ET
Page 1, vers 3.
Saint-Saumer, ou mieuxSamer(Sanctus Vulmarus), abbaye de l'ordre de saint Benoît, située à quatre lieues de la ville de Boulogne-sur-Mer. Elle est ainsi appelée parce que, après être né dans le lieu qu'elle occupa depuis. Vulmar, aidé des secours de son frère, de son père, et de Ceadwalla roi des Saxons occidentaux, qui lui donna soixante sous, la fonda l'an 688. Nous ne savons pourquoi l'abbé Expilly la dit «fondée en 608 par Wilme, comte de Boulogne.» Voyez, sur Samer, leGallia Christiana, tomeX, col. 1593.
Page 1, vers 7.
Tolède avoit dans le moyen âge la réputation d'être le siége d'une fameuse école de magie.
Virgile et Maugis d'Aigremont28y vinrent faire leur apprentissage.
On lit dans un conte dévot qu'après la mort de sainte Léocade, les Tolédans voulurent avoir son corps. Sur ce, le vieux rimeur s'écrie:
Jà por tote lor nigremance,Ne la r'aront, bien le lor mant ce.
(De seinte Léocade, par Gautier de Coinsi, v. 2031.Fabliaux et Contes, édit. de 1808, t.I, p. 336.)
Renard
.... ATouleteen est venusOù il refu moult bien conus,Car autrefois i eut estéTout un ivier et un esté.Apris avoit del nigremance.Onques ne fu clerc qui en FranceSéust tant des enchantemens,D'apresté et d'esperimens.
(Renart le nouvel, tomeIVduRoman du Renartpublié par Méon, p. 107, v. 2949.)
On lit dans une pièce sans nom d'auteur, qui se trouve à la suite d'un manuscrit duRoman de la Rose, lequel est en ma possession:
Et il est cornart et deceuQui de tail créance est meu.Jà n'ert par lez ars deToleteFine amour quise ne parfete, etc.
On trouve dans un ancien livre espagnol une histoire intitulée:De lo que contescio a un Dean Sanctiago con don Illan el magico que morava en Toledo29, et dans leSecond Livre des serées de Guillaume Bouchet, sieur de Brocourt(à Rouen, chez Louys Loudet...M.DC.XXXIV, in-8o, dixneufiesme serée, p. 193) on lit: «Il falloit...que le miroüer fust fasciné, et garny de magie diabolique deTolette.»
Enfin, voyezMorgante maggiore, cantoXXV, ottava 42, 81 et 259, etPantagruel, liv.III, chap. 23, et consultez, sur les écoles de magie d'Espagne, Walter Scott,the Lay of the last Minstrel. London: printed for Longman... 1805, in-4o, p. 235-38. Dans une note de H. Weber (Metrical Romances, vol.III, p. 329), on lit l'histoire d'un magicien qui, après avoir étudié en Espagne, étoit parvenu à enfermer le diable dans une bouteille, mais par malheur la bouteille se brisa.—On sait que l'étude de l'astrologie, de la magie et des sciences naturelles étoit l'occupation favorite des Arabes d'Espagne, et qu'un nombre prodigieux de leurs livres étoient déjà traduits en latin dans leXIIesiècle, et répandus ainsi par toute la chrétienté. «Irrepsit hac tempestate (XIIIosæcul.) etiam turba astrologorum et magorum, ejus farinæ libris una cum aliis de arabico in latinum conversis.—Hermanni Conringii de Scriptoribus XVI post Christum natum seculorum commentarius,etc.Wratislaviæ, apud Michaelem Hubertum,M DCC XXVII, in-4o, p. 125. Voyez enfin Warton'sHistory of english Poetry, édit. de 1825, t.II, p. 235 et suiv.
Nigremanche, magie noire,ars nigra, black art, et non pasdivination par les morts, νεχρομαντεἱα, comme on l'a dit souvent. Je sais bien que cette étymologie est contraire aux principes de la science; mais nos pères n'y regardoient pas de si près.
Page 1, vers 10.
Le motcaudessignifie évidemment iciqueues, soit que l'auteur se soit servi d'une expression qui s'est conservée de nos jours parmi le peuple, soit qu'il ait fait allusion à une pratique magique qui nous est inconnue.
Page 1, vers 14.
Malfé, mauvais, le diable. Nos ancêtres craignoient de nommer le diable par son nom; pour cela il le désignoient par l'épithète demauvaisou d'ennemi30. Les exemples tirés de nos anciens auteurs étant trop nombreux, il est inutile de les citer, nous nous bornerons à renvoyer àPantagruel, liv.III, chap.XI, et à rappeler qu'il existe un livre intitulé lesTemptacions de l'Ennemi31, et que dans la pièce de Shakspeare,Measure for measure, acteII, scène 2, Angelo s'écrie:
O cunningenemy, that, to catch a saint,With saints dost bait thy hook!
VoyezIllustrations of Shakspeare and of ancient manners, etc., by Francis Douce. London: printed for Longman, etc.MDCCCVII, deux volumes in-8o, t.I, p. 128, et surtout p. 99-101.
Il paroît que parler au diable lui-même étoit une grande distinction pour un magicien. Dans leMiracle de Théophile, par Rutebeuf on lit:Ici vient Théophiles à Salatin, quiparloit au deable quant il voloit.—Ms. 7218, fol. 298, vo.
Page 2, vers 18.
Espiremensest, sans aucun doute, pouresperimens, experimenta.
Page 2, vers 20.
Probablementlire le pseautierà rebours, pratique magique très-usitée dans les conjurations du moyen âge.
Page 2, vers 23.
L'opération magique indiquée dans ce vers s'appellelecanomanie, de λεχἁνη, bassin, et μαντἱα divination. Elle se pratiquoit généralement par le moyen d'un bassin plein d'eau du fond duquel on entendoit des réponses, après y avoir jeté quelques lames d'or et d'argent ou des pierres précieuses sur lesquelles étoient gravés des caractères. Voyez Pline, liv.XXX; Apulée, dans son Apologie, édit. de Casaubon, Heidelb. 1594, in-4o, p. 52; Martino Del Rio,Disquisitionum magicarum libriVII, etc. Venetiis, apud Vincentium Florinum,M DC XVI, in-4o, liv.IV, sect. 4, p. 541, B; le dictionnaire de Bayle, art.Pythagore; celui de Trévoux; et Noël,Dictionnaire Mythologique.
Voici l'indication d'un autre procédé dans un passage d'un livre du moyen âge:
«Et en disant ce (Nectanebus), entra en sa chambre et empli ung grant bacin d'eaue de pluye et l'emply tout plain de nasselles de cire et les mist dedens l'eaue32.»
«Et print une verge de pommier, et en regardant l'eaue l'enchanta, etc.»—Le Livre et la vraie Histoire du bon roy Alixandre. Ms. du Musée Britannique, Bibliothèque du Roi, no15. E.VI, fol. j. col. 2 et vo, col. 1.
Le roman anglois publié dans le tomeIde la collection de Henry Weber, porte à ce même endroit le passage suivant:
Anon he dude caste his charme:His ymage he made anon,And of his barouns everychon,And afterward of hisfone:He dude heom togedre to gon,In a basyn, al by charme;He segh on him fel theo harme; etc.
(King Alisaunder, p. 9, v. 104.)
Page 2, vers 29.
L'espère, la sphère.
Page 4, vers 90.
Ici nous avons cru devoir corriger le manuscrit, qui porteque ch'orent.
Page 8, vers 202.
Voyez, sur l'expressionhari, le glossaire duRoman de la Rose, édition de Méon, à ce mot, et lesFabliaux et Contes, édition de 1808, t.II. p. 269, v.Ion lit dans ce dernier ouvrage,
L'un dit ho, l'autrehari.
(Le Dit des rues de Paris, par Guillot de Paris, v. 450.)
Dans la Bourgogne et dans le Beaujolois, on dit encorehariaux bœufs et aux vaches pour les faireguenchir.
Page 8, vers 202.
On juroit dans le moyen âge par toutes les parties du corps de Jésus-Christ dont on supprimoit le nom pour éviter les peines établies par Dieu et par les hommes contre les blasphémateurs. «Par la vertus, dist frère Jan, du sang, de la chair, du ventre, de la teste, etc.»—Pantagruel, liv.IV, chap. 19. Voyez, sur cette habitude, lesFabliaux et Contes, édit. de 1808, t.I, p. 461, col. 1, au motCoiffe. C'est ainsi que maintenant encore beaucoup de gens disentsacrebleuoubigre, en place d'autres mots presque identiques qu'ils se feroient un scrupule de prononcer.
Page 9, vers 234.
Sire, cœ dit Horn, à mun ostel irraiE cest mien pélerin oue moi amenrai,Seignere reposer e baigner le frai.
(Lai de Horn, Ms. Harléien, no517, fol. 71, vo, col. 2.)
Voyez, sur l'habitude de se faire saigner au moyen âge, lesPoésies de Marie de France, t.I, p. 127, note (1).
Page 10, vers 246.
Malheur à mon cou si, etc. On trouve à tout instantdehaitdans les ouvrages de nos trouverres, etdathet him ayse lit dans leSir Tristemde Walter Scott.
Page 10, vers 248.
Ce proverbe, qui se trouve plus loin, p. 76, v. 2097, est aussi dans leRoman de la Violette. L'auteur parle:
Mais je sais bien que manechiésVit plus que mors ne fait d'asés
(Page 214, v. 4533.)
Page 10, vers 266.
Esraelie, Israélite, sorcière.
Page 15, vers 285 et suiv.
Bazin et Maugis sont les deux héros d'un roman de chevalerie qui se trouve, en vers, à la Bibliothèque Royale, et qui, dans leXVesiècle, a été traduit en prose, et imprimé plusieurs fois dans leXVIe, entre autres à Paris par Allain Lotrian, in-4o, goth., sans date, dans la même ville, par Jean Trepperel, en 1527, même format, et à Lyon, par Olivier Arnoullet, 1551, in-4o, goth.
Page 11, vers 290 et 291.
Joyeuse étoit l'épée de Charlemagne; Courtain, celle d'Ogier-le-Danois; Hauteclère, celle d'Olivier, et Durendal, celle de Roland. Voyez, sur elles quatre,Velant le Forgeron, etc. Paris, F. Didot,M DCCC XXXIII, in-8o, p. 39, 40, 44, 45, et les notes correspondantes.
Page 11, vers 298.
Allusion au fabliaude Barat et de Haimet, oudes trois larrons, par Jean de Boves, imprimé dans lesFabliaux et Contes, édit. de 1808, tomeIV, p. 233.
Page 12, vers 305.
Il s'agit probablement ici deCourset, village du Boulonnois, actuellement dans le département du Pas-de-Calais, à cinq lieues et dans l'arrondissement de Boulogne.
Page 12, vers 306.
Le manuscrit porteBulkes. Malgré toutes nos recherches, nous n'avons rien pu trouver au sujet de ce nom deBusquetqui se lit dans la liste des poètes qui ont contribuéà un recueil fort rare intitulé:Palinodz, chants royaux, ballades, rondeaux et épigrammes à l'honneur de l'Immaculée Conception de la toute belle Mère de Dieu (patronne des Normans), presentez au puy à Rouen, composez par scientifiques personnaiges, etc. A Paris, à l'enseigne de l'Éléphant (chez Fr. Regnault), petit in-8o, sans date, mais vers 1525.
Page 12, vers 310.
Basinguehans.Bazinghem, commune du département du Pas-de-Calais, dans l'arrondissement et à cinq lieues et un quart de Boulogne.
Page 12, vers 311.
Heresinguehansdésigne ou Rassenghiem, seigneurie de la Flandre, ou Hardinghem, commune du département du Pas-de-Calais, à cinq lieues et dans l'arrondissement de Boulogne, ouHerneclinghem, une des douze anciennes baronnies de l'ancien comté de Guines; ou enfinHervelinghem, village du Boulonnois.
Page 12, vers 316.
Buffe, soufflet. On dit encore en angloisbuffet, dans ce sens.
Page 13, vers 350.
Il est ici question deMarquise, bourg du département du Pas-de-Calais, à trois lieues et dans l'arrondissement de Boulogne; il est situé dans le bas de la prairie du vallon de la Slacq, ruisseau qui baigne le côté oriental du bourg, et côtoie la partie méridionale.
Page 14, vers 362.
Le manuscrit porteEstagles. Étaples est une ville situéedans le département du Pas-de-Calais, à l'embouchure de la Canche dans la Manche. Elle est à cinq lieues sud-est de Boulogne et dans l'arrondissement de Montreuil.
Page 14, vers 371.
Cette circonstance est à remarquer parce qu'elle est d'une des meilleures preuves de la vérité des faits rapportés dans cet ouvrage. La persuasion de l'infaillibilité dujugement de Dieuétoit tellement enracinée chez nos pères, qu'un romancier se fût bien gardé de faire succomber le champion d'un innocent.
Page 15, vers 388.
Hardelo, changé ailleurs enVardelloet enCardello, désigne la forêt d'Hardelotou d'Ardelotqui est située dans le Boulonnois, et qui appartient à la couronne. Philippe de France, comte de Boulogne, par suite de son mariage avec Mahaut fille de Renaud, fit construire à Hardelot un château pour empêcher les courses des peuples du Nord dont on craignoit encore les descentes, dans le commencement duXIIIesiècle.
Page 16, vers 430.
Clairmarais (Clarus mariscus), abbaye régulière de l'ordre de Cîteaux, filiation de Clairvaux, dans l'Artois, au diocèse (autrefois de Terouenne) et à deux lieues au nord-est de Saint-Omer, fondée, l'an 1140, par Thierri Ier, comte de Flandre. Voyez leGallia Christiana, tomeIII, col. 525.
Page 18; vers 479.
Ce proverbe se trouve exprimé de la même manière dansle Roman du Renart, tomeI, p. 154, v. 4100; et dansle Fabel d'Aloul, Ms. de la Bibliothèque Royale,no7218, etFabliaux et Contes, édit. de 1808, tomeIII, p. 355, v. 943.
Page 20, vers 537.
Hues de Belin est nommé dans la chronique de Geoffroi de Ville-Hardouin.Recueil des Historiens des Gaules et de la France, tomeXVIII, p. 483, C.
Page 20, vers 538.
Lens est une petite ville du département du Pas-de-Calais, dans l'arrondissement et à cinq lieues de Béthune. Quant à Hénin-Liétard, c'est une commune du même département et du même arrondissement, à sept lieues et demie du chef-lieu.
Page 20, vers 539.
Aufrans de Caieu, appelé, p. 61, v. 1685,Ansiaus(Anselmus) fit une figure assez belle en son temps. Voyez sur lui leRecueil des Historiens des Gaules, etc., tomeXVIII,passim; il était fils d'Arnoul de Caieu et d'Adelis de Bavelinghem. Voyez André du Chesne,Histoire généalogique des maisons de Guines, d'Ardres, de Gand et de Coucy, etc., à Paris, chez Sébastien Cramoisy,M. DC. XXXI, in-fol., liv.I, p. 31.
Page 20, vers 541.
Wales de la Capiele étoit en effet vassal de Renaud, comte de Boulogne. Il est nomméWallo de Cupelladans une charte de ce dernier qui se trouve à la Tour de Londres, parmi lesRot. cart. 14 Johann., et qui a été imprimée dans le Recueil de Rymer, 2eédit., tomeI, p. 50; dernière édit., vol.I, part. 1, p. 104; et dans leRecueil des Historiens des Gaules, etc., tomeXVII, p. 87, B.
Page 22, vers 584.
Le manuscrit portesachoit.
Page 28, vers 760.
Après meilleure information, je pense qu'à la place deWistasces, trop long d'une syllabe, on doit lireWaces, qui, quoi qu'en dise M. l'abbé de la Rue (Archæologia, t.XII, p. 63), n'est qu'une abréviation du précédent. La même rectification doit avoir lieu dans tous les cas où elle est nécessaire.
Page 29, vers 777.
Esclavine, étoffe grossière et habit qui en étoit fait. Voyez une note curieuse sur ce mot dans lesMetrical Romancesde Ritson, t.III, p. 278.
Tristran à cest conseil se tient;Un peschur vait ki vers lui vient.Une gunele aveit vestueDe unesclavineben velue.La gunele fu senz gerun,Mais desus out un caperun.
(Fragment d'unRoman de Tristan, fol. 13, vo, col. 2.)
Page 30, vers 806.
Andeli, les Andelys, ville de Normandie dans le département de l'Eure, chef-lieu d'arrondissement.
Page 37-39.
On trouve une aventure presque semblable dans un roman inédit:
Ffouke e ces compaignouns siglèrent vers Engleterre. Quant vyndrent à Dovre, entrèrent la terre e lessèrent Mador on la nef en un certeyn leu là où il ly porreyent trover quant vodreyent. Ffouke e ces compaignons aveient enquis des paissantz qe le roy Johan fust à Wyndesoure, e se mistrent privément en la voie vers Wyndesoure. Les joursdormyrent e se reposèrent les nuytz, errèrent tan qu'il vyndrent à la foreste, e là se herbigèrent en un certeyn lyw où yl soleynt avant estre en la forest de Wyndesoure, quar Ffouke savoit yleqe tous les estres. Donqe oyèrent veneours e berners corner, e par ce saveyent qe le rey irroit chacer. Ffouke e ces compaignons s'armèrent molt richement. Ffouke jura grant serement qe pur pour de moryr ne lerreit qu'il ne se vengeroit de le roy, q'à force e à tort ly ad deshéryté, e qu'il ne chalengereit hautement ces dreytures e son hérytage. Ffouke fist ces compaignons demorer yleqe, e il meymes, ce dit, irreit espier aventures. Ffouke s'en ala, e encontra un viel charboner portant une trible en sa meyn; si fust vestu tot neir come afert à charboner. Ffouke li pria par amour qu'il ly volsist doner ces vestures et sa trible pur du seon. «Sire, fet-il, volenters.» Ffouke ly dona .x. besantz, e ly pria por s'amour qu'il ne le contast à nully. Le charboner s'en va; Ffouke remeynt, e se vesty meyntenant de le atyr qe le charboner ly avoit donéé, e vet à ces charbons, si comence de adresser le feu. Ffoukes vist une grosse fourche de fer, si la prent en sa meyn saundreyt et landreyt ces coupons. Atant vynt le roy ou treis chevaliers tot à péé à Ffouke là où yl fust adresaunt son feu. Quant Ffouke vit le roy assez bien le conust, e gitta la ffourche de sa meyn, e salua son seignour e se mist à genoyls devant ly molt humblement. Le roy e ces trois chevaliers aveyent grant ryseye e jeu de la norçurté e de la porreté le charboner; esturent ileqe bien longement: «Daun vyleyni, fet le roy, avez vou nul cerf ou bisse passer par ycy?» «Oyl, mon seignour, pieçà.» «Quele beste vectez-vus?» «Sire mon seignour, une cornuée, si avoit longe corns.» «Où est-ele?» «Sire mon seignour, je vous say molt bien mener là où je la vy.» «Ore avant, daun vyleyn, e nous vous siworoms.» «Sire,fet le charboner, prendroy-je ma forche en mayn? quar si ele fust prise, je en averoy grant perte.» «Oyl, vyleyn, si vus volez.» Ffoukes prist la grosse fourche de fer en sa meyn, si amoyne le roy pur archer; quar il avoit un molt bel ark. «Sire mon seignur, fet Ffouke, vus plest-il attendre? e je irroy en l'espesse, e fray la beste venir cest chemyn par ycy.» «Oïl,» ce dit le roy. Hastivement sayly en le espesse de la forest, e comanda sa meyné hastivement prendre le roy Johan, «quar je l'ay amenéé sà folement ou treis chevaliers; e tote sa meysné est de l'autre part la foreste.» Ffouke e sa meyné saylyrent hors de la espesse, e escrièrent le roy e le pristrent meintenant, etc. (Roman de Foulques Fitz-Warin, Ms. du Musée Britannique, fonds du Roi, no12 .c. xii, fol. 116, vo, ligne 17 et suiv.)
On nous pardonnera de citer ici un autre passage de ce roman qui contient une histoire plus vieille qu'on ne le croit généralement.
....Ffouke vist un maryner qe sembla hardy e feer, e le apela à ly e dit: «Bel sire, est ceste nef là vostre?» «Sire, fet-il, oyl.» «Q'est vostre noun?» «Sire, fet-il. Mador del Mont de Russie, où je nasqui.» «Mador, fet Ffouke, savez-vous ben cest mester, e amener gentz par mer en diverses régions?» «Certes, syre, il n'y ad terre renommée par la cristieneté qe je ne saveroy bien e salvement mener nef.» «Certes, fet Ffouke, molt avez perilous mester. Dy-moi, Mador, bel douz frère, de quel mort morust ton père?» Mador ly respond qe neyetz fust en la mer. «Coment ton ael?» «Ensement.» «Coment ton besael?» «En meisme la manère, e tous mes parente qe je sache tanqe le quart degréé.» «Certes, dit Ffouke, molt estes fol hardys qe vous osez entrer la mer.» «Sire, fet-il, pur quoy? chescune créature avera la mort qe ly est destinée. Sire, fet Mador, si vous plest, responez à ma demande.Où morust ton père?» «Certes en son lyt.» «Où son ael?» «Ensement.» «Où votre besael?» «Certes, trestous qe je sai de mon lignage morurent en lur lytz.» «Certes, sire, fet Mador, depus qe tot vostre lignage morust en litz, j'ai grant merveille que vous estes oséé d'entrer nul lyt.» E donqe entendy Ffouke qe ly mariner ly out vérité dit qe chescun home avera mort tiele come destinée ly est, e ne siet lequel en terre ou en ewe. (Roman de Foulques Fitz-Warin, Ms. du Musée Britannique, Bibliothèque du Roi, no12.C.XII, fol. 113, vo, ligne 28.)
Page 37, vers 1015.
Le manuscrit portecachiés.
Page 42, vers 1147.
Voyezle Roman du Renart, tomeI, p. 63, v. 1660. L'interjectionxi xique profère encore le peuple pour exciter deux chiens à se battre, n'est autre chose que le motocci, ouochi, tue.
Page 43, vers 1185.
Neuf-Castel, village du département du Pas-de-Calais, dans le canton de Samer et l'arrondissement de Boulogne, ville dont il est éloigné de trois lieues.
Page 45, vers 1240.
Voyezle Roman du Renart, tomeI, p. 192, v. 5150. Ce proverbe se retrouve aussi parmi lesProverbes rurauz et vulgauz, Ms. de la Bibliothèque Royale, fonds de Notre-Dame, no274 bis, fol.II, recto, col. 1.
Dans le monument de Louis de Brezé, mort en juillet 1531, et mari de la fameuse Diane de Poitiers, qui le lui fit élever dans la cathédrale de Rouen, «sur la frise du premier ordre, au-dessous de quelques figures portantdes festons, on lit cette devise:Tant grate chevre que mal giste.»—Rouen, Précis de son histoire, etc., par Théod. Licquet. Rouen, Édouard Frère, 1830, in-12o, p. 49.
Page 48, vers 1321.
Sangatte est un village du département du Pas-de-Calais, à une lieue ouest-sud de Calais, et à sept de Boulogne. Voyez une notice sur cet endroit dans lesAnnales de Calais et du Pays reconquis(par Pierre Bernard). A Saint-Omer, de l'Imprimerie de Louis-Bernard Carlier, 1715, in-4o, p. 545-547.
Page 50, vers 1366 et suivants.
Cette coutume étoit orientale. Voyez laBibliothèque orientalede d'Herbelot aux motsHarmosanetOmar; l'Histoire des Croisadesde M. Michaud, dernière édition, tomeII, p. 332; lesExtraits des Historiens arabes relatifs aux Croisades, par M. Reinaud, p. 197; et l'Histoire de Saladin, par Marin, tomeII, p. 22; voyez aussile Roman de Rou, tomeII, p. 188, v. 12554 et suiv., et 12564. On lit dans leRoman de Godefroi de Bouillon:
Cuvers, ço dit Rainals, fait as grant traïson:Doné m'as à mangier, or m'ocis à laron.Jà ne te garira Tervagant33ne MahonQue crestiien ne prendent de toi la vengison.
(Ms. de la Bibliothèque Royale, supplément françois, no5408, fol. 82, vo, col. 1, v. 23. )
Page 51, vers 1399 et suivants.
Voyez sur les lépreux une note dans lesMetrical Romances,publiés par Weber, t.III, p. 365, etTristan le voyageur, ou la France au XIVesiècle, par M. de Marchangy. A Paris, chez F. M. Maurice,M DCCC XXV, in-8o, tomeI, p. 94 et suiv.; mais les renseignements les plus satisfaisants qu'on peut désirer sur cette matière se trouvent dans les statuts d'un hôpital de Saint-Julien ou de lépreux, datés de 1329, et qu'on lit dans l'Auctarium addimentorum, annexé à l'Historia majorde Mathieu Paris, édit. de Londres, 1640, p. 247-260. Quant à la cliquette que portoient les lépreux, c'étoit un instrument composé de deux petites planchettes réunies à leur extrémité par une charnière, et qui servoit à avertir les passants de la présence de ces malheureux. Dans une gravure sur bois qui se trouve dansle Miroir de la Rédemption humaine, Paris, pour Antoine Verard, sans date, in-folio, gothique, feuillet signé & iii, on voit lepovre ladrecouché, ayant derrière lui une besace et une cliquette à la main. On lit dansPantagruel, liv.II, chap.XIX, «Et...faisoyt son, tel que font les ladres en Bretaigne avec leurs cliquettes.» Enfin, dans un fragment d'unRoman de Tristan, appartenant à feu M. Francis Douce, on lit les vers suivants:
Mult fud Tristan surpris d'amur,Ore s'atorne de povre atur,De povre atur, de vil abit,Que nuls ne que nule quitNe aperceive que Tristan seit;Par un herbe tut les deceit.Sun vis em fait tut eslever,Cum se malade fust, emfler;Pur sei seurement covrir,Ses pez e se mains fait vertir;Tut s'aapareille cum fuz lazre,E puis prent un hanap de mazreKe la réine li dunaLe primer an qu'il l'amat;Mès i de buis un gros nuel,Si s'apareille un flavel;A la curt le rei puis s'en vad,E près des entrées se trait,E desir mult à saverL'estre de la curt e veer;Sovent prie, sovent flavele;Ne puet oïr nul noveleDunt en sun quer amé seit.Li reis un jur feste teneit,Si'n alat à la halte glisePur oïr i le grant servise;Eissuz en est hors del palès,E la réine vent après.Tristran la veit, del sun li prie;Mais Ysolt n'el reconnuit mie,E il vait après, si flavele;A halte vuiz vers li apele,Del sun requert pur Deu amurPitusement, par grant tendrur.Grant eschar en unt li serjantCum la reine vait si avant.Li uns l'empeinst, l'altre le bute,E si'l metent hors de la rute;L'un manace, l'altre le fert.Il vait après, si lur requertQue pur Deu alcun ben li face;Ne s'en returne pur manache.Tuit le tenent pur ennuius,Ne sevent cum est besuignus.Suit le tresquanz en la capele,Crie e del hanap flavele.Ysolt estuit ennuié,Regarde le cum femme irée;Si se merveille que il aitKi pruef de li itant se trait,Veit la hanap qu'ele cunuit,E Tristran ert ben s'aperçutPar un gent [cors], par sa faiture,Par la furme de s'estature.En sun cuer en est effréeE el vis teinte e colurée,Kar ele ad grant poür del rei;Un anel d'or trait de sun dei,Ne set cum li puisse duner,En sun hanap le volt geter.Si cum le teneit en sa main,Aperceue en est Brenguen;Regarde Tristran, si'l cunut,De sa cuintise s'aperçut;Dit lui qu'il est fols e bricunsKi si embat sur les baruns,Les serjanz apele vilainsQui les suffrent entre les seins,E dit à Ysolt qu'ele est feinte:«Dès quant avez esté si seinte,Que dunisez si largementA malade u à povre gent?Vostre anel doner li vulez?Par ma fei! dame, nun ferez.Ne donez pas à si grant fèsQue vus repentez en après,E si vus ore li dunisezUncore hui vus repentirez.»A serjanz dit, qu'illuques veit,Que hors de l'église mist seit;E cil le metent hors, al l'us,E il n'ose prier plus.
(Fol. 4, ro, col. 1.)
Page 51, vers 1400.
Le motflavelet nonflanel, comme nous l'avons écrit, signifiesonnetteselon Lacombe, etflageolet, suivant Roquefort.Voyezci-dessus la citation duRoman de Tristan.
Page 52, vers 1422.
Estachier(et nonescachier), homme qui marche à l'aide d'une jambe de bois. Le motestache, d'où vientestacade, signifie poteau, pieu, chose à laquelle on attache. Voyez leGlossairede M. de Roquefort, au motestac.
S'or n'en pense cil Sire qui reçut la coléeA la saintismeestacheen le pierre quarée,Richart e sa compaigne ert tote à mort livrée.
(Roman de Godefroi de Bouillon, Ms. supplém. franç., no5408, fol. 136, vo, col. 1, v. 37.)
Les croisés parcourant Jérusalem disent:
E véés là l'estacelà ù on le loiaEt ù on le bati et on le coloia.
(Id. ibid., fol. 142, vo, col. 1, v. 31.)
Page 54, vers 1499.
Nous avons commis ici une erreur; leWsurmonté d'une abréviation qu'on lit dans le Ms. signifieWilliaumes, nom que nous avons plus haut suivi d'un autre presque semblable àMont-Chavrel. Voyez p. 20, v. 532.
Page 55, vers 1506.
On trouve un fait semblable dans un roman que nous avons déjà cité:
«Le roy fist grant damage mout sovent à sire Ffouke, e sire Ffoukes tot fust-il fort e hardy, yl fust sages e engynous; quar le roy e sa gent pursiwyrent molt sovent sire Ffouke par le esclotz des chyvals, e Ffouke molt sovent fist ferrer ces chyvals e mettre les fers à revers, issint qe le roy de sa sywte fust desçu e engynéé. (Roman de Foulques Fitz-Warin, Ms. du Roi, Musée Britannique, no12.c.XII, fol. 109, vo, ligne 13.)
On lit dans une chronique que le fameux Robert Bruceusa de ce stratagème pour échapper à Jean Comyn, qui l'avoit trahi:
«Contigit quòd in crepusculo nix immanis descenderat, et totam terræ superficiem coöperuerat. Unde (Robertus Bruce) vocavit quendam fabrum, et in stabulo, nemine sciente præter fabrum, stabularium et secretarium, fecit amovere omnia ferramenta trium suorum optimorum equorum, et retrogradè affigi ungulis caballorum.»—Joannis de Fordun Scotichronicon, etc., ed. curâ Walteri Goodall. Edinburgi: typis et impensis Roberti Flaminii.M.DCC.LIX, 2 vol. in-fol., vol. 2, liv. 12, p. 226.
Page 58, vers 1601.
Le Ms. porteenmenra.
Page 59, vers 1633.
Gargate, gosier. Ce mot se trouve dans Chaucer:
And dan Russel the fox stert up atones,And by thegargathente chaunteclere.
(Canterbury Tales. The Nonnes Preestes Tale, v. 15341.)
Page 61, vers 1698.
Buens, volontés. Ce mot s'est conservé dans l'anglois,boon.
Page 62, vers 1707.
Baudouin d'Aire est nommé dans une charte comme ôtage de Race de Gaure. Cette charte se trouve dans Baluze,Miscellanea, tomeVII, p. 250, et dans leRecueil des Historiens des Gaules et de la France, vol.XVII, p. 105.
Page 63, vers 1732.
Il est ici question de Montreuil-sur-mer, chef-lieu d'arrondissement dans le département du Pas-de-Calais.
Page 63, vers 1736.
Beaurains est un village du département du Pas-de-Calais, à une lieue et dans l'arrondissement d'Arras.
Page 63, vers 1737.
Guillaume de Fiennes, l'une des baronnies du comté de Guines, appelée anciennement dans les chartes Filnes. Fielnes et Fienles, étoit fils d'Enguerrand qui, ayant accompagné Philippe, comte de Flandres, en Terre sainte, y fut tué par les Sarrasins. La mère de Guillaume étoit Sybille de Tingry, sœur et héritière de Guillaume Faramus, sire de Tingry. Guillaume de Fiennes épousa en premières noces Agnès de Dammartin, sœur de Renaut, comte de Dammartin et de Boulogne, et deux fils qu'il en eut furent, suivant une charte que nous avons déja citée à propos de Wales de la Capelle, donnés en ôtage au roi Jean d'Angleterre par leur oncle. Voyez leRecueil des Historiens des Gaules, etc., tomeXVIII, p. 579; André du Chesne, ouvrage déja cité, liv.III, p. 85 et 86; et les Pères Anselme et Simplicien,Histoire généalogique de la maison royale de France, etc., 3eédit., tomeVI, p. 168, B.
Page 63, vers 1741.
Cance, rivière qui sépare l'Artois de la Picardie.
Page 63, vers 1745.
Le motJumiausdésigne peut-être Jumièges, ancienne abbaye de bénédictins en Normandie, au pays de Caux et sur la Seine.
Page 63-64.
Pareille aventure arriva à Robin Hood.
What is in your cofers? sayd Robyn,Trewe than tell thou me.Syr, he sayd, twenty marke,Al so mote I the.Yf there be no more, sayd Robyn,I will not one peny;Yf thou hast myster of ony more,Syr, more I shall lende to the;And yf I fynde more, sayd Robyn,I wys thou shalte it forgone;For of thy spendynge sylver, monk,Therof wyll I ryght none.Go nowe forthe, Lyttell Johan,And the trouth telle thou me;If there be no more but twenty marke,No peny that I se.Lytell Johan spred his mantell downe,As he had done before,And he tolde out of the monkes maleEyght hundreth pounde and more.
What is in your cofers? sayd Robyn,Trewe than tell thou me.Syr, he sayd, twenty marke,Al so mote I the.
Yf there be no more, sayd Robyn,I will not one peny;Yf thou hast myster of ony more,Syr, more I shall lende to the;
And yf I fynde more, sayd Robyn,I wys thou shalte it forgone;For of thy spendynge sylver, monk,Therof wyll I ryght none.
Go nowe forthe, Lyttell Johan,And the trouth telle thou me;If there be no more but twenty marke,No peny that I se.
Lytell Johan spred his mantell downe,As he had done before,And he tolde out of the monkes maleEyght hundreth pounde and more.
(A lyttel geste of Robyn Hode.The fourth fytte, v. 153.Robin Hood, etc., by Joseph Ritson. London: William Pickering, etc., 1832, petit in-8o, tomeI, p. 44.)
Page 64, vers 1756 et 1757.
Ces vers sont imparfaits de quelques mots qui ont été grattés dans le Ms.
Page 64, vers 1768.
Escouce, secoue, fouille.
Page 69, vers 1894.
Le motmaisnieoumesnie, qui signifiemaison, se retrouve dans l'adjectif angloismenial, qui veut diredomestique.
Page 69, vers 1914.
Le motGenesiesdésigne les îles de Jersey et Guernesey.
Page 70, vers 1931.
Godehieren'est autre chose qu'une altération des mots anglo-saxonsgode herequi signifientbon seigneur.
Page 70, vers 1932.
Vinceneselsemble composé des mots angloisVincence(Vincent), ethelp(aide).Vincenti, adjuva. Nous demandons à rapporter pour exemple de cette exclamation un fabliau inédit qui se trouve dans le Musée Britannique. Ms. Cottonien, Cleopatra, A.XII, fol. 64, ro.
Del Harpur a Roucestre.