Chapter 15

Ô! mets ta main dans la mienne, fillette;Dans la mienne, fillette; dans la mienne, fillette;Et jure sur cette blanche main, fillette,Que tu seras à moi.J'ai été l'esclave du despotique amour,Souvent il m'a bien fait souffrir;Mais maintenant il me fera mourir,Si tu n'es pas à moi.Mainte fillette a jadis troublé mon repos,Que, pour un court moment, je préférais;Mais tu es reine dans mon cœur,Pour y rester toujours.Oh! mets la main dans la mienne, fillette;Dans la mienne, fillette; dans la mienne, fillette;Et jure sur cette blanche main mignonneQue tu seras à moi[624].

Ô! mets ta main dans la mienne, fillette;Dans la mienne, fillette; dans la mienne, fillette;Et jure sur cette blanche main, fillette,Que tu seras à moi.

J'ai été l'esclave du despotique amour,Souvent il m'a bien fait souffrir;Mais maintenant il me fera mourir,Si tu n'es pas à moi.

Mainte fillette a jadis troublé mon repos,Que, pour un court moment, je préférais;Mais tu es reine dans mon cœur,Pour y rester toujours.

Oh! mets la main dans la mienne, fillette;Dans la mienne, fillette; dans la mienne, fillette;Et jure sur cette blanche main mignonneQue tu seras à moi[624].

Parfois ce sont, dans le même genre, de simples cajoleries, quelques mots caressants mis autour d'un baiser et se jouant avec lui. C'est plus simple et plus net que le compte embrouillé des baisers de Catulle[625].

Je t'embrasserai encore, encore,Je t'embrasserai de nouveau,Je t'embrasserai encore, encore,Ma jolie Peggy Alison.Tous soucis et toutes craintes, quand tu es près,Je les défie. Ô!Les jeunes rois sur leurs jeunes trônesSont moins heureux que moi. Ô!Quand dans mes bras, avec tous tes charmes,Je serre mon trésor infini. Ô!Je ne demande pour ma part du cielQue le plaisir de pareils moments. Ô!Et par tes yeux si doucement bleus,Je jure que je suis à toi pour jamais. Ô!Et sur tes lèvres, je scelle mon vœu,Et je ne le briserai jamais. Ô!Je t'embrasserai encore, encore,Je t'embrasserai de nouveau,Je t'embrasserai encore, encore,Ma jolie Peggy Alison[626].

Je t'embrasserai encore, encore,Je t'embrasserai de nouveau,Je t'embrasserai encore, encore,Ma jolie Peggy Alison.

Tous soucis et toutes craintes, quand tu es près,Je les défie. Ô!Les jeunes rois sur leurs jeunes trônesSont moins heureux que moi. Ô!

Quand dans mes bras, avec tous tes charmes,Je serre mon trésor infini. Ô!Je ne demande pour ma part du cielQue le plaisir de pareils moments. Ô!

Et par tes yeux si doucement bleus,Je jure que je suis à toi pour jamais. Ô!Et sur tes lèvres, je scelle mon vœu,Et je ne le briserai jamais. Ô!

Je t'embrasserai encore, encore,Je t'embrasserai de nouveau,Je t'embrasserai encore, encore,Ma jolie Peggy Alison[626].

Veut-on de la simplicité dans la grâce attendrie? quelques paroles à moitié ou tout à fait émues? En voici encore, où tantôt la délicatesse domine comme dans la première des pièces qui suivent, et où tantôt la tendresse la restreint et la remplace presque, ne lui laissant qu'une petite place, comme dans celles qui viennent ensuite.

Ô jolie Polly Stewart,Ô charmante Polly Stewart!Il n'y a pas une fleur qui fleurit en Mai,Qui soit à moitié aussi belle que toi!La fleur fleurit, puis se fane et tombe,Et l'art ne peut la raviver;Mais, par la vertu et la candeur, toujours jeuneRestera Polly Stewart!Puisse celui dont les bras posséderont tes charmes,Avoir un cœur loyal et sincère;Qu'il lui soit donné de connaître le Paradis,Qu'il possède en Polly Stewart!Ô adorable Polly Stewart,Ô charmante Polly Stewart!Il n'y a pas une fleur qui fleurit en Mai,Qui soit à moitié aussi jolie que toi![627]

Ô jolie Polly Stewart,Ô charmante Polly Stewart!Il n'y a pas une fleur qui fleurit en Mai,Qui soit à moitié aussi belle que toi!La fleur fleurit, puis se fane et tombe,Et l'art ne peut la raviver;Mais, par la vertu et la candeur, toujours jeuneRestera Polly Stewart!

Puisse celui dont les bras posséderont tes charmes,Avoir un cœur loyal et sincère;Qu'il lui soit donné de connaître le Paradis,Qu'il possède en Polly Stewart!Ô adorable Polly Stewart,Ô charmante Polly Stewart!Il n'y a pas une fleur qui fleurit en Mai,Qui soit à moitié aussi jolie que toi![627]

Quoi de plus simple que cette strophe?

Quand la cruelle destinée nous séparerait,Aussi loin que du pôle à l'équateur,Sa chère pensée autour de mon cœurS'enroulerait tendrement.Que les montagnes se dressent, et les déserts hurlent,Et les océans rugissent entre nous,Cependant, plus chère que mon âme immortelle,J'aimerais encore ma Jane[628].

Celle-ci fut une de ses toutes premières chansons; elle fut écrite au commencement de son séjour à Mauchline:

Ô Mary, sois à ta fenêtre,C'est l'heure convoitée et convenue!Laisse-moi voir ces sourires et ces regards,Qui font mépriser le trésor de l'avare:Avec quelle joie je supporterais la poussière,Peinant en esclave du matin au soir,Si je pouvais m'assurer la riche récompense,La jolie Mary Morison!Hier soir, quand, au son tremblant des cordes,La danse traversait la salle éclairée,Vers toi ma pensée prit son vol.Je restai assis, mais sans voir, ni entendre,Bien que celle-ci fût jolie, et celle-là brillante,Et celle-ci l'orgueil de la ville,Je soupirais et disais au milieu d'elles toutes:«Vous n'êtes pas Mary Morison!»Ô Mary, peux-tu briser le reposDe celui qui, pour loi, mourrait avec joie?Et peux-tu bien briser son cœurDont la seule faute est de t'aimer?Si tu ne veux pas rendre amour pour amour,Du moins, montre-moi de la pitié;Une pensée sans douceur ne saurait êtreLa pensée de Mary Morison[629].

Ô Mary, sois à ta fenêtre,C'est l'heure convoitée et convenue!Laisse-moi voir ces sourires et ces regards,Qui font mépriser le trésor de l'avare:Avec quelle joie je supporterais la poussière,Peinant en esclave du matin au soir,Si je pouvais m'assurer la riche récompense,La jolie Mary Morison!

Hier soir, quand, au son tremblant des cordes,La danse traversait la salle éclairée,Vers toi ma pensée prit son vol.Je restai assis, mais sans voir, ni entendre,Bien que celle-ci fût jolie, et celle-là brillante,Et celle-ci l'orgueil de la ville,Je soupirais et disais au milieu d'elles toutes:«Vous n'êtes pas Mary Morison!»

Ô Mary, peux-tu briser le reposDe celui qui, pour loi, mourrait avec joie?Et peux-tu bien briser son cœurDont la seule faute est de t'aimer?Si tu ne veux pas rendre amour pour amour,Du moins, montre-moi de la pitié;Une pensée sans douceur ne saurait êtreLa pensée de Mary Morison[629].

Et celle-ci, dont les derniers vers sont si simples, est au contraire de ses dernières années:

Le jour revient, et mon cœur est en flamme,Le jour béni où nous nous rencontrâmes;Quoique l'âpre hiver se fatiguât en tempêtes,Jamais soleil d'été ne m'a paru si doux.Plus que les trésors qui chargent les mersEt traversent la ligne enflammée,Plus que les robes royales, les couronnes et les globes,Le ciel m'a accordé;—car il t'a faite mienne.Tant que le jour et la nuit amèneront des délices,Tant que la nature donnera des plaisirs,Tant que les joies passeront sur mon esprit,Pour toi et toi seule, je vivrai.Quand le sombre ennemi de la vie ici-basViendra entre nous deux nous séparer,La main de fer qui brisera notre lienBrisera mon bonheur, brisera mon cœur![630]

Le jour revient, et mon cœur est en flamme,Le jour béni où nous nous rencontrâmes;Quoique l'âpre hiver se fatiguât en tempêtes,Jamais soleil d'été ne m'a paru si doux.Plus que les trésors qui chargent les mersEt traversent la ligne enflammée,Plus que les robes royales, les couronnes et les globes,Le ciel m'a accordé;—car il t'a faite mienne.

Tant que le jour et la nuit amèneront des délices,Tant que la nature donnera des plaisirs,Tant que les joies passeront sur mon esprit,Pour toi et toi seule, je vivrai.Quand le sombre ennemi de la vie ici-basViendra entre nous deux nous séparer,La main de fer qui brisera notre lienBrisera mon bonheur, brisera mon cœur![630]

Et voici encore de la simplicité dans la mélancolie et dans la tristesse; des regrets tels qu'ils naissent dans les cœurs simples et s'exhalent sur des lèvres qui ignorent la recherche. Ils passent naturellement de l'âme dans la voix, ne prenant que peu de mots pour s'exprimer et se changeant presque involontairement en son, comme ces chagrins secrets qui se prolongent en soupirs.

J'ai été aussi joyeux sur cette collineQue les agneaux qui jouaient devant moi;Chacune de mes pensées était aussi insouciante et libreQue la brise qui passait sur mon front.Maintenant, ni ébats, ni jeux,Ni gaîté, ni chanson ne peuvent plus me plaire;Leslie est si jolie et si timide!Le souci et l'angoisse m'ont saisi!Lourde, lourde est la tâcheDe déclarer un amour sans espoir:Tremblant, je n'ose que regarder,Soupirant, muet, désespéré.Si elle ne soulage pas les tourmentsQui remplissent ma poitrine,Sous la motte de gazon vert,J'irai bientôt demeurer[631].

J'ai été aussi joyeux sur cette collineQue les agneaux qui jouaient devant moi;Chacune de mes pensées était aussi insouciante et libreQue la brise qui passait sur mon front.Maintenant, ni ébats, ni jeux,Ni gaîté, ni chanson ne peuvent plus me plaire;Leslie est si jolie et si timide!Le souci et l'angoisse m'ont saisi!

Lourde, lourde est la tâcheDe déclarer un amour sans espoir:Tremblant, je n'ose que regarder,Soupirant, muet, désespéré.Si elle ne soulage pas les tourmentsQui remplissent ma poitrine,Sous la motte de gazon vert,J'irai bientôt demeurer[631].

Ces deux derniers vers sont, dans le texte, d'une tristesse inexprimable. On trouve les mêmes qualités dans cet autre morceau:

Mon cœur est triste,—je n'ose pas le dire,Mon cœur est triste pour l'amour de quelqu'un,Je veillerais une nuit d'hiver,Pour l'amour de quelqu'un.Oh hon! pour quelqu'un,Oh hon! pour quelqu'un,J'errerais autour du mondePour l'amour de quelqu'un.Vous Pouvoirs qui souriez aux amours vertueux.Oh! doucement, souriez à quelqu'un!De tout danger, gardez-le libre,Rendez-moi sauf mon quelqu'un.Oh hon! pour quelqu'unOh hey! pour quelqu'un,Je ferais—que ne ferais-je pas?Pour l'amour de quelqu'un[632].

Mon cœur est triste,—je n'ose pas le dire,Mon cœur est triste pour l'amour de quelqu'un,Je veillerais une nuit d'hiver,Pour l'amour de quelqu'un.Oh hon! pour quelqu'un,Oh hon! pour quelqu'un,J'errerais autour du mondePour l'amour de quelqu'un.

Vous Pouvoirs qui souriez aux amours vertueux.Oh! doucement, souriez à quelqu'un!De tout danger, gardez-le libre,Rendez-moi sauf mon quelqu'un.Oh hon! pour quelqu'unOh hey! pour quelqu'un,Je ferais—que ne ferais-je pas?Pour l'amour de quelqu'un[632].

Et celle-ci encore d'une si grande naïveté de plaint, et par cela même si touchante:

Est-ce là ta foi, ta tendresse, ta bonté,Nous quitter ainsi cruellement, ma Katy?Est-ce là ta récompense envers ton ami fidèle,Envers un cœur souffrant et brisé, ma Katy?Peux-tu me quitter ainsi, ma Katy?Peux-tu me quitter ainsi, ma Katy?Tu connais bien que mon cœur souffre.Peux-tu me quitter ainsi, par pitié?Adieu, que jamais ces chagrins ne déchirentCe cœur inconstant qui est tien, ma Katy?Tu pourras trouver qui t'aimera chèrement,Mais pas un amour comme le mien, ma Katy![633]

Est-ce là ta foi, ta tendresse, ta bonté,Nous quitter ainsi cruellement, ma Katy?Est-ce là ta récompense envers ton ami fidèle,Envers un cœur souffrant et brisé, ma Katy?

Peux-tu me quitter ainsi, ma Katy?Peux-tu me quitter ainsi, ma Katy?Tu connais bien que mon cœur souffre.Peux-tu me quitter ainsi, par pitié?

Adieu, que jamais ces chagrins ne déchirentCe cœur inconstant qui est tien, ma Katy?Tu pourras trouver qui t'aimera chèrement,Mais pas un amour comme le mien, ma Katy![633]

Au milieu de ces gerbes de pièces amoureuses, celles qui ont été dédiées à Clarinda forment une javelle à part. Aucunes n'offrent d'une façon plus frappante ce merveilleux mélange de passion et de simplicité, qui fait son originalité dans la troupe si nombreuse des poètes de l'amour. Elles ont été citées dans la biographie et il est superflu de les redonner ici. Qu'on se rappelle les vers sur cette nuit de Décembre qui fut plus douce qu'aucun des matins de mai[634], sur le rivage où il errera solitaire au milieu des cris d'oiseaux de mer[635], et surtout cette navrante pièce sur le dernier baiser, le baiser d'adieu éternel qui semble déchirer les lèvres qui se le donnent et les retient cependant éperdues et prises dans son amère douceur[636]. Les simples et douloureux couplets sont désormais dans la littérature anglaise la plainte définitive des cœurs brisés. Qu'on relise ces pièces pour voir avec quels simples moyens on peut rendre ses plus puissantes émotions et la plus ardente passion.

Et cependant, ce n'est pas encore là le terme extrême. Il a été plus loin, aussi difficile que cela puisse sembler. Parfois il est plus brefencore. Il semble qu'il n'y ait plus rien. Les pièces sont dépouillées du moindre contenu intellectuel, elles sont vides. Tout s'en est retiré, images, idées, couleur. Que leur reste-t-il donc? La passion. Elles tremblent d'une flamme invisible. L'effet est insaisissable et pénétrant. Cela ne peut se comparer qu'à l'émotion que le frémissement de la voix donne à des mots insignifiants. Et ces pièces si simples ne se laissent pas lire sans contraindre la voix à changer d'expression à chaque vers, et sans parfois la charger d'attendrissement. Qu'on prenne, par exemple, la pièce suivante:

Oh! veux-tu venir avec moi, douce Tibbie Dunbar!Oh! veux-tu venir avec moi, douce Tibbie Dunbar?Veux-tu partir sur un cheval ou dans une voiture,Ou marcher à mes côtés, oh! douce Tibbie Dunbar.Peu m'importe ton père, tes terres et ton argent,Peu m'importe ta race haute et seigneuriale!Dis seulement que tu veux m'avoir pour heur ou malheur,Et viens dans ton petit manteau, douce Tibbie Dunbar![637]

Oh! veux-tu venir avec moi, douce Tibbie Dunbar!Oh! veux-tu venir avec moi, douce Tibbie Dunbar?Veux-tu partir sur un cheval ou dans une voiture,Ou marcher à mes côtés, oh! douce Tibbie Dunbar.

Peu m'importe ton père, tes terres et ton argent,Peu m'importe ta race haute et seigneuriale!Dis seulement que tu veux m'avoir pour heur ou malheur,Et viens dans ton petit manteau, douce Tibbie Dunbar![637]

Ce n'est rien, et, dans l'original, cela est ravissant. Presque tout l'effet est dû à l'habile répétition et au retour caressant du nom propre. Sans doute, il est difficile de se rendre compte du charme qu'a ce retour. Tout est dans l'inflexion musicale et sa douceur. Il faut pour cela se mettre en mémoire des effets analogues, se répéter la musique de certaines syllabes, se souvenir de certains vers de nos propres poètes, rendus mélodieux par un nom de femme, se dire, avec Ronsard:

Marie, qui voudrait retourner votre nom?Il trouverait aimer[638].

ou avec André Chénier:

Ô Camille! l'amour aime la solitude,Ce qui n'est point Camille est un ennui pour moi...Camille est un besoin dont rien ne me soulage;Rien à mes yeux n'est beau que de sa seule image,Sur l'herbe, sur la soie, au village, à la ville,Partout, reine ou bergère, elle est toujours Camille[639].

ou avec Victor Hugo:

Thérèse la duchesse à qui je donnerais,Si j'étais roi, Paris, si j'étais Dieu, le monde,Quand elle ne serait que Thérèse la blonde;Cette belle Thérèse, aux yeux de diamant[640].

Et l'on arrive alors, non pas à saisir le charme de cette jolie petite pièce, mais à se rendre compte du genre de charme qu'elle peut avoir, car elle est dans sa langue originale beaucoup plus accomplie que les exemples que nous avons donnés en français. En voici une autre du même genre et peut-être plus simple encore:

Et oh! mon EppieMon bijou, mon Eppie,Qui ne serait heureuxAvec Eppie Adair?Par l'amour, la beauté,Par la loi, le devoir!Je jure d'être fidèle àMon Eppie Adair!Et oh! mon Eppie,Mon bijou, mon Eppie,Qui ne serait heureux,Avec Eppie Adair?Que le plaisir m'exile,Que le déshonneur me souille,Si jamais je te trahis,Mon Eppie Adair![641]

Et oh! mon EppieMon bijou, mon Eppie,Qui ne serait heureuxAvec Eppie Adair?Par l'amour, la beauté,Par la loi, le devoir!Je jure d'être fidèle àMon Eppie Adair!

Et oh! mon Eppie,Mon bijou, mon Eppie,Qui ne serait heureux,Avec Eppie Adair?Que le plaisir m'exile,Que le déshonneur me souille,Si jamais je te trahis,Mon Eppie Adair![641]

Ici encore, on peut dire que la pièce se compose de la répétition d'un nom. Les vers intermédiaires ne servent qu'à le faire prononcer avec des inflexions différentes. Mais la pièce est si harmonieuse, les sonorités des rimes accompagnent et font valoir si bien celle du nom propre, que celui-ci prend une valeur musicale et poétique qui se passe de sens. Il revient avec persistance et avec une grâce chaque fois accrue, comme ce nom que les amants redisent machinalement et avec délices. Il finit par prendre la douceur qui ravissait le héros du poème de Tennyson quand, en se promenant dans le jardin, près du château, il entendait les oiseaux qui disaient: «Maud! Maud! Maud»! Et c'était pour lui la plus divine des musiques[642].

Il en est de même pour la passion. Dans la pièce suivante, tout le geste d'énergie farouche et désespérée, l'accent brusque et sombre de la voix qui accompagnent un adieu, est rendu par les vers courts et hachés qui terminent les strophes et surtout la seconde.

Si j'avais une caverne sur un rivage lointain et sauvage,Où les vents hurlent sur les bonds rugissants des vagues,J'y pleurerais mes chagrins,J'y chercherais mon repos perdu,Jusqu'à ce que la peine ferme mes yeux,Pour ne plus m'éveiller.La plus fausse des femmes, oses-tu déclarerQue les chers vœux donnés sont légers comme l'air?Va-t-en à ton nouvel amant,Ris de ton parjure,Et cherche dans ton cœurQuelle paix tu y trouves![643]

Si j'avais une caverne sur un rivage lointain et sauvage,Où les vents hurlent sur les bonds rugissants des vagues,J'y pleurerais mes chagrins,J'y chercherais mon repos perdu,Jusqu'à ce que la peine ferme mes yeux,Pour ne plus m'éveiller.

La plus fausse des femmes, oses-tu déclarerQue les chers vœux donnés sont légers comme l'air?Va-t-en à ton nouvel amant,Ris de ton parjure,Et cherche dans ton cœurQuelle paix tu y trouves![643]

Et je ne crois pas qu'il soit possible de mettre plus de passion en moins de mots que dans ces deux pièces que nous citons encore. La première est un pur cri, mais si simple, si franc, si sincère, qu'il devient poignant. Ce sont toujours les mêmes mots, comme dans la réalité, mais qui reviennent avec un appel de plus en plus désespéré.

Reste, ma charmeresse, peux-tu me quitter?Cruelle, cruelle, de me tromper!Tu sais combien tu me tortures,Cruelle charmeresse, peux-tu t'en aller?Cruelle charmeresse, peux-tu t'en aller?Par mon amour si mal récompensé,Par ta foi tendrement promise,Par les tourments des amants dédaignés,Ne me quitte pas, ne me quitte pas ainsi!Ne me quitte pas, ne me quitte pas ainsi![644]

Reste, ma charmeresse, peux-tu me quitter?Cruelle, cruelle, de me tromper!Tu sais combien tu me tortures,Cruelle charmeresse, peux-tu t'en aller?Cruelle charmeresse, peux-tu t'en aller?

Par mon amour si mal récompensé,Par ta foi tendrement promise,Par les tourments des amants dédaignés,Ne me quitte pas, ne me quitte pas ainsi!Ne me quitte pas, ne me quitte pas ainsi![644]

La seconde est une plainte mélancolique de jeune fille délaissée. Elle est faite aussi avec le retour des mêmes paroles, la répétition de la même phrase, une modulation triste qui se recommence. L'effet en est navrant. Il est impossible de lire, dans l'original, cette pièce, qui ne contient pas une image et qui est presque sans pensée, sans que, vers la fin, et par une inexprimable émotion qui est on ne sait où, la voix ne s'altère. C'est une des plus merveilleuses choses que Burns ait écrites. Au-delà d'une pièce de ce genre, la poésie cesse et il n'y a plus que l'émotion purement musicale.

Tu m'as quittée pour jamais, Jamie,Tu m'as quittée pour jamais;Tu m'as quittée pour jamais, Jamie,Tu m'as quittée pour jamais.Souvent tu m'as promis que la mortSeule nous séparerait;Maintenant, tu as quitté ta fillette pour toujours,Je ne dois jamais te revoir, Jamie,Je ne te reverrai jamais.Tu m'as abandonnée, Jamie,Tu m'as abandonnée;Tu m'as abandonnée, Jamie,Tu m'as abandonnée.Tu peux en aimer une autre,Tandis que mon cœur se brise.Bientôt je fermerai mes yeux lasPour ne plus me réveiller, Jamie,Pour ne plus me réveiller![645]

Tu m'as quittée pour jamais, Jamie,Tu m'as quittée pour jamais;Tu m'as quittée pour jamais, Jamie,Tu m'as quittée pour jamais.Souvent tu m'as promis que la mortSeule nous séparerait;Maintenant, tu as quitté ta fillette pour toujours,Je ne dois jamais te revoir, Jamie,Je ne te reverrai jamais.

Tu m'as abandonnée, Jamie,Tu m'as abandonnée;Tu m'as abandonnée, Jamie,Tu m'as abandonnée.Tu peux en aimer une autre,Tandis que mon cœur se brise.Bientôt je fermerai mes yeux lasPour ne plus me réveiller, Jamie,Pour ne plus me réveiller![645]

Cette abondance de pièces, semées dans toutes les directions, suffirait à faire de Burns un des plus variés et des plus copieux poètes de l'amour. Mais il convient de ne pas oublier que la portion la plus élevée, la plus riche de sa poésie amoureuse ne figure pas ici, nous voulons dire ses pièces personnelles qui marquent les crises de sa vie. À celles qui viennent d'être données, il faut en ajouter bien d'autres: ses premières chansons d'amour.Derrière les collines où le Lugar coule[646], ses vers à Anna Park, si brutalement luxurieux[647]; la série des morceaux à Jane Lorimer, d'un si joli coloris de désir[648]; les strophes à sa petite garde-malade Jessy Lewars[649], sans parler des poèmes inspirés par Clarinda. Il faut se remettre en mémoire les chansons à Jane Armour:De tous les points d'où souffle le vent, J'ai une femme à moi, Si j'étais sur la colline du Parnasse[650]; et surtout les pièces écrites au moment de leur séparation et dans lesquelles vit quelque chose du désespoir desNuits[651]. Enfin au-dessus de tout cela, pour la hauteur de l'inspiration, la pureté du sentiment, pour le désintéressement qu'on trouve rarement dans ses vers d'amour, il faut placer les poésies à Mary Campbell. Il faut mettre, au sommet, ce cri de remords et de douleur par lequel, tandis que l'étoile attardée qui aime à saluer le matin ramenait l'anniversaire des adieux, prosterné à terre, il implorait la chère ombre disparue de baisser les yeux vers lui, de sa place de repos bienheureux, et d'accueillir les gémissements qui déchiraient sa poitrine[652]. Et cet autre sanglot, peut-être plus poignantencore, lorsque semblant renoncer à l'espoir d'une réunion future, il épanche une douleur que le temps renouvelle, et pense que ce cœur dont il a été aimé se dissout maintenant en poussière silencieuse[653]. Ce sont des accents qui élèvent sa gloire. Grâce à eux il a atteint au rang des plus douloureux et partant des plus divins chantres de la divine et douloureuse passion; il est parmi ceux qui ont su aimer les mortes et saigner d'un souvenir. Les vers à Mary Campbell se sont envolés jusqu'à la sphère où chantent les élégies célestes, les canzones à Laure, leCrucifix, lesVers à Graziella[654]. Il y a dans la couronne de Burns deux feuilles du laurier de Pétrarque et de Lamartine, mais deux feuilles seulement.[Lien vers la Table des matières.]

II.LA COMÉDIE DE L'AMOUR.

Nous n'en avons pas fini avec l'amour dans Burns. Il n'en a pas représenté que la face sentimentale et poétique, mais aussi les côtés risibles, prosaïques et grotesques. Sa faculté d'observation, qui n'était gênée par aucune pensée d'harmonie littéraire dans son œuvre, s'est exercée là comme ailleurs. Il a vu et rendu tout un aspect de la vie amoureuse, que les poètes ne perçoivent pas, ou réservent pour leurs conversations. Il en a saisi les comédies aussi bien que les adorations, et il y a, dans ce chapitre, tout un coin familier, amusant, risible, tout un défilé de caractères et de scènes populaires. Après les grâces et les charmes de l'amour, voici toutes ses ruses, ses méchants tours, ses tromperies, ses calculs, ses artifices, ses situations ridicules et piteuses. Rien n'y manque. Prières de jeunes gars qui viennent le soir frapper à la fenêtre et demandent à être introduits, réflexions de fillettes qu'on veut marier à de vieux richards, conseils de vieilles commères aux jeunesses qui interrogent leur expérience des hommes et des choses, épousailles grotesques, disputes d'époux, allégresses de veufs, épisodes de toute espèce, de toute forme et de tout sel, fin, moyen et gros. Tout cela est crayonné vivement, comme une suite de caricatures prises sur le fait. C'est la comédie entière de l'amour, avec toutes ses péripéties et ses vicissitudes drôlatiques. Elleembrasse, elle aussi, toutes les situations, et on pourrait reconstituer avec ces pièces risibles, une vie entière d'amour, à partir des premières rencontres.

C'était, on l'a vu, l'usage des jeunes paysans écossais que d'aller le soir faire leur cour, parfois à une distance de plusieurs milles. Cette coutume, dont le côté pur et gracieux a été poétisé dans la chanson deMa Nannie Ô!, se retrouve ici avec ce qu'elle devait avoir souvent de plus prosaïque et de plus réel. On entend les dialogues qui devaient souvent s'échanger à travers le volet.

«Qui est là, à la porte de ma chambre?»«Oh! qui est là, sinon Findlay?»«Passez votre chemin, vous n'entrerez pas ici!»«En vérité, j'entrerai,» dit Findlay.«Qui vous rend si semblable à un voleur?»«Oh! venez voir,» dit Findlay.«Avant le matin, vous aurez fait un malheur,»«En vérité, je le ferai,» dit Findlay.«Si je me lève et vous laisse entrer,»«Laissez-moi entrer,» dit Findlay.«Vous me tiendrez éveillée avec votre bruit.»«En vérité, je le ferai,» dit Findlay.«Si dans ma chambre vous restiez,»«Laissez-moi rester,» dit Findlay.«J'ai peur que vous n'y restiez jusqu'au matin,»«En vérité, je le ferai,» dit Findlay.«Si vous restez ici cette nuit,»«J'y resterai,» dit Findlay,«J'ai peur que vous ne retrouviez le chemin»«En vérité, je le ferai,» dit Findlay.«Ce qui pourra se passer dans cette chambre,»«Laissons-le passer,» dit Findlay,«Il faut le taire jusqu'à votre dernière heure,»«En vérité, je le tairai,» dit Findlay[655].

«Qui est là, à la porte de ma chambre?»«Oh! qui est là, sinon Findlay?»«Passez votre chemin, vous n'entrerez pas ici!»«En vérité, j'entrerai,» dit Findlay.«Qui vous rend si semblable à un voleur?»«Oh! venez voir,» dit Findlay.«Avant le matin, vous aurez fait un malheur,»«En vérité, je le ferai,» dit Findlay.

«Si je me lève et vous laisse entrer,»«Laissez-moi entrer,» dit Findlay.«Vous me tiendrez éveillée avec votre bruit.»«En vérité, je le ferai,» dit Findlay.«Si dans ma chambre vous restiez,»«Laissez-moi rester,» dit Findlay.«J'ai peur que vous n'y restiez jusqu'au matin,»«En vérité, je le ferai,» dit Findlay.

«Si vous restez ici cette nuit,»«J'y resterai,» dit Findlay,«J'ai peur que vous ne retrouviez le chemin»«En vérité, je le ferai,» dit Findlay.«Ce qui pourra se passer dans cette chambre,»«Laissons-le passer,» dit Findlay,«Il faut le taire jusqu'à votre dernière heure,»«En vérité, je le tairai,» dit Findlay[655].

Quelques-unes de celles qu'on sollicite ainsi sont avisées; elles tiennent la dragée haute, connaissant, sans doute, par pur instinct de femme, la vérité du conseil de Méphistophélès aux belles «qu'il ne faut accorder un baiser que la bague au doigt».

Fillette, quand votre mère n'est pas à la maison,Puis-je prendre la hardiesseDe venir à la fenêtre de votre chambreEt d'entrer pour me garder du froid?De venir à la fenêtre de votre chambre?Et quand il fait froid et humideDe me réchauffer sur votre doux sein?Douce fillette, puis-je faire cela?Jeune homme, si vous avez la bonté,Quand la ménagère n'est pas à la maison,De venir à la fenêtre de ma chambreQuand je suis couchée seule,Pour vous réchauffer sur mon sein,Remarquez bien ce que je vous dis,Le chemin jusqu'à moi passe par l'église,Jeune homme, entendez-vous cela?[656]

Fillette, quand votre mère n'est pas à la maison,Puis-je prendre la hardiesseDe venir à la fenêtre de votre chambreEt d'entrer pour me garder du froid?De venir à la fenêtre de votre chambre?Et quand il fait froid et humideDe me réchauffer sur votre doux sein?Douce fillette, puis-je faire cela?

Jeune homme, si vous avez la bonté,Quand la ménagère n'est pas à la maison,De venir à la fenêtre de ma chambreQuand je suis couchée seule,Pour vous réchauffer sur mon sein,Remarquez bien ce que je vous dis,Le chemin jusqu'à moi passe par l'église,Jeune homme, entendez-vous cela?[656]

Malheureusement, elles n'ont pas toutes aussi bonne tête. La voix derrière le volet est parfois si tendre et si persuasive. En hiver, il est dur de laisser le pauvre garçon, qui vient de si loin à travers les moors, se morfondre sous les rafales; en été, les sillons d'orge sont bien tentants; en toute saison, ces heures de nuit sont mauvaises conseillères. Que ce soit lui qui entre ou elle qui sorte, cela, dit-on, revient au même.

Oh! siffle, et je viendrai vers toi, mon gars,Oh! siffle, et je viendrai vers toi, mon gars.Quand père et mère en deviendraient fous,Oh! siffle, et je viendrai vers toi, mon gars.Mais fais bien attention quand tu viens me faire la cour,Et ne viens pas à moi à moins que la porte de derrière ne soit entr'ouverte,Puis franchis la barrière, que personne ne te voie,Et viens comme si tu ne venais pas chez moi.À l'église, au marché, partout où nous nous rencontrons,Passe près de moi comme si tu t'en souciais comme d'une mouche,Mais glisse un regard de ton doux œil noir;Cependant aie l'air de ne pas me regarder.Jure et proteste toujours que tu ne te soucies pas de moi,Et, quelquefois, tu peux légèrement rabaisser ma beauté, un peuMais n'en courtise pas une autre, même en plaisantant,De peur qu'elle ne détache ta fantaisie de moi.Oh! siffle, et je viendrai vers toi, mon gars,Oh! siffle, et je viendrai vers toi, mon gars,Quand père et mère en deviendraient fous,Oh! siffle, et je viendrai vers toi, mon gars[657].

Oh! siffle, et je viendrai vers toi, mon gars,Oh! siffle, et je viendrai vers toi, mon gars.Quand père et mère en deviendraient fous,Oh! siffle, et je viendrai vers toi, mon gars.

Mais fais bien attention quand tu viens me faire la cour,Et ne viens pas à moi à moins que la porte de derrière ne soit entr'ouverte,Puis franchis la barrière, que personne ne te voie,Et viens comme si tu ne venais pas chez moi.

À l'église, au marché, partout où nous nous rencontrons,Passe près de moi comme si tu t'en souciais comme d'une mouche,Mais glisse un regard de ton doux œil noir;Cependant aie l'air de ne pas me regarder.

Jure et proteste toujours que tu ne te soucies pas de moi,Et, quelquefois, tu peux légèrement rabaisser ma beauté, un peuMais n'en courtise pas une autre, même en plaisantant,De peur qu'elle ne détache ta fantaisie de moi.

Oh! siffle, et je viendrai vers toi, mon gars,Oh! siffle, et je viendrai vers toi, mon gars,Quand père et mère en deviendraient fous,Oh! siffle, et je viendrai vers toi, mon gars[657].

Il n'y a pas que ces entrevues nocturnes qui soient dangereuses. En mille autres occasions, il y a des rencontres funestes. Et ici la vie de lacampagne paraît dans son jour vrai, avec la facilité, ou plutôt la naïveté, de mœurs qui se cache sous sa prétendue innocence. Tantôt, c'est en faisant ensemble la moisson, cette saison des meules.

Robin a fauché à la moisson,Et j'ai fauché avec lui;Je n'avais pas de faucille,Et pourtant, je l'ai suivi.Robin me promitDe me nourrir l'hiver;Il n'avait rien que troisPlumes d'oie et un sifflet[658].

Robin a fauché à la moisson,Et j'ai fauché avec lui;Je n'avais pas de faucille,Et pourtant, je l'ai suivi.

Robin me promitDe me nourrir l'hiver;Il n'avait rien que troisPlumes d'oie et un sifflet[658].

Les marchés et les foires sont aussi des endroits dangereux, surtout quand on y va en croupe avec Duncan Gray. Il suffit que la selle soit vieille et que la sous-ventrière casse, pour qu'il se produise des chutes malheureuses, auxquelles la lune, qui regarde par-dessus les collines, semble prendre grand plaisir.

Malheur sur vous, Duncan Gray,Ha, ha, la sous-ventrière!Malheur sur vous, Duncan GrayHa, ha, la sous-ventrière!Quand les autres vont s'amuser,Je reste assise tout le jour,À remuer le berceau avec mon pied,À cause de la sous-ventrière.Claire était la lune d'août,Ha, ha, la sous-ventrière!Brillante au-dessus de toutes les collines,Ha, ha, la sous-ventrière!La sous-ventrière cassa, la bête tomba,Je perdis mon bonnet et mes deux souliers,Ah! Duncan, vous êtes un mauvais gars,Maudite soit cette mauvaise sous-ventrière!Mais, Duncan, si vous tenez votre serment,Ha, ha, la sous-ventrière!Je vous bénirai à mon dernier souffle,Ha, ha, la sous-ventrière!La bête encore nous portera tous deux,Le vieux maître John réparera le mal,Et raccommodera la sous-ventrière[659].

Malheur sur vous, Duncan Gray,Ha, ha, la sous-ventrière!Malheur sur vous, Duncan GrayHa, ha, la sous-ventrière!Quand les autres vont s'amuser,Je reste assise tout le jour,À remuer le berceau avec mon pied,À cause de la sous-ventrière.

Claire était la lune d'août,Ha, ha, la sous-ventrière!Brillante au-dessus de toutes les collines,Ha, ha, la sous-ventrière!La sous-ventrière cassa, la bête tomba,Je perdis mon bonnet et mes deux souliers,Ah! Duncan, vous êtes un mauvais gars,Maudite soit cette mauvaise sous-ventrière!

Mais, Duncan, si vous tenez votre serment,Ha, ha, la sous-ventrière!Je vous bénirai à mon dernier souffle,Ha, ha, la sous-ventrière!La bête encore nous portera tous deux,Le vieux maître John réparera le mal,Et raccommodera la sous-ventrière[659].

Parfois enfin, on va à la ville porter du fil à tisser. Là encore, qued'embûches! Ces tisserands sont bien subtils à attraper le cœur des fillettes.

Mon cœur était jadis aussi joyeux et libreQue les jours d'été étaient longs,Mais un tisserand de l'ouest, un joli gars,M'a fait changer ma chanson.Chez le tisserand, si vous allez, jolies fillettes,Chez le tisserand, si vous allez,Je vous avertis, n'allez jamais la nuit,Si vous allez chez le tisserand....Ma mère m'a envoyé à la villePour faire ourdir un tissu de plaid;Mais que cet ourdissage m'a fait lasse, lasse,M'a causé de soupirs, de sanglots!Un beau gars tisserand de l'ouestTravaillait assis à son métier,Il a pris mon cœur comme dans un filetDans les bouts de fil et les nœuds.Ce qui fut dit ou ce qui fut fait,La honte me prenne si je le dis,Mais, oh! j'ai peur que le pays bientôtNe le sache aussi bien que moi[660].

Mon cœur était jadis aussi joyeux et libreQue les jours d'été étaient longs,Mais un tisserand de l'ouest, un joli gars,M'a fait changer ma chanson.

Chez le tisserand, si vous allez, jolies fillettes,Chez le tisserand, si vous allez,Je vous avertis, n'allez jamais la nuit,Si vous allez chez le tisserand....

Ma mère m'a envoyé à la villePour faire ourdir un tissu de plaid;Mais que cet ourdissage m'a fait lasse, lasse,M'a causé de soupirs, de sanglots!

Un beau gars tisserand de l'ouestTravaillait assis à son métier,Il a pris mon cœur comme dans un filetDans les bouts de fil et les nœuds.

Ce qui fut dit ou ce qui fut fait,La honte me prenne si je le dis,Mais, oh! j'ai peur que le pays bientôtNe le sache aussi bien que moi[660].

Hélas! le pays, en effet, ne tarde pas à tout savoir. Les chuchotements viennent, puis les reproches et les railleries, avec des expressions goguenardes et grossières. Ces duretés se font jour, avec ce manque de pitié qui est commun aux paysans et aux enfants, et qui donne à leurs remarques quelque chose de si direct et de si cruel. Cela se termine par une de ces plaisanteries brutales, sur lesquelles le groupe se disperse avec des éclats de rire, en laissant la pauvre fillette confuse et pleurante.

Vous vous êtes couchée de travers, fillette,Vous vous êtes couchée de travers.Vous vous êtes couchée dans un autre lit,Et avec un homme étranger.Vos joues rosées sont devenues si pâles,Vous êtes plus verte que l'herbe, fillette,Votre jupon est plus court d'une main,Bien qu'on ne l'ait pas raccourci d'un pouce, fillette.Ô, fillette, vous avez fait la sotte,Vous éprouverez le mépris, fillette,Car la soupe que vous prenez le soir,Vous la rendez avant le matin, fillette.Oh! jadis, vous dansiez sur les collines,Et à travers les bois, vous chantiez, fillette,Mais, en saccageant une ruche d'abeilles,Vous vous êtes fait piquer, fillette[661].

Vous vous êtes couchée de travers, fillette,Vous vous êtes couchée de travers.Vous vous êtes couchée dans un autre lit,Et avec un homme étranger.

Vos joues rosées sont devenues si pâles,Vous êtes plus verte que l'herbe, fillette,Votre jupon est plus court d'une main,Bien qu'on ne l'ait pas raccourci d'un pouce, fillette.

Ô, fillette, vous avez fait la sotte,Vous éprouverez le mépris, fillette,Car la soupe que vous prenez le soir,Vous la rendez avant le matin, fillette.

Oh! jadis, vous dansiez sur les collines,Et à travers les bois, vous chantiez, fillette,Mais, en saccageant une ruche d'abeilles,Vous vous êtes fait piquer, fillette[661].

Comme cela est inévitable, les comédies du mariage fournissent des scènes nombreuses. L'argent, la dot, en est le grand ressort. Nul n'était mieux disposé à railler ce point particulier que l'ancien président du Club des Célibataires de Tarbolton. On se souvient que le premier sujet de discussion avait été de savoir s'il vaut mieux épouser une femme riche et sans charmes qu'une femme aimable et sans fortune[662]. Burns était sévère pour les mariages d'argent. Aussi, est-il intarissable sur les situations comiques et divertissantes que ces marchés matrimoniaux peuvent amener.

Voici d'abord les avisés qui pensent que la beauté passe et que la dot demeure. On sait les sages conseils que le père Maurice donne à Germain au début de laMare au Diable. C'était aussi l'avis de quelques madrés paysans écossais. Il y en a plus d'un qui met, sans vergogne, son cœur à nu.

Au diable votre sorcellerie de la beauté tremblante,Ce petit morceau de beauté que vous serrez dans vos bras!Oh! donnez-moi une fillette qui a des acres de charmes,Oh! donnez-moi une fillette avec de bonnes fermes.Donc, hey pour la fillette avec une dot,Donc, hey pour la fillette avec une dot,Donc, hey pour la fillette avec une dot,Les jolies guinées jaunes pour moi!Votre beauté est une fleur qui fleurit le matin,Fanée d'autant plus vite qu'elle a fleuri plus tôt;Mais les charmes délicieux des jolies Collines vertes,Chaque printemps les vêtit à neuf de jolies brebis blanches.Et même quand votre beauté a exaucé vos vœux:La plus brillante beauté peut fatiguer, quand on l'a possédée;Mais les doux jaunets chéris, avec l'empreinte de Georges,Plus longtemps vous les avez, et plus vous les caressez[663].

Au diable votre sorcellerie de la beauté tremblante,Ce petit morceau de beauté que vous serrez dans vos bras!Oh! donnez-moi une fillette qui a des acres de charmes,Oh! donnez-moi une fillette avec de bonnes fermes.

Donc, hey pour la fillette avec une dot,Donc, hey pour la fillette avec une dot,Donc, hey pour la fillette avec une dot,Les jolies guinées jaunes pour moi!

Votre beauté est une fleur qui fleurit le matin,Fanée d'autant plus vite qu'elle a fleuri plus tôt;Mais les charmes délicieux des jolies Collines vertes,Chaque printemps les vêtit à neuf de jolies brebis blanches.

Et même quand votre beauté a exaucé vos vœux:La plus brillante beauté peut fatiguer, quand on l'a possédée;Mais les doux jaunets chéris, avec l'empreinte de Georges,Plus longtemps vous les avez, et plus vous les caressez[663].

Mais ces beaux calculs ne réussissent pas toujours. À matois, matoise et demie. Il y a de fines mouches qui savent bien à qui ces déclarations s'adressent, et l'une d'elles dit dans une jolie chanson:

Oh! mon amoureux fait grand cas de ma beauté,Et mon amoureux fait grand cas de ma famille;Mais mon amoureux ne sait pas que je sais fort bienQue ma dot est le joyau qui a des charmes pour lui.C'est pour la pomme qu'il veut nourrir l'arbre,C'est pour le miel qu'il veut soigner l'abeille;Mon gars est tombé si amoureux de l'argent,Qu'il ne peut pas lui rester un peu d'amour pour moi[664].

Les hommes sont après tout maîtres de se marier comme il leur semble bon. Ceux qui apprécient à la vergée la beauté de leur future et qui épousent des prairies et des bois sont clairsemés en somme. Qu'il leur advienne ce qui voudra! Quand le mariage leur rapporterait un peu plus de bois qu'ils n'y comptaient, c'est une faible erreur de calcul. Ils ont simplement la large mesure. Mais il se rencontre de braves garçons qui, avec de bons bras, sont prêts à nourrir une belle fille. Ceux-ci sont encore les plus nombreux. Aussi les pièces qui roulent sur la recherche de la dot sont-elles assez rares du côté masculin.

Mais que le côté féminin en est riche! Que les femmes sont bien plus à plaindre! À la merci du premier venu auquel il plaît à leur famille de les accorder! Quel défilé de pauvres filles qu'on veut faire marier à contre cœur. Les parents sont partout les mêmes. Ils sont pour le bonheur en terre et les gendres fonciers.

Combien cruels sont les parentsQui n'estiment que la richesse,Et à un riche lourdaudSacrifient la pauvre femme!Cependant, la fille malheureuseN'a que le choix de la lutte:Fuir la haine d'un père despotique,Devenir une épouse malheureuse[665].

Et la chanson continue en comparant la pauvrette à une colombe poursuivie par un faucon. Elle fuit un moment, essaye ses ailes, et désespérant d'échapper, tombe aux pieds du fauconnier qui représente le mari. Sur ce thème, à moitié comique et à moitié douloureux, Burns est intarissable. Il y a à grouper, autour de ce seul point, une quinzaine de chansons avec lesquelles on constituerait toutes les phases de cette aventure commune, depuis les premières instances des parents jusqu'au moment où les résultats ordinaires de pareils mariages commencent à poindre. Les hésitations, les combats, les refus, les chagrins des pauvrettes y sont tout au long. Elles demandent conseil tout autour d'elles et ce sont de petites scènes charmantes de naïveté et de malice.

L'une d'elles va trouver sa sœur: son cœur se brise, elle ne veutpas irriter ses parents, mais que fera-t-elle de Tam Glen? Avec un aussi brave garçon ne pourrait-elle pas supporter la pauvreté, et que lui importe de se rouler dans les richesses si elle n'épouse pas Tam Glen? Il y a un propriétaire voisin qui se vante et parle toujours de son argent, mais quand dansera-t-il comme Tam Glen? Sa mère lui répète de se défier des jeunes hommes qui ne flattent que pour tromper, mais qui peut penser cela de Tam Glen? D'ailleurs, à la Toussaint, elle a mouillé sa manche gauche à un ruisseau et l'a suspendue devant le feu pour qu'à minuit celui qu'elle doit épouser vînt la retourner. Et qui est venu? sinon une apparition qui portait les culottes grises de Tam Glen?

«Viens, conseille-moi, chère sœurette, vite,Je te donnerai une belle poule noire,Si tu m'avises d'épouserLe gars que je préfère, Tam Glen.»[666]

Elles ne reçoivent pas toujours la réponse dont elles sont désireuses. Elles s'adressent quelquefois à des commères avisées, quelque dame bien ridée qui sait que «de bon conseil ne sort jamais de mal».

Oh! fillette étourdie, la vie est un combat;Même pour les plus heureux, la lutte est dure;On combat mieux les mains pleines,Et les soucis qui ont faim sont de durs soucis.Mais l'un dépense et l'autre épargne,Et les mauvaises têtes veulent avoir leur gré;Selon que vous aurez brassé, ma jolie fille,Souvenez-vous que vous tirerez la bière[667].

La petite aura beau répéter qu'elle ne donnerait pas un regard de Robin pour la grange et l'étable d'un autre, que l'argent ni l'or n'ont jamais acheté un cœur loyal, que le fardeau que l'amour porte est léger, que le contentement et la tendresse apportent la paix et la joie, et que les reines n'ont rien de plus sur leur trône, les avertissements de la vieille voisine la renvoient pensive.

Que faire? Quelques-unes, les plus décidées, refusent nettement et envoient promener ces prétendants laids et vieux dont toute la séduction est dans leurs sacs d'écus. Elles leur disent leur fait comme des filles qui ont la langue leste et dont la main le serait aussi. Il y en a une entre autres qui ne va pas par quatre chemins. C'est assurément une vaillante fille, qui sait ce qu'elle veut et ce qu'elle ne veut pas, et qui ne manque ni d'esprit ni de fierté.

La rose rouge-sang peut fleurir à Noël,Les lis d'été éclore dans la neige,Le froid peut geler la plus profonde mer,Mais un vieil homme ne me mènera jamais.Me mener moi, et moi si jeune,Avec son cœur faux et sa langue flatteuse;C'est une chose que vous ne verrez jamais,Car un vieil homme ne me mènera jamais.Malgré toute sa farine et tout son grain,Malgré tout son bœuf frais et son bœuf salé,Malgré tout son or et son argent blanc,Un vieil homme ne me mènera jamais.Son bien peut lui acheter vaches et brebis,Son bien peut lui acheter vallons et collines,Mais il ne m'aura jamais, ni à fonds, ni à bail,Un vieil homme ne me mènera jamais.Il se traîne, cassé en deux, comme il peut,Avec sa bouche sans dents et sa vieille tête chauve,La pluie tombe de ses yeux rouges et chassieux;Ce vieil homme ne me mènera jamais[668].

La rose rouge-sang peut fleurir à Noël,Les lis d'été éclore dans la neige,Le froid peut geler la plus profonde mer,Mais un vieil homme ne me mènera jamais.

Me mener moi, et moi si jeune,Avec son cœur faux et sa langue flatteuse;C'est une chose que vous ne verrez jamais,Car un vieil homme ne me mènera jamais.

Malgré toute sa farine et tout son grain,Malgré tout son bœuf frais et son bœuf salé,Malgré tout son or et son argent blanc,Un vieil homme ne me mènera jamais.

Son bien peut lui acheter vaches et brebis,Son bien peut lui acheter vallons et collines,Mais il ne m'aura jamais, ni à fonds, ni à bail,Un vieil homme ne me mènera jamais.

Il se traîne, cassé en deux, comme il peut,Avec sa bouche sans dents et sa vieille tête chauve,La pluie tombe de ses yeux rouges et chassieux;Ce vieil homme ne me mènera jamais[668].

Si le vieil homme ne se le tient pas pour dit, c'est qu'il est sourd, outre le reste. Mais toutes n'ont pas aussi bonne tête et cette clarté de langue qui ne permet pas de se méprendre sur ce qu'elles pensent. Il y a de petites niaises qui probablement s'imaginent, comme l'ingénue de Molière, que les familles se perpétuent par l'oreille. On les marie, sans qu'elles sachent ce qu'on leur fait faire. Le lendemain, elles pleurnichent sottement.


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