Chapter 12

[184]Guillaume de Puylaurens, cité par les Bollandistes.

[184]Guillaume de Puylaurens, cité par les Bollandistes.

[185]La fondation de Prouille a été attribuée à Foulques.

[185]La fondation de Prouille a été attribuée à Foulques.

La Milice se développa rapidement, rattachant à l’Ordre des milliers de personnes de tout sexe, de toute condition, de tout âge, et rendant l’action de saint Dominique plus vaste et plus profonde. Désormais, les laïques devinrent ses coopérateurs, et le mot d’ordre qu’il leur donna fut rapidement transmis au sein des familles et dans tous les milieux. Le tertiaire, en effet, portait les insignes de l’Ordre, se soumettait à des pratiques religieuses particulières, et adoptait un genre de vie plus austère, mais il restait dans le monde : le mari gardait sa femme, la femme son mari, l’artisan son métier, le professeur sa chaire, le fonctionnaire son emploi. Des souverains purent dissimuler l’habit de tertiaire sous le manteau royal, et des cardinaux sous la pourpre. Mais, à quelque condition qu’il appartînt et quelle que fût sa dignité, le tertiaire devait recevoir les instructions des Frères et les exécuter dans sa sphère d’action, avec ses moyens propres. Comme le disait son nom, cette association était vraiment une Milice dont les religieux étaient les chefs invisibles, mais toujours actifs. « Par la création des Frères Prêcheurs, dit Lacordaire[186], Dominique avait tiré du désert une phalange monastique ; il les avait armés du glaive de l’apostolat. Par la création du Tiers Ordre, il introduisit la vie religieuse jusqu’au sein du foyer domestique et au chevet du lit nuptial. Le monde se peupla de jeunes filles, de veuves, de gens mariés, d’hommes de tout âge qui portaient publiquement les insignes d’un Ordre religieux, et s’astreignaient à ses pratiques, dans le secret de leurs maisons… On ne croyait plus qu’il fallait fuir du monde pour s’élever à l’imitation des saints : toute chambre pouvait devenir une cellule, toute maison une thébaïde. L’histoire de cette institution est une des plus belles choses que l’on puisse lire ; elle a produit des saints sur tous les degrés de la vie humaine, depuis le trône jusqu’à l’escabeau, avec une telle abondance que le désert et le cloître pouvaient s’en montrer jaloux. »

[186]Vie de saint Dominique, p. 282.

[186]Vie de saint Dominique, p. 282.

Tel était l’Ordre avec ses trois grands corps, rattachés l’un à l’autre par une étroite hiérarchie, avec ses observances et ses règlements, dont la rigueur variait pour favoriser chez les uns la vie active, chez les autres la vie contemplative ; système vaste, mais harmonieux, où la mysticité la plus ardente s’alliait à l’esprit pratique le plus positif, où l’on travaillait, en même temps et avec autant de zèle, à sa propre sanctification et à celle du prochain, reproduction parfaite en des milliers de personnes, d’un modèle unique qui était le fondateur même de l’Ordre, saint Dominique.

Pour que l’œuvre fût durable, il fallait pourvoir à la régularité de son fonctionnement. Des circonstances imprévues pouvaient réclamer des règlements nouveaux, provisoires ou définitifs, des négociations ou des mesures exceptionnelles. Réunis à Bologne, en 1220, sous la présidence de leur Maître, les Pères décidèrent que, pour trancher les graves questions d’intérêt général, le Chapitre de tout l’Ordre se tiendrait désormais chaque année, dans l’un des deux grands centres dominicains, Paris et Bologne[187]. Il fallait aussi prévoir que l’institution ne conserverait pas toujours intactes l’austérité et la rigueur des premiers temps et que des abus se glisseraient dans l’ensemble de l’œuvre et dans chacune de ses parties. Le Maître général devrait y veiller avec les visiteurs qu’il enverrait dans les provinces et les couvents. Enfin, puisque le nombre des monastères devenait chaque année plus grand, il fallait les rattacher les uns aux autres par les liens étroits d’une forte hiérarchie, en établissant des intermédiaires entre eux et le Maître. Ce fut à cette tâche que se consacra plus spécialement le second Chapitre général, qui se tint encore à Bologne, en mai 1221, sous la direction de saint Dominique. Les actes de cette assemblée ne nous sont pas plus parvenus que ceux du premier Chapitre. Nous savons toutefois qu’elle groupa les monastères dominicains en huit provinces ayant chacune à sa tête un provincial, intermédiaire entre les monastères de sa circonscription et le Maître général. Ce furent l’Espagne, la Provence, la France, la Lombardie, Rome, l’Allemagne, la Hongrie, l’Angleterre ; elles reçurent pour provinciaux Suéro Gomez, Bertrand de Garrigue, Mathieu de France, Jourdain de Saxe, Jean de Plaisance, Conrad le Teutonique, Paul de Hongrie, Gilbert de Frassinet[188].

[187]Plus tard, d’autres villes purent être choisies pour la tenue du Chapitre.

[187]Plus tard, d’autres villes purent être choisies pour la tenue du Chapitre.

[188]Échard, t. I, p. 20. — B. Gui,Brevis historia O. P.(Ampl. Coll., t. VI, p. 350.)

[188]Échard, t. I, p. 20. — B. Gui,Brevis historia O. P.(Ampl. Coll., t. VI, p. 350.)

L’Ordre était organisé définitivement ; sans craindre d’en compromettre la prospérité, saint Dominique aurait pu l’abandonner à lui-même, comme il avait voulu le faire en 1220, pour courir chez ces barbares Cumans dont il rêvait toujours de devenir l’apôtre. La Providence ne le permit pas : saint Dominique avait achevé la tâche qui lui avait été assignée sur terre, il ne lui restait plus qu’à aller recevoir au ciel la récompense méritée.


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