APPENDICE

C’est une grave question de savoir si les races de l’Afrique sont autochtones ou si elles sont venues d’un berceau commun, avant de s’être répandues sur le continent noir. Mettons de côté ces races de nains, les M’babingas du Congo, disséminées dans toutes les régions de forêt et qui semblent des aborigènes.

Mais à voir les peuplades du Congo, les Bayas par exemple, on se demande si des races, qui supportent aussi mal les conditions de vie imposées par le pays, peuvent être originaires de ce pays. Non seulement les noirs sont sujets à la fièvre, mais encore ils souffrent de la chaleur et du soleil. — L’étude de la toponymie africaine donnerait peut-être au sujet des migrations des peuples noirs de précieux renseignements. Nous avons déjà fait remarquer le nom du village de Gougourtha, si voisin de celui de l’ancien numide Jugurtha, l’ennemi des Romains, et Berbérati, nom d’un autre village dans la même région, qui fait songer aux Berbères ou aux Barbares.

Il ne faut pas oublier que les légendes helléniques les plus anciennes plaçaient à l’orient de la terre le peuple noir des Éthiopiens. C’est peut-être là qu’il faut chercher le berceau de la race noire, comme on y a cherché le berceau de la race sémite et celui de la race aryenne. Les vieux livres guèbres nous apprennent que lorsque les Aryens pénétrèrent dans les pays compris entre la mer Caspienne et le golfe Persique, ils rencontrèrent une race d’hommes très différente de la leur. Ces peuples contre qui les nouveaux venus durent batailler pendant de longues années et qui les impressionnèrent si fort, sont minutieusement décrits dans les textes anciens.

LeVendidad(le plus vieux livre de la Perse) les désigne sous des noms divers. Il les appelle notamment « Nouby » et « Afryts ». « Nouby », nous dit M. de Gobineau[23], veut dire « l’homme de race noire ».

[23]Histoire des Perses, t. Ier, p. 16.

[23]Histoire des Perses, t. Ier, p. 16.

Quant à Afryts, il se montre en rapport très direct avec « afer » et « Africa ». M. de Gobineau décrit ces « Afryts » d’après leVendidad. « Cette créature odieuse, dit-il[24], apparaît dans une stature qui dépasse la mesure commune du corps humain ; elle a les dents longues et saillantes. Plus tard, on a dit que ses oreilles étaient grandes et détachées de la tête ; c’est pourquoi on lui a donné le titre « d’oreilles d’éléphant ». Le portrait du nègre est complet et la ressemblance absolue. » Je ne sais si la ressemblance avec le nègre est aussi absolue que le dit M. de Gobineau. Mais ce qui est plus sérieux, c’est que les fouilles de Mésopotamie ont mis à jour des types fantastiques dans lesquels il est facile de reconnaître des noirs. Le prognatisme accentué, la hauteur de la taille et surtout les cheveux crépus des êtres figurés sur ces documents, ne peuvent laisser aucun doute.

[24]Op. cit., tome I, page 18.

[24]Op. cit., tome I, page 18.

M. de Gobineau possédait dans son cabinet une quantité de cylindres d’hématite, de cornalines, d’intailles et de gemmes où sont figurés ces premiers habitants de l’Iran. Sur toutes ces œuvres d’art, M. de Gobineau n’hésite pas à reconnaître des spécimens de la race noire, ainsi que sur les abraxas gnostiques du Bas Empire hellénique et sur les peintures des manuscrits persans duXIVeet duXVesiècle, où les premiers ennemis des Iraniens sont figurés avec toutes les caractéristiques de la race nègre actuelle. Un détail singulier nous confirme dans cette manière de voir : ces noubys sont toujours représentés les jambes pliées, les bras avancés, les mains pendantes, dans l’attitude bestiale de la danse africaine. Quelle émotion de retrouver sur ces vieux documents de la protohistoire les gestes et les attitudes des hommes d’aujourd’hui, de ceux que nous voyons et observons tous les jours !

Il s’en faut de beaucoup que ces premiers habitants des plateaux de la Perse aient été exterminés par les Iraniens conquérants. Ils se mêlèrent au contraire aux envahisseurs et nous devons considérer ces noirs comme un facteur essentiel de notre race aryenne telle qu’elle devint dans la suite des âges, après tous les mélanges qui en altérèrent la primitive pureté.


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