Oh! bienheureux mille foisL'enfant que le Seigneur aime,Qui de bonne heure entend sa voix,Et que ce Dieu daigne instruire lui-même!Loin du monde élevé, de tous les dons des cieuxIl est orné dès son enfance,Et du méchant l'abord contagieuxN'altère point son innocence.Tel en un secret vallon,Sur le bord d'une onde pure,Croît à l'abri de l'aquilonUn jeune lis, l'amour de la nature,Heureux, heureux mille foisL'enfant que le Seigneur rend docile à ses lois!J. RACINE.
Oh! bienheureux mille foisL'enfant que le Seigneur aime,Qui de bonne heure entend sa voix,Et que ce Dieu daigne instruire lui-même!Loin du monde élevé, de tous les dons des cieuxIl est orné dès son enfance,Et du méchant l'abord contagieuxN'altère point son innocence.Tel en un secret vallon,Sur le bord d'une onde pure,Croît à l'abri de l'aquilonUn jeune lis, l'amour de la nature,Heureux, heureux mille foisL'enfant que le Seigneur rend docile à ses lois!
J. RACINE.
Si j'étais toi, ma fauvette,Toi qui becquettes le painQue pour toi répand ma mainAux abords de ma chambrette;Si j'étais toi, je prendraisMon vol bien loin de la terre:Adieu! dirais-je à ma mère;Et j'irais, je monteraisBien haut, par-dessus les nues;Je franchirais ces sommetsOù l'homme n'atteint jamais,Par des routes inconnuesJ'irais au fond du ciel bleu,Plus haut qu'où l'astre étincelle;Je n'arrêterais mon aileQu'après avoir trouvé Dieu.Mon ami, dit la fauvette,Pour cela point n'est besoinD'aller si haut ni si loin:Cherche Dieu dans ta chambrette!L. TOURNIER.
Si j'étais toi, ma fauvette,Toi qui becquettes le painQue pour toi répand ma mainAux abords de ma chambrette;Si j'étais toi, je prendraisMon vol bien loin de la terre:Adieu! dirais-je à ma mère;Et j'irais, je monteraisBien haut, par-dessus les nues;Je franchirais ces sommetsOù l'homme n'atteint jamais,Par des routes inconnuesJ'irais au fond du ciel bleu,Plus haut qu'où l'astre étincelle;Je n'arrêterais mon aileQu'après avoir trouvé Dieu.Mon ami, dit la fauvette,Pour cela point n'est besoinD'aller si haut ni si loin:Cherche Dieu dans ta chambrette!
L. TOURNIER.
«Où va ce petit oiseauQuand il quitte le hameau?Disait un fils à sa mère.«Va-t-il en terre étrangère,Chercher un toit plus béniPour y suspendre son nid?Pourquoi, dans cette saison,Quitte-t-il notre maison?—«Mon enfant, reprit la mère,Regarde vers ces grands bois;Les feuilles jonchent la terre;Les oiseaux n'ont plus de voix.Dans l'air plus de doux murmure,Plus de chants mélodieux:C'est le deuil de la nature:Vois, tout est mort sous les cieux!Voilà pourquoi l'hirondelle,Quand tout meurt autour de nous,Au loin fuit à tire-d'aile,Pour chercher des cieux plus doux.»De notre vie, enfant, l'hirondelle est l'image:Nous sommes ici-bas des oiseaux de passage,Et quand le long sommeil vient nous fermer les yeux,Nous prenons notre essor vers le séjour des cieux.P.-T. GONTARD.
«Où va ce petit oiseauQuand il quitte le hameau?Disait un fils à sa mère.«Va-t-il en terre étrangère,Chercher un toit plus béniPour y suspendre son nid?Pourquoi, dans cette saison,Quitte-t-il notre maison?—«Mon enfant, reprit la mère,Regarde vers ces grands bois;Les feuilles jonchent la terre;Les oiseaux n'ont plus de voix.Dans l'air plus de doux murmure,Plus de chants mélodieux:C'est le deuil de la nature:Vois, tout est mort sous les cieux!Voilà pourquoi l'hirondelle,Quand tout meurt autour de nous,Au loin fuit à tire-d'aile,Pour chercher des cieux plus doux.»De notre vie, enfant, l'hirondelle est l'image:Nous sommes ici-bas des oiseaux de passage,Et quand le long sommeil vient nous fermer les yeux,Nous prenons notre essor vers le séjour des cieux.
P.-T. GONTARD.
SUR UNE JEUNE FILLE TOMBÉE A LA MER
Pleurez, doux alcyons! ô vous, oiseaux sacrés,Oiseaux chers à Thétis; doux alcyons, pleurez!Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine!Un vaisseau la portait aux bords de Camarine:Là, l'hymen, les chansons, les flûtes, lentementDevaient la reconduire au seuil de son amant.Une clef vigilante a, pour cette journée,Sous le cèdre enfermé sa robe d'hyménée,Et l'or dont au festin ses bras seront parés,Et pour ses blonds cheveux, les parfums préparés.Mais seule sur la proue invoquant les étoiles,Le vent impétueux qui soufflait dans ses voilesL'enveloppe: étonnée et loin des matelots,Elle tombe, elle crie, elle est au sein des flots...Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine!Son beau corps a roulé sous la vague marine.Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher,Aux monstres dévorants eut soin de le cacher.Par son ordre bientôt les belles NéréidesS'élèvent au-dessus des demeures humides,Le poussent au rivage, et dans ce monumentL'ont au cap du Zéphyr déposé mollement;Et de loin à grands cris appelant leurs compagnes,Et les Nymphes des bois, des sources, des montagnes,Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil,Répétèrent, hélas! autour de son cercueil:Hélas! chez ton amant tu n'es point ramenée,Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée.L'or autour de ton bras n'a point serré de nœuds,Et le bandeau d'hymen n'orna point tes cheveux.ANDRÉ CHÉNIER.
Pleurez, doux alcyons! ô vous, oiseaux sacrés,Oiseaux chers à Thétis; doux alcyons, pleurez!Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine!Un vaisseau la portait aux bords de Camarine:Là, l'hymen, les chansons, les flûtes, lentementDevaient la reconduire au seuil de son amant.Une clef vigilante a, pour cette journée,Sous le cèdre enfermé sa robe d'hyménée,Et l'or dont au festin ses bras seront parés,Et pour ses blonds cheveux, les parfums préparés.Mais seule sur la proue invoquant les étoiles,Le vent impétueux qui soufflait dans ses voilesL'enveloppe: étonnée et loin des matelots,Elle tombe, elle crie, elle est au sein des flots...
Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine!Son beau corps a roulé sous la vague marine.Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher,Aux monstres dévorants eut soin de le cacher.Par son ordre bientôt les belles NéréidesS'élèvent au-dessus des demeures humides,Le poussent au rivage, et dans ce monumentL'ont au cap du Zéphyr déposé mollement;Et de loin à grands cris appelant leurs compagnes,Et les Nymphes des bois, des sources, des montagnes,Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil,Répétèrent, hélas! autour de son cercueil:Hélas! chez ton amant tu n'es point ramenée,Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée.L'or autour de ton bras n'a point serré de nœuds,Et le bandeau d'hymen n'orna point tes cheveux.
ANDRÉ CHÉNIER.
Pour le bon Dieu que puis-je faire?Je suis si petit, si petit!Voici ce que mon cœur me dit:J'aimerai bien ma bonne mère;Je puis l'aimer quoique petit!Pour Dieu, que puis-je faire encore?Puisque c'est Dieu qui nous bénit,Je prierai bien, près de mon lit,Ce bon Dieu que ma mère adore.On peut prier, quoique petit!Et puis-je faire davantage?A l'école où l'on me conduit,Attentif à tout ce qu'on dit,Je m'efforcerai d'être sage:On peut l'être, quoique petit!Et quoi d'autre enfin?... Si ma mèreMe réprimande ou m'avertit,J'y veillerai quoique petit,Pour corriger mon caractère:C'est comme cela qu'on grandit!L. TOURNIER.
Pour le bon Dieu que puis-je faire?Je suis si petit, si petit!Voici ce que mon cœur me dit:J'aimerai bien ma bonne mère;Je puis l'aimer quoique petit!
Pour Dieu, que puis-je faire encore?Puisque c'est Dieu qui nous bénit,Je prierai bien, près de mon lit,Ce bon Dieu que ma mère adore.On peut prier, quoique petit!
Et puis-je faire davantage?A l'école où l'on me conduit,Attentif à tout ce qu'on dit,Je m'efforcerai d'être sage:On peut l'être, quoique petit!
Et quoi d'autre enfin?... Si ma mèreMe réprimande ou m'avertit,J'y veillerai quoique petit,Pour corriger mon caractère:C'est comme cela qu'on grandit!
L. TOURNIER.
Au loup! au loup! à moi! criait un jeune pâtre,Et les bergers entre eux suspendaient leurs discours,Trompés par les clameurs du rustique folâtre;Tout venait, jusqu'au chien, tout volait au secours.Ayant de tant de cœurs éveillé le courage,Tirant l'un du sommeil et l'autre de l'ouvrage,Il se mettait à rire, il se croyait bien fin.Je suis loup, disait-il; mais attendez la fin.Un jour que les bergers, au fond de la vallée,Appelant la gaieté sur leurs aigres pipeaux,Confondaient leurs repas, leurs chansons, leurs troupeauxEt de leurs pieds joyeux pressaient l'herbe foulée:«Au loup! au loup! à moi!» dit le jeune garçon,«Au loup!» répéta-t-il d'une voix lamentable:Pas un n'abandonna la danse ni la table.«Il est loup,» dirent-ils, «à d'autres la leçon.»Et toutefois le loup dévorait la plus belleDe ses belles brebis;Et pour punir l'enfant qu'il traitait de rebelle,Il lui montrait les dents, déchirait ses habits:Et le pauvre menteur, élevant ses prières,N'attristait que l'écho: ses cris n'amenaient rien,Tout riait, tout dansait au loin sur les bruyères.«Eh quoi! pas un ami,» dit-il, «pas même un chien!»On ajoute (et vraiment c'est pitié de le croire)Qu'il serrait la brebis dans ses deux bras tremblants;Et quand il vint en pleurs raconter son histoire,On vit que ses deux bras étaient nus et sanglants.«Il ne ment pas, dit-on; il tremble! il saigne! il pleure.«Quoi! c'est donc vrai, Colas!» il s'appelait Colas,«Nous avons bien ri tout à l'heure,«Et la brebis est morte, elle est mangée... hélas!»On le plaignit. Un rustre insensible à ses larmesLui dit: «Tu fus menteur, tu trompas notre effroi;«Or, s'il m'avait trompé, le menteur fut-il roi,«Me crierait vainement: Aux armes!»MmeDESBORDES-VALMORE.
Au loup! au loup! à moi! criait un jeune pâtre,Et les bergers entre eux suspendaient leurs discours,Trompés par les clameurs du rustique folâtre;Tout venait, jusqu'au chien, tout volait au secours.Ayant de tant de cœurs éveillé le courage,Tirant l'un du sommeil et l'autre de l'ouvrage,Il se mettait à rire, il se croyait bien fin.Je suis loup, disait-il; mais attendez la fin.Un jour que les bergers, au fond de la vallée,Appelant la gaieté sur leurs aigres pipeaux,Confondaient leurs repas, leurs chansons, leurs troupeauxEt de leurs pieds joyeux pressaient l'herbe foulée:«Au loup! au loup! à moi!» dit le jeune garçon,«Au loup!» répéta-t-il d'une voix lamentable:Pas un n'abandonna la danse ni la table.«Il est loup,» dirent-ils, «à d'autres la leçon.»Et toutefois le loup dévorait la plus belleDe ses belles brebis;Et pour punir l'enfant qu'il traitait de rebelle,Il lui montrait les dents, déchirait ses habits:Et le pauvre menteur, élevant ses prières,N'attristait que l'écho: ses cris n'amenaient rien,Tout riait, tout dansait au loin sur les bruyères.«Eh quoi! pas un ami,» dit-il, «pas même un chien!»On ajoute (et vraiment c'est pitié de le croire)Qu'il serrait la brebis dans ses deux bras tremblants;Et quand il vint en pleurs raconter son histoire,On vit que ses deux bras étaient nus et sanglants.«Il ne ment pas, dit-on; il tremble! il saigne! il pleure.«Quoi! c'est donc vrai, Colas!» il s'appelait Colas,«Nous avons bien ri tout à l'heure,«Et la brebis est morte, elle est mangée... hélas!»On le plaignit. Un rustre insensible à ses larmesLui dit: «Tu fus menteur, tu trompas notre effroi;«Or, s'il m'avait trompé, le menteur fut-il roi,«Me crierait vainement: Aux armes!»
MmeDESBORDES-VALMORE.
Quel est donc, dites-moi, ce qu'on nomme lumière,Dont je ne peux jamais espérer de jouir?A votre pauvre enfant, dites, dites, ma mère,La vue est-ce bien doux? quel en est le plaisir?Tout ce que vous voyez n'est pour moi que mystère;Ce soleil si brillant, il éclaire vos pas;Je sens bien sa chaleur, mais comment il éclaire,Quels sont le jour, la nuit, je ne le comprends pas.Je m'amuse le jour et la nuit je sommeille;Si je ne dormais pas, sans cesse il serait jour.Oh? dites, du soleil est-ce là la merveille?Fait-il ainsi le jour et la nuit tour à tour?Je vous entends gémir, vous plaignez mon jeune âge:Ménagez des soupirs et des pleurs superflus;Si la vue est un bien j'en ignore l'usage:On ne peut regretter que le bien qu'on n'a plus.Le ciel à ce que j'ai borne ma jouissance;Ne me dérobez pas ce qu'il a mis en moi:Je suis un pauvre enfant aveugle de naissance;Mais, avec ma gaieté, je chante, je suis roi.J.-F. CHATELAIN.
Quel est donc, dites-moi, ce qu'on nomme lumière,Dont je ne peux jamais espérer de jouir?A votre pauvre enfant, dites, dites, ma mère,La vue est-ce bien doux? quel en est le plaisir?
Tout ce que vous voyez n'est pour moi que mystère;Ce soleil si brillant, il éclaire vos pas;Je sens bien sa chaleur, mais comment il éclaire,Quels sont le jour, la nuit, je ne le comprends pas.
Je m'amuse le jour et la nuit je sommeille;Si je ne dormais pas, sans cesse il serait jour.Oh? dites, du soleil est-ce là la merveille?Fait-il ainsi le jour et la nuit tour à tour?
Je vous entends gémir, vous plaignez mon jeune âge:Ménagez des soupirs et des pleurs superflus;Si la vue est un bien j'en ignore l'usage:On ne peut regretter que le bien qu'on n'a plus.
Le ciel à ce que j'ai borne ma jouissance;Ne me dérobez pas ce qu'il a mis en moi:Je suis un pauvre enfant aveugle de naissance;Mais, avec ma gaieté, je chante, je suis roi.
J.-F. CHATELAIN.
Je n'ai plus d'appui sur la terre,Je suis errant, abandonné:Mon seul espoir était mon père,Et les combats l'ont moissonné!Mais avec orgueil je m'écrie:Il tomba fidèle et vaillant!Ah! secourez le pauvre enfantDu soldat mort pour sa patrie!Au malheur son destin me livreEt j'implore en vain la pitié;Quand le brave a cessé de vivre,Serait-il si tôt oublié?Songez, vous que ma voix supplie,Qu'il mourut en vous défendant;Ah! secourez le pauvre enfantDu soldat mort pour sa patrie!Voilà cette étoile éclatanteQue je vis briller sur son sein:Faudra-t-il d'une main tremblanteLa vendre pour avoir du pain?Garde qu'elle ne soit flétrie!Me disait-il en expirant...Ah! secourez le pauvre enfantDu soldat mort pour sa patrie!Déjà mon jeune cœur tressaille,Quand je vois flotter nos drapeaux;Au seul récit d'une batailleJe me sens le fils d'un héros:Je l'espère, ô France chérie!Un jour je t'offrirai mon sang...Ah! secourez le pauvre enfantDu soldat mort pour sa patrie!
Je n'ai plus d'appui sur la terre,Je suis errant, abandonné:Mon seul espoir était mon père,Et les combats l'ont moissonné!Mais avec orgueil je m'écrie:Il tomba fidèle et vaillant!Ah! secourez le pauvre enfantDu soldat mort pour sa patrie!
Au malheur son destin me livreEt j'implore en vain la pitié;Quand le brave a cessé de vivre,Serait-il si tôt oublié?Songez, vous que ma voix supplie,Qu'il mourut en vous défendant;Ah! secourez le pauvre enfantDu soldat mort pour sa patrie!
Voilà cette étoile éclatanteQue je vis briller sur son sein:Faudra-t-il d'une main tremblanteLa vendre pour avoir du pain?Garde qu'elle ne soit flétrie!Me disait-il en expirant...Ah! secourez le pauvre enfantDu soldat mort pour sa patrie!
Déjà mon jeune cœur tressaille,Quand je vois flotter nos drapeaux;Au seul récit d'une batailleJe me sens le fils d'un héros:Je l'espère, ô France chérie!Un jour je t'offrirai mon sang...Ah! secourez le pauvre enfantDu soldat mort pour sa patrie!
Composé en 1669.A M. du Perrier.Ta douleur, du Perrier, sera donc éternelle?Et les tristes discoursQue te met en l'esprit l'amitié paternelleL'augmenteront toujours?Le malheur de ta fille au tombeau descenduePar un commun trépas,Est-ce quelque dédale où ta raison perdueNe se retrouve pas?Je sais de quels appas son enfance était pleine,Et n'ai pas entrepris,Injurieux ami, de soulager ta peineAvecque son mépris.Mais elle était du monde, où les plus belles chosesOnt le pire destin;Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,L'espace d'un matin.Puis quand ainsi serait que, selon ta prière,Elle aurait obtenuD'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,Qu'en fût-il advenu?Penses-tu que plus vieille en sa maison célesteElle eût eu plus d'accueil,Ou qu'elle eût moins senti la poussière funesteEt les vers du cercueil?La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles:On a beau la prier;La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles,Et nous laisse crier.Le pauvre en sa cabane où le chaume le couvreEst sujet à ses lois;Et la garde qui veille aux barrières du LouvreN'en défend point les rois.De murmurer contre elle et perdre patienceIl est mal à propos;Vouloir ce que Dieu veut est la seule scienceQui nous met en repos.MALHERBE.
Composé en 1669.A M. du Perrier.
Ta douleur, du Perrier, sera donc éternelle?Et les tristes discoursQue te met en l'esprit l'amitié paternelleL'augmenteront toujours?
Le malheur de ta fille au tombeau descenduePar un commun trépas,Est-ce quelque dédale où ta raison perdueNe se retrouve pas?
Mais elle était du monde, où les plus belles chosesOnt le pire destin;Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,L'espace d'un matin.
Puis quand ainsi serait que, selon ta prière,Elle aurait obtenuD'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,Qu'en fût-il advenu?
Penses-tu que plus vieille en sa maison célesteElle eût eu plus d'accueil,Ou qu'elle eût moins senti la poussière funesteEt les vers du cercueil?
La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles:On a beau la prier;La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles,Et nous laisse crier.
Le pauvre en sa cabane où le chaume le couvreEst sujet à ses lois;Et la garde qui veille aux barrières du LouvreN'en défend point les rois.
De murmurer contre elle et perdre patienceIl est mal à propos;Vouloir ce que Dieu veut est la seule scienceQui nous met en repos.
MALHERBE.
Un ange au radieux visage,Penché sur le bord d'un berceau,Semblait contempler son imageComme dans l'onde d'un ruisseau.Charmant enfant qui me ressemble,Oh! disait-il, viens avec moi;Viens, nous serons heureux ensemble;La terre est indigne de toi.Là, jamais entière allégresse;L'âme y souffre de ses plaisirs;Les cris de joie ont leur tristesse,Et les voluptés leurs soupirs.La crainte est de toutes les fêtes;Jamais un jour calme et sereinDu choc ténébreux des tempêtesN'a garanti le lendemain.Eh quoi! les chagrins, les alarmes,Viendraient troubler ce front si pur,Et par l'amertume des larmesSe terniraient ces yeux d'azur!Non, non, dans les champs de l'espaceAvec moi tu vas t'envoler:La Providence te fait grâceDes jours que tu devais couler.Que personne dans ta demeureN'obscurcisse ses vêtements;Qu'on accueille ta dernière heure,Ainsi que tes premiers moments.Que les fronts y soient sans nuage,Que rien n'y révèle un tombeau.Quand on est pur comme à ton âge,Le dernier jour est le plus beau.Et secouant ses blanches ailes,L'ange, à ces mots, prit son essorVers les demeures éternelles.Pauvre mère!... ton fils est mort.REBOUL.
Un ange au radieux visage,Penché sur le bord d'un berceau,Semblait contempler son imageComme dans l'onde d'un ruisseau.
Charmant enfant qui me ressemble,Oh! disait-il, viens avec moi;Viens, nous serons heureux ensemble;La terre est indigne de toi.
Là, jamais entière allégresse;L'âme y souffre de ses plaisirs;Les cris de joie ont leur tristesse,Et les voluptés leurs soupirs.
La crainte est de toutes les fêtes;Jamais un jour calme et sereinDu choc ténébreux des tempêtesN'a garanti le lendemain.
Eh quoi! les chagrins, les alarmes,Viendraient troubler ce front si pur,Et par l'amertume des larmesSe terniraient ces yeux d'azur!
Non, non, dans les champs de l'espaceAvec moi tu vas t'envoler:La Providence te fait grâceDes jours que tu devais couler.
Que personne dans ta demeureN'obscurcisse ses vêtements;Qu'on accueille ta dernière heure,Ainsi que tes premiers moments.
Que les fronts y soient sans nuage,Que rien n'y révèle un tombeau.Quand on est pur comme à ton âge,Le dernier jour est le plus beau.
Et secouant ses blanches ailes,L'ange, à ces mots, prit son essorVers les demeures éternelles.Pauvre mère!... ton fils est mort.
REBOUL.
Aux branches d'un tilleul une jeune fauvetteAvait de ses petits suspendu le berceau.D'écoliers turbulents une troupe inquiète,Cherchant quelque plaisir nouveau,Aperçut en passant le nid de la pauvrette:Le voir, être tenté, l'assaillir à l'instant,Chez ce peuple enclin à mal faireCe fut l'ouvrage d'un moment.Tous sans pitié lui déclarent la guerre,Le pauvre nid vingt fois pensa faire le saut,Il n'était si petit marmotQui ne fît de son mieux pour y lancer sa pierre.L'alarme cependant était grande au logis,La fauvette voyait l'instant où ses petitsAllaient périr ou subir l'esclavage.Un esclavage, hélas! pire que le trépas.Les gens qu'elle voyait là-basÉtaient assurément quelque peuple sauvageQui ne les épargnerait pas.Que faire en ce péril extrême?Mais que ne fait-on pas pour sauver ce qu'on aime?Elle vole au-devant des coups:Pour sa famille elle se sacrifie,Espérant que ces gens, dans leur affreux courroux,Se contenteront de sa vie.Aux yeux du peuple scélérat,Elle va, vient, vole et revole,S'élève tout à coup, et tout à coup s'abat,Fait tant qu'enfin cette race frivoleCourt après elle et laisse là le nid.Elle amusa longtemps cette maudite engeance,Les mena loin, fatigua leur constance,Et pas un d'eux ne l'atteignit.L'amour sauva le nid, le ciel sauva la mère,A ses petits elle en devint plus chère.Dieu sait la joie et tout ce qu'on lui dit,A son retour, de touchant et de tendre!Comme ils avaient passé tout ce temps sans rien prendre,Elle apaisa leur faim, puis chacun s'endormit.AUBERT.
Aux branches d'un tilleul une jeune fauvetteAvait de ses petits suspendu le berceau.D'écoliers turbulents une troupe inquiète,Cherchant quelque plaisir nouveau,Aperçut en passant le nid de la pauvrette:Le voir, être tenté, l'assaillir à l'instant,Chez ce peuple enclin à mal faireCe fut l'ouvrage d'un moment.Tous sans pitié lui déclarent la guerre,Le pauvre nid vingt fois pensa faire le saut,Il n'était si petit marmotQui ne fît de son mieux pour y lancer sa pierre.L'alarme cependant était grande au logis,La fauvette voyait l'instant où ses petitsAllaient périr ou subir l'esclavage.Un esclavage, hélas! pire que le trépas.Les gens qu'elle voyait là-basÉtaient assurément quelque peuple sauvageQui ne les épargnerait pas.Que faire en ce péril extrême?Mais que ne fait-on pas pour sauver ce qu'on aime?Elle vole au-devant des coups:Pour sa famille elle se sacrifie,Espérant que ces gens, dans leur affreux courroux,Se contenteront de sa vie.Aux yeux du peuple scélérat,Elle va, vient, vole et revole,S'élève tout à coup, et tout à coup s'abat,Fait tant qu'enfin cette race frivoleCourt après elle et laisse là le nid.Elle amusa longtemps cette maudite engeance,Les mena loin, fatigua leur constance,Et pas un d'eux ne l'atteignit.L'amour sauva le nid, le ciel sauva la mère,A ses petits elle en devint plus chère.Dieu sait la joie et tout ce qu'on lui dit,A son retour, de touchant et de tendre!Comme ils avaient passé tout ce temps sans rien prendre,Elle apaisa leur faim, puis chacun s'endormit.
AUBERT.
—1780—J'ai révélé mon cœur au Dieu de l'innocence,Il a vu mes pleurs pénitents;Il guérit mes remords, il m'arme de constance;Les malheureux sont ses enfants.Mes ennemis, riant, ont dit dans leur colère:Qu'il meure et sa gloire avec lui!Mais à mon cœur calmé le Seigneur dit en père:Leur haine sera ton appui.A tes plus chers amis ils ont prêté leur rage;Tout trompe la simplicité!Celui que tu nourris court vendre ton imageNoire de sa méchanceté.Mais Dieu t'entend gémir, Dieu vers qui te ramèneUn vrai remords né de douleurs;Dieu qui pardonne enfin à la nature humaineD'être faible dans les malheurs.J'éveillerai pour toi la pitié, la justiceDe l'incorruptible avenir;Eux-mêmes épureront, par leur long artifice,Ton honneur qu'ils pensent ternir.Soyez béni, mon Dieu! vous qui daignez me rendreLa paix et l'espoir sans orgueil;Vous qui, pour protéger le repos de ma cendre,Veillerez près de mon cercueil!Au banquet de la vie, infortuné convive,J'apparus un jour et je meurs:Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j'arrive,Nul ne viendra verser des pleurs.Salut, champs que j'aimais, et vous, douce verdure,Et vous, riant exil des bois!Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature,Salut pour la dernière fois!Ah! puissent voir longtemps votre beauté sacréeTant d'amis sourds à mes adieux!Qu'ils meurent pleins de jours, que leur mort soit pleurée!Qu'un ami leur ferme les yeux!GILBERT.
—1780—
J'ai révélé mon cœur au Dieu de l'innocence,Il a vu mes pleurs pénitents;Il guérit mes remords, il m'arme de constance;Les malheureux sont ses enfants.
Mes ennemis, riant, ont dit dans leur colère:Qu'il meure et sa gloire avec lui!Mais à mon cœur calmé le Seigneur dit en père:Leur haine sera ton appui.
A tes plus chers amis ils ont prêté leur rage;Tout trompe la simplicité!Celui que tu nourris court vendre ton imageNoire de sa méchanceté.
Mais Dieu t'entend gémir, Dieu vers qui te ramèneUn vrai remords né de douleurs;Dieu qui pardonne enfin à la nature humaineD'être faible dans les malheurs.
J'éveillerai pour toi la pitié, la justiceDe l'incorruptible avenir;Eux-mêmes épureront, par leur long artifice,Ton honneur qu'ils pensent ternir.
Soyez béni, mon Dieu! vous qui daignez me rendreLa paix et l'espoir sans orgueil;Vous qui, pour protéger le repos de ma cendre,Veillerez près de mon cercueil!
Au banquet de la vie, infortuné convive,J'apparus un jour et je meurs:Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j'arrive,Nul ne viendra verser des pleurs.
Salut, champs que j'aimais, et vous, douce verdure,Et vous, riant exil des bois!Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature,Salut pour la dernière fois!
Ah! puissent voir longtemps votre beauté sacréeTant d'amis sourds à mes adieux!Qu'ils meurent pleins de jours, que leur mort soit pleurée!Qu'un ami leur ferme les yeux!
GILBERT.
En Europe! en Europe!—Espérez! Plus d'espoir!«Trois jours, leur dit Colomb, et je vous donne un monde.»Et son doigt le montrait, et son œil, pour le voir,Perçait de l'horizon l'immensité profonde.Il marche, et des trois jours le premier jour a lui;Il marche, et l'horizon recule devant lui;Il marche, et le jour baisse. Avec l'azur de l'ondeL'azur d'un ciel sans borne à ses yeux se confond.Il marche, il marche encore, et toujours; et la sondePlonge et replonge en vain dans une mer sans fond.Le pilote, en silence, appuyé tristementSur la barre qui crie au milieu des ténèbres,Écoute du roulis le sourd mugissement,Et des mâts fatigués les craquements funèbres.Les astres de l'Europe ont disparu des cieux;L'ardente croix du sud épouvante ses yeux.Enfin l'aube attendue, et trop lente à paraître,Blanchit le pavillon de sa douce clarté:«Colomb! voici le jour! le jour vient de renaître!«—Le jour! et que vois-tu?—Je vois l'immensité.»Le second jour a lui. Que fait Colomb? il dort;La fatigue l'accable, et dans l'ombre on conspire.«Périra-t-il? Aux voix!—La mort! la mort! la mort!«—Qu'il triomphe demain, ou, parjure, il expire.»Les ingrats! quoi! demain, il aura pour tombeauLes mers où son audace ouvre un chemin nouveau!Et peut-être demain leurs flots impitoyablesLe poussant vers ces bords que cherchait son regard,Les lui feront toucher, en roulant sur les sablesL'aventurier Colomb, grand homme un jour plus tard!Soudain du haut des mâts descendit une voix:Terre! s'écria-t-on, terre! terre!... Il s'éveille:Il court. Oui, la voilà, c'est elle, tu la vois,La terre!... ô doux spectacle! ô transports! ô merveille!O généreux sanglots qu'il ne peut retenir!Que dira Ferdinand, l'Europe, l'avenir?Il la donne à son roi, cette terre féconde;Son roi va le payer des maux qu'il a soufferts:Des trésors, des honneurs en échange d'un monde,Un trône, ah! c'était peu!... Que reçut-il? des fers.CASIMIR DELAVIGNE.
En Europe! en Europe!—Espérez! Plus d'espoir!«Trois jours, leur dit Colomb, et je vous donne un monde.»Et son doigt le montrait, et son œil, pour le voir,Perçait de l'horizon l'immensité profonde.
Il marche, et des trois jours le premier jour a lui;Il marche, et l'horizon recule devant lui;Il marche, et le jour baisse. Avec l'azur de l'ondeL'azur d'un ciel sans borne à ses yeux se confond.Il marche, il marche encore, et toujours; et la sondePlonge et replonge en vain dans une mer sans fond.
Le pilote, en silence, appuyé tristementSur la barre qui crie au milieu des ténèbres,Écoute du roulis le sourd mugissement,Et des mâts fatigués les craquements funèbres.Les astres de l'Europe ont disparu des cieux;L'ardente croix du sud épouvante ses yeux.Enfin l'aube attendue, et trop lente à paraître,Blanchit le pavillon de sa douce clarté:«Colomb! voici le jour! le jour vient de renaître!«—Le jour! et que vois-tu?—Je vois l'immensité.»
Le second jour a lui. Que fait Colomb? il dort;La fatigue l'accable, et dans l'ombre on conspire.«Périra-t-il? Aux voix!—La mort! la mort! la mort!«—Qu'il triomphe demain, ou, parjure, il expire.»Les ingrats! quoi! demain, il aura pour tombeauLes mers où son audace ouvre un chemin nouveau!Et peut-être demain leurs flots impitoyablesLe poussant vers ces bords que cherchait son regard,Les lui feront toucher, en roulant sur les sablesL'aventurier Colomb, grand homme un jour plus tard!Soudain du haut des mâts descendit une voix:Terre! s'écria-t-on, terre! terre!... Il s'éveille:Il court. Oui, la voilà, c'est elle, tu la vois,La terre!... ô doux spectacle! ô transports! ô merveille!O généreux sanglots qu'il ne peut retenir!Que dira Ferdinand, l'Europe, l'avenir?Il la donne à son roi, cette terre féconde;Son roi va le payer des maux qu'il a soufferts:Des trésors, des honneurs en échange d'un monde,Un trône, ah! c'était peu!... Que reçut-il? des fers.
CASIMIR DELAVIGNE.
Donnez, riches! l'aumône est sœur de la prière.Hélas! quand un vieillard, sur votre seuil de pierre,Tout raidi par l'hiver, en vain tombe à genoux;Quand les petits enfants, les mains de froid rougies,Ramassent sous vos pieds les miettes des orgies,La face du Seigneur se détourne de vous.Donnez! afin que Dieu qui dote les familles,Donne à vos fils la force, et la grâce à vos filles;Afin que votre vigne ait toujours un doux fruit;Afin qu'un blé plus mûr fasse plier vos granges;Afin d'être meilleurs; afin de voir des angesPasser dans vos rêves la nuit.Donnez! il vient un jour où le monde nous laisse.Vos aumônes là-haut vous font une richesse.Donnez afin qu'on dise: «Il a pitié de nous!»Afin que l'indigent que glacent les tempêtes,Que le pauvre qui souffre à côté de vos fêtes,Au seuil de vos palais fixe un œil moins jaloux.Donnez! pour être aimés du Dieu qui se fit homme,Pour que le méchant même, en s'inclinant, vous nomme,Pour que votre foyer soit calme et fraternel;Donnez! afin qu'un jour à votre heure dernière,Contre tous vos péchés vous ayez la prièreD'un mendiant puissant au ciel.VICTOR HUGO.
Donnez, riches! l'aumône est sœur de la prière.Hélas! quand un vieillard, sur votre seuil de pierre,Tout raidi par l'hiver, en vain tombe à genoux;Quand les petits enfants, les mains de froid rougies,Ramassent sous vos pieds les miettes des orgies,La face du Seigneur se détourne de vous.
Donnez! afin que Dieu qui dote les familles,Donne à vos fils la force, et la grâce à vos filles;Afin que votre vigne ait toujours un doux fruit;Afin qu'un blé plus mûr fasse plier vos granges;Afin d'être meilleurs; afin de voir des angesPasser dans vos rêves la nuit.
Donnez! il vient un jour où le monde nous laisse.Vos aumônes là-haut vous font une richesse.Donnez afin qu'on dise: «Il a pitié de nous!»Afin que l'indigent que glacent les tempêtes,Que le pauvre qui souffre à côté de vos fêtes,Au seuil de vos palais fixe un œil moins jaloux.
Donnez! pour être aimés du Dieu qui se fit homme,Pour que le méchant même, en s'inclinant, vous nomme,Pour que votre foyer soit calme et fraternel;Donnez! afin qu'un jour à votre heure dernière,Contre tous vos péchés vous ayez la prièreD'un mendiant puissant au ciel.
VICTOR HUGO.
De la dépouille de nos boisL'automne avait jonché la terre;Le bocage était sans mystère,Le rossignol était sans voix.Triste, et mourant, à son aurore,Un jeune malade à pas lentsParcourait une fois encoreLe bois cher à ses premiers ans.«Bois que j'aime, adieu, je succombe:Votre deuil me prédit mon sort;Et dans chaque feuille qui tombeJe vois un présage de mort.Fatal oracle d'Épidaure,Tu m'as dit: «Les feuilles des bois«A tes yeux jauniront encore,«Mais c'est pour la dernière fois.«L'éternel cyprès se balance;«Déjà sur sa tête en silence«Il incline ses longs rameaux;«Ta jeunesse sera flétrie«Avant l'herbe de la prairie,«Avant les pampres des coteaux.»Et je meurs... de leur froide haleineM'ont touché les sombres autans;Et j'ai vu comme une ombre vaineS'évanouir mon beau printemps!Tombe, tombe, feuille éphémère!Voile aux yeux ce triste chemin;Cache au désespoir de ma mèreLa place où je serai demain.Mais vers la solitaire allée,Si mon amante désoléeVenait pleurer quand le jour fuit,Éveille par ton léger bruitMon ombre un instant consolée.Il dit, s'éloigne, et sans retour,La dernière feuille qui tombeA signalé son dernier jour.Sous le chêne on creusa sa tombe...Mais son amante ne vint pasVisiter la pierre isolée;Et le pâtre de la valléeTroubla seul du bruit de ses pasLe silence du mausolée.MILLEVOYE.
De la dépouille de nos boisL'automne avait jonché la terre;Le bocage était sans mystère,Le rossignol était sans voix.Triste, et mourant, à son aurore,Un jeune malade à pas lentsParcourait une fois encoreLe bois cher à ses premiers ans.
«Bois que j'aime, adieu, je succombe:Votre deuil me prédit mon sort;Et dans chaque feuille qui tombeJe vois un présage de mort.Fatal oracle d'Épidaure,Tu m'as dit: «Les feuilles des bois«A tes yeux jauniront encore,«Mais c'est pour la dernière fois.
«L'éternel cyprès se balance;«Déjà sur sa tête en silence«Il incline ses longs rameaux;«Ta jeunesse sera flétrie«Avant l'herbe de la prairie,«Avant les pampres des coteaux.»
Et je meurs... de leur froide haleineM'ont touché les sombres autans;Et j'ai vu comme une ombre vaineS'évanouir mon beau printemps!Tombe, tombe, feuille éphémère!Voile aux yeux ce triste chemin;Cache au désespoir de ma mèreLa place où je serai demain.
Mais vers la solitaire allée,Si mon amante désoléeVenait pleurer quand le jour fuit,Éveille par ton léger bruitMon ombre un instant consolée.Il dit, s'éloigne, et sans retour,La dernière feuille qui tombeA signalé son dernier jour.
Sous le chêne on creusa sa tombe...Mais son amante ne vint pasVisiter la pierre isolée;Et le pâtre de la valléeTroubla seul du bruit de ses pasLe silence du mausolée.
MILLEVOYE.
Ce coin près du foyer, c'est le coin du grand-père.C'est là, je m'en souviens, qu'il aimait à s'asseoir,Les pieds sur les chenets, dans sa vieille bergère,Là qu'il lisait le jour et sommeillait le soir.Je crois le voir encor. Sa tête couronnéeDe beaux cheveux blanchis par l'âge et le chagrin,Se penchait en avant, doucement inclinée;Son visage était grave à la fois et serein.Son cœur était ouvert à tous. On pouvait lireLe calme sur son front, la bonté dans ses yeux;Et lorsque sur sa bouche il passait un sourire,On croyait voir briller comme un rayon des cieux.Puis, il était si bon pour moi! Dès que décembre,Neigeux, humide et froid, me fermait le jardin,Souvent à ses côtés, je jouais dans la chambre:Vénérable grand-père et petit-fils mutin!Je vous laisse à penser le tapage et la fête,Quand le ronfle à mon gré sifflait sur le plancher,Quand mes soldats de plomb, rangés tambour en tête,Sous mon commandement semblaient prêts à marcher.—Regarde donc! regarde, oh! regarde, grand-père!Il souriait, et moi, m'excitant, par des cris,Au combat, d'un seul coup je culbutais à terreTous ces pauvres soldats disloqués et meurtris!Puis, lorsque j'étais las de jouer:—Une histoire.Grand-père!—et me voilà sur ses genoux assis.Lui, cherchant un moment dans sa vieille mémoire,Et me baisant au front, commençait ses récits.C'étaient des souvenirs de l'enfance lointaine,Ou bien quelque beau conte, un conte d'autrefois,Terrible... et j'écoutais, ne respirant qu'à peine,Mon oreille et mon cœur suspendus à sa voix?Souvent, dans la veillée, il prenait son gros livre;—Un vieillard, disait-il, est l'ami du vieillard,—Et tandis qu'il ouvrait ses deux fermoirs de cuivre,Un céleste bonheur animait son regard.Les mains jointes, le front recueilli, son visageReflétait tout son cœur, ce cœur humble et pieux,Et rarement son doigt tournait la sainte page,Sans qu'une douce larme y tombât de ses yeux!Ainsi Dieu le reprit, lisant sa vieille Bible?Un soir, je l'appelais, le croyant endormi...Il n'était plus: la mort, comme un sommeil paisible,L'avait couché, serein, auprès de son ami!Maintenant, son fauteuil est vide. Le grand-pèreNe viendra plus jamais s'asseoir au coin du feu!Mais sa place est meilleure au ciel que sur la terre:Il ne nous a quittés que pour aller à Dieu!L. TOURNIER.
Ce coin près du foyer, c'est le coin du grand-père.C'est là, je m'en souviens, qu'il aimait à s'asseoir,Les pieds sur les chenets, dans sa vieille bergère,Là qu'il lisait le jour et sommeillait le soir.
Je crois le voir encor. Sa tête couronnéeDe beaux cheveux blanchis par l'âge et le chagrin,Se penchait en avant, doucement inclinée;Son visage était grave à la fois et serein.
Son cœur était ouvert à tous. On pouvait lireLe calme sur son front, la bonté dans ses yeux;Et lorsque sur sa bouche il passait un sourire,On croyait voir briller comme un rayon des cieux.
Puis, il était si bon pour moi! Dès que décembre,Neigeux, humide et froid, me fermait le jardin,Souvent à ses côtés, je jouais dans la chambre:Vénérable grand-père et petit-fils mutin!
Je vous laisse à penser le tapage et la fête,Quand le ronfle à mon gré sifflait sur le plancher,Quand mes soldats de plomb, rangés tambour en tête,Sous mon commandement semblaient prêts à marcher.
—Regarde donc! regarde, oh! regarde, grand-père!Il souriait, et moi, m'excitant, par des cris,Au combat, d'un seul coup je culbutais à terreTous ces pauvres soldats disloqués et meurtris!
C'étaient des souvenirs de l'enfance lointaine,Ou bien quelque beau conte, un conte d'autrefois,Terrible... et j'écoutais, ne respirant qu'à peine,Mon oreille et mon cœur suspendus à sa voix?
Souvent, dans la veillée, il prenait son gros livre;—Un vieillard, disait-il, est l'ami du vieillard,—Et tandis qu'il ouvrait ses deux fermoirs de cuivre,Un céleste bonheur animait son regard.
Les mains jointes, le front recueilli, son visageReflétait tout son cœur, ce cœur humble et pieux,Et rarement son doigt tournait la sainte page,Sans qu'une douce larme y tombât de ses yeux!
Ainsi Dieu le reprit, lisant sa vieille Bible?Un soir, je l'appelais, le croyant endormi...Il n'était plus: la mort, comme un sommeil paisible,L'avait couché, serein, auprès de son ami!
Maintenant, son fauteuil est vide. Le grand-pèreNe viendra plus jamais s'asseoir au coin du feu!Mais sa place est meilleure au ciel que sur la terre:Il ne nous a quittés que pour aller à Dieu!
L. TOURNIER.
O père qu'adore mon père!Toi qu'on ne nomme qu'à genoux!Toi, dont le nom terrible et douxFait courber le front de ma mère!On dit que ce brillant soleilN'est qu'un jouet de ta puissance;Que sous tes pieds il se balanceComme une lampe de vermeil.On dit que c'est toi qui fais naîtreLes petits oiseaux dans les champs,Et qui donnes aux petits enfantsUne âme aussi pour te connaître.On dit que c'est toi qui produisLes fleurs dont le jardin se pare,Et que, sans toi, toujours avare,Le verger n'aurait point de fruits.Aux dons que ta bonté mesureTout l'univers est convié:Nul insecte n'est oubliéA ce festin de la nature.L'agneau broute le serpolet,La chèvre s'attache au cytise,La mouche au bord du vase puiseLes blanches gouttes de mon lait!L'alouette a la graine amèreQue laisse envoler le glaneur,Le passereau suit le vanneur,Et l'enfant s'attache à sa mère.Et pour obtenir chaque donQue chaque jour tu fais éclore,A midi, le soir, à l'aurore,Que faut-il? Prononcer ton nom!O Dieu! ma bouche balbutieCe nom des anges redouté;Un enfant même est écoutéDans le chœur qui te glorifie!...Ah! puisqu'il entend de si loinLes vœux que notre bouche adresse,Je veux lui demander sans cesseCe dont les autres ont besoin.Mon Dieu, donne l'onde aux fontaines,Donne la plume aux passereaux,Et la laine aux petits agneaux,Et l'ombre et la rosée aux plaines.Donne au malade la santé,Au mendiant le pain qu'il pleure,A l'orphelin une demeure,Au prisonnier la liberté.Donne une famille nombreuseAu père qui craint le Seigneur;Donne à moi sagesse et bonheur,Pour que ma mère soit heureuse!...LAMARTINE.
O père qu'adore mon père!Toi qu'on ne nomme qu'à genoux!Toi, dont le nom terrible et douxFait courber le front de ma mère!
On dit que ce brillant soleilN'est qu'un jouet de ta puissance;Que sous tes pieds il se balanceComme une lampe de vermeil.
On dit que c'est toi qui fais naîtreLes petits oiseaux dans les champs,Et qui donnes aux petits enfantsUne âme aussi pour te connaître.
On dit que c'est toi qui produisLes fleurs dont le jardin se pare,Et que, sans toi, toujours avare,Le verger n'aurait point de fruits.
Aux dons que ta bonté mesureTout l'univers est convié:Nul insecte n'est oubliéA ce festin de la nature.
L'agneau broute le serpolet,La chèvre s'attache au cytise,La mouche au bord du vase puiseLes blanches gouttes de mon lait!
L'alouette a la graine amèreQue laisse envoler le glaneur,Le passereau suit le vanneur,Et l'enfant s'attache à sa mère.
Et pour obtenir chaque donQue chaque jour tu fais éclore,A midi, le soir, à l'aurore,Que faut-il? Prononcer ton nom!
O Dieu! ma bouche balbutieCe nom des anges redouté;Un enfant même est écoutéDans le chœur qui te glorifie!...
Ah! puisqu'il entend de si loinLes vœux que notre bouche adresse,Je veux lui demander sans cesseCe dont les autres ont besoin.
Mon Dieu, donne l'onde aux fontaines,Donne la plume aux passereaux,Et la laine aux petits agneaux,Et l'ombre et la rosée aux plaines.
Donne au malade la santé,Au mendiant le pain qu'il pleure,A l'orphelin une demeure,Au prisonnier la liberté.
Donne une famille nombreuseAu père qui craint le Seigneur;Donne à moi sagesse et bonheur,Pour que ma mère soit heureuse!...
LAMARTINE.
—1689—Dieu fait triompher l'innocence,Chantons, célébrons sa puissance.Il a vu contre nous les méchants s'assembler,Et notre sang prêt à couler;Comme l'eau sur la terre ils allaient le répandre:Du haut du ciel sa voix s'est fait entendre;L'homme superbe est renversé,Ses propres flèches l'ont percé.J'ai vu l'impie adoré sur la terre,Pareil au cèdre, il cachait dans les cieuxSon front audacieux;Il semblait à son gré gouverner le tonnerre,Foulait aux pieds ses ennemis vaincus:Je n'ai fait que passer, il n'était déjà plus.Comment s'est calmé l'orage?Quelle main salutaire a chassé le nuage?L'aimable Esther a fait ce grand ouvrage.De l'amour de son Dieu son cœur s'est embrasé.Au péril d'une mort funesteSon zèle ardent s'est exposé;Elle a parlé: le ciel a fait le reste.Esther a triomphé des filles des Persans:La nature et le ciel à l'envi l'ont ornée.Tout ressent de ses yeux les charmes innocents,Jamais tant de beauté fut-elle couronnée?Les charmes de son cœur sont encor plus puissants,Jamais tant de vertu fut-elle couronnée?Ton Dieu n'est plus irrité:Réjouis-toi, Sion, et sors de la poussière,Quitte les vêtements de ta captivité,Et reprends ta splendeur première.Les chemins de Sion à la fin sont ouverts:Rompez vos fers,Tribus captives;Troupes fugitives,Repassez les monts et les mers,Rassemblez-vous des bouts de l'univers.Je reverrai ces campagnes si chères,J'irai pleurer au tombeau de mes pères.Relevez, relevez les superbes portiquesDu temple où notre Dieu se plaît d'être adoré:Que de l'or le plus pur son autel soit paré,Et que du sein des monts le marbre soit tiré.Prêtres sacrés, préparez vos cantiques.Liban, dépouille-toi de tes cèdres antiques:Dieu descend et vient habiter parmi nous:Terre, frémis d'allégresse et de crainte;Et vous, sous sa majesté sainte,Cieux, abaissez-vous.Que le Seigneur est bon! que son joug est aimable!Heureux qui dès l'enfance en connaît la douceur!Jeune peuple, courez à ce maître adorable.Les biens les plus charmants n'ont rien de comparableAux torrents de plaisirs qu'il répand dans un cœur.Que le Seigneur est bon! que son joug est aimable!Heureux qui dès l'enfance en connaît la douceur!Il s'apaise, il pardonne;Du cœur ingrat qui l'abandonneIl attend le retour;Il excuse notre faiblesse,A nous chercher même il s'empresse;Pour l'enfant qu'elle a mis au jourUne mère a moins de tendresse.Ah! qui peut avec lui partager notre amour?Il nous fait remporter une illustre victoire.Il nous a révélé sa gloire.Ah! qui peut avec lui partager notre amour?Que son nom soit béni, que son nom soit chanté;Que l'on célèbre ses ouvragesAu delà des temps et des âges,Au delà de l'éternité.J. RACINE.
—1689—
Dieu fait triompher l'innocence,Chantons, célébrons sa puissance.
Il a vu contre nous les méchants s'assembler,Et notre sang prêt à couler;Comme l'eau sur la terre ils allaient le répandre:Du haut du ciel sa voix s'est fait entendre;L'homme superbe est renversé,Ses propres flèches l'ont percé.
J'ai vu l'impie adoré sur la terre,Pareil au cèdre, il cachait dans les cieuxSon front audacieux;Il semblait à son gré gouverner le tonnerre,Foulait aux pieds ses ennemis vaincus:Je n'ai fait que passer, il n'était déjà plus.
Comment s'est calmé l'orage?Quelle main salutaire a chassé le nuage?L'aimable Esther a fait ce grand ouvrage.De l'amour de son Dieu son cœur s'est embrasé.Au péril d'une mort funesteSon zèle ardent s'est exposé;Elle a parlé: le ciel a fait le reste.
Esther a triomphé des filles des Persans:La nature et le ciel à l'envi l'ont ornée.Tout ressent de ses yeux les charmes innocents,Jamais tant de beauté fut-elle couronnée?Les charmes de son cœur sont encor plus puissants,Jamais tant de vertu fut-elle couronnée?
Ton Dieu n'est plus irrité:Réjouis-toi, Sion, et sors de la poussière,Quitte les vêtements de ta captivité,Et reprends ta splendeur première.Les chemins de Sion à la fin sont ouverts:Rompez vos fers,Tribus captives;Troupes fugitives,Repassez les monts et les mers,Rassemblez-vous des bouts de l'univers.
Je reverrai ces campagnes si chères,J'irai pleurer au tombeau de mes pères.Relevez, relevez les superbes portiquesDu temple où notre Dieu se plaît d'être adoré:Que de l'or le plus pur son autel soit paré,Et que du sein des monts le marbre soit tiré.Prêtres sacrés, préparez vos cantiques.Liban, dépouille-toi de tes cèdres antiques:
Dieu descend et vient habiter parmi nous:Terre, frémis d'allégresse et de crainte;Et vous, sous sa majesté sainte,Cieux, abaissez-vous.
Que le Seigneur est bon! que son joug est aimable!Heureux qui dès l'enfance en connaît la douceur!Jeune peuple, courez à ce maître adorable.Les biens les plus charmants n'ont rien de comparableAux torrents de plaisirs qu'il répand dans un cœur.Que le Seigneur est bon! que son joug est aimable!Heureux qui dès l'enfance en connaît la douceur!Il s'apaise, il pardonne;Du cœur ingrat qui l'abandonneIl attend le retour;Il excuse notre faiblesse,A nous chercher même il s'empresse;Pour l'enfant qu'elle a mis au jourUne mère a moins de tendresse.Ah! qui peut avec lui partager notre amour?
Il nous fait remporter une illustre victoire.Il nous a révélé sa gloire.Ah! qui peut avec lui partager notre amour?Que son nom soit béni, que son nom soit chanté;Que l'on célèbre ses ouvragesAu delà des temps et des âges,Au delà de l'éternité.
J. RACINE.
Moins on tient de place, plus on est à couvert:une feuille suffit au nid de l'oiseau-mouche.Bernardin de Saint-Pierre.De ce buisson de fleurs approchons-nous ensemble:Vois-tu ce nid posé sur la branche qui tremble?Pour le couvrir, vois-tu les rameaux se ployer?Les petits sont cachés sous leur couche de mousse;Ils sont tous endormis!... Oh! viens, ta voix est douce:Ne crains pas de les effrayer.De ses ailes encore la mère les recouvre;Son œil appesanti se referme et s'entr'ouvre,Et son amour souvent lutte avec le sommeil:Elle s'endort enfin... Vois comme elle repose!Elle n'a rien pourtant qu'un nid sous une rose,Et sa part de notre soleil.Vois, il n'est point de vide en son étroit asile,A peine s'il contient sa famille tranquille;Mais là le jour est pur, là le sommeil est doux,C'est assez!... Elle n'est ici que passagère;Chacun de ses petits peut réchauffer son frère,Et son aile les couvre tous.Et nous, pourtant, mortels, nous passagers comme elle,Nous fondons des palais quand la mort nous appelle;Le présent est flétri par nos vœux d'avenir;Nous demandons plus d'air, plus de jour, plus d'espace,Des champs, un toit plus grand!... Ah! faut-il tant de placePour aimer un jour... et mourir!E. SOUVESTRE.
Moins on tient de place, plus on est à couvert:une feuille suffit au nid de l'oiseau-mouche.Bernardin de Saint-Pierre.
De ce buisson de fleurs approchons-nous ensemble:Vois-tu ce nid posé sur la branche qui tremble?Pour le couvrir, vois-tu les rameaux se ployer?Les petits sont cachés sous leur couche de mousse;Ils sont tous endormis!... Oh! viens, ta voix est douce:Ne crains pas de les effrayer.
De ses ailes encore la mère les recouvre;Son œil appesanti se referme et s'entr'ouvre,Et son amour souvent lutte avec le sommeil:Elle s'endort enfin... Vois comme elle repose!Elle n'a rien pourtant qu'un nid sous une rose,Et sa part de notre soleil.
Vois, il n'est point de vide en son étroit asile,A peine s'il contient sa famille tranquille;Mais là le jour est pur, là le sommeil est doux,C'est assez!... Elle n'est ici que passagère;Chacun de ses petits peut réchauffer son frère,Et son aile les couvre tous.
Et nous, pourtant, mortels, nous passagers comme elle,Nous fondons des palais quand la mort nous appelle;Le présent est flétri par nos vœux d'avenir;Nous demandons plus d'air, plus de jour, plus d'espace,Des champs, un toit plus grand!... Ah! faut-il tant de placePour aimer un jour... et mourir!
E. SOUVESTRE.
Combien j'ai douce souvenanceDu joli lieu de ma naissance!Ma sœur, qu'ils étaient beaux les joursDe France!O mon pays, sois mes amoursToujours.Te souvient-il que notre mèreAu foyer de notre chaumièreNous pressait sur son sein joyeux,Ma chère!Et nous baisions ses blancs cheveuxTous deux.Ma sœur, te souvient-il encoreDu château que baignait la Dore?Et de cette tant vieille tourDu Maure,Où l'airain sonnait le retourDu jour?Te souvient-il du lac tranquilleQu'effleurait l'hirondelle agile,Du vent qui courbait le roseauMobile,Et du soleil couchant sur l'eauSi beau?Oh! qui me rendra mon HélèneEt ma montagne et le grand chêne!Leur souvenir fait tous les joursMa peine.Mon pays sera mes amoursToujours!CHATEAUBRIAND.
Combien j'ai douce souvenanceDu joli lieu de ma naissance!Ma sœur, qu'ils étaient beaux les joursDe France!O mon pays, sois mes amoursToujours.
Te souvient-il que notre mèreAu foyer de notre chaumièreNous pressait sur son sein joyeux,Ma chère!Et nous baisions ses blancs cheveuxTous deux.
Ma sœur, te souvient-il encoreDu château que baignait la Dore?Et de cette tant vieille tourDu Maure,Où l'airain sonnait le retourDu jour?
Te souvient-il du lac tranquilleQu'effleurait l'hirondelle agile,Du vent qui courbait le roseauMobile,Et du soleil couchant sur l'eauSi beau?
Oh! qui me rendra mon HélèneEt ma montagne et le grand chêne!Leur souvenir fait tous les joursMa peine.Mon pays sera mes amoursToujours!
CHATEAUBRIAND.
Qu'il va lentement, le navireA qui j'ai confié mon sort!Au rivage où mon cœur aspireQu'il est lent à trouver un port!France adorée?Douce contrée,Mes yeux cent fois ont cru te découvrir;Qu'un vent rapideSoudain nous guideAux bords sacrés où je reviens mourir.Mais enfin le matelot crie:Terre! terre! là-bas, voyez!Ah! tous mes maux sont oubliés:Salut à ma patrie!Oui, voilà les rives de France;Oui, voilà le port vaste et sûr,Voisin des champs où mon enfanceS'écoula sous un chaume obscur.France adorée!Douce contrée!Après vingt ans, enfin, je te revois.De mon villageJe vois la plage;Je vois fumer la cime de nos toits.Combien mon âme est attendrie!Là furent mes premiers amours;Là ma mère m'attend toujours;Salut à ma patrie!Loin de mon berceau, jeune encore,L'inconstance emporta mes pasJusqu'au sein des mers où l'auroreSourit aux plus riches climats.France adorée!Douce contrée!Dieu te devait leurs fécondes chaleurs.Toute l'année,Là, brille ornéeDe fleurs, de fruits, et de fruits et de fleurs.Mais là, ma jeunesse flétrieRêvait à des climats plus chers:Là, je regrettais nos hivers.Salut à ma patrie!Poussé chez des peuples sauvagesQui m'offraient de régner sur eux,J'ai su défendre leurs rivagesContre des ennemis nombreux.France adorée!Douce contrée!Tes champs alors gémissaient envahis.Puissance et gloire,Cris de victoire,Rien n'étouffa la voix de mon pays:De tout quitter mon cœur me prie;Je reviens pauvre, mais constant.Une bêche est là qui m'attend.Salut à ma patrie!Au bruit des transports d'allégresseEnfin le navire entre au port.Dans cette barque où l'on se presse,Hâtons-nous d'atteindre le bord.France adorée!Douce contrée!Puissent tes fils te revoir ainsi tous!Enfin j'arrive,Et sur la riveJe rends au ciel, je rends grâce à genoux.Je t'embrasse, ô terre chérie!Dieu! qu'un exilé doit souffrir!Moi désormais, je puis mourir;Salut à ma patrie!BÉRANGER.
Qu'il va lentement, le navireA qui j'ai confié mon sort!Au rivage où mon cœur aspireQu'il est lent à trouver un port!France adorée?Douce contrée,Mes yeux cent fois ont cru te découvrir;Qu'un vent rapideSoudain nous guideAux bords sacrés où je reviens mourir.Mais enfin le matelot crie:Terre! terre! là-bas, voyez!Ah! tous mes maux sont oubliés:Salut à ma patrie!
Oui, voilà les rives de France;Oui, voilà le port vaste et sûr,Voisin des champs où mon enfanceS'écoula sous un chaume obscur.France adorée!Douce contrée!Après vingt ans, enfin, je te revois.De mon villageJe vois la plage;Je vois fumer la cime de nos toits.Combien mon âme est attendrie!Là furent mes premiers amours;Là ma mère m'attend toujours;Salut à ma patrie!
Loin de mon berceau, jeune encore,L'inconstance emporta mes pasJusqu'au sein des mers où l'auroreSourit aux plus riches climats.France adorée!Douce contrée!Dieu te devait leurs fécondes chaleurs.Toute l'année,Là, brille ornéeDe fleurs, de fruits, et de fruits et de fleurs.Mais là, ma jeunesse flétrieRêvait à des climats plus chers:Là, je regrettais nos hivers.Salut à ma patrie!
Poussé chez des peuples sauvagesQui m'offraient de régner sur eux,J'ai su défendre leurs rivagesContre des ennemis nombreux.France adorée!Douce contrée!Tes champs alors gémissaient envahis.Puissance et gloire,Cris de victoire,Rien n'étouffa la voix de mon pays:De tout quitter mon cœur me prie;Je reviens pauvre, mais constant.Une bêche est là qui m'attend.Salut à ma patrie!
Au bruit des transports d'allégresseEnfin le navire entre au port.Dans cette barque où l'on se presse,Hâtons-nous d'atteindre le bord.France adorée!Douce contrée!Puissent tes fils te revoir ainsi tous!Enfin j'arrive,Et sur la riveJe rends au ciel, je rends grâce à genoux.Je t'embrasse, ô terre chérie!Dieu! qu'un exilé doit souffrir!Moi désormais, je puis mourir;Salut à ma patrie!
BÉRANGER.
C'était le plus beau jour de tous les jours d'automne,Un de ces jours brillants, jours aux mille couleurs,Où la terre ravie, effeuillant sa couronne,Nous jette ses fruits et ses fleurs.La mère travaillait à la fenêtre assise,Mère au front gracieux, au regard calme, doux,Et l'enfant apprenait, en silence et soumise,Une leçon sur ses genoux.Relevant quelquefois sa tête rose et blanche,Pour sourire au soleil, au splendide horizon,Elle écoutait l'oiseau qui sautait sur la branche,En chantant gaiement sa chanson.La pauvre mère alors, et bonne et généreuse,Pour ne pas la gronder, feignait de ne rien voir,Ou ramenait d'un mot sa chère paresseuseAu doux sentiment du devoir.Que sa voix était tendre et pleine d'indulgence!«Allons, chère Marie, allons, tu n'apprends pas.Ton livre déchiré trahit ta négligence,Que vois-tu de si beau là-bas?»Elle invitait encor la gentille rêveuseA reprendre courage, à lire de nouveau,Quand l'enfant s'écria: «Que je suis malheureuse!Ah! si j'étais petit oiseau!Ah! si j'étais l'oiseau qui toujours saute et chante;Qui n'a souci de rien, qu'on voit toujours joyeux;Si j'étais cet oiseau, que je serais contente,Et que mon sort serait heureux!Plus de livre ennuyeux, plus de leçon sévère;Voltiger tout le jour, courir et s'amuser,Causer avec les fleurs, caresser la bruyère,Sur le gazon se reposer;Toujours nouveau plaisir, toujours nouvelle fête;Sous les arbres touffus, j'arrêterais mon vol,Et m'en irais souvent appeler la fauvette,Pour rire avec le rossignol.Tu dis que c'est là-haut qu'on chante les louanges,Que la terre répète en tout temps, en tout lieu:J'y volerais aussi pour entendre les angesChanter dans le ciel du bon Dieu.Sans regrets, sans chagrins, toujours libre et ravie,Chaque jour le soleil me paraîtrait plus beau;Ainsi s'écouleraient tous les jours de ma vie.Ah! si j'étais petit oiseau!»—«Sans doute, chère enfant, cette vie a des charmes,Mais elle compte aussi plus d'un jour douloureux.L'oiseau n'est pas exempt de craintes ni d'alarmes,Il est souvent bien malheureux.Quand l'hiver couvre tout de glace et de tristesse,Lorsque tu dors, enfant, sous de légers rideaux,On n'entend plus dans l'air que les cris de détressePoussés par les petits oiseaux.Oh! que leur voix alors est touchante et plaintive!Ils vont mourir de faim, de froid et de douleur.Car ils n'ont plus de mère inquiète, attentive,Pour les réchauffer sur son cœur.Plus heureux que l'oiseau, dont la vie est amère,L'enfant reçoit du ciel un regard plein de feu,Un cœur intelligent pour comprendre sa mère,Une âme pour adorer Dieu.Regarde celui-ci qui frôle de son aileEt la branche de l'arbre et le gazon fleuri;Il va nous faire entendre une chanson nouvelle;Qu'il est mignon, qu'il est joli!Il paraît bien joyeux, les airs sont sa patrie!Sans craindre le péril, sans songer à son sort,Il chante, court, s'envole, et légère est sa vie;Demain, peut-être, il sera mort.»La mère encor parlait quand soudain l'éclair brille.Bientôt l'air retentit sous le grand peuplier,Et l'oiseau qui chantait tombe sous la charmille,Frappé par le plomb meurtrier.On s'élance, on accourt, de terreur palpitantes.Hélas! il est trop tard! Oh! le cruel chasseur!L'oiseau fermait déjà ses paupières mourantes:Que de regrets! que de douleur!On essaya pourtant de rappeler la vie;Longtemps on espéra qu'il rouvrirait les yeux:Tout en le réchauffant, la gentille MarieVersa bien des pleurs douloureux.Elle lui dit tout bas beaucoup de douces choses(Car l'enfant sut de Dieu comprendre la leçon),Puis on l'ensevelit sous des feuilles de rosesQue l'on cacha sous le gazon.Elle revint alors désolée et pensive,Le cœur gros de soupirs, rêvant au pauvre oiseau;Et puis, sans dire un mot, sérieuse, attentive,Elle étudia de nouveau.Puis, un moment après, elle dit en prière:«Seigneur! Seigneur mon Dieu! de ton ciel triomphant,Oh! conserve toujours un enfant à sa mère,Et garde la mère à l'enfant!»MlleISABELLE RODIER.
C'était le plus beau jour de tous les jours d'automne,Un de ces jours brillants, jours aux mille couleurs,Où la terre ravie, effeuillant sa couronne,Nous jette ses fruits et ses fleurs.
La mère travaillait à la fenêtre assise,Mère au front gracieux, au regard calme, doux,Et l'enfant apprenait, en silence et soumise,Une leçon sur ses genoux.
Relevant quelquefois sa tête rose et blanche,Pour sourire au soleil, au splendide horizon,Elle écoutait l'oiseau qui sautait sur la branche,En chantant gaiement sa chanson.
La pauvre mère alors, et bonne et généreuse,Pour ne pas la gronder, feignait de ne rien voir,Ou ramenait d'un mot sa chère paresseuseAu doux sentiment du devoir.
Que sa voix était tendre et pleine d'indulgence!«Allons, chère Marie, allons, tu n'apprends pas.Ton livre déchiré trahit ta négligence,Que vois-tu de si beau là-bas?»
Elle invitait encor la gentille rêveuseA reprendre courage, à lire de nouveau,Quand l'enfant s'écria: «Que je suis malheureuse!Ah! si j'étais petit oiseau!
Ah! si j'étais l'oiseau qui toujours saute et chante;Qui n'a souci de rien, qu'on voit toujours joyeux;Si j'étais cet oiseau, que je serais contente,Et que mon sort serait heureux!
Plus de livre ennuyeux, plus de leçon sévère;Voltiger tout le jour, courir et s'amuser,Causer avec les fleurs, caresser la bruyère,Sur le gazon se reposer;
Toujours nouveau plaisir, toujours nouvelle fête;Sous les arbres touffus, j'arrêterais mon vol,Et m'en irais souvent appeler la fauvette,Pour rire avec le rossignol.
Tu dis que c'est là-haut qu'on chante les louanges,Que la terre répète en tout temps, en tout lieu:J'y volerais aussi pour entendre les angesChanter dans le ciel du bon Dieu.
Sans regrets, sans chagrins, toujours libre et ravie,Chaque jour le soleil me paraîtrait plus beau;Ainsi s'écouleraient tous les jours de ma vie.Ah! si j'étais petit oiseau!»
—«Sans doute, chère enfant, cette vie a des charmes,Mais elle compte aussi plus d'un jour douloureux.L'oiseau n'est pas exempt de craintes ni d'alarmes,Il est souvent bien malheureux.
Quand l'hiver couvre tout de glace et de tristesse,Lorsque tu dors, enfant, sous de légers rideaux,On n'entend plus dans l'air que les cris de détressePoussés par les petits oiseaux.
Oh! que leur voix alors est touchante et plaintive!Ils vont mourir de faim, de froid et de douleur.Car ils n'ont plus de mère inquiète, attentive,Pour les réchauffer sur son cœur.
Plus heureux que l'oiseau, dont la vie est amère,L'enfant reçoit du ciel un regard plein de feu,Un cœur intelligent pour comprendre sa mère,Une âme pour adorer Dieu.
Regarde celui-ci qui frôle de son aileEt la branche de l'arbre et le gazon fleuri;Il va nous faire entendre une chanson nouvelle;Qu'il est mignon, qu'il est joli!
Il paraît bien joyeux, les airs sont sa patrie!Sans craindre le péril, sans songer à son sort,Il chante, court, s'envole, et légère est sa vie;Demain, peut-être, il sera mort.»
La mère encor parlait quand soudain l'éclair brille.Bientôt l'air retentit sous le grand peuplier,Et l'oiseau qui chantait tombe sous la charmille,Frappé par le plomb meurtrier.
On s'élance, on accourt, de terreur palpitantes.Hélas! il est trop tard! Oh! le cruel chasseur!L'oiseau fermait déjà ses paupières mourantes:Que de regrets! que de douleur!
On essaya pourtant de rappeler la vie;Longtemps on espéra qu'il rouvrirait les yeux:Tout en le réchauffant, la gentille MarieVersa bien des pleurs douloureux.
Elle lui dit tout bas beaucoup de douces choses(Car l'enfant sut de Dieu comprendre la leçon),Puis on l'ensevelit sous des feuilles de rosesQue l'on cacha sous le gazon.
Elle revint alors désolée et pensive,Le cœur gros de soupirs, rêvant au pauvre oiseau;Et puis, sans dire un mot, sérieuse, attentive,Elle étudia de nouveau.
Puis, un moment après, elle dit en prière:«Seigneur! Seigneur mon Dieu! de ton ciel triomphant,Oh! conserve toujours un enfant à sa mère,Et garde la mère à l'enfant!»
MlleISABELLE RODIER.
Victime de l'intrigue et de la calomnie,Et par un noble exil expiant son génie,Fénelon, dans Cambrai, regrettant peu la cour,Répandait les bienfaits et recueillait l'amour;Instruisait, consolait, donnait à tous l'exemple;Son peuple pour l'entendre accourait dans le temple.Il parlait, et les cœurs s'ouvraient tous à sa voix.Quand du saint ministère ayant porté le poids,Il cherchait, vers le soir, le repos, la retraite,Alors, aux champs aimés du sage et du poète,Solitaire et rêveur, il allait s'égarer.De quel charme à leur vue il se sent pénétrer!Il médite, il compose, et son âme l'inspire!Jamais un vain orgueil ne le presse d'écrire;Sa gloire est d'être utile; heureux quand il a puMontrer la vérité, faire aimer la vertu!Ses regards, animés d'une flamme céleste,Relèvent de ses traits la majesté modeste,Sa taille est haute et noble; un bâton à la main,Seul, sans faste et sans crainte, il poursuit son chemin,Contemple la nature et jouit de Dieu même.Il visite souvent les villageois qu'il aime,Et chez ces bonnes gens, de le voir tout joyeux,Vient sans être attendu, s'assied au milieu d'eux,Écoute le récit des peines qu'il soulage,Joue avec les enfants, et goûte le laitage.Un jour, loin de la ville ayant longtemps erré,Il arrive aux confins d'un hameau retiré,Et sous un toit de chaume, indigente demeure,La pitié le conduit; une famille y pleure.Il entre, et sur-le-champ, faisant place au respect,La douleur, un moment, se tait à son aspect.O ciel! c'est monseigneur!... On se lève, on s'empresse;Il voit avec plaisir éclater leur tendresse.«Qu'avez-vous, mes enfants? d'où naît votre chagrin?«Ne puis-je le calmer? Versez-le dans mon sein;«Je n'abuserai point de votre confiance.»On s'enhardit alors et la mère commence:«Pardonnez, monseigneur, mais vous n'y pouvez rien;«Ce que nous regrettons, c'était tout notre bien;«Nous n'avions qu'une vache!... hélas! elle est perdue;«Depuis trois jours entiers nous ne l'avons point vue.«Notre pauvre Brunon!.. nous l'attendons en vain;«Les loups l'auront mangée, et nous mourrons de faim.«Peut-il être un malheur au nôtre comparable?—«Ce malheur, mes amis, est-il irréparable?»Dit le prélat, «et moi ne puis-je vous offrir,«Touché de vos regrets, de quoi les adoucir?«En place de Brunon, si j'en trouvais une autre?...»—«L'aimerions-nous autant que nous aimons la nôtre?«Pour oublier Brunon il faudra bien du temps!«Eh! comment l'oublier?... Ni nous ni nos enfants«Nous ne serons ingrats. C'était notre nourrice!«Nous l'avions achetée étant encor génisse!«Accoutumée à nous, elle nous entendait,«Et même à sa manière elle nous répondait;«Son poil était si beau, d'une couleur si noire;«Trois marques seulement, plus blanches que l'ivoire,«Ornaient son large front et ses pieds de devant;«Avec mon petit Claude elle jouait souvent;«Il montait sur son dos, elle le laissait faire;«Je riais... A présent nous pleurons, au contraire!«Non, monseigneur, jamais, il n'y faut pas penser,«Une autre ne pourra chez nous la remplacer.»Fénelon écoutait cette plainte naïve;Mais pendant l'entretien, bientôt le soir arrive.Quand on est occupé de sujets importants,On ne s'aperçoit pas de la fuite du temps.Il promet en partant de revoir la famille...«Ah! monseigneur, lui dit la plus petite fille,«Si vous vouliez pour nous la demander à Dieu,«Nous la retrouverions.»—«Ne pleurez plus; adieu.»Il reprend son chemin, il reprend ses pensées,Achève en son esprit des pages commencées;Il marche; mais déjà l'ombre croît, le jour fuit.Ce reste de clarté qui devance la nuitGuide encore ses pas à travers les prairies,Et le calme du soir nourrit ses rêveries.Tout à coup un objet à ses yeux s'est montré;Il regarde... il croit voir.., il distingue en un pré,Seule, errante et sans guide, une vache... C'est elleDont on lui fit tantôt un portrait si fidèle...Il ne peut s'y tromper; et soudain, empressé,Il court dans l'herbe humide, il franchit un fossé,Arrive haletant; et Brunon complaisante,Loin de le fuir, vers lui s'avance et se présente.Lui-même, satisfait, la flatte de la main.Mais que faire? Va-t-il poursuivre son chemin?Retourner sur ses pas, ou regagner la ville?Déjà, pour revenir, il a fait plus d'un mille.«Ils l'auront dès ce soir, dit-il, et par mes soins«Elle leur coûtera quelques larmes de moins.»Il saisit à ces mots la corde qu'elle traîne,Et marchant lentement, derrière lui l'emmène.Venez, mortels, si fiers d'un vain et mince éclat;Voyez, en ce moment, ce digne et saint prélat,Que son nom, son génie, et son titre décore,Mais que tant de bonté révèle plus encore.Ce qui fait votre orgueil vaut-il un trait si beau?Le voilà fatigué, de retour au hameau.Hélas! à la clarté d'une faible lumière,On veille, on pleure encor dans la triste chaumière.Il arrive à la porte: «Ouvrez-moi, mes enfants,«Ouvrez-moi; c'est Brunon, Brunon que je vous rends.»On accourt; ô surprise! ô joie! ô doux spectacle!La fille croit que Dieu fait pour elle un miracle:«Ce n'est point monseigneur, c'est un ange des cieux«Qui, sous ses traits chéris, se présente à nos yeux,«Pour nous faire plaisir il a pris sa figure:«Aussi je n'ai pas peur... Oh! non, je vous assure,«Bon ange!...» En ce moment, de leurs larmes noyés,Père, mère, enfants, tous sont tombés à ses pieds.«Levez-vous, mes amis; mais quelle erreur étrange!«Je suis votre archevêque et ne suis point un ange;«J'ai retrouvé Brunon, et pour vous consoler«Je revenais vers vous; que n'ai-je pu voler!«Reprenez-la; je suis heureux de vous la rendre.»«—Quoi! tant de peine! ô ciel! avez-vous pu la prendre,Mais il faut bien aussi que Brunon ait son tour.On lui parle. «C'est donc ainsi que tu nous laisses?«Mais te voilà!» Je donne à penser les caresses!Brunon semble répondre à l'accueil qu'on lui fait.Tel au retour d'Ulysse, son chien le reconnaît.«Il faut, dit Fénelon, que je reparte encore;«A peine dans Cambrai serai-je avant l'aurore;«Je crains d'inquiéter mes amis, ma maison...«—Oui, dit le villageois, oui, vous avez raison;«On pleurerait ailleurs quand vous séchez nos larmes!«Vous êtes tant aimé!... Prévenez leurs alarmes«Mais comment retourner? car vous êtes bien las!«Monseigneur, permettez... nous vous offrons nos bras.«Oui, sans vous fatiguer, vous ferez le voyage.»D'un peuplier voisin on abat le branchage.Mais au hameau déjà le bruit s'est répandu.Monseigneur est ici!... Chacun est accouru,Chacun veut le servir. De bois et de raméeUne civière agreste aussitôt est formée,Qu'on tapisse partout de fleurs, d'herbages frais;Des branches au-dessus s'arrondissent en dais;Le bon prélat s'y place, et mille cris de joieVolent au loin; l'écho les double et les renvoie.Il part: tout le hameau l'environne, le suit;La clarté des flambeaux brille à travers la nuit,Le cortège bruyant qu'égaye un chant rustique,Marche... Honneurs innocents et gloire pacifique!Ainsi par leur amour Fénelon escorté,Jusque dans son palais en triomphe est porté.ANDRIEUX.
Victime de l'intrigue et de la calomnie,Et par un noble exil expiant son génie,Fénelon, dans Cambrai, regrettant peu la cour,Répandait les bienfaits et recueillait l'amour;Instruisait, consolait, donnait à tous l'exemple;Son peuple pour l'entendre accourait dans le temple.Il parlait, et les cœurs s'ouvraient tous à sa voix.Quand du saint ministère ayant porté le poids,Il cherchait, vers le soir, le repos, la retraite,Alors, aux champs aimés du sage et du poète,Solitaire et rêveur, il allait s'égarer.De quel charme à leur vue il se sent pénétrer!Il médite, il compose, et son âme l'inspire!Jamais un vain orgueil ne le presse d'écrire;Sa gloire est d'être utile; heureux quand il a puMontrer la vérité, faire aimer la vertu!
Ses regards, animés d'une flamme céleste,Relèvent de ses traits la majesté modeste,Sa taille est haute et noble; un bâton à la main,Seul, sans faste et sans crainte, il poursuit son chemin,Contemple la nature et jouit de Dieu même.Il visite souvent les villageois qu'il aime,Et chez ces bonnes gens, de le voir tout joyeux,Vient sans être attendu, s'assied au milieu d'eux,Écoute le récit des peines qu'il soulage,Joue avec les enfants, et goûte le laitage.Un jour, loin de la ville ayant longtemps erré,Il arrive aux confins d'un hameau retiré,Et sous un toit de chaume, indigente demeure,La pitié le conduit; une famille y pleure.
Il entre, et sur-le-champ, faisant place au respect,La douleur, un moment, se tait à son aspect.O ciel! c'est monseigneur!... On se lève, on s'empresse;Il voit avec plaisir éclater leur tendresse.
«Qu'avez-vous, mes enfants? d'où naît votre chagrin?«Ne puis-je le calmer? Versez-le dans mon sein;«Je n'abuserai point de votre confiance.»
On s'enhardit alors et la mère commence:«Pardonnez, monseigneur, mais vous n'y pouvez rien;«Ce que nous regrettons, c'était tout notre bien;«Nous n'avions qu'une vache!... hélas! elle est perdue;«Depuis trois jours entiers nous ne l'avons point vue.«Notre pauvre Brunon!.. nous l'attendons en vain;«Les loups l'auront mangée, et nous mourrons de faim.«Peut-il être un malheur au nôtre comparable?
—«Ce malheur, mes amis, est-il irréparable?»Dit le prélat, «et moi ne puis-je vous offrir,«Touché de vos regrets, de quoi les adoucir?«En place de Brunon, si j'en trouvais une autre?...»
—«L'aimerions-nous autant que nous aimons la nôtre?«Pour oublier Brunon il faudra bien du temps!«Eh! comment l'oublier?... Ni nous ni nos enfants«Nous ne serons ingrats. C'était notre nourrice!«Nous l'avions achetée étant encor génisse!«Accoutumée à nous, elle nous entendait,«Et même à sa manière elle nous répondait;«Son poil était si beau, d'une couleur si noire;«Trois marques seulement, plus blanches que l'ivoire,«Ornaient son large front et ses pieds de devant;«Avec mon petit Claude elle jouait souvent;«Il montait sur son dos, elle le laissait faire;«Je riais... A présent nous pleurons, au contraire!«Non, monseigneur, jamais, il n'y faut pas penser,«Une autre ne pourra chez nous la remplacer.»
Fénelon écoutait cette plainte naïve;Mais pendant l'entretien, bientôt le soir arrive.Quand on est occupé de sujets importants,On ne s'aperçoit pas de la fuite du temps.Il promet en partant de revoir la famille...«Ah! monseigneur, lui dit la plus petite fille,«Si vous vouliez pour nous la demander à Dieu,«Nous la retrouverions.»—«Ne pleurez plus; adieu.»
Il reprend son chemin, il reprend ses pensées,Achève en son esprit des pages commencées;Il marche; mais déjà l'ombre croît, le jour fuit.Ce reste de clarté qui devance la nuitGuide encore ses pas à travers les prairies,Et le calme du soir nourrit ses rêveries.
Tout à coup un objet à ses yeux s'est montré;Il regarde... il croit voir.., il distingue en un pré,Seule, errante et sans guide, une vache... C'est elleDont on lui fit tantôt un portrait si fidèle...Il ne peut s'y tromper; et soudain, empressé,Il court dans l'herbe humide, il franchit un fossé,Arrive haletant; et Brunon complaisante,Loin de le fuir, vers lui s'avance et se présente.Lui-même, satisfait, la flatte de la main.
Mais que faire? Va-t-il poursuivre son chemin?Retourner sur ses pas, ou regagner la ville?Déjà, pour revenir, il a fait plus d'un mille.«Ils l'auront dès ce soir, dit-il, et par mes soins«Elle leur coûtera quelques larmes de moins.»Il saisit à ces mots la corde qu'elle traîne,Et marchant lentement, derrière lui l'emmène.Venez, mortels, si fiers d'un vain et mince éclat;Voyez, en ce moment, ce digne et saint prélat,Que son nom, son génie, et son titre décore,Mais que tant de bonté révèle plus encore.Ce qui fait votre orgueil vaut-il un trait si beau?Le voilà fatigué, de retour au hameau.Hélas! à la clarté d'une faible lumière,On veille, on pleure encor dans la triste chaumière.Il arrive à la porte: «Ouvrez-moi, mes enfants,«Ouvrez-moi; c'est Brunon, Brunon que je vous rends.»
On accourt; ô surprise! ô joie! ô doux spectacle!La fille croit que Dieu fait pour elle un miracle:«Ce n'est point monseigneur, c'est un ange des cieux«Qui, sous ses traits chéris, se présente à nos yeux,«Pour nous faire plaisir il a pris sa figure:«Aussi je n'ai pas peur... Oh! non, je vous assure,«Bon ange!...» En ce moment, de leurs larmes noyés,Père, mère, enfants, tous sont tombés à ses pieds.«Levez-vous, mes amis; mais quelle erreur étrange!«Je suis votre archevêque et ne suis point un ange;«J'ai retrouvé Brunon, et pour vous consoler«Je revenais vers vous; que n'ai-je pu voler!«Reprenez-la; je suis heureux de vous la rendre.»
«—Quoi! tant de peine! ô ciel! avez-vous pu la prendre,Mais il faut bien aussi que Brunon ait son tour.
On lui parle. «C'est donc ainsi que tu nous laisses?«Mais te voilà!» Je donne à penser les caresses!Brunon semble répondre à l'accueil qu'on lui fait.Tel au retour d'Ulysse, son chien le reconnaît.«Il faut, dit Fénelon, que je reparte encore;«A peine dans Cambrai serai-je avant l'aurore;«Je crains d'inquiéter mes amis, ma maison...«—Oui, dit le villageois, oui, vous avez raison;«On pleurerait ailleurs quand vous séchez nos larmes!«Vous êtes tant aimé!... Prévenez leurs alarmes«Mais comment retourner? car vous êtes bien las!«Monseigneur, permettez... nous vous offrons nos bras.«Oui, sans vous fatiguer, vous ferez le voyage.»
D'un peuplier voisin on abat le branchage.Mais au hameau déjà le bruit s'est répandu.Monseigneur est ici!... Chacun est accouru,Chacun veut le servir. De bois et de raméeUne civière agreste aussitôt est formée,Qu'on tapisse partout de fleurs, d'herbages frais;Des branches au-dessus s'arrondissent en dais;Le bon prélat s'y place, et mille cris de joieVolent au loin; l'écho les double et les renvoie.Il part: tout le hameau l'environne, le suit;La clarté des flambeaux brille à travers la nuit,Le cortège bruyant qu'égaye un chant rustique,Marche... Honneurs innocents et gloire pacifique!Ainsi par leur amour Fénelon escorté,Jusque dans son palais en triomphe est porté.
ANDRIEUX.