enveloppé par la Nature. Celui-ci même, sous cette forme plus vaporeuse et dans cette attitude, s'harmonise avec les choses et semble une des expressions de la tiédeur des nuits. C'est un des moments favoris des poètes, et Burns en a laissé la formule dans une strophe charmante:
Que d'autres aiment les cités,Et à se montrer, à briller, dans le soleil de midi;Donnez-moi la vallée solitaire,Le crépuscule baigné de rosée, la lune qui monte,Qui resplendit, rayonne, et fait ruisselerSa lumière d'argent à travers les branches;Tandis qu'avec des chutes et des appels de voix,La grive amoureuse conclut sa chanson;Là, chère Chloris, veux-tu errer,Près des détours des ruisseaux, sous le feuillage des rives,Et écouter mes vœux de foi et d'amour,Et me dire que tu m'aimes mieux que tous?[618]
C'est pour lui un sujet inépuisable et cela n'est pas étonnant. C'était hors du village que les jeunes paysans écossais allaient retrouver leur maîtresse, le long des champs qu'ils se promenaient avec elle. Il est à présumer que c'est une habitude encore en vigueur en Écosse, et ailleurs. Burns l'avait pratiquée. En revenant de ces nuits précieuses, il les chantait, et les pièces qu'il leur a consacrées appartiennent surtout à la période de Mauchline, pendant qu'il était encore jeune fermier. En voici une des plus gracieuses et des plus purement poétiques:
Voici que les vents d'ouest et les fusils meurtriersRamènent l'agréable temps d'automne;Le coq de marais s'enlève d'un vol bruyantParmi la bruyère fleurissante;Voici que le grain, ondoyant largement sur la plaine,Réjouit le fermier fatigué;Et la lune brillante luit, tandis que j'erre la nuit,Pour songer à ma charmeresse.Mais Peggy, ma chérie, le soir est clair,Nombreuses volent les hirondelles effleurantes;Le ciel est bleu, les champs au loinSont tous jaunes ou d'un vert pâli.Viens errer, heureux, par notre gai chemin,Voir les charmes de la nature,Le blé frémissant, l'épine en fruits,Et toutes les créatures heureuses!Nous marcherons lentement, nous causerons doucement,Jusqu'à ce que la lune brille clairement,Je presserai ta taille, et te serrant tendrement,Je jurerai combien je t'aime chèrement.Ni les pluies printanières, aux fleurs écloses;Ni l'automne, au fermier,Ne peuvent être aussi chers que tu l'es pour moi,Ma belle, ma douce charmeresse![619]
Voici que les vents d'ouest et les fusils meurtriersRamènent l'agréable temps d'automne;Le coq de marais s'enlève d'un vol bruyantParmi la bruyère fleurissante;Voici que le grain, ondoyant largement sur la plaine,Réjouit le fermier fatigué;Et la lune brillante luit, tandis que j'erre la nuit,Pour songer à ma charmeresse.
Mais Peggy, ma chérie, le soir est clair,Nombreuses volent les hirondelles effleurantes;Le ciel est bleu, les champs au loinSont tous jaunes ou d'un vert pâli.Viens errer, heureux, par notre gai chemin,Voir les charmes de la nature,Le blé frémissant, l'épine en fruits,Et toutes les créatures heureuses!
Nous marcherons lentement, nous causerons doucement,Jusqu'à ce que la lune brille clairement,Je presserai ta taille, et te serrant tendrement,Je jurerai combien je t'aime chèrement.Ni les pluies printanières, aux fleurs écloses;Ni l'automne, au fermier,Ne peuvent être aussi chers que tu l'es pour moi,Ma belle, ma douce charmeresse![619]
Toutefois, avec Burns, la réalité ne perd jamais ses droits. Au lendemain des soirées où les couples ont passé dans un vaporeux éloignement, il arrive qu'on aperçoit, à la lisière des champs, des endroits où les épis renversés vous rappellent que ces ombres poétiques étaient après toutdes êtres humains. Chez certains poètes, comme Lamartine, le clair de lune ne se dissipe jamais et la rêverie persiste. Mais, dans Burns, il y a toujours un endroit où les blés sont couchés.
Les sillons de blé et les sillons d'orgeLes sillons de blé sont beaux!Je n'oublierai pas cette nuit heureuseAvec Annie, parmi les sillons.C'était la nuit du premier août,Quand les sillons de blé sont beaux,Sous la lumière pure de la lune,Je m'en allai vers Annie;Le temps s'envola à notre insu,Si bien qu'entre le tard et le tôt,En la pressant un peu, elle consentitÀ m'accompagner à travers les orges.Le ciel était bleu, le vent paisible,La lune clairement brillait,Je la fis asseoir, elle le voulut bien,Parmi les sillons d'orge.Je savais que son cœur était à moi,Et moi, je l'aimais très sincèrement;Je l'embrassai mainte et mainte fois,Parmi les sillons d'orge.Je l'emprisonnai dans une étreinte passionnée,Comme son cœur battait!Béni soit cet heureux endroitParmi les sillons d'orge!Mais, par la lune et les étoiles si belles,Qui si clairement brillaient sur cette heure,Elle bénira toujours cette nuit heureuseParmi les sillons d'orge.J'ai été gai avec de chers camarades,J'ai été joyeux en buvant,J'ai été content en amassant du bien,J'ai été heureux en songeant.Mais tous les plaisirs que j'ai jamais vus,Quand on les doublerait trois fois,Cette heureuse nuit les valait tous,Parmi les sillons d'orge.Les sillons de blé et les sillons d'orgeLes sillons de blé sont beaux!Je n'oublierai pas cette nuit heureuseAvec Annie, parmi les sillons![620]
Les sillons de blé et les sillons d'orgeLes sillons de blé sont beaux!Je n'oublierai pas cette nuit heureuseAvec Annie, parmi les sillons.
C'était la nuit du premier août,Quand les sillons de blé sont beaux,Sous la lumière pure de la lune,Je m'en allai vers Annie;Le temps s'envola à notre insu,Si bien qu'entre le tard et le tôt,En la pressant un peu, elle consentitÀ m'accompagner à travers les orges.
Le ciel était bleu, le vent paisible,La lune clairement brillait,Je la fis asseoir, elle le voulut bien,Parmi les sillons d'orge.Je savais que son cœur était à moi,Et moi, je l'aimais très sincèrement;Je l'embrassai mainte et mainte fois,Parmi les sillons d'orge.
Je l'emprisonnai dans une étreinte passionnée,Comme son cœur battait!Béni soit cet heureux endroitParmi les sillons d'orge!Mais, par la lune et les étoiles si belles,Qui si clairement brillaient sur cette heure,Elle bénira toujours cette nuit heureuseParmi les sillons d'orge.
J'ai été gai avec de chers camarades,J'ai été joyeux en buvant,J'ai été content en amassant du bien,J'ai été heureux en songeant.Mais tous les plaisirs que j'ai jamais vus,Quand on les doublerait trois fois,Cette heureuse nuit les valait tous,Parmi les sillons d'orge.
Les sillons de blé et les sillons d'orgeLes sillons de blé sont beaux!Je n'oublierai pas cette nuit heureuseAvec Annie, parmi les sillons![620]
Malgré ces rappels de réalité, toutes ces pièces sont charmantes. En littérature anglaise, je ne vois de supérieur en ce genre, parce qu'ils sont d'une inspiration plus élevée, que deux morceaux. Le premier est l'incomparable passage qui se trouve à la fin duMarchand de Venise, quand les sons de la musique arrivent dans le calme de la nuit, et que, dans cette atmosphère doucement ébranlée d'harmonie, les âmes des deux amants s'élèvent jusqu'à la musique des sphères[621]. Le second est cette merveilleuse et chaste vision d'Edgar Poe, lorsqu'il aperçoit Helen, vêtue de blanc, dans le jardin enchanté, tandis que de l'orbe plein de la lune, une lumière de perle tombait sur les faces d'un millier de roses tournées vers le ciel[622]. Les pièces nocturnes de Burns n'ont pas la profondeur, le charme vaporeux, et le mystère de ces admirables morceaux. Elles n'en forment pas moins une des plus jolies évocations de l'amour, aux heures bleuâtres et argentées qui semblent être surtout les siennes.
Cela suffirait déjà pour faire de lui un poète d'amour distingué, mais on peut dire que ce ne sont là que des exceptions, des criques retirées et tranquilles, dans le grand courant de son œuvre. Ce qui est bien à lui, ce n'est ni la finesse, ni la recherche; c'est la passion sincère et vraie; c'est la simplicité, l'ardeur, l'impétuosité du désir, l'émotion contenue dans une forme si atténuée, si réduite, qu'elle n'existe pour ainsi dire plus et ne s'interpose pas. Elle est comme brûlée par la flamme intérieure. Là, il est incomparable, direct, fort, et d'une simplicité merveilleuse. Il n'y a pas de luxe d'image; il n'y a pas de recherche d'esprit; il n'y a pas de déploiement poétique, pas d'élégance, pas de profondeur; il y a de la passion pure. Elle brûle clair, tant elle est dégagée de tout autre élément. C'est ici vraiment le cœur de son œuvre, le véritable amas de ces fins et brillants coquillages qui sont bien à lui. Ils ont des teintes diverses, plus claires ou plus sombres, ils contiennent des échos différents, selon qu'ils ont été laissés sur le rivage par des jours de gaieté ou des jours de tristesse; mais ils ont tous le même caractère de netteté. On peut ramasser au hasard, on est à peu près sûr d'avoir dans la main quelque chose de précieux, un petit chef-d'œuvre.
Dans les teintes claires de l'amour, voici des pièces légères, des minauderies, des gentillesses enjouées et badines, de petits compliments, des déclarations sans importance, jetées en passant. Ces mignardises câlines elles-mêmes sont simples.
Jolie petite chose, fine petite chose,Adorable petite chose, si tu étais à moi,Je te porterais dans mon sein,De peur de perdre mon bijou.Songeusement, je regarde, et je languis,Ce joli visage qui est tien;Et mon cœur tressaille d'angoisse,De peur que ma petite chose ne soit pas mienne.Esprit et Grâce, et Amour, et Beauté,En une constellation brillent;T'adorer est mon devoir,Déesse de cette âme qui est mienne!Jolie petite chose, fine petite chose,Adorable petite chose, si tu étais à moi,Je te porterais dans mon sein,De peur de perdre mon bijou![623]
Jolie petite chose, fine petite chose,Adorable petite chose, si tu étais à moi,Je te porterais dans mon sein,De peur de perdre mon bijou.Songeusement, je regarde, et je languis,Ce joli visage qui est tien;Et mon cœur tressaille d'angoisse,De peur que ma petite chose ne soit pas mienne.
Esprit et Grâce, et Amour, et Beauté,En une constellation brillent;T'adorer est mon devoir,Déesse de cette âme qui est mienne!Jolie petite chose, fine petite chose,Adorable petite chose, si tu étais à moi,Je te porterais dans mon sein,De peur de perdre mon bijou![623]
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