Chapter 15

« Tu sais, mon Hervé, disait-elle, combien je t’aime et comme je pense à toi tout le long du jour. Prends donc bien garde à ta santé ! Je ne dis pas aux balles et aux obus ; je sais que mon enfant fera grandement son devoir comme un Kéravan qu’il est : « Bon sang ne peut mentir ! » Mais veille à ta santé, pour ta vieille grand’mère qui t’en prie, si ce n’est pour toi.

« Je dis mon chapelet matin et soir pour que sainte Anne et la Vierge te protègent. Qu’elles gardent ton corps sain et ton âme sans tache. Je sais que tu ne négliges aucun de tes devoirs. Cependant je te rappelle que tu m’as promis de dire la prière que je t’ai envoyée chaque fois que tu devras aller à l’assaut. Y penses-tu ? Je dors si peu que chaque nuit, je te suis en pensée, je te vois… sachant que ces heures de la nuit sont les plus terribles pour les combattants. Je te recommande à Celui qui peut tout et je Le supplie de me rendre le fils bien-aimé qui est le seul bonheur de ma vie !

« Je t’aime et t’embrasse de toutes mes forces.

« Ta grand’mère affectionnée.

Pour Mme de Kéravan :

(Signature illisible.)

— Il ne saura pas que c’est moi, se dit Diane en écrivant ; il ne connaît pas mon écriture. S’il apprenait jamais, qu’en penserait-il ?

Eh bien ! après tout, M. de Kéravan pourrait-il lui en vouloir d’avoir témoigné de la bonté envers son aïeule ?

Dès lors, la lettre hebdomadaire adressée au lieutenant de Kéravan fut écrite de la main de Diane de Trivières, qui évitait toujours de signer lisiblement.

Les mois de janvier et février s’écoulèrent. Hervé ne parlait pas encore de permission.

Lorsque après la première lettre de Diane, il avait demandé, anxieux d’apprendre la réponse : « Qui donc écrit maintenant ? », Mlle de Trivières, dans la lettre suivante, avait modestement supprimé les éloges dont voulait la couvrir la vieille dame, pour répondre simplement : « La personne qui me sert de secrétaire est une de nos voisines. Elle s’est offerte à remplacer Corentine et s’acquitte avec plaisir de cette tâche. » Et le lieutenant avait eu beau insister, supplier qu’on lui dît un nom, il n’en avait pas appris davantage.

Mais le temps marchait. Les offensives du printemps 1918 allaient bientôt commencer.


Back to IndexNext