Il est évident que cette observation intérieure l'attirait plus que toute autre. Partout et toujours, il cherchait le personnage humain. C'était presque la seule chose qu'il notât. Dans ses voyages, il est moins frappé par l'aspect pittoresque du pays ou même par les souvenirs historiques que par les caractères qu'il rencontre. Les journaux de ses tours sur les Borders et dans les Highlands se composent presque uniquement de remarques sur les personnes, et de courtes esquisses de caractères tracées en quelques mots. On trouve constamment des notes comme celles-ci: «Le vieux M. Ainslie, un caractère peu commun; ses manies: l'agriculture, la physique et la politique[348]».—«Un M. Dudgeon, poète à ses moments, un digne et remarquable caractère, pénétration naturelle, beaucoup de connaissances, quelque talent, une extrême modestie[348]».—«MrsBrydone, une femme très élégante de personne et de manières; les tons de la voix remarquablement doux[349]».—«M. Scott, exactement le corps et le visage qu'on prête d'ordinaire à Sancho Pança, très sagace dans les affaires de fermage; assez souvent il rencontre ce qu'on pourrait appeler une solide idée plutôt qu'une idée spirituelle[350]». Et ainsi de suite à travers tout son journal. Les impressions qu'il note le soir sont toujours des aperçus et des esquisses de caractères. Quelquefois on sent qu'il a cherché sans bien rencontrer; il s'est trompé, il en éprouve un léger dépit et il retient l'observation. «Un cousin du propriétaire, un individu dont l'aspect est pareil à celui qui m'a abusé dans un gentleman à Kelso, et qui m'avait déjà trompé plus d'une fois: un corps et un visage heureux et beaux, qui portent à leur prêter des qualités qu'ils n'ont pas[351]». Il ne se prononce pas cependant à la légère. Il lui fautquelque temps pour examiner et pénétrer son sujet, sinon, il préfère y renoncer: «Vu une course de chevaux et fait visite à un ami de Nicol, un bailli Cowan dont je connais trop peu de chose pour essayer son portrait[352]». Quelquefois il ne sait à quoi se prendre pour fixer un caractère. «Dîne avec le prévôt Fall, un marchand notable et un personnage très respectable, mais qu'on ne peut décrire, parce qu'il n'offre pas de traits marqués[353]». Le déchiffrement si difficile des hommes avait été chez lui une occupation constante, et était devenue une habitude. Partout où il allait, il notait les âmes, comme d'autres prennent des paysages ou des récits.
Afin d'arriver au fond de chaque homme, il avait vu qu'il faut le dépouiller des titres, des honneurs, des richesses, de tout ce qui le cache et recouvre, écarter tout l'attirail étranger, pour pénétrer jusqu'à lui et, selon le mot de La Bruyère, «le voir sans ce grand nombre de coquins qui le servent et ces six bêtes qui le traînent[354]». Il s'était, du premier coup, attaché à cette méthode, plus difficile, pour dire vrai, à appliquer qu'à découvrir. Il se piquait d'y avoir réussi: «J'estime les différents acteurs dans le grand drame de la vie, uniquement d'après la façon dont ils remplissent leur rôle. Je peux regarder un duc qui n'est qu'un misérable avec un mépris sans restriction, et je puis considérer un honnête balayeur de rues avec un sincère respect[355].» Il aurait dit avec Montaigne: «Il ne faut pas estimer un homme tout enveloppé et empaqueté; qu'il se présente en chemise[356]». Il n'y avait pas de qualité qu'il estimât davantage chez les autres que cette poigne du coup d'œil qui saisit un individu, le déshabille et l'expose tel qu'il est. Il admirait beaucoup Dugald Stewart, et il y avait, chez cet homme aimable et sage, un grand nombre de qualités également admirables. Mais d'elles toutes, c'est celle-ci qu'il retire toujours et qu'il place en avant: «Des choses extérieures, des choses totalement étrangères à l'homme, se glissent dans le cœur et les jugements de presque tous les hommes, sinon de tous. Je ne sais qu'un seul exemple d'un homme qui considère pleinement et vraiment «le monde entier comme un théâtre et tous les hommes et les femmes comme de simples acteurs[357]», et qui n'estime ces acteurs, lesdramatis personæ, qu'ils édifient des cités ou qu'ils plantent des haies, qu'ils gouvernent des personnes ou surveillent des troupeaux, que selon qu'ils remplissent leurs rôles[358].» Il y revient à plusieurs reprises[359]. On comprend cet enthousiasme.Il était, sous ses habits de paysan et dans sa vie obscure, un des quelques individus supérieurs de son époque. Il devait souffrir, et avait plus d'une fois souffert, d'être traité d'après son costume grossier et son nom de paysan. Mais son cœur conservait un sourire et une gratitude aussi profonde que son orgueil pour celui qui avait vu en lui une âme humaine de premier ordre, et l'avait traité en ami.
Quand il avait écarté les oripeaux, et ainsi mis à nu les hommes véritables, cachés derrière les personnages sociaux, il estimait les caractères en eux-mêmes. Pour les apprécier, il les décomposait, et les réduisait à leurs principaux éléments constitutifs. Il dégageait la faculté maîtresse, comme on dirait aujourd'hui, groupait les parties constituantes, dans leurs proportions. Il les notait, pour ainsi dire, avec leurs coefficients, dans une sorte de formule chimique. En parlant de Dugald Stewart, il dit: «Je crois que son caractère, partagé en dix parties, se divise ainsi: quatre parties Socrate, quatre parties Nathaniel, et deux parties le Brutus de Shakspeare[360]». En parlant d'une jeune fille rencontrée sur les Borders: «Elle unit trois qualités qu'on trouve rarement ensemble: une pénétration aiguisée et solide; de l'observation et de la remarque malicieuse et spirituelle; et la modestie féminine la plus douce et la moins affectée[361]». De son libraire Creech: «Le personnage que je mentionnerai ensuite, mon digne libraire, M. Creech, est un caractère étrange et multiple. Ses passions dominantes, du côté gauche, sont: une extrême vanité et quelques-unes des plus innocentes modifications de l'égoïsme[362].»
Pour atteindre les esprits, on voit qu'il s'était attaché à l'étude des visages, si difficile et si attirante. Trouver quelque ordre dans la confusion toujours mouvante de physionomies innombrables; discerner les analogies inconnues qui rassemblent et assortissent les traits autour de certains types; reconnaître «ce rapport secret des traits ensemble, et des traits avec les couleurs et l'air de la personne»; découvrir ou tout au moins démêler la signification des traits, les rapports de leur forme avec certains caractères, et de leur jeu avec certains sentiments; saisir çà et là sur des physionomies des indications qui serviront à en interpréter d'analogues, mais de plus enveloppées; deviner par l'expression permanente des traits, les habitudes d'un esprit, et par leur expression présente, ses mouvements; demander aux rides elles-mêmes des renseignements et des confidences; chercher dans tout des signes imperceptibles, et comme les lettres éparses d'un alphabet mystérieux et infini qui donnerait la clef et la lecture des âmes; voilà ce que suppose un pareil examen. Travail incroyablement délicat qui demande la finesse des organes et la rapidité de pénétration, et en même temps immense. La science commence à peineà y toucher avec hésitation. Les observations des poètes et des peintres en donneraient les éléments, s'il n'était tellement complexe qu'il devient indécomposable, comme les opérations de l'instinct, et que ses résultats restent toujours personnels et intransmissibles.
Burns, inconsciemment sans doute, s'y était appliqué. Il est facile de se rendre compte de l'attention avec laquelle il regardait les faces humaines, à la façon dont il les décrit. «Miss Lindsay, une aimable fille et de belle humeur, un peu courte, etde l'embonpoint, mais belle et extrêmement gracieuse; d'admirables yeux couleur de noisette, pleins d'animation, et brillants d'un délicieux éclat humide, untout ensembleattirant, qui annonce qu'elle appartient au premier rang des âmes féminines[363]». Et cette autre étude, plus fine encore et d'un si joli coloris, d'un autre visage de jeune fille: «De Charlotte, je ne puis parler en termes ordinaires d'admiration; elle est non seulement belle, mais adorable. Sa forme est élégante, ses traits ne sont pas réguliers, mais ils ont au plus haut point le sourire de la douceur et la bienveillance tranquille de la bonne humeur; sa complexion, maintenant qu'elle a recouvré sa santé habituelle, est aussi belle que celle de Miss Burnet. Après notre promenade à cheval, jusqu'aux chutes, Charlotte était exactement comme la maîtresse de DrDonne:
«Son sang pur et éloquentParlait sur ses joues, et agissait si visiblementQu'on aurait presque dit que son corps pensait.»
Ses yeux sont fascinants, à la fois expressifs de bon sens, de tendresse, et d'un noble esprit[364]». Et qu'on ne croie pas que ce fût seulement de jeunes et aimables visages qu'il regardait de si près. Il mettait peut-être quelque complaisance à les décrire, mais il observait aussi les autres. Il rencontre Neil Gow, célèbre joueur de violon populaire: «Neil Gow joue: un corps des Hautes-Terres, court et solidement bâti, avec des yeux grisâtres éclairant son front honnête et sociable, une face intéressante, dénotant beaucoup de jugement, une ouverture de cœur bienveillante, mêlés à une simplicité qui ignore la défiance[365]». On voit ainsi qu'il dégageait sur les visages qu'il observait l'expression marquante et caractéristique, celle qui y est mise par la continuité des mêmes préoccupations, ce qu'un physionomiste moderne appelle l'expression de profession. «MrsScott, tout le jugement, le goût, l'intrépidité de face, la décision hardie et critique, qui caractérisent généralement les femmes auteurs[366]».
La plus grande preuve surtout du soin avec lequel il étudiait les figures, c'est qu'il les retenait, qu'il les rapprochait, qu'il les comparait, lesclassait en quelque sorte, retrouvait des traits communs, des ressemblances d'expression, des airs de famille et des affinités sur des physionomies diverses. «Une vieille dame de Paisley, une MrsDawson ressemble à la vieille lady Wauchope, et plus encore à MrsC.—sa conversation déborde de jugement solide et de remarques justes, mais, comme elles, un certain air d'importance et uneduresse[367]dans l'œil semble indiquer, comme la brave femme d'Ayrshire l'observait de sa vache, que «elle a ses idées à elle[368]». À chaque instant, ce travail de rapprochement se faisait dans son esprit: «MrGrant, ministre à Calder, ressemble à MrScott d'Inverleithen[369]».—«MrRoss, un charmant homme, ressemble au professeur Tytler[370]».—«Miss Ben Scott, ressemble à Miss Greenfield[371]».—MrsMonro, jeune femme aimable, raisonnable et douce, ressemble beaucoup à MrsGreenson[372]». Et ailleurs, en parlant d'une jeune fille: «J'ai rarement vu une ressemblance aussi frappante qu'entre elle et votre petite Beenie, particulièrement la bouche et le menton[373]». Il n'y a pas, je crois, de plus forte preuve du soin avec lequel on regarde, que ces analyses de visages; et c'est en même temps une chose curieuse de voir que les grands observateurs se rencontrent dans leurs procédés et leur méthode. «Pour garder facilement le souvenir d'un visage, il faut d'abord comparer dans beaucoup de têtes, la bouche, les yeux, le nez, le menton, la gorge, le cou et les épaules et faire des comparaisons[374]». Ces lignes sont de Léonard de Vinci.
Il se flattait de connaître les caractères et de les juger impartialement. Quand il lui arrivait de se tromper, il avait l'air d'en ressentir de la vexation: «Étrange! comme nous sommes disposés à nous laisser aller à nos préjugés, dans nos jugements sur les autres. Même moi qui me pique de mon habileté à distinguer les caractères... la peu commune valeur de Mrs. K. m'avait échappé[375].» Le fait est qu'il était arrivé à une sûreté et à une promptitude de jugement remarquables. Rien n'est plus curieux, à cet égard, que les journaux de ses deux tours des Borders et des Highlands. Ils tiennent au large dans une dizaine de pages; ce sont des notes rapides, prises le soir en quelques lignes, souvent en quelques mots. Ce qu'il y a d'observations humaines, de portraits, de caractères saisis rapidement et fixés d'un trait, est véritablement incroyable. Nous avons fait le relevé des personnes qu'il a ainsiobservées, pénétrées et peintes, en une seule rencontre et du premier coup d'œil; il n'y en a pas moins d'une centaine.
Et quelle variété! Il y a des fermiers, fermiers amateurs et gros fermiers; des clergymen de diverses espèces, les uns âgés et vénérables, d'autres bruyants, d'autres tristement adonnés au défaut clérical du calembourg; il y a des marchands, des officiers de vaisseau, un prévôt de ville, un intendant «discret, raisonnable et ingénieux», un évêque, un capitaine qui a été des années prisonnier des Indiens en Amérique, «officier très gentleman et très poli», un ancien médecin de marine, vétéran agréable, chaud de cœur, battu par les climats et qui, avec le goût des gens de mer pour les paysages tristes, s'est retiré près «des moors romantiques[376]»; il y a des ducs, des professeurs, des hôteliers, et jusqu'à «un drôle de corps de vieux cordonnier», et un mineur des mines du Cumberland rencontrés sur une grande route. Ils sont tous croqués magistralement, en quelques traits, indiqués en quelques coups de crayon. C'est le DrBowmaker, «un homme de forts poumons, et de remarque assez judicieuse, mais peu habile en bienséance et qui ne s'en doute pas[377]». C'est M. Brydone, «un très excellent cœur, bon, joyeux et bienveillant; mais avec beaucoup de la complaisance sans choix des Français, et, par suite de sa situation présente et passée, un admirateur de tout ce qui porte un titre splendide, ou possède de grands biens[378]». C'est M. Hood, «un fermier honnête, digne, et facétieux[379]»; M. Ker, un veuf avec de beaux enfants, intelligent, distingué, bel homme «en qui tout est élégant[380]», «son esprit et ses façons ressemblent étonnamment à ceux de mon cher vieil ami, Robert Muir de Kilmarnock»; M. Clarke, «un homme intelligent dont l'air un peu sombre et l'apparence bizarre pourraient prévenir contre lui un observateur ordinaire[381]»; M. Falconer, «un homme du nord, petit, irascible, enthousiaste, un dissident[382]»; l'évêque Skinner «dont les façons douces et vénérables sont plus remarquées chez un homme si jeune[382]». Parfois, c'est plus court encore. Il n'y a absolument que des mots sans phrases, des coups de crayon sans contour pour les réunir et cependant les gens y sont: «Souper: MM. Doig, le maître d'école, et Bell, le capitaine Forrester du château; Doig, singulier corps, un peu du pédant; Bell, un individu gai, insouciant, qui chante bien la chanson; Forrester, un joyeux gaillard, plein de jurons, mélangé de soldat[383].» Et d'autres, de toute couleur: des timides, des fats, des bavards décrits d'un mot.
La galerie des femmes est aussi nombreuse et aussi variée. Naturellement, il y a de jolies filles et de très jolies; elles sont au premier rang, aimables, rieuses, gaies, de bonne humeur et de bonne santé, comme il semble qu'il les préférait. Mais, il y a aussi de vieilles dames maternelles, excellentes, judicieuses, joyeuses et aimables, de vieilles filles suries, laides et médisantes, des femmes intellectuelles, des femmes de toutes nuances et que vraiment on croit avoir vues. Voici Mrs Brydone, «une femme très élégante de personne et de manières, les tons de sa voix remarquablement doux[384]». Voici Mrs Burnside une femme distinguée «simplicité, élégance, bon sens, douceur de caractère, bonne humeur, aimable hospitalité sont les constituants de ses manières et de son cœur[385]». Il y a la bonne ménagère, Mrs Miller, «une agréable, raisonnable et modeste bonne personne, aussi utile mais pas aussi ornementale que Miss Western de Fielding, pas rapidement polie à la française, mais aisée, hospitalière et domestique[386]». Il y a la «jeune veuve gaie, franche, raisonnable et faite pour inspirer de l'amour[387]». Il y a Mrs Belches, étourdie, ouverte, affable, éprise de sport champêtre[388]». Il y a cette étrange figure d'Esther «la femme d'un simple jardinier, une femme très remarquable pour réciter de la poésie de toute sorte et quelquefois pour faire elle-même des vers en écossais; elle peut répéter par cœur presque tout ce qu'elle a jamais lu, particulièrement l'Homèrede Pope d'un bout à l'autre; elle a étudié Euclide toute seule; elle est, en un mot, une femme d'une intelligence très extraordinaire. En causant avec elle, je la trouve au moins égale à sa réputation. Elle est très flattée de ce que je l'ai envoyé chercher et de voir un poète qui faitun livre, comme elle dit. Elle est entre autres une grande connaisseuse en fleurs, et a un peu passé le méridien d'une beauté jadis renommée[389]». N'est-ce pas une singulière figure et bien évoquée en quelques lignes. Et de quoi de plus joli aussi que le double portrait de Mrs Rose la mère, et de Mrs Rose la fille, qui fait songer à un vers d'Horace: la mère «une vraie femme de chef de clan», et la fille, «son image un peu adoucie»; «la vieille Mrs Rose, bon sens sans alliage, cœur chaud, fortes passions, une honnête fierté, tout cela à un degré rare; Mrs Rose, la jeune, un peu plus douce que sa mère, ceci peut-être dû à ce qu'elle est plus jeune[390]». Cette esquisse de ces deux femmes brusques, dans lesquelles est le même sang, qui se ressemblent à des moments divers de la vie, n'est-elle pas bien vue? Et cette remarque n'est-elle pas fine et juste aussi que le tempérament de la mère se développerachez la fille, quand la mansuétude et le quelque chose de tendre de la jeunesse l'auront quittée, et que les années de la volonté seront arrivées?
Et ce ne sont là que les personnages et les scènes en saillie. Derrière eux, il y a une véritable multitude, une vraie cohue d'indications, noms propres, professions, réunions. Qu'on n'oublie pas, encore un coup, que tout cela est comprimé en une dizaine de petites pages, où, au pied de la lettre, les remarques et les portraits s'étouffent. Qu'on songe que ceci n'est qu'un herbier, que chacune de ces notes représente une impression complexe ou tout une troupe d'impressions, comme la corolle séchée rappelle la fleur vivante et même l'arbuste entier, on aura quelque idée de ce qu'étaient dans le cerveau de Burns, la sûreté, la vitesse et l'activité de l'observation humaine.
Cette qualité d'observation frappait ceux qui l'approchaient, comme un des traits les plus saillants de sa forte intelligence. Dugald Stewart l'avait bien remarqué: «Parmi les sujets auxquels il avait coutume de s'arrêter, les caractères des individus avec qui il lui arrivait de se trouver étaient manifestement un sujet favori. Les remarques qu'il faisait sur eux étaient toujours perspicaces et pénétrantes, quoique penchant fréquemment vers le sarcasme.[391]» Et le DrMackenzie de Mauchline disait encore plus fortement: «Son discernement des caractères dépassait tout ce que j'ai vu chez aucune autre personne que j'aie jamais connue, et je lui ai souvent fait la remarque que cela me semblait de l'intention. Rarement je l'ai vu former une fausse estimation d'un caractère, quand il se faisait son opinion d'après sa propre observation[392].»
Mais cette pénétration ne suffirait pas. Elle peut rester immobile ou fragmentaire, consister en une série de coups d'œil aigus, mais séparés. Il faut quelque chose qui étende et anime cette sagacité. Il faut le plus rare des dons, parce qu'il les comprend tous, le don dramatique, c'est-à-dire, non seulement de voir et de représenter un personnage, mais de le reconstituer, de le continuer, de le posséder au point de vivre en lui; le don d'en créer ainsi plusieurs, de les faire mouvoir à la fois; et en sentant pour chacun d'eux, de leur prêter cependant à tous un mouvement d'ensemble, une vie commune, qui constitue l'organisme d'une œuvre dramatique. C'est le plus vaste et varié don, duquel puisse être favorisé un poète quand il le possède dans son étendue et sa richesse entières. Il semble vraiment que Burns en ait été doué, dans les dimensions moyennes de son génie. On en demeure presque convaincu lorsqu'on fait la lecture de la plus surprenante, peut-être, de ces productions, sa fameuse cantate desJoyeux Mendiants.
L'histoire de ce poème est des plus curieuses. On a vu dans quelles circonstances il avait été composé, en 1785. Burns, passant un soir, avec deux de ses amis, devant un public-house de Mauchline, et entendant des chants, était entré. Il avait trouvé une bande de mendiants et de gueux, qui buvaient et se réjouissaient. Ce tableau l'avait tellement frappé qu'il l'avait presque aussitôt rendu en vers. Un fait réel, comme toujours, se retrouve à l'origine; c'est une remarque qu'il ne faut pas se lasser de faire. Quelques jours après cette rencontre, il avait récité le nouveau poème à son ami Richmond, lequel racontait plus tard que, autant que sa mémoire lui permettait de l'affirmer, il contenait deux chansons qui ne s'y trouvent plus: l'une par un ramoneur, l'autre par un matelot[393]. Burns lui avait en même temps donné une partie du manuscrit[394]. Chose singulière, il semble ne s'être pas plus soucié de ce chef-d'œuvre que d'une de ses improvisations de cabaret. Peut-être est-ce parce que, selon le témoignage de Chambers, sa mère et son frère l'avaient médiocrement goûté[395]. Toujours est-il que cette charmante production disparut, qu'il n'en reparla jamais, et qu'il semble l'avoir complètement oubliée. À une demande de Thomson, qui en avait probablement entendu parler par Richmond, il répondit en 1793, c'est-à-dire, huit ans après: «J'ai oublié la cantate à laquelle vous faites allusion, n'en ayant pas conservé de copie, et, à la vérité, je ne connaissais pas son existence. Cependant, je me souviens, qu'aucune des chansons ne me plaisait, sauf la dernière, quelque chose dans le genre de ceci:
Les cours furent érigées pour les lâches.Les églises bâties pour plaire aux prêtres[396].
Ce n'est qu'en 1799, trois ans après la mort de Burns, qu'on retrouva le reste du manuscrit dont il avait fait présent à un autre de ses amis, et c'est en 1802 seulement que le poème fut publié en entier, complété par la portion qui se trouvait en possession de Richmond[397]. Il s'en est fallu de peu qu'il ait disparu. Cela prouve avec quelle facilité Burns dispersait alors ses vers, et combien il faisait peu de différence entre ces compositions écrites et ses causeries, qui étaient, au dire de tous, aussi surprenantes.
Le morceau pourrait avoir pour épigraphe ce vers d'un poète auquel Burns nous fera penser plus d'une fois, notre vivant Mathurin Régnier:
«Puis les gueux en gueusant trouvent maintes délices[398]».
C'est une orgie, une bacchanale de mendiants. La scène est à Mauchline, chez une pauvre cabaretière nommée Poosie Nansie. La maison basse existe encore, au coin de la route, en face du cimetière, un cabaret clair et propre. C'était alors une auberge borgne, un logis nocturne pour les vagabonds. Quand on y va aujourd'hui lire lesJoyeux Mendiants, il faut, par la pensée, décrépir et délabrer les murailles, noircir les poutres, faire luire dans l'âtre un feu de tourbe et de broussailles, éclairer la salle d'une ou deux chandelles fumeuses. On a ainsi l'atmosphère épaisse, les fonds ténébreux, et les reflets rougeâtres, qui donnent toute sa couleur à cet étrange tableau. Le repos sacré du dimanche condamnait tous ces gueux, tous ces traîneurs de grand'routes, ces museurs de ponts, tout ce monde ambulant à une journée d'immobilité. Ils se rassemblaient le samedi soir dans quelque taudis de leur choix, avec les profits de la semaine, qui consistaient non-seulement en espèces, mais en dons de farine et de vieux vêtements qu'ils vendaient alors pour payer leur écot. C'est une horde de ce genre qui se trouve réunie ce soir-là. Ils sont arrivés une vingtaine, hommes et femmes, de toutes les professions qui vont du mendiant au tire-laine: soldats réformés, paillasses de carrefour, violoneux de village, chaudronniers ambulants, chanteurs de ballades, drôlesses de pavé, tout ce qui vagabonde, mendie et maraude; écume de grand'routes, épaves de tous métiers, gibier de prison, toute une truandaille bigarrée, déguenillée, dépenaillée, et merveilleusement pittoresque. Ce ramassis de loqueteux forme un cercle autour du feu; les uns assis sur des escabeaux, les autres accroupis ou vautrés sur leurs sacs. Ils boivent du whiskey dans leurs écuelles. Dehors, le temps est dur, et les pauvres diables sans feu ni lieu, harcelés toute la semaine par les intempéries, goûtent le bien-être d'être au chaud. Avec la boisson, la joie naît dans leurs cœurs insouciants de vagabonds. Ils chantent, beuglent, braillent, glapissent tous ensemble, rythmant leur vacarme du choc de leurs tasses de bois ou de leurs gobelets d'étain. C'est un embrouillement de trognes allumées et hurlantes, de coudes qui se lèvent, de bras qui battent la mesure, de mains qui passent les brocs, de pots qui montent aux visages; un tumulte de grimaces et de gesticulations grotesques. C'est une bagarre de gaîté. Chacun des personnages de la bande chante sa chanson. Tous reprennent en chœur les refrains, qui éclatent comme des ouragans de grosse joie. La maison en tremble. Cependant, dans les coins obscurs, s'ébauchent des amours brutaux, des idylles de ribauds. De gros baisers claquent dans cette bacchanale. Comme partout, des jalousies et des querelles s'en suivent. Les menaces s'échangent, une rapière luit dans l'ombre. Tout s'arrange. La belle, qu'on s'est disputée, autant par ivresse que par amour, tombe dans les bras du plus robuste. Les acclamations et les chants reprennent à tue-tête. Puis, par un mouvement inattendu et superbe, tous ces malandrins, ces éclopés, ces déguenillés,tous ces besaciers, se groupent en un chœur final, et entonnent une chanson d'une audace et d'un souffle magnifiques. C'est un défi à la société, un hymne de révolte, où frémit la haine des outrages subis, le goût sauvage de la vie sans contrôle, le cri des déshérités et des réfractaires. Cela grandit, monte, prend l'allure et le vol d'une ode. On dirait que la Liberté, celle des grands chemins, celle qu'adorent les gueux, les insoumis qui dorment sur les revers des fossés, sous le signe d'or de la lune, plane au-dessus de ce pæan formidable. Tout cela est rendu avec une intensité de vie, une variété, une vigueur, un relief, un mouvement merveilleux. On ne sait à quoi comparer cette étrange et admirable production. Ce n'est pas aussi plantureux que du Jordaens, mais c'est plus varié et d'une plus grande portée; c'est plus dramatique que du Téniers; c'est aussi pittoresque que du Callot, avec plus de fougue et de couleur. Quant à ces visages de chenapan, Adrien Brauwer seul a su les peindre avec cette verve et ce caractère. En littérature, cela fait penser à du Villon, plus mouvementé et plus éloquent; à du Régnier, dans lequel passerait un souffle lyrique.
Voyons si cette appréciation est exagérée. La pièce se compose de chansons coupées par des récitatifs, qui les relient les unes aux autres. Elle s'ouvre par le récitatif suivant, dans lequel il est inutile de faire remarquer et la charmante comparaison des jeunes gelées, et la façon rapide et décidée de se mettre au cœur du sujet.
Quand les feuilles jaunes jonchent le sol,Ou que, voltigeant comme des chauves-souris,Elles obscurcissent l'haleine du froid Borée,Quand les grêlons chassent, durs et obliques,Et que les jeunes gelées commencent à mordre,Tout habillées en givre blanc,Un jour, au soir, une joyeuse vingtaine de gueux errants et vagabonds,Chez Poosie Nansie étaient en liesse,À boire leurs haillons superflus.Avec des rasades et des rires,Ils s'ébaudissaient et chantaient;De leurs sauts, de leurs coups de poing,La poêle même en résonnait.
Le premier de ces gueux est un ancien soldat. Il a conservé, jusque dans cette vie bohème, ce trait caractéristique des gens qui ont passé par les régiments, l'habitude de tenir son havre-sac bien en ordre. Le tableau de ce soudart, avec sa drôlesse, et de leurs caresses, est justement un des passages qui ressemblent aux scènes de Brauwer. Mais nous n'interromprons plus ce morceau qu'il faut lire d'une haleine et dont il faut suivre l'élan.
D'abord, près du feu, en vieux haillons rouges,L'un deux était assis, bien étayé par ses sacs de farine,Et son havre-sac bien en ordre;Sa bien-aimée était dans ses bras;L'eau-de-vie et les couvertures la réchauffaient,Elle contemplait son soldat.Et sans cesse, il donne à la luronne soûleQuelque baiser sonore,Tandis qu'elle tend sa bouche goulueComme une écuelle à aumônes[399],Leur becquetement claquait à chaque instant,Comme un fouet de colporteur;Alors, trébuchant et se rengorgeant,Il beugla cette chanson:
Chanson.Je suis un fils de Mars, qui a été dans mainte guerre,Je montre mes blessures et mes cicatrices partout où j'arrive;Celle-ci fut reçue pour une garce; celle-là dans une tranchée,En accueillant les Français au son du tambour.Lal de daudle, etc.Je fis mon apprentissage là où mon chef expira[400],Lors du sanglant coup de dés, sur les hauteurs d'Abram;Je complétai mon métier quand on joua une crâne partie,Et que le Moro tomba au son du tambour[401].Lal de daudle, etc.Enfin, je fus avec Curtis, parmi les batteries flottantes[402],Et j'y laissai en témoignage un bras et une jambe.Pourtant, si mon pays me réclamait, avec Elliot pour chef,Je partirais sur mes moignons, au son du tambour[403].Lal de daudle, etc.Maintenant, bien qu'il faille mendier, avec un bras et une jambe en bois,Et des haillons déchirés pendant sur mon derrière,Je suis aussi heureux, avec ma besace, ma bouteille, et ma gourgande,Que quand je marchais, en écarlate, derrière un tambour.Lal de daudle, etc.La belle affaire parce qu'en cheveux gris, je dois résister aux chocs de l'hiver,Sous les bois et les rochers, souvent pour toute maison;Tant que j'aurai un sac à vendre et une bouteille à boire,Je ferai face à une troupe d'enfer, au son du tambour.Lal de daudle, etc.
Chanson.
Je suis un fils de Mars, qui a été dans mainte guerre,Je montre mes blessures et mes cicatrices partout où j'arrive;Celle-ci fut reçue pour une garce; celle-là dans une tranchée,En accueillant les Français au son du tambour.Lal de daudle, etc.
Je fis mon apprentissage là où mon chef expira[400],Lors du sanglant coup de dés, sur les hauteurs d'Abram;Je complétai mon métier quand on joua une crâne partie,Et que le Moro tomba au son du tambour[401].Lal de daudle, etc.
Enfin, je fus avec Curtis, parmi les batteries flottantes[402],Et j'y laissai en témoignage un bras et une jambe.Pourtant, si mon pays me réclamait, avec Elliot pour chef,Je partirais sur mes moignons, au son du tambour[403].Lal de daudle, etc.
Maintenant, bien qu'il faille mendier, avec un bras et une jambe en bois,Et des haillons déchirés pendant sur mon derrière,Je suis aussi heureux, avec ma besace, ma bouteille, et ma gourgande,Que quand je marchais, en écarlate, derrière un tambour.Lal de daudle, etc.
La belle affaire parce qu'en cheveux gris, je dois résister aux chocs de l'hiver,Sous les bois et les rochers, souvent pour toute maison;Tant que j'aurai un sac à vendre et une bouteille à boire,Je ferai face à une troupe d'enfer, au son du tambour.Lal de daudle, etc.
Récitatif.Il s'arrêta et les solives tremblèrent,Au-dessus du refrain beuglé;Tandis que les rats effrayés, regardant en arrière,Cherchaient le plus profond de leur trou.Un violoneux divin, de son coinPiailla: «Encore!»Mais la poulette du soldat se leva,Et le grand tumulte se calma.
Récitatif.
Il s'arrêta et les solives tremblèrent,Au-dessus du refrain beuglé;Tandis que les rats effrayés, regardant en arrière,Cherchaient le plus profond de leur trou.Un violoneux divin, de son coinPiailla: «Encore!»Mais la poulette du soldat se leva,Et le grand tumulte se calma.
Chanson.Je fus jadis pucelle, mais je ne sais plus quand,Mon plaisir est encore en des jeunes gens convenablesQuelqu'un d'un escadron de dragons fut mon père,Rien d'étonnant si j'aime un soldat.Chantons: Lal de dal, etc.Le premier de mes amoureux fut un crâne gaillard,Battre le tambour tonnant était son métier;Sa jambe était si bien prise, sa joue était si rouge,Que je fus transportée de passion pour mon soldat.Chantons: Lal de dal, etc.Mais le bon vieux chapelain lui coupa l'herbe sous le pied;J'abandonnai l'épée par amour de l'église;Il risque l'âme, et moi je risquai le corps,C'est alors que je fus fausse à mon soldat.Chantons: Lal de dal, etc.J'en eus bientôt assez de mon saint imbécile,Et je pris pour époux le régiment en bloc;De l'esponton doré, au fifre j'étais prête,Je ne demandais rien, sauf que ce fût un soldat.Chantons: Lal de dal, etc.Mais la paix me réduisit à mendier dans le désespoir,Tant qu'à la foie de Cunningham, je rencontrai mon vieuxSes haillons d'uniforme flottaient si brillants,Que mon cœur se réjouit de trouver un soldat.Chantons: Lal de dal, etc.Maintenant, j'ai vécu, je ne sais plus combien,Je tiens encore ma place à boire ou à chanter;Et tant que des deux mains je tiendrai ferme un verre,À ta santé, mon héros! mon soldat!Chantons: Lal de dal, etc.
Chanson.
Je fus jadis pucelle, mais je ne sais plus quand,Mon plaisir est encore en des jeunes gens convenablesQuelqu'un d'un escadron de dragons fut mon père,Rien d'étonnant si j'aime un soldat.Chantons: Lal de dal, etc.
Le premier de mes amoureux fut un crâne gaillard,Battre le tambour tonnant était son métier;Sa jambe était si bien prise, sa joue était si rouge,Que je fus transportée de passion pour mon soldat.Chantons: Lal de dal, etc.
Mais le bon vieux chapelain lui coupa l'herbe sous le pied;J'abandonnai l'épée par amour de l'église;Il risque l'âme, et moi je risquai le corps,C'est alors que je fus fausse à mon soldat.Chantons: Lal de dal, etc.
J'en eus bientôt assez de mon saint imbécile,Et je pris pour époux le régiment en bloc;De l'esponton doré, au fifre j'étais prête,Je ne demandais rien, sauf que ce fût un soldat.Chantons: Lal de dal, etc.
Mais la paix me réduisit à mendier dans le désespoir,Tant qu'à la foie de Cunningham, je rencontrai mon vieuxSes haillons d'uniforme flottaient si brillants,Que mon cœur se réjouit de trouver un soldat.Chantons: Lal de dal, etc.
Maintenant, j'ai vécu, je ne sais plus combien,Je tiens encore ma place à boire ou à chanter;Et tant que des deux mains je tiendrai ferme un verre,À ta santé, mon héros! mon soldat!Chantons: Lal de dal, etc.
Récitatif.Un pauvre paillasse, dans un coin,Était assis à boire avec une chaudronnière;Ils s'inquiétaient peu qui reprenait le refrain,Tant ils étaient affairés pour eux-mêmes.À la fin, soûl de boisson et d'amour,Il se leva en trébuchant, tordit son visage,Puis se retourna, mit un baiser sur sa Griselidis,Et alors ajusta ses flûtes avec une grave grimace.
Récitatif.
Un pauvre paillasse, dans un coin,Était assis à boire avec une chaudronnière;Ils s'inquiétaient peu qui reprenait le refrain,Tant ils étaient affairés pour eux-mêmes.À la fin, soûl de boisson et d'amour,Il se leva en trébuchant, tordit son visage,Puis se retourna, mit un baiser sur sa Griselidis,Et alors ajusta ses flûtes avec une grave grimace.
Chanson.Messire le Grave est un sot quand il est gris;Messire Gredin est un sot quand on le juge;Mais ce ne sont là que des apprentis,Moi, je suis un sot par profession.Ma grand'mère m'acheta un livre,Et je m'en allai à l'école;J'ai peur de m'être mépris sur mes talents,Mais que voulez-vous attendre d'un sot?Pour boire, je risquerais mon cou,Une catin est la moitié de mon travail;Mais que voulez-vous attendre d'autre,De quelqu'un qui fait métier d'être fou?Une fois, je fus attaché comme un jeune bœuf[404],Pour avoir juré poliment et avoir bu;Une fois, je fus insulté dans l'église,Pour avoir chiffonné une fille en riant.Le pauvre Jocrisse qui fait des tours pour amuser,Que personne ne le nomme en se moquant;Il y a même à la Cour, m'a-t-on dit,Un sauteur nommé le premier ministre.Avez-vous observé ce très RévérendFaire des grimaces pour amuser la foule;Il se moque de notre escadron de charlatans;Ce n'est qu'un peu de rivalité.Et, maintenant, voici ma conclusion,Car, ma foi, je suis bougrement à sec:Le gars qui est sot pour son propre usage,Sacrebleu! est diantrement plus bête que moi.
Chanson.
Messire le Grave est un sot quand il est gris;Messire Gredin est un sot quand on le juge;Mais ce ne sont là que des apprentis,Moi, je suis un sot par profession.
Ma grand'mère m'acheta un livre,Et je m'en allai à l'école;J'ai peur de m'être mépris sur mes talents,Mais que voulez-vous attendre d'un sot?
Pour boire, je risquerais mon cou,Une catin est la moitié de mon travail;Mais que voulez-vous attendre d'autre,De quelqu'un qui fait métier d'être fou?
Une fois, je fus attaché comme un jeune bœuf[404],Pour avoir juré poliment et avoir bu;Une fois, je fus insulté dans l'église,Pour avoir chiffonné une fille en riant.
Le pauvre Jocrisse qui fait des tours pour amuser,Que personne ne le nomme en se moquant;Il y a même à la Cour, m'a-t-on dit,Un sauteur nommé le premier ministre.
Avez-vous observé ce très RévérendFaire des grimaces pour amuser la foule;Il se moque de notre escadron de charlatans;Ce n'est qu'un peu de rivalité.
Et, maintenant, voici ma conclusion,Car, ma foi, je suis bougrement à sec:Le gars qui est sot pour son propre usage,Sacrebleu! est diantrement plus bête que moi.
Récitatif.Après lui, parla une rude luronne,Qui savait s'y prendre pour agripper l'argent,Car elle avait décroché plus d'une bourse,Et été plongée dans plus d'un puits[405].Son amoureux avait été un gars des Hautes-Terres,Mais maudit soit le triste nœud coulant!Avec soupirs et sanglots, elle commença ainsiÀ pleurer son beau John des Hautes-Terres:
Récitatif.
Après lui, parla une rude luronne,Qui savait s'y prendre pour agripper l'argent,Car elle avait décroché plus d'une bourse,Et été plongée dans plus d'un puits[405].Son amoureux avait été un gars des Hautes-Terres,Mais maudit soit le triste nœud coulant!Avec soupirs et sanglots, elle commença ainsiÀ pleurer son beau John des Hautes-Terres:
Chanson.Mon amour naquit gars des Hautes-Terres,Il avait en mépris les lois des Basses-Terres;Mais toujours il fut fidèle à son clan,Mon brave et mon beau John des Hautes-Terres.Refrain.—Chantez, hey, mon beau John des Hautes-Terres!Chantez, ho, mon beau John des Hautes-Terres!Il n'y a pas un gars dans tout le paysQui pût lutter avec mon John des Hautes-Terres.Avec son philabeg, son plaid de tartan,Et sa bonne claymore pendue à son flanc,Il prenait les cœurs de toutes les dames,Mon vaillant et beau John des Hautes-Terres.Chantez, hey, etc.Nous errions partout de la Tweed à la Spey,Nous vivions gaîment comme lords et ladies;Car il n'en craignait pas un des Basses-Terres,Mon vaillant et beau John des Hautes-Terres.Chantez, hey, etc.Ils l'exilèrent par delà les mers,Mais, avant que les bourgeons parussent aux arbres,Le long de mes joues, les perles roulaient,En embrassant mon John des Hautes-Terres.Chantez, hey, etc.Mais, oh! ils le saisirent enfin,Et ils l'ont lié au fond d'un donjon;Ma malédiction sur chacun d'eux,Ils ont pendu mon beau John des Hautes-Terres!Chantez, hey, etc.Veuve maintenant, il me faut pleurerDes plaisirs qui ne reviendront plus;Je ne me console qu'avec un bon broc,Quand je pense à mon John des Hautes-Terres.Refrain.—Chantez, hey, mon beau John des Hautes-Terres!Chantez, ho, mon beau John des Hautes-Terres!Il n'y a pas un gars dans tout le paysQui pût lutter avec mon John des Hautes-Terres.
Chanson.
Mon amour naquit gars des Hautes-Terres,Il avait en mépris les lois des Basses-Terres;Mais toujours il fut fidèle à son clan,Mon brave et mon beau John des Hautes-Terres.
Refrain.—Chantez, hey, mon beau John des Hautes-Terres!Chantez, ho, mon beau John des Hautes-Terres!Il n'y a pas un gars dans tout le paysQui pût lutter avec mon John des Hautes-Terres.
Avec son philabeg, son plaid de tartan,Et sa bonne claymore pendue à son flanc,Il prenait les cœurs de toutes les dames,Mon vaillant et beau John des Hautes-Terres.Chantez, hey, etc.
Nous errions partout de la Tweed à la Spey,Nous vivions gaîment comme lords et ladies;Car il n'en craignait pas un des Basses-Terres,Mon vaillant et beau John des Hautes-Terres.Chantez, hey, etc.
Ils l'exilèrent par delà les mers,Mais, avant que les bourgeons parussent aux arbres,Le long de mes joues, les perles roulaient,En embrassant mon John des Hautes-Terres.Chantez, hey, etc.
Mais, oh! ils le saisirent enfin,Et ils l'ont lié au fond d'un donjon;Ma malédiction sur chacun d'eux,Ils ont pendu mon beau John des Hautes-Terres!Chantez, hey, etc.
Veuve maintenant, il me faut pleurerDes plaisirs qui ne reviendront plus;Je ne me console qu'avec un bon broc,Quand je pense à mon John des Hautes-Terres.
Refrain.—Chantez, hey, mon beau John des Hautes-Terres!Chantez, ho, mon beau John des Hautes-Terres!Il n'y a pas un gars dans tout le paysQui pût lutter avec mon John des Hautes-Terres.