[Pas d'image disponible.]Fig. 156.—Cloître.—Coupe dulavatorium.
Fig. 156.—Cloître.—Coupe dulavatorium.
Fig. 156.—Cloître.—Coupe dulavatorium.
se renfermant dans un profil courant, sont très riches, très variées, et toute cette sculpture, composée avec la plus extrême habileté, est exécutée dans la plus grande perfection (fig.157à 162).
[Pas d'image disponible.]Fig. 157 à 162.—Détails de la sculpture des tympans des arcatures du cloître.
Fig. 157 à 162.—Détails de la sculpture des tympans des arcatures du cloître.
Fig. 157 à 162.—Détails de la sculpture des tympans des arcatures du cloître.
En face des portes, le Christ est représenté, selon les coutumes monastiques: à l’est, en regard de la porte principale du dortoir, et à l’ouest vis-à-vis de l’entrée du chapitre—projeté—dont la porte seule a été construite. Au sud, un peu à droite de la porte conduisant à l’église, le Christ est sur un trône, formé par une fine colonnette avec son chapiteau fleuri, et accompagné de deux figures. La partie haute de l’écoinçon est ornée de trois galbes, très délicatement sculptés, formant dais au-dessus du Christ et des personnages latéraux; l’état de mutilation de ce dernier bas-relief ne permet pas de déterminer exactement, sauf la figure du Christ bénissant, le sujet de la composition; mais ce qui le rend particulièrement intéressant, ce sont les noms gravés de chaque côté des têtes, ou plutôt de la place qu’elles occupaient. Ce sont, selon toutes les probabilités, les noms des auteurs des charmantes sculptures du cloître; en commençant par la gauche du spectateur,dextrede l’inscription: maître Roger[23], dom Garin[24], maître Jehan; trois artistes émérites, dont deux étaient laïques et le troisième religieux. (Voir fig. 61.)
Les colonnettes et les chapiteaux qui sont à l’extérieur des galeries sont engranitelle[25]; les unes et les autres ont été tournés et polis.
Les arcades extérieures, sur l’aire du cloître, sculptées à l’intérieur, sont en pierre de Caen; c’est le seul endroit de l’abbaye où la pierre calcaire ait été employée. Malgré son peu de dureté et les refouillements extrêmes des moulures des arcs, cette pierre, relativement tendre, a résisté au vent salin, sauf pourtant dans une partie des faces est et nord, où les vents du sud-ouest, venant du large, l’ont profondément altérée.
L’aire du cloître forme, dans une grande partie de son étendue, la couverture de la salle des Chevaliers; elle était garnie de plomb, et lespentes ménagées transversalement renvoyaient les eaux pluviales au dehors par des canaux qui traversent les galeries nord du cloître et aboutissent à des gargouilles placées sur les contreforts extérieurs de la face nord. A partir du quinzième siècle, l’eau était recueillie et envoyée dans la citerne du bas-côté nord du chœur reconstruit après l’écroulement de 1421, et commencé, vers 1450, par le cardinal Guillaume d’Estouteville. Actuellement, le plomb a disparu, et l’enduit qui recouvre l’aire est insuffisant pour empêcher l’eau de s’infiltrer au travers des voûtes de la salle des Chevaliers, où elle entretient une humidité dangereuse.
Du reste, l’état général du cloître est loin d’être rassurant; les galeries intérieures ont été disloquées par les constructions maladroites que les directeurs de la prison, afin d’augmenter le nombre des logements des détenus, avaient élevées lourdement sur les frêles colonnettes, sans prendre le soin d’augmenter la force des points d’appui; les bois du comble sont pourris, et toute la toiture menace de s’effondrer; les façades, nord et sud surtout, sont déversées, et nous avons dû les faire étayer et élever des petits murs provisoires en briques entre les piles diagonales, afin d’en arrêter l’écroulement menaçant. Enfin, il faudrait craindre la ruine complète du cloître, s’il n’était bientôt l’objet de promptes restaurations que nous avons l’espoir de commencer bientôt, grâce à la sollicitude constante dont la Commission des Monuments historiques entoure les édifices confiés à sa garde[26].
Lesfaçades est et nord de la Merveille sont d’une mâle beauté, en raison de leur extrême simplicité; elles présentent l’image de la force et de la grandeur; leur aspect, particulièrement du côté de la pleine mer, au nord, est des plus imposants.
Ces immenses murailles, construites en granit, ainsi que tous les bâtiments de l’Abbaye, percées de fenêtres de formes diverses, selon les salles qu’elles éclairent, sont renforcées extérieurement, au droit des poussées des voûtes intérieures, par de puissants contreforts qui ajoutent encore à l’effet général par la vigueur de leurs reliefs.
Les deux bâtiments constituant la Merveille ont leurs détails de construction extérieurs différents, résultant des diverses dispositions intérieures; mais ils n’en forment pas moins un magnifique ensemble d’un effet prodigieux, qui sera encore augmenté, notamment pour le bâtiment vers l’est, lorsqu’on lui restituera son crénelage détruit et qu’on aura rétabli, dans sa forme primitive, le comble qui le couronnait.
Indépendamment de ses formidables façades, qui peuvent être considérées comme de véritables fortifications, la Merveille était défendue, au nord, par une muraille crénelée se reliant aux remparts. Cette muraille est flanquée d’une tour également crénelée qui servait de place d’armes aux chemins de ronde s’étendant vers l’ouest, où ils couronnaient les crêtes des rochers et se reliaient par des détours aux soubassements des ouvrages de l’ouest. Au milieu, à la hauteur de l’angle nord-ouest de la Merveille, un petit châtelet, aujourd’hui détruit, défendait le passage du degré, fort raide, fermé de murs crénelés, qui descendait à la fontaine Saint-Aubert.
[Pas d'image disponible.]Fig. 163.—Armoiries de la ville de Bruxelles.
Fig. 163.—Armoiries de la ville de Bruxelles.
Fig. 163.—Armoiries de la ville de Bruxelles.
Ilne nous est rien resté des dispositions primitives de l’entrée de l’abbaye; toutefois la position des bâtiments des onzième et douzième siècles, s’étendant de l’est à l’ouest au nord de l’église, étant déterminée, la porte devait être, selon toute probabilité, à l’extrémité de ces bâtiments vers l’est, à peu près au point où se trouve la tour des Corbins. Les rampes qui y conduisaient n’étaient alors défendues, ainsi que la petite ville au pied de l’abbaye, que par des palissades, établies aux endroits les plus facilement accessibles.
On ne trouve aucune trace d’ouvrages fortifiés qui soient antérieurs à la seconde moitié du treizième siècle: «Jusqu’alors, si les couvents étaient entourés d’enceintes, c’étaient plutôt des clôtures rurales que des murailles propres à résister à une attaque à main armée; mais la plupart des monastères que l’on bâtit au treizième siècle perdent leur caractère purement agricole pour devenir desvillæfortifiées, ou même de véritables forteresses, quand la situation le permet. Les abbayes de l’ordre de Cîteaux, érigées dans des vallées creuses, ne permettaient guère l’application d’unsystème défensif qui eût quelque valeur; mais celles qui appartenaient à d’autres règles de l’ordre bénédictin, construites souvent sur des penchants de coteaux ou même des lieux escarpés, s’entourent de défenses établies de façon à pouvoir soutenir un siège en règle, ou au moins se mettre à l’abri d’un coup de main[27].»
L’abbaye du Mont-Saint-Michel présente bien nettement le caractère d’un établissement à la fois religieux et militaire. Au treizième siècle, les abbés, seigneurs féodaux, avaient des goûts plus militaires que religieux; aussi leurs constructions se ressentent-elles des idées du temps, où la vie militaire, brillante et glorieuse, avait pris sur la vie religieuse, modeste et humble, une influence considérable, qui s’est manifestée, dès cette époque, dans l’architecture monastique.
Richard II, surnommé Tustin, offre un exemple des abbés de ce temps. Seigneur féodal et abbé, élu en 1236, il accorde, comme don de joyeux avénement, divers privilèges à ses vassaux de Donville, Breville, Coudeville, etc.; il manifeste sa puissance en élevant les remparts, dont il reste encore la tour du nord et des vestiges des courtines au nord et à l’est; il satisfait ses goûts fastueux[28]en construisant à l’est le superbe bâtiment nommé Belle-Chaise, au sud le nouveau logis abbatial avec ses dépendances, et en commençant le chapitre, à l’ouest de la Merveille.
La Merveille, érigée au commencement du treizième siècle, changea complètement le monastère et ses abords. Les nouveaux bâtiments, élevés au sud et à l’est de l’église, au treizième et au quatorzième siècle, formèrent la nouvelle entrée de l’abbaye. Cette entrée fut encore considérablement modifiée, de la fin du quatorzième siècle aux premières années du quinzième, par la construction du châtelet de la porte, des nombreux degrés et des ouvrages défensifs extérieurs qui existent encore aujourd’hui. Ces constructions nouvelles avaient supprimé la plus grande partie des bâtiments abbatiaux des onzième et douzième siècles, et, comme elles ne contenaient que les lieux réguliers et leurs divers services, il était indispensable de remplacer les habitations détruites par de nouveaux logis pour l’abbé, ses officiers et ses hôtes.
Les bâtiments abbatiaux et leurs dépendances, commencés par Richard en 1250, furent continués, notamment au quatorzième siècle, par Nicolas le Vitrier et Geoffroy de Servon, les abbés qui succédèrent immédiatement à Richard, du treizième au quatorzième siècle, s’étant beaucoup plus occupés des travaux nécessités par les nouvelles fortifications de la place que des aménagements intérieurs de l’abbaye.
Les logements de l’abbaye s’étendaient alors au sud de l’église jusqu’à la hauteur de la façade ouest du transsept sud, et se composaient de plusieurs bâtiments dont un surtout, le logis abbatial, a un très grand aspect. Pierre Le Roy acheva ces bâtiments vers la fin du quatorzième siècle, «excepté la chapelle dite de Sainte-Catherine, laquelle fut faicte du temps de son prédécesseur, Geoffroy de Servon. Une partie, à sçavoir ce qui se voit depuis la Perrine jusques à Bailliverie, il la destina pour la demeure des religieux infirmes. En l’autre partie il y fit loger le baillif ou procureur du monastère et s’y logea aussy.»
A l’angle nord-ouest du logis abbatial sur la cour de l’église, on voit les restes de la voûte d’un pont et la rainure de sa herse. Ce pont reliait le logis abbatial aux chapelles basses du chœur de l’église romane; il fut ruiné, en même temps que l’ancien chœur roman, en 1421.
Un nouveau pont, dont le parapet crénelé est supporté par des mâchicoulis richement moulurés, a été construit plus bas, dans la même cour, par le cardinal Guillaume d’Estouteville, en même temps que le nouveau chœur, commencé en 1450. Ce passage aérien, à niveau des chapelles de la crypte, ou église basse, et de l’un des étages du logis abbatial, met en communication, par l’église basse, les bâtiments du sud avec ceux de la Merveille au nord.
La seconde moitié du quinzième siècle fut consacrée par les abbés à la reconstruction du chœur. Dans les premières années du seizième siècle, Guillaume de Lamps, tout en continuant la grande œuvre commencée par Guillaume d’Estouteville, fit faire des travaux importants aux bâtiments de l’abbaye en les augmentant vers l’ouest, depuis la chapelle Sainte-Catherine, qui formait alors l’extrémité occidentale des logis,jusqu’au Saut-Gaultier. «Il (Guillaume de Lamps) fit faire le Saut-Gaultier, ainsi nomméparce que tel fut le plaisir de cet abbé; la galerie qui est joignante, le logis qui est au bout de la galerie jusques à la chapelle Sainte-Catherine, qu’on voit maintenant sans autel, où est un degré au dedans par lequel on monte de cette chapelle au haut de l’édifice. Et fit couvrir de plomb ce logis et le suivant, qui est dessus la chapelle Sainte-Catherine, jusques au degré qui est devant la cisterne du Solier, qu’on diroit qu’ils auroient estez faicts au mesme temps: il fit faire l’aumosnerie et la cisterne qu’on y voit.»
L’un des continuateurs de dom J. Huynes nous fournit, sur les travaux de Guillaume de Lamps, les renseignements suivants, qui diffèrent sur quelques points des indications données par dom Jean Huynes, mais qui les complètent par plusieurs détails intéressants: «Il (Guillaume de Lamps) fit abattre les degrez par lesquels on montoit depuis le corps-de-garde jusques dans l’église et les murailles qui estoient à costé, et fit faire au lieu ce grand et spacieux escallier qui se voit à présent, cette belle platte-forme, vulgairement appelée le Saut-Gaultier, la galerie et le logis abbatial qu’il fit couvrir de plomb; il fit dresser le pont par lequel on passe du logis en l’église de plain-pied à prendre du quatriesme estage dudit logis. De plus, il fit faire l’aumosnerie et la grande cisterne qui est auprès, contenant plus de douze cents tonneaux; auparavant il n’y avoit là qu’un cimetière où on enterroit les moynes. Il fit aussy parachever la cisterne du dessous le thrésor, nommée du Solier, proche laquelle, où estoit autrefois la chapelle Saint-Martin, il fit faire le moulin à chevaux qui est une pièce fort rare pour sa façon et grandeur.»
La construction du bâtiment joignant le collatéral sud de l’église et le transsept, ainsi que celle du grand escalier, ont profondément modifié cette partie de l’abbaye. Jusqu’à la fin du quinzième siècle, le degré montant de la cour de l’église à la plate-forme en avant de la porte latérale sud existait sur ce point seulement; il établissait les communications nécessaires entre l’église haute et les substructions de l’ouest, où se trouvait le charnier ou cimetière des religieux, précédé de la chapelle mortuaire, dite desTrente-Cierges(sous le Saut-Gaultier, là où est aujourd’hui la grande roue), dont l’entrée se trouvait àl’est de la plate-forme du midi, au pied des bas-côtés sud de l’église.
Des vestiges des dispositions anciennes de ce côté de l’abbaye, avant la construction du grand degré actuel, existent encore et sont visibles dans quelques parties des souterrains au midi.
Depuis le commencement du seizième siècle jusqu’à nos jours, et après les incendies de 1564 et de 1594 qui causèrent de si grands dommages, les logis de l’abbaye ont subi des modifications importantes, particulièrement en ce qui concerne leurs couronnements, ce dont on peut se rendre compte en comparant l’état actuel de la face sud avec le projet de sa restauration.
C'està Richard Tustin que l’on doit la construction deBelle-ChaireouBelle-Chaise, à l’est de l’église.
Ce bâtiment se compose de deux salles superposées, entre lesquelles, dans la partie est de la salle des Gardes, a été ménagée une chambre pour le logement des portiers.
Au treizième siècle, l’entrée de l’abbaye se trouvait sur la face nord de Belle-Chaise, sur laquelle s’ouvre une magnifique porte composée de pieds-droits, ornés chacun de trois colonnettes, qui supportent les voussures de forme ogivale. Les bases, les chapiteaux sculptés simplement et surmontés de tailloirs circulaires, ainsi que les profils des moulures profondément refouillées, affectent les formes caractéristiques de l’architecture normande du treizième siècle.
Le tympan de la porte, soutenu par un arc en segment appareillé, est décoré de trois arcatures aveugles, dont les écoinçons sont ornés de trèfles gravés.
La porte était fermée par deux vantaux, intérieur et extérieur; de ce dernier vantail on voit encore, scellés sur les pieds-droits latéraux, les colliers en fer embrassant les montants, avec lesquels les deux vantaux pivotaient en s’ouvrant extérieurement.
On devait arriver à la porte par des rampes ou un degré; elle devait aussi être précédée d’un ouvrage défensif se reliant aux remparts que Richard Tustin éleva, en même temps que Belle-Chaise, au nord et à l’est du Mont.
La porte de l’abbaye s’ouvre au nord sur la salle des Gardes, d’où l’on ne peut pénétrer dans la cour de l’église, au sud, et dans celle de la Merveille, au nord, qu’en traversant cette salle, dont l’accès pouvait être facilement défendu. C’était dans la salle des Gardes que les arrivants devaient déposer leurs armes, avant d’entrer dans les bâtiments du monastère, à moins d’être dispensés de cette obligation par la permission spéciale du prieur de l’abbaye: «Adhæret huic portæ domus prima custodiarum, ubi ab ingressuris, si qua habeant arma, deponuntur, nisi ea retinere permittat monasterii prior, qui arcis prorector est[29].» Geoffroy de Servon[30]obtint ce privilège en 1364 et en 1365, par lettres patentes du roi Charles V, afin de préserver l’abbaye à une époque où, les pèlerinages étant très fréquents et très nombreux, l’ennemi pouvait, sous les habits du pèlerin, s’introduire dans la place et tenter de s’en emparer.
La salle des Gardes est voûtée et son architecture, simple et sévère, est conforme à sa destination; elle est éclairée à l’est par une fenêtre surmontée d’un oculus. Dans la deuxième travée au sud, une petite porte s’ouvre sur un escalier, pratiqué dans l’épaisseur du mur, qui monte à un des étages de la tour Perrine, à la chambre des Portiers et, par des détours, à la grande salle au-dessus. Dans la troisième travée au sud se trouve le passage oblique conduisant à la cour de l’église.
La salle des Gardes a été modifiée au quinzième siècle par Pierre Le Roy qui, après la construction du châtelet et de la courtine adjacente, perça une porte et une poterne dans la face nord sur la cour de la Merveille, nouvelle entrée du bâtiment projeté dont la courtine était la façade à l’est. Cet abbé construisit aussi la grande cheminée en face de la porte d’entrée de la salle des Gardes.
Au-dessus se trouve la grande salle, dite du Gouvernement, qui servait de lieu de réunion aux officiers de la garnison; elle communique avec la salle des Gardes par un petit escalier intérieur et détourné, avec la tour Perrine, l’église basse et les bâtiments abbatiaux. Elle est éclairée
[Pas d'image disponible.]Fig. 164.—Tour Perrine.—Façade sud et coupe.
Fig. 164.—Tour Perrine.—Façade sud et coupe.
Fig. 164.—Tour Perrine.—Façade sud et coupe.
au nord et au sud par des fenêtres géminées dont une, au sud, a été bouchée à moitié par la tour Perrine, accolée à Belle-Chaise sans aucune liaison. Sur la face est s’ouvrent quatre fenêtres longues et étroites, encadrées extérieurement par des colonnettes supportant des arcatures reproduites intérieurement. On voit à l’extrémité ouest les soubassements de la chapelle absidale du chœur du quinzième siècle, lequel, bâti après Belle-Chaise, est venu la pénétrer pour se fonder sur le rocher qui forme une partie du sol de la salle.
Pierre Le Roy, un des plus grands abbés du Mont, fit faire de son temps de nombreux travaux sur plusieurs points du monastère; il modifia l’entrée de l’abbaye et compléta ses défenses extérieures. Il fit construire la tour carrée: «De l’autre côté de Belle-Chaise joignant icelle il fit bastir la tour quarrée qu’on nomme la Perrine, nom dérivé de cet abbé Pierre, et, tant dans cette tour que dans le dongeon, il y fit accomoder plusieurs petites chambres pour la demeure de ses soldats, car il estoit aussy capitaine de ce Mont.»
Latour, appelée Perrine, du nom de son auteur et parrain, Pierre Le Roy, fut élevée pendant les dernières années du quatorzième siècle, dans l’angle rentrant des bâtiments construits vers 1250 par Richard Tustin; sa face ouest est soudée avec les bâtiments abbatiaux, mais sa face nord est simplement accolée au côté sud de Belle-Chaise sans s’y relier (fig. 164).
Dansles premières années du quinzième siècle, Pierre Le Roy construisit le châtelet et la courtine, reliant cet ouvrage à la Merveille par la tour des Corbins: «Et depuis cette tour (tour des Corbins) jusques à Belle-Chaise fit bastir la muraille qu’on y voit.Auprès d’icelle il fit faire le dongeon au-dessus des degrez en entrant dans le corps-de-garde[31].» Il construisit également la barbacane, formant l’avancée du châtelet et de la porte de l’abbaye, ainsi que le grand degré au nord et l’escalier au sud.
Le châtelet (dongeon) fut élevé en avant de la face extérieure nord de Belle-Chaise, sur laquelle il s’appuie sans liaison, laissant entre celle-ci et sa face sud un espace vide, large mâchicoulis protégeant la porte nord, devenue la seconde porte intérieure depuis la construction du châtelet. Il se compose d’un bâtiment carré, flanqué, aux angles de la face nord, par deux tourelles encorbellées reposant sur des contreforts, et qui semblent être, par leurs formes générales, deux immenses bombardes dressées sur leurs culasses. Entre les piédestaux de ces tourelles s’ouvre la porte,—où monte l’escalier conduisant à la salle des Gardes,—qui était défendue par une herse[32]manœuvrée de l’intérieur au premier étage du châtelet et par trois mâchicoulis disposés entre les sommets des tourelles sous leur crénelage supérieur.
Le châtelet contient d’abord, au-dessus de la voûte rampante de l’escalier, un réduit ménagé entre cette voûte et le plancher de la première chambre (à niveau de la cour de la Merveille) pour le service de la meurtrière percée au-dessus de la porte, puis trois étages de chambres éclairées à l’est et au nord par d’étroites fenêtres; l’unique chambre de chaque étage communiquant avec les tourelles servant de guettes est munie d’une cheminée dont la haute souche s’élève au-dessus du comble. Un escalier, en saillie sur la cour de la Merveille, dessert les deux derniers étages (le premier étant au niveau de la cour de la Merveille et de la salle des Gardes) et se termine au crénelage supérieur, couronnant le châtelet, relié à la Merveille par la courtine, également crénelée, qui aboutit à la tour des Corbins.
La muraille ou courtine, reliant la Merveille au châtelet et bâtie en même temps que ce dernier, présente intérieurement sur la cour de la Merveille les amorces d’un bâtiment projeté, dont la porte et la poterne seules, sur la face nord de Belle-Chaise, donnant sur la cour de la Merveille dont elles devaient former l’entrée, ont été terminées. Cette construction n’a pas été continuée, ainsi que le prouve l’état des formerets de la partie inférieure, qui devait être voûtée.
Le châtelet et la courtine sont admirablement construits en granit; leurs assises, en bandes grises et roses alternées dans la hauteur du premier étage (du châtelet seulement), ainsi que les profils des moulures, sont taillées avec la plus grande perfection. Aussi leur conservation est-elle parfaite, et, sauf la reconstruction nécessaire du comble, en partie ruiné, ils peuvent être remis dans leur état primitif par des travaux peu importants.
Labarbacane, enveloppant le châtelet à l’est et au nord, constitue une première ligne de défense dont le crénelage est desservi par un petit escalier. Une échauguette crénelée est établie sur l’angle sud-est, près de la porte sud; elle est munie d’une cheminée, de mâchicoulis, et servait de refuge aux gens d’armes, gardiens des deux portes de la barbacane.
«Devant la porte des abbayes on établissait quelquefois des constructions militaires avancées, de manière à rendre plus difficile l’approche des assaillants, comme on l’aurait fait devant une place de guerre: c’étaient des barbacanes... qui, en cas d’attaque, devaient donner le temps de se mettre en défense et de fermer les portes. On voyait un exemple remarquable de ces premiers travaux militaires à Saint-Jean-des-Vignes, à Soissons (barbacane de forme rectangulaire ayant une grande analogie avec celle du Mont...) Ces constructions avancées,—barbacanes,—qu’on établissait au moyen âge en avant d’une place, équivalaient aux travaux qu’on nommetête de pont,demi-lune(ouravelin) dans les fortifications modernes[33].»
Onarrive à la barbacane par deux escaliers; l’un, au nord, est le grand degré, très large, dont l’emmarchement, très doux, est la continuation des rampes de la rue de la ville, aboutissant aux défenses extérieures du château. Le grand degré est établi parallèlement au rempart de l’ouest; une première porte fortifiée existait au bas des marches; une seconde porte barrait le passage à moitié de la hauteur, sur un palier où une petite poterne, au niveau du palier, communiquant avec un corps-de-garde, ménagé dans la partie basse de la tour Claudine, permettait aux gens d’armes de se porter sur le degré au premier signal. Enfin on arrivait à une troisième porte, donnant entrée dans la barbacane.
L’escalier du sud est moins important; il établissait les communications nécessaires entre la barbacane, le dehors, par une poterne, pratiquée au pied de l’escalier, et les chemins de ronde extérieurs de l’abbaye au sud.
Les deux portes du grand degré et les deux entrées nord et sud de la barbacane étaient fermées chacune par un seul vantail,—occupant toute la largeur des ouvertures,—qui se mouvait horizontalement et se manœuvrait par un système particulier, qui s’explique, du reste, par la situation exceptionnelle du Mont-Saint-Michel, dont les bâtiments ainsi que les ouvrages se superposent et ne se relient entre eux que par une série de degrés et de rampes de toutes natures.
Les vantaux des portes pivotaient sur leurs axes horizontaux reposant sur les pieds-droits saillants, établis de chaque côté intérieur des portes; ils s’ouvraient parallèlement à la pente de l’emmarchement et, à la moindre alerte, ils pouvaient se baisser très rapidement, entraînés par le propre poids de la partie inférieure garnie de lourdes ferrures; ils étaient maintenus fermés par des verrous, fixés latéralement sur le côtéintérieur des vantaux, et dont on voit encore les gâches scellées dans les pieds-droits des portes.
Les vantaux fermés opposaient une grande résistance aux attaques extérieures, parce que, étant soutenus par les feuillures latérales et les marches à l’intérieur, dans le sens de la poussée, ils ne pouvaient être enfoncés ou relevés qu’après de longs efforts et défiaient ainsi toute surprise.
Les moyens ingénieux mis en œuvre pour défendre les approches de la barbacane du châtelet, ainsi que les obstacles accumulés sur les degrés qui aboutissent à ses portes, permettaient de retenir l’assaillant et de déjouer les tentatives qu’il pouvait faire pour s’emparer, par une attaque de vive force, des ouvrages extérieurs de la porte de l’abbaye-forteresse. Aussi, grâce à ses défenseurs et surtout à ses abbés, constructeurs habiles autant que gardiens vigilants, dont l’œuvre militaire compléta les défenses naturelles qui la rendaient inexpugnable, l’abbaye eut-elle le glorieux et rare honneur de résister victorieusement, aussi bien aux assauts furieux des Anglais qu’aux ruses perfides des Huguenots, et de n’avoir jamais été la proie des ennemis de la France.
[Pas d'image disponible.]Fig. 165.—Armoiries de Louis, baron d’Estissac, gouverneur de la Rochelle, du Poitou, de l’Aunis et de la Saintonge, nommé chevalier de Saint-Michel le 31 mai 1562.
Fig. 165.—Armoiries de Louis, baron d’Estissac, gouverneur de la Rochelle, du Poitou, de l’Aunis et de la Saintonge, nommé chevalier de Saint-Michel le 31 mai 1562.
Fig. 165.—Armoiries de Louis, baron d’Estissac, gouverneur de la Rochelle, du Poitou, de l’Aunis et de la Saintonge, nommé chevalier de Saint-Michel le 31 mai 1562.
Jusqu’àla fin du douzième siècle et même dans les premières années du treizième, l’abbaye n’avait pas d’ouvrages défensifs proprement dits. Elle n’était défendue que par les escarpements du rocher sur lequel elle est bâtie ou par quelques palissades protégeant les points les plus accessibles. A partir du treizième siècle, les abbayes, particulièrement celles de l’ordre de Saint-Benoît, deviennent de véritables forteresses, capables de soutenir un siège. Les abbés, seigneurs féodaux, unissant la puissance religieuse à la force militaire, fortifient leurs monastères pour défendre leurs vies et leurs biens et les mettre à l’abri des désastres qui, au Mont-Saint-Michel, avaient signalé le commencement du treizième siècle.
L’abbaye du Mont-Saint-Michel offre un des exemples de cette transformation. Après l’incendie de 1203, devenue vassale du domaine royal, Jourdain et ses successeurs établirent les lieux réguliers dans les magnifiques bâtiments formant la Merveille, qui constitue à elle seule une formidable défense. Cependant le monastère fut entouré, vers lenord, d’une muraille crénelée couronnant les crêtes du rocher jusques aux points inaccessibles à l’ouest; de cette muraille, un degré, renfermé dans des murs également crénelés, dont il reste encore les ruines, descendait jusqu’à la fontaine Saint-Aubert, laquelle était contenue dans une tour pour la préserver de la mer, et qui fut alors fortifiée pour la défendre des hommes.
La tour de la fontaine Saint-Aubert était l’un des points stratégiques importants de la place, non seulement parce qu’elle permettait à la place assiégée de se ravitailler par la mer,—ce qui se produisit plusieurs fois pendant les guerres contre les Anglais en 1423 et 1424,—mais encore parce que la tour fortifiée renfermait l’unique fontaine d’eau douce de l’abbaye, situation qui dura jusqu’en 1450, époque à laquelle, en reconstituant le chœur de l’église, écroulée en 1421, on établit des citernes dans les collatéraux inférieurs de ce nouveau chœur.
Richard Tustin continua l’œuvre de ses devanciers, et indépendamment de la tour de la fontaine qu’il construisit, il éleva vers 1250 le grand bâtiment nommé Belle-Chaise et commença le nouveau logis abbatial et ses dépendances qui s’étendirent alors au sud de l’église.
Il fit construire en même temps la tour du Nord qui formait le saillant des murailles du nord et assurait la défense des ouvrages avancés de l’abbaye dont il avait refait l’entrée, c’est-à-dire Belle-Chaise.
De 1260 à la fin du quatorzième siècle, les abbés continuèrent les travaux du logis abbatial, reconstruisirent les magasins de l’abbaye établis dès le douzième siècle au sud-ouest, qui devinrent alors un poste avancé relié à l’abbaye par des chemins de ronde, achevèrent les murailles de la ville,—dont l’entrée était alors au sud-est vers Avranches,—en étendant le front est de la place vers le sud, et reliant ses murs aux escarpements du rocher sur lequel s’élèvent les nouveaux bâtiments abbatiaux.
En 1386, Pierre Le Roy fut appelé à gouverner l’abbaye. Ce fut l’un des plus illustres abbés du Mont et l’un de ceux qui contribuèrent le plus aux travaux militaires de l’abbaye. Après avoir restauré l’abbaye dont plusieurs parties avaient été ruinées par des incendies, il compléta les défenses à l’est en élevant la tour Perrine.
Il construisit à l’ouest de Belle-Chaise, dans les premières années duquinzième siècle, le châtelet qui commande l’entrée de l’abbaye, et relia cet ouvrage à la Merveille par une solide courtine qui montre intérieurement les amorces de constructions projetées.
[Pas d'image disponible.]Fig. 166.—Vue du Mont-Saint-Michel (d’après la gravure de J. Peeters).—G. Mérian, 1657.
Fig. 166.—Vue du Mont-Saint-Michel (d’après la gravure de J. Peeters).—G. Mérian, 1657.
Fig. 166.—Vue du Mont-Saint-Michel (d’après la gravure de J. Peeters).—G. Mérian, 1657.
Il construisit également, en avant du châtelet, la barbacane avec son grand degré au nord et son petit degré au sud. Il modifia en même temps les remparts des côtés nord et ouest en élevant une tour nomméela Claudine, joignant l’angle nord-est à la Merveille, et le saillant nord-ouest surmonté d’une échauguette, établissant ainsi, avec la tour du Nord, des communications indépendantes les unes des autres.
Dès le commencement du quinzième siècle, la ville et particulièrement l’abbaye étaient fortifiées aussi complètement que possible et dans toutes les règles de l’art militaire de cette époque; mais cet art militaire faisant, en ces temps de guerre, de très rapides progrès, il devint bientôt nécessaire de modifier et d’accroître le système défensif de la place.
La ville ou plutôt les faubourgs de la ville s’étaient agrandis vers le sud; il fallait non seulement défendre la nouvelle ville contre les attaques de ses ennemis, mais encore la préserver des envahissements périodiques de la mer. D’ailleurs, depuis 1415, l’abbaye et la ville étaient menacées par les Anglais qui, après la bataille d’Azincourt, s’étaient emparés de la Normandie et se retranchaient sur Tombelaine,—un îlot voisin, au nord du Mont, dans la baie du Mont-Saint-Michel,—ainsi que sur la côte. Il devint indispensable, afin de mieux se défendre, d’opposer aux attaques des Anglais un front de défense beaucoup plus développé que celui des remparts du quatorzième siècle.
Robert Jolivet, abbé du Mont, l’auteur de ce travail considérable, signa son œuvre de ses armoiries, et le bas-relief qui les représente, longtemps abandonné dans l’avancée de la barbacane, a repris sa place originelle sur l’une des courtines de l’enceinte du quinzième siècle.
Robert Jolivet vint souder ses nouvelles murailles à l’est sur celles que Guillaume du Château avait élevées dans le siècle précédent et, descendant des escarpements du rocher, défendu par la tour du Nord, jusque sur la grève, il flanqua ses murs d’abord d’une grosse tour formant un saillant considérable destiné à battre les flancs des courtines adjacentes et à défendre le front de l’est, puis il continua l’enceinte au sud en la renforçant de cinq autres tours. La dernière, dite tour du Roi, constitue le saillant sud-ouest de la place, et défend en même temps la porte de la ville.
A partir de ce point, les remparts se retournent à angle droit et se relient aux défenses de l’abbaye au sud. A l’exception d’une seule, les tours étaient couvertes et servaient de places d’armes ou d’abris pour les défenseurs des murailles. Les remparts sont formés d’un mur d’uneépaisseur de deux mètres environ et de dix mètres de hauteur moyenne;
[Pas d'image disponible.]Fig. 167.—Vue du Mont-Saint-Michel, d’après C. Chastillon. Dix-septième siècle.
Fig. 167.—Vue du Mont-Saint-Michel, d’après C. Chastillon. Dix-septième siècle.
Fig. 167.—Vue du Mont-Saint-Michel, d’après C. Chastillon. Dix-septième siècle.
la base forme un glacis défendu par des mâchicoulis placés au sommetet dont les consoles supportent des parapets découverts et crénelés. Les projectiles lancés du haut du crénelage rebondissaient sur le glacis, tuaient ou blessaient les assaillants qui auraient tenté d’escalader les murs; la sape, qui était ordinairement le moyen employé pour détruire les murailles, ne pouvait être utilement pratiquée ici en raison des mouvements périodiques des marées.
Deux poternes furent ménagées sur le front est: l’une, dans la tour Boucle, pouvait être affectée au ravitaillement par la mer; l’autre, dans la courtine voisine, se nommait leTrou du Chat, en raison de sa petite dimension et probablement de son analogie avec les petites ouvertures—furtives—pratiquées au bas des portes des habitations rurales pour laisser au chat la liberté de ses allures vagabondes. Cette dernière petite poterne s’ouvrait à la base des murailles à peu près au niveau moyen de la mer, et servait à la sortie comme à la rentrée des rondes qui pouvaient se faire à pied à marée basse ou en bateau pendant le temps de la pleine mer ou des hautes marées.
La porte du Roi, l’unique porte de la ville, s’ouvre à l’ouest et donne accès à l’unique rue de la ville; elle était fermée par un vantail et une herse en fer; elle était précédée d’un fossé sur lequel s’abattaient les ponts-levis de la poterne et de la porte principale, destinés aux chariots ou aux cavaliers. Au-dessus des portes était le logis du gardien de la porte ou logis du Roi, le chef de la porte gardant pour le roi. La herse en fer, qui date de 1420, existe encore; elle est restée engagée dans les rainures latérales où elle glissait.
Le tympan de la porte est décoré de riches sculptures au milieu desquelles une composition héraldique représente la hiérarchie sociale du moyen âge. Placées sur l’ouvrage fortifié dont elles décorent l’entrée, lesarmes pleinesdu roi sont l’image de la puissance royale; lescoquillesrappellent l’abbaye vassale du roi de France, et enfin le bandeaud’azur ondé à deux poissons d’argent posés en double fasce, c’est la ville du Mont, tout à la fois vassale du roi et de l’abbaye.
A l’époque où la porte fut construite, c’est-à-dire de 1415 à 1420, l’artillerie à feu commençait à être employée avec succès dans les sièges; les habiles capitaines du Mont reconnurent bientôt qu’il était important d’éloigner l’assiégant du corps de la place et de couvrir les approches de la portepar un ouvrage plus solide que des palissades en bois. Ils construisirent alors, en avant de la porte, la barbacane (qui existe encore aujourd’hui).
[Pas d'image disponible.]Fig. 168.—Vue du Mont-Saint-Michel, d’après N. de Fer. Dix-huitième siècle.
Fig. 168.—Vue du Mont-Saint-Michel, d’après N. de Fer. Dix-huitième siècle.
Fig. 168.—Vue du Mont-Saint-Michel, d’après N. de Fer. Dix-huitième siècle.
Elle est disposée de façon à laisser fort peu d’espace entre le rocher et la porte de la barbacane. Celle-ci est flanquée d’un redan en quart de cercle, commandant l’entrée et aboutissant au rocher, inaccessible surce point. Les murs sont percés d’embrasures pour desfauconneauxou descouleuvrines; le sommet des murs est percé d’archèreset de meurtrières pourvues d’une mire circulaire au milieu, pour lestraits à poudre,—première idée de l’arquebuse,—ou bien pour lescanons à main, fusil portatif qu’on voit apparaître au commencement du quinzième siècle, notamment au siège d’Arras en 1414, et qui fut employé pendant toute la durée des guerres avec les Anglais.
[Pas d'image disponible.]Fig. 169.—Boulevard (ouBastillon) de l’est.—Flanc nord.
Fig. 169.—Boulevard (ouBastillon) de l’est.—Flanc nord.
Fig. 169.—Boulevard (ouBastillon) de l’est.—Flanc nord.
Grâce à tous ces ouvrages militaires et surtout au courage de ses défenseurs, le Mont-Saint-Michel résista à tous les efforts des Anglais et soutint victorieusement un long et glorieux siège qui dura de 1423 à 1434. En 1434, les Anglais tentèrent une dernière attaque; mis en déroute par la garnison et les chevaliers défenseurs du Mont, ils abandonnèrent leur artillerie, dont lesbombardes,—ornant l’entrée de la barbacane, deuxième porte,—sont les curieux spécimens; l’une d’elles, pour sa forme et les détails de sa structure, présente une singulière analogie avec les pièces d’artillerie moderne, surtout avec les énormes canons actuellement en usage dans la marine.
Cependant, pendant cette longue période du siège, le monastère futdans la plus grande détresse, qu’il supporta du reste très courageusement. Les biens étant séquestrés, l’abbaye engagea son argenterie, ses châsses et ses reliquaires, afin de pouvoir nourrir les religieux, les habitants de la ville et la garnison de la place.
A toutes ces infortunes de guerre était venu s’ajouter l’écroulement du chœur de l’église de l’abbaye, ce qui fut une perte irréparable et menaça d’entraîner la ruine totale de la basilique.
Cet état de choses dura jusqu’à l’époque où les Anglais, après la bataille de Formigny, abandonnèrent la Normandie.
Vers 1530, les défenses de l’abbaye, à l’ouest, furent complétées par la construction d’un boulevard ou bastillon à plusieurs étages de feux, nomméetour Gabriel, du nom de son auteurGabriel du Puy, lieutenant du roy François Iᵉʳ.
A cette même époque on éleva, en avant de la barbacane du quinzième siècle, un petit ouvrage composé d’un corps-de-garde,—destiné aux bourgeois de la ville, auxquels était confiée la garde de la première porte,—et d’un mur percé d’une porte et d’une poterne, se reliant à la courtine de la barbacane et formant aussi l’avancéede la porte de la ville.
Les remparts subirent quelques modifications nécessitées par les perfectionnements de l’art de la fortification, notamment la tour saillante, à l’est, qui fut transformée en bastillon (fig. 169).
Sous les abbés commendataires, on cessa de bâtir. Le temps des travaux était passé d’ailleurs. Pendant toutes les guerres de la Ligue, les abbés du Mont eurent trop souvent à défendre l’abbaye contre les attaques et les surprises des Huguenots, pour songer à agrandir ses bâtiments; on se borna à faire les réparations les plus nécessaires. De 1632, époque à laquelle les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur prirent possession de l’abbaye, à 1776, il n’est resté traces que de l’établissement d’un moulin à vent sur la plate-forme de la tour Gabriel, en 1617, et d’aménagements intérieurs qui ont malheureusement dégradé certaines parties des édifices, notamment le dortoir. En 1776, au lieu de réparer la nef, on lui enleva trois travées sur les sept dont elle était formée, et, en 1780, on remplaça le portail roman détruit par une façade de stylegréco-romain, anachronisme flagrant qui balafre la nef romane mutilée.
Depuis ce temps, les travaux qui se sont faits n’ont été qu’une trop longue suite de mutilations et de profanations. Aussi passerons-nous rapidement sur cette période malheureuse.
En 1864, l’abbaye du Mont-Saint-Michel, cessant d’être une prison, devint propriété domaniale, pour être enfin, dans ces dernières années, affectée au service des Monuments historiques.
Les travaux de restauration, commencés en 1872, se poursuivent régulièrement, grâce aux crédits ouverts par le Ministère de l’Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts, et par les soins de la Commission des Monuments historiques.