IV

Pensées du matin.

Où sommes-nous ? Le jour prolonge le rêve de la nuit et c’est tout. Et l’on est seul, on ne sait où, quelque part sur la terre… Réveils d’homme ivre ; on titube dans l’incertain de la vie. Tout se confond. Rêve, action sont emportés dans le même flot.

Je vais marcher et voir des hommes. Je franchirai un fleuve ; je gravirai une montagne. Mais toute chose ne m’est-elle pas inconnue ? J’irai dans le mouvant décor et je verrai des hommes s’agiter un instant et disparaître dans la nuit. O le triste doute, où l’on s’embourbe sans espoir…

Sama est près de moi, comme un petit esclave vigilant. Il a une tunique courte qui lui descend jusqu’à mi-cuisse, une ceinture en paille fine, les jambes et les bras nus. C’est une bête familière. On dirait que ses grands yeux n’ont pas de regard. Ils ne me parlent pas et pourtant ils sont uniques.

Sama est assis par terre. Son corps est beau comme celui d’une statue. Dans mon pays, où l’enfant très jeune se courbe vers la terre ou se penche sur des livres, on n’imaginerait pas les corps souples et sains d’adolescents qui n’ont jamais su la misère ni le travail.

Comment connaître Sama ? C’est un petit fantôme qui passe dans ma vie. Il est la peur de la pensée et la douce apparition de la tristesse.


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