[Pas d'image disponible.]Fig. 152.—Armoiries qui étaient sur la première porte d’entrée du Mont-Saint-Michel. D’après un dessin de M. Rottremont; ms nº 4902 à la Bibliothèque nationaleXVIIIᵉ siècle.
Fig. 152.—Armoiries qui étaient sur la première porte d’entrée du Mont-Saint-Michel. D’après un dessin de M. Rottremont; ms nº 4902 à la Bibliothèque nationaleXVIIIᵉ siècle.
Fig. 152.—Armoiries qui étaient sur la première porte d’entrée du Mont-Saint-Michel. D’après un dessin de M. Rottremont; ms nº 4902 à la Bibliothèque nationaleXVIIIᵉ siècle.
Lesconstructions gigantesques s’élevant au nord du Mont-Saint-Michel furent appelées dès leur origine:la Merveille.
«Les grands bâtiments, qui donnent sur la pleine mer au nord, peuvent passer pour le plus bel exemple que nous possédions de l’architecture religieuse et militaire au moyen âge; aussi les a-t-on nommés de tout temps la Merveille[7].»
Cette immense construction se compose de trois étages: celui inférieur comprenant l’aumônerie et le cellier; celui intermédiaire, le réfectoire et la salle des Chevaliers; celui supérieur, le dortoir et le cloître. Il faut remarquer qu’elle est formée de deux bâtiments juxtaposés et réunis, orientés de l’est à l’ouest, et contenant en hauteur: celui de l’est, l’aumônerie, le réfectoire, le dortoir, et celui de l’ouest, le cellier, la salle des Chevaliers et le cloître.
La Merveille date des premières années du treizième siècle. Elle fut commencée vers 1203 (ou 1204) par Jourdain[8], à qui le roi de France Philippe II envoya «une grande somme de deniers» pour réparer les désastres de l’incendie allumé en 1203 par les Bretons, conduits par leur duc Guy de Touars; sa construction, continuée par les abbés successeurs de Jourdain, fut achevée en 1228.
Ces superbes bâtiments, construits entièrement en granit, furent élevés d’un jet hardi, sur un plan savamment et puissamment conçu sous l’inspiration de Jourdain et que les successeurs de cet abbé suivirent religieusement jusqu’à la fin. Il faut rendre hommage à cette œuvre grandiose, et l’admirer, en songeant aux efforts énormes qu’il a fallu faire pour la réaliser aussi rapidement (c’est-à-dire en vingt-cinq ans), au sommet d’un rocher escarpé, séparé du continent par la mer ou une grève mobile et dangereuse, cette situation augmentant les difficultés du transport des matériaux qui provenaient des carrières de la côte, d’où les religieux tiraient le granit nécessaire à leurs travaux. Une partie de ces matériaux, fort peu importante du reste, était extraite de la base du rocher même; mais si la traversée de la grève était évitée, il existait néanmoins de grands obstacles pour les mettre en œuvre après les avoir montés au pied de la Merveille, dont la base est à plus de 50 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Bien que des différences se remarquent dans la forme des contreforts extérieurs, différences résultant des dispositions intérieures des salles, il n’en est pas moins certain que les deux bâtiments composant la Merveille ont été combinés et construits en même temps. Il suffit, pour en être convaincu, d’étudier leurs dispositions générales, surtout l’arrangement particulier de l’escalier ménagé dans l’épaisseur du contrefort, au point de jonction de ces deux bâtiments et couronné par une tourelle octogonale; cet escalier prend naissance dans l’aumônerie, dessert la salle des Chevaliers à l’ouest, et aboutit au dortoir, à l’est, puis au crénelage au-dessus, au nord.
Presque tous les historiens modernes du Mont-Saint-Michel, affirment que la Merveille fut élevée par Roger II, au commencement dudouzième siècle. L’un d’eux la fait même remonter au onzième siècle.
Nous avons vu quelle était la nature des ouvrages exécutés dans l’abbaye du temps de Roger II et quels sont ceux dont il fut l’auteur; nous pensons d’ailleurs avoir démontré péremptoirement qu’il n’est pas possible d’attribuer à cet abbé laMerveille, élevée un siècle plus tard, ce que nous croyons avoir prouvé en déterminant les diverses époques de sa construction.
Dom J. Huynes, dans sonHistoire générale[9], donne sur l’origine de la Merveille d’intéressantes indications:
«L’an mil cent quatre-vingt-six, le vingt-quatriesme du moys de Juin, Robert de Torigni estant mort, les religieux esleurent, environ treize mois après, Martin, religieux de ce mont, pour estre leur seiziesme abbé, lequel gouverna honorablement ce monastère, ne dissipant aucune chose mais ostant quelques biens d’iceluy des mains de ceux qui s’en estoient emparez depuis la mort de son prédécesseur.
«Estant mort l’an mil cent nonante ou nonante et un, le dix neufiesme de febvrier, les religieux l’enterrèrent en cette église et eslurent pour luy succéder le douziesme du moys de mars ensuivant Jourdain, un d’entre eux, et fut le dix-septiesme abbé de cette abbaye, laquelle il gouverna tousiours prudemment et y fut demeuré fort content si les Bretons, conduits par Guy de Touars, leur duc, n’eussent mis le feu en ce Mont et brûlé la ville et le monastère..... Le roy de France Philippe second, qui lors conquit cette province sur Jean sans Terre, roy des Anglois, fut fort marry de cet incendie et, pour réparer la faute de Guy de Touars, il envoya une grande somme de deniers à cet abbé Jourdain qui, sous la faveur du dit roy, fit recouvrir l’église et les bastimens du monastère, lesquels il ne put faire parachever, la mort se venant saisir de luy l’an mil deux cents douze le sixiesme jour d’aoust».
Le texte latin cité (en note) par le même auteur[10]est plus explicite et constate les travaux considérables commencés par Jourdain: «Le6 août 1212 mourut Jourdain, abbé du Mont; son corps fut enterré à Tombelaine (ou Tombelene). De son temps, l’église fut brûlée par les Bretons; c’est lui qui en refit la toiture et consacra à la construction de la tour et du réfectoire, du dortoir et du cellier, les deniers qu’il devait à la libéralité de Philippe, roi de France, qui, à cette époque, chassa les Anglais de Normandie.»
Selon dom Mabillon, le monastère fut reconstruit après l’incendie allumé par les Bretons[11].
L’incendie allumé par Guy de Touars en 1203 détruisit les toitures de l’église, ne laissant debout que les murs et les parties voûtées. Les bâtiments, ainsi que les galeries voûtées de l’Aquilon et du promenoir ou cloître, élevés par Roger II au commencement du siècle précédent, furent seuls préservés; le reste des bâtiments abbatiaux, qui s’étendaient alors au nord de l’église, fut détruit, sauf les murs. Jourdain, riche des libéralités de Philippe-Auguste, les reconstruisit en suivant les traditions bénédictines, mais sur un plan beaucoup plus grand, et, si l’on en croit la légende, pour la satisfaction de ses goûts fastueux, ce qui ne saurait lui être reproché, en admettant l’exactitude du fait, puisqu’ils ont produit un magnifique ouvrage qui fait encore l’admiration des temps modernes.
La figure 25, de la deuxième partie de ce volume, reproduit la vue d’ensemble de la face nord du Mont-Saint-Michel. Elle montre la façade septentrionale de la Merveille et ses chemins de ronde au pied; à droite du dessin s’étendent les constructions de Roger II et de Robert de Torigni; au-dessus, l’église avec sa nef romane réduite à quatre travées, son lourd clocher moderne et son chœur du quinzième siècle; à gauche, sur les escarpements du rocher, les remparts, au-dessus desquels se voient l’entrée de l’abbaye et quelques maisons de la ville; au bas du rocher, la chapelle Saint-Aubert; vers le milieu, les ruines de la tour fortifiée qui renfermait la fontaine Saint-Aubert; sur les rampes du rocher, les vestiges de l’escalier montant aux chemins de ronde.
Dès 1203 ou 1204, Jourdain commença la construction de la Merveille; il fit élever la salle de l’aumônerie, le cellier, le réfectoire (au-dessous de l’aumônerie), inachevé à sa mort, arrivée le 6 août 1212.
Son successeur, Raoul des Isles (1212-1218), continua ses travaux: «Radulphe, second du nom, surnommé des Isles, religieux de ce Mont, ayant esté esleu pour luy succéder, continua de faire réparer les édifices, entre autres le grand réfectoire (auquel son prédécesseur avoit desja commencé à faire travailler) qu’il fit faire presque tout de neuf....»
Raoul des Isles mourut en 1218 et Thomas des Chambres (1218-1225) lui succéda; c’est à ce dernier abbé qu’il faut attribuer la salle dite des Chevaliers et le dortoir. Le cloître fut commencé par lui et achevé, vers 1228, par son successeur, Radulphe ou Raoul de Villedieu: «Incontinant après la mort de Thomas des Chambres, les religieux esleurent Radulphe de Villedieu, l’un d’entre eux, pour luy succéder, lequel fit faire tous ces beaux piliers du cloistre et toutes les figures qu’on voit au-dessus avec cinquante huict roses toute diverses. Mais ce qui est de plus admirable, c’est qu’on voit là du costé de l’occident sainct François, patriarche des Frères Mineurs, représenté selon la forme et la figure que l’abbé Joachin l’avoit faict peindre dans Saint-Marc de Venise auparavant que ce sainct eût fondé son ordre. Au costé de cette image en bosse le dit abbé Radulphe fit mettre les paroles suivantes que nous y voyons encore:S. Franciscus canonizatus fuit anno Domini..... M.CC.XXVIII quo claustrum istud perfectum anno Domini.C’est-à-dire: «Sᵗ François a esté canonizé l’an de Notre Seigneur mil deux cens vingt huict, auquel an de Notre-Seigneur ce cloistre a esté parfaict[12].»
La Merveille fut donc achevée en 1228 par Raoul de Villedieu. Quelques autres travaux y furent faits ou commencés par Richard II, surnommé Tustin, qui fut élu en 1236, après la mort de Raoul de Villedieu[13].
On voit encore dans le cloître, sur le côté extérieur de la galerie de l’ouest, une porte à triple arcature[14]; c’est l’entrée du chapitre, lequelfut seulement commencé par Richard Tustin. L’état de ruine des substructions joignant la salle des Chevaliers et le cellier au-dessous ne permet pas de déterminer si les salles indiquées par le texte latin furent bâties, puis détruites, ou si elles ne reçurent qu’un commencement d’exécution. Richard Tustin fit de son temps des travaux importants sur d’autres points de l’abbaye.
Ces citations et ces notes donnent les preuves les plus certaines que l’abbaye, dans sa plus grande partie, sauf l’église et les salles voûtées au nord, fut reconstruite dans les premières années du treizième siècle. Elles attestent que les superbes bâtiments formant l’ensemble de laMerveille, debout tout entiers[15], furent conçus par Jourdain, commencés par lui en 1203 ou 1204, continués sur ses plans scrupuleusement suivis par ses successeurs, et achevés en 1228. Enfin, elles démontrent qu’il est impossible, après un examen sérieux, de les confondre avec les bâtiments infiniment plus modestes qui nous ont été également conservés et qui sont les témoins authentiques des travaux faits par Roger II dans le siècle précédent.
A défaut de tous ces précieux renseignements, l’architecturede ces divers édifices fournirait seule les documents,parlantspour ainsi dire, les plus sûrs et les plus incontestables pour rétablir les dates de leurs constructions respectives. Il suffit de comparer les dispositions architecturales des galeries de l’Aquilon et du promenoir avec celles des salles de la Merveille et d’en étudier les détails architectoniques, pour être convaincu que ces diverses constructions n’ont pas été élevées à la même époque.
L’examen de ces détails, ajouté à tout ce qui précède, prouve surabondamment que les salles superposées de l’Aquilon et du promenoir sont du douzième siècle et que la Merveille tout entière est du treizième siècle.
D’ailleurs, les caractères de l’architecture sont absolument différents dans ces divers bâtiments. Autant les constructions de Roger, lourdes, massives et presque grossières, se ressentent des difficultés et des luttes de toute nature au milieu desquelles elles ont été élevées, et sont le reflet destemps troublés où elles ont pris naissance, autant celles de Jourdain sont grandes, hardies et, alliant la force à la beauté, forment un admirable ensemble, créé, grâce aux largesses royales de Philippe-Auguste, pendant la période de prospérité où l’art du moyen âge avait pris un puissant développement et nous a légué un des plus magnifiques exemples de l’architecture française.
LaMerveille est, comme on l’a vu plus haut, formée de deux bâtiments juxtaposés s’élevant au nord de l’église et orientés de l’est à l’ouest.
Les figures 52 et 55, coupes transversales de ces deux parties, montrent leur position par rapport à l’église et suivant la déclivité du rocher; elles montrent également les détails de la structure des salles superposées.
La figure 55 est la coupe transversale faite sur une des travées du bâtiment vers l’est, qui se compose: de l’aumônerie; du réfectoire, au fond duquel est la vaste cheminée à double foyer dont on voit les souches au-dessus du comble; du dortoir supposé restauré et recouvert de sa charpente apparente en berceau.
La figure 52 donne la coupe transversale du bâtiment vers l’ouest, qui est formé du cellier, de la salle des Chevaliers et du cloître au-dessus, couronné par le pignon ouest du dortoir.
Les divers étages de la Merveille doivent être l’objet d’une description particulière que nous croyons utile de faire dans l’ordre où ils ont été bâtis.
L’aumônerie à l’est et le cellier à l’ouest, formant l’étage inférieur, sont les premiers ouvrages de Jourdain, commencés par lui vers 1203 ou 1204, suivant un plan savamment conçu, ainsi que le prouve la construction de ces deux salles basses, prévoyant par la disposition des pilesinférieures, la superposition, sur ces piles, des colonnes supportant les voûtes des deux salles hautes; le réfectoire à l’est et la salle des Chevaliers à l’ouest.
L’aumônerie,ou salle des Aumônes, est composée de deux nefs. Les voûtes d’arêtes, de forme ogivale, reposent sur une épine de fortes colonnes dont la base et le chapiteau sont carrés. Elle est éclairée par huit fenêtres étroites à voussures profondes, percées entre les contreforts, deux à l’est et six au nord, divisées par un linteau dans la hauteur, largement évasées à l’intérieur de la salle et munies d’un banc en pierre dans l’ébrasement.
La porte s’ouvre au sud sur une petite cour; sous le porche qui la précède se trouve l’entrée de l’escalier renfermé dans la tour, dite des Corbins, qui cantonne l’angle sud-est de la Merveille. Cet escalier aboutit au dortoir et au chéneau du comble vers le sud, après avoir donné accès, à mi-hauteur, au crénelage de la courtine du châtelet.
Pendant le cours des études faites en 1872 pour la Commission des Monuments historiques, nous avons découvert, près de la porte d’entrée du sud, les débris d’un fourneau, et, au milieu des débris d’argile calcinée, quelques morceaux d’une coulée de métal blanc couvert d’oxyde vert, indiquant un alliage où le cuivre existe en assez grande quantité. Ce sont peut-être les restes d’un métal préparé pour la fabrication de cloches ou des monnaiesobsidionales, que les abbés du Mont furent autorisés à émettre, sous le règne de Charles VII, pendant les guerres des Anglais.
A l’extrémité de la salle de l’Aumônerie, vers l’ouest, une ouverture la fait communiquer à niveau avec le cellier. Cette baie à double feuillure présente une disposition particulière permettant de la clore par deux vantaux superposés, qui, vers l’aumônerie, étaient maintenus fortement fermés chacun par une traverse, engagée d’un côté dans une mortaisepratiquée sur un des pieds-droits, et de l’autre dans la muraille où, au moment de l’ouverture des vantaux, elle était logée, de toute la largeur de la porte, dans une ouverture carrée pratiquée à cet effet.
A droite de la double porte se trouve l’entrée de l’escalier ménagé dans l’épaisseur du contrefort, au point de jonction des deux bâtiments est et ouest. Cet escalier monte à la salle des Chevaliers, au dortoir, et aboutit au crénelage du nord au-dessus du dortoir.
Lecellier est formé de trois nefs dont les voûtes d’arêtes, ogivales et très aiguës dans les deux nefs latérales, reposent sur des piles carrées supportant les colonnes de la salle des Chevaliers au-dessus. Il est éclairé par cinq étroites fenêtres en ogive percées entre les contreforts. Vers l’ouest, une grande porte s’ouvre sur les terrasses et jardins en contre-bas, et devait établir la communication entre le cellier et la salle bâtie, et détruite ou simplement amorcée par Richard Tustin dans la seconde moitié du treizième siècle.
A droite de la porte, un escalier pratiqué dans l’épaisseur du mur conduit à la salle des Chevaliers au-dessus.
S’il fallait en croire les légendes, le cellier aurait été l’écurie des chevaliers de Saint-Michel. Il est certain qu’il existait au douzième siècle des écuries au pied du Mont, «ad Montis radicem»; mais les bâtiments qui les contenaient ayant été brûlés en 1203 et remplacés vers cette époque par les constructions de la Merveille, les écuries furent reportées alors dans lesfanilsou magasins de l’abbaye, au pied de la montagne au sud-ouest. Les nouvelles constructions de Jourdain étaient inaccessibles aux chevaux et, d’ailleurs, ces salles, et le cellier principalement, très convenablement disposées pour leurs destinations et très fraîches pour la conservation des provisions de l’abbaye, eussent été mortelles pour les chevaux. Il faut remarquer que l’ordre de Saint-Michel fut fondé parLouis XI en 1469, et qu’à cette époque la Merveille et les bâtiments formant l’entrée de l’abbaye,—comprenant Belle-Chaise, élevée par Richard Tustin, au treizième siècle, et le châtelet, bâti par Pierre Le Roy, dans les premières années du quinzième siècle,—étaient construits déjà, tels qu’ils existent encore, avec leurs nombreux et raides escaliers. Alors, comme aujourd’hui, il était impossible de faire monter les chevaux par ces escaliers, et surtout de les faire descendre par le même chemin.
Dans la deuxième travée, vers l’ouest et sous une des fenêtres, il a été ménagé une porte basse, qui s’ouvrait sur un pont-levis établi entre deux contreforts et dont on voit encore l’arc qui le soutenait lorsqu’il était baissé. Ce pont-levis, disposé en saillie sur la face du mur, de façon à échapper le talus de la base, servait à monter, au moyen d’une roue placée à l’intérieur du cellier, l’eau provenant de la fontaine Saint-Aubert, au bas du rocher, et qu’on emmagasinait dans le cellier pour les besoins de l’abbaye.
Le cellier a été appelé Montgommerie ou Montgommery, depuis la tentative infructueuse faite par ce partisan, en 1591, pour s’emparer par surprise du Mont-Saint-Michel.
Nous trouvons dans un des manuscrits de dom Jean Huynes de curieux détails sur les tentatives faites par les Huguenots, pendant les guerres de la Ligue, pour s’emparer de l’abbaye. Un des épisodes les plus intéressants de ces faits de guerre, dont les détails concernent particulièrement le cellier, a été reproduit dans la deuxième partie de ce volume, p. 325 à 327.
Leréfectoire, commencé par Jourdain et achevé par son successeur Raoul des Isles, vers 1215, est sans contredit la plus belle salle de la Merveille. Il se compose d’une double nef dont les voûtes formées par des arcs-doubleaux, des arcs-ogives ornés à leurjonction d’une rosette sculptée, retombent sur une épine de colonnes fondées sur celles de l’aumônerie.
Les proportions de cette salle sont des plus heureuses et, en raison de la simplicité des détails de l’architecture, l’effet général est très grand.
La figure 57 représente le réfectoire supposé restauré; elle en donne une idée exacte par la vue perspective qui complète les détails techniques du plan et de la coupe.
Le réfectoire est éclairé par neuf grandes fenêtres: six au nord, deux à l’est et une au sud, vers la tour des Corbins; contenues dans les arcades formées par les piles latérales des nefs, les arcs et les dosserets des voûtes, elles s’élèvent dans toute la hauteur du vaisseau, et sont divisées par un meneau supportant un linteau intermédiaire; elles sont munies d’un banc en pierre à leurs bases.
Dans la partie latérale nord, au-dessous d’une des fenêtres, dont le glacis inférieur est plus relevé que les autres au-dessus du sol, des latrines sont établies très ingénieusement ainsi que les deux entrées,discrètes, pratiquées obliquement dans l’épaisseur des murs.
La coupe (fig. 52) montre la structure des latrines, leur couverture en dalles, dont on retrouve les amorces parfaitement visibles sur les faces latérales des contreforts, entre lesquelles les latrines ont été établies. Elle fait voir également, au-dessus de cette couverture, l’arrangement de la fenêtre que l’on a prise pour lachaire du lecteur, suivant les appréciations des auteurs de nos jours, dont l’opinion n’est pas admissible après qu’on a examiné sérieusement les détails de la construction.
A l’extrémité du réfectoire, vers l’ouest, sur le mur qui le sépare de la salle contiguë des Chevaliers, se trouve une gigantesque cheminée à deux foyers, dont les souches couronnent le pignon ouest du dortoir. Une autre cheminée, dont on voit encore les vestiges, avait été faite sur le côté sud, probablement au point où se tenaient l’abbé ou les hôtes de distinction. Il n’existe pas, comme dans un grand nombre de réfectoires du même temps, de chaire bâtie en pierre; elle devait être en bois et elle a été détruite, comme tout le mobilier ancien de l’abbaye.
Les degrés qui partent de l’entrée du réfectoire montent au dortoir, au cloître et à l’église, et ont été construits, vers 1650, par l’agent du prince Henry de Lorraine, Pierre Beraud, sieur de Brouhé, «faisantpour cet effect percer une voûte». Avant cette époque, on accédait de l’église, du cloître et du dortoir au réfectoire, par deux voies détournées: l’une par l’église haute où l’escalier, ménagé dans un des contreforts au sud du chœur, arrive à l’église basse dont la porte latérale nord s’ouvre en face de l’entrée du réfectoire; l’autre par le degré descendant du passage, près de la porte latérale nord de la nef, au promenoir où, après l’avoir traversé, on trouve à droite un autre passage, longeant la salle des Chevaliers et aboutissant à l’entrée du réfectoire.
Lasalle dite des Chevaliers fut commencée vers 1215 par Raoul des Isles, mort en 1218. Thomas des Chambres, qui lui succéda, la termina vers 1220. Elle ne prit le nom desalle des Chevaliersqu’après l’institution de l’Ordre de Saint-Michel, fondé par Louis XI en 1469; c’était auparavant la salle des assemblées générales ou celle du chapitre de l’abbaye. Selon M. Viollet-le-Duc, cette salle était probablement, au treizième siècle, le dortoir de la garnison.
Quoi qu’il en soit, les dispositions générales de la salle des Chevaliers indiquent qu’elle était destinée à des réunions nombreuses. Ce qui le prouve, ce sont, indépendamment de ses vastes proportions, les trois latrines établies spécialement et uniquement pour le service de cette salle; deux sont placées au nord, en dehors, entre les contreforts reliés par des arcs. Elles sont précédées chacune d’un petit retrait, communiquant avec la salle, éclairé par deux rangs de fines arcatures trilobées.
Une troisième latrine, qui n’est autre que celle des anciens bâtiments abbatiaux du onzième siècle et qui a été utilisée par les constructeurs du treizième siècle, se trouve dans l’angle sud-ouest. On y accède par une petite porte en pan coupé et un passage ménagé dans l’épaisseur du mur ouest.
La salle des Chevaliers est formée de quatre nefs d’inégales largeurs; les deux premières rangées de colonnes, vers le nord, reposent sur les piles du cellier; la troisième rangée est fondée sur le rocher. Les voûtes, composées d’arcs-doubleaux, d’arcs-ogives, ornés à leur point de rencontre d’une clé sculptée, retombent sur des colonnes à bases octogonales très finement taillées; les chapiteaux, très richement et très vigoureusement sculptés, sont surmontés, comme ceux du réfectoire, de tailloirs circulaires à profils hauts profondément refouillés, qui ont tous les caractères particuliers des édifices normands du treizième siècle.
Deux grandes cheminées existent sur le mur de face nord; leurs larges manteaux pyramidaux montent jusqu’à la voûte où leurs sommets sont très heureusement mariés avec elle. Les conduits de ces cheminées s’élèvent au dehors, sur une série d’encorbellements ingénieusement combinés avec les contreforts dont ils surmontent les amortissements, et leurs souches couronnent le mur latéral nord du cloître.
La salle est éclairée, au nord, par des fenêtres de formes différentes, et à l’ouest par une grande baie, actuellement vitrée en partie, qui devait communiquer avec les constructions élevées, ou seulement commencées, par Richard Tustin vers 1260, et maintenant détruites. A l’est, une petite porte donne accès à l’escalier partant de l’aumônerie et aboutissant au dortoir et au crénelage nord. Sur le bas-côté sud, joignant les substructions romanes du transsept nord, un passage latéral, élevé de deux mètres au-dessus du sol de la salle, fait communiquer le réfectoire avec les autres parties de l’abbaye, notamment avec l’église, le promenoir ou ancien cloître et les souterrains à l’ouest. Un degré, aujourd’hui détruit, permettait de descendre directement du promenoir dans la salle.
Dans l’angle intérieur nord-ouest, à côté de l’escalier descendant au cellier, se trouve l’entrée du chartrier, bâti sur l’angle extérieur nord-ouest de la Merveille.
Le chartrier se compose de trois petites salles superposées, dont la première seule est voûtée; une vis de Saint-Gilles les fait communiquer intérieurement entre elles et le deuxième étage aboutit à la galerie ouest du cloître.
La salle des Chevaliers et le réfectoire sont actuellement les plus beaux vaisseaux de la Merveille, auxquels s’ajoutera le dortoir, après sa restauration, qu’on peut espérer prochaine. Leurs grandes proportions, leur beauté simple et forte, leurs dispositions ingénieusement originales et particulières au Mont-Saint-Michel,—principalement en ce qui concerne la salle des Chevaliers et le dortoir,—font de ces diverses salles une suite d’exemples extrêmement curieux, qui peuvent être considérés comme des spécimens les plus particulièrement intéressants de notre architecture nationale au douzième siècle.
Voir la coupe transversale, fig. 52, et la vue perspective, fig. 58, prise dans la deuxième travée de la deuxième nef à l’ouest.
Thomasdes Chambres, en même temps qu’il achevait la salle des Chevaliers, fit construire le dortoir qu’il termina avant sa mort (1225).
Le dortoir est une vaste salle élevée au-dessus du réfectoire dont elle a les dimensions générales; mais, au lieu d’être, comme celui-ci, voûtée en pierre et en deux parties, elle était couverte en charpente, d’une seule volée. La preuve de cette disposition primitive se voit dans le pignon ouest, debout tout entier; le formeret en pierre, qui supportait le lambris cintré, existe encore et atteste la forme ancienne. Le berceau lambrissé de la voûte en bois était en plein-cintre, soutenu par des poutres, des poinçons apparents et ornés, au droit de chaque contrefort.
Le dortoir est éclairé, au nord et au sud, par une série de petites fenêtres longues et étroites, affectant la forme de meurtrières; elles sont ébrasées à l’extérieur et leurs couronnements semblent être, par leur forme particulière en nids d’abeille, une réminiscence de l’art oriental, entrevu par les croisés français pendant leurs expéditions en Palestine.A l’intérieur, ces fenêtres, ébrasées de même qu’au dehors, sont encadrées par des colonnettes supportant des arcatures courantes, surmontées d’une corniche saillante, sur laquelle venaient s’appuyer les fermes apparentes et le berceau lambrissé. A l’est, deux grandes fenêtres, d’où la vue est magnifique, éclairaient et ornaient l’extrémité orientale du dortoir. Dans l’angle sud-est, une porte étroite donne accès à l’escalier en vis (contenu dans la tour des Corbins) qui, partant du porche précédant l’aumônerie, arrive au dortoir après avoir desservi le châtelet, ainsi qu’à la galerie supérieure du comble, au sud, et se termine par une élégante pyramide octogonale couronnant ladite tour des Corbins.
A l’ouest, la porte principale du dortoir s’ouvre sur la galerie est du cloître; une autre porte latérale s’ouvre du même côté et conduit à l’église, par la galerie sud du cloître longeant le transsept nord. Vers l’angle sud-ouest, une porte fait communiquer le dortoir avec la bibliothèque adjacente au sud, et avec le cloître, par la petite porte de l’ouest. Dans l’angle opposé, au nord-ouest, débouche l’escalier en vis (ménagé dans l’épaisseur du contrefort, au point de jonction des deux bâtiments de la Merveille), lequel, ayant son point de départ dans l’aumônerie, monte à la salle des Chevaliers, au dortoir, et aboutit, au-dessus, au crénelage du nord, dont on voit les amorces sur un des côtés de la tourelle couronnant l’escalier.
Dans la face sud, à peu près au milieu, se trouve une grande niche, comprenant deux arcatures, prévue et bâtie dès l’origine, ainsi que le prouvent tous les détails de la construction. C’est là que se plaçaient les lampes, formées par des trous creusés dans une pierre et disposées de façon à recevoir une mèche, ou bien une boule de cire (pourvue également d’une mèche) dont le déchet permettait d’apprécier,à l’estime, l’heure qu’il était; ou, enfin, tout autre luminaire qui, selon la règle de Saint-Benoît, devait brûler toute la nuit dans le dortoir: «Candela jugiter in eadem cella ardeat usque mane[16].» Suivant cette même règle, les moines devaient coucher seuls et tout vêtus,—vestiti dormiant[17]—sur des lits séparés et, autant que possible, dans une mêmesalle:Monachi singuli per singula lecta dormiant si potest fieri, omnes in uno loco dormiant[18].» Aussi les dispositions prises par les premiers constructeurs déterminent-elles très nettement que le dortoir fut, au treizième siècle, établi selon les usages réguliers des Bénédictins. A cette époque, «en général, les dortoirs n’étaient pas plafonnés (ou voûtés) et la charpente était apparente[19].»
Au quinzième siècle, contrairement à l’ancienne règle, le dortoir fut divisé en cellules, suivant les ordres que Pierre Le Roy, avant son départ pour ses longs voyages, donna au prieur claustral de l’abbaye, dom Nicolas de Vandastin.
Le comble du dortoir fut incendié plusieurs fois. En 1300, la foudre tomba sur l’église, dont les toits furent brûlés, ainsi que ceux du dortoir. Guillaume du Château répara le dommage pendant le temps qu’il gouverna l’abbaye. En 1374, le feu du ciel incendia encore l’église et le dortoir, plusieurs logements du monastère et presque toutes les maisons de la ville; Geoffroy de Servon commença la restauration du dortoir, laquelle fut achevée en 1391, par Pierre Le Roy, qui reconstruisit la pyramide de la tour octogonale du réfectoire, dite Tour des Corbins. «Le temple..... orné, il passa au logis du monastère, et là il fit rebastir le haut de la tour du réfectoire, qui estoit tombé depuis peu.»
Depuis cette époque (fin du quatorzième siècle) jusqu’au commencement du seizième siècle, le dortoir ainsi que les bâtiments du monastère furent soigneusement entretenus; mais, sous les abbés commendataires, on cessa de bâtir et même de restaurer. Il fallut plusieurs arrêts du parlement de Normandie pour contraindre les abbés à faire les réparations nécessaires.
Au milieu de luttes de toute nature qui troublèrent l’abbaye, un relâchement si profond se produisit dans les mœurs des moines, qu’ils furent remplacés, en 1622, par les religieux de la Congrégation de Saint-Maur; malheureusement, les nouveaux habitants du Mont-Saint-Michel mutilèrent le dortoir. En 1629 on divisa en deux, dans la hauteur, cette magnifique salle, en établissant de nouvelles cellules et, sous prétexte deles mieux éclairer, on élargit les ébrasements intérieurs des fenêtres, en sapant les colonnettes qui les encadraient et les arcatures qui les couronnaient.
La transformation de l’abbaye en prison, profanant l’église et les lieux réguliers, augmenta les mutilations ruineuses. Comme les autres salles du monastère indignement habitées, le dortoir fut divisé en deux étages de chambres pour les prisonniers et surmonté d’un grenier; sur la face nord, on construisit des latrinesimmondesqui, heureusement, tombent en ruines. La toiture actuelle est moderne; on voit au-dessus duformeretdont nous parlons plus haut, sur la face interne du pignon ouest, lesfiletssaillants destinés à empêcher l’infiltration des eaux pluviales entre le mur et la couverture; ils déterminent sûrement la forme primitive du pignon et du comble anciens.
Les salles de la Merveille, sauf le cellier et les galeries intérieures du cloître, devaient être pavées en carreaux de terre cuite, coloriée et émaillée, dont nous avons recueilli des débris dans les fouilles qui ont été faites sur divers points de l’abbaye.
Le comble du dortoir était couvert en tuiles vernissées, jaunes et noires; nous avons également trouvé quelques morceaux de ces tuiles dans les ruines du degré descendant à la fontaine Saint-Aubert.
Lecloître, commencé par Thomas des Chambres, fut achevé par Raoul de Villedieu en 1228, selon dom Jean Huynes.
La forme générale du Cloître est un quadrilatère irrégulier, composé de quatre galeries, qui entourent le préau découvert, ou aire du cloître (voir le plan, en L fig. 145).
La galerie du sud communique avec l’église et les anciens bâtiments abbatiaux du onzième siècle, au sud-ouest, restaurés et modifiés au douzième siècle par Roger II. Celle de l’est se relie avec le dortoir, labibliothèque, et avec le réfectoire au-dessous. Celle du nord a vue sur la pleine mer, par de petites fenêtres basses, percées dans le mur de face nord, entre les contreforts. Enfin, celle de l’ouest devait conduire au chapitre, projeté par Richard Tustin.
De ce chapitre, Richard ne fit que la porte qui s’ouvre sur la galerie ouest et rappelle, par sa composition générale, l’entrée de la salle capitulaire de Saint-Georges de Boscherville.
A l’angle de cette dernière galerie vers le nord, angle nord-ouest de la
[Pas d'image disponible.]Fig. 153.—Plan de l’angle nord-est du cloître.
Fig. 153.—Plan de l’angle nord-est du cloître.
Fig. 153.—Plan de l’angle nord-est du cloître.
Merveille, la petite porte, pratiquée dans une des arcatures latérales, accède à l’une des salles du chartrier, reliées à la salle des Chevaliers par un escalier intérieur.
Nous trouvons, dans un ouvrage très justement célèbre[20], des détails aussi exacts qu’intéressants sur la structure du cloître: «Le cloître de l’abbaye du Mont-Saint-Michel en mer est l’un des plus curieux et des plus complets parmi ceux que nous possédons en France..... L’arcature se compose de deux rangées de colonnettes se chevauchant, ainsi que l’indique le détail de l’angle du plan (fig. 153).
Des archivoltes en tiers-point portent sur les colonnettes de A en B, de B en C, à l’extérieur, de D en E, de E en F, à l’intérieur, etc.; les triangles entre les archivoltes et les arcs diagonaux sont remplis comme
[Pas d'image disponible.]Fig. 154.—Coupe transversale des galeries sur O-P. de la fig. 153.—Restauration.
Fig. 154.—Coupe transversale des galeries sur O-P. de la fig. 153.—Restauration.
Fig. 154.—Coupe transversale des galeries sur O-P. de la fig. 153.—Restauration.
des triangles de voûtes ordinaires. Il est évident que ce système de colonnettes posées en herse est plus capable de résister à la poussée et au mouvement d’une charpente que le mode de colonnes jumelles, car les arcs diagonaux AD, AE, EB, etc., opposent une double résistance à ces poussées, étrésillonnent la construction et rendent les deux rangsde colonnettes solidaires. D’ailleurs, il n’est pas besoin de dire qu’un poids reposant sur trois pieds est plus stable que s’il repose sur deux ou sur quatre. Or, la galerie du cloître de l’abbaye du Mont-Saint-Michel n’est qu’une suite de trépieds... Les profils de l’ornementation rappellent la véritable architecture normande du treizième siècle. Les chapiteaux, suivant la méthode anglo-normande, sont simplement tournés, sans feuillage ni crochets autour de la corbeille; seuls les chapiteaux de l’arcature adossée à la muraille sont ornés de crochets bâtards. Les écoinçons entre les archivoltes de l’intérieur des galeries présentent de belles rosaces sculptées en creux, des figures, l’agneau surmonté d’un dais; puis, au-dessus des arcs, une frise d’enroulements ou de petites rosaces d’un beau travail. Entre les naissances des arcs diagonaux des petites voûtes sont sculptés des crochets. Ce cloître était complètement peint, du moins à l’intérieur et dans les deux rangs de colonnettes..... Les galeries ont été couvertes primitivement par une charpente lambrissée (fig. 155).»
Dans la galerie sud, sur le côté longeant le transsept nord (fig. 155), dont la façade a été reconstruite par Raoul de Villedieu en même temps que le cloître, se trouve lelavatorium.
«C’est à cette fontaine, nomméelavatorium, qu’ils (les moines) devaient se laver les pieds à l’époque de certaines cérémonies:Omnes debent lavare pedes in claustro.» Elle servait en outre à laver les corps des frères qui avaient cessé de vivre; pendant cette opération, tous les religieux se rangeaient autour (ou au-devant) dulavatorium, dans le même ordre qu’au chœur, pour y réciter des prières.Règle de Saint-Benoît.»[21]
Lelavatoriumse trouvait ordinairement dans le voisinage du réfectoire, celui-ci joignant le cloître; mais au Mont-Saint-Michel, où la déclivité de la montagne ne permettait pas d’étendre les bâtiments en les faisant communiquer à niveau l’un de l’autre, il a fallu superposer les salles et changer les dispositions habituelles des lieux réguliers bénédictins.
Au lieu d’être placé, selon la coutume, soit dans l’un des angles dupréau, soit dans l’une des façades du cloître, lelavatoriumfut, au Mont-Saint-Michel, établi autant que possible à proximité du réfectoire, dans la galerie sud du cloître, sur la face extérieure du transsept nord de l’église; la base de cette façade forme deux travées, reliées aux contreforts saillants par des arcatures en pendentifs arrondis.
Lelavatoriumse compose dans chaque travée (C et C’) d’un double
[Pas d'image disponible.]Fig. 155.—Plan dulavatorium.
Fig. 155.—Plan dulavatorium.
Fig. 155.—Plan dulavatorium.
banc, dont le plus élevé servait de siège. Chaque double banc peut contenir six places, soit pour les deux, douze sièges, disposés intentionnellement, sans nul doute, en souvenir des douze apôtres (fig. 155).
Des rigoles, visibles sur la partie haute des bancs supérieurs, amenaient l’eau à une fontaine, munie d’un petit bassin, en D, D’, ménagée dans la partie basse de chaque banc inférieur (fig. 156).
Les dispositions dulavatoriumpermettaient aux religieux de faire leurs ablutions obligatoires et d’accomplir mutuellement les cérémonies dulavement des pieds, qui, selon la règle bénédictine, devaient se faire dans le cloître, non seulement le Jeudi saint, mais aussi le jeudi de chaque semaine. «Dans les grands froids, lorsque l’eau de la fontaine située dans le cloître était gelée, ils allaient au dortoir pour se laver les pieds et les mains avec de l’eau chaude qu’on y portait pour ce service[22].»
A l’intérieur des galeries, les motifs de sculpture décorant les écoinçons sont tous différents les uns des autres; les frises mêmes, bien que