16 mai. — Pendant trois jours, nous avons eu des aspects plus doux et des routes plus clémentes…
De temps en temps, se dresse une montagne dans la plaine unie et parmi des rochers, se cachent les cases rondes d’un village. C’est Ngara, premier village des Boums puissants et fauves ; c’est Tekel au beau karité ; c’est la solitaire Foumou Karé qu’annoncent ses plants de tabac et ses pimentiers aux larmes de sang. Dans ces rochers, où les cases se cachent comme des nids inaccessibles, dans ces montagnes de pierres, les races sont venues se heurter et se mêler comme en un creuset. Les Bayas ont poussé une pointe hardie vers le Nord-Est ; quelques Yanghérés ont passé sur la rive gauche de la Penndé ; et les Boums sont venus des hauteurs de leur Boumbabal, dans le Nord. Tous mystérieux et rudes, en relations sans doute avec les Bayas de Bouar vers le Sud et les Foulbés de N’Gaoundéré, car ils ont des perles et de l’étoffe.
Quelles ténèbres et quelle ignorance ! A Béloum, c’est un désordre empli de deuil et d’effroi. Le mont Simbal s’élève tout droit sur la plaine où moutonne un infini de verdure. Sur les roches, les sauvages font des grappes noires qui s’agitent confusément, avec des étincellements de sagaies. Pourquoi, même hostiles, m’attirent-ils, ces grands Barbares tout nus, si vieux, si rudes, si loin de nos faiblesses et de nos décadences ! Vers l’Ouest, à l’horizon proche, le Sikoun se teinte de rouge et de violet sombre, et là-bas, c’est Vlété, riche en euphorbes mortels et vénéneux…