1.Tout annonce d'un Dieu l'éternelle existence;On ne peut le comprendre, on ne peut l'ignorer:La voix de l'univers annonce sa puissance,Et la voix de nos cœurs dit qu'il faut l'adorer.2.Contre la conscience il n'est point de refuge:Elle parle en nos cœurs; rien n'étouffe sa voix,Et de nos actions elle est tout à la foisLa loi, l'accusateur, le témoin et le juge."3.Enfants, quelque irrité que vous paraisse un père,Croyez qu'il est toujours votre ami le plus doux,Son cœur en vous montrant un courroux nécessaire,Le fait pour votre bien, et souffre plus que vous.4.Que vous devez aimer cette maman si chère,Qui souffrit tant pour vous, qui vous rend tant de soins,Et qui prévoit si bien vos peines, vos besoins!Est-il assez d'amour pour payer une mère?5Soyez doux, complaisants, d'un caractère affable:On est toujours aimé quand on est sans humeur;L'esprit ne suffit pas, enfants, pour être aimable;Il faut y joindre encor l'indulgente douceur.6Offensez-vous quelqu'un, votre orgueil vous refuseA demander pardon de votre emportement.Eh! pourquoi donc rougir de ce beau mouvement?La honte est dans l'offense, et non pas dans l'excuse.7.Notre vie est si courte! Il la faut employer;Instruisez-vous, enfants, dès l'âge le plus tendre.Vous serez malheureux si vous cessez d'apprendreEt c'est un jour perdu qu'un jour sans travailler.
1.Tout annonce d'un Dieu l'éternelle existence;On ne peut le comprendre, on ne peut l'ignorer:La voix de l'univers annonce sa puissance,Et la voix de nos cœurs dit qu'il faut l'adorer.
2.Contre la conscience il n'est point de refuge:Elle parle en nos cœurs; rien n'étouffe sa voix,Et de nos actions elle est tout à la foisLa loi, l'accusateur, le témoin et le juge.
"3.Enfants, quelque irrité que vous paraisse un père,Croyez qu'il est toujours votre ami le plus doux,Son cœur en vous montrant un courroux nécessaire,Le fait pour votre bien, et souffre plus que vous.
4.Que vous devez aimer cette maman si chère,Qui souffrit tant pour vous, qui vous rend tant de soins,Et qui prévoit si bien vos peines, vos besoins!Est-il assez d'amour pour payer une mère?
5Soyez doux, complaisants, d'un caractère affable:On est toujours aimé quand on est sans humeur;L'esprit ne suffit pas, enfants, pour être aimable;Il faut y joindre encor l'indulgente douceur.
6Offensez-vous quelqu'un, votre orgueil vous refuseA demander pardon de votre emportement.Eh! pourquoi donc rougir de ce beau mouvement?La honte est dans l'offense, et non pas dans l'excuse.
7.Notre vie est si courte! Il la faut employer;Instruisez-vous, enfants, dès l'âge le plus tendre.Vous serez malheureux si vous cessez d'apprendreEt c'est un jour perdu qu'un jour sans travailler.
Comme la bienfaisante pluieFéconde la terre en étéDieu fit pour féconder la vie,Le travail et l'activité.Ne laissons point d'heure inutile:Songeons que la paille stérileEst foulée aux pieds du glaneur;Puissent s'amasser nos journées,Comme les gerbes moissonnées,Dans le grenier du laboureur!MmeAMABLE TASTU.
Comme la bienfaisante pluieFéconde la terre en étéDieu fit pour féconder la vie,Le travail et l'activité.Ne laissons point d'heure inutile:Songeons que la paille stérileEst foulée aux pieds du glaneur;Puissent s'amasser nos journées,Comme les gerbes moissonnées,Dans le grenier du laboureur!
MmeAMABLE TASTU.
Le cèdre du Liban s'était dit en lui-même:«Je règne sur les monts; ma tête est dans les cieux,«J'étends sur les forêts mon vaste diadème;«Je prête un noble asile à l'aigle audacieux.«A mes pieds l'homme rampe...» Et l'homme qu'il outrageRit, se lève, et d'un bras trop longtemps dédaignéFait tomber sous la hache et la tête et l'ombrageDe ce roi des forêts, de sa chute indigné...Vainement il s'exhale en des plaintes amères;Les arbres d'alentour sont joyeux de son deuil:Affranchis de son ombre, ils s'élèvent en frères,Et du géant superbe un ver punit l'orgueil.LE BRUN.
Le cèdre du Liban s'était dit en lui-même:«Je règne sur les monts; ma tête est dans les cieux,«J'étends sur les forêts mon vaste diadème;«Je prête un noble asile à l'aigle audacieux.
«A mes pieds l'homme rampe...» Et l'homme qu'il outrageRit, se lève, et d'un bras trop longtemps dédaignéFait tomber sous la hache et la tête et l'ombrageDe ce roi des forêts, de sa chute indigné...
Vainement il s'exhale en des plaintes amères;Les arbres d'alentour sont joyeux de son deuil:Affranchis de son ombre, ils s'élèvent en frères,Et du géant superbe un ver punit l'orgueil.
LE BRUN.
De ta tige détachée,Pauvre feuille desséchée,Où vas-tu?—Je n'en sais rien:L'orage a brisé le chêneQui seul était mon soutien.De son inconstante haleineLe zéphir ou l'aquilonDepuis ce jour me promèneDe la forêt à la plaine,De la montagne au vallon.Je vais où le vent me mène,Sans me plaindre ou m'effrayer,Je vais où va toute chose,Où va la feuille de roseEt la feuille de laurier.ARNAULT.
De ta tige détachée,Pauvre feuille desséchée,Où vas-tu?—Je n'en sais rien:L'orage a brisé le chêneQui seul était mon soutien.De son inconstante haleineLe zéphir ou l'aquilonDepuis ce jour me promèneDe la forêt à la plaine,De la montagne au vallon.Je vais où le vent me mène,Sans me plaindre ou m'effrayer,Je vais où va toute chose,Où va la feuille de roseEt la feuille de laurier.
ARNAULT.
«Emmanuel... Dieu avec nous!»Plus doux qu'est au printemps le parfum de la rose,Quand l'aube luit;Que le sein maternel où l'enfant se repose,Quand vient la nuit;Plus doux et plus touchant que le doux nom de pèrePour l'orphelin;Plus doux qu'est à nos yeux l'éclat de la lumièreA son déclin;Plus douce qu'est au cœur que le bruit empoisonneLa paix du soir;Plus doux qu'est au mourant que la vie abandonneLe mot d'espoir;Plus doux qu'est le regard du jeune enfant qui priePrès de son lit;Plus doux qu'est dans l'exil le doux nom de patriePour le proscrit;Plus doux qu'est au rocher battu par la tempêteL'aspect du port;Plus doux qu'est le duvet où l'oiseau met sa têteQuand il s'endort;Plus doux qu'au pèlerin arrivant de la terreEst le chant des élus,—Plus doux est au pécheur perdu dans sa misèreLe doux nom de Jésus!THÉOPHILE GONTARD.
«Emmanuel... Dieu avec nous!»
Plus doux qu'est au printemps le parfum de la rose,Quand l'aube luit;Que le sein maternel où l'enfant se repose,Quand vient la nuit;Plus doux et plus touchant que le doux nom de pèrePour l'orphelin;Plus doux qu'est à nos yeux l'éclat de la lumièreA son déclin;Plus douce qu'est au cœur que le bruit empoisonneLa paix du soir;Plus doux qu'est au mourant que la vie abandonneLe mot d'espoir;Plus doux qu'est le regard du jeune enfant qui priePrès de son lit;Plus doux qu'est dans l'exil le doux nom de patriePour le proscrit;Plus doux qu'est au rocher battu par la tempêteL'aspect du port;Plus doux qu'est le duvet où l'oiseau met sa têteQuand il s'endort;Plus doux qu'au pèlerin arrivant de la terreEst le chant des élus,—Plus doux est au pécheur perdu dans sa misèreLe doux nom de Jésus!
THÉOPHILE GONTARD.
Venise aux Byzantins demandait un traité.Auprès de l'empereur part comme députéUn des plus nobles fils de Venise la belle,Dandolo!... L'empereur ordonne qu'on l'appelle.Il entre!... Le traité l'attendait tout écrit:«Lisez, lui dit le prince, et puis signez...» Il lit.Mais soudain, pâlissant de colère, il s'écrie:«Ce traité flétrirait mon nom et ma patrie,«Je ne signerai pas!» L'impétueux CésarSe lève! Dandolo l'écrase d'un regard.Le prince veut parler de présents, il s'indigne!De bourreaux, il sourit; de prêtres, il se signe!Alors tout écumant de honte et de fureur:«Si tu ne consens pas, traître, dit l'empereur,«J'appelle ici soudain quatre esclaves fidèles,«Je te fais garrotter, et là, dans tes prunelles,«Un fer rouge éteindra le feu évanoui;«Ainsi, hâte-toi donc, et réponds enfin... oui!»Il se tait!.. On apporte une lame brûlante!Il se tait!.. On l'applique à sa paupière ardente:Il se tait!.. De ses yeux où le fer s'enfonçait,Le sang coule: il se tait! la chair fume: il se tait!..Et quand de ses bourreaux l'œuvre fut achevée,Tranquille et ferme il dit: «La patrie est sauvée!»Eh bien! ce front d'airain, inflexible aux douleurs,Ces yeux qui torturés n'ont que du sang pour pleurs,Cet immobile front où pas un pli ne bouge,Qui ne sourcille pas sous le feu d'un fer rouge,Ces yeux, ce front, ce cœur, avaient quatre-vingts ans!Jeune aurait-il mieux fait? Vit-on ses faibles sensLe trahir, et son corps manqua-t-il à son âme?Va, va, fouille l'histoire avec des yeux de flamme,Jeune homme, et trouve un trait plus beau que ce trait-là.Auprès de Dandolo, qu'est-ce que Scevola?E. LEGOUVÉ.
Venise aux Byzantins demandait un traité.Auprès de l'empereur part comme députéUn des plus nobles fils de Venise la belle,Dandolo!... L'empereur ordonne qu'on l'appelle.Il entre!... Le traité l'attendait tout écrit:«Lisez, lui dit le prince, et puis signez...» Il lit.Mais soudain, pâlissant de colère, il s'écrie:«Ce traité flétrirait mon nom et ma patrie,«Je ne signerai pas!» L'impétueux CésarSe lève! Dandolo l'écrase d'un regard.Le prince veut parler de présents, il s'indigne!De bourreaux, il sourit; de prêtres, il se signe!Alors tout écumant de honte et de fureur:«Si tu ne consens pas, traître, dit l'empereur,«J'appelle ici soudain quatre esclaves fidèles,«Je te fais garrotter, et là, dans tes prunelles,«Un fer rouge éteindra le feu évanoui;«Ainsi, hâte-toi donc, et réponds enfin... oui!»Il se tait!.. On apporte une lame brûlante!Il se tait!.. On l'applique à sa paupière ardente:Il se tait!.. De ses yeux où le fer s'enfonçait,Le sang coule: il se tait! la chair fume: il se tait!..Et quand de ses bourreaux l'œuvre fut achevée,Tranquille et ferme il dit: «La patrie est sauvée!»Eh bien! ce front d'airain, inflexible aux douleurs,Ces yeux qui torturés n'ont que du sang pour pleurs,Cet immobile front où pas un pli ne bouge,Qui ne sourcille pas sous le feu d'un fer rouge,Ces yeux, ce front, ce cœur, avaient quatre-vingts ans!Jeune aurait-il mieux fait? Vit-on ses faibles sensLe trahir, et son corps manqua-t-il à son âme?Va, va, fouille l'histoire avec des yeux de flamme,Jeune homme, et trouve un trait plus beau que ce trait-là.Auprès de Dandolo, qu'est-ce que Scevola?
E. LEGOUVÉ.
Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,Plein de plume choisie, et blanc, et fait pour moi!Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi!Beaucoup, beaucoup d'enfants, pauvres, nus et sans mère,Sans maison, n'ont jamais d'oreiller pour dormir;Ils ont toujours sommeil! O destinée amère!Maman, douce maman, cela me fait gémir,Et quand j'ai prié Dieu pour tous ces petits angesQui n'ont pas d'oreiller, moi, j'embrasse le mien;Seule dans mon doux nid qu'à tes pieds tu m'arranges,Je te bénis, ma mère, et je touche le tien.Je ne m'éveillerai qu'à la lueur premièreDe l'aube au rideau bleu; c'est si gai de la voir!Je vais dire tout bas ma plus tendre prière;Donne encore un baiser, bonne maman! Bonsoir.PRIÈREDieu des enfants, le cœur d'une petite fille,Plein de prière, écoute! est ici sous mes mains;On me parle souvent d'orphelins sans famille;Dans l'avenir, mon Dieu! ne fais plus d'orphelins!Laisse descendre au soir un ange qui pardonne,Pour répondre à des voix que l'on entend gémir;Mets sous l'enfant perdu, que la mère abandonne,Un petit oreiller qui le fasse dormir.MmeDESBORDES-VALMORE.
Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,Plein de plume choisie, et blanc, et fait pour moi!Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi!Beaucoup, beaucoup d'enfants, pauvres, nus et sans mère,Sans maison, n'ont jamais d'oreiller pour dormir;Ils ont toujours sommeil! O destinée amère!Maman, douce maman, cela me fait gémir,Et quand j'ai prié Dieu pour tous ces petits angesQui n'ont pas d'oreiller, moi, j'embrasse le mien;Seule dans mon doux nid qu'à tes pieds tu m'arranges,Je te bénis, ma mère, et je touche le tien.Je ne m'éveillerai qu'à la lueur premièreDe l'aube au rideau bleu; c'est si gai de la voir!Je vais dire tout bas ma plus tendre prière;Donne encore un baiser, bonne maman! Bonsoir.
PRIÈRE
Dieu des enfants, le cœur d'une petite fille,Plein de prière, écoute! est ici sous mes mains;On me parle souvent d'orphelins sans famille;Dans l'avenir, mon Dieu! ne fais plus d'orphelins!Laisse descendre au soir un ange qui pardonne,Pour répondre à des voix que l'on entend gémir;Mets sous l'enfant perdu, que la mère abandonne,Un petit oreiller qui le fasse dormir.
MmeDESBORDES-VALMORE.
N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde,Sa lumière est un verre, et sa faveur une ondeQue toujours quelque vent empêche de calmer;Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre:C'est Dieu qui nous fait vivre,C'est Dieu qu'il faut aimer.En vain, pour satisfaire à nos lâches envies,Nous passons près des rois tout le temps de nos viesA souffrir des mépris et ployer les genoux:Ce qu'ils peuvent n'est rien; ils sont, ce que nous sommes,Véritablement hommes,Et meurent comme nous.Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussièreQue cette majesté si pompeuse et si fièreDont l'éclat orgueilleux étonnait l'univers,Et, dans ces grands tombeaux où leurs âmes hautainesFont encore les vaines,Ils sont mangés des vers.Là se perdent ces noms de maîtres de la terre,D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre;Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs;Et tombent avec eux d'une chute communeTous ceux que leur fortuneFaisait leurs serviteurs.MALHERBE.
N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde,Sa lumière est un verre, et sa faveur une ondeQue toujours quelque vent empêche de calmer;Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre:C'est Dieu qui nous fait vivre,C'est Dieu qu'il faut aimer.
En vain, pour satisfaire à nos lâches envies,Nous passons près des rois tout le temps de nos viesA souffrir des mépris et ployer les genoux:Ce qu'ils peuvent n'est rien; ils sont, ce que nous sommes,Véritablement hommes,Et meurent comme nous.
Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussièreQue cette majesté si pompeuse et si fièreDont l'éclat orgueilleux étonnait l'univers,Et, dans ces grands tombeaux où leurs âmes hautainesFont encore les vaines,Ils sont mangés des vers.
Là se perdent ces noms de maîtres de la terre,D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre;Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs;Et tombent avec eux d'une chute communeTous ceux que leur fortuneFaisait leurs serviteurs.
MALHERBE.
Que ne puis-je, ô mon Dieu, Dieu de ma délivrance,Remplir de ta louange et la terre et les cieux,Les prendre pour témoins de ma reconnaissance,Et dire au monde entier combien je suis heureux!Heureux quand je t'écoute et que cette paroleQui dit: «Lumière sois!» et la lumière fut,S'abaisse jusqu'à moi, m'instruit et me console,Et me dit: «C'est ici le chemin du salut!»Heureux quand je te parle, et que de ma poussière,Je fais monter vers toi mon hommage et mon vœu,Avec la liberté d'un fils devant son père,Et le saint tremblement d'un pécheur devant Dieu.Heureux lorsque ton jour, ce jour qui vit écloreTon œuvre du néant et ton fils du tombeau,Vient m'ouvrir les parvis où ton peuple t'adore,Et de mon zèle éteint rallumer le flambeau.Heureux quand sous les coups de ta verge fidèle,Avec amour battu, je souffre avec amour:Pleurant, mais sans douter de ta main paternelle,Pleurant, mais sous la croix, pleurant, mais pour un jour.Heureux, lorsque, attaqué par l'Ange de la chute,Prenant la Croix pour arme et l'Agneau pour Sauveur,Je triomphe à genoux et sors de cette lutteVainqueur, mais tout meurtri, tout meurtri, mais vainqueur.Heureux, toujours heureux! J'ai le Dieu fort pour père,Pour frère Jésus-Christ, pour guide l'Esprit-Saint!Que peut ôter l'enfer, que peut donner la terreA qui jouit du ciel et du Dieu trois fois saint?A. MONOD.
Que ne puis-je, ô mon Dieu, Dieu de ma délivrance,Remplir de ta louange et la terre et les cieux,Les prendre pour témoins de ma reconnaissance,Et dire au monde entier combien je suis heureux!
Heureux quand je t'écoute et que cette paroleQui dit: «Lumière sois!» et la lumière fut,S'abaisse jusqu'à moi, m'instruit et me console,Et me dit: «C'est ici le chemin du salut!»
Heureux quand je te parle, et que de ma poussière,Je fais monter vers toi mon hommage et mon vœu,Avec la liberté d'un fils devant son père,Et le saint tremblement d'un pécheur devant Dieu.
Heureux lorsque ton jour, ce jour qui vit écloreTon œuvre du néant et ton fils du tombeau,Vient m'ouvrir les parvis où ton peuple t'adore,Et de mon zèle éteint rallumer le flambeau.
Heureux quand sous les coups de ta verge fidèle,Avec amour battu, je souffre avec amour:Pleurant, mais sans douter de ta main paternelle,Pleurant, mais sous la croix, pleurant, mais pour un jour.
Heureux, toujours heureux! J'ai le Dieu fort pour père,Pour frère Jésus-Christ, pour guide l'Esprit-Saint!Que peut ôter l'enfer, que peut donner la terreA qui jouit du ciel et du Dieu trois fois saint?
A. MONOD.
Je le tiens, ce nid de fauvettes!Ils sont deux, trois, quatre petits!Depuis si longtemps je vous guette;Pauvres oiseaux, vous voilà pris!Criez, sifflez, petits rebelles,Débattez-vous; oh! c'est en vain,Vous n'avez pas encor vos ailes,Comment vous sauver de ma main?Mais quoi! n'entends-je pas leur mèreQui pousse des cris douloureux?Oui, je le vois, oui, c'est leur pèreQui vient voltiger auprès d'eux.Ah! pourrais-je causer leur peine,Moi qui, l'été, dans les vallons,Venais m'endormir sous un chêne,Au bruit de leurs douces chansons?Hélas! si du sein de ma mèreUn méchant venait me ravir,Je le sens bien, dans sa misère,Elle n'aurait plus qu'à mourir.Et je serais assez barbare,Pour vous arracher vos enfants?Non, non, que rien ne vous sépare;Non, les voici, je vous les rends.Apprenez-leur, dans le bocage,A voltiger auprès de vous;Qu'ils écoutent votre ramagePour former des sons aussi doux.Et moi, dans la saison prochaine,Je reviendrai dans les vallons,Dormir quelquefois sous un chêne,Au bruit de leurs douces chansons.BERQUIN.
Je le tiens, ce nid de fauvettes!Ils sont deux, trois, quatre petits!Depuis si longtemps je vous guette;Pauvres oiseaux, vous voilà pris!
Criez, sifflez, petits rebelles,Débattez-vous; oh! c'est en vain,Vous n'avez pas encor vos ailes,Comment vous sauver de ma main?
Mais quoi! n'entends-je pas leur mèreQui pousse des cris douloureux?Oui, je le vois, oui, c'est leur pèreQui vient voltiger auprès d'eux.
Ah! pourrais-je causer leur peine,Moi qui, l'été, dans les vallons,Venais m'endormir sous un chêne,Au bruit de leurs douces chansons?
Hélas! si du sein de ma mèreUn méchant venait me ravir,Je le sens bien, dans sa misère,Elle n'aurait plus qu'à mourir.
Et je serais assez barbare,Pour vous arracher vos enfants?Non, non, que rien ne vous sépare;Non, les voici, je vous les rends.
Apprenez-leur, dans le bocage,A voltiger auprès de vous;Qu'ils écoutent votre ramagePour former des sons aussi doux.
Et moi, dans la saison prochaine,Je reviendrai dans les vallons,Dormir quelquefois sous un chêne,Au bruit de leurs douces chansons.
BERQUIN.
Oh! que vous chantez bien, mes petits canaris!C'est que vous avez tout à souhait: belle cage,Grain nouveau, gai soleil, air pur et frais breuvage,Et votre joie éclate en vos airs favoris!Mais savez-vous, au moins, d'où vous vient cette fête?Moi, j'achète ce grain dont vous êtes friands:Mais qui l'a fait germer et mûrir dans les champs?Je vous verse cette eau: mais cette eau, qui l'a faite?Qui donc a fait couler le limpide ruisseauOù, dans mon gobelet, pour vous je l'ai puisée?C'est moi qui vous ai mis tout près de la croisée;Quand j'ai vu ce jour pur et ce soleil si beau:Mais d'où vient ce beau jour, et d'où vient l'astre même?Qui l'a formé? Qui l'a suspendu dans les airs,Pour être bienfaiteur et roi de l'univers?Dites, le savez-vous?—C'est quelqu'un qui vous aime.C'est Dieu, mes canaris!—La graine et le ruisseau,L'azur et le soleil, et les cieux et la terreSont son œuvre: et c'est lui qui, comme un tendre pèreS'occupe de l'enfant et prend soin de l'oiseau!C'est Dieu qui vous a faits, c'est Dieu qui vous apprêteCe repas, cet abri; c'est lui qui vous revêt,Dans la saison d'hiver, de ce moelleux duvetOù, pour vous endormir, vous cachez votre tête;Lui qui vous a donné ces jolis petits yeux,Et cette douce voix aux sémillants ramages!A lui donc tous vos chants, à lui tous vos hommages!Chantez, dès que l'aurore apparaît dans les cieux;Chantez, lorsqu'à midi ruisselle la lumière;Chantez, quand le jour baisse et meurt à l'horizon!Ensemble, rendons grâce et gloire à son saint nom;Au bon Dieu votre chant, au bon Dieu ma prière!L. TOURNIER.
Oh! que vous chantez bien, mes petits canaris!C'est que vous avez tout à souhait: belle cage,Grain nouveau, gai soleil, air pur et frais breuvage,Et votre joie éclate en vos airs favoris!
Mais savez-vous, au moins, d'où vous vient cette fête?Moi, j'achète ce grain dont vous êtes friands:Mais qui l'a fait germer et mûrir dans les champs?Je vous verse cette eau: mais cette eau, qui l'a faite?
Qui donc a fait couler le limpide ruisseauOù, dans mon gobelet, pour vous je l'ai puisée?C'est moi qui vous ai mis tout près de la croisée;Quand j'ai vu ce jour pur et ce soleil si beau:
Mais d'où vient ce beau jour, et d'où vient l'astre même?Qui l'a formé? Qui l'a suspendu dans les airs,Pour être bienfaiteur et roi de l'univers?Dites, le savez-vous?—C'est quelqu'un qui vous aime.
C'est Dieu, mes canaris!—La graine et le ruisseau,L'azur et le soleil, et les cieux et la terreSont son œuvre: et c'est lui qui, comme un tendre pèreS'occupe de l'enfant et prend soin de l'oiseau!
C'est Dieu qui vous a faits, c'est Dieu qui vous apprêteCe repas, cet abri; c'est lui qui vous revêt,Dans la saison d'hiver, de ce moelleux duvetOù, pour vous endormir, vous cachez votre tête;
Lui qui vous a donné ces jolis petits yeux,Et cette douce voix aux sémillants ramages!A lui donc tous vos chants, à lui tous vos hommages!Chantez, dès que l'aurore apparaît dans les cieux;
Chantez, lorsqu'à midi ruisselle la lumière;Chantez, quand le jour baisse et meurt à l'horizon!Ensemble, rendons grâce et gloire à son saint nom;Au bon Dieu votre chant, au bon Dieu ma prière!
L. TOURNIER.
Ah! des flots fût-on la victime,Ainsi que leVengeuril est beau de périr:Il est beau, quand le sort vous plonge dans l'abîme,De paraître le conquérir.Trahi par le sort infidèle,Comme un lion pressé de nombreux léopards,Seul au milieu de tous, sa fureur étincelle;Il les combat de toutes parts.L'airain lui déclare la guerre;Le fer, l'onde, la flamme entourent ses héros,Sans doute ils triomphaient; mais leur dernier tonnerreVient de s'éteindre dans les flots.Captifs, la vie est un outrage:Ils préfèrent le gouffre à ce bienfait honteux,L'Anglais en frémissant admire leur courage;Albion pâlit devant eux.Plus fiers d'une mort infaillible,Sans peur, sans désespoir, calmes dans leurs combats,De ces républicains l'âme n'est plus sensibleQu'à l'ivresse d'un beau trépas.Près de se voir réduits en poudre,Ils défendent leurs bords enflammés et sanglants.Voyez-les défier et la vague et la foudre,Sous des mâts rompus et brûlants.Voyez ce drapeau tricolore,Qu'élève en périssant leur courage indompté;Sous le flot qui le couvre, entendez-vous encoreCe cri: Vive la liberté!Ce cri... c'est en vain qu'il expire,Étouffé par la mort et par les flots jaloux;Sans cesse il revivra répété par ma lyre;Siècles, il planera sur vous!Et vous, héros de Salamine,Dont Thétis vante encor les exploits glorieux,Non, vous n'égalez point cette auguste ruine,Ce naufrage victorieux.E. LEBRUN.
Ah! des flots fût-on la victime,Ainsi que leVengeuril est beau de périr:Il est beau, quand le sort vous plonge dans l'abîme,De paraître le conquérir.
Trahi par le sort infidèle,Comme un lion pressé de nombreux léopards,Seul au milieu de tous, sa fureur étincelle;Il les combat de toutes parts.
L'airain lui déclare la guerre;Le fer, l'onde, la flamme entourent ses héros,Sans doute ils triomphaient; mais leur dernier tonnerreVient de s'éteindre dans les flots.
Captifs, la vie est un outrage:Ils préfèrent le gouffre à ce bienfait honteux,L'Anglais en frémissant admire leur courage;Albion pâlit devant eux.
Plus fiers d'une mort infaillible,Sans peur, sans désespoir, calmes dans leurs combats,De ces républicains l'âme n'est plus sensibleQu'à l'ivresse d'un beau trépas.
Près de se voir réduits en poudre,Ils défendent leurs bords enflammés et sanglants.Voyez-les défier et la vague et la foudre,Sous des mâts rompus et brûlants.
Voyez ce drapeau tricolore,Qu'élève en périssant leur courage indompté;Sous le flot qui le couvre, entendez-vous encoreCe cri: Vive la liberté!
Ce cri... c'est en vain qu'il expire,Étouffé par la mort et par les flots jaloux;Sans cesse il revivra répété par ma lyre;Siècles, il planera sur vous!
Et vous, héros de Salamine,Dont Thétis vante encor les exploits glorieux,Non, vous n'égalez point cette auguste ruine,Ce naufrage victorieux.
E. LEBRUN.
Un immense bûcher dressé pour leur supplice,S'élève en échafaud, et chaque chevalierCroit mériter l'honneur d'y monter le premier;Mais le grand maître arrive: il monte, il les devance;Son front est rayonnant de gloire et d'espérance;Il lève vers les cieux un regard inspiré.D'une voix formidable aussitôt il s'écrie:«Nul de nous n'a trahi son Dieu, ni sa patrie.«Français, souvenez-vous de nos derniers accents:«Nous sommes innocents, nous mourons innocents.«L'arrêt qui nous condamne est un arrêt injuste;«Mais il est dans le ciel un tribunal auguste«Que le faible opprimé jamais n'implore en vain;«Et j'ose t'y citer, ô pontife romain!«Encor quarante jours!.. je t'y vois comparaître.»Chacun en frémissant écoutait le grand maître:Mais quel étonnement! quel trouble! quel effroiQuand il dit: «O Philippe! ô mon maître! ô mon roi!«Je te pardonne en vain, ta vie est condamnée;«Au tribunal de Dieu je t'attends dans l'année.»Les nombreux spectateurs, émus et consternés,Versent des pleurs sur vous, sur ces infortunés.De tous côtés s'étend la terreur, le silence:Il semble que du ciel descende la vengeance.Les bourreaux interdits n'osent plus approcher;Ils jettent en tremblant le feu sur le bûcher,Et détournent la tête... Une fumée épaisseEntoure l'échafaud, roule et grossit sans cesse.Tout à coup le feu brille... A l'aspect du trépasCes braves chevaliers ne se démentent pas.On ne les voyait plus, mais leurs voix héroïquesChantaient de l'Éternel les sublimes cantiques;Plus la flamme montait, plus ce concert pieuxS'élevait avec elle et montait vers les cieux.Votre envoyé paraît, s'écrie... Un peuple immense,Proclamant avec lui votre auguste clémence,Aux pieds de l'échafaud soudain s'est élancé...Mais il n'était plus temps... Les chants avaient cessé.RAYNOUARD.
Un immense bûcher dressé pour leur supplice,S'élève en échafaud, et chaque chevalierCroit mériter l'honneur d'y monter le premier;Mais le grand maître arrive: il monte, il les devance;Son front est rayonnant de gloire et d'espérance;Il lève vers les cieux un regard inspiré.D'une voix formidable aussitôt il s'écrie:«Nul de nous n'a trahi son Dieu, ni sa patrie.«Français, souvenez-vous de nos derniers accents:«Nous sommes innocents, nous mourons innocents.«L'arrêt qui nous condamne est un arrêt injuste;«Mais il est dans le ciel un tribunal auguste«Que le faible opprimé jamais n'implore en vain;«Et j'ose t'y citer, ô pontife romain!«Encor quarante jours!.. je t'y vois comparaître.»Chacun en frémissant écoutait le grand maître:Mais quel étonnement! quel trouble! quel effroiQuand il dit: «O Philippe! ô mon maître! ô mon roi!«Je te pardonne en vain, ta vie est condamnée;«Au tribunal de Dieu je t'attends dans l'année.»Les nombreux spectateurs, émus et consternés,Versent des pleurs sur vous, sur ces infortunés.De tous côtés s'étend la terreur, le silence:Il semble que du ciel descende la vengeance.Les bourreaux interdits n'osent plus approcher;Ils jettent en tremblant le feu sur le bûcher,Et détournent la tête... Une fumée épaisseEntoure l'échafaud, roule et grossit sans cesse.Tout à coup le feu brille... A l'aspect du trépasCes braves chevaliers ne se démentent pas.On ne les voyait plus, mais leurs voix héroïquesChantaient de l'Éternel les sublimes cantiques;Plus la flamme montait, plus ce concert pieuxS'élevait avec elle et montait vers les cieux.Votre envoyé paraît, s'écrie... Un peuple immense,Proclamant avec lui votre auguste clémence,Aux pieds de l'échafaud soudain s'est élancé...Mais il n'était plus temps... Les chants avaient cessé.
RAYNOUARD.
—1818—
J'ai vu la paix descendre sur la terre,Semant de l'or, des fleurs et des épis.L'air était calme et du dieu de la guerreElle étouffait les foudres assoupis.«Ah! disait-elle, égaux par la vaillance,«Français, Anglais, Belge, Russe ou Germain,«Peuples, formez une sainte alliance,«Et donnez-vous la main.«Pauvres mortels, tant de haine vous lasse;«Vous ne goûtez qu'un pénible sommeil.«D'un globe étroit divisez mieux l'espace;«Chacun de vous aura place au soleil.«Tous attelés au char de la puissance,«Du vrai bonheur vous quittez le chemin.«Peuples, formez une sainte alliance,«Et donnez-vous la main.«Chez vos voisins vous portez l'incendie;«L'aquilon souffle, et vos toits sont brûlés;«Et quand la terre est enfin refroidie,«Le soc languit sous des bras mutilés.«Près de la borne où chaque État commence,«Aucun épi n'est pur de sang humain.«Peuples, formez une sainte alliance,«Et donnez-vous la main.«Des potentats, dans vos cités en flammes,«Osent du bout de leur sceptre insolent«Marquer, compter et recompter les âmes«Que leur adjuge un triomphe sanglant.«Faibles troupeaux, vous passez sans défense«D'un joug pesant sous un joug inhumain.«Peuples, formez une sainte alliance,«Et donnez-vous la main.«Que Mars en vain n'arrête point sa course:«Fondez des lois dans vos pays souffrants.«De votre sang ne livrez plus la source«Aux rois ingrats, aux vastes conquérants.«Des astres faux conjurez l'influence;«Effroi d'un jour, ils pâliront demain.«Peuples, formez une sainte alliance,«Et donnez-vous la main.«Oui, libre enfin, que le monde respire;«Sur le passé jetez un voile épais;«Semez vos champs aux accords de la lyre;«L'encens des arts doit brûler pour la paix.«L'espoir riant, au sein de l'abondance,«Accueillera les doux fruits de l'hymen,«Peuples, formez une sainte alliance,«Et donnez-vous la main.»Ainsi parlait cette vierge adorée,Et plus d'un roi répétait ses discours.Comme au printemps la terre était parée;L'automne en fleurs rappelait les amours.Pour l'étranger, coulez, bons vins de France;De sa frontière il reprend le chemin.Peuples, formons une sainte alliance,Et donnons-nous la main.BÉRANGER.
J'ai vu la paix descendre sur la terre,Semant de l'or, des fleurs et des épis.L'air était calme et du dieu de la guerreElle étouffait les foudres assoupis.«Ah! disait-elle, égaux par la vaillance,«Français, Anglais, Belge, Russe ou Germain,«Peuples, formez une sainte alliance,«Et donnez-vous la main.
«Pauvres mortels, tant de haine vous lasse;«Vous ne goûtez qu'un pénible sommeil.«D'un globe étroit divisez mieux l'espace;«Chacun de vous aura place au soleil.«Tous attelés au char de la puissance,«Du vrai bonheur vous quittez le chemin.«Peuples, formez une sainte alliance,«Et donnez-vous la main.
«Chez vos voisins vous portez l'incendie;«L'aquilon souffle, et vos toits sont brûlés;«Et quand la terre est enfin refroidie,«Le soc languit sous des bras mutilés.«Près de la borne où chaque État commence,«Aucun épi n'est pur de sang humain.«Peuples, formez une sainte alliance,«Et donnez-vous la main.
«Des potentats, dans vos cités en flammes,«Osent du bout de leur sceptre insolent«Marquer, compter et recompter les âmes«Que leur adjuge un triomphe sanglant.«Faibles troupeaux, vous passez sans défense«D'un joug pesant sous un joug inhumain.«Peuples, formez une sainte alliance,«Et donnez-vous la main.
«Que Mars en vain n'arrête point sa course:«Fondez des lois dans vos pays souffrants.«De votre sang ne livrez plus la source«Aux rois ingrats, aux vastes conquérants.«Des astres faux conjurez l'influence;«Effroi d'un jour, ils pâliront demain.«Peuples, formez une sainte alliance,«Et donnez-vous la main.
«Oui, libre enfin, que le monde respire;«Sur le passé jetez un voile épais;«Semez vos champs aux accords de la lyre;«L'encens des arts doit brûler pour la paix.«L'espoir riant, au sein de l'abondance,«Accueillera les doux fruits de l'hymen,«Peuples, formez une sainte alliance,«Et donnez-vous la main.»
Ainsi parlait cette vierge adorée,Et plus d'un roi répétait ses discours.Comme au printemps la terre était parée;L'automne en fleurs rappelait les amours.Pour l'étranger, coulez, bons vins de France;De sa frontière il reprend le chemin.Peuples, formons une sainte alliance,Et donnons-nous la main.
BÉRANGER.
Cependant tout s'apprête et l'heure est arrivéeQu'au fatal dénouement la reine a réservée.Le signal est donné sans tumulte et sans bruit.C'était à la faveur des ombres de la nuit.De ce mois malheureux l'inégale courrièreSemblait cacher d'effroi sa tremblante lumière.Coligny languissait dans les bras du repos,Et le sommeil trompeur lui versait ses pavots.Soudain de mille cris le bruit épouvantableVient arracher ses sens à ce calme agréable:Il se lève, il regarde, il voit de tous côtésCourir des assassins à pas précipités;Il voit briller partout les flambeaux et les armes,Son palais embrasé, tout un peuple en alarmes,Ses serviteurs sanglants dans la flamme étouffés,Les meurtriers en foule au carnage échauffés,Criant à haute voix: «Qu'on n'épargne personne;«C'est Dieu, c'est Médicis, c'est le roi qui l'ordonne.»Il entend retentir le nom de Coligny;Il aperçoit de loin le jeune Téligni,Téligni dont l'amour a mérité sa fille,L'espoir de son parti, l'honneur de sa famille,Qui, sanglant, déchiré, traîné par des soldats,Lui demandait vengeance et lui tendait les bras.Le héros malheureux, sans armes, sans défense,Voyant qu'il faut périr, et périr sans vengeance,Voulut mourir du moins comme il avait vécu,Avec toute sa gloire et toute sa vertu.Déjà des assassins la nombreuse cohorteDu salon qui l'enferme allait briser la porte.Il leur ouvre lui-même et se montre à leurs yeuxAvec cet œil serein, ce front majestueux,Tel que dans les combats, maître de son courage,Tranquille il arrêtait ou pressait le carnage.A cet air vénérable, à cet auguste aspect,Les meurtriers surpris sont saisis de respect:Une force inconnue a suspendu leur rage.«Compagnons, leur dit-il, achevez votre ouvrage,«Et de mon sang glacé souillez ces cheveux blancs«Que le sort des combats respecta quarante ans:«Frappez, ne craignez rien, Coligny vous pardonne;«Ma vie est peu de chose, et je vous l'abandonne...«J'eusse aimé mieux la perdre en combattant pour vous...»Ces tigres, à ces mots, tombent à ses genoux:L'un, saisi d'épouvante, abandonne ses armes;L'autre embrasse ses pieds qu'il trempe de ses larmes,Et de ses assassins ce grand homme entouréSemblait un roi puissant par son peuple adoré.Besme, qui dans la cour attendait sa victime,Monte, accourt, indigné qu'on diffère son crime;Des assassins trop lents il veut hâter les coups;Aux pieds de ce héros il les voit trembler tous.A cet objet touchant lui seul est inflexible,Lui seul, à la pitié toujours inaccessible,Aurait cru faire un crime et trahir Médicis,Si du moindre remords il se sentait surpris.A travers les soldats il court d'un pas rapide:Coligny l'attendait d'un visage intrépide,Et bientôt dans le flanc ce monstre furieuxLui plonge son épée en détournant les yeux,De peur que d'un coup d'œil cet auguste visageNe fît trembler son bras, et glaçât son courage.Du plus grand des Français tel fut le triste sort.On l'insulte, on l'outrage encore après sa mort.Son corps percé de coups, privé de sépulture,Des oiseaux dévorants fut l'indigne pâture,Et l'on porta sa tête aux pieds de Médicis,Conquête digne d'elle et digne de son fils.Médicis la reçut avec indifférence,Sans paraître jouir du fruit de sa vengeance,Sans remords, sans plaisir, maîtresse de ses sens,Et comme accoutumée à de pareils présents.VOLTAIRE.
Cependant tout s'apprête et l'heure est arrivéeQu'au fatal dénouement la reine a réservée.Le signal est donné sans tumulte et sans bruit.C'était à la faveur des ombres de la nuit.De ce mois malheureux l'inégale courrièreSemblait cacher d'effroi sa tremblante lumière.Coligny languissait dans les bras du repos,Et le sommeil trompeur lui versait ses pavots.Soudain de mille cris le bruit épouvantableVient arracher ses sens à ce calme agréable:Il se lève, il regarde, il voit de tous côtésCourir des assassins à pas précipités;Il voit briller partout les flambeaux et les armes,Son palais embrasé, tout un peuple en alarmes,Ses serviteurs sanglants dans la flamme étouffés,Les meurtriers en foule au carnage échauffés,Criant à haute voix: «Qu'on n'épargne personne;«C'est Dieu, c'est Médicis, c'est le roi qui l'ordonne.»Il entend retentir le nom de Coligny;Il aperçoit de loin le jeune Téligni,Téligni dont l'amour a mérité sa fille,L'espoir de son parti, l'honneur de sa famille,Qui, sanglant, déchiré, traîné par des soldats,Lui demandait vengeance et lui tendait les bras.
Le héros malheureux, sans armes, sans défense,Voyant qu'il faut périr, et périr sans vengeance,Voulut mourir du moins comme il avait vécu,Avec toute sa gloire et toute sa vertu.
Déjà des assassins la nombreuse cohorteDu salon qui l'enferme allait briser la porte.Il leur ouvre lui-même et se montre à leurs yeuxAvec cet œil serein, ce front majestueux,Tel que dans les combats, maître de son courage,Tranquille il arrêtait ou pressait le carnage.
A cet air vénérable, à cet auguste aspect,Les meurtriers surpris sont saisis de respect:Une force inconnue a suspendu leur rage.«Compagnons, leur dit-il, achevez votre ouvrage,«Et de mon sang glacé souillez ces cheveux blancs«Que le sort des combats respecta quarante ans:«Frappez, ne craignez rien, Coligny vous pardonne;«Ma vie est peu de chose, et je vous l'abandonne...«J'eusse aimé mieux la perdre en combattant pour vous...»Ces tigres, à ces mots, tombent à ses genoux:L'un, saisi d'épouvante, abandonne ses armes;L'autre embrasse ses pieds qu'il trempe de ses larmes,Et de ses assassins ce grand homme entouréSemblait un roi puissant par son peuple adoré.Besme, qui dans la cour attendait sa victime,Monte, accourt, indigné qu'on diffère son crime;Des assassins trop lents il veut hâter les coups;Aux pieds de ce héros il les voit trembler tous.A cet objet touchant lui seul est inflexible,Lui seul, à la pitié toujours inaccessible,Aurait cru faire un crime et trahir Médicis,Si du moindre remords il se sentait surpris.A travers les soldats il court d'un pas rapide:Coligny l'attendait d'un visage intrépide,Et bientôt dans le flanc ce monstre furieuxLui plonge son épée en détournant les yeux,De peur que d'un coup d'œil cet auguste visageNe fît trembler son bras, et glaçât son courage.Du plus grand des Français tel fut le triste sort.On l'insulte, on l'outrage encore après sa mort.Son corps percé de coups, privé de sépulture,Des oiseaux dévorants fut l'indigne pâture,Et l'on porta sa tête aux pieds de Médicis,Conquête digne d'elle et digne de son fils.Médicis la reçut avec indifférence,Sans paraître jouir du fruit de sa vengeance,Sans remords, sans plaisir, maîtresse de ses sens,Et comme accoutumée à de pareils présents.
VOLTAIRE.
L'homme est bien variable!.. et ces malheureux rois,Dont on dit tant de mal, ont du bon quelquefois,J'en conviendrai sans peine, et ferai mieux encore,J'en citerai pour preuve un trait qui les honore:Il est de ce héros, de Frédéric second,Qui, tout roi qu'il était, fut un penseur profond,Redouté de l'Autriche, envié dans Versailles,Cultivant les beaux-arts au sortir des batailles,D'un royaume nouveau la gloire et le soutien,Grand roi, bon philosophe, et fort mauvais chrétien.Il voulait se construire un agréable aile,Où, loin d'une étiquette arrogante et futile,Il pût, non végéter, boire et courir les cerfs,Mais des faibles humains méditer les travers,Et, mêlant la sagesse à la plaisanterie,Souper avec d'Argens, Voltaire et la Mettrie.Sur le riant coteau par le prince choisiS'élevait le moulin du meunier Sans-Souci.Le vendeur de farine avait pour habitudeD'y vivre au jour le jour, exempt d'inquiétude;Et, de quelque côté que vînt souffler le vent,Il y tournait son aile, et s'endormait content.Fort bien achalandé, grâce à son caractère,Le moulin prit le nom de son propriétaire;Et des hameaux voisins, les filles, les garçons,Allaient à Sans-Souci pour danser aux chansons.Sans-Souci!.. ce doux nom d'un favorable augure,Devait plaire aux amis des dogmes d'Épicure.Frédéric le trouva conforme à ses projets,Et du nom d'un moulin honora son palais.Hélas! est-ce une loi, sur notre pauvre terre,Que toujours deux voisins auront entre eux la guerre?Que la soif d'envahir et d'étendre ses droitsTourmentera toujours les meuniers et les rois?En cette occasion le roi fut le moins sage:Il lorgna du voisin le modeste héritage.On avait fait des plans, fort beaux sur le papier,Où le chétif enclos se perdait tout entier.Il fallait, sans cela, renoncer à la vue,Rétrécir les jardins et masquer l'avenue.Des bâtiments royaux l'ordinaire intendantFit venir le meunier, et d'un ton important:«Il nous faut ton moulin; que veux-tu qu'on t'en donne?—Rien du tout; car j'entends ne le vendre à personne.Il vous fautest fort bon... mon moulin est à moi...Tout aussi bien au moins que la Prusse est au roi.—Allons, ton dernier mot, bonhomme, et prends-y garde.—Faut-il vous parler clair?—Oui.—C'est que je le garde,Voilà mon dernier mot.» Ce refus effrontéAvec un grand scandale au prince est raconté.Il mande auprès de lui le meunier indocile,Presse, flatte, promet; ce fut peine inutile.Sans-Souci s'obstinait: «Entendez la raison,Sire, je ne puis pas vous vendre ma maison:Mon vieux père y mourut, mon fils y vient de naître,C'est mon Potsdam à moi. Je suis tranchant peut-être:Ne l'êtes-vous jamais? Tenez, mille ducats,Au bout de vos discours, ne me tenteraient pas.Il faut vous en passer, je l'ai dit, j'y persiste.»Les rois malaisément souffrent qu'on leur résiste.Frédéric un moment par l'humeur emporté:«Parbleu! de ton moulin c'est bien être entêté!Je suis bon de vouloir t'engager à le vendre;Sais-tu que sans payer, je pourrais bien le prendre?Je suis le maître!—Vous?.. de prendre mon moulin?Oui, si nous n'avions pas des juges à Berlin!»Le monarque, à ce mot, revint de son caprice.Charmé que, sous son règne, on crût à la justice,Il rit, et se tournant vers quelques courtisans:«Ma foi, messieurs, je crois qu'il faut changer nos plans.Voisin, garde ton bien; j'aime fort ta réplique.»Qu'aurait-on fait de mieux dans une république?Le plus sûr est pourtant de ne pas s'y fier.Ce même Frédéric, juste envers un meunier,Se permit maintes fois telle autre fantaisie:Témoin ce certain jour qu'il prit la Silésie;Qu'à peine sur le trône, avide de lauriers,Épris du vain renom qui séduit les guerriers,Il mit l'Europe en feu. Ce sont là jeux de prince:On respecte un moulin, on vole une province.ANDRIEUX.
L'homme est bien variable!.. et ces malheureux rois,Dont on dit tant de mal, ont du bon quelquefois,J'en conviendrai sans peine, et ferai mieux encore,J'en citerai pour preuve un trait qui les honore:Il est de ce héros, de Frédéric second,Qui, tout roi qu'il était, fut un penseur profond,Redouté de l'Autriche, envié dans Versailles,Cultivant les beaux-arts au sortir des batailles,D'un royaume nouveau la gloire et le soutien,Grand roi, bon philosophe, et fort mauvais chrétien.
Il voulait se construire un agréable aile,Où, loin d'une étiquette arrogante et futile,Il pût, non végéter, boire et courir les cerfs,Mais des faibles humains méditer les travers,Et, mêlant la sagesse à la plaisanterie,Souper avec d'Argens, Voltaire et la Mettrie.
Sur le riant coteau par le prince choisiS'élevait le moulin du meunier Sans-Souci.Le vendeur de farine avait pour habitudeD'y vivre au jour le jour, exempt d'inquiétude;Et, de quelque côté que vînt souffler le vent,Il y tournait son aile, et s'endormait content.Fort bien achalandé, grâce à son caractère,Le moulin prit le nom de son propriétaire;Et des hameaux voisins, les filles, les garçons,Allaient à Sans-Souci pour danser aux chansons.Sans-Souci!.. ce doux nom d'un favorable augure,Devait plaire aux amis des dogmes d'Épicure.Frédéric le trouva conforme à ses projets,Et du nom d'un moulin honora son palais.Hélas! est-ce une loi, sur notre pauvre terre,Que toujours deux voisins auront entre eux la guerre?Que la soif d'envahir et d'étendre ses droitsTourmentera toujours les meuniers et les rois?En cette occasion le roi fut le moins sage:Il lorgna du voisin le modeste héritage.On avait fait des plans, fort beaux sur le papier,Où le chétif enclos se perdait tout entier.Il fallait, sans cela, renoncer à la vue,Rétrécir les jardins et masquer l'avenue.Des bâtiments royaux l'ordinaire intendantFit venir le meunier, et d'un ton important:«Il nous faut ton moulin; que veux-tu qu'on t'en donne?—Rien du tout; car j'entends ne le vendre à personne.Il vous fautest fort bon... mon moulin est à moi...Tout aussi bien au moins que la Prusse est au roi.—Allons, ton dernier mot, bonhomme, et prends-y garde.—Faut-il vous parler clair?—Oui.—C'est que je le garde,Voilà mon dernier mot.» Ce refus effrontéAvec un grand scandale au prince est raconté.Il mande auprès de lui le meunier indocile,Presse, flatte, promet; ce fut peine inutile.Sans-Souci s'obstinait: «Entendez la raison,Sire, je ne puis pas vous vendre ma maison:Mon vieux père y mourut, mon fils y vient de naître,C'est mon Potsdam à moi. Je suis tranchant peut-être:Ne l'êtes-vous jamais? Tenez, mille ducats,Au bout de vos discours, ne me tenteraient pas.Il faut vous en passer, je l'ai dit, j'y persiste.»Les rois malaisément souffrent qu'on leur résiste.Frédéric un moment par l'humeur emporté:«Parbleu! de ton moulin c'est bien être entêté!Je suis bon de vouloir t'engager à le vendre;Sais-tu que sans payer, je pourrais bien le prendre?Je suis le maître!—Vous?.. de prendre mon moulin?Oui, si nous n'avions pas des juges à Berlin!»Le monarque, à ce mot, revint de son caprice.Charmé que, sous son règne, on crût à la justice,Il rit, et se tournant vers quelques courtisans:«Ma foi, messieurs, je crois qu'il faut changer nos plans.Voisin, garde ton bien; j'aime fort ta réplique.»Qu'aurait-on fait de mieux dans une république?Le plus sûr est pourtant de ne pas s'y fier.Ce même Frédéric, juste envers un meunier,Se permit maintes fois telle autre fantaisie:Témoin ce certain jour qu'il prit la Silésie;Qu'à peine sur le trône, avide de lauriers,Épris du vain renom qui séduit les guerriers,Il mit l'Europe en feu. Ce sont là jeux de prince:On respecte un moulin, on vole une province.
ANDRIEUX.
«Mon frère, sais-tu la nouvelle?Mouflard, le bon Mouflard, de nos chiens le modèle,Si redouté des loups, si soumis au berger,Mouflard vient, dit-on, de mangerLe petit agneau noir, puis la brebis sa mère,Et puis sur le berger s'est jeté furieux.—Serait-il vrai?—Très-vrai, mon frère.A qui donc se fier? grands dieux!»C'est ainsi que parlaient deux moutons dans la plaine;Et la nouvelle était certaine.Mouflard, sur le fait même pris,N'attendait plus que le supplice;Et le fermier voulait qu'une prompte justiceEffrayât les chiens du pays.La procédure en un jour est finie,Mille témoins pour un déposent l'attentat:Récolés, confrontés, aucun d'eux ne varie;Mouflard est convaincu du triple assassinat:Mouflard recevra donc deux balles dans la têteSur le lieu même du délit.A son supplice qui s'apprête,Toute la ferme se rendit.Les agneaux de Mouflard demandèrent la grâce;Elle fut refusée. On leur fit prendre place:Les chiens se rangèrent près d'eux,Tristes, humiliés, mornes, l'oreille basse,Plaignant, sans l'excuser, leur frère malheureux.Tout le monde attendait dans un profond silence.Mouflard paraît bientôt, conduit par deux pasteurs:Il arrive; et, levant au ciel ses yeux en pleurs,Il harangue ainsi l'assistance:«O vous qu'en ce moment je n'ose et je ne puisNommer, comme autrefois, mes frères, mes amis,Témoins de mon heure dernière,Voyez où peut conduire un coupable désir!De la vertu quinze ans j'ai suivi la carrière,Un faux pas m'en a fait sortir;Apprenez mes forfaits: Au lever de l'aurore,Seul auprès du grand bois, je gardais le troupeau,Un loup vient, emporte un agneau,Et tout en fuyant le dévore.Je cours, j'atteins le loup, qui, laissant son festin,Vient m'attaquer; je le terrasse,Et je l'étrangle sur la place.C'était bien jusque-là; mais, pressé par la faim,De l'agneau dévoré je regarde le reste.J'hésite, je balance..... A la fin cependantJ'y porte une coupable dent:Voilà de mes malheurs l'origine funeste.La brebis vient dans cet instant,Elle jette des cris de mère.La tête m'a tourné; j'ai craint que la brebisNe m'accusât d'avoir assassiné son fils;Et, pour la forcer à se taire,Je l'égorge dans ma colère.Le berger accourait armé de son bâton:N'espérant plus aucun pardon,Je me jette sur lui; mais bientôt on m'enchaîne,Et me voici prêt à subirDe mes crimes la juste peine.Apprenez de moi tous, en me voyant mourir,Que la plus légère injusticeAux forfaits les plus grands peut conduire d'abord;Et que, dans le chemin du vice,On est au fond du précipice,Dès qu'on met un pied sur le bord.»FLORIAN.
«Mon frère, sais-tu la nouvelle?Mouflard, le bon Mouflard, de nos chiens le modèle,Si redouté des loups, si soumis au berger,Mouflard vient, dit-on, de mangerLe petit agneau noir, puis la brebis sa mère,Et puis sur le berger s'est jeté furieux.—Serait-il vrai?—Très-vrai, mon frère.A qui donc se fier? grands dieux!»C'est ainsi que parlaient deux moutons dans la plaine;Et la nouvelle était certaine.Mouflard, sur le fait même pris,N'attendait plus que le supplice;Et le fermier voulait qu'une prompte justiceEffrayât les chiens du pays.La procédure en un jour est finie,Mille témoins pour un déposent l'attentat:Récolés, confrontés, aucun d'eux ne varie;Mouflard est convaincu du triple assassinat:Mouflard recevra donc deux balles dans la têteSur le lieu même du délit.A son supplice qui s'apprête,Toute la ferme se rendit.Les agneaux de Mouflard demandèrent la grâce;Elle fut refusée. On leur fit prendre place:Les chiens se rangèrent près d'eux,Tristes, humiliés, mornes, l'oreille basse,Plaignant, sans l'excuser, leur frère malheureux.Tout le monde attendait dans un profond silence.Mouflard paraît bientôt, conduit par deux pasteurs:Il arrive; et, levant au ciel ses yeux en pleurs,Il harangue ainsi l'assistance:«O vous qu'en ce moment je n'ose et je ne puisNommer, comme autrefois, mes frères, mes amis,Témoins de mon heure dernière,Voyez où peut conduire un coupable désir!De la vertu quinze ans j'ai suivi la carrière,Un faux pas m'en a fait sortir;
Apprenez mes forfaits: Au lever de l'aurore,Seul auprès du grand bois, je gardais le troupeau,Un loup vient, emporte un agneau,Et tout en fuyant le dévore.Je cours, j'atteins le loup, qui, laissant son festin,Vient m'attaquer; je le terrasse,Et je l'étrangle sur la place.
C'était bien jusque-là; mais, pressé par la faim,De l'agneau dévoré je regarde le reste.J'hésite, je balance..... A la fin cependantJ'y porte une coupable dent:Voilà de mes malheurs l'origine funeste.La brebis vient dans cet instant,Elle jette des cris de mère.La tête m'a tourné; j'ai craint que la brebisNe m'accusât d'avoir assassiné son fils;Et, pour la forcer à se taire,Je l'égorge dans ma colère.Le berger accourait armé de son bâton:N'espérant plus aucun pardon,Je me jette sur lui; mais bientôt on m'enchaîne,Et me voici prêt à subirDe mes crimes la juste peine.
Apprenez de moi tous, en me voyant mourir,Que la plus légère injusticeAux forfaits les plus grands peut conduire d'abord;Et que, dans le chemin du vice,On est au fond du précipice,Dès qu'on met un pied sur le bord.»
FLORIAN.
Le bien de la fortune est un bien périssable;Quand on bâtit sur elle, on bâtit sur le sable.Plus on est élevé plus on court de dangers;Les grands pins sont en butte aux coups de la tempête,Et la rage des vents brise plutôt le faîteDes maisons de nos rois, que les toits des bergers.O bienheureux celui qui peut de sa mémoireEffacer pour jamais ce vain espoir de gloire,Dont l'inutile soin traverse nos plaisirs,Et qui, loin, retiré de la foule importune,Vivant dans sa maison content de sa fortune,A selon son pouvoir mesuré ses désirs.Il laboure le champ que labourait son père.Il ne s'informe point de ce qu'on délibèreDans ces graves conseils d'affaires accablés.Il voit sans intérêt la mer grosse d'orages,Et n'observe des vents le sinistre présageQue pour le soin qu'il a du salut de ses blés.Roi de ses passions, il a ce qu'il désire,Son fertile domaine est son petit empire,Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau;Ses champs et ses jardins sont autant de provinces,Et sans porter envie à la pompe des princes,Se contente chez lui de les voir en tableau.Il voit de toutes parts prospérer sa famille,La javelle à plein poing tomber sous sa faucille,Le vendangeur ployer sous le faix des paniers;Il semble qu'à l'envi les fertiles montagnes,Les humides vallons et les grasses campagnes,S'efforcent à remplir sa cave et ses greniers.Il soupire en repos l'ennui de sa vieillesseDans ce même foyer où sa tendre jeunesseA vu dans le berceau ses bras emmaillotés.Il tient par les moissons registre des années,Et voit de temps en temps leurs courses enchaînéesVieillir avecque lui les bois qu'il a plantés.Il ne va point fouiller aux terres inconnues,A la merci des vents et des ondes chenues,Ce que nature avare a caché de trésors;Et ne recherche point, pour honorer sa vie,De plus illustre mort ni plus digne d'envieQue de mourir au lit où ses pères sont morts.Il ne possède point ces maisons magnifiques,Ces tours, ces chapiteaux, ces superbes portiquesOù la magnificence étale ses attraits,Il jouit des beautés qu'ont les saisons nouvelles;Il voit de la verdure et des fleurs naturellesQu'en ces riches lambris l'on ne voit qu'en portraits.Crois-moi, retirons-nous hors de la multitude,Et vivons désormais loin de la servitudeDe ces palais dorés où tout le monde accourt:Sous un chêne élevé les arbrisseaux s'ennuient.Et devant le soleil tous les astres s'enfuientDe peur d'être obligés de lui faire la cour.Après qu'on a suivi sans aucune assuranceCette vaine faveur qui nous plaît d'espérance,L'envie en un moment tous nos desseins détruit;Ce n'est qu'une fumée, il n'est rien de si frêle;Sa plus belle moisson est sujette à la grêle,Et souvent elle n'a que des fleurs pour du fruit.Agréables déserts, séjour de l'innocence,Où, loin des vanités de la magnificence,Commence mon repos et finit mon tourment;Vallon, fleuve, rochers, plaisante solitude,Si vous fûtes témoins de mon inquiétude,Soyez-le désormais de mon contentement.
Le bien de la fortune est un bien périssable;Quand on bâtit sur elle, on bâtit sur le sable.Plus on est élevé plus on court de dangers;Les grands pins sont en butte aux coups de la tempête,Et la rage des vents brise plutôt le faîteDes maisons de nos rois, que les toits des bergers.
O bienheureux celui qui peut de sa mémoireEffacer pour jamais ce vain espoir de gloire,Dont l'inutile soin traverse nos plaisirs,Et qui, loin, retiré de la foule importune,Vivant dans sa maison content de sa fortune,A selon son pouvoir mesuré ses désirs.
Il laboure le champ que labourait son père.Il ne s'informe point de ce qu'on délibèreDans ces graves conseils d'affaires accablés.Il voit sans intérêt la mer grosse d'orages,Et n'observe des vents le sinistre présageQue pour le soin qu'il a du salut de ses blés.
Roi de ses passions, il a ce qu'il désire,Son fertile domaine est son petit empire,Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau;Ses champs et ses jardins sont autant de provinces,Et sans porter envie à la pompe des princes,Se contente chez lui de les voir en tableau.
Il voit de toutes parts prospérer sa famille,La javelle à plein poing tomber sous sa faucille,Le vendangeur ployer sous le faix des paniers;Il semble qu'à l'envi les fertiles montagnes,Les humides vallons et les grasses campagnes,S'efforcent à remplir sa cave et ses greniers.
Il soupire en repos l'ennui de sa vieillesseDans ce même foyer où sa tendre jeunesseA vu dans le berceau ses bras emmaillotés.Il tient par les moissons registre des années,Et voit de temps en temps leurs courses enchaînéesVieillir avecque lui les bois qu'il a plantés.
Il ne va point fouiller aux terres inconnues,A la merci des vents et des ondes chenues,Ce que nature avare a caché de trésors;Et ne recherche point, pour honorer sa vie,De plus illustre mort ni plus digne d'envieQue de mourir au lit où ses pères sont morts.
Il ne possède point ces maisons magnifiques,Ces tours, ces chapiteaux, ces superbes portiquesOù la magnificence étale ses attraits,Il jouit des beautés qu'ont les saisons nouvelles;Il voit de la verdure et des fleurs naturellesQu'en ces riches lambris l'on ne voit qu'en portraits.
Crois-moi, retirons-nous hors de la multitude,Et vivons désormais loin de la servitudeDe ces palais dorés où tout le monde accourt:Sous un chêne élevé les arbrisseaux s'ennuient.Et devant le soleil tous les astres s'enfuientDe peur d'être obligés de lui faire la cour.
Après qu'on a suivi sans aucune assuranceCette vaine faveur qui nous plaît d'espérance,L'envie en un moment tous nos desseins détruit;Ce n'est qu'une fumée, il n'est rien de si frêle;Sa plus belle moisson est sujette à la grêle,Et souvent elle n'a que des fleurs pour du fruit.
Agréables déserts, séjour de l'innocence,Où, loin des vanités de la magnificence,Commence mon repos et finit mon tourment;Vallon, fleuve, rochers, plaisante solitude,Si vous fûtes témoins de mon inquiétude,Soyez-le désormais de mon contentement.
Chacun fait des châteaux en Espagne;On en fait à la ville ainsi qu'à la campagne;On en fait en dormant, on en fait éveillé.Le pauvre paysan sur sa bêche appuyé,Peut se croire, un moment, seigneur de son village.Le vieillard oubliant les glaces de son âge,Se figure aux genoux d'une jeune beauté,Et sourit; son neveu sourit de son côté,En songeant qu'un matin du bonhomme il hérite.Telle femme se croit sultane favorite;Un commis est ministre, un jeune abbé, prélat;Le prélat... Il n'est pas jusqu'au simple soldat,Qui ne se soit un jour cru maréchal de France;Et le pauvre, lui-même, est riche en espérance,Et chacun redevient Gros-Jean comme devant.Eh bien! chacun, du moins, fut heureux en rêvant.C'est quelque chose encore que de faire un beau rêve:A nos chagrins réels c'est une utile trêve.Nous en avons besoin: nous sommes assiégésDe maux, dont à la fin nous serions surchargésSans ce délire heureux qui se glisse en nos veines.Flatteuse illusion! doux oubli de nos peines,Oh! qui pourrait compter les heureux que tu fais!L'espoir et le sommeil sont de moindres bienfaits.Délicieuse erreur! tu nous donnes d'avanceLe bonheur, que promet seulement l'espérance.Le doux sommeil ne fait que suspendre nos maux,Et tu mets à la place un plaisir: en deux mots,Quand je songe, je suis le plus heureux des hommes;Et dès que nous croyons être heureux, nous le sommes.Il est fou... là... songer qu'on est roi! seulement!On peut bien quelquefois se flatter dans la vie.J'ai par exemple, hier, mis à la loterie;Et mon billet enfin pourrait bien être bon.Je conviens que cela n'est pas certain: oh! non;Mais la chose est possible, et cela doit suffire.Puis, en me le donnant on s'est mis à sourire,Et l'on m'a dit: «Prenez, car c'est là le meilleur.»Si je gagnais pourtant le gros lot! quel bonheur!J'achèterais d'abord une ample seigneurie...Non, plutôt une bonne et grasse métairie,Oh! oui! dans ce canton, j'aime ce pays-ci;Et Justine, d'ailleurs, me plaît beaucoup aussi.J'aurais donc, à mon tour, des gens à mon service!Dans le commandement je serai peu novice;Mais je ne serai point dur, insolent, ni fier,Et me rappellerai ce que j'étais hier,Ma foi, j'aime déjà ma ferme à la folie.Moi, gros fermier!.. j'aurai ma basse-cour remplieDe poules, de poussins que je verrai courir!De mes mains, chaque jour, je prétends les nourrir;C'est un coup d'œil charmant! et puis cela rapporte.Quel plaisir, quand le soir, assis devant ma porte,J'entendrai le retour de mes moutons bêlants,Que je verrai de loin revenir à pas lents,Mes chevaux vigoureux et mes belles génisses!Ils sont nos serviteurs, elles sont nos nourrices.Et mon petit Victor, sur son âne monté,Fermant la marche avec un air de dignité!Je serai plus heureux que Monsieur sur un trône.Je serai riche, riche, et je ferai l'aumône.Tout bas, sur mon passage, on se dira: «Voilà«Ce bon monsieur Victor»; cela me touchera.Je puis bien m'abuser; mais ce n'est pas sans cause:Mon projet est au moins fondé sur quelque chose,(Il cherche.)Sur un billet. Je veux revoir ce cher... Eh! mais...Où donc est-il? Tantôt encore je l'avais,Depuis quand ce billet est-il donc invisible?Ah! l'aurais-je perdu? serait-il bien possible?Mon malheur est certain: me voilà confondu.(Il crie.)Que vais-je devenir? hélas! j'ai tout perdu.COLLIN D'HARLEVILLE.
Chacun fait des châteaux en Espagne;On en fait à la ville ainsi qu'à la campagne;On en fait en dormant, on en fait éveillé.Le pauvre paysan sur sa bêche appuyé,Peut se croire, un moment, seigneur de son village.Le vieillard oubliant les glaces de son âge,Se figure aux genoux d'une jeune beauté,Et sourit; son neveu sourit de son côté,En songeant qu'un matin du bonhomme il hérite.Telle femme se croit sultane favorite;Un commis est ministre, un jeune abbé, prélat;Le prélat... Il n'est pas jusqu'au simple soldat,Qui ne se soit un jour cru maréchal de France;Et le pauvre, lui-même, est riche en espérance,
Et chacun redevient Gros-Jean comme devant.
Eh bien! chacun, du moins, fut heureux en rêvant.C'est quelque chose encore que de faire un beau rêve:A nos chagrins réels c'est une utile trêve.Nous en avons besoin: nous sommes assiégésDe maux, dont à la fin nous serions surchargésSans ce délire heureux qui se glisse en nos veines.Flatteuse illusion! doux oubli de nos peines,Oh! qui pourrait compter les heureux que tu fais!L'espoir et le sommeil sont de moindres bienfaits.Délicieuse erreur! tu nous donnes d'avanceLe bonheur, que promet seulement l'espérance.Le doux sommeil ne fait que suspendre nos maux,Et tu mets à la place un plaisir: en deux mots,Quand je songe, je suis le plus heureux des hommes;Et dès que nous croyons être heureux, nous le sommes.Il est fou... là... songer qu'on est roi! seulement!On peut bien quelquefois se flatter dans la vie.J'ai par exemple, hier, mis à la loterie;Et mon billet enfin pourrait bien être bon.Je conviens que cela n'est pas certain: oh! non;Mais la chose est possible, et cela doit suffire.Puis, en me le donnant on s'est mis à sourire,Et l'on m'a dit: «Prenez, car c'est là le meilleur.»Si je gagnais pourtant le gros lot! quel bonheur!J'achèterais d'abord une ample seigneurie...Non, plutôt une bonne et grasse métairie,Oh! oui! dans ce canton, j'aime ce pays-ci;Et Justine, d'ailleurs, me plaît beaucoup aussi.J'aurais donc, à mon tour, des gens à mon service!Dans le commandement je serai peu novice;Mais je ne serai point dur, insolent, ni fier,Et me rappellerai ce que j'étais hier,Ma foi, j'aime déjà ma ferme à la folie.Moi, gros fermier!.. j'aurai ma basse-cour remplieDe poules, de poussins que je verrai courir!De mes mains, chaque jour, je prétends les nourrir;C'est un coup d'œil charmant! et puis cela rapporte.Quel plaisir, quand le soir, assis devant ma porte,J'entendrai le retour de mes moutons bêlants,Que je verrai de loin revenir à pas lents,Mes chevaux vigoureux et mes belles génisses!Ils sont nos serviteurs, elles sont nos nourrices.Et mon petit Victor, sur son âne monté,Fermant la marche avec un air de dignité!Je serai plus heureux que Monsieur sur un trône.Je serai riche, riche, et je ferai l'aumône.Tout bas, sur mon passage, on se dira: «Voilà«Ce bon monsieur Victor»; cela me touchera.Je puis bien m'abuser; mais ce n'est pas sans cause:Mon projet est au moins fondé sur quelque chose,(Il cherche.)Sur un billet. Je veux revoir ce cher... Eh! mais...Où donc est-il? Tantôt encore je l'avais,Depuis quand ce billet est-il donc invisible?Ah! l'aurais-je perdu? serait-il bien possible?Mon malheur est certain: me voilà confondu.(Il crie.)Que vais-je devenir? hélas! j'ai tout perdu.
COLLIN D'HARLEVILLE.
«Mes sœurs, l'onde est plus fraîche aux premiers feux du jour.«Venez: le moissonneur repose en son séjour;«La rive est solitaire encore;«Memphis élève à peine un murmure confus;«Et nos chastes plaisirs, sous ces bosquets touffus,«N'ont d'autre témoin que l'aurore.«Au palais de mon père on voit briller les arts;«Mais ces bords pleins de fleurs charment plus mes regards«Qu'un bassin d'or ou de porphyre;«Ces chants aériens sont mes concerts chéris;«Je préfère aux parfums qu'on brûle en nos lambris«Le souffle embaumé du zéphire!«Venez: l'onde est si calme et le ciel est si pur!«Laissez sur ces buissons flotter les plis d'azur«De vos ceintures transparentes;«Détachez ma couronne et ces voiles jaloux,«Car je veux aujourd'hui folâtrer avec vous«Au sein des vagues murmurantes.«Hâtons-nous... Mais parmi les brouillards du matin,«Que vois-je? Regardez à l'horizon lointain...«Ne craignez rien, filles timides!«C'est sans doute, par l'onde entraîné vers les mers,«Le tronc d'un vieux palmier, qui, du fond des déserts,«Vient visiter les pyramides.«Que dis-je? si j'en crois mes regards indécis,«C'est la barque d'Hermès ou la conque d'Isis,«Que pousse une brise légère.«Mais non; c'est un esquif où, dans un doux repos,«J'aperçois un enfant qui dort au sein des flots,«Comme on dort au sein de sa mère.«Il sommeille, et de loin, à voir son lit flottant,«On croirait voir voguer sur le fleuve inconstant«Le nid d'une blanche colombe.«Dans sa couche enfantine il erre au gré du vent;«L'eau le balance, il dort, et le gouffre mouvant«Semble le bercer dans sa tombe!«Il s'éveille: accourez, ô vierges de Memphis!«Il crie... Ah! quelle mère a pu livrer son fils«Au caprice des flots mobiles?«Il tend les bras; les eaux grondent de toute part,«Hélas! contre la mort il n'a d'autre rempart«Qu'un berceau de roseaux fragiles.«Sauvons-le... C'est peut-être un enfant d'Israël;«Mon père les proscrit, mon père est bien cruel«De proscrire ainsi l'innocence!«Faible enfant! ses malheurs ont ému mon amour,«Je veux être sa mère: il me devra le jour,«S'il ne me doit pas la naissance.»Ainsi parlait Iphis, l'espoir d'un roi puissant,Alors qu'aux bords du Nil son cortège innocentSuivant sa course vagabonde;Et ces jeunes beautés, qu'elle effaçait encor,Quand la fille des rois quittait ses voiles d'or,Croyaient voir la fille de l'Onde.Sous ses pieds délicats déjà le flot frémit;Tremblante, la pitié vers l'enfant qui gémitLa guide en sa marche craintive;Elle a saisi l'esquif fière de ce doux poids,L'orgueil sur son beau front pour la première foisSe mêle à la pudeur naïve.Bientôt, divisant l'onde et brisant les roseaux,Elle apporte à pas lents l'enfant sauvé des eauxSur le bord de l'arène humide;Et ses sœurs tour à tour au front du nouveau-né,Offrant leur doux sourire à son œil étonné,Déposaient un baiser timide.Accours, toi qui, de loin, dans un doute cruel,Suivant des yeux ton fils sur qui veillait le ciel,Viens ici comme une étrangère;Ne crains rien: en prenant Moïse entre tes bras,Tes pleurs et tes transports ne te trahiront pas;Car Iphis n'est pas encor mère!Alors, tandis qu'heureuse et d'un pas triomphant,La vierge au roi farouche amenait l'humble enfant,Baigné des larmes maternelles.On entendait en chœur, dans les cieux étoilés,Des anges, devant Dieu, de leurs ailes voilés,Chanter les lyres éternelles.«Ne gémis plus, Jacob, sur la terre d'exil;«Ne mêle plus tes pleurs aux flots impurs du Nil;«Le Jourdain va t'ouvrir ses rives.«Le jour enfin approche où vers les champs promis«Gessen verra s'enfuir, malgré leurs ennemis,«Les tribus si longtemps captives.«Sous les traits d'un enfant délaissé sur les flots,«C'est l'élu du Sina, c'est le roi des fléaux«Qu'une vierge sauve de l'onde.«Mortels, vous dont l'orgueil méconnaît l'Éternel,«Fléchissez: un berceau va sauver Israël,«Un berceau doit sauver le monde!»VICTOR HUGO.
«Mes sœurs, l'onde est plus fraîche aux premiers feux du jour.«Venez: le moissonneur repose en son séjour;«La rive est solitaire encore;«Memphis élève à peine un murmure confus;«Et nos chastes plaisirs, sous ces bosquets touffus,«N'ont d'autre témoin que l'aurore.
«Au palais de mon père on voit briller les arts;«Mais ces bords pleins de fleurs charment plus mes regards«Qu'un bassin d'or ou de porphyre;«Ces chants aériens sont mes concerts chéris;«Je préfère aux parfums qu'on brûle en nos lambris«Le souffle embaumé du zéphire!
«Venez: l'onde est si calme et le ciel est si pur!«Laissez sur ces buissons flotter les plis d'azur«De vos ceintures transparentes;«Détachez ma couronne et ces voiles jaloux,«Car je veux aujourd'hui folâtrer avec vous«Au sein des vagues murmurantes.
«Hâtons-nous... Mais parmi les brouillards du matin,«Que vois-je? Regardez à l'horizon lointain...«Ne craignez rien, filles timides!«C'est sans doute, par l'onde entraîné vers les mers,«Le tronc d'un vieux palmier, qui, du fond des déserts,«Vient visiter les pyramides.
«Que dis-je? si j'en crois mes regards indécis,«C'est la barque d'Hermès ou la conque d'Isis,«Que pousse une brise légère.«Mais non; c'est un esquif où, dans un doux repos,«J'aperçois un enfant qui dort au sein des flots,«Comme on dort au sein de sa mère.
«Il sommeille, et de loin, à voir son lit flottant,«On croirait voir voguer sur le fleuve inconstant«Le nid d'une blanche colombe.«Dans sa couche enfantine il erre au gré du vent;«L'eau le balance, il dort, et le gouffre mouvant«Semble le bercer dans sa tombe!
«Il s'éveille: accourez, ô vierges de Memphis!«Il crie... Ah! quelle mère a pu livrer son fils«Au caprice des flots mobiles?«Il tend les bras; les eaux grondent de toute part,«Hélas! contre la mort il n'a d'autre rempart«Qu'un berceau de roseaux fragiles.
«Sauvons-le... C'est peut-être un enfant d'Israël;«Mon père les proscrit, mon père est bien cruel«De proscrire ainsi l'innocence!«Faible enfant! ses malheurs ont ému mon amour,«Je veux être sa mère: il me devra le jour,«S'il ne me doit pas la naissance.»
Ainsi parlait Iphis, l'espoir d'un roi puissant,Alors qu'aux bords du Nil son cortège innocentSuivant sa course vagabonde;Et ces jeunes beautés, qu'elle effaçait encor,Quand la fille des rois quittait ses voiles d'or,Croyaient voir la fille de l'Onde.
Sous ses pieds délicats déjà le flot frémit;Tremblante, la pitié vers l'enfant qui gémitLa guide en sa marche craintive;Elle a saisi l'esquif fière de ce doux poids,L'orgueil sur son beau front pour la première foisSe mêle à la pudeur naïve.
Bientôt, divisant l'onde et brisant les roseaux,Elle apporte à pas lents l'enfant sauvé des eauxSur le bord de l'arène humide;Et ses sœurs tour à tour au front du nouveau-né,Offrant leur doux sourire à son œil étonné,Déposaient un baiser timide.
Accours, toi qui, de loin, dans un doute cruel,Suivant des yeux ton fils sur qui veillait le ciel,Viens ici comme une étrangère;Ne crains rien: en prenant Moïse entre tes bras,Tes pleurs et tes transports ne te trahiront pas;Car Iphis n'est pas encor mère!
Alors, tandis qu'heureuse et d'un pas triomphant,La vierge au roi farouche amenait l'humble enfant,Baigné des larmes maternelles.On entendait en chœur, dans les cieux étoilés,Des anges, devant Dieu, de leurs ailes voilés,Chanter les lyres éternelles.
«Ne gémis plus, Jacob, sur la terre d'exil;«Ne mêle plus tes pleurs aux flots impurs du Nil;«Le Jourdain va t'ouvrir ses rives.«Le jour enfin approche où vers les champs promis«Gessen verra s'enfuir, malgré leurs ennemis,«Les tribus si longtemps captives.
«Sous les traits d'un enfant délaissé sur les flots,«C'est l'élu du Sina, c'est le roi des fléaux«Qu'une vierge sauve de l'onde.«Mortels, vous dont l'orgueil méconnaît l'Éternel,«Fléchissez: un berceau va sauver Israël,«Un berceau doit sauver le monde!»
VICTOR HUGO.