The Project Gutenberg eBook ofSais-tu? Oui.--Retiens. Non.--Apprends.This ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.Title: Sais-tu? Oui.--Retiens. Non.--Apprends.Author: Victor JuhlinRelease date: December 31, 2010 [eBook #34800]Language: FrenchCredits: Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink, and theOnline Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net(This file was produced from images generously madeavailable by the Bibliothèque nationale de France(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK SAIS-TU? OUI.--RETIENS. NON.--APPRENDS. ***
This ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.
Title: Sais-tu? Oui.--Retiens. Non.--Apprends.Author: Victor JuhlinRelease date: December 31, 2010 [eBook #34800]Language: FrenchCredits: Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink, and theOnline Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net(This file was produced from images generously madeavailable by the Bibliothèque nationale de France(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
Title: Sais-tu? Oui.--Retiens. Non.--Apprends.
Author: Victor Juhlin
Author: Victor Juhlin
Release date: December 31, 2010 [eBook #34800]
Language: French
Credits: Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink, and theOnline Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net(This file was produced from images generously madeavailable by the Bibliothèque nationale de France(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. Les numéros de pages blanches n'ont pas été repris dans cette version électronique.
Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. Les numéros de pages blanches n'ont pas été repris dans cette version électronique.
OUI.—RETIENSNON.—APPRENDS
RECUEIL DE POÉSIES
SIMPLES ET FACILES
DESTINÉES A SERVIR
DE MÉMOIRE ET DE DÉCLAMATION
OUVRAGE SPÉCIALEMENT UTILE AUX ÉCOLES, AUX FAMILLESAUX ÉTRANGERSET AUX SOCIÉTÉS D'APPRENTIS
5eÉDITION
PARISGRASSART, LIBRAIRE-ÉDITEUR2, RUE DE LA PAIX, 2
1887
Exercer graduellement la mémoire de l'enfant et du jeune homme; développer l'important organe de la voix; meubler l'esprit de pensées justes, d'expressions heureuses, de tournures élégantes; commencer l'éducation littéraire de l'élève par lafréquentationdes bons auteurs, tels sont entre mille les principaux avantages d'un semblable recueil.
Comment s'étonner, après cela, qu'un but si utile ait tenté un grand nombre d'auteurs attirés suffisamment d'ailleurs par la facilité apparente de l'entreprise?
Étonnons-nous plutôt que parmi tant de recueils qui tous ont, avec beaucoup de qualités, quelques défauts, il n'y en ait aucun qui réunisse les conditions suivantes:
Bon marché et moralité.—Bonne poésie et simplicité.Par conséquent, aucun qui puisse servir avec avantage dans les familles, dans les classes élémentaires, dans les sociétés d'apprentis, et, en général, dans tous les cas où les conditions énoncées plus haut sont d'une nécessité absolue.
La plupart des recueils sont trop chers et trop volumineux. Le nôtre, en évitant ces deux inconvénients,devient facile à acheter, commode à remplacer, et rentre, sous ce rapport, dans la catégorie des livres classiques.
Ce qui manque surtout dans beaucoup de recueils destinés à l'enfance, c'est un langage à sa portée. Longtemps on a cru que pour qu'un recueil convînt au jeune âge, il suffisait qu'il fût moral et religieux; il n'en est rien. Outre ces deux qualités indispensables, nous en avons recherché une non moins nécessaire: la simplicité.
On se met trop peu à la portée des enfants; de là vient que si souvent nous perdons notre temps à les fatiguer ou à les ennuyer inutilement.
Mais la simplicité dans les termes ne doit pas exclure la beauté dans la forme, la pureté de la diction, la correction du style. Aussi, nous sommes-nous fait un devoir de ne puiser nos citations qu'à bonnes sources, et de n'admettre d'entre les productions contemporaines que celles qui sont généralement estimées.
Nous sommes heureux d'ajouter que nous avons reçu bien des conseils et que nous les avons mis à profit. Nous comptons que la bienveillance de nos collègues et de nos supérieurs ne nous fera pas défaut, qu'elle nous suggérera encore quelques bonnes idées, et, s'il le faut, nous éclairera par une critique affectueuse, mais sincère.
Victor JUHLIN.
—Père, apprenez-moi, je vous prie,Ce qu'on trouve après le coteauQui borne à mes yeux la prairie?—On trouve un espace nouveau:Comme ici, des bois, des campagnes,Des hameaux, enfin des montagnes.—Et plus loin?—D'autres monts encor.—Après ces monts?—La mer immense.—Après la mer?—Un autre bord.—Et puis?On avance, on avance,Et l'on va si loin, mon petit,Si loin, toujours faisant sa ronde,Qu'on trouve enfin le bout du monde...Au même lieu d'où l'on partit.J.-J. PORCHAT.
—Père, apprenez-moi, je vous prie,Ce qu'on trouve après le coteauQui borne à mes yeux la prairie?
—On trouve un espace nouveau:Comme ici, des bois, des campagnes,Des hameaux, enfin des montagnes.
—Et plus loin?
—D'autres monts encor.
—Après ces monts?
—La mer immense.
—Après la mer?
—Un autre bord.
—Et puis?
On avance, on avance,Et l'on va si loin, mon petit,Si loin, toujours faisant sa ronde,Qu'on trouve enfin le bout du monde...Au même lieu d'où l'on partit.
J.-J. PORCHAT.
Mon Dieu, pendant cette semaine,Dans mes leçons et dans mes jeuxGarde-moi de faute et de peine;Car qui dit l'un, dit tous les deux.Donne-moi cette humeur docileQui rend le devoir plus facile;Et si ma mère m'avertit,Au lieu de cet esprit frivoleQue distrait la mouche qui vole,Seigneur, donne-moi ton esprit.MmeAMABLE TASTU.
Mon Dieu, pendant cette semaine,Dans mes leçons et dans mes jeuxGarde-moi de faute et de peine;Car qui dit l'un, dit tous les deux.Donne-moi cette humeur docileQui rend le devoir plus facile;Et si ma mère m'avertit,Au lieu de cet esprit frivoleQue distrait la mouche qui vole,Seigneur, donne-moi ton esprit.
MmeAMABLE TASTU.
SONNET
Jeunesse, ne suis point ton caprice volage:Au plus beau de tes jours souviens-toi de ta fin.Peut-être verras-tu ton soir dans ton matin;Et l'hiver de ta vie au printemps de ton âge.La plus verte saison est sujette à l'orage:De la certaine mort le temps est incertain;Et de la fleur des champs le fragile destinExprime de ton sort la véritable image.Mais veux-tu dans le ciel refleurir pour toujours?Ne garde point à Dieu l'hiver qui des vieux joursTient, sous ses dures lois, la faiblesse asservie;Consacre-lui les fleurs de ton jeune printemps,L'élite de tes jours, la force de ta vie,Puisqu'il est et l'arbitre et l'auteur de tes ans.DRELINCOURT.
Jeunesse, ne suis point ton caprice volage:Au plus beau de tes jours souviens-toi de ta fin.Peut-être verras-tu ton soir dans ton matin;Et l'hiver de ta vie au printemps de ton âge.
La plus verte saison est sujette à l'orage:De la certaine mort le temps est incertain;Et de la fleur des champs le fragile destinExprime de ton sort la véritable image.
Mais veux-tu dans le ciel refleurir pour toujours?Ne garde point à Dieu l'hiver qui des vieux joursTient, sous ses dures lois, la faiblesse asservie;
Consacre-lui les fleurs de ton jeune printemps,L'élite de tes jours, la force de ta vie,Puisqu'il est et l'arbitre et l'auteur de tes ans.
DRELINCOURT.
Reposons-nous sous la feuille du chêne.Je vous dirai l'histoire qu'autrefois,En revenant de la cité prochaine,Mon père, un soir, me conta dans les bois:(O mes amis, que Dieu vous garde un père!Le mien n'est plus.)—De la terre étrangère,Seul, dans la nuit, et pâle de frayeur,S'en revenait un riche voyageur.Un meurtrier sort du taillis voisin.O voyageur! Ta perte est trop certaine;Ta femme est veuve et ton fils orphelin.«Traître, a-t-il dit, nous sommes seuls dans l'ombre;«Mais, près de nous, vois-tu ce chêne sombre?«Il est témoin: au tribunal vengeur«Il redira la mort du voyageur!»Le meurtrier dépouilla l'inconnu;Il emporta dans sa maison lointaineCet or sanglant, par le crime obtenu.Près d'une épouse industrieuse et sage,Il oublia le chêne et son feuillage;Et seulement une fois la rougeurCouvrit ses traits, au nom du voyageur.Un jour enfin, assis tranquillementSous la ramée, au bord d'une fontaine,Il s'abreuvait d'un laitage écumant.Soudain le vent fraîchit; avant l'automne,Au sein des airs la feuille tourbillonne:Sur le laitage elle tombe... O terreur!C'était ta feuille, arbre du voyageur!Le meurtrier devint pâle et tremblant:La verte feuille et la claire fontaine,Et le lait pur, tout lui parut sanglant.Il se trahit; on l'écoute, on l'enchaîne;Devant le juge en tumulte on l'entraîne;Tout se révèle et l'échafaud vengeurRéclame, hélas! le sang du voyageur.Reposons-nous sous la feuille du chêne.MILLEVOYE.
Reposons-nous sous la feuille du chêne.
Je vous dirai l'histoire qu'autrefois,En revenant de la cité prochaine,Mon père, un soir, me conta dans les bois:(O mes amis, que Dieu vous garde un père!Le mien n'est plus.)—De la terre étrangère,Seul, dans la nuit, et pâle de frayeur,S'en revenait un riche voyageur.
Un meurtrier sort du taillis voisin.O voyageur! Ta perte est trop certaine;Ta femme est veuve et ton fils orphelin.«Traître, a-t-il dit, nous sommes seuls dans l'ombre;«Mais, près de nous, vois-tu ce chêne sombre?«Il est témoin: au tribunal vengeur«Il redira la mort du voyageur!»
Le meurtrier dépouilla l'inconnu;Il emporta dans sa maison lointaineCet or sanglant, par le crime obtenu.Près d'une épouse industrieuse et sage,Il oublia le chêne et son feuillage;Et seulement une fois la rougeurCouvrit ses traits, au nom du voyageur.
Un jour enfin, assis tranquillementSous la ramée, au bord d'une fontaine,Il s'abreuvait d'un laitage écumant.Soudain le vent fraîchit; avant l'automne,Au sein des airs la feuille tourbillonne:Sur le laitage elle tombe... O terreur!C'était ta feuille, arbre du voyageur!
Le meurtrier devint pâle et tremblant:La verte feuille et la claire fontaine,Et le lait pur, tout lui parut sanglant.Il se trahit; on l'écoute, on l'enchaîne;Devant le juge en tumulte on l'entraîne;Tout se révèle et l'échafaud vengeurRéclame, hélas! le sang du voyageur.
Reposons-nous sous la feuille du chêne.
MILLEVOYE.
Il est un pays fortuné:Un doux ciel rit à ses campagnes;Et d'un beau lac son sol baignéS'appuie à de blanches montagnes:Vraie image du paradis,C'est mon pays, mon cher pays!Là mon enfance a pris l'essor,De mon aïeul là dort la cendre;Là ma mère possède encorUn bon père, une mère tendre.Combien d'attraits tu réunis,O mon pays, mon cher pays!Là des soins tendres, maternels,Sont prodigués à ma faiblesse;De mes intérêts éternelsC'est là qu'on instruit ma jeunesse;Oh! combien mes jours sont bénisDans mon pays, mon cher pays!Bien loin de toi j'ai vu le jour,Mais mon père, à chaque veillée,Te vantait avec tant d'amour,Que je pleurais comme exilée.Quel bonheur quand je te revis,O mon pays, mon cher pays!Loin de toi s'il faut me bannir,Je garde, ô terre de mes pères,Dans mon cœur ton doux souvenir,Et ton doux nom dans mes prières.Oui, je prierai pour tous tes fils,O mon pays, mon cher pays!Que par les soins de l'Éternel,Ta terre soit fertilisée,Et que la parole du cielY pleuve comme une rosée.Sois d'avance un vrai paradis,O mon pays, mon cher pays!A. VINET.
Il est un pays fortuné:Un doux ciel rit à ses campagnes;Et d'un beau lac son sol baignéS'appuie à de blanches montagnes:Vraie image du paradis,C'est mon pays, mon cher pays!
Là mon enfance a pris l'essor,De mon aïeul là dort la cendre;Là ma mère possède encorUn bon père, une mère tendre.Combien d'attraits tu réunis,O mon pays, mon cher pays!
Là des soins tendres, maternels,Sont prodigués à ma faiblesse;De mes intérêts éternelsC'est là qu'on instruit ma jeunesse;Oh! combien mes jours sont bénisDans mon pays, mon cher pays!
Bien loin de toi j'ai vu le jour,Mais mon père, à chaque veillée,Te vantait avec tant d'amour,Que je pleurais comme exilée.Quel bonheur quand je te revis,O mon pays, mon cher pays!
Loin de toi s'il faut me bannir,Je garde, ô terre de mes pères,Dans mon cœur ton doux souvenir,Et ton doux nom dans mes prières.Oui, je prierai pour tous tes fils,O mon pays, mon cher pays!
Que par les soins de l'Éternel,Ta terre soit fertilisée,Et que la parole du cielY pleuve comme une rosée.Sois d'avance un vrai paradis,O mon pays, mon cher pays!
A. VINET.
O mon souverain roi,Me voici donc tremblante et seule devant toi.Mon père mille fois m'a dit dans mon enfance,Qu'avec nous tu juras une sainte allianceQuand, pour te faire un peuple agréable à tes yeux,Il plut à ton amour de choisir nos aïeux:Même tu leur promis de ta bouche sacréeUne postérité d'éternelle durée.Hélas! ce peuple ingrat a méprisé ta loi;La nation chérie a violé sa foi;Elle a répudié son époux et son père,Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère:Maintenant elle sert sous un maître étranger.Mais c'est peu d'être esclave, on la veut égorger:Nos superbes vainqueurs, insultant à nos larmes,Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes,Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortelAbolisse ton nom, ton peuple et ton autel.Ainsi donc un perfide, après tant de miracles,Pourrait anéantir la foi de tes oracles,Ravirait aux mortels le plus cher de tes dons,Le saint que tu promets, et que nous attendons!Non, non, ne souffre pas que ces peuples farouches,Ivres de notre sang, ferment les seules bouchesQui dans tout l'univers célèbrent tes bienfaits;Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais.Pour moi, que tu retiens parmi ces infidèles,Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles,Et que je mets au rang des profanationsLeur table, leurs festins et leurs libations;Que même cette pompe où je suis condamnée,Ce bandeau dont il faut que je paraisse ornée,Dans ces jours solennels à l'orgueil dédiés,Seule et dans le secret je les foule à mes pieds;Qu'à ces vains ornements je préfère la cendreEt n'ai de goût qu'aux pleurs que tu me vois répandre.J'attendais le moment marqué dans ton arrêtPour oser de ton peuple embrasser l'intérêt.Ce moment est venu: ma prompte obéissanceVa d'un roi redoutable affronter la présence.C'est pour toi que je marche: accompagne mes pasDevant ce fier lion qui ne te connaît pas;Commande en me voyant que son courroux s'apaise,Et prête à mes discours un charme qui lui plaise;Les orages, les vents, les cieux te sont soumis.Tourne enfin sa fureur contre nos ennemis.RACINE.
O mon souverain roi,Me voici donc tremblante et seule devant toi.Mon père mille fois m'a dit dans mon enfance,Qu'avec nous tu juras une sainte allianceQuand, pour te faire un peuple agréable à tes yeux,Il plut à ton amour de choisir nos aïeux:Même tu leur promis de ta bouche sacréeUne postérité d'éternelle durée.
Hélas! ce peuple ingrat a méprisé ta loi;La nation chérie a violé sa foi;Elle a répudié son époux et son père,Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère:Maintenant elle sert sous un maître étranger.
Mais c'est peu d'être esclave, on la veut égorger:Nos superbes vainqueurs, insultant à nos larmes,Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes,Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortelAbolisse ton nom, ton peuple et ton autel.
Ainsi donc un perfide, après tant de miracles,Pourrait anéantir la foi de tes oracles,Ravirait aux mortels le plus cher de tes dons,Le saint que tu promets, et que nous attendons!Non, non, ne souffre pas que ces peuples farouches,Ivres de notre sang, ferment les seules bouchesQui dans tout l'univers célèbrent tes bienfaits;Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais.
Pour moi, que tu retiens parmi ces infidèles,Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles,Et que je mets au rang des profanationsLeur table, leurs festins et leurs libations;Que même cette pompe où je suis condamnée,Ce bandeau dont il faut que je paraisse ornée,Dans ces jours solennels à l'orgueil dédiés,Seule et dans le secret je les foule à mes pieds;Qu'à ces vains ornements je préfère la cendreEt n'ai de goût qu'aux pleurs que tu me vois répandre.
J'attendais le moment marqué dans ton arrêtPour oser de ton peuple embrasser l'intérêt.Ce moment est venu: ma prompte obéissanceVa d'un roi redoutable affronter la présence.C'est pour toi que je marche: accompagne mes pasDevant ce fier lion qui ne te connaît pas;Commande en me voyant que son courroux s'apaise,Et prête à mes discours un charme qui lui plaise;Les orages, les vents, les cieux te sont soumis.Tourne enfin sa fureur contre nos ennemis.
RACINE.
Captif au rivage du Maure,Un guerrier, courbé sous ses fers,Disait: Je vous revois encoreOiseaux ennemis des hivers.Hirondelles que l'espéranceSuit jusqu'en ces brûlants climats,Sans doute vous quittez la France.De mon pays ne me parlez-vous pas?Depuis trois ans je vous conjureDe m'apporter un souvenirDu vallon où ma vie obscureSe berçait d'un doux avenir.Au détour d'une eau qui chemineA flots purs, sous de frais lilas,Vous avez vu notre chaumine.De ce vallon ne me parlez-vous pas?L'une de vous peut-être est néeAu toit où je reçus le jour;Là, d'une mère infortunée,Vous avez dû plaindre l'amour.Mourante, elle croit à toute heureEntendre le bruit de mes pas.Elle écoute et puis elle pleure.De son amour ne me parlez-vous pas?Ma sœur est-elle mariée?Avez-vous vu de nos garçonsLa foule aux noces conviéeLa célébrer dans leurs chansons?Et ces compagnons du jeune âgeQui m'ont suivi dans les combats,Ont-ils tous revu le village?De tant d'amis ne me parlez-vous pas?Sur leurs corps l'étranger peut-êtreDu vallon reprend le chemin.Sous mon chaume il commande en maître,De ma sœur il trouble l'hymen.Pour moi, plus de mère qui prie,Et partout des fers ici-bas!Hirondelles, de ma patrie,De ses malheurs ne me parlez-vous pas?BÉRANGER.
Captif au rivage du Maure,Un guerrier, courbé sous ses fers,Disait: Je vous revois encoreOiseaux ennemis des hivers.Hirondelles que l'espéranceSuit jusqu'en ces brûlants climats,Sans doute vous quittez la France.De mon pays ne me parlez-vous pas?
Depuis trois ans je vous conjureDe m'apporter un souvenirDu vallon où ma vie obscureSe berçait d'un doux avenir.Au détour d'une eau qui chemineA flots purs, sous de frais lilas,Vous avez vu notre chaumine.De ce vallon ne me parlez-vous pas?
L'une de vous peut-être est néeAu toit où je reçus le jour;Là, d'une mère infortunée,Vous avez dû plaindre l'amour.Mourante, elle croit à toute heureEntendre le bruit de mes pas.Elle écoute et puis elle pleure.De son amour ne me parlez-vous pas?
Ma sœur est-elle mariée?Avez-vous vu de nos garçonsLa foule aux noces conviéeLa célébrer dans leurs chansons?Et ces compagnons du jeune âgeQui m'ont suivi dans les combats,Ont-ils tous revu le village?De tant d'amis ne me parlez-vous pas?
Sur leurs corps l'étranger peut-êtreDu vallon reprend le chemin.Sous mon chaume il commande en maître,De ma sœur il trouble l'hymen.Pour moi, plus de mère qui prie,Et partout des fers ici-bas!Hirondelles, de ma patrie,De ses malheurs ne me parlez-vous pas?
BÉRANGER.
J'ai fui ce pénible sommeilQu'aucun songe heureux n'accompagne;J'ai devancé sur la montagneLes premiers rayons du soleil.S'éveillant avec la nature,Le jeune oiseau chantait sur l'aubépine en fleurs;Sa mère lui portait la douce nourriture;Mes yeux se sont baignés de pleurs!Oh! pourquoi n'ai-je pas de mère?Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseauDont le nid se balance aux branches de l'ormeau?Rien ne m'appartient sur la terre;Je n'ai pas même de berceau;Et je suis un enfant trouvé sur une pierre,Devant l'église du hameau.Loin de mes parents exilée,De leurs embrassements j'ignore la douceur,Et les enfants de la valléeNe m'appellent jamais leur sœur!Je ne partage point les jeux de la veillée;Jamais sous un toit de feuilléeLe joyeux laboureur ne m'invite à m'asseoir.Et de loin je vois sa famille,Autour du sarment qui pétilleChercher sur ses genoux les caresses du soir.Vers la chapelle hospitalièreEn pleurant j'adresse mes pas,La seule demeure ici-basOù je ne sois pas étrangère,La seule devant moi qui ne se ferme pas!Souvent je contemple la pierreOù commencèrent mes douleurs:Je cherche la trace des pleursQu'en m'y laissant peut-être y répandit ma mère!Souvent aussi mes pas errantsParcourent des tombeaux l'asile solitaire;Mais pour moi les tombeaux sont tous indifférents,La pauvre fille est sans parentsAu milieu des cercueils ainsi que sur la terre.J'ai pleuré quatorze printemps,Loin des bras qui m'ont repoussée;Reviens, ma mère: je t'attendsSur la pierre où tu m'as laissée.A. SOUMET.
J'ai fui ce pénible sommeilQu'aucun songe heureux n'accompagne;J'ai devancé sur la montagneLes premiers rayons du soleil.S'éveillant avec la nature,Le jeune oiseau chantait sur l'aubépine en fleurs;Sa mère lui portait la douce nourriture;Mes yeux se sont baignés de pleurs!
Oh! pourquoi n'ai-je pas de mère?Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseauDont le nid se balance aux branches de l'ormeau?Rien ne m'appartient sur la terre;Je n'ai pas même de berceau;Et je suis un enfant trouvé sur une pierre,Devant l'église du hameau.Loin de mes parents exilée,De leurs embrassements j'ignore la douceur,Et les enfants de la valléeNe m'appellent jamais leur sœur!
Je ne partage point les jeux de la veillée;Jamais sous un toit de feuilléeLe joyeux laboureur ne m'invite à m'asseoir.Et de loin je vois sa famille,Autour du sarment qui pétilleChercher sur ses genoux les caresses du soir.
Vers la chapelle hospitalièreEn pleurant j'adresse mes pas,La seule demeure ici-basOù je ne sois pas étrangère,La seule devant moi qui ne se ferme pas!Souvent je contemple la pierreOù commencèrent mes douleurs:Je cherche la trace des pleursQu'en m'y laissant peut-être y répandit ma mère!
Souvent aussi mes pas errantsParcourent des tombeaux l'asile solitaire;Mais pour moi les tombeaux sont tous indifférents,La pauvre fille est sans parentsAu milieu des cercueils ainsi que sur la terre.
J'ai pleuré quatorze printemps,Loin des bras qui m'ont repoussée;Reviens, ma mère: je t'attendsSur la pierre où tu m'as laissée.
A. SOUMET.
Oh! regardez, ma noble et belle dame,Ces chaînes d'or, ces joyaux précieux.Les voyez-vous, ces perles dont la flammeEffacerait un éclair de vos yeux?Voyez encor ces vêtements de soieQui pourraient plaire à plus d'un souverain.Quand près de vous un heureux sort m'envoie,Achetez donc au pauvre pèlerin!La noble dame, à l'âge où l'on est vaine,Prit les joyaux, les quitta, les reprit,Les enlaça dans ses cheveux d'ébène,Se trouva belle, et puis elle sourit.—«Que te faut-il, vieillard? des mains d'un page«Dans un instant tu vas le recevoir.«Oh! pense à moi, si ton pèlerinage«Te reconduit auprès de ce manoir.»Mais l'étranger d'une voix plus austère,Lui dit: «Ma fille, il me reste un trésor«Plus précieux que les biens de la terre,«Plus éclatant que les perles et l'or.«On voit pâlir aux clartés dont il brille,«Les diamants dont les rois sont épris.«Quels jours heureux luiraient pour vous, ma fille,«Si vous aviez maperle de grand prix!»—«Montre-la-moi, vieillard, je t'en conjure;«Ne puis-je pas te l'acheter aussi?»Et l'étranger, sous son manteau de bure,Chercha longtemps un vieux livre noirci.—«Ce bien, dit-il, vaut mieux qu'une couronne;«Nous l'appelons laParole de Dieu.«Je ne vends pas ce trésor, je le donne;«Il est à vous: le Ciel vous aide! Adieu!»Il s'éloigna. Bientôt la noble dameLut et relut le livre du Vaudois,La vérité pénétra dans son âme,Et du Sauveur elle comprit la voix;Puis, un matin, loin des tours crénelées,Loin des plaisirs que le monde chérit,On l'aperçut dans les humbles valléesOù les Vaudois adoraient Jésus-Christ.G. DE FÉLICE.
Oh! regardez, ma noble et belle dame,Ces chaînes d'or, ces joyaux précieux.Les voyez-vous, ces perles dont la flammeEffacerait un éclair de vos yeux?Voyez encor ces vêtements de soieQui pourraient plaire à plus d'un souverain.Quand près de vous un heureux sort m'envoie,Achetez donc au pauvre pèlerin!
La noble dame, à l'âge où l'on est vaine,Prit les joyaux, les quitta, les reprit,Les enlaça dans ses cheveux d'ébène,Se trouva belle, et puis elle sourit.—«Que te faut-il, vieillard? des mains d'un page«Dans un instant tu vas le recevoir.«Oh! pense à moi, si ton pèlerinage«Te reconduit auprès de ce manoir.»
Mais l'étranger d'une voix plus austère,Lui dit: «Ma fille, il me reste un trésor«Plus précieux que les biens de la terre,«Plus éclatant que les perles et l'or.«On voit pâlir aux clartés dont il brille,«Les diamants dont les rois sont épris.«Quels jours heureux luiraient pour vous, ma fille,«Si vous aviez maperle de grand prix!»
—«Montre-la-moi, vieillard, je t'en conjure;«Ne puis-je pas te l'acheter aussi?»Et l'étranger, sous son manteau de bure,Chercha longtemps un vieux livre noirci.—«Ce bien, dit-il, vaut mieux qu'une couronne;«Nous l'appelons laParole de Dieu.«Je ne vends pas ce trésor, je le donne;«Il est à vous: le Ciel vous aide! Adieu!»
Il s'éloigna. Bientôt la noble dameLut et relut le livre du Vaudois,La vérité pénétra dans son âme,Et du Sauveur elle comprit la voix;Puis, un matin, loin des tours crénelées,Loin des plaisirs que le monde chérit,On l'aperçut dans les humbles valléesOù les Vaudois adoraient Jésus-Christ.
G. DE FÉLICE.
Viens, mon enfant, près de ta mère.Élevons nos mains vers le ciel;Prions que dans ta coupe amèreLe Seigneur verse un peu de miel!Je n'ai plus rien, mon fils, pour soulager ta peine,Rien pour sécher tes yeux qui se baignent de pleurs,Je suis pauvre et débile, et la fièvre m'enchaîneSur cette couche de douleurs.Les amis qui naguère égayaient ma jeunesse,Ont déjà de mon chaume oublié le chemin.Hélas! le monde fuit au jour de la détresseEt ne vient plus le lendemain.Par pitié, mon enfant, n'appelle point ton père!Ton père, s'il vivait, protégerait tes jours;Mais son âme est au ciel et son corps sous la pierre;Il nous a quittés pour toujours!Mon toit des vents du nord ne sait point te défendre;Tu trembles sur mon sein qui ne peut te couvrir,Si jeune encor, mon fils, te faut-il donc apprendreQu'ici-bas l'homme doit souffrir?Que dis-je! Ah! loin de moi, loin d'indignes murmures!Dieu n'exauce-t-il pas le cri des opprimés?N'est-il pas avec nous pour guérir nos blessures,Celui qui nous a tant aimés?Viens, mon enfant, près de ta mère,Élevons nos mains vers le ciel;Prions que dans ta coupe amèreLe Seigneur verse un peu de miel!Oui, tu seras toujours son guide et sa défense;Mon fils peut regarder l'avenir sans effroi:Il a deux titres saints, le malheur et l'enfance,Grand Dieu, pour espérer en toi!Oui, comme tu répands une fraîche roséeSur la fleur qui s'incline aux feux brûlants du jour,Tu répandras, Seigneur, sur son âme brisée,Les eaux vives de ton amour.Mais n'attends plus! Déjà pâlissante et flétrie,Sa tête s'est penchée au souffle des revers.Oh! viens, il en est temps, l'orphelin qui te prieN'a que toi seul dans l'univers.Rends-lui, Dieu juste et bon, les plaisirs du jeune âge,Rends-lui le doux espoir d'un heureux avenir;Et, parmi les écueils de son pèlerinage,Veille sur lui pour le bénir!Viens, mon enfant, près de ta mère,Élevons nos mains vers le ciel;Prions que dans ta coupe amèreLe Seigneur verse un peu de miel!Ainsi parlait la veuve et son regard humideSollicitait encor la céleste bonté.Quand déjà sous les traits d'une vierge timideAccourait l'humble Charité.Elle connaît l'asile où gémit la souffrance;Au foyer qu'on oublie elle sème des fleurs;Et près d'elle s'assied la riante Espérance,Heureuse d'essuyer des pleurs.«Ne crains plus,» lui disait l'humble fille chrétienne,«Dieu ne veut pas briser le fragile roseau.«Il envoie une sœur, pour que sa main soutienne«Une moitié de ton fardeau.»Et la veuve, attendrie à ces douces paroles,Montrait du doigt son fils qui priait à genoux;Puis elle dit: «C'est toi, mon Dieu, qui nous consoles,«Ton ange descend parmi nous!»Viens, mon enfant, près de ta mère,Bénissons le Maître du ciel;N'a-t-il pas, dans ta coupe amère,Daigné répandre un peu de miel?G. DE FÉLICE.
Viens, mon enfant, près de ta mère.Élevons nos mains vers le ciel;Prions que dans ta coupe amèreLe Seigneur verse un peu de miel!
Je n'ai plus rien, mon fils, pour soulager ta peine,Rien pour sécher tes yeux qui se baignent de pleurs,Je suis pauvre et débile, et la fièvre m'enchaîneSur cette couche de douleurs.
Les amis qui naguère égayaient ma jeunesse,Ont déjà de mon chaume oublié le chemin.Hélas! le monde fuit au jour de la détresseEt ne vient plus le lendemain.
Par pitié, mon enfant, n'appelle point ton père!Ton père, s'il vivait, protégerait tes jours;Mais son âme est au ciel et son corps sous la pierre;Il nous a quittés pour toujours!
Mon toit des vents du nord ne sait point te défendre;Tu trembles sur mon sein qui ne peut te couvrir,Si jeune encor, mon fils, te faut-il donc apprendreQu'ici-bas l'homme doit souffrir?
Que dis-je! Ah! loin de moi, loin d'indignes murmures!Dieu n'exauce-t-il pas le cri des opprimés?N'est-il pas avec nous pour guérir nos blessures,Celui qui nous a tant aimés?
Viens, mon enfant, près de ta mère,Élevons nos mains vers le ciel;Prions que dans ta coupe amèreLe Seigneur verse un peu de miel!
Oui, tu seras toujours son guide et sa défense;Mon fils peut regarder l'avenir sans effroi:Il a deux titres saints, le malheur et l'enfance,Grand Dieu, pour espérer en toi!
Oui, comme tu répands une fraîche roséeSur la fleur qui s'incline aux feux brûlants du jour,Tu répandras, Seigneur, sur son âme brisée,Les eaux vives de ton amour.
Mais n'attends plus! Déjà pâlissante et flétrie,Sa tête s'est penchée au souffle des revers.Oh! viens, il en est temps, l'orphelin qui te prieN'a que toi seul dans l'univers.
Rends-lui, Dieu juste et bon, les plaisirs du jeune âge,Rends-lui le doux espoir d'un heureux avenir;Et, parmi les écueils de son pèlerinage,Veille sur lui pour le bénir!
Viens, mon enfant, près de ta mère,Élevons nos mains vers le ciel;Prions que dans ta coupe amèreLe Seigneur verse un peu de miel!
Ainsi parlait la veuve et son regard humideSollicitait encor la céleste bonté.Quand déjà sous les traits d'une vierge timideAccourait l'humble Charité.
Elle connaît l'asile où gémit la souffrance;Au foyer qu'on oublie elle sème des fleurs;Et près d'elle s'assied la riante Espérance,Heureuse d'essuyer des pleurs.
«Ne crains plus,» lui disait l'humble fille chrétienne,«Dieu ne veut pas briser le fragile roseau.«Il envoie une sœur, pour que sa main soutienne«Une moitié de ton fardeau.»
Et la veuve, attendrie à ces douces paroles,Montrait du doigt son fils qui priait à genoux;Puis elle dit: «C'est toi, mon Dieu, qui nous consoles,«Ton ange descend parmi nous!»
Viens, mon enfant, près de ta mère,Bénissons le Maître du ciel;N'a-t-il pas, dans ta coupe amère,Daigné répandre un peu de miel?
G. DE FÉLICE.
Pauvre petit, pars pour la France;Que te sert mon amour? je ne possède rien;On vit heureux ailleurs, ici dans la souffrance:Pars, mon enfant; c'est pour ton bien.Tant que mon lait put te suffire,Tant qu'un travail utile à mes bras fut permis,Heureuse et délassée en te voyant sourire,Jamais on n'eût osé me dire:Renonce aux baisers de ton fils.Mais je suis veuve, on perd la force avec la joie.Triste et malade, où recourir ici,Où mendier pour toi? Chez des pauvres aussi.Laisse ta pauvre mère, enfant de la Savoie;Va, mon enfant, où Dieu t'envoie.Vois-tu ce grand chêne là-bas?Je pourrai jusque-là t'accompagner, j'espère;Quatre ans déjà passés, j'y conduisis ton père;Mais lui, mon fils, ne revint pas.Encor s'il était là pour guider ton enfance,Il m'en coûterait moins de t'éloigner de moi;Mais tu n'as pas dix ans, et tu pars sans défense.Que je vais prier Dieu pour toi!Que feras-tu, mon fils, si Dieu ne te seconde,Seul, parmi les méchants (car il en est au monde),Sans ta mère, du moins, pour t'apprendre à souffrir?..Oh! que n'ai-je du pain, mon fils pour te nourrir!Mais Dieu le veut ainsi; nous devons nous soumettre.Ne pleure pas en me quittant;Porte au seuil des palais un visage content.Parfois mon souvenir t'affligera peut-être...Pour distraire le riche, il faut chanter pourtant!Chante, tant que la vie est pour toi moins amère;Enfant, prends ta marmotte et ton léger trousseau,Répète, en cheminant, les chansons de ta mère,Quand ta mère chantait autour de ton berceau.Si ma force première encor m'était donnée,J'irais te conduisant moi-même par la main!Mais je n'atteindrais pas la troisième journée;Il faudrait me laisser bientôt sur ton chemin;Et moi je veux mourir aux lieux où je suis née.Maintenant de ta mère entends le dernier vœu:Souviens-toi, si tu veux que Dieu ne t'abandonne,Que le seul bien du pauvre est le peu qu'on lui donne;Prie et demande au riche, il donne au nom de Dieu;Ton père le disait: sois plus heureux, adieu.Mais le soleil tombait des montagnes prochaines;Et la mère avait dit: Il faut nous séparer;Et l'enfant s'en allait à travers les grands chênes,Se tournant quelquefois et n'osant pas pleurer.A. GUIRAUD.
Pauvre petit, pars pour la France;Que te sert mon amour? je ne possède rien;On vit heureux ailleurs, ici dans la souffrance:Pars, mon enfant; c'est pour ton bien.
Tant que mon lait put te suffire,Tant qu'un travail utile à mes bras fut permis,Heureuse et délassée en te voyant sourire,Jamais on n'eût osé me dire:Renonce aux baisers de ton fils.
Mais je suis veuve, on perd la force avec la joie.Triste et malade, où recourir ici,Où mendier pour toi? Chez des pauvres aussi.Laisse ta pauvre mère, enfant de la Savoie;Va, mon enfant, où Dieu t'envoie.
Vois-tu ce grand chêne là-bas?Je pourrai jusque-là t'accompagner, j'espère;Quatre ans déjà passés, j'y conduisis ton père;Mais lui, mon fils, ne revint pas.
Encor s'il était là pour guider ton enfance,Il m'en coûterait moins de t'éloigner de moi;Mais tu n'as pas dix ans, et tu pars sans défense.Que je vais prier Dieu pour toi!
Que feras-tu, mon fils, si Dieu ne te seconde,Seul, parmi les méchants (car il en est au monde),Sans ta mère, du moins, pour t'apprendre à souffrir?..Oh! que n'ai-je du pain, mon fils pour te nourrir!
Mais Dieu le veut ainsi; nous devons nous soumettre.Ne pleure pas en me quittant;Porte au seuil des palais un visage content.Parfois mon souvenir t'affligera peut-être...Pour distraire le riche, il faut chanter pourtant!
Chante, tant que la vie est pour toi moins amère;Enfant, prends ta marmotte et ton léger trousseau,Répète, en cheminant, les chansons de ta mère,Quand ta mère chantait autour de ton berceau.
Si ma force première encor m'était donnée,J'irais te conduisant moi-même par la main!Mais je n'atteindrais pas la troisième journée;Il faudrait me laisser bientôt sur ton chemin;Et moi je veux mourir aux lieux où je suis née.
Maintenant de ta mère entends le dernier vœu:Souviens-toi, si tu veux que Dieu ne t'abandonne,Que le seul bien du pauvre est le peu qu'on lui donne;Prie et demande au riche, il donne au nom de Dieu;Ton père le disait: sois plus heureux, adieu.
Mais le soleil tombait des montagnes prochaines;Et la mère avait dit: Il faut nous séparer;Et l'enfant s'en allait à travers les grands chênes,Se tournant quelquefois et n'osant pas pleurer.
A. GUIRAUD.
J'ai faim: vous qui passez, daignez me secourir.Voyez, la neige tombe et la terre est glacée;J'ai froid: le vent se lève et l'heure est avancée...Et je n'ai rien pour me couvrir.Tandis qu'en vos palais tout flatte votre envie,A genoux sur le seuil, j'y pleure bien souvent;Donnez, peu me suffit, je ne suis qu'un enfant,Un petit sou me rend la vie.On m'a dit qu'à Paris je trouverais du pain:Plusieurs ont raconté dans nos forêts lointaines,Qu'ici le riche aidait le pauvre dans ses peines:Eh bien! moi je suis pauvre, et je vous tends la main.Faites-moi gagner mon salaire:Où me faut-il courir? dites, j'y volerai;Ma voix tremble de froid: eh bien! je chanterai,Si mes chansons peuvent vous plaire.Il ne m'écoute pas, il fuit,Il court dans une fête (et j'en entends le bruit)Finir son heureuse journée!Et moi je vais chercher, pour y passer la nuit,Cette guérite abandonnée.Au foyer paternel quand pourrai-je m'asseoir?Rendez-moi ma pauvre chaumière,Le laitage durci qu'on partageait le soir,Et, quand la nuit tombait, l'heure de la prière,Qui ne s'achevait pas sans laisser quelque espoir.Ma mère, tu m'as dit, quand j'ai fui ta demeure:Pars, grandis et prospère, et reviens près de moi.Hélas! et tout petit faudra-t-il que je meure,Sans avoir rien gagné pour toi?...Non, l'on ne meurt pas à mon âge;Quelque chose me dit de reprendre courage...Eh! que sert d'espérer? Que puis-je attendre enfin?...J'avais une marmotte, elle est morte de faim.Et, faible, sur la terre il reposait sa tête;Et la neige, en tombant, le couvrait à demi;Lorsqu'une douce voix, à travers la tempête,Vint réveiller l'enfant par le froid endormi.«Qu'il vienne à nous, celui qui pleure,»Disait la voix mêlée au murmure des vents;«L'heure du péril est notre heure;«Les orphelins sont nos enfants.»Et deux femmes en deuil recueillaient sa misère;Lui, docile et confus, se levait à leur voix.Il s'étonnait d'abord! mais il vit à leurs doigtsBriller la croix d'argent, au bout du long rosaire;Et l'enfant les suivit en se signant deux fois.A. GUIRAUD.
J'ai faim: vous qui passez, daignez me secourir.Voyez, la neige tombe et la terre est glacée;J'ai froid: le vent se lève et l'heure est avancée...Et je n'ai rien pour me couvrir.
Tandis qu'en vos palais tout flatte votre envie,A genoux sur le seuil, j'y pleure bien souvent;Donnez, peu me suffit, je ne suis qu'un enfant,Un petit sou me rend la vie.
On m'a dit qu'à Paris je trouverais du pain:Plusieurs ont raconté dans nos forêts lointaines,Qu'ici le riche aidait le pauvre dans ses peines:Eh bien! moi je suis pauvre, et je vous tends la main.
Faites-moi gagner mon salaire:Où me faut-il courir? dites, j'y volerai;Ma voix tremble de froid: eh bien! je chanterai,Si mes chansons peuvent vous plaire.
Il ne m'écoute pas, il fuit,Il court dans une fête (et j'en entends le bruit)Finir son heureuse journée!Et moi je vais chercher, pour y passer la nuit,Cette guérite abandonnée.
Au foyer paternel quand pourrai-je m'asseoir?Rendez-moi ma pauvre chaumière,Le laitage durci qu'on partageait le soir,Et, quand la nuit tombait, l'heure de la prière,Qui ne s'achevait pas sans laisser quelque espoir.
Ma mère, tu m'as dit, quand j'ai fui ta demeure:Pars, grandis et prospère, et reviens près de moi.Hélas! et tout petit faudra-t-il que je meure,Sans avoir rien gagné pour toi?...
Non, l'on ne meurt pas à mon âge;Quelque chose me dit de reprendre courage...Eh! que sert d'espérer? Que puis-je attendre enfin?...J'avais une marmotte, elle est morte de faim.
Et, faible, sur la terre il reposait sa tête;Et la neige, en tombant, le couvrait à demi;Lorsqu'une douce voix, à travers la tempête,Vint réveiller l'enfant par le froid endormi.
«Qu'il vienne à nous, celui qui pleure,»Disait la voix mêlée au murmure des vents;«L'heure du péril est notre heure;«Les orphelins sont nos enfants.»
Et deux femmes en deuil recueillaient sa misère;Lui, docile et confus, se levait à leur voix.Il s'étonnait d'abord! mais il vit à leurs doigtsBriller la croix d'argent, au bout du long rosaire;Et l'enfant les suivit en se signant deux fois.
A. GUIRAUD.
Avec leurs grands sommets, leurs glaces éternelles,Par un soleil d'été, que les Alpes sont belles!Tout, dans leurs frais vallons, sert à nous enchanter,La verdure, les eaux, les bois, les fleurs nouvelles.Heureux qui sur ces bords peut longtemps s'arrêter!Heureux qui les revoit, s'il a pu les quitter!Quel est ce voyageur que l'été leur renvoie,Seul, loin de la vallée, un bâton à la main?C'est un enfant... il marche, il suit le long cheminQui va de France à la Savoie.Bientôt de la colline il prend l'étroit sentier;Il a mis ce matin la bure du dimanche;Et dans un sac de toile blancheEst un pain de froment qu'il garde tout entier.Pourquoi tant se hâter à sa course dernière?C'est que le pauvre enfant veut gravir le coteauEt ne point s'arrêter qu'il n'ait vu son hameau,Et n'ait reconnu sa chaumière.Les voilà... tels encor qu'il les a vus toujours,Ces grands bois, ce ruisseau qui fuit sous le feuillage;Il ne se souvient plus qu'il a marché dix jours,Il est si près de son village!Tout joyeux il arrive, il regarde... mais quoi?Personne ne l'attend! Sa chaumière est fermée!Pourtant du toit aigu sort un peu de fumée;Et l'enfant plein de trouble: Ouvrez, dit il, c'est moi...La porte cède, il entre, et sa mère attendrie,Sa mère qu'un long mal près du foyer retient,Se relève à moitié, tend les bras et s'écrie:N'est-ce pas mon fils qui revient?Son fils est dans ses bras, qui pleure et qui l'appelle.—Je suis infirme, hélas! Dieu m'afflige, dit-elle,Et depuis quelques jours je te l'ai fait savoir;Car je ne voulais pas mourir sans te revoir.Mais lui: De votre enfant vous étiez éloignée;Le voilà qui revient, ayez des jours contents;Vivez, je suis grandi, vous serez bien soignée,Nous sommes riches pour longtemps.Et les mains de l'enfant, des siennes détachées,Jetaient sur ses genoux tout ce qu'il possédait,Les trois pièces d'argent dans sa veste cachées,Et le pain de froment que pour elle il gardait.Sa mère l'embrassait et respirait à peine,Et son œil se fixait, de larmes obscurci,Sur un grand crucifix de chêne,Suspendu devant elle et par le temps noirci.«C'est lui, je le savais, le Dieu des pauvres mères«Et des petits enfants, qui du mien a pris soin;«Lui qui me consolait quand mes plaintes amères«Appelaient mon fils de si loin.«C'est le Christ du foyer que les mères implorent,«Qui sauve nos enfants du froid et de la faim,«Nous gardons nos agneaux, et les loups les dévorent,«Nos fils s'en vont tout seuls... et reviennent enfin.«Toi, mon fils, maintenant me seras-tu fidèle?«Ta pauvre mère infirme a besoin de secours;«Elle mourrait, sans toi.»—L'enfant à ce discoursGrave et joignant les mains, tombe à genoux près d'elleDisant: «Que le bon Dieu vous fasse de longs jours!»A. GUIRAUD.
Avec leurs grands sommets, leurs glaces éternelles,Par un soleil d'été, que les Alpes sont belles!Tout, dans leurs frais vallons, sert à nous enchanter,La verdure, les eaux, les bois, les fleurs nouvelles.Heureux qui sur ces bords peut longtemps s'arrêter!Heureux qui les revoit, s'il a pu les quitter!
Quel est ce voyageur que l'été leur renvoie,Seul, loin de la vallée, un bâton à la main?C'est un enfant... il marche, il suit le long cheminQui va de France à la Savoie.
Bientôt de la colline il prend l'étroit sentier;Il a mis ce matin la bure du dimanche;Et dans un sac de toile blancheEst un pain de froment qu'il garde tout entier.
Pourquoi tant se hâter à sa course dernière?C'est que le pauvre enfant veut gravir le coteauEt ne point s'arrêter qu'il n'ait vu son hameau,Et n'ait reconnu sa chaumière.
Les voilà... tels encor qu'il les a vus toujours,Ces grands bois, ce ruisseau qui fuit sous le feuillage;Il ne se souvient plus qu'il a marché dix jours,Il est si près de son village!
Tout joyeux il arrive, il regarde... mais quoi?Personne ne l'attend! Sa chaumière est fermée!Pourtant du toit aigu sort un peu de fumée;Et l'enfant plein de trouble: Ouvrez, dit il, c'est moi...
Son fils est dans ses bras, qui pleure et qui l'appelle.—Je suis infirme, hélas! Dieu m'afflige, dit-elle,Et depuis quelques jours je te l'ai fait savoir;Car je ne voulais pas mourir sans te revoir.
Mais lui: De votre enfant vous étiez éloignée;Le voilà qui revient, ayez des jours contents;Vivez, je suis grandi, vous serez bien soignée,Nous sommes riches pour longtemps.
Et les mains de l'enfant, des siennes détachées,Jetaient sur ses genoux tout ce qu'il possédait,Les trois pièces d'argent dans sa veste cachées,Et le pain de froment que pour elle il gardait.
Sa mère l'embrassait et respirait à peine,Et son œil se fixait, de larmes obscurci,Sur un grand crucifix de chêne,Suspendu devant elle et par le temps noirci.
«C'est lui, je le savais, le Dieu des pauvres mères«Et des petits enfants, qui du mien a pris soin;«Lui qui me consolait quand mes plaintes amères«Appelaient mon fils de si loin.
«C'est le Christ du foyer que les mères implorent,«Qui sauve nos enfants du froid et de la faim,«Nous gardons nos agneaux, et les loups les dévorent,«Nos fils s'en vont tout seuls... et reviennent enfin.
«Toi, mon fils, maintenant me seras-tu fidèle?«Ta pauvre mère infirme a besoin de secours;«Elle mourrait, sans toi.»—L'enfant à ce discoursGrave et joignant les mains, tombe à genoux près d'elleDisant: «Que le bon Dieu vous fasse de longs jours!»
A. GUIRAUD.
Un tout petit enfant s'en allait à l'école.On avait dit: Allez! Il tâchait d'obéir;Mais son livre était lourd; il ne pouvait courir;Il pleure et suit des yeux une abeille qui vole.«—Abeille! lui dit-il, voulez-vous me parler?«Moi, je vais à l'école, il faut apprendre à lire.«Mais le maître est tout noir et je n'ose pas rire.«Voulez-vous rire, abeille, et m'apprendre à voler?»«Non, dit-elle, j'arrive, et je suis très pressée.«J'avais froid, l'aquilon m'a longtemps oppressée,«Enfin j'ai vu des fleurs; je redescends du ciel,«Et je vais commencer mon doux rayon de miel.«Voyez! j'en ai déjà puisé dans quatre roses;«Avant une heure encor nous en aurons d'écloses.«Vite, vite, à la ruche. On ne rit pas toujours:«C'est pour faire le miel qu'on nous rend les beaux jours.»Elle fuit, et se perd sur la route embaumée.Le frais lilas sortait d'un vieux mur entr'ouvert:Il saluait l'aurore, et l'aurore charméeSe montrait sans nuage et riait de l'hiver.Une hirondelle passe; elle offense la joueDu petit nonchalant qui s'attriste et qui joue,Et dans l'air suspendue, en redoublant sa voix,Fait tressaillir l'écho qui dort au fond des bois.«—Oh! bonjour, dit l'enfant qui se souvenait d'elle.«Je t'ai vue à l'automne; oh! bonjour, hirondelle!«Viens; tu portais bonheur à ma maison, et moi«Je voudrais du bonheur: veux-tu m'en donner, toi?«Jouons!»—Je le voudrais, répond la voyageuse;«Mais j'ai beaucoup d'amis qui doutent du printemps;«Ils rêveraient ma mort, si je tardais longtemps.«Oh! je ne puis jouer. Pour finir leur souffrance,«J'emporte un brin de mousse, en signe d'espérance.«Nous allons relever nos palais dégarnis:«L'herbe croît, c'est l'instant des amours et des nids,«J'ai tout vu. Maintenant, fidèle messagère,«Je vais chercher mes sœurs là-bas sur le chemin.«Ainsi que nous, enfant, la vie est passagère,«Il en faut profiter. Je me sauve: à demain.»L'enfant reste muet, et, la tête baissée,Rêve, et compte ses pas pour tromper son ennui,Quand le livre importun, dont sa main est lassée,Rompt ses fragiles nœuds, et tombe auprès de lui.Un dogue l'observait du seuil de sa demeure.Stentor, gardien sévère et prudent à la fois,De peur de l'effrayer retient sa grosse voix.Hélas! peut-on crier contre un enfant qui pleure?«—Bon dogue, voulez vous que je m'approche un peu?«Dit l'écolier plaintif; je n'aime pas mon livre.«Voyez! ma main est rouge: il en est cause. Au jeu«Rien ne fatigue, on rit, et moi je voudrais vivre«Sans aller à l'école, où l'on tremble toujours.«Je m'en plains tous les soirs et j'y vais tous les jours,«J'en suis très mécontent; je n'aime aucune affaire;«Le sort d'un chien me plaît, car il n'a rien à faire.»«—Écolier, voyez-vous ce laboureur aux champs?«Eh bien! ce laboureur, dit Stentor, c'est mon maître:«Il est très vigilant, je le suis plus, peut-être:«Il dort la nuit, et moi j'écarte les méchants;«J'éveille aussi ce bœuf, qui d'un pied lent, mais ferme,«Va creuser les sillons quand je garde la ferme.«Pour vous-même on travaille, et grâce à nos brebis,«Votre mère en chantant vous file des habits.«Par le travail tout plaît, tout s'unit, tout s'arrange.«Allez donc à l'école, allez, mon petit ange.«Les chiens ne lisent pas, mais la chaîne est pour eux:«L'ignorance toujours mène à la servitude;«L'homme est fin...L'homme est sage: il nous défend l'étude.«Enfant, vous serez homme, et vous serez heureux.«Les chiens vous serviront.» L'enfant l'écouta dire,Et même il le baisa. Son livre était moins lourd.En quittant le bon dogue, il pense, il marche, il court;L'espoir d'être homme un jour lui ramène un sourire.A l'école, un peu tard, il arrive gaiement,Et dans le mois des fruits il lisait couramment.MmeDESBORDES-VALMORE.
Un tout petit enfant s'en allait à l'école.On avait dit: Allez! Il tâchait d'obéir;Mais son livre était lourd; il ne pouvait courir;Il pleure et suit des yeux une abeille qui vole.«—Abeille! lui dit-il, voulez-vous me parler?«Moi, je vais à l'école, il faut apprendre à lire.«Mais le maître est tout noir et je n'ose pas rire.«Voulez-vous rire, abeille, et m'apprendre à voler?»«Non, dit-elle, j'arrive, et je suis très pressée.«J'avais froid, l'aquilon m'a longtemps oppressée,«Enfin j'ai vu des fleurs; je redescends du ciel,«Et je vais commencer mon doux rayon de miel.«Voyez! j'en ai déjà puisé dans quatre roses;«Avant une heure encor nous en aurons d'écloses.«Vite, vite, à la ruche. On ne rit pas toujours:«C'est pour faire le miel qu'on nous rend les beaux jours.»Elle fuit, et se perd sur la route embaumée.Le frais lilas sortait d'un vieux mur entr'ouvert:Il saluait l'aurore, et l'aurore charméeSe montrait sans nuage et riait de l'hiver.Une hirondelle passe; elle offense la joueDu petit nonchalant qui s'attriste et qui joue,Et dans l'air suspendue, en redoublant sa voix,Fait tressaillir l'écho qui dort au fond des bois.«—Oh! bonjour, dit l'enfant qui se souvenait d'elle.«Je t'ai vue à l'automne; oh! bonjour, hirondelle!«Viens; tu portais bonheur à ma maison, et moi«Je voudrais du bonheur: veux-tu m'en donner, toi?«Jouons!»—Je le voudrais, répond la voyageuse;«Mais j'ai beaucoup d'amis qui doutent du printemps;«Ils rêveraient ma mort, si je tardais longtemps.«Oh! je ne puis jouer. Pour finir leur souffrance,«J'emporte un brin de mousse, en signe d'espérance.«Nous allons relever nos palais dégarnis:«L'herbe croît, c'est l'instant des amours et des nids,«J'ai tout vu. Maintenant, fidèle messagère,«Je vais chercher mes sœurs là-bas sur le chemin.«Ainsi que nous, enfant, la vie est passagère,«Il en faut profiter. Je me sauve: à demain.»L'enfant reste muet, et, la tête baissée,Rêve, et compte ses pas pour tromper son ennui,Quand le livre importun, dont sa main est lassée,Rompt ses fragiles nœuds, et tombe auprès de lui.Un dogue l'observait du seuil de sa demeure.Stentor, gardien sévère et prudent à la fois,De peur de l'effrayer retient sa grosse voix.Hélas! peut-on crier contre un enfant qui pleure?«—Bon dogue, voulez vous que je m'approche un peu?«Dit l'écolier plaintif; je n'aime pas mon livre.«Voyez! ma main est rouge: il en est cause. Au jeu«Rien ne fatigue, on rit, et moi je voudrais vivre«Sans aller à l'école, où l'on tremble toujours.«Je m'en plains tous les soirs et j'y vais tous les jours,«J'en suis très mécontent; je n'aime aucune affaire;«Le sort d'un chien me plaît, car il n'a rien à faire.»«—Écolier, voyez-vous ce laboureur aux champs?«Eh bien! ce laboureur, dit Stentor, c'est mon maître:«Il est très vigilant, je le suis plus, peut-être:«Il dort la nuit, et moi j'écarte les méchants;«J'éveille aussi ce bœuf, qui d'un pied lent, mais ferme,«Va creuser les sillons quand je garde la ferme.«Pour vous-même on travaille, et grâce à nos brebis,«Votre mère en chantant vous file des habits.«Par le travail tout plaît, tout s'unit, tout s'arrange.«Allez donc à l'école, allez, mon petit ange.«Les chiens ne lisent pas, mais la chaîne est pour eux:«L'ignorance toujours mène à la servitude;«L'homme est fin...L'homme est sage: il nous défend l'étude.«Enfant, vous serez homme, et vous serez heureux.«Les chiens vous serviront.» L'enfant l'écouta dire,Et même il le baisa. Son livre était moins lourd.En quittant le bon dogue, il pense, il marche, il court;L'espoir d'être homme un jour lui ramène un sourire.A l'école, un peu tard, il arrive gaiement,Et dans le mois des fruits il lisait couramment.
MmeDESBORDES-VALMORE.
Alfred était, je pense,Un enfant tel que vous ayant huit à neuf ans.Bien, bien riche, il avait dans sa bourse dix francs,Dix francs beaux et tout neufs! C'était la récompenseDonnée à sa sagesse, à ses petits travaux,Ce qui rendait encor ces dix francs-là plus beaux.Mais l'idée arriva d'en chercher la dépense,Car c'eût été vilain de les garder toujours.L'argent qui ne sert pas est sans valeur aucune,Le point est de savoir lui donner un bon cours.On avait fait Alfred maître de sa fortune;Tantôt il la voyait en beau cheval de bois...Tantôt c'était un livre... Un livre... Alors sa mèreSouriait de plaisir sans l'aider toutefois,Lui laissant tout l'honneur de ce qu'il allait faire.Sur un livre son choix à la fin se fixa.Charmant enfant! combien sa mère l'embrassa!C'était un jour d'hiver quand la neige et le givreDes arbres effeuillés blanchissent les rameaux,Quand vous, heureux enfants, dans de larges manteaux,Dans de bons gants fourrés, du froid on vous délivre.Alfred courait joyeux pour acheter son livre.Mais voici tout à coup qu'il s'arrête surpris...Deux enfants étaient là, tels hélas! qu'à ParisSi souvent on en voit sur les ponts de la Seine.Dans les bras l'un de l'autre ils étaient enlacés.L'un, de son petit frère, avec sa froide haleine,Cherchait à réchauffer les pauvres doigts glacés.Ils grelottaient bien fort, car leurs habits percésPresque à nu les laissaient étendus sur la pierre.Tournant vers les passants un regard de prière,Ensemble ils répétaient:J'ai grand froid, j'ai grand faim.Mais les riches passaient sans leur donner du pain;Et leurs yeux se gonflaient, et puis de grosses larmesRoulaient dans leur paupière et sillonnaient leur sein.Certes, vous eussiez pris pitié de leurs alarmes.Or, vers le petit pauvre Alfred porta ses pas,Voilà des maux cuisants que vous ne saviez pas.«Pourquoi, dit-il, tous deux restez-vous dans la neige?Vous n'avez donc pas, vous, de maman comme moiQui vous donne du pain, du feu; qui vous protège?—Oh! nous en avons une aussi, monsieur.—PourquoiVous laisse-t-elle ainsi sans elle ou votre bonne,Les pieds nus sur la terre? Elle n'est donc pas bonne,Votre maman à vous?—Si fait, elle avait faim,Elle nous a donné ce qu'elle avait de pain.Et voilà deux grands jours, hélas! qu'elle est couchée.Comme il ne restait plus chez nous une bouchée,Elle nous embrassa, disant: Pauvres petits,Allez et mendiez! et nous sommes sortis:Et nous sommes venus nous coucher sur la pierre;Et personne, ô mon Dieu, n'entend notre prière;Et voilà que bientôt mon frère va mourir,Car le froid, car la faim nous ont tant fait souffrir!—Vous n'avez donc pas, vous, reprit Alfred, un pèreQui donne tous les jours de l'or à votre mère?»Le pauvre enfant se prit à sangloter plus fort.«Hélas! répondit-il, notre père... il est mort...«Il est mort et c'est lui qui nous faisait tous vivre!»Alfred, pleurant aussi, ne songea plus au livre,Et dans la main du pauvre il glissa ses dix francs.Sa mère le saisit dans ses bras triomphantsEt lui dit: «Mon Alfred, un livre pour apprendre,C'était déjà bien beau; mais tu m'as fait comprendre,Mon fils, que mieux encore est de donner du painA ceux qui vont mourir et de froid et de faim.»Et moi, je dis: «Heureux est l'enfant charitableQui donne à l'indigent le peu qu'il reçoit d'or,Et qui, des miettes de la table,S'il ne peut rien de plus, sait faire aumône encor.»A. GUÉRIN.
Alfred était, je pense,Un enfant tel que vous ayant huit à neuf ans.Bien, bien riche, il avait dans sa bourse dix francs,Dix francs beaux et tout neufs! C'était la récompenseDonnée à sa sagesse, à ses petits travaux,Ce qui rendait encor ces dix francs-là plus beaux.Mais l'idée arriva d'en chercher la dépense,Car c'eût été vilain de les garder toujours.L'argent qui ne sert pas est sans valeur aucune,Le point est de savoir lui donner un bon cours.On avait fait Alfred maître de sa fortune;Tantôt il la voyait en beau cheval de bois...Tantôt c'était un livre... Un livre... Alors sa mèreSouriait de plaisir sans l'aider toutefois,Lui laissant tout l'honneur de ce qu'il allait faire.Sur un livre son choix à la fin se fixa.Charmant enfant! combien sa mère l'embrassa!C'était un jour d'hiver quand la neige et le givreDes arbres effeuillés blanchissent les rameaux,Quand vous, heureux enfants, dans de larges manteaux,Dans de bons gants fourrés, du froid on vous délivre.Alfred courait joyeux pour acheter son livre.Mais voici tout à coup qu'il s'arrête surpris...Deux enfants étaient là, tels hélas! qu'à ParisSi souvent on en voit sur les ponts de la Seine.Dans les bras l'un de l'autre ils étaient enlacés.L'un, de son petit frère, avec sa froide haleine,Cherchait à réchauffer les pauvres doigts glacés.Ils grelottaient bien fort, car leurs habits percésPresque à nu les laissaient étendus sur la pierre.Tournant vers les passants un regard de prière,Ensemble ils répétaient:J'ai grand froid, j'ai grand faim.Mais les riches passaient sans leur donner du pain;Et leurs yeux se gonflaient, et puis de grosses larmesRoulaient dans leur paupière et sillonnaient leur sein.Certes, vous eussiez pris pitié de leurs alarmes.Or, vers le petit pauvre Alfred porta ses pas,Voilà des maux cuisants que vous ne saviez pas.«Pourquoi, dit-il, tous deux restez-vous dans la neige?Vous n'avez donc pas, vous, de maman comme moiQui vous donne du pain, du feu; qui vous protège?—Oh! nous en avons une aussi, monsieur.—PourquoiVous laisse-t-elle ainsi sans elle ou votre bonne,Les pieds nus sur la terre? Elle n'est donc pas bonne,Votre maman à vous?—Si fait, elle avait faim,Elle nous a donné ce qu'elle avait de pain.Et voilà deux grands jours, hélas! qu'elle est couchée.Comme il ne restait plus chez nous une bouchée,Elle nous embrassa, disant: Pauvres petits,Allez et mendiez! et nous sommes sortis:Et nous sommes venus nous coucher sur la pierre;Et personne, ô mon Dieu, n'entend notre prière;Et voilà que bientôt mon frère va mourir,Car le froid, car la faim nous ont tant fait souffrir!—Vous n'avez donc pas, vous, reprit Alfred, un pèreQui donne tous les jours de l'or à votre mère?»Le pauvre enfant se prit à sangloter plus fort.«Hélas! répondit-il, notre père... il est mort...«Il est mort et c'est lui qui nous faisait tous vivre!»Alfred, pleurant aussi, ne songea plus au livre,Et dans la main du pauvre il glissa ses dix francs.Sa mère le saisit dans ses bras triomphantsEt lui dit: «Mon Alfred, un livre pour apprendre,C'était déjà bien beau; mais tu m'as fait comprendre,Mon fils, que mieux encore est de donner du painA ceux qui vont mourir et de froid et de faim.»Et moi, je dis: «Heureux est l'enfant charitableQui donne à l'indigent le peu qu'il reçoit d'or,Et qui, des miettes de la table,S'il ne peut rien de plus, sait faire aumône encor.»
A. GUÉRIN.
Ah! ah!... de la montagneReviens, Néra, reviens!Réponds-moi, ma compagne,Ma vache, mon seul bien!La voix d'un si bon maître,Néra,Peux-tu la méconnaître?Ah! Ah!Néra!Reviens, reviens! c'est l'heureOù le loup sort des bois.Ma chienne qui te pleure,Répond seule à ma voix.Hors l'ami qui t'appelle,Néra,Qui t'aimera comme elle?Ah! Ah!Néra!Dis-moi si dans la crèche,Où tu léchais ma main,Tu manquas d'herbe fraîche,Quand je manquais de pain?Nous n'en avions qu'à peine,Néra,Et ta crèche était pleine,Ah! Ah!Néra?Hélas! c'est bien sans causeQue tu m'as délaissé.T'ai-je dit quelque chose,Hors un mot, l'an passé!Oui, quand mourut ma femme,Néra!J'avais la mort dans l'âme.Ah! Ah!Néra!De ta mamelle avide,Mon pauvre enfant criera;S'il voit l'étable vide,Qui le consolera?Toi, sa chère nourrice,Néra,Veux-tu donc qu'il périsse?Ah! Ah!Néra!Quand les miens en familleTiraient les rois entre eux,Je te disais: «Ma fille,Ma part est à nous deux.»A la fève prochaine,Néra,Tu ne seras pas reine.Ah! Ah!Néra!Ingrate, quand la fièvreGlaçait mes doigts raidis,Otant mon poil de chèvre,Sur vous je l'étendis.Faut-il que le froid vienne,Néra,Pour qu'il vous en souvienne?Ah! Ah!Néra!Adieu, sous mon vieux hêtreJe m'en reviens sans vous.Allez chercher pour maîtreUn plus riche que nous!Allez, mon cœur se brise,Néra!...Pourtant, Dieu te conduise!Ah! Ah!Néra!Je n'ai pas le courageDe te vouloir du mal:Sur nos monts crains l'orage!Crains l'ombre dans le val!Pais longtemps l'herbe verte,Néra!Nous mourrons de ta perte,Ah! Ah!Néra!Un soir, à ma fenêtre,Néra, pour t'abriter,De la corne peut-êtreTu reviendras heurter.Si la famille est morte,Néra,Qui t'ouvrira la porte?Ah! Ah!Néra!CASIMIR DELAVIGNE.
Ah! ah!... de la montagneReviens, Néra, reviens!Réponds-moi, ma compagne,Ma vache, mon seul bien!La voix d'un si bon maître,Néra,Peux-tu la méconnaître?Ah! Ah!Néra!
Reviens, reviens! c'est l'heureOù le loup sort des bois.Ma chienne qui te pleure,Répond seule à ma voix.Hors l'ami qui t'appelle,Néra,Qui t'aimera comme elle?Ah! Ah!Néra!
Dis-moi si dans la crèche,Où tu léchais ma main,Tu manquas d'herbe fraîche,Quand je manquais de pain?Nous n'en avions qu'à peine,Néra,Et ta crèche était pleine,Ah! Ah!Néra?
Hélas! c'est bien sans causeQue tu m'as délaissé.T'ai-je dit quelque chose,Hors un mot, l'an passé!Oui, quand mourut ma femme,Néra!J'avais la mort dans l'âme.Ah! Ah!Néra!
De ta mamelle avide,Mon pauvre enfant criera;S'il voit l'étable vide,Qui le consolera?Toi, sa chère nourrice,Néra,Veux-tu donc qu'il périsse?Ah! Ah!Néra!
Quand les miens en familleTiraient les rois entre eux,Je te disais: «Ma fille,Ma part est à nous deux.»A la fève prochaine,Néra,Tu ne seras pas reine.Ah! Ah!Néra!
Ingrate, quand la fièvreGlaçait mes doigts raidis,Otant mon poil de chèvre,Sur vous je l'étendis.Faut-il que le froid vienne,Néra,Pour qu'il vous en souvienne?Ah! Ah!Néra!
Adieu, sous mon vieux hêtreJe m'en reviens sans vous.Allez chercher pour maîtreUn plus riche que nous!Allez, mon cœur se brise,Néra!...Pourtant, Dieu te conduise!Ah! Ah!Néra!
Je n'ai pas le courageDe te vouloir du mal:Sur nos monts crains l'orage!Crains l'ombre dans le val!Pais longtemps l'herbe verte,Néra!Nous mourrons de ta perte,Ah! Ah!Néra!
Un soir, à ma fenêtre,Néra, pour t'abriter,De la corne peut-êtreTu reviendras heurter.Si la famille est morte,Néra,Qui t'ouvrira la porte?Ah! Ah!Néra!
CASIMIR DELAVIGNE.
ATHALIE(à part).O ciel! plus j'examine, et plus je le regarde...C'est lui! D'horreur encor tous mes sens sont saisis.(A Josabet en lui montrant Joas).Épouse de Joad, est-ce là votre fils?JOSABET.Qui? lui, madame?ATHALIE.Lui.JOSABET.Je ne suis point sa mère.(Montrant Zacharie.)Voilà mon fils.ATHALIEà Joas.Et vous, quel est donc votre père?Jeune enfant, répondez.JOSABET.Le ciel jusqu'aujourd'hui...ATHALIEà Josabet.Pourquoi vous pressez-vous de répondre pour lui!C'est à lui de parler.JOSABET.Dans un âge si tendre,Quel éclaircissement en pouvez-vous attendre?ATHALIE.Cet âge est innocent; son ingénuitéN'altère point encor la simple vérité:Laissez-le s'expliquer sur tout ce qui le touche.JOSABET(à part).Daigne mettre, grand Dieu! ta sagesse en sa bouche.ATHALIE.Comment vous nommez-vous?JOAS.J'ai nom Éliacin.ATHALIE.Votre père?JOAS.Je suis, dit-on, un orphelin,Entre les bras de Dieu jeté dès ma naissance,Et qui de mes parents n'eus jamais connaissance.ATHALIE.Vous êtes sans parents?JOAS.Ils m'ont abandonné.ATHALIE.Comment et depuis quand?JOAS.Depuis que je suis né.ATHALIE.Ne sait-on pas au moins quel pays est le vôtre?JOAS.Ce temple est mon pays, je n'en connais point d'autre.ATHALIE.Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer?JOAS.Parmi des loups cruels prêts à me dévorer.ATHALIE.Qui vous mit dans ce temple?JOAS.Une femme inconnue,Qui ne dit point son nom, et qu'on n'a point revue.ATHALIE.Mais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin?JOAS.Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin?Aux petits des oiseaux il donne leur pâture,Et sa bonté s'étend sur toute la nature.Tous les jours je l'invoque, et d'un soin paternelIl me nourrit des dons offerts sur son autel.ATHALIE(à part).Quel prodige nouveau me trouble et m'embarrasse!La douceur de sa voix, son enfance, sa grâce,Font insensiblement à mon inimitiéSuccéder... Je serais sensible à la pitié!(A Joas.)..... Quel est tous les jours votre emploi?JOAS.J'adore le Seigneur; on m'explique sa loi;Dans son livre divin on m'apprend à la lire,Et déjà de ma main je commence à l'écrire.ATHALIE.Que vous dit cette loi?JOAS.Que Dieu veut être aimé.Qu'il venge tôt ou tard son saint nom blasphémé;Qu'il est le défenseur de l'orphelin timide;Qu'il résiste au superbe et punit l'homicide.ATHALIE.J'entends. Mais tout ce peuple enfermé dans ce lieu,A quoi s'occupe-t-il?JOAS.Il loue et bénit Dieu.ATHALIE.Dieu veut-il qu'à toute heure on prie, on le contemple?JOAS.Tout profane exercice est banni de son temple.ATHALIE.Quels sont donc vos plaisirs?JOAS.Quelquefois à l'autel,Je présente au grand-prêtre ou l'encens ou le sel;J'entends chanter de Dieu les grandeurs infinies;Je vois l'ordre pompeux de ses cérémonies.ATHALIE.Hé quoi! vous n'avez pas de passe-temps plus doux?Je plains le triste sort d'un enfant tel que vous.Venez dans mon palais, vous y verrez ma gloire.JOAS.Moi! des bienfaits de Dieu je perdrais la mémoire!ATHALIE.Non, je ne vous veux pas contraindre à l'oublier.JOAS.Vous ne le priez point.ATHALIE.Vous pourrez le prier.JOAS.Je verrais cependant en invoquer un autre.ATHALIE.J'ai mon Dieu que je sers: vous servirez le vôtre:Ce sont deux puissants dieux.JOAS.Il faut craindre le mien:Lui seul est Dieu, madame, et le vôtre n'est rien.ATHALIE.Les plaisirs près de moi vous chercheront en foule.JOAS.Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule.ATHALIE.Ces méchants, qui sont-ils?JOSABET.Hé, madame! excusezUn enfant...ATHALIE(à Josabet).J'aime à voir comme vous l'instruisez.(A Joas.)Enfin, Éliacin, vous avez su me plaire;Vous n'êtes point sans doute un enfant ordinaire.Vous voyez, je suis reine, et n'ai point d'héritier;Laissez là cet habit, quittez ce vil métier:Je veux vous faire part de toutes mes richesses.Essayez dès ce jour l'effet de mes promesses;A ma table, partout, à mes côtés assis,Je prétends vous traiter comme mon propre fils.JOAS.Comme votre fils!ATHALIE.Oui.. Vous vous taisez?JOAS.Quel pèreJe quitterais! et pour...ATHALIE.Hé bien?JOAS.Pour quelle mère!(Athalie, acte II, scèneVII.)RACINE.
ATHALIE(à part).
O ciel! plus j'examine, et plus je le regarde...C'est lui! D'horreur encor tous mes sens sont saisis.
(A Josabet en lui montrant Joas).
Épouse de Joad, est-ce là votre fils?
JOSABET.
Qui? lui, madame?
ATHALIE.
Lui.
JOSABET.
Je ne suis point sa mère.
(Montrant Zacharie.)
Voilà mon fils.
ATHALIEà Joas.
Et vous, quel est donc votre père?Jeune enfant, répondez.
JOSABET.
Le ciel jusqu'aujourd'hui...
ATHALIEà Josabet.
Pourquoi vous pressez-vous de répondre pour lui!C'est à lui de parler.
JOSABET.
Dans un âge si tendre,Quel éclaircissement en pouvez-vous attendre?
ATHALIE.
Cet âge est innocent; son ingénuitéN'altère point encor la simple vérité:Laissez-le s'expliquer sur tout ce qui le touche.
JOSABET(à part).
Daigne mettre, grand Dieu! ta sagesse en sa bouche.
ATHALIE.
Comment vous nommez-vous?
JOAS.
J'ai nom Éliacin.
ATHALIE.
Votre père?
JOAS.
Je suis, dit-on, un orphelin,Entre les bras de Dieu jeté dès ma naissance,Et qui de mes parents n'eus jamais connaissance.
ATHALIE.
Vous êtes sans parents?
JOAS.
Ils m'ont abandonné.
ATHALIE.
Comment et depuis quand?
JOAS.
Depuis que je suis né.
ATHALIE.
Ne sait-on pas au moins quel pays est le vôtre?
JOAS.
Ce temple est mon pays, je n'en connais point d'autre.
ATHALIE.
Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer?
JOAS.
Parmi des loups cruels prêts à me dévorer.
ATHALIE.
Qui vous mit dans ce temple?
JOAS.
Une femme inconnue,Qui ne dit point son nom, et qu'on n'a point revue.
ATHALIE.
Mais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin?
JOAS.
Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin?Aux petits des oiseaux il donne leur pâture,Et sa bonté s'étend sur toute la nature.Tous les jours je l'invoque, et d'un soin paternelIl me nourrit des dons offerts sur son autel.
ATHALIE(à part).
Quel prodige nouveau me trouble et m'embarrasse!La douceur de sa voix, son enfance, sa grâce,Font insensiblement à mon inimitiéSuccéder... Je serais sensible à la pitié!
(A Joas.)
..... Quel est tous les jours votre emploi?
JOAS.
J'adore le Seigneur; on m'explique sa loi;Dans son livre divin on m'apprend à la lire,Et déjà de ma main je commence à l'écrire.
ATHALIE.
Que vous dit cette loi?
JOAS.
Que Dieu veut être aimé.Qu'il venge tôt ou tard son saint nom blasphémé;Qu'il est le défenseur de l'orphelin timide;Qu'il résiste au superbe et punit l'homicide.
ATHALIE.
J'entends. Mais tout ce peuple enfermé dans ce lieu,A quoi s'occupe-t-il?
JOAS.
Il loue et bénit Dieu.
ATHALIE.
Dieu veut-il qu'à toute heure on prie, on le contemple?
JOAS.
Tout profane exercice est banni de son temple.
ATHALIE.
Quels sont donc vos plaisirs?
JOAS.
Quelquefois à l'autel,Je présente au grand-prêtre ou l'encens ou le sel;J'entends chanter de Dieu les grandeurs infinies;Je vois l'ordre pompeux de ses cérémonies.
ATHALIE.
Hé quoi! vous n'avez pas de passe-temps plus doux?Je plains le triste sort d'un enfant tel que vous.Venez dans mon palais, vous y verrez ma gloire.
JOAS.
Moi! des bienfaits de Dieu je perdrais la mémoire!
ATHALIE.
Non, je ne vous veux pas contraindre à l'oublier.
JOAS.
Vous ne le priez point.
ATHALIE.
Vous pourrez le prier.
JOAS.
Je verrais cependant en invoquer un autre.
ATHALIE.
J'ai mon Dieu que je sers: vous servirez le vôtre:Ce sont deux puissants dieux.
JOAS.
Il faut craindre le mien:Lui seul est Dieu, madame, et le vôtre n'est rien.
ATHALIE.
Les plaisirs près de moi vous chercheront en foule.
JOAS.
Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule.
ATHALIE.
Ces méchants, qui sont-ils?
JOSABET.
Hé, madame! excusezUn enfant...
ATHALIE(à Josabet).
J'aime à voir comme vous l'instruisez.
(A Joas.)
Enfin, Éliacin, vous avez su me plaire;Vous n'êtes point sans doute un enfant ordinaire.Vous voyez, je suis reine, et n'ai point d'héritier;Laissez là cet habit, quittez ce vil métier:Je veux vous faire part de toutes mes richesses.Essayez dès ce jour l'effet de mes promesses;A ma table, partout, à mes côtés assis,Je prétends vous traiter comme mon propre fils.
JOAS.
Comme votre fils!
ATHALIE.
Oui.. Vous vous taisez?
JOAS.
Quel pèreJe quitterais! et pour...
ATHALIE.
Hé bien?
JOAS.
Pour quelle mère!
(Athalie, acte II, scèneVII.)
RACINE.