[Pas d'image disponible.]CHAPITRE VILA VILLE

[Pas d'image disponible.]Fig. 170.—Armoiries peintes sur un tableau anciennement placé dans le chœur de l’église du Mont-Saint-Michel.—D’après un dessin de M. de Rothemont; ms. nº 4902 à la Bibliothèque nationale. Dix-huitième siècle.

Fig. 170.—Armoiries peintes sur un tableau anciennement placé dans le chœur de l’église du Mont-Saint-Michel.—D’après un dessin de M. de Rothemont; ms. nº 4902 à la Bibliothèque nationale. Dix-huitième siècle.

Fig. 170.—Armoiries peintes sur un tableau anciennement placé dans le chœur de l’église du Mont-Saint-Michel.—D’après un dessin de M. de Rothemont; ms. nº 4902 à la Bibliothèque nationale. Dix-huitième siècle.

L’originedu village, ou plutôt,—suivant la tradition séculaire,—de lavilledu Mont-Saint-Michel, est fort ancienne, si l’on en croit les chroniqueurs, qui la font remonter au dixième siècle, à l’époque où, les Normands ravageant le pays d’Avranches, quelques familles vinrent se réfugier sur le rocher appelé, dès le huitième siècle, leMont-Saint-Michel.

La petite bourgade prospéra sous la protection des Bénédictins établis en 966 par le duc de Normandie, Richard sans Peur. Elle suivit la fortune du monastère, au pied duquel ses maisons s’étaient groupées sur les escarpements du rocher à l’est, qui lui formaient une première défense naturelle contre les envahissements de la mer et les attaques des hommes. Elle s’augmenta successivement, préservée, sur ses parties les plus faibles, par des palissades, et, lors de la reconstruction des bâtiments de l’abbaye, elle fut comme celle-ci, du treizième au quatorzième siècle, entourée de solides murailles[34]formant la première enceinte du monastère.

Vers ce même temps, les magasins de l’abbaye, établis dès le douzième siècle au sud-ouest, sur le seul côté du rocher accessible aux chevaux et aux voitures, et qui avaient été incendiés ou détruits comme la villeen 1203, furent reconstruits, fortifiés et devinrent un point stratégique d’une grande importance, aussi bien pour la défense de l’abbaye-forteresse que pour la facilité de ses approvisionnements. Aussi ces magasins—fortifiés—constituèrent-ils dès le treizième siècle, époque à laquelle les bâtiments abbatiaux s’élevèrent à l’est et au sud, un poste avancé, fortement défendu, relié à l’abbaye, dont il formait l’entrée au sud-ouest, par des chemins de ronde, et complètement indépendant d’ailleurs du corps de la place, qui avait elle-même ses propres ouvrages défensifs, protégeant les approches du monastère à l’est.

La ville, agrandie de 1415 à 1420, qui s’étage au pied de l’abbaye au sud (fig. 171) et sur les escarpements de la montagne à l’est, ne possède qu’une seule entrée s’ouvrant au sud du Mont, sur le flanc ouest de ses remparts du quinzième siècle, dont la porte est précédée d’ouvrages qui en couvrent les approches.

Après avoir franchi les passages-défilés de l’Avancéeet de laBarbacane, on arrive à la porte principale,—porte du Roi,—qui donne accès dans la ville. L’unique rue de la petite cité suit à peu près la ligne des murailles, et, de niveau avec l’entrée jusqu’à la hauteur de la tour ditede la Liberté, elle s’élève bientôt rapidement, serpente vers le nord sur les rampes du rocher et aboutit, par de grands emmarchements à l’est, au point où se dressait jadis la première porte duGrand Degrémontant à la barbacane du châtelet.

Quelques ruelles fort étroites, escaladant le roc, grimpent aux jardins en terrasses ou aux maisons les plus élevées et aboutissent, par des détours, aux murs de ronde et à la poterne de l’escalier sud de la barbacane, protégeant l’entrée de l’abbaye.

La rue de la Ville est bordée des deux côtés de maisons, dont quelques-unes sont encore telles qu’elles devaient être au moyen âge. Elles n’offrent rien de bien curieux dans leurs détails; pourtant, par leur réunion et leur étagement, elles forment un ensemble pittoresque, dont la figure 172 donne une idée (vue prise dans la partie basse de la rue).

De temps immémorial, la ville, qui se compose aujourd’hui d’une soixantaine de maisons, a été habitée par des pêcheurs, excellents marins, rompus à toutes les fatigues de leur rude métier et bravant courageusement

[Pas d'image disponible.]Fig. 171.—Vue générale de la façade sud du Mont-Saint-Michel. (restauration).

Fig. 171.—Vue générale de la façade sud du Mont-Saint-Michel. (restauration).

Fig. 171.—Vue générale de la façade sud du Mont-Saint-Michel. (restauration).

tous les périls des grèves dangereuses qui n’ont plus de secrets pour eux; mais la plus grande partie des habitations de l’ancienne cité et de la ville nouvelle furent de tout temps, en plus ou moins grand nombre, ce qu’elles sont de nos jours, c’est-à-dire des hôtelleries pour les pèlerins, ou bien des boutiques où se vendaient les images ouenseignes du benoist arcange Monsieur saint Michel, et où se débitent encore toutes sortes d’objets de piété.

Les boutiques et les marchands d’images, ou dequiencaillerie, furent toujours très nombreux au Mont-Saint-Michel, aussi bien dans l’ancienne ville, avant le quinzième siècle, que dans la nouvelle depuis cette époque. Les nombreux pèlerinages avaient fait naître une industrie d’art fort curieuse qui eut une importance considérable au Mont-Saint-Michel, et surtout à Paris.

Le sanctuaire dédié à saint Michel fut, dès son origine, visité par un grand nombre de pèlerins. Dès le onzième siècle, le Mont-Saint-Michel était célèbre par les pèlerinages qui s’y accomplissaient. Il le fut surtout au moyen âge, même jusqu’à la fin du dix-septième siècle, et sa renommée s’étendait non seulement par toute la France, mais encore dans plusieurs parties de l’Europe.

Une confrérie dePèlerins de Saint-Michel du Mont de la Merfut fondée à Paris, dans les premières années du treizième siècle. Déjà, pendant le siècle précédent, il existait, dans l’Enclos du Palais, une chapelle dédiée à saint Michel,—celle où fut baptisé Philippe-Auguste.—Après la construction de la Sainte-Chapelle, Philippe le Bel permit à son échanson Galerau de fonder dans la Sainte-Chapelle laChapellenie de Saint-Michel. En 1476, Louis XI fonda dans la chapelle deSaint-Michel aux Pèlerinsune collégiale pour l’Ordre de Saint-Michel, dont l’établissement fut confirmé par lettres-patentes des rois Charles IX, Henri III et Henri IV.

Au moyen âge, les pèlerinages étaient très suivis; ceux de Saint-Michel et de Saint-Jacques de Compostelle étaient les plus particulièrement en honneur et attiraient un nombre considérable de pèlerins. La confrérie deSaint-Jacques aux Pèlerins, de Paris, rue Saint-Denis, à côté de la porte de ville, avait, avec sa chapelle, unhôpitaldestiné à héberger gratuitement, chaque nuit, les pèlerins de passage à Paris, qui se

[Pas d'image disponible.]Fig. 172.—Rue de la Ville.

Fig. 172.—Rue de la Ville.

Fig. 172.—Rue de la Ville.

rendaient à Saint-Jacques de Compostelle, au Mont-Saint-Michel et en d’autres lieux vénérés.

Presque tous les rois de France, jusqu’à Charles IX, qui fut le dernier monarque qui vint faire ses dévotions à Saint-Michel, se rendirent en pèlerinage au Mont; il faut surtout remarquer: saint Louis, Philippe le Hardi, Philippe le Bel, Charles VI, la reine Marie, femme de Charles VII, Louis XI, Charles VIII et François Iᵉʳ, et la liste des grands personnages qui y vinrent dans les mêmes conditions serait interminable.

La dévotion à saint Michel fut de tout temps très vive, et, particulièrement au quatorzième siècle, elle se manifesta par des pèlerinages plus nombreux qu’en d’autres temps, auxquels prirent part des hommes et des femmes de tous rangs et de toutes conditions, et, ce qui est très remarquable, desenfants, qui se nommaientPastoureaux. Guidés par leur foi naïve, ils se réunissaient, se rendaient au Mont-Saint-Michel au travers de tous les obstacles, sans aucune crainte, et n’ayant d’autre préoccupation que celle d’arriver et de faire leurs prières au sanctuaire de Saint-Michel. Il faut encore citer parmi ces faits extraordinaires les pèlerins venus d’Allemagne en grand nombre avec leurs femmes et leurs petits enfants, malgré la distance et les dangers des chemins.

Dès les premiers temps des pèlerinages au Mont-Saint-Michel, les pèlerins recueillirent dans la baie des coquilles, qu’on nomme encore coquilles Saint-Michel, et qu’ils attachaient à leurs vêtements en souvenir de leurs voyages au Mont. Bientôt on remplaça les coquilles naturelles par des coquilles en plomb ou en étain fondu; on orna ces coquilles d’une image de saint Michel, puis on fondit des médailles ouenseignes, et dès les premières années du treizième siècle naquit une industrie d’art qui prit rapidement un développement considérable. Le commerce desenseigneset desplombsde pèlerinage était assez important pour que les rois de France eussent établi de lourds impôts sur la vente de ces objets, et il existait à Paris, au treizième siècle, des fondeurs de plomb et d’étain que les historiens nomment lesbiblotiers:c’était un faiseur et mouleur de petites images en plomb qui se vendent aux pèlerins et autres.

Les objets de plomb ou d’étain fondu, trouvés dans la Seine à Paris, aux abords des ponts: pont au Change (ancien Grand-Pont), pont Saint-Michel, pont Notre-Dame, démontrent qu’il y avait à Paris, et particulièrement sur le pont au Change, un centre important de fabrication qui devait alimenter les pèlerinages. Ces objets se fabriquaient également au Mont Saint-Michel, ainsi que le prouve un moule en ardoise que nous y avons trouvé l’année dernière. (Voir fig. 71 et 72.)

Nous possédons un certain nombre deplombs—trouvés dans la Seine à Paris—d’une authenticité incontestable, qui ont été fabriqués à Paris, du treizième au seizième siècle, pour les pèlerinages. Une partie importante de ces objets était particulièrement destinée aux pèlerins du Mont Saint-Michel et de Tombelaine—où la Vierge était vénérée sous le nom de Notre-Dame la Gisante.—Ils se composent d’ampoulesousachetsdestinés à renfermer des reliques, de coquilles, de sonnettes et d’anneaux en étain, de colliers, de boutons même, de cornets de pèlerin; enfin, d’images de saint Michel, de médailles de plomb ou d’étain (qui s’appelaient desenseignes), qui pouvaient se fixer aux chapeaux ou aux vêtements des pèlerins.

Quelques-uns de ces objets ont été fabriqués par les biblotiers, mais la plupart sont l’œuvre d’orfèvres ou dans tous les cas, d’artistes consommés.

Toutes ces anciennes images sont toujours composées avec un art extrême, et, si elles sont parfois d’une exécution naïve, elles ont toujours, avec le sentiment décoratif qui leur est particulier, un très grand caractère symbolique, où l’inspiration religieuse domine et dirige l’esprit de l’imagier si elle ne conduit pas toujours heureusement sa main. Elles sont bien dignes d’inspirer nos modernes fabricants d’images, surtout en ce qui concerne saint Michel, qu’ils habillent de vêtements grotesques ou qu’ils affublent d’un costume théâtral—à la romaine.—En attendant qu’ils aient cherché et surtout trouvé pour saint Michel un vêtement digne d’un aussi grand personnage, ils devraient tout au moins restituer au séculaire Patron de la France son costume national, c’est-à-dire l’armure française du moyen âge. Les modèles ne manquent pas: nos cathédrales, nos musées, nos bibliothèques, possèdent sur ce sujet des richesses inépuisables.

En terminant cette étude faite aussi exactement que possible, qu’il nous soit permis d’exprimer notre admiration pour le célèbre monument dont nous avons essayé de peindre les beautés. Une description fidèle, des dessins exacts, des photographies même, donnent bien une idée des détails des monuments ou du paysage; mais rien ne remplace l’impression de la vue, et, au Mont Saint-Michel en particulier, cette impression est saisissante et ne peut être décrite. Les phénomènes des marées, toujours si curieux à observer partout ailleurs, sont particulièrement étonnants sur ces grèves immenses où l’arrivée de la mer produit une sorte demascaretde plusieurs lieues de largeur. Rien n’est plus facile d’ailleurs que d’aller au Mont Saint-Michel, de le visiter dans tous ses détails après en avoir fait le tour soit à pied sur les grèves à marée basse, soit en bateau pendant la pleine mer. Cette dernière manière de voir le Mont est à notre avis la meilleure, parce qu’elle permet de s’éloigner un peu de la base du rocher qu’on est forcé de côtoyer à pied. La vue change alors à chaque coup d’aviron pour ainsi dire, et toutes les faces de l’antique abbaye semblent se dérouler et présentent successivement les aspects les plus imposants et les plus grandioses. Il n’est pas de spectacle plus beau et plus instructif pour les touristes et surtout pour les artistes et les savants, sans parler des grands enseignements que tous doivent tirer de l’étude de ces splendides monuments. Aussi, que nos lecteurs nous permettent de leur dire comme conclusion, persuadé que le conseil est excellent: Allez au Mont Saint-Michel et que la vue de toutes ses merveilles vous inspire de belles et grandes œuvres, comme celles qui ont été créées jadis pour l’honneur de notre cher pays.

Ed.Corroyer,architecte.

L’iconographiede saint Michel nous présente une des plus belles pages de l’art chrétien. L’Archange, avec sa noble physionomie, sa fidélité à toute épreuve, sa mâle énergie et son amour de la justice, est le plus beau de tous les types, après ceux du Sauveur et de la Vierge. En lui nous trouvons toutes les grâces de l’adolescence unies à la valeur de l’âge mûr, toute la sévérité d’un juge qui défend les droits de Dieu, tout l’éclat de la lumière dont il est le reflet, toute l’indignation d’une âme généreuse qui a pour mission de combattre l’esprit du mal et le père du mensonge. Son étendard est la croix, en vertu de laquelle il triomphe; son cri de guerre est son nom: «Michel, qui est semblable à Dieu;» son arme est le bouclier, la lance et le glaive; son vêtement est le manteau royal et la cuirasse du chevalier; sur son front brille parfois une couronne, ou bien sa chevelure flotte librement sur ses épaules; ses grandes ailes déployées indiquent son action; la balance qu’il tient souvent à la main est le signe de sa mission auprès des âmes; sous ses pieds s’agite le dragon, son implacable ennemi, qu’il combat toujours sans jamais le détruire et dont il triomphera au dernier jour, quand le nombre des élus sera complet.

Nous avons fait revivre ce type sublime dans l’ouvrage que nous offrons au public. Les nombreuses gravures que nous publions peuvent se rattacher à cinq groupes principaux: saint Michel,ange des batailles; saint Michel,prince de la lumière; saint Michel,conducteur des âmes; saint Michel,peseur des âmes; et lesmonumentsélevés en l’honneur de saint Michel.

Saint Michel, en sa qualité de contradicteur de Satan, est toujours en lutte avec ce dernier: tantôt il lui perce la mâchoire inférieure, selon la parole de Job: «Perforabis maxillam ejus;» tantôt il le précipite du ciel, à la suite du grand combat décrit dans l’Apocalypse; quelquefois il le tient enchaîné, ou il l’attend appuyé sur son bouclier et armé de pied en cap. (Voir la photogravure en frontispice, les chromos des pages 88 et 268 et les figures 2, 3, 7, 9, 10, 12, 13, 40, 71, 72, 177 à 183, et 209 à 212.)

Satan est le prince des ténèbres. Saint Michel est le prince de la lumière. Pénétrés de cette pensée, les artistes l’ont souvent représenté le regard fixé sur Dieu, le front environné d’un éclat céleste et les vêtements pour ainsi dire ruisselants de lumière. Les architectes lui ont bâti des temples sur les plus hautes montagnes, et ils ont dressé des autels en son honneur au sommet des tours. Ils auraient voulu le placerdans ces régions supérieures où saint Paul nous représente la lutte des bons anges contre les esprits de ténèbres. De temps en temps ils l’unissent au Verbe incarné, à la Lumière divine descendue sur la terre. Saint Michel est l’ami du Sauveur et le gardien des sanctuaires. (Voir les figures 1, 4, 8, 15, 37, 66, 131 à 133, 184 et 191.)

L’ange rebelle est devenu l’ennemi des âmes. Son heureux contradicteur a reçu la mission de les défendre. Il veille sur elles; il les protège, il les guide, il les éclaire; il prend sous sa protection les âmes les plus saintes et les plus pures. La Vierge Marie et Jeanne d’Arc lui sont confiées. Il est l’ange protecteur de l’Église et de la France, c’est-à-dire de la patrie des âmes et de la nation chérie de Dieu. Il est le guide des chevaliers et des pèlerins, le patron des confréries et des associations ouvrières. Après la séparation de l’âme et du corps, il prend soin de notre dépouille mortelle et veille sur notre tombe, c’est pourquoi les artistes l’ont souvent représenté avec les attributs d’un ange gardien. (Voir les figures 5, 11, 14, 18, 34, 44, 92, 94, 95 à 102, 104, 105, 116 à 124, 141, 185 et 186.)

Au tribunal de Dieu, Satan réclame sa proie; mais saint Michel est là pour la défendre. Il pèse les bonnes et mauvaises actions; il écarte souvent, du bout de sa lance, un petit diable sournois qui essaie de tricher et de faire incliner vers la terre le plateau de la balance où les péchés sont contenus. La bonne et miséricordieuse Vierge intervient d’ordinaire dans cette pesée des âmes; elle intercède pour le défunt auprès du Juge suprême assis sur son trône. (Voir la chromo de la page 388 et les figures 6, 103, 142, 186, 187, 188 et 207.)

Les monuments élevés en l’honneur de saint Michel, depuis l’origine de l’Église, ne sauraient être comptés. Plusieurs sont remarquables par la beauté de l’architecture, la hardiesse du plan, la richesse de l’exécution. En première ligne, nous plaçons la basilique du Mont-Tombe, les églises de Bruxelles et de Bordeaux, la chapelle de Saint-Michel d’Aiguilhe, dans le Velay. Les châteaux forts, les tours, les beffrois dédiés à l’Archange guerrier ne sont ni moins remarquables ni moins nombreux. (Voir les chromos des pages 88 et 268 et les figures 16, 20, 22, 24 à 27, 28, 52 à 61, 70, 143 à 151 et 182.)

Nous désirons compléter cette partie de notre ouvrage en mettant sous le regard du lecteur une nouvelle série de gravures. Les documents iconographiques qui suivent sont comme une synthèse de toute la partie artistique de notre travail: ils résument ce que la peinture, la sculpture et l’architecture ont entrepris à la gloire de saint Michel.

P.-M.Brin.

[Pas d'image disponible.]Fig. 173.—Sou d’or concave. Isaac II, l’Ange, 1185-1195.Fig. 174.—Pierre gravée du quatrième siècle, formant le sceau de Chrétien, chanoine d’Amiens. 1210.Fig. 175.—Sou d’or concave. Michel VIII Paléologue. 1261-1282.

Fig. 173.—Sou d’or concave. Isaac II, l’Ange, 1185-1195.Fig. 174.—Pierre gravée du quatrième siècle, formant le sceau de Chrétien, chanoine d’Amiens. 1210.Fig. 175.—Sou d’or concave. Michel VIII Paléologue. 1261-1282.

Fig. 173.—Sou d’or concave. Isaac II, l’Ange, 1185-1195.

Fig. 174.—Pierre gravée du quatrième siècle, formant le sceau de Chrétien, chanoine d’Amiens. 1210.

Fig. 175.—Sou d’or concave. Michel VIII Paléologue. 1261-1282.

[Pas d'image disponible.]Fig. 176.—Sceau du douzième siècle. Bruxelles. Archives nationales.Fig. 177.—Enseigne (image) en plomb de saint Michel, trouvée au Mont. Treizième siècle.

Fig. 176.—Sceau du douzième siècle. Bruxelles. Archives nationales.Fig. 177.—Enseigne (image) en plomb de saint Michel, trouvée au Mont. Treizième siècle.

Fig. 176.—Sceau du douzième siècle. Bruxelles. Archives nationales.

Fig. 177.—Enseigne (image) en plomb de saint Michel, trouvée au Mont. Treizième siècle.

[Pas d'image disponible.]Fig. 178.—Sceau de l’abbaye du Mont-Saint-Michel au douzième siècle. Le revers est le sceau de Robert de Torigni. Archives nationales.

Fig. 178.—Sceau de l’abbaye du Mont-Saint-Michel au douzième siècle. Le revers est le sceau de Robert de Torigni. Archives nationales.

Fig. 178.—Sceau de l’abbaye du Mont-Saint-Michel au douzième siècle. Le revers est le sceau de Robert de Torigni. Archives nationales.

[Pas d'image disponible.]Fig. 179.—Sceau de la Nation de Picardie, à l’Université de Paris. Quatorzième siècle. Archives nationales.

Fig. 179.—Sceau de la Nation de Picardie, à l’Université de Paris. Quatorzième siècle. Archives nationales.

Fig. 179.—Sceau de la Nation de Picardie, à l’Université de Paris. Quatorzième siècle. Archives nationales.

[Pas d'image disponible.]Fig. 180.—Sceau de l’abbaye du Mont-Saint-Michel, en 1520. Archives nationales.Fig. 181.—Moule d’un plomb de pèlerinage. Quatorzième siècle. Collection de M. Alfred Ramé.

Fig. 180.—Sceau de l’abbaye du Mont-Saint-Michel, en 1520. Archives nationales.Fig. 181.—Moule d’un plomb de pèlerinage. Quatorzième siècle. Collection de M. Alfred Ramé.

Fig. 180.—Sceau de l’abbaye du Mont-Saint-Michel, en 1520. Archives nationales.

Fig. 181.—Moule d’un plomb de pèlerinage. Quatorzième siècle. Collection de M. Alfred Ramé.

[Pas d'image disponible.]Fig. 182.—Statue de l’Archange sur l’église Saint-Michel de Lucques (Toscane), fondée au huitième siècle. La façade est postérieure de plusieurs siècles.

Fig. 182.—Statue de l’Archange sur l’église Saint-Michel de Lucques (Toscane), fondée au huitième siècle. La façade est postérieure de plusieurs siècles.

Fig. 182.—Statue de l’Archange sur l’église Saint-Michel de Lucques (Toscane), fondée au huitième siècle. La façade est postérieure de plusieurs siècles.

[Pas d'image disponible.]Fig. 183.—Saint Michel et ses anges terrassant le démon. Peint par Cimabue dans l’église Sainte-Croix de Florence. Treizième siècle.

Fig. 183.—Saint Michel et ses anges terrassant le démon. Peint par Cimabue dans l’église Sainte-Croix de Florence. Treizième siècle.

Fig. 183.—Saint Michel et ses anges terrassant le démon. Peint par Cimabue dans l’église Sainte-Croix de Florence. Treizième siècle.

[Pas d'image disponible.]Fig. 184.—Saint Michel, saint Gabriel et saint Raphaël groupés autour de la figure centrale du Sauveur. Peinture grecque du quinzième siècle.

Fig. 184.—Saint Michel, saint Gabriel et saint Raphaël groupés autour de la figure centrale du Sauveur. Peinture grecque du quinzième siècle.

Fig. 184.—Saint Michel, saint Gabriel et saint Raphaël groupés autour de la figure centrale du Sauveur. Peinture grecque du quinzième siècle.

[Pas d'image disponible.]Fig. 185.—Saint Michel avec la Vierge et l’enfant Jésus. Peint à fresque dans l’église Sainte-Croix de Florence. École de Giotto.

Fig. 185.—Saint Michel avec la Vierge et l’enfant Jésus. Peint à fresque dans l’église Sainte-Croix de Florence. École de Giotto.

Fig. 185.—Saint Michel avec la Vierge et l’enfant Jésus. Peint à fresque dans l’église Sainte-Croix de Florence. École de Giotto.

[Pas d'image disponible.]Fig. 186.—Saint Michel conducteur des âmes.—Un ange présentant une âme à saint Michel. Miniature duLivre des Angelz. Ms. duXVᵉ siècle. Nº 186 à la Bibl. nat.

Fig. 186.—Saint Michel conducteur des âmes.—Un ange présentant une âme à saint Michel. Miniature duLivre des Angelz. Ms. duXVᵉ siècle. Nº 186 à la Bibl. nat.

Fig. 186.—Saint Michel conducteur des âmes.—Un ange présentant une âme à saint Michel. Miniature duLivre des Angelz. Ms. duXVᵉ siècle. Nº 186 à la Bibl. nat.

[Pas d'image disponible.]Fig. 187.—Saint Michel peseur des âmes. Partie centrale du tableau duJugement dernierpeint par Memling, dans l’église Sainte-Marie, à Dantzig. Quinzième siècle.

Fig. 187.—Saint Michel peseur des âmes. Partie centrale du tableau duJugement dernierpeint par Memling, dans l’église Sainte-Marie, à Dantzig. Quinzième siècle.

Fig. 187.—Saint Michel peseur des âmes. Partie centrale du tableau duJugement dernierpeint par Memling, dans l’église Sainte-Marie, à Dantzig. Quinzième siècle.

[Pas d'image disponible.]Fig. 188.—Saint Michel pesant les âmes et terrassant le Dragon. Peint par Luca Signorelli. Église Saint-Grégoire, à Rome. Seizième siècle.

Fig. 188.—Saint Michel pesant les âmes et terrassant le Dragon. Peint par Luca Signorelli. Église Saint-Grégoire, à Rome. Seizième siècle.

Fig. 188.—Saint Michel pesant les âmes et terrassant le Dragon. Peint par Luca Signorelli. Église Saint-Grégoire, à Rome. Seizième siècle.

[Pas d'image disponible.]Fig. 189.—Plaque italienne en bronze. Seizième siècle.Fig. 190.—Plaque allemande en argent repoussé. Seizième siècle.

Fig. 189.—Plaque italienne en bronze. Seizième siècle.Fig. 190.—Plaque allemande en argent repoussé. Seizième siècle.

Fig. 189.—Plaque italienne en bronze. Seizième siècle.

Fig. 190.—Plaque allemande en argent repoussé. Seizième siècle.

[Pas d'image disponible.]Fig. 191.—Saint Michel terrassant le démon avec les seules paroles:Quis ut Deus. Tableau italien du seizième siècle.

Fig. 191.—Saint Michel terrassant le démon avec les seules paroles:Quis ut Deus. Tableau italien du seizième siècle.

Fig. 191.—Saint Michel terrassant le démon avec les seules paroles:Quis ut Deus. Tableau italien du seizième siècle.

[Pas d'image disponible.]Fig. 192 à 206.—Jetons d’échevinage et monnaies à l’effigie de saint Michel.

Fig. 192 à 206.—Jetons d’échevinage et monnaies à l’effigie de saint Michel.

Fig. 192 à 206.—Jetons d’échevinage et monnaies à l’effigie de saint Michel.

[Pas d'image disponible.]Fig. 207.—Saint Michel conducteur et défenseur des âmes. Fragment d’un tableau peint par Mabuse. Seizième siècle.Fig. 208.—Saint Michel en costume de l’époque de Louis XIV. Sculpture en ivoire du dix-septième siècle.

Fig. 207.—Saint Michel conducteur et défenseur des âmes. Fragment d’un tableau peint par Mabuse. Seizième siècle.Fig. 208.—Saint Michel en costume de l’époque de Louis XIV. Sculpture en ivoire du dix-septième siècle.

Fig. 207.—Saint Michel conducteur et défenseur des âmes. Fragment d’un tableau peint par Mabuse. Seizième siècle.

Fig. 208.—Saint Michel en costume de l’époque de Louis XIV. Sculpture en ivoire du dix-septième siècle.

[Pas d'image disponible.]Fig. 209.—Saint Michel d’après un émail de Limoges signé Laudin. Dix-septième siècle.Fig. 210.—Plaque en bronze de la fin de la Renaissance italienne.

Fig. 209.—Saint Michel d’après un émail de Limoges signé Laudin. Dix-septième siècle.Fig. 210.—Plaque en bronze de la fin de la Renaissance italienne.

Fig. 209.—Saint Michel d’après un émail de Limoges signé Laudin. Dix-septième siècle.

Fig. 210.—Plaque en bronze de la fin de la Renaissance italienne.

[Pas d'image disponible.]Fig. 211.—Saint Michel terrassant le Démon. D’après une plaque en faïence émaillée d’Aranda (Espagne). Dix-septième siècle.

Fig. 211.—Saint Michel terrassant le Démon. D’après une plaque en faïence émaillée d’Aranda (Espagne). Dix-septième siècle.

Fig. 211.—Saint Michel terrassant le Démon. D’après une plaque en faïence émaillée d’Aranda (Espagne). Dix-septième siècle.

[Pas d'image disponible.]Fig. 212.—Saint Michel terrassant le Dragon. D’après une broderie au passé. Dix-huitième siècle.

Fig. 212.—Saint Michel terrassant le Dragon. D’après une broderie au passé. Dix-huitième siècle.

Fig. 212.—Saint Michel terrassant le Dragon. D’après une broderie au passé. Dix-huitième siècle.

L’histoiregénérale ne comporte pas tous les détails d’une chronique locale; elle se prête encore moins aux longues citations, aux froides nomenclatures et aux discussions sur les points controversés.

Il en est ainsi dans l’histoire du culte de saint Michel. Plusieurs assertions demandent des preuves; certains faits ont besoin d’être éclaircis. Le lecteur ne serait pas satisfait, s’il ne trouvait des pièces justificatives à l’appui des opinions que l’auteur émet le premier, ou défend contre des écrivains d’une valeur incontestée. D’autre part, saint Michel avec ses attributs guerriers, sa mission auprès des âmes, ses luttes et ses triomphes, a excité de tous temps l’enthousiasme des poètes. Il a partout sa place d’honneur dans la poésie lyrique, dans le drame et dans l’épopée. Nous avons rapporté plusieurs faits pour démontrer cette assertion; mais il est utile de multiplier les citations, afin de mieux faire ressortir l’influence que saint Michel a exercée dans la littérature et les arts.

C’est pourquoi nous publions ici quatorze pièces justificatives ou appendices que nous classons selon l’ordre chronologique, et nous indiquons, quand il y a lieu, les pages qui leur correspondent dans le texte. La première de ces pièces,La révolte des Anges d’après une tablette chaldéenne, prouve que la grande lutte engagée entre saint Michel et Lucifer, était connue dès la plus haute antiquité. Dans les pièces II, III, IV, V, VI, IX, X, XI et XII, nous avons des modèles de cette poésie où l’Archange figure tour à tour comme le vainqueur de Satan, le conducteur et le peseur des âmes, le génie tutélaire de l’Église et de la France. Le septième appendice est dû à M. Deschamps de Vadeville: il renferme la liste des chevaliers qui défendaient le Mont-Saint-Michel en 1427, sous la conduite de Louis d’Estouteville. Jusqu’ici, la question de l’atelier monétaire établi au Mont-Saint-Michel n’avait pasété résolue; le huitième appendice comble cette lacune. Enfin, les pièces XIII et XIV nous fournissent des documents précieux sur l’histoire du Mont-Saint-Michel pendant leXVIIIᵉ siècle et à l’époque de la Révolution.

C’est à M. Talbot que nous empruntons et la traduction de cette tablette et les réflexions qui précèdent cette traduction.

Cette description de la révolte des Dieux ou des Anges semble avoir été précédée d’un récit de l’harmonie parfaite qui existait d’abord dans les Cieux. La guerre entre Michel et le Dragon a beaucoup de rapport avec le combat de Bel contre le Dragon qu’une tablette chaldéenne raconte[35]. Et il n’est pas inutile de remarquer que le dragon chaldéen a sept têtes, comme celui dont parle l’Apocalypse.

Nous venons de dire que les premières lignes (au moins quatre) de la tablette manquent.

5. «L’Être divin dit trois fois le commencement d’un psaume[36].

6. Le Dieu des saints cantiques, Seigneur de religion et d’adoration,

7. Établit mille chanteurs et musiciens, et institua un chœur

8. Aux chants duquel des multitudes répondaient.....

9. Avec un bruyant cri de mépris, ils interrompirent son saint cantique,

10. Abîmant, confondant, rendant confus son hymne de louange.

11. Le Dieu de la brillante couronne, avec un désir de réunir ses adhérents,

12. Sonna de la trompette pour éveiller la mort

13. Qui défendit aux dieux rebelles de revenir.

14. Il refusa leur service. Il les éloigna parmi les dieux ses ennemis.

15. A leur place il créa l’humanité.

16. Le premier qui reçut la vie habita seul avec lui.

17. Puisse-t-il leur donner la force pour qu’ils ne négligent pas sa parole,

18. En suivant la voix du Serpent[37], que ses mains ont créé.

19. Et puisse le Dieu de divine (parole) chasser de ses cinq mille ces mauvais mille

20. Qui, au milieu de son chant céleste, ont crié des blasphèmes mauvais.

21. Le dieu Ashur, qui avait vu la malice de ces Dieux qui avaient abandonné leur place

22. Pour se révolter, n’alla pas avec eux[38].»

Mysteriorum signiferCœlestium, Archangele,Te supplicantes quæssumusUt nos placatus visites.Ipse cum sanctis Angelis,Cum Justis, cum Apostolis;Illustra locum jugiter,Quo nunc orantes degimus.Castissimorum omniumDoctorum ac PontificumPro nobis preces profluasDevotus offer Domino,Hostem repellat ut sævum,Opemque pacis dirigat,Et nostra simul pectoraFides perfecta muniat.Ascendant nostræ protinusAd thronum voces gloriæ,Mentesque nostras erigatQui sede splendet fulgidâ.Hic virtus ejus maneat,Hic firma flagret charitas,Hic ad salutis commodaSuis occurrat famulis.Errores omnes auferat,Vagosque sensus corrigat,Et dirigat vestigiaNostra pacis per semitam.Lucis in arce fulgidâHæc sacra scribat carmina,Nostraque simul nominaIn Libro vitæ conferat.

Mysteriorum signiferCœlestium, Archangele,Te supplicantes quæssumusUt nos placatus visites.Ipse cum sanctis Angelis,Cum Justis, cum Apostolis;Illustra locum jugiter,Quo nunc orantes degimus.Castissimorum omniumDoctorum ac PontificumPro nobis preces profluasDevotus offer Domino,Hostem repellat ut sævum,Opemque pacis dirigat,Et nostra simul pectoraFides perfecta muniat.Ascendant nostræ protinusAd thronum voces gloriæ,Mentesque nostras erigatQui sede splendet fulgidâ.Hic virtus ejus maneat,Hic firma flagret charitas,Hic ad salutis commodaSuis occurrat famulis.Errores omnes auferat,Vagosque sensus corrigat,Et dirigat vestigiaNostra pacis per semitam.Lucis in arce fulgidâHæc sacra scribat carmina,Nostraque simul nominaIn Libro vitæ conferat.

Mysteriorum signiferCœlestium, Archangele,Te supplicantes quæssumusUt nos placatus visites.

Ipse cum sanctis Angelis,Cum Justis, cum Apostolis;Illustra locum jugiter,Quo nunc orantes degimus.

Castissimorum omniumDoctorum ac PontificumPro nobis preces profluasDevotus offer Domino,

Hostem repellat ut sævum,Opemque pacis dirigat,Et nostra simul pectoraFides perfecta muniat.

Ascendant nostræ protinusAd thronum voces gloriæ,Mentesque nostras erigatQui sede splendet fulgidâ.

Hic virtus ejus maneat,Hic firma flagret charitas,Hic ad salutis commodaSuis occurrat famulis.

Errores omnes auferat,Vagosque sensus corrigat,Et dirigat vestigiaNostra pacis per semitam.

Lucis in arce fulgidâHæc sacra scribat carmina,Nostraque simul nominaIn Libro vitæ conferat.

Laus crumpat ex affectu!Psallat chorus in conspectuSupernorum civium!Laus jocunda, laus decora,Quando laudi concanoraPuritas est cordium.

Laus crumpat ex affectu!Psallat chorus in conspectuSupernorum civium!Laus jocunda, laus decora,Quando laudi concanoraPuritas est cordium.

Laus crumpat ex affectu!Psallat chorus in conspectuSupernorum civium!Laus jocunda, laus decora,Quando laudi concanoraPuritas est cordium.

Michaelem cuncti laudent,Nec ab hujus se defraudentDiei lætitiâ.Felix dies, quâ sanctorumRecensetur AngelorumSolemnis victoria.

Michaelem cuncti laudent,Nec ab hujus se defraudentDiei lætitiâ.Felix dies, quâ sanctorumRecensetur AngelorumSolemnis victoria.

Michaelem cuncti laudent,Nec ab hujus se defraudentDiei lætitiâ.Felix dies, quâ sanctorumRecensetur AngelorumSolemnis victoria.

Draco vetus exturbatur,Et Draconis effugaturInimica legio.Exturbatus est turbator,Et projectus accusator,A cœli fastigio.

Draco vetus exturbatur,Et Draconis effugaturInimica legio.Exturbatus est turbator,Et projectus accusator,A cœli fastigio.

Draco vetus exturbatur,Et Draconis effugaturInimica legio.Exturbatus est turbator,Et projectus accusator,A cœli fastigio.

Sub tutelâ MichaelisPax in terrâ, pax in cœlis,Laus et jubilatio.Cum sit potens hic virtute,Pro communi stans salute,Triumphat in prœlio.

Sub tutelâ MichaelisPax in terrâ, pax in cœlis,Laus et jubilatio.Cum sit potens hic virtute,Pro communi stans salute,Triumphat in prœlio.

Sub tutelâ MichaelisPax in terrâ, pax in cœlis,Laus et jubilatio.Cum sit potens hic virtute,Pro communi stans salute,Triumphat in prœlio.

Suggestor scelerisPulsus à superis,Per hujus aerisOberrat spatia.Dolis invigilat,Virus insibilat.Sed hunc annihilatPræsens custodia.

Suggestor scelerisPulsus à superis,Per hujus aerisOberrat spatia.Dolis invigilat,Virus insibilat.Sed hunc annihilatPræsens custodia.

Suggestor scelerisPulsus à superis,Per hujus aerisOberrat spatia.Dolis invigilat,Virus insibilat.Sed hunc annihilatPræsens custodia.

Tres distinctæ hierarchiæJugi vacant theoriæ,Jugique psalterio.Nec obsistit theoria,Sive jugis harmonia,Jugi ministerio.

Tres distinctæ hierarchiæJugi vacant theoriæ,Jugique psalterio.Nec obsistit theoria,Sive jugis harmonia,Jugi ministerio.

Tres distinctæ hierarchiæJugi vacant theoriæ,Jugique psalterio.Nec obsistit theoria,Sive jugis harmonia,Jugi ministerio.

O quàm miræ charitatisEst supernæ civitatisTer terna distinctio,Quæ nos amat et tueturUt ex nobis restaureturEjus diminutio!

O quàm miræ charitatisEst supernæ civitatisTer terna distinctio,Quæ nos amat et tueturUt ex nobis restaureturEjus diminutio!

O quàm miræ charitatisEst supernæ civitatisTer terna distinctio,Quæ nos amat et tueturUt ex nobis restaureturEjus diminutio!

Sicut sunt hominumDiversæ gratiæ,Sic erunt ordinumDistinctæ gloriæJustis in præmio.Solis est aliaQuam lunæ dignitas,Stellarum variaRelucet claritas;Sic resurrectio.

Sicut sunt hominumDiversæ gratiæ,Sic erunt ordinumDistinctæ gloriæJustis in præmio.Solis est aliaQuam lunæ dignitas,Stellarum variaRelucet claritas;Sic resurrectio.

Sicut sunt hominumDiversæ gratiæ,Sic erunt ordinumDistinctæ gloriæJustis in præmio.Solis est aliaQuam lunæ dignitas,Stellarum variaRelucet claritas;Sic resurrectio.

Vetus homo novitati,Se terrenus puritatiConformet cœlestium.Coæqualis his futurus,Licet nondum plenè purus,Spe præsumat præmium.

Vetus homo novitati,Se terrenus puritatiConformet cœlestium.Coæqualis his futurus,Licet nondum plenè purus,Spe præsumat præmium.

Vetus homo novitati,Se terrenus puritatiConformet cœlestium.Coæqualis his futurus,Licet nondum plenè purus,Spe præsumat præmium.

Ut ab ipsis adjuvemur,Hos devotè veneremur,Instantes obsequio.Deo nos conciliatAngelisque sociatSincera devotio.

Ut ab ipsis adjuvemur,Hos devotè veneremur,Instantes obsequio.Deo nos conciliatAngelisque sociatSincera devotio.

Ut ab ipsis adjuvemur,Hos devotè veneremur,Instantes obsequio.Deo nos conciliatAngelisque sociatSincera devotio.

De secretis reticentesInterim cœlestibus,Erigamus puras mentesIn cœlum cum manibus,

De secretis reticentesInterim cœlestibus,Erigamus puras mentesIn cœlum cum manibus,

De secretis reticentesInterim cœlestibus,Erigamus puras mentesIn cœlum cum manibus,

Ut superna nos digneturCohæredes curia,Et divina collaudeturAb utrisque gratia!

Ut superna nos digneturCohæredes curia,Et divina collaudeturAb utrisque gratia!

Ut superna nos digneturCohæredes curia,Et divina collaudeturAb utrisque gratia!

Capiti sit gloriaMembrisque concordia!Amen.

Capiti sit gloriaMembrisque concordia!Amen.

Capiti sit gloriaMembrisque concordia!

Amen.

Ancieine costume esteitQue jà par nuit, en nul endreit,N’osast entrer huem desoz cielDedenz l’igliese Seint-MichielPor nul besong que il éust,Ne clers, ne lais, quels que il fust,De ci qu’à l’ore que chaieitLi orloges qui fors esteit,Qui les matines terminout:Li segreteins lors i entrout.Totes les gardes fors gesoientEn lor maison que els aveient:Ce faiseit l’en tout por l’Archangre,Qui i hantout, e li seint angre.Cil qui voleient escouter,Les oeient souvent chanter.Lor chant esteit cleirs e serizComme de si seinz esperiz.Apertement les reveeientMainte feiée, ceu diseient,Li segrestein qui là geseient,Quant guarde et escout s’em perneient.Cil seint espirt molt i chantouent;De lor clartei enluminouentTote l’igliese, quant veneient.Les compangnes granz i esteient.Entre tant vint au marruglier,Oiant les gardes del mostier,Uns huem (mès ne sei com out non,Ne se s’il fut de la maison)Por demander lor grant folie;Ne leirei pas ne la vos die:Il lor demande que deveitQue el mostier nuls ne geseit,Si cum en altres plusors funt,Où cez chières reliques sunt;Ne n’i leit l’en nul homme entrerDès qu’il ennoite, por ovrer.Respondent cil: «Par reverence:«Des seinz angles dont grant frequence«I a par nuit espessement;«Si ne porreit nuls veirement«Suffrir veeir cele clarté«Dunt sunt li angle avironné.»—«Par fei! feit-il, empensé ai«Que une noit i veillerai,«Se l’en suffrir le me voleit.»Chascun s’en rist qui s’en oieit;Il quidouent qu’il se joastE que ses diz à gab tornast;Mais puis que virent que’s preioutEt adecertes tot tornout,Quant que lor out primes conté,A lor maistres cil ont mostré.En folie tenu le r’unt:Jà otreiz nul ne l’en feruntDe ceste ovre por nule rien,Trestuit s’en sunt afichié bien;Mais nequedent tant les preiaQue par ennui veincuz les a:Otrié ont ceu qu’il requist;Unques dangier nuls ne l’en fist.Toz prof en prof treis jorz juna,Al derraien bien se lava;En l’aserant s’en est entreiDedens l’igliese, e recuteiEn un angleit, à une partOù chandele ne ceirge n’art.Endreit prinsomme s’effreia:Quer visions ne veia.De la poor que il en out,Unques une conter n’en sout;Sum chief couvrit, si se mucha,Jus à terre s’acraventa.Aprof iceu el mostier vitMolt grant clarté, si cum il dit;En la clarté vit seint MichielE la Raïne, ou lui, del ciel,E le portier de paréis,De l’autre part, ceu li fut vis:Le mostier vunt avironnant,Dedenz entor e poralant.De là où ert e se geseit.Seint Michiel ot qui se plengneitA cels qui eirent ovec lui,Que el mostier aveit sentiDe caroigne odor molt male:De la poor devint cil pale;Esguardé a cele partieOù a la voiz de l’angle oïe.Marriement le vit venirVers sei, molt tost ne pout fuir.Leiz lui li Angles s’aresta:Cruel vis out, ce li sembla,E vie chose bien semblout.Merci cria, si cum il pout.De sa misere pitié untLi dui ki o seint Michiel sunt.Ceu est la Mere Jesu-CristE seint Pierres, si cum cil dist;A seint Michiel preient que aitMerci de cel homme forfait.Fait aveit grant presumpcion,Meis or li preient que pardomPor lor amor de cest li face.Cil se geseit enz en la place.Il lor respont que non fera,Jà cest forfait ne pardonra:As sainz espirz grant tort a fait:Suffrir deivent que peine en ait.Il li dient: «Se vos voleiz,«Se veaus non trueves li donneiz«Tant que as angles ait dreit fait«A qui il a granment forfait.»Seinte Marie pleige en fu,Ceu a-il puis reconnéu.La dame s’est vers lui clinée,Si li a dit comme senée:«Di, colibert, por quei venis«En cest mostier, que i quéis?«Liève tost sus e si t’en eis;«Si faces dreit, iceu te rois,«A seint Michiel, quant tu porras,«Et as angles, qui tort fait as.»Si cum il pout s’est remuezE de l’igliese fors alezPar mie la porte, qu’a trouvéeTrestote ouverte et esbaiée;Iluec el porche est arestez,Si se coucha sor les desgrez;Malades est, si se pleigneit,De ses pechiez se repenteit.Li orloges atant sonna:Li segresteins molt tost leva,El mostier veit, si l’a chercié;Esbahi s’est e esmaiéQuant il n’en a celui trouvéQui i esteit le seir entré;Por veir quide qu’il ait robéeToute l’igliese e violée;A ses serjanz s’est tost alez:«Seignors, fait-il, por Deu levez,«E le larrum par tot querez«Qui nos a toz ennuit robez.»Isnelement cil sunt levé,Tot le mostier ont poralé;Al derraien vienent as portes,Qui bien eirent fermes e fortes,Desferment-les, eissu s’en sunt:L’omme malade trouvé untIluec devant où se geseitEt à bien prof l’ame traieit.Por lor meistre coru resunt,Isnelement menet li unt.Il veit celui mesaiesié,Prise l’en est molt grant pitié;Demande-lui que il aveit,Con faitement eissuz esteitDe l’igliese, qu’aveit éu.Cil li a tot reconnéu,Conté li a sa visionDe chief en chief, sanz grant sermon.Quant le jor vit lendemein cler,Se fist très-bien deceplinerDevant l’autel apertement,Si que’l virent tote la gent;Dous jorz vesquit, molt a ploré,A toute gent merci crié,A seint Michiel méismementVers cui s’esteit forfait griement.De cest siècle est al tierz alez:Ge n’espeir pas qu’il seit dampnez.

Ancieine costume esteitQue jà par nuit, en nul endreit,N’osast entrer huem desoz cielDedenz l’igliese Seint-MichielPor nul besong que il éust,Ne clers, ne lais, quels que il fust,De ci qu’à l’ore que chaieitLi orloges qui fors esteit,Qui les matines terminout:Li segreteins lors i entrout.Totes les gardes fors gesoientEn lor maison que els aveient:Ce faiseit l’en tout por l’Archangre,Qui i hantout, e li seint angre.Cil qui voleient escouter,Les oeient souvent chanter.Lor chant esteit cleirs e serizComme de si seinz esperiz.Apertement les reveeientMainte feiée, ceu diseient,Li segrestein qui là geseient,Quant guarde et escout s’em perneient.Cil seint espirt molt i chantouent;De lor clartei enluminouentTote l’igliese, quant veneient.Les compangnes granz i esteient.Entre tant vint au marruglier,Oiant les gardes del mostier,Uns huem (mès ne sei com out non,Ne se s’il fut de la maison)Por demander lor grant folie;Ne leirei pas ne la vos die:Il lor demande que deveitQue el mostier nuls ne geseit,Si cum en altres plusors funt,Où cez chières reliques sunt;Ne n’i leit l’en nul homme entrerDès qu’il ennoite, por ovrer.Respondent cil: «Par reverence:«Des seinz angles dont grant frequence«I a par nuit espessement;«Si ne porreit nuls veirement«Suffrir veeir cele clarté«Dunt sunt li angle avironné.»—«Par fei! feit-il, empensé ai«Que une noit i veillerai,«Se l’en suffrir le me voleit.»Chascun s’en rist qui s’en oieit;Il quidouent qu’il se joastE que ses diz à gab tornast;Mais puis que virent que’s preioutEt adecertes tot tornout,Quant que lor out primes conté,A lor maistres cil ont mostré.En folie tenu le r’unt:Jà otreiz nul ne l’en feruntDe ceste ovre por nule rien,Trestuit s’en sunt afichié bien;Mais nequedent tant les preiaQue par ennui veincuz les a:Otrié ont ceu qu’il requist;Unques dangier nuls ne l’en fist.Toz prof en prof treis jorz juna,Al derraien bien se lava;En l’aserant s’en est entreiDedens l’igliese, e recuteiEn un angleit, à une partOù chandele ne ceirge n’art.Endreit prinsomme s’effreia:Quer visions ne veia.De la poor que il en out,Unques une conter n’en sout;Sum chief couvrit, si se mucha,Jus à terre s’acraventa.Aprof iceu el mostier vitMolt grant clarté, si cum il dit;En la clarté vit seint MichielE la Raïne, ou lui, del ciel,E le portier de paréis,De l’autre part, ceu li fut vis:Le mostier vunt avironnant,Dedenz entor e poralant.De là où ert e se geseit.Seint Michiel ot qui se plengneitA cels qui eirent ovec lui,Que el mostier aveit sentiDe caroigne odor molt male:De la poor devint cil pale;Esguardé a cele partieOù a la voiz de l’angle oïe.Marriement le vit venirVers sei, molt tost ne pout fuir.Leiz lui li Angles s’aresta:Cruel vis out, ce li sembla,E vie chose bien semblout.Merci cria, si cum il pout.De sa misere pitié untLi dui ki o seint Michiel sunt.Ceu est la Mere Jesu-CristE seint Pierres, si cum cil dist;A seint Michiel preient que aitMerci de cel homme forfait.Fait aveit grant presumpcion,Meis or li preient que pardomPor lor amor de cest li face.Cil se geseit enz en la place.Il lor respont que non fera,Jà cest forfait ne pardonra:As sainz espirz grant tort a fait:Suffrir deivent que peine en ait.Il li dient: «Se vos voleiz,«Se veaus non trueves li donneiz«Tant que as angles ait dreit fait«A qui il a granment forfait.»Seinte Marie pleige en fu,Ceu a-il puis reconnéu.La dame s’est vers lui clinée,Si li a dit comme senée:«Di, colibert, por quei venis«En cest mostier, que i quéis?«Liève tost sus e si t’en eis;«Si faces dreit, iceu te rois,«A seint Michiel, quant tu porras,«Et as angles, qui tort fait as.»Si cum il pout s’est remuezE de l’igliese fors alezPar mie la porte, qu’a trouvéeTrestote ouverte et esbaiée;Iluec el porche est arestez,Si se coucha sor les desgrez;Malades est, si se pleigneit,De ses pechiez se repenteit.Li orloges atant sonna:Li segresteins molt tost leva,El mostier veit, si l’a chercié;Esbahi s’est e esmaiéQuant il n’en a celui trouvéQui i esteit le seir entré;Por veir quide qu’il ait robéeToute l’igliese e violée;A ses serjanz s’est tost alez:«Seignors, fait-il, por Deu levez,«E le larrum par tot querez«Qui nos a toz ennuit robez.»Isnelement cil sunt levé,Tot le mostier ont poralé;Al derraien vienent as portes,Qui bien eirent fermes e fortes,Desferment-les, eissu s’en sunt:L’omme malade trouvé untIluec devant où se geseitEt à bien prof l’ame traieit.Por lor meistre coru resunt,Isnelement menet li unt.Il veit celui mesaiesié,Prise l’en est molt grant pitié;Demande-lui que il aveit,Con faitement eissuz esteitDe l’igliese, qu’aveit éu.Cil li a tot reconnéu,Conté li a sa visionDe chief en chief, sanz grant sermon.Quant le jor vit lendemein cler,Se fist très-bien deceplinerDevant l’autel apertement,Si que’l virent tote la gent;Dous jorz vesquit, molt a ploré,A toute gent merci crié,A seint Michiel méismementVers cui s’esteit forfait griement.De cest siècle est al tierz alez:Ge n’espeir pas qu’il seit dampnez.

Ancieine costume esteitQue jà par nuit, en nul endreit,N’osast entrer huem desoz cielDedenz l’igliese Seint-MichielPor nul besong que il éust,Ne clers, ne lais, quels que il fust,De ci qu’à l’ore que chaieitLi orloges qui fors esteit,Qui les matines terminout:Li segreteins lors i entrout.

Totes les gardes fors gesoientEn lor maison que els aveient:Ce faiseit l’en tout por l’Archangre,Qui i hantout, e li seint angre.Cil qui voleient escouter,Les oeient souvent chanter.Lor chant esteit cleirs e serizComme de si seinz esperiz.Apertement les reveeientMainte feiée, ceu diseient,Li segrestein qui là geseient,Quant guarde et escout s’em perneient.Cil seint espirt molt i chantouent;De lor clartei enluminouentTote l’igliese, quant veneient.Les compangnes granz i esteient.Entre tant vint au marruglier,Oiant les gardes del mostier,Uns huem (mès ne sei com out non,Ne se s’il fut de la maison)Por demander lor grant folie;Ne leirei pas ne la vos die:Il lor demande que deveitQue el mostier nuls ne geseit,Si cum en altres plusors funt,Où cez chières reliques sunt;Ne n’i leit l’en nul homme entrerDès qu’il ennoite, por ovrer.Respondent cil: «Par reverence:«Des seinz angles dont grant frequence«I a par nuit espessement;«Si ne porreit nuls veirement«Suffrir veeir cele clarté«Dunt sunt li angle avironné.»—«Par fei! feit-il, empensé ai«Que une noit i veillerai,«Se l’en suffrir le me voleit.»Chascun s’en rist qui s’en oieit;Il quidouent qu’il se joastE que ses diz à gab tornast;Mais puis que virent que’s preioutEt adecertes tot tornout,Quant que lor out primes conté,A lor maistres cil ont mostré.En folie tenu le r’unt:Jà otreiz nul ne l’en feruntDe ceste ovre por nule rien,Trestuit s’en sunt afichié bien;Mais nequedent tant les preiaQue par ennui veincuz les a:Otrié ont ceu qu’il requist;Unques dangier nuls ne l’en fist.Toz prof en prof treis jorz juna,Al derraien bien se lava;En l’aserant s’en est entreiDedens l’igliese, e recuteiEn un angleit, à une partOù chandele ne ceirge n’art.Endreit prinsomme s’effreia:Quer visions ne veia.De la poor que il en out,Unques une conter n’en sout;Sum chief couvrit, si se mucha,Jus à terre s’acraventa.Aprof iceu el mostier vitMolt grant clarté, si cum il dit;En la clarté vit seint MichielE la Raïne, ou lui, del ciel,E le portier de paréis,De l’autre part, ceu li fut vis:Le mostier vunt avironnant,Dedenz entor e poralant.De là où ert e se geseit.Seint Michiel ot qui se plengneitA cels qui eirent ovec lui,Que el mostier aveit sentiDe caroigne odor molt male:De la poor devint cil pale;Esguardé a cele partieOù a la voiz de l’angle oïe.Marriement le vit venirVers sei, molt tost ne pout fuir.Leiz lui li Angles s’aresta:Cruel vis out, ce li sembla,E vie chose bien semblout.Merci cria, si cum il pout.De sa misere pitié untLi dui ki o seint Michiel sunt.Ceu est la Mere Jesu-CristE seint Pierres, si cum cil dist;A seint Michiel preient que aitMerci de cel homme forfait.Fait aveit grant presumpcion,Meis or li preient que pardomPor lor amor de cest li face.Cil se geseit enz en la place.Il lor respont que non fera,Jà cest forfait ne pardonra:As sainz espirz grant tort a fait:Suffrir deivent que peine en ait.Il li dient: «Se vos voleiz,«Se veaus non trueves li donneiz«Tant que as angles ait dreit fait«A qui il a granment forfait.»Seinte Marie pleige en fu,Ceu a-il puis reconnéu.La dame s’est vers lui clinée,Si li a dit comme senée:«Di, colibert, por quei venis«En cest mostier, que i quéis?«Liève tost sus e si t’en eis;«Si faces dreit, iceu te rois,«A seint Michiel, quant tu porras,«Et as angles, qui tort fait as.»Si cum il pout s’est remuezE de l’igliese fors alezPar mie la porte, qu’a trouvéeTrestote ouverte et esbaiée;Iluec el porche est arestez,Si se coucha sor les desgrez;Malades est, si se pleigneit,De ses pechiez se repenteit.Li orloges atant sonna:Li segresteins molt tost leva,El mostier veit, si l’a chercié;Esbahi s’est e esmaiéQuant il n’en a celui trouvéQui i esteit le seir entré;Por veir quide qu’il ait robéeToute l’igliese e violée;A ses serjanz s’est tost alez:«Seignors, fait-il, por Deu levez,«E le larrum par tot querez«Qui nos a toz ennuit robez.»Isnelement cil sunt levé,Tot le mostier ont poralé;Al derraien vienent as portes,Qui bien eirent fermes e fortes,Desferment-les, eissu s’en sunt:L’omme malade trouvé untIluec devant où se geseitEt à bien prof l’ame traieit.Por lor meistre coru resunt,Isnelement menet li unt.Il veit celui mesaiesié,Prise l’en est molt grant pitié;Demande-lui que il aveit,Con faitement eissuz esteitDe l’igliese, qu’aveit éu.Cil li a tot reconnéu,Conté li a sa visionDe chief en chief, sanz grant sermon.Quant le jor vit lendemein cler,Se fist très-bien deceplinerDevant l’autel apertement,Si que’l virent tote la gent;Dous jorz vesquit, molt a ploré,A toute gent merci crié,A seint Michiel méismementVers cui s’esteit forfait griement.De cest siècle est al tierz alez:Ge n’espeir pas qu’il seit dampnez.

Guillaume de Saint-Pair avait raconté en un style charmant les miracles du Mont-Saint-Michel; mais ce n’était là qu’une narration, et il fallait un jour en venir à la dramatiser. C’est ce que fit, au quatorzième siècle, un moine inconnu du Mont-Saint-Michel, qui fit jouer son drame «en présence de ces foules immenses qui, à certains jours de fêtes privilégiées, encombraient les abords de l’Abbaye». Le texte de ce drame a été dressé par M. Léopold Delisle et publié par M. de Beaurepaire. «C’est une œuvre incorrecte, inégale et généralement dépourvued’invention; mais enfin c’est une œuvre théâtrale, et cette transformation de la légende en drame est un fait important à noter.» Le premier miracle (I) n’est qu’un fragment. Une pèlerine au Mont-Saint-Michel a mis au jour un enfant au milieu de la grève, et saint Michel l’a miraculeusement préservée contre le flot montant. Elle quitte avec son mari le Mont où elle a été recueillie, et le poète nous fait assister à ce départ. Le second miracle (II) est plus compliqué, et se rapporte à un serpent merveilleux, qui fut tué grâce à saint Michel. Le troisième (III) est sans doute relatif à l’une de ces visites que saint Michel faisait de temps en temps à sa montagne de prédilection et à celle peut-être qu’a racontée plus haut Guillaume de Saint-Pair. Ce ne sont que des débris, et, si nous les reproduisons ici, c’est à cause de l’intérêt exceptionnel que présentent ces représentations théâtrales à l’usage des pèlerins au Mont. (Voy. E. de Beaurepaire,Les Miracles du Mont-Saint-Michel, Avranches, 1862, in-8º. C’est d’après cette publication que nous imprimons notre texte.)

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SPONSUS RECEDENS A MONTE.


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